Disclaimer : L'univers de Finnick appartient à Suzanne Collins, je ne fais que l'emprunter !

Note : Merci pour toutes ces reviews ô combien agréables ! J'espère que ce troisième chapitre vous plaira tout autant, nous allons entrer dans l'intimité de Finnick...

Erica Odair

Elle passe son bras autour de mes épaules. Assis dans le sable, je respire l'odeur de la mer. Je suis tranquille, apaisé. Je pose ma tête sur son épaule et elle glisse ses doigts dans mes cheveux, m'encerclant dans son étreinte. Elle sent la vanille et le sel marin. Elle sent terriblement bon. Je laisse cette odeur m'apaiser, me pénétrer en entier. Cette odeur est mon secours. J'aime me réfugier dans ses bras depuis que je suis petit.

- J'ai peur, Finnick.

Je ferme les yeux.

- Ne dis pas ça, Erica.

Je la sens trembler contre moi. Elle me serre un peu plus fort.

- C'est si dangereux, Finnick ! Tu risques tellement...

Je me dégage un peu de ses bras. Fini la tranquillité. Ses doutes m'envahissent. Je sais pourtant que j'ai raison, que quoi qu'il se passe, je dois aller jusqu'au bout. Je dois tenir. Pour le District Quatre. Pour tous les Districts qui souffrent du règne de Snow. Pour Panem entier. Et pour Filipa.

- On sera tous en danger, Erica, tant que Snow aura le pouvoir.

Elle s'éloigne de moi. Nous nous regardons dans les yeux, désormais. Nous avons les mêmes. D'un bleu tantôt glacial, tantôt aussi fascinant que celui de la mer qui borde notre District. Je n'aime pas ce que je vois dans ses yeux aujourd'hui. Ils sont d'un bleu froid, un bleu craintif. Son corps est chaud, je sens sa chaleur même si elle n'est plus tout contre moi. C'est sa peur surtout que je ressens.

- C'est si... Enfin, Finnick !

Elle s'énerve. Ses yeux se plissent sous le coup de la colère et de l'anxiété. Elle veut me faire renoncer.

- Snow se sert de toi ! Il t'achète ! Il te donne à ses femmes en espérant qu'elles te brisent !

Erica s'accroche à mes mains. Elle est si inquiète pour moi...

- Elles arriveront à me briser, Erica, si tu n'est pas avec moi. J'ai besoin de toi.

Son regard clair et torturé se fixe sur le mien. Ses cheveux châtains, ni tout à fait bruns, ni tout à fait blonds, volent autour de son visage sous l'effet de la brise maritime. Sa robe blanche colle à sa peau trempée de sueur, dévoilant ses formes de femme. Du sable s'accroche à ses cils. Elle est magnifique. J'aimerais pouvoir la rassurer d'un baiser, l'embrasser, la serrer contre moi, lui dire que je l'aime, j'aimerais qu'elle soit à moi.

Hors Erica est ma soeur.

- J'ai besoin de toi, Erica. De ton sourire et de nos rires qui se mêlent ensemble. Comme lorsque nous étions petits et que nous riions dans les vagues. J'ai besoin de ton innocence, de ta fraîcheur. Il faut que tu sois là pour moi. Je ne veux pas que tu m'abandonnes. Je t'aime trop. Tu le comprends, ça ?

Elle hoche la tête. Je la vois inspirer et se reprendre. Son regard bleu reprend vie. Ma soeur aînée m'adresse un léger sourire. Elle est si belle... Si différente de toutes ces femmes du Capitole qui visitent mon lit...

- Je serais là.

Un grand sourire se dessine sur son visage, réplique parfaite du mien à l'instant même. Je l'aime. Je ne sais pas comment le lui dire. Je l'aime d'un amour si fort que l'on pourrait croire que je suis amoureux d'elle. Ce n'est pas le cas pourtant. Erica est ma soeur et je ne veux pas que quiconque d'autre que moi la touche. Je suis possessif avec elle. Elle est à moi, ma soeur. Elle est à moi quand son fiancé n'est pas là.

C'est un amour inexplicable que celui qui me lie à ma soeur aînée. Il est différent de celui qui m'attache à Filipa. Filipa est mon ange, ma lumière, ma fille si j'étais père. Erica est ma soeur, ma reine, ma femme si j'étais marié.

- Combien... Combien de fois as-tu... ?

J'éclate de rire en voyant le visage d'Erica. Elle est toute rouge, si gênée de me poser cette question. Ma soeur est aussi pudique que je suis extraverti.

- Pour le moment, aucune. La première était complètement folle. Elle s'est contentée de me saigner à mort sur le torse. La deuxième n'a pas sa place au Capitole. Tu la verrais, elle parait si jeune !

Erica sourit. Je la vois soupirer discrètement. C'est dans ces moments-là que mon coeur se gonfle de fierté masculine : l'amour que je ressens pour elle est réciproque. Elle non plus ne supporte pas de savoir que quelqu'un d'autre qu'elle me touche.

Ma soeur se lève. Elle me domine de toute sa hauteur. C'est une belle jeune femme. D'en bas, j'admire ses jambes, si longues, dorées et caramel à souhait. Elle enlève sa robe blanche d'un mouvement de bras et se retrouve presque nue devant moi. Je la dévore du regard.

Elle est différente de Colinie. Colinie Paraa était blanche et timide, vierge et innocente. Erica est bronzée, magnifique. Et, je le constate en regardant son ventre, malheureusement plus vierge. Je hais parfois Moia, son fiancé. C'était un de mes meilleurs amis quand il ne sortait pas avec ma soeur. Désormais, nous nous entendons toujours aussi bien mais... Mais ma soeur n'est plus à moi et il m'arrive de le détester pour ça.

D'un pas gracieux, légère comme le vent, Erica s'avance vers l'eau salée. Elle se coule dedans, divine. C'est une sirène, un mythe de l'ancien monde, elle est irréelle. Je vais m'approcher d'elle et elle va partir, s'enfuir dans la mer qui se colore d'or sous le soleil couchant. Je me lève à mon tour, enlève mon tee-shirt, exposant au monde mon torse musclé. Travailler en mer entretient le corps et l'esprit.

- Qu'as-tu découvert ?

J'admire le génie de ma soeur. Elle se doute que la plage est peut-être sous surveillance, alors elle s'éloigne dans les vagues pour couvrir ses mots et que notre conversation reste secrète. Tout en me parlant, elle m'asperge gentiment, comme si elle me lançait une boutade et ne me parlait pas du tout des mystères qui entourent le Président Snow.

- Le père de Colinie Paraa, ma deuxième cliente, tient une boutique de cosmétiques à base de plantes. D'après sa fille, ce sont surtout des vieilles femmes qui lui achètent ses produits. Mais il reçoit aussi souvent la visite du serpent Snow, ce qui est étonnant. Snow peut demander à n'importe qui de lui faire ses courses, il n'a pas à se déplacer.

- Je vois... murmure Erica par dessus les flots.

Elle m'arrose encore une fois et fait mine d'éclater de rire.

- Alors pourquoi tient-il à voir en personne ce commerçant ?

Je ris à mon tour tout en la prenant dans mes bras une seconde, le temps de la noyer. Quand nous ressortons la tête de l'eau, elle se débat. J'en profite pour continuer.

- Colinie a entendu Snow menacer son père. D'après ce qu'elle a retenu, Snow détient des informations gênantes pour Proni Paraa. Ce serait la fin de son commerce et de sa réputation s'il les révélait. En échange de son silence temporaire, Snow a demandé quelque chose à Paraa. Colinie n'est pas sûre mais elle croit qu'il s'agit de poison.

- De poison ?! s'exclame Erica.

J'hoche la tête en nageant. Je me laisse flotter sur le dos une minute, comme si j'étais fatigué. Depuis les Hunger Games, ma soeur aînée et moi sommes paranoïaques. Nous sommes convaincus d'être tout le temps sur écoute. La mer est le seul endroit ou presque où nous pouvons parler en toute liberté.

- Quand elle a appris ça, elle a profité d'un moment où son père était parti pour visiter la boutique. Elle est très douée avec les plantes, si j'ai bien compris. C'est son domaine, elle espère reprendre la boutique familiale.

- On s'en fiche, me coupe Erica.

J'éclate de rire, involontairement cette fois-ci.

- Cette fille est adorable, je t'assure ! Elle vaut la peine qu'on la connaisse.

- Ne dis pas ça, elle n'est peut-être qu'un plan de plus de Snow pour te contrôler. Elle te ment sans doute sur tout.

Je dévisage ma soeur. Comment peut-elle dire ça ?! Elle ne connait pas Colinie. Je suis convaincu que cette fille ne m'a pas menti. Elle avait l'air trop... apeurée. Oh. Et... Non. Je refuse de le croire.

- Tu ne peux pas lui faire confiance, Finnick. Elle vient du Capitole.

- Tu ne l'as pas vu !

- Tu es naif, Finnick ! Snow te vend au Capitole, tu n'es qu'un moyen de pression de plus pour lui. Il se sert de toi pour satisfaire ses vieilles folles un peu extravagantes. Tu n'es qu'un objet entre les mains de ces femmes.

J'observe Erica. Derrière la colère et l'inquiétude, je perçois autre chose. De la jalousie.

- Frangine...

- Tais-toi. Tu ne peux pas leur faire confiance ! A aucune ! Il en va de la sécurité de notre District. Tu nous a tous mis en danger en...

- En quoi ?! En gagnant les Hunger Games ? En voulant te revoir ? En voulant voir grandir Filipa ?

Cette fois-ci, je ne rigole plus. Les mots d'Erica ont peut-être dépassé sa pensée, il n'empêche qu'ils m'ont blessé. Je me laisse couler au fond de l'eau. Dans le calme de l'eau de mer. Les vagues passent sur moi. Je reste une minute sous l'eau. Une minute trente. Je connais la mer par coeur. Depuis le temps que je nage, je suis très doué en apnée. Alors je reste là, dans la chaleur de la mer. Elle me berce.

J'aime ma soeur et elle m'aime. Mais elle est aussi terriblement inquiète. C'est normal. C'est normal quand on voit son ventre grossir au fur et à mesure que les mois passent. Elle sera bientôt maman. Et cela lui fait peur. Le système lui fait peur, les Hunger Games lui font peur, tout lui fait peur. Elle craint pour ma vie et pour la sienne. Dans le District Quatre, tout le monde se connait. La mort d'un habitant est toujours quelque chose. Nous l'avons forcément connu, croisé, la mort d'un habitant du District Quatre n'est pas la mort d'un inconnu pour nous.

Je sors la tête de l'eau et respire un grand coup. Erica me regarde. Des larmes perlent à ses cils. Elle est malheureuse, je le sais. Elle s'en veut d'avoir dit ça. Ce n'est pas ce qu'elle voulait dire. Je lui pardonne.

- Ce sont les hormones, ce n'est rien ! Ça va t'arriver très souvent, tu vas voir. Je souhaite bonne chance à Moia pour te supporter dans les mois à venir !

Je lui adresse un sourire. Ma petite plaisanterie lui arrache un rictus. Elle passe la main sur son ventre encore à peu près plat, juste rebondi. Elle est magnifique. Son enfant aura la plus belle mère du District Quatre. Et sans doute même la plus belle mère de Panem tout entier !

- Je ne pense pas que Colinie m'ai menti, dis-je en l'aspergeant doucement. Je crois qu'elle était sincère.

- Alors Snow trafique quelque chose avec du poison.

- La question est de savoir quoi exactement.

Erica réfléchit. Ma soeur aînée est très intelligente. Plus que moi sans doute. Je fais surtout confiance à ce que je ressens. J'ai encore beaucoup à apprendre. Erica se débrouillerait bien mieux que moi dans le monde de la politique éphémère de Snow. Mais jamais je ne lui laisserais prendre ma place. Erica doit rester au District Quatre, auprès de son fiancé, de son enfant à venir et de notre famille.

J'entend soudain une voix au loin. Une toute petite voix de toute petite fille. J'entend cette voix et j'oublie tout. Snow, Paraa, le Capitole, tout disparaît tandis que je me rue vers le sable. Elle est là. Mon ange est là.

Je la soulève dans mes bras dès qu'elle arrive à portée de moi.

- Filipa, Filipa !

Je répète son nom et elle gazouille. Ses yeux verts-bleu me fixent avec joie. Je la serre contre moi, heureux. Ma petite Filipa à moi. Mon ange. L'étendard de mon combat contre Snow. Ma soeur. Mon bonheur.

- Fin... Nick.

- Oh, Filipa ! C'est merveilleux Finnick, elle a dit ton nom !

Erica se tient à mon côté. Filipa est dans mes bras. Je suis le plus heureux des hommes.

- Finnick... il... est... z'o.

Je dépose ma petite soeur dans le sable. Elle s'assoit dans les vagues. Pour ses dix ans, elle est minuscule. Ses cheveux blonds sont presque plus longs qu'elle. Elle me sourit doucement. Je lui adresse un grand sourire sincère. Elle a dit que j'étais beau. C'est comme une déclaration d'amour.

Je l'embrasse sur le front. Et je constate avec tristesse qu'elle ne me regarde plus. Elle tape ses petites mains l'une contre l'autre, projetant de l'eau un peu partout. Ce serait un spectacle adorable si son regard n'était pas si vide.

- Elle nous écoute ?

- Non. Elle n'est plus là.

J'entend Erica soupirer. Je soulève à nouveau Filipa dans mes bras et Erica et moi nous éloignons vers le rivage. Je ne m'arrête que lorsque j'ai de l'eau jusqu'à la taille.

- Il faut que tu te montres très prudent, Finnick. Si jamais tu faisais mal les choses, Snow pourrait s'en prendre au District Quatre. Il ne faut pas que...

- J'en ai conscience ! Erica, fais-moi confiance, j'ai besoin de ton soutien.

Ma soeur hoche la tête. Elle passe sa main dans les cheveux de Filipa, toujours absente.

- Filipa ne doit pas être la proie du Capitole. Je peux survivre au monde du Capitole et toi aussi. Elle, non. Elle n'a que nous pour la protéger. Papa et maman ne doivent pas savoir ce que tu fais.

- Je sais...

J'observe la visage du petit ange que je tiens dans mes bras. Elle continue de battre de mains, de ses minuscules mains. J'aimerais qu'elle se réveille et qu'elle m'adresse à nouveau son merveilleux sourire. J'aimerais tant qu'elle n'ait pas dit son premier mot si tard, qu'elle arrive enfin à parler, j'aimerais tant qu'elle me sourit en permanence. Malheureusement, Filipa est une petite fille malade.

- Je t'aime, Finnick. Tu vas y arriver. Un jour, grâce à toi, Snow sera déstabilisé. La base de son pouvoir s'effondrera et ce jour-là, quelqu'un sera là pour l'achever. Pour que plus jamais quiconque n'ai à subir les Hunger Games. Ce jour-là, on trouvera un moyen de soigner Filipa.

J'embrasse Erica sur la joue. Je souhaite vraiment que ces femmes à qui Snow me vend m'apportent la solution à tous mes problèmes. Je vais m'appliquer, les séduire, les conquérir, et elles me diront tout.

- Je retourne au Capitole dans deux jours. Pour je ne sais combien de temps encore. J'ai plusieurs rendez-vous de programmés.

Les yeux clairs d'Erica me dévisagent. La jalousie refait son apparition et je souris victorieusement en l'aspergeant d'eau. J'éclate de rire et Filipa gazouille, comme un oiseau, contre moi.

- Qui sont tes prochaines clientes ?

Je réfléchis un moment, le temps de m'en souvenir.

- Une certaine Maude Emmi et une certaine Effie Trinket.