Après moult semaines d'attente, voilà le chapitre 4 qui arrive pour vous réchauffer le cœur en ces temps glaciaux ! J'espère que vous allez bien, où que vous soyez ! Je remercie tous mes lecteurs, surtout ceux qui prennent le temps de me laisser une petite review ou de mettre la story en follow ou en favorite. Je sais que le temps de publication entre chaque chapitre est assez long mais les chapitres sont trèèès longs et ma beta et moi avons une vie en dehors de fanfiction, ce qui explique les délais.

J'espère que ce chapitre vous plaira ! Bonne lecture :)

Discl : Ce travail est une TRADUCTION, rien ne m'appartient, l'auteure s'appelle 1clevergurl et vous pouvez trouver l'oeuvre originale sur AO3 !


Bon sang, Regina, elle est où ton allée ?!

Regina s'apprêtait à répondre, les doigts au dessus du clavier de son portable, lorsqu'elle reçut un nouveau message.

C'est bon. J'ai trouvé !

La brune sourit et sortit devant la porte du chalet, se laissant réchauffer par le soleil tiède du matin, prête à accueillir Kathryn dans sa nouvelle maison et à s'amuser un peu avec sa meilleure amie. Leurs discussions lui avaient tant manqué, tout comme l'attitude insouciante de la jeune femme. Regina avait l'impression qu'elle se détendait toujours plus lorsque qu'elle était dans les parages.

Quelques minutes plus tard, la Range Rover de son amie s'engagea dans l'allée irrégulière qui menait à la maison. Kathryn avait l'air un peu perturbée par les nombreux soubresauts que lui faisaient expérimenter le chemin non pavé, mais son regard s'éclaira dès qu'elle aperçut Regina. Son sourire était aussi joyeux que le geste de salut qu'elle lui adressa en se rangeant avant de couper le contact.

- REGINA ! l'appela-t-elle dans un cri perçant, sortant rapidement du véhicule et se jetant sur la brune pour la prendre dans ses bras et lui faire un ÉNORME câlin.

- Oh, Kathryn, tu m'as tellement manqué, répondit Regina en rendant tout aussi férocement son étreinte à la blonde.

Kathryn recula et posa sa main sur la joue de Regina, lui adressant un sourire affectueux.

- Comment tu vas ?

- Mieux, maintenant que tu es là, répondit la brune en souriant et en attrapant la main qui se trouvait sur sa joue, la serrant dans la sienne.

- Ça, tu l'as dit, bébé ! Il te faut plus de Kathryn dans ta vie ! Même si ça veut dire que je dois descendre dans ce trou paumé pour vous faire plaisir, Votre Majesté ! s'esclaffa l'autre femme en se dirigeant de nouveau vers son véhicule.

- Tu as changé de voiture, Regina ? la taquina-t-elle ensuite en pointant du doigt la coccinelle jaune garée dans l'allée. Tu as préféré prendre quelque chose de plus ancien et de plus rustique pour te fondre dans le décor du Maine ?

Regina s'apprêtait à répondre lorsque Kathryn ouvrit grand le coffre de la Range Rover.

- Tadaaaaa !

- Mon Dieu, Kathryn, tu as apporté combien de litres de vin ? demanda Regina, choquée par le nombre de bouteilles.

- Je n'avais aucune idée de l'endroit où j'allais me retrouver, ni de la distance qui nous séparerait de la civilisation. On va peut-être se retrouver coincées ici pour une raison ou pour une autre, il faut faire des provisions.

- On est en été, Kathryn, pas en hiver, répliqua Regina en roulant des yeux d'un air espiègle.

- Je ne parlais pas de la neige. Les ours, Regina, les ours. Les essaims de moustique. Les écolos en colère… tu ne t'es vraiment pas renseignée sur cet endroit, pas vrai ?

Regina se contenta de secouer la tête comme si elle était honteuse et de faire signe à Kathryn d'entrer dans la maison avant de sortir le deuxième caisson de vin du coffre.

Après avoir déposé le vin dans la cuisine, Regina et Kathryn se placèrent au milieu du salon, contemplant la majorité de l'espace d'un point de vue central.

- Wow ! Et ben, c'est vraiment rustique. Je n'aurais jamais imaginé que tu tournerais un jour Grizzly Adams, Regina ; mais tu as une vue incroyable et il y a beaucoup d'espace. Et puis, pas mal la cheminée, pour faire des galipettes !

- Quoi ?

- Tu sais, c'est le genre de cheminée devant laquelle tu peux carrément faire l'amour… tout ce dont tu as besoin, c'est d'un tapis en peau d'ours, d'une jolie bûcheronne ; et tu seras prête ! dit Kathryn en lui faisant un clin d'œil.

- Tu ne filtres vraiment rien là-haut, pas vrai ? répondit Regina avec un sourire sarcastique.

- Nope ! Et maintenant, où est mon merveilleux petit neveu ?

Regina conduisit Kathryn dans la chambre d'enfant d'Henry et la fit entrer la première pour pouvoir observer sa réaction. Elle-même était toujours ébahie par la transformation de la pièce.

- Bordel de merde, Regina ! Oh mon Dieu ! s'écria Kathryn en se promenant dans la chambre, contemplant et touchant tout ce qui était à portée de main. Qui a fait ça ? C'est génial !

Regina se mordilla la lèvre inférieure et sourit.

- J'ai quelqu'un qui s'occupe des travaux…

- Un bricoleur ? répondit Kathryn d'une voix suave et soudain très intéressée. Je me demande s'il réalise qu'il propose ses services au mauvais endroit, lesbiennement parlant, surtout s'il essaye de t'impressionner avec ses talents. Heureusement pour lui, je suis là, prête à venir à sa rescousse et à m'occuper de tout, finit-elle avec un sourire narquois et satisfait.

Regina resta immobile, les yeux fixés sur Kathryn et la bouche légèrement entrouverte, ne sachant pas trop comment expliquer la nature du bricoleur en question.

Soudain, les yeux de son amie s'écarquillèrent.

- Ne me dis pas que c'est le genre de bricoleur qui a une énorme bedaine à cause de la bière, qui porte des habits en flanelle et une barbe beaucoup trop longue ; qui a le pantalon qui tombe, qui pue la sardine, et qui a plus de cinquante ans. Si c'est le cas, je reviens sur ma déclaration précédente et je la remplace par « hors de question ».

Elle jeta un regard entendu à Regina, puis poursuivit :

- Mais si, en revanche, on parle de bricoleur qui porte des débardeurs près du corps, une fine couche de sueur hyper sexy, qui a des muscles bien définis, un corps de rêve et un cul d'enfer, avec des cheveux bruns et des yeux bleus, je confirme ma déclaration précédente.

Elle tapota du pied par terre en regardant Regina, attendant clairement une réponse.

- Euh, ses cheveux sont blonds et ses yeux sont verts, en fait, déglutit la brune.

- Bon, ce n'est pas ce que je préfère, mais je saurais m'en débrouiller. Ils ont plus de beaux gosses que ce que j'aurais imaginé, dans le Maine, déclara Kathryn avec un ÉNORME sourire excité sur le visage.

Regina lui sourit nerveusement en retour.

- Oui. Oui, c'est vrai.

- Bien, allons faire un tour sur les docks pour admirer la vue, d'accord ?

Et sur ce, Kathryn attrapa la main de Regina et l'entraîna dehors, la brune trébuchant pour garder le rythme énergique de son amie, sans doute alimenté par sa libido.


Regina et Kathryn firent quelques pas sur les docks lorsqu'elles entendirent un bruit provenant de sous leurs pieds.

- Faites attention où vous mettez les pieds de ce côté-là, dit une voix de femme.

- Emma ? dit Regina d'un ton incertain.

Elle jeta un œil entre les planches et aperçut Emma lever le regard vers elle, un demi-sourire sur le visage.

- Certaines planches sont instables et il y a des clous qui ne tiennent plus très bien, là-haut. Je ne veux pas que vous vous blessiez, alors, faites attention où vous mettez les pieds, d'accord ?

Kathryn regarda Regina en haussant un sourcil et intervint silencieusement :

- Emma ? Qui c'est ça, Em-

Elle n'eut pas le temps de terminer ça question ; une main jaillit soudain sur le bord des docks, balançant un cliquet sur les planches. Après avoir rapidement monté l'échelle, Emma se trouva en face d'elles sur les docks, vêtue d'une très grosse combinaison en plastique couleur vert armée maintenue en place par des bretelles. A part les bretelles de son débardeur, ses bras nus, le haut de sa poitrine ses épaules et tout ce qui était au dessus ; tout son corps était couvert. Regina laissa échapper un rire légèrement haletant en se retrouvant face à Emma, et cette dernière lui adressa un sourire timide avant de lancer un regard confus à Kathryn – cette dernière lui retournait d'ailleurs la politesse.

- Une seconde, dit Emma d'une voix basse.

Elle défit les bretelles de ses épaules, laissa la combinaison retomber d'elle-même puis repoussa le plastique le long de son torse et de ses jambes, avant de glisser ses pieds hors des bottes attachées au reste, les posant sur les docks, uniquement couverts par ses chaussettes en laine.

Alors qu'Emma se baissait, Kathryn lança un regard mauvais à Regina, du genre « j'attends des explications », puis redirigea son attention vers Emma qui était en train de se relever et n'avait rien perçu de la conversation silencieuse.

Avançant d'un pas, Emma tendit sa main à Kathryn.

- Bonjour. J-je suis Emma. Je suis le bricoleur qui travaille pour Regina.

Le regard d'Emma n'arrêtait pas de changer de direction. Elle était toujours mal-à-l'aise lorsqu'elle devait se présenter. Elle était beaucoup plus habituée à ce qu'on l'ignore, et la plupart du temps, elle se satisfaisait parfaitement du fait qu'on laisse les travailleurs faire leur travail.

- Ah oui ? demanda Kathryn en serrant la main d'Emma, le regard dirigé vers Regina avec un sourire diabolique.

- Oui, madame, répondit Emma.

Réalisant qu'elle devait intervenir avant que la situation ne dégénère, Regina s'approcha et posa une main sur l'avant-bras d'Emma. Le geste sembla apaiser la blonde, et elle leva les yeux vers ceux de Regina.

- Emma, je vous présente ma meilleure amie, Kathryn, annonça Regina en lui souriant gentiment.

Regina put presque entendre le soupir de soulagement d'Emma et voir ses épaules se relâcher lorsqu'elle comprit qui était Kathryn et elle lui jeta un coup d'œil confus, se demandant quelle avait été la raison de son inquiétude.

Après avoir serré la main de Kathryn, Emma recula de nouveau, se tourna vers Regina et lui dit :

- Je n'ai pas réalisé que vous aviez de la visite. Si vous me laissez un ou deux jours, j'aurai le temps de réparer les docks pour que vous puissiez venir vous asseoir et profiter de la vue. Je veux juste éviter que vous vous blessiez. J'espère que ça ne pose pas de problème. Deux jours max.

- Pas de soucis, Emma. C'est parfait, dit Regina en lui offrant un sourire radieux, qu'Emma lui rendit un peu gauchement.

Pendant toute la durée de la conversation, Kathryn regardait tour à tour de l'une et l'autre, visiblement très amusée.

Bon sang, ces deux-là ne se rendent même pas compte de ce qui leur arrive, se dit-elle en gloussant silencieusement. Elles sont complètement à côté de la plaque.

Entre temps, Kathryn observait également Emma. Sa description du travailleur parfait se tenait juste devant elle enfin, à part le fait que c'était une femme. Mis à part ça, tout y était : débardeur près du corps, muscles bien dessinés, corps transpirant, cul d'enfer, cheveux blonds et yeux verts, cette fille était parfaite pour Regina.

Et merde, soupira intérieurement Kathryn. J'avais vraiment prévu de m'envoyer en l'air cette semaine.

Se rendant compte que Regina et Emma se contentaient de se tenir l'une en face de l'autre à se regarder dans le blanc des yeux sans rien dire, Kathryn roula des yeux et attrapa Regina par le coude, se tournant vers la blonde.

- Emma, c'est un plaisir de vous avoir rencontrée, j'espère que nous nous reverrons bientôt. Je suis désolée, mais Regina et moi, il faut qu'on file, on doit aller vérifier que tout va bien pour Henry à la maison.

Regina regardait Kathryn sans comprendre pourquoi elles prenaient congé si rapidement, sachant qu'Henry dormait profondément la dernière fois qu'elles étaient allées vérifier. Une fois de plus, son amie lui fit faire demi-tour et l'entraîna à travers le jardin. Elles avaient à peine traversé la moitié du point lorsque, n'y tenant plus, Kathryn explosa :

- BORDEL DE MERDE, REGINA! C'est ELLE, ton bricoleur ?! demanda-t-elle en essayant de chuchoter et de crier en même temps.

Regina fixait Kathryn, les yeux écarquillés, essayant de déterminer si elle était en colère, excitée, ou en train de faire un infarctus. Elle finit par hocher simplement la tête, hébétée, la bouche légèrement entrouverte.

- E-Elle vit dans la dépendance, répondit-elle dans un murmure.

Cette fois-ci, ce fut le tour de Kathryn d'ouvrir la bouche, l'air hébété, et de pencher la tête en lançant à Regina un regard de sous ses cils.

- Laisse-moi résumer la situation dans toute son hétérogénéité… si on peut dire. Tu vis à quelques mètres du Paradis Lesbien et tu n'as PAS encore essayé de lui incendier la chambre froide ? Bon sang, Regina, même moi, je deviendrais gay pour passer une nuit avec elle !

Le volume de sa voix avait augmenté au fur et à mesure de son discours, et elle regardait Regina d'un air incrédule.

- Baisse le son, répliqua nerveusement la brune en articulant bien et en écarquillant les yeux pour faire comprendre à la blonde qu'elle était sérieuse. Et NON, je n'ai pas « essayé de lui incendier la chambre froide », peu importe ce que ça veut dire. Je ne sais même pas si elle est gay, Kathryn, termina Regina d'une voix haletante, exaspérée.

Kathryn ouvrit et referma plusieurs fois la bouche, cherchant en vain ses mots. Finalement, elle réussit à construire une phrase :

- C'est quoi. Ton. Problème. Regina. Ton gay-dar déconne complètement ou quoi ? Même moi, je vois qu'elle est du même bord que toi ! Sans parler du fait qu'elle pense clairement que le soleil se lève et se couche uniquement pour toi, et pour Henry, si j'en juge par la chambre d'enfant que tu m'as montrée. Tu es aveugle, ou tu refuses juste de voir la vérité en face ?

Regina releva brusquement la tête et regarda Kathryn, les yeux grands ouverts.

- Q-qu'est-ce que tu as dis ?

- Je t'ai demandé si tu étais aveugle.

- Oh, c'est pas vrai, murmura Regina en se souvenant des mots de son père.

- AH, je vois que tu redeviens raisonnable ! dit Kathryn en passant un bras autour de ses épaules.

Elle lui embrassa les cheveux et posa son front contre le sien avant de les entraîner vers la maison.

- Ah, je te jure ! Qu'est-ce que tu ferais sans moi ? déclara Kathryn en refermant la porte derrière elles.


Kathryn et Regina en train de manger leur repas de midi dans la cuisine en buvant un bon verre de vin et en se remémorant du bon vieux temps lorsque quelqu'un toqua à la porte de derrière. Ouvrant la porte, Regina sourit en découvrant Emma sur le palier.

- Regina, je ne vais pas pouvoir travailler chez vous aujourd'hui. Marco a besoin de moi pour transporter quelques affaires de l'atelier au chapiteau pour le festival.

Regina fronça les sourcils sans comprendre et continua de fixer Emma, comme si elle attendait de plus amples explications. Entre temps, Kathryn s'était approchée pour entendre la conversation mais elle restait invisible et silencieuse.

- Le festival ?

- Ummmmmmm, oui, vous n'avez pas vu les prospectus, en ville ? J'ai pensé que quelqu'un vous en aurait sûrement parlé. C'est un événement assez important, ici.

Regina secoua la tête.

- C'est le festival WaterFire. Un peu comme celui qu'ils ont à Providence, mais en plus petit. Il y a plus de lumières que de feux, sûrement pour éviter les risques d'incendie, mais c'est quand même assez chouette. Vous devriez aller jeter un œil pour vous faire une idée ; j'ai peur de ne pas bien vous le décrire. C'est vraiment très beau, je trouve, répondit Emma en souriant doucement.

Elles restèrent silencieuses un moment, ne sachant qu'ajouter. Pendant ce temps, Kathryn roula des yeux et secoua la tête avant de sortir de derrière la porte et de venir se poster à côté de Regina.

- Ça a l'air cool ! Ça commence quand ? demanda-t-elle d'un ton excité.

- Ils allument les feux ce soir à huit heures, et ça dure jusqu'à dimanche, minuit. Il y a de la nourriture, des boissons, des artisans, pleins de choses. La seule chose qu'ils ne vendent pas, c'est du lait en poudre.

- Tu entends ça, Regina, dit Kathryn en donnant un léger coup de coude à son amie. Il va falloir que tu amènes ton propre repas.

Regina jeta un regard noir à Kathryn, agacée par sa pseudo blague.

- Enfin bref, il faut vraiment que j'aille aider Marco, maintenant, termina Emma, s'adressant directement à Regina avant d'ajouter : Je vous verrai peut-être là-bas ?

- Peut-être, répondit Regina dans un murmure.

Un petit sourire sur le visage, Emma se retourna et se dirigea vers sa voiture.

Regina ferma la porte et se tourna vers Kathryn, lui lançant un regard exaspéré, auquel la blonde répondit par un sourcil haussé et un sourire narquois.

- Habille-toi, bébé. Ce soir, on va à un festival… finit Kathryn en riant.


Lorsqu'elles arrivèrent sur place vers 18 heures, le festival avait déjà bien commencé ; et en effet, il devait être assez célèbre dans le coin, considérant le nombre de gens qui semblaient avoir soudain envahi la ville et qui se promenaient dans ses rues. Regina et Kathryn marchaient lentement, la poussette devant elles, observant chaque stand avec attention.

De temps à autres, Regina tournait la tête et balayait la foule du regard, comme si elle cherchait quelqu'un des yeux.

- Tiens, tiens, tiens, qu'est-ce que je vois ? déclara Kathryn de sa voix la plus sexy en souriant d'un air diabolique.

Elle s'était arrêtée et reluquait clairement quelqu'un, de l'autre côté de la rue.

Regina, qui était en train de remettre en place les couvertures d'Henry, leva les yeux et suivit le regard de son amie. Là, à côté d'une camionnette, se trouvait Emma. Un homme d'environ 30 ans bien bâti, aux yeux bleus et aux cheveux bruns mi-long la rejoint. Il portait un jean et une chemise en flanelle déboutonnée jusqu'en bas des pectoraux, révélant un torse raisonnablement poilu. Lui et Emma discutaient et riaient ensemble.

Kathryn jeta un œil à Regina, qui regardait Emma s'amuser avec cet homme, une expression à la fois triste et meurtrière sur le visage.

- Tout doux, ma belle. Rentre tes griffes. Cette fille ne changera pas d'équipe tant qu'il y aura une chance même infime que tu viennes marquer dans ses buts, gloussa Kathryn en reportant son regard vers Emma, qui faisait de grands gestes dans leur direction.

Emma avait un ÉNORME sourire sur le visage, et lorsqu'elle leur fit signe de s'approcher, elle n'avait d'yeux que pour Regina.

- Cela dit, ça ne me dérangerait pas outre mesure d'aller mater d'un peu plus près les buts de ce gars-là, donc si ça ne te dérange pas, on va s'approcher un peu, d'accord ? termina Kathryn.

Regina roula des yeux pour la centième fois de la journée et souffla pour la forme alors qu'elles se dirigeaient vers Emma et son ami.

- Vous êtes venues ! dit Emma en souriant, ravie. Regina, Kathryn, voici Fredrick. Il travaillait à l'atelier de Marco jusqu'à récemment, mais il a décidé de reprendre l'entreprise familiale.

- Et en quoi consiste cette entreprise familiale ? demanda Regina en se baissant de nouveau pour remettre la couverture d'Henry en place.

- Les sorties dans la nature. Je peux vous apprendre à passer du côté sauvage de la force, répondit Fredrick adressant à Katrhyn un sourire rayonnant.

- Voyez-vous ça, répondit cette dernière en souriant d'un air prédateur, reluquant le jeune homme de haut en bas.

Regina rougit et baissa les yeux, mortifiée face au comportement ouvertement séducteur de son amie. Emma se contenta de fermer les yeux et de secouer la tête, exaspérée par les clowneries de Fredrick.

- Donc, Emma, intervint Regina, essayant désespérément de changer de sujet et d'empêcher les sous-entendus sexuels successifs qu'échangeaient sa meilleure amie et un type qui avait l'air de travailler comme mannequin pour Abercrombie.

Elle reprit :

- Vous avez réussi à tout transporter depuis l'atelier de Marco ?

- Oui. D'ailleurs, Fredrick et moi, on était justement en train de charger quelques trucs dans la camionnette, mais ensuite, peut-être que je…

Elle sursauta et jeta un coup d'œil agacé au jeune homme lorsqu'il lui fila une solide tape sur l'épaule avant de lancer un regard appuyé à Kathryn.

- Je veux dire, peut-être que nouuuuus, reprit lentement Emma (pour être sure qu'elle avait bien comprit le message, et Fredrick s'empressa de hocher la tête), pourrions-vous servir de guide ?

Emma lança un dernier regard mécontent à Fredrick en frottant son épaule douloureuse avant de se tourner vers Regina et de lui sourire.

- J…

Cette fois-ci, ce fut Kathryn qui mit une tape rapide dans l'épaule de Regina.

- Je veux dire… nous… en serions ravies, se corrigea Regina en se tournant vers sa meilleure amie d'un air courroucé.

Fredrick et Emma se mirent à charger du matériel lourd dans la camionnette garée tout près, au grand plaisir visuel de Katrhyn et de Regina. A un moment, la brune eut peur que sa meilleure amie ne se mette à applaudir face au spectacle qu'elle avait devant les yeux. Les risques de ces effusions explosives semblaient toujours coïncider avec l'entrée du dos musclé d'un certain jeune homme directement dans le champ de vision de la blonde. Si Emma était timide, Fredrick, lui, n'avait aucun scrupule à jouer de ses atouts pour séduire la personne de son choix.

Une fois le travail terminé, Emma et Fredrick descendirent du fourgon. Emma remonta le hayon et cogna deux fois sur le côté du véhicule avec la paume de sa main pour indiquer que tout était en place, et les clients démarrèrent, les laissant tous les quatre et Henry, seuls.

Emma fila voir Marco pour lui dire qu'ils allaient se promener, et il les congédia avec un geste de la main et un sourire. Il fit le même geste à Regina, qui le lui renvoya.

- Ok, allons-y, dit Emma.

Peu de temps après le début de la ballade, Kathryn et Fredrick ralentirent pour marcher côte à côte derrière Emma et Regina ; puis ils ralentirent encore, et encore plus. Au bout de 30 minutes, ils avaient disparu de la circulation. Regina balaya la foule du regard pour essayer de retrouver son amie. Remarquant qu'elle n'était pas tranquille, Emma essaya de la rassurer.

- Je sais que Fredrick a l'air un peu fou, comme ça, mais c'est un garçon vraiment bien, et il pas méchant pour un sou. Il prendra soin de Kathryn.

- Je suis plus inquiète POUR Fredrick qu'A PROPOS de Fredrick, en fait. Je ne suis pas sûre de pouvoir vous garantir qu'IL sera en sécurité avec Katrhyn. Elle peut être difficile à gérer, parfois.

- J'ai vu ça, répondit Emma en souriant d'un air entendu. Mais sa présence a l'air de vous faire du bien.

- Et bien, elle était là pour moi quand…

Regina s'interrompit, hésitant à continuer, et Emma aperçut une lueur de peur panique et de douleur traverser son regard.


Regina tapait de toutes ses forces contre la tête de lit, dans sa chambre, essayant d'attirer l'attention de Kathryn. Les antalgiques qu'on lui avait donnsé après son opération l'avait rendue nauséeuse, et maintenant, elle était en train de s'étouffer avec son propre vomi.

Sa tentative désespérée pour attraper les ciseaux qui se trouvaient sur la table de nuit afin couper les bandages qui la bâillonnaient et arrêter de s'étouffer s'était soldée d'un échec ; elle avait juste réussi à les faire tomber par terre. Maintenant, elle parvenait juste à les chercher frénétiquement du bout de ses doigts alors que le liquide poisseux lui sortait par les lèvres et par le nez, coulant sur son pyjama et sur le lit.

Il fallait absolument qu'elle réussisse à ouvrir la bouche et à aspirer un peu d''air ; tout ce qu'elle parvenait à faire pour l'instant, c'était avaler de travers un liquide qui lui brûlait les poumons. Ce qui déclenchait des quintes de toux qui ajoutaient encore aux nausées et à la sensation d'étouffement.

La porte de la chambre s'ouvrit brusquement et Kathryn comprit très vite ce qui était en train de se passer.

- Oh non, Regina ! furent ses seuls mots avant de se ruer sur le côté du lit, ramassant les ciseaux.

Les yeux de Regina s'écarquillèrent de peur et elle agrippa les bras et la chemise de Kathryn, qui était désormais également tâchée par le vomi.

- Je dois couper les bandages, Regina. S'il te plait, essaye de ne pas bouger. Ne te débats pas. Je sais que tu as peur.

La voix et les mains de Kathryn étaient presque aussi tremblants que les gestes de Regina, et elle essaya du mieux qu'elle pouvait de les calmer toutes les deux suffisamment pour couper chacune des bandes. Plusieurs fois, les ciseaux entrèrent en contact avec les dents de la brune, produisant un bruit claquant et répugnant.

Lorsque la dernière bande furent coupée, Regina roula sur elle-même pour se mettre à genoux, sur ses deux mains, et ouvrit la bouche pour expulser ce qui restait de ses nausées, puis elle prit une grande inspiration d'air, posant son front sur l'oreiller et entourant son ventre de ses bras. Elle resta là, tremblante de peur et de fatigue, les lèvres entrouvertes, laissant la salive, le sang et les derniers restes de son estomac souiller lentement les draps. Elle ressentait une douleur lancinante dans la mâchoire, à cause des mouvements secs qu'elle avait faits et des bandages qu'on venait d'enlever, arrachant au passage plusieurs points mais c'était malgré tout une amélioration comparée à la sensation de se noyer. Kathryn lui caressait doucement le dos, essayant de la calmer et de la réconforter.

- Ça va aller. Tout va bien, maintenant, lui murmurait-elle sans relâche.

Finalement, la blonde dirigea gentiment Regina pour qu'elle s'allonge sur le côté et posa la tête de la brune sur ses genoux. Regina resta immobile, les yeux fermés, sa main tremblante posée sur le genou de l'autre femme. Kathryn se contenta de passer ses doigts dans les cheveux humides de son amie, lui donnant le temps dont elle avait besoin pour récupérer et se détendre un peu.

- Ma puce, tu penses que tu pourrais rester debout suffisamment longtemps pour qu'on aille te changer ? finit par lui demander la blonde.

Regina hocha lentement la tête contre la jambe de Kathryn, puis poussa sur ses bras pour se lever du lit. Elle eut l'impression de redevenir enfant, Kathryn l'aidant à passer des vêtements propres et nettoyant son visage et ses cheveux avec un gant mouillé alors qu'elle, assise sur les toilettes, laissait couler des larmes de douleur, d'humiliation, de peur… elle ne savait même plus comment contrôler ses émotions.

Finalement, le gant ne servit plus qu'à essuyer ses larmes.

Aidant la brune à se remettre sur pieds, Kathryn passa un bras par-dessus les épaules de son amie pour l'aider à marcher. Avant de se sortir de la salle de bain, Kathryn embrassa le front de Regina et posa sa joue sur ses cheveux sombres.

- Je t'aime, 'Gina. Tu verras, un jour, tout ira beaucoup mieux. Je te le jure. Pour l'instant, on va t'amener à l'hôpital, d'accord ?


- Disons seulement qu'on a traversé pas mal de choses ensemble, termina Regina avec un sourire gentil, mais triste.

Emma se demanda si ce dont Regina hésitait visiblement à parler avait quelque chose à voir avec l'épisode de la porte bloquée de la chambre d'enfant. Mais elle n'allait pas se mêler de ce qui ne la regardait pas. Elle ne connaissait pas bien Regina, mais elle désirait remédier à ça ; elle voulait tout savoir d'elle. A ce moment précis cependant, la seule chose au monde qu'elle désirait, c'était faire disparaître la douleur et la peur qu'elle lisait dans le regard de la brune.

Ces émotions ne devraient pas exister pour vous. Vous ne devriez jamais avoir l'air triste ou effrayée, Regina, pensa Emma.

Avec un peu de chance, un jour, elles pourraient se parler de tout, mais pas aujourd'hui ; Emma essaya donc de diriger la conversation vers des sujets plus légers.

- On devrait s'acheter quelque chose à manger et aller s'installer sur les quais pour assister à l'allumage des feux.

Lorsqu'elles arrivèrent sur les quais, Emma repéra un banc qui se trouvait pile au milieu de la promenade et duquel on pouvait contempler l'étendue d'eau sur laquelle les brasiers flottaient, prêts à être allumés. Il y en avait dix au total, cinq côté rive gauche et cinq côté rive droite. Chaque brasier en fer mesurait environ un mètre cinquante et contenait une quantité suffisamment importante de bois et d'huile pour rester allumé un bon moment de la soirée sans avoir besoin d'être ravivé. Chacun d'entre eux étaient soutenus par un poteau en bois sous marin et se trouvaient à environ 6 mètres du bord de l'eau.

Regina sortit Henry de la poussette pour lui donner son biberon avant l'allumage des torches. Pendant ce temps, Emma lui expliquait quelques aspects de l'événement.

- Ils ont une manière très particulière d'allumer les brasiers ; depuis le plus éloigné jusqu'au plus proche, dit-elle en pointant du doigt la dernière torche, tout à droite.

A côté se trouvait un petit dock, qui s'avançait un moment au dessus de l'eau pour finir par y descendre et y disparaître.

- Ils les allument l'un après l'autre, jusqu'au dernier qui se trouve là-bas, poursuivit Emma en montrant maintenant le brasier le plus à gauche. Une fois que c'est fait, le Festival commence « officiellement ». Parfois, ils mettent un moment avant de réussir à tout allumer, mais les gens ont l'air de se prendre au jeu et d'apprécier le spectacle.

A ce stade des choses, Regina ne savait pas très bien à quoi s'attendre, mais elle était certainement intriguée. Elle leva les yeux vers ceux d'Emma, qui reflétaient les lumières du port, et sourit.

- Il me tarde de voir ça, dit-elle.

J'espère bien, pensa la blonde, un sourire en coin sur le visage.

Environ 20 minutes avant l'allumage des feux, Emma s'excusa auprès de Regina.

- Il faut que j'aille dire un mot à quelqu'un, je reviens tout de suite. Ça va aller, vous et Henry ? Je ne serai pas longue.

Emma regardait Regina d'un air inquiet et la brune posa sa main sur son bras, dessinant des petits cercles rassurant de son pouce.

- Ça va aller. On vous garde une place, dit-elle en souriant.

- Parfait. Je reviens vite.

Lorsqu'Emma s'éclipsa, Regina regarda autour d'elle et remarqua que le port était maintenant BONDÉ de monde. Malgré le fait qu'il y avait de la place sur son banc, personne ne lui avait encore demandé la permission de s'asseoir, et c'était très bien comme ça ; ça lui permettait de garder une place pour Emma. Elle finissait tout juste de remettre Henry dans sa poussette et de ranger le biberon vide lorsque Kathryn refit surface, se vautrant sur le banc, juste à côté d'elle. Regina sursauta d'abord de surprise, puis elle haussa un sourcil en reconnaissant son amie.

- Je peux savoir où tu étais pendant tout ce temps ? lui demanda-t-elle, malgré le fait qu'elle en avait une assez bonne idée, considérant l'air satisfait et détendu de Kathryn.

- J'ai le plaisir de t'annoncer, ma chère amie, que j'étais en train d'allumer la torche assez considérable de Fredrick, à l'arrière de son fourgon.

- Tu réalises que j'ai de bonnes chances de croiser les habitants de cette ville tous les jours même après ton départ ?

- Ne t'inquiète pas, ma puce, les foules en colère brandissant des fourches et des flambeaux, c'est du passé. Et puis, c'était… tellement. Excitant… Regina. Et il est… Tellement. Eno—

Regina leva les mains pour l'interrompre, mais ça ne l'empêcha pas d'apercevoir le geste de Kathryn, lui donnant une assez bonne idée des mesures dont elle voulait parler.

Regina grogna et lui dit :

- Si tu n'étais pas ma meilleure amie, je serais probablement en train de vomir, là.

Avant que son amie ne puisse répliquer, Fredrick apparut derrière leur banc et commença à observer l'eau, les bras croisés sur la poitrine. Regina remarqua que sa chemise était encore plus déboutonnée que lorsqu'elle l'avait rencontré, et que son odeur corporelle n'était pas sans rappeler le parfum de Kathryn.

La brune prit une grande inspiration et poussa un soupir. Malgré son comportement parfois inconscient, Kathryn mordait la vie à pleine dent – au sens figuré et (parfois) au sens propre – et profitait de chaque minute. Regina se demanda depuis quand elle avait arrêté de croire en la vie, de l'apprécier à sa juste valeur. Plus de deux ans, c'était clair peut-être un peu plus que ça ; peut-être même depuis toujours. Une voix familière la tira de ses pensées.

- La place est prise, Miss Regina ?

- Marco, dit Regina en se levant pour le saluer. Non, je vous en prie, asseyez-vous.

Marco posa ses deux mains sur les épaules de Regina et déposa un baiser léger sur chacune de ses joues. Le fait qu'il se souvienne si bien d'elle après ne l'avoir rencontrée qu'une seule fois dans sa boutique la fit sourire. Marco se pencha vers la poussette et salua son occupant.

- Bonjour, Monsieur Henry. Content de te voir aussi ! dit le vieil homme en chatouillant rapidement le ventre d'Henry.

- Et où est passée cette Emma ? Je pensais qu'elle était avec vous tous, reprit-il en s'asseyant à côté d'elle.

- Je ne sais pas trop, répondit Regina. Elle m'a dit qu'elle devait aller parler à quelqu'un et qu'elle reviendrait vite, mais ça fait un moment qu'elle est partie et je pense qu'ils ne vont pas tarder à allumer les feux.

- Ne vous faites pas de soucis, Miss Regina, lui répondit Marco en lui tapotant doucement la main. Je suis sûre qu'elle sera bientôt là. Elle ne manquerait ça pour rien au monde.

Au moment où Marco eut terminé sa phrase, les lumières du port s'éteignirent, et l'assemblée fut laissée dans le noir. On entendit quelques sifflets et cris de joie, mais dans la grande majorité, la foule se taisait, toute excitée. Regina continua de scanner l'assemblée à droite, à gauche et derrière elle, toujours à la recherche d'Emma.

Je voulais profiter du spectacle avec vous, Emma. S'il-vous-plait, revenez, pensa-t-elle, nerveuse, en mordillant sa lèvre inférieure et en faisant tressauter son genou.

Pendant ce temps, Marco observait la brune du coin de l'œil, un sourire en coin sur le visage.

Sitôt que Regina eut énoncé son vœu silencieux, un murmure excité traversa la foule, puis des acclamations commencèrent à fuser, de plus en plus fort. Regina regardait autour d'elle, ne comprenant pas la raison de ces soudains cris de joie. Derrière elle, Fredrick plaça ses mains en coupe autour de sa bouche et hurla :

- VAS-Y EMMA ! TU PEUX LE FAIRE ! PAREIL QUE PENDANT NOS ENTRAÎNEMENTS !

Regina se tourna immédiatement vers Fredrick pour pouvoir suivre son regard côté droit. Ses lèvres s'entrouvrirent de surprise lorsqu'elle aperçut Emma Swan, debout sur le petit embarcadère qui se trouvait à côté du brasier le plus à droite, et WOW, elle s'était clairement changée.

Elle portait un jean slim partiellement recouvert par des bottes hautes en cuir. Son haut se composait d'un t-shirt de sport blanc et de deux bandeaux qui enserraient fermement ses biceps au bout de ses manches. L'intérieur de son bras gauche était couvert par une large bande de cuir, et elle portait un gant en cuir à la main droite. Un long sac était accroché à sa hanche gauche et pendait le long de sa jambe. Elle avait les cheveux lâchés, et la légère brise qui soufflait les faisait voleter autour de son visage. A côté d'elle se trouvait un petit chaudron dans lequel on avait allumé un petit feu, et quelques flammes montaient jusqu'au dessus du bord. Dans sa main gauche, elle tenait un bel arc taillé dans le bois.

- Et ben dis donc…, murmura Kathryn en jetant un coup d'œil à Regina, souriant d'un air espiègle.

Sans s'en rendre compte, Regina tendit la main et agrippa la manche du manteau de Marco. Ses yeux ne quittèrent pas la silhouette d'Emma et sa bouche reste entrouverte. Marco gloussa un peu et tapota de nouveau la main de Regina avant de la poser gentiment sur la sienne. Regina était tellement obnubilée par le spectacle qu'offrait Emma qu'elle ne remarqua même pas le contact.

Emma avait les yeux baissés et évitait de regarder la foule, essayant d'oblitérer le bruit et de se concentrer. Au bout d'un moment, elle plongea la main dans le sac qu'elle portait à la hanche et en sortit une flèche, ou du moins ce que Regina pensait être une flèche. La tige était longue, mais le bout était fait d'un matériau différent de celui d'une tête de flèche.

Ils ont une manière très particulière d'allumer les brasiers, se souvint Regina.

Emma plongea la flèche dans le chaudron qui se trouvait à côté d'elle, allumant ainsi la tête. La foule devint silencieuse lorsqu'elle plaça le trait sur son arc et tira sur la corde. Lorsqu'elle fut prête à tirer, le feu qui brûlait sur la tête de la flèche était suffisamment proche pour que Regina puisse admirer le beau visage d'Emma. La lueur des flammes qui léchaient le bout de la flèche dansait dans ses yeux.

Emma ajusta ses doigts sur la corde, contre le côté droit de sa bouche, et se concentra pour aligner son tir sur le premier brasier. Elle fronça les sourcils, le regardant fixement. Soudain, Regina vit les yeux d'Emma jeter un très bref regard à l'endroit où elle était assise, puis elle lâcha la corde, laissant la flèche voler. Un instant plus tard, le premier brasier prit feu, produisant des flammes qui jaillirent à plusieurs mètres de haut avant de s'apaiser et de revenir à une taille plus raisonnable.

La foule explosa en un tonnerre d'applaudissements, et de nombreuses personnes lancèrent des hourras et des cris de joie alors qu'Emma, à la fois timide et taquine, laissait échapper un rire léger en s'essuyant malicieusement le front pour faire comprendre à l'assemblée qu'elle était contente que la flèche ait atteint sa cible. La foule rit avec elle.

La blonde continua d'allumer les feux, méthodiquement… cinq… sept… huit… neuf…. Chaque flèche atteignait sa cible efficacement, en plein centre.

La foule était complètement déchaînée à ce stade des événements, et chacun fit signe à son voisin de se taire alors qu'Emma plongeait la dernière flèche dans le chaudron. C'était le plus long tir, et la cible paraissait petite à cause de son éloignement de l'embarcadère. Il était impossible qu'elle parvienne à la toucher. Depuis des années, personne n'avait réussi à allumer les dix brasiers du premier essai.

Lorsqu'Emma leva son arc et tira sur la corde, tout était tellement silencieux qu'on aurait pu entendre les mouches voler. Elle ajusta le tir et se figea complètement. Cette fois, ses yeux cherchèrent ceux de Regina et ses yeux verts se plongèrent dans les siens. Elle ne les détacha pas de ceux de la brune lorsqu'elle lâcha enfin la corde.

Presque au ralenti, les spectateurs assis se levèrent et se tournèrent vers la droite pour suivre la trajectoire de la flèche jusqu'au brasier. Ceux qui étaient déjà debout se tournèrent aussi pour suivre la flèche des yeux.

Regina se leva et fit exactement le contraire ; elle se tourna vers la droite et continua de fixer Emma, qui avait abaissé son arc et la regardait en lui souriant doucement. Elles ne regardèrent pas la flèche voler elles n'en avaient pas besoin. Elles savaient exactement où elle allait retomber. C'est pourquoi elles ne tressaillirent même pas lorsque la foule se mit à acclamer la blonde avec frénésie.

Presque tout de suite après, Regina perdit Emma de vue, la foule se dispersant sur les quais. Elle tenta de retrouver un contact visuel pendant un moment, mais comprit rapidement que c'était peine perdue.

- Et ben… ça, c'est un talent qu'on n'a pas l'occasion de voir tous les jours…, lança Kathryn en souriant d'un air narquois, regardant son amie qui se tenait toujours sur les quais, à la recherche d'Emma.

Mais la brune n'entendait même pas ce que Kathryn lui disait, incrédule et perdue dans ses pensées.

Tu es tellement foutue, Regina, pensa Kathryn, un sourire en coin sur le visage. Bon Dieu, Emma, elle te cherche depuis si longtemps. Où étais-tu passée pendant toutes ces années ?


Regina resta assise sur le banc dans l'espoir qu'Emma viendrait la rejoindre. Ça faisait un moment qu'elle l'avait perdue de vue, mais il y avait tellement de monde sur les quais que ça ne l'inquiétait pas, et comme l'avait dit Marco, ça faisait très, très longtemps qu'on n'avait pas allumé les feux en tirant « une flèche pour un brasier ». Les volontaires précédents ne possédaient visiblement pas le talent d'Emma, et parfois, cela résultait en une cérémonie TRÈS LONGUE.

Kathryn et Fredrick étaient partis se balader au sein du festival (ou plus probablement au sein de son fourgon), lançant seulement un « nous, on y va » en partant, et Marco était retourné à son stand pour s'occuper des clients tardifs.

Regina sortit Henry de sa poussette et le mit sur son épaule en prenant soin de le couvrir ; le climat s'était rafraîchi depuis que le soleil s'était couché. Elle enveloppa le reste de la couverture autour de sa poitrine, essayant de se réchauffer un peu aussi.

- Vous avez froid, Regina ? lui demanda la voix douce et familière d'Emma.

La main de la blonde tira un peu sur la couverture pour couvrir la tête d'Henry et le protéger du froid, puis se posa sur la tête du bébé quelques secondes dans un geste protecteur.

- Je ne m'attendais pas à ce qu'il fasse si frais après le coucher du soleil.

- Penchez-vous un peu en avant, lui intima Emma.

Regina sentit le tissu d'une couverture en laine bien chaude s'insérer entre son dos et le banc, puis elle sentit des mains prudentes envelopper les bords autour d'elle et d'Henry.

- Je pense que ça aidera un peu, dit Emma en contournant le banc pour venir s'asseoir près de la brune et en prenant soin de s'approcher au plus près d'Henry.

Elles restèrent silencieuses pendant un moment, se contentant de regarder les flammes jaillir des brasiers, leur lumière crépitante se reflétant dans les petites vagues qui faisaient onduler la surface de l'eau.

- C'était… fantastique, finit par murmurer Regina, toujours émerveillée du spectacle qu'elle venait de voir.

- Je suis contente que ça vous ai plu, répondit Emma sans détacher son regard des flammes. Je l'ai fait pour vous et Henry. Je voulais être sûre que le festival vous plairait.

Regina tourna la tête et regarda Emma, la bouche légèrement entrouverte. Emma continua de regarder droit devant elle, comme si ce qu'elle venait de dire allait de soi.

- Vous avez moins froid ? s'enquit la blonde au bout de quelques instant.

- P-pardon ?

Une sensation de chaleur avait commencé à se répandre dans le corps de la brunette, mais elle ne pensait pas que ça avait grand-chose avec voir avec la couverture enroulée autour de ses épaules. Elle provenait plutôt de la découverte qu'Emma avait fait toutes ces choses… la chambre d'enfant… l'allumage des feux du festival… dans le seul but qu'elle et Henry se plaisent ici, et soient entourés de merveilles.

- Vous avez suffisamment chaud ? répéta Emma.

Cette fois, elle souffla sur ses propres mains et commença à les frotter. Regina ne savait pas le geste devait servir d'éclaircissement visuel à la question ou si Emma avait elle aussi froid. Elle aperçut les frissons qui recouvraient la peau non couverte de la blonde, et devina que le mouvement n'était pas là pour faire joli.

Sur un coup de tête, Regina proposa :

- Cette couverture est sans doute assez grande pour nous couvrir tous les trois, si vous avez froid ?

- Si ça ne vous dérange pas, je veux bien.

Après un moment à gigoter pour trouver une position confortable, Emma se retrouva avec un bras enroulé autour des épaules de Regina. Sa main droite tenait les deux bouts de la couverture bien serrés devant elles, et de ce fait, son bras soutenant celui de Regina, sous le corps d'Henry. Emma s'était légèrement tournée pour que l'épaule de Regina soit confortablement installée contre son torse, et leur corps joints formaient une sorte de cocon autour du bébé. Ce dernier dormait paisiblement contre l'épaule de Regina, encerclée par la chaleur corporelle des deux femmes et par les couvertures.

Emma prit quelques instants pour respirer profondément, inspirant le parfum de pommes et de lavande qui flottait maintenant dans l'air, puis elle baissa les yeux pour observer la tête d'Henry et laissa échapper un petit rire.

- Henry ne me semble pas très convaincu par la performance, mais, vous, vous avez vraiment aimé ? demanda-t-elle en levant les yeux vers le visage de la brune, hésitante.

La brune tourna légèrement la tête, tomba sur ces beaux yeux verts et eut le souffle coupé. Leurs nez se touchaient presque.

- O-oui. Oui, j'ai beaucoup aimé, murmura-t-elle d'une voix haletante.

- Je n'ai pas vu de sourire, pourtant…, remarqua Emma.

Regina vit la douceur et l'inquiétude qui brillaient dans les yeux de la blonde, et elle sentit son souffle contre ses lèvres.

Incapable de se retenir, Regina sentit les coins de sa bouche tressaillir, légèrement d'abord, puis s'étirer de plus en plus jusqu'à former un sourire radieux et content qu'Emma lui rendit, les yeux toujours plongés dans les siens.

- Voilà, chuchota joyeusement Emma.

Elles retombèrent dans un silence confortable et continuèrent de regarder les flammes pendant un long moment, bien au chaud sous leur couverture.


Et voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ça vous a plu. Je sais, je sais, on avance lentement... mais sûrement, ne vous en faîtes pas ;) Si l'envie vous prend de laisser une review pour me dire ce que vous en avez pensé, ne vous privez pas :P A plus tard !

Merci à Not Gonna Die, ma beta d'enfer :D