suis ailleurs. Ma tête est ailleurs. J'ai l'impression que mon esprit à quitter mon corp. Je tente de réfléchir, de trouver une explication logique. Mes yeux se rebaissent vers l'article et continuent à le parcourir. C'est une coïncidence, c'est forcement une coïncidence. L'adresse, il me faut l'adresse. Mes doigts balaient l'écran et mon regard tombe sur une photo. D'une maison. La maison sur laquelle je me tenais le soir où ma vie a été bouleversé. Je lis la légende qui emballe mon cœur.
La maison des Kenpuis et le théâtre du drame qui est survenu la nuit dernière.
Je lâche mon téléphone et me relève brusquement. Là c'est trop gros pour être une simple coïncidence. Je fais les cent pas dans la petite clairière. C'est un cauchemar. Je vais me réveiller. Je me pince les bras, enfonçant profondément mes ongles dans ma peau. Pas de réveil en sursaut, rien de tout ça. Je ne suis pas en plein rêve. Non ! Je suis dans le coma, à l'hôpital, en sécurité dans un lit, avec mon bras bardé d'aiguilles, mes parents pleurant à mes côtés et pas perdue dans une put*n de forêt avec un loup géant pour compagnon et des ombres flippantes à mes trousses. Et une mort sur les bras. Le poids de la vie que j'ai prie pèse lourdement sur mes épaules. Je n'ai pas tué quelqu'un. Je ne peux pas. Je ne veux pas ! Les larmes dégoulinent sur mes joues, inondent mon visage. C'est impossible. Tout ce qui m'arrive est impossible. C'est le moment que choisit ma petite voix intérieure et millénaire pour se manifester. Je pousse un cri de frustration quand elle tente d'envahir mon esprit. C'est mon cerveau pas le sien ! J'imagine une haute muraille qui se dresse entre la conscience inconnue et la mienne. Je me fixe sur cette muraille, ce qui la rend plus réelle, plus solide. Mais la conscience semble habituée à une telle résistance. D'un seul coup, elle brise le mur et emplie mon cerveau. Je tombe à genoux les mains sur les tempes. L'esprit me chuchote doucement :
《Tout ceci n'est pas le fruit de ton imagination, Ophélie. Nous sommes des monstres celtiques.》
Je reste sans voix, pétrifié. Mes doigts sont toujours pressés sur mon front et mes yeux sont écarquillés par l'étonnement. J'entends des voix. Génial. Puis, soudain, une citation de Martin Lutter King me revient en mémoire :
《Si vous ne pouvez pas volez; alors courez. Si vous ne pouvez courir, alors marchez. Si vous ne pouvez marcher, alors ramper. Mais quoi que vous fassiez, continuer à avancer.》 Je me relève et ramasse mon téléphone. Je remercie mille fois mon radar de no-life pour m'avoir attirer dans une zone avec de la 4G. Merci Dieu de l'Internet ! Je tape avec hésitation 《monstres celtiques》 dans la barre de recherche. Plusieurs réponses s'offrent à moi :
-Farfadet
-Banshee
Le mot 《banshee》m'attire. Il semble me définir. J'ouvre la page Wikipédia liée au mot.
Banshee: fée du folklore irlandais dont le cri annonce une mort imminente.
Le poids sur mes épaules s'envole. Je n'ai pas tué Élodie Kenpuis. J'ai juste ... annoncé son décès. Le soulagement qui m'envahit est indescriptible. Un léger rire s'échappe de mes lèvres. Un rire faible qui grossit pour se transformer en fou rire hystérique. Nox ouvre un œil intrigué et légèrement agacé.
《Désolé mon grand, j'arrive à articuler entre deux gloussements.》
Il me regarde avec étonnement. Je me lève et me laisse retomber contre lui. Des larmes de soulagement et de rire coulent de mes yeux. Nox pousse un grognement qui semble vouloir dire 《On l'a perdu. Elle est complètement maboule.》 Je me redresse et lui dit avec irritation
- Et mais ! Je ne suis pas folle !
- Tu parles à un loup je te rappelle, me transmet Nox
Je glapis sous l'effet de l'étonnement.
- Tu ... Tu parles !? je lui demande
- Quelle perspicacité ! Tu m'impressionnes !
- Et en plus tu es sarcastique ! Je t'aime !
- Wow, s'inquiète-t-il, tu as mangé un champignon non-identifié pendant que je dormais ?
- Non, je murmure en me calmant, je suis juste extrêmement soulagée.
- Pourquoi ?
- Je ... j'ai cru que j'avais tué quelqu'un.
- Puis-je te demander comment une telle idée est entrée dans ton crâne ?
Je lui brandis mon téléphone, sur lequel est revenue l'article sur Élodie.
- C'est une blague ?
- Ah oui merde tu ne sais pas lire.
- De quoi ça parle ?
- D'une femme. Morte.
- Et ? m'encourage Nox
- Elle est morte chez elle.
- Logique.
- Ce qui n'est pas logique, c'est que la nuit de sa mort, je me trouvais sur le toit de sa maison en train de hurler comme si on m'égorgée.
- Et tu as cru que ton cri l'avez tué.
Je rougis. C'est vrai que dis comme ça c'est ridicule.
- Oui. Il existe des monstres celtiques, des banshee, leurs cris annonce la mort, et ... je pense que j'en suis une.
Oui. J'ai sûrement dû consommer un truc pas frais. Nox ne dit rien, songeur. Il finit par déclarer.
- Les banshees existent. Tout comme de nombreux monstres de légende.
- 《De nombreux monstres de légende ?》, je demande, surexcitée.
Ils existent. Tous ces monstres qui me faisaient rêver quand j'étais plus jeune : ils existent ! Wait. Des monstres. Qui existent. On se réveille Ophélie ! Ma partie incrédule prend les commandes. Mon excitation retombe d'un coup.
- Tu te fous de moi ? je demande à Nox
- En quel honneur ?
- Les monstres ça n'existent pas !
- Dois-je te rappeler que tu affirmais en être un il y a cinq secondes ?
- Laisse moi le temps de reconsidérer les choses !
- Un loup géant ce n'est pas un monstre, selon toi ?
- Je suis encore persuadée d'être en plein cauchemar !
- C'est typique des nouvelles ça : chercher des explications.
- Je te demande pardon ? Les nouvelles ?
- Les banshees ne naissent pas banshees, elles le deviennent.
- Quoi ... Je veux dire ... Comment ?
- Lorsqu'une banshee sens que sa fin approche, elle choisit une descendante et lui transmet son âme.
- Elle lui transmet son âme ?
- Cette voix que tu entends, c'est celle de Mélisandre, la banshee qui t'a choisi.
- Mélisandre, je murmure, c'est celle dont parler les femmes de l'hôpital !
- Les femmes de l'hôpital ?
Je lui rapporte la conversation que j'ai surprise entre les deux femmes. Les yeux argentés du loup s'assombrissent. Il se relève et agite ses pattes pour les dégourdir. Son inquiétude devient mienne et je passe mes bras autour de sa mâchoire tandis qu'il pose sa tête contre ma poitrine.
- Pourquoi es-tu angoissé ?
- Tout ce qui se passe est si troublant ... Tu es troublante.
- Eh ! Dis que c'est de ma faute tant que tu y es !
Ma remarque aura au moins eu le mérite de le faire rire. Si tant est qu'un loup puisse rire.
- Tu es l'Élue, Ophélie.
- Attend l'Élue ... comme dans Harry Potter ?!?
- Je ne connais pas Harry Potter.
- Le meilleur livre de tous les temps écrit par J. K. Rowling la plus grande génie de tous les temps.
- Elles t'attendent depuis longtemps Ophélie ...
- Qui ça ? je demande, stupéfaite.
- Les banshees.
- Donc il y a une sorte de communauté de banshee, je conclus
Nox cours à toute vitesse parmi les champs et la campagne déserte. J'ai pour seul indice que nous fuyions vers le sud.
- Oui. Toutes les banshees vivent seules mais elles se retrouvent tout les ans lors des soltices d'hiver et d'été et du Sabbat.
- Le sabbat comme le sabbat des sorcières ?
- En quelque sorte. Les sorcières n'existent pas et le nom de Sabbat leur a été associé après que des curieux ayant espionné celui de tes sœurs les prennent pour des créatures qui auraient vendu leurs âmes au Diable.
- 《Mes sœurs》 ?
- C'est ainsi que les banshees s'appellent entre elles.
- Ah ... Tu ne veux vraiment pas me dire où on va ? je lui demande pour la énième fois.
- Tu le sauras en temps voulu. Ne t'inquiètes pas nous arrivons bientôt. Tu pourras te reposer là-bas.
- Encore heureux, je gromelle, me rendant soudain compte de la fatigue qui menace de fermer mes paupières.
L'adrénaline des dernières heures a totalement disparu et la faiblesse de ma nuit blanche revient en force. Je secoue la tête pour chasser la brume qui envahit mes pensées.
- Nous y sommes presque, me rassure Nox, sentant ma lassitude.
Après ce qui me semble être des heures, j'aperçois en château en ruine, au sommet d'une montagne.
- C'est là qu'on se rend ? je demande au loup
- Oui. C'est la demeure d'une très vieille banshees. C'est la doyenne.
- Mais il détruit, je proteste
- En es-tu sûr ? me questionne mon ami lupin
Avant que je puisse rétorquer quoi que ce soit, le château se métamorphose sous mes yeux. Ses tours se reconstruisent, se couvrent de peinture, représentant diverses facettes de la vie moyenâgeuse, des murs apparaissent, tout comme un donjon. Je reste ébahis devant cette magnifique œuvre d'architecture.
- Co ... Comment ? je réussis à murmurer, stupéfaite.
- Un sortilège de protection. Maintenant que tu es des leurs, il n'a plus aucune efficacité et importance.
Nous arrivons devant l'imposant édifice et immédiatement le pont-levis s'abaisse, nous permettant d'accéder à une cour déserte. Nox s'arrête au milieu de celle-ci et je descends de son dos en me faisant glisser le long de son épaule.
- Enfin ! Enfin vous voilà ! s'exclame une voix chevrotante
Je me retourne pour voir une vieille femme au longs cheveux noirs, aux yeux couleur de jais et à la peau fripée. Malgré son aspect de grand-mère, elle marche vers nous avec énergie.
- Enfin vous voilà ! répète-t-elle inlassablement. Je me suis fait un sang d'encre Nocturem ! Vous deviez arriver hier !
Mon loup baisse la tête et la vieillarde hoquète.
- C'est vrai ? Ôh mon Dieu ma pauvre chérie ! s'écrie-t-elle en se tournant vers moi. Viens me voir que je te regarde, m'ordonne-t-elle avec douceur.
Nox me pousse du bout de museau et je m'avance timidement vers la femme. Elle prend mon visage entre ses mains et pose sur moi un regard emplit de larmes.
- Comme tu es belle, chuchote-t-elle, tu es magnifique.
Je rougis devant tant d'éloges.
- Je ... Merci, je balbutie, gênée
- Ôh mais que je suis bête ! Tu dois mourir de faim ma pauvre !
Mon ventre gargouille avant que je puisse donner une réponse.
- Suis moi, déclare-t-elle avec un sourir, je vais te faire à manger.
Elle se retourne et commence à se diriger vers le donjon. Je questionne Nox du regard, qui m'encourage d'un bref mouvement de son imposante tête. Je rattrape la femme. Woaw, elle marche vite pour une doyenne. Je la suis à travers les larges corridors du donjon. On entre finalement dans une petite cuisine où sont alignés divers aliments. Elle s'empare de pain et de fromage et m'invite à m'asseoir à la table qui trône au centre du cellier. Elle me tend la nourriture que j'engloutie rapidement. Elle s'installe à mes côtés et prend doucement ma jambe blessée. Elle la pose sur ses genoux et commence à remonter mon pantalon. Je ne proteste pas et laisse faire la vieille femme. Elle pousse un gémissement en découvrant la fleur qui s'étend sur tout mon mollet.
- Vous avez ce que c'est ? je lui demande avec inquiétude.
- C'est une fleur de la mort ma chérie.
- Qu'est-ce que c'est ? je murmure, alors qu'un noeud commence à se former dans ma gorge.
- C'est un virus, un parasite qui résulte du toucher d'un vampire. Une fleur de la mort va se former là où le vampire touche sa victime. Elle va se développer sans que celle-ci puisse faire quelque chose. Dès qu'elle atteint le cœur, c'est la mort.
Mon souffle se coupe et mon cœur reprend sa course folle.
- Mais ... vous pouvez faire quelque chose, hein ? je la supplie, des sanglots dans la voix.
- Bien sûr que je peux faire quelque chose ma chérie ! Mais je peux seulement neutraliser les effets de la fleur, pas sa progression. Elle va peu à peu couvrir ton corp, comme un tatouage.
Je pousse un immense soupir de soulagement, pour la deuxième fois de la journée.
- Je ne t'aurais jamais laissée mourir. Tu es trop précieuse Ophélie.
- Il faudra m'expliquer tout ça demain, je lui déclare, en réprimant un baillement.
- Viens, je vais te montrer ta chambre.
Nous re-parcourons un dédale de couloirs avant qu'elle ne m'ouvre la porte d'une chambre qui ressemble à une suite cinq étoiles. Les murs sont couverts de riches tentures, une coiffeuse et une baignoire à pied se trouve dans un coin de la pièce et le lit à baldaquin semble fait d'or.
- Je te laisse, me déclare la doyenne, si tu as besoin d'aide, n'hésite pas à m'appeler.
- Attendez, je m'exclame alors qu'elle commence à refermer la porte, je ne sais pas comment vous vous appelez.
- Appelle-moi Marie, dit-elle simplement.
Elle ferme la porte et je me retrouve seul dans la chambre. Je me dirige vers la coiffeuse et me regarde dans le miroir. Je me retiens de pousser un cri d'étonnement. Mes cheveux, normalement bruns, affiche maintenant un roux vif. Tout comme mes yeux, anciennement bleus, sont désormais dotés d'une couleur verte émeraude. Je souris tout en effleurant mes cheveux. C'est ... pas si mal. Je remarque alors que la baignoire et remplie d'eau chaude. J'enlève rapidement mes vêtements et me glisse dans l'eau, non sans un frisson de délice. Je me lave lentement, profitant de la sensation de chaleur contre mon corps. Après quelque temps, je sors de l'eau et enroule étroitement une serviette autour de mon corps. Je m'avance vers l'imposante armoire en bois de chêne. Je l'ouvre et reste ébahis devant l'immense garde de robe. Des tenues de toutes les époques sont entreposées dans le gigantesque meubles. Je choisis une longue chemise de nuit en coton blanc et l'enfile. Le tissu est doux contre ma peau. Je m'effondre ensuite dans le lit et me blottie sous les couvertures. Mes yeux se ferment doucement, je me laisse glisser dans les bras de Morphée.
