Hi everybody!

J'espère que vous avez passé un bon week-end :) Je n'ai pas écrit beaucoup sur Lazarus ce mois-ci, je dois l'avouer... J'étais plutôt plongée dans d'autres FFs qui n'ont toujours pas vu le jour sur mon profil.
Il va falloir que je m'y remette bientôt, je crois mes idées n'attendent que ça ^^

Je remercie encore énooormément ceux qui suivent, lisent, et aussi laissent des petites reviews pour me donner leur avis *cœur* ! C'est tellement encourageant et je continue d'espérer que la suite vous plaira tout autant !

La rencontre entre Draco et Hermione approche ;)
Et en attendant: Je vous souhaite une très bonne lecture !

Les personnages et l'univers appartiennent évidemment à J.K. Rowling.


Chapitre 03 :

« Take my mind and take my pain, like an empty bottle takes the rain. And heal, heal, heal...
And, take my past and take my sense, like an empty sail takes the wind. And heal, heal, heal...
And tell me somethings last. »
Music: Heal me - Tom Odell.


18 septembre, bibliothèque de Poudlard. Royaume-Uni.

- Tu en as parlé à Ron ?

- Non... Je ne souhaite pas le brusquer, tu sais.

Hermione était gênée par la conversation. Elle n'était pas le genre de filles pour qui s'épancher sur ses sentiments faisait partie de leurs facilités. Les joues de la jeune fille se teintèrent de rouge aussitôt que Ginny se mit à rire derrière son roman.

- Je ne pensais pas t'entendre dire ça un jour. Toi, brusquer un garçon ?

- Oh, tu vois bien ce que je veux dire, chuchota-t-elle. Il a l'air préoccupé. Et après ce qui est arrivé à votre famille...

- Tu restes en droit de lui demander un rendez-vous ou des explications, au moins ça. Justement, après ce qui nous est arrivé, avoir de la compagnie et de l'affection est essentiel. Crois-moi, ça aide.

- J'aimerais être plus que de « la compagnie » ou de « l'affection ».

- Tu m'as comprise.

La Gryffondore grimaça. Ron lui semblait distant. Ou peut-être que son imagination lui jouait des tours. Hermione n'était pas demandeuse, pourtant le strict minimum manquait. Les couples ne se tenaient-ils pas la main ? Ne s'enlaçaient-ils pas ? Et les baisers, alors ? Elle voulait, tout cela. Elle voulait l'intimité et la tendresse d'un couple. Se sentir aimée, désirée, et non pas le contraire, comme si elle était parfois de trop.

Ron restait le même, cependant. La guerre et les pertes l'avaient affecté, comme chacun, mais le jeune homme était toujours rieur et nonchalant quand il était entouré. Il n'avait pas perdu son sens de l'humour ni son aisance naturelle pour faire sourire ses amis. Néanmoins, Hermione avait songé que le retour à Poudlard leur offrirait plus de possibilités d'être seuls tous les deux...

Elle s'était trompée. L'évitait-elle ? Ou devenait-elle paranoïaque ? Il y avait un nœud dans son estomac, un drôle de pressentiment. Le rouquin était sûrement plus secret qu'il n'y paraissait. Se confiait-il à Harry ? Hermione soupira. Les sentiments étaient un véritable casse-tête.

- Tu ne devrais pas t'en faire..., reprit Ginny. C'est Ron. Il t'aime.

- Je sais.

Ginny tapota l'épaule d'Hermione et se retourna en entendant des pas s'approcher de leur allée. Elle referma le livre devant elle.

- Ellia est là... Je dois te laisser. Ça va aller ?

- Évidemment ! Je t'en parlais seulement comme ça ! sourit la brunette. De toute manière, Théodore devrait me rejoindre d'ici une à deux minutes.

- On ne peut pas rester à ta table, tu es sûre ?

- Tu sais très bien que l'une des conditions de Nott est l'absence de mes amis.

- Pff. Tu n'aurais jamais dû lui demander son opinion.

- Quelque part, ce n'est pas si mal. Imagine-nous avec Parkinson ? Ce serait vraiment horrible, n'est-ce pas ?

Ginny se mit à rire de nouveau sous l'image qui s'imposait à elle. Puis, elle salua Hermione avant de rejoindre la table juxtaposée où s'était assise tranquillement sa binôme. Ellia était une jeune Serpentarde timide, un brin silencieuse et effacée. Elle ne gênait jamais les deux Gryffondores qui s'arrangeaient toujours pour ne jamais être très loin l'une de l'autre lors de ces heures d'Études.

Hermione esquissa un léger sourire et se pencha sur son parchemin. Elle rédigeait une lettre à destination de ses parents. Les mots ne lui venaient pas aussi facilement c'était la première depuis son retour d'Australie, la veille de la rentrée, qu'elle leur écrivait...

- Qu'est-ce qui serait vraiment horrible ?

Elle sursauta et se retourna à son tour.

- Tu es là depuis longtemps ?

- Quelques minutes...

- Et tu ne pouvais pas t'annoncer ?

Théodore contourna la table pour s'assoir en face, en secouant la tête.

- J'attendais seulement que Weasley ait rejoint Ellia. Je ne suis pas là depuis si longtemps, puisque je ne sais pas ce qui serait horrible.

- Rien. Rien qui ne te concerne.

Le jeune homme n'insista pas. Il haussa les épaules et s'installa. Théodore n'était pas curieux, c'était sûrement effectivement des affaires qui ne le regardaient pas. Il se contenta de sortir ses plumes et ses parchemins, ainsi que son livre d'Histoire de la Magie. Il ouvrit ce dernier au chapitre du jour et se lança dans sa lecture en faisant comme si Hermione Granger n'était pas là.

Hermione ne put s'empêcher de l'observer. Le Serpentard l'étonnait à chaque fois. Comme il le lui avait dit, il était calme et studieux. Théodore Nott ne cherchait pas à provoquer d'inutiles querelles ou de se mêler des affaires du quatuor. C'était presque trop facile. Et quelque part, ce comportement instillait en elle de la culpabilité. Il était peut-être encore trop tôt pour le dire, mais Hermione sentait qu'elle l'avait mal jugé. Et, à un moment donné, elle devrait se servir de lui pour connaître les buts de Malfoy comme le lui demandait ses proches...

Se sentant épié, Théodore releva la tête de son bouquin, le regard interrogateur. La jeune fille piqua du nez en rangeant expressément sa lettre dans son sac.

- Tu peux continuer ce que tu étais en train de faire, dit-il. Je ne te dérangerais pas.

- Non. J'avais fini, de toute manière.

Théodore ne fut pas convaincu. Il avait vu le parchemin vide, excepté une ligne ou deux. Cependant, il ne remit pas en doute sa parole.

Quand la Gryffondore lui refit face, la timidité et la culpabilité avait disparu. Elle le regarda comme un simple camarade. Elle ne ressentait plus le trouble de l'hésitation, elle avait tout rangé dans un coin de son esprit.

- Sur quoi travailles-tu aujourd'hui ?

- Tu me parles, maintenant ? s'étonna le garçon. Incroyable !

- Si tu me réponds de cette manière, ne sois pas surpris que je t'ignore la plupart du temps.

C'était pourtant dans leur marché, se rappela-t-elle. Ils étaient censés s'ignorer, ne jamais s'adresser la parole, encore moins échanger en dehors des devoirs à faire en groupe. C'était plus fort qu'elle. Son binôme l'intriguait et elle voulait en savoir un peu plus. Comment un être ayant appartenu aux rangs de Voldemort pouvait être aussi serein d'apparence ? Presque abordable ?

Il soupira.

- Je m'attèle au devoir donné par le professeur Binns, répondit-il finalement sans s'emporter. Tu n'es pas avec les Serpentards mais il a tout de même dû vous le donner : trois parchemins dans la peau d'un personnage historique de la guerre entre les Gobelins d'Irlande et les Gobelins d'Écosse.

- Ah, oui. Je l'ai déjà fait.

- Ce qui ne m'étonne pas.

- J'avais du temps..., se sentit-elle obligée de justifier.

- Ce n'était pas une remarque. Tu es toujours en avance, c'est de nature publique.

Elle pinça ses lèvres d'embarras. Hermione haïssait ce genre d'impressions sur elle. Ses devoirs, son avance, son implication, c'était seulement pour elle. Cela lui appartenait, cela la rassurait, cela l'épanouissait. Que les autres s'en emparent et en fassent des généralités et des « natures publiques » lui donnait la sensation qu'ils lui volaient quelque chose de personnel.

- Ça doit être facile pour toi. J'imagine que tu as choisi d'incarner Mordrex.

Théodore tiqua. Même s'il n'y avait aucune menace ou aucun sous-entendu dans la voix de son interlocutrice, la colère monta.

- Pardon ? Et qu'est-ce qui te fait croire que mon choix se porte sur lui ?

- Eh bien... Le général des Gobelins d'Écosse a quelques similitudes avec Voldemort. Il prône la suprématie de son clan, et il est cruel, orgueilleux. C'est de « nature publique ».

- Tu as tellement de préjugés, Hermione.

- Comment veux-tu que je n'en ai pas ?

- Chut ! intervint la bibliothécaire en se glissant dans leur allée. Travaillez en silence.

Les deux adolescents, qui détestaient tout deux attirer le regard, firent face à ceux de leurs camarades, tournés automatiquement vers eux. Les chuchotements montèrent aussitôt. Un Serpentard ? Une Gryffondore ? Que se passait-il ? Théodore serra les poings. Hermione croisa le regard de Ginny qui haussa un sourcil.

- Je ne peux pas m'empêcher d'avoir des préjugés, reprit la Gryffondore en chuchotant quand l'attention s'éparpilla. Tu étais dans ses rangs ! C'est normal, pour moi, de me poser des questions.

- Et ben, poses-les tes questions ! Plutôt que d'être sournoise et de me lancer des pics comme si tu pensais que je ne les remarquerais pas. Si tu veux savoir, je comprends parfaitement la curiosité de tous ceux qui n'ont pas été à ma place, à notre place. Mais c'est tabou et pour être honnête vous préférez que ça le reste. Personne ne s'en intéresse vraiment, encore moins la presse qui préfère se concentrer sur vous. Vos efforts, vos exploits, vos peines. Vous êtes les petits héros, glorifiés et acclamés, pris en pitié. Nous, nous ne sommes que des singes de laboratoire, des expérimentations qui attirent les spéculations et le regard, mais au fond, tout le monde n'en a rien à faire. Tout le monde préfère continuer dans leurs préjugés à deux mornilles plutôt que de se préoccuper de la vérité.

- Des singes de laboratoire... ? Comment sais-tu qu'il existe des singes de laboratoire ? ne put que prononcer la jeune fille.

- C'est ta seule question ? C'est tout ce qui t'importe ?

Théodore avait conscience de ses murmures tranchants. Il n'avait pas d'animosité pour la Gryffondore. En revanche, il en avait pour cette manie que les gens avaient de se penser dans leur droit de les maltraiter, de sous-entendre mille vérités différentes, mais des vérités qui n'appartenaient qu'à eux, loin de la réalité.

Mais il remarqua que son interlocutrice était véritablement mal à l'aise. Le Serpentard se radoucit malgré lui.

- Encore un préjugé que je vais balayer : Si certains se fichent totalement de vos moldus adorés. Personnellement, je m'y intéresse, et je ne pense pas être le seul. Je suis au courant pour les singes de laboratoire, les rats, et tout un tas de choses qui n'ont rien à voir avec vos sciences.

- Je ne savais pas.

- Évidemment que tu n'en savais rien. As-tu un jour posé la question à l'un d'entre nous ?

Il la poussait dans ses retranchements. Hermione était confuse. Le discours de Théodore lui était tombé dessus sans prévenir. Et en réalité, ce qui la frappait était la véracité de ses propos. Il avait pertinemment raison. Personne ne se préoccupait d'eux, ni maintenant, ni avant. Et pour être honnête, encore moins elle...

- Si tu as des questions, poses-les. Dans les limites du possible, je te répondrais. Mais par Salazar, cesse cinq minutes d'être autant sur la défensive, continua-t-il. Je ne te dirais pas que tous les gens impliqués dans les Mangemorts sont comme moi. Seulement certains ne méritent pas le traitement que vous leur réservez.

- Tu n'as pas l'air de comprendre combien ça nous coûte, marmonna-t-elle entre ses dents. Vous voir différemment, ou même chercher à le faire, est douloureux. Nous avons perdu beaucoup dans cette guerre, nous avons perdu des amis, et des familles, et des valeurs, même.

- Était-ce réellement notre faute ? Crois-tu que si nous avions eu le choix, un vrai choix j'entends, nous l'aurions tous fait ? Crois-tu que nous n'avions rien perdu, de notre côté ? Merlin, Hermione. Tu es plus intelligente que ça.

Tout au fond d'elle-même, la jeune femme en avait effectivement conscience. Elle savait que les pertes n'avaient pas été que dans un seul camp. Elle doutait bien qu'eux-même, l'Ordre du Phénix, n'étaient pas les seuls êtres humains dotés d'émotions. Elle devinait que le choix dans le clan adverse n'avait été qu'une illusion pour certain, que l'endoctrinement avait été puissant, que leur voie avait sûrement été tracée à l'avance. C'était seulement plus compliqué d'appliquer cette vision et d'être clémente. Ce serait tout remettre en cause, et pour le moment, elle n'était pas prête.

- As-tu des questions auxquelles tu souhaites que je réponde ?

Elle revint à Théodore et fut surprise par la douceur dans son regard. Il faisait preuve d'une compréhension qu'elle n'avait pas à son égard. La culpabilité la submergea, plus forte que la première vague ressenti plus tôt. Cette fois-ci, le ressenti était fortement dérangeant et presque physique. Les questions s'entremêlaient dans sa tête, formant un capharnaüm d'angoisses, d'hypothèses et d'interrogations qu'elle n'avait pas envie d'exprimer à haute voix. Hermione secoua la tête.

- Pas aujourd'hui.

- Comme tu veux.

Théodore se focalisa de nouveau sur son livre, tandis qu'Hermione encaissa amèrement. Elle laissa dériver son regard, jusqu'à finalement croiser celui de Ginny. La rouquine et sa binôme l'observaient avec une curiosité difficilement dissimulée. Leur altercation n'était apparemment pas passée inaperçue.

Ginny remua les lèvres à son attention. La Gryffondore fronça les sourcils, ne comprenant pas où son amie voulait en venir. Ginny recommença, avec un sourire, une seconde fois. Puis, son visage se ferma, ses épaules se raidirent, et Hermione regarda son amie se détourner pour revenir brusquement à ses occupations.

- Weasley disait « Demande-lui pour Malfoy », fit Théodore avec un grain d'amusement dans la voix.

- Oh.

- Malheureusement, je n'ai pas de réponse à ce genre de questions.

- Es-tu en train de me dire que tu ne sais rien ?

- C'est exact. Rien. J'ai déjà tout dit au Ministère de la Justice. Draco ne me confiait rien, et il est parti. C'est tout ce que j'ai à dire le concernant.

Hermione ne se laissa pas abattre. Néanmoins, contrairement à son Ginny, elle ne jugeait pas le moment opportun pour grappiller ce genre d'informations. Elle ne tenta pas de s'en mêler, pas maintenant. Il lui fallait premièrement sa confiance. Et leur discussion lui avait bien appris qu'elle ne l'avait pas, et que c'était réciproque.

Ses yeux se reposèrent sur son binôme. Il était déjà de nouveau penché sur son bouquin de cours, un parchemin vierge à ses côtés. Son regard passait d'une ligne à une autre, avec lenteur. Il ne prenait pas de notes. Tout en lui donnait l'impression qu'il mémorisait peu à peu la totalité du chapitre.

- Alors, tu n'as pas choisi Mordrex finalement ? demanda-t-elle en maudissant le ton de sa voix qui trahissait son embarras.

- Non. Qui as-tu choisi, toi ?

- Folly, le page de son adversaire.

- Un choix plutôt attendu de ta part, et ce n'est pas une remarque négative de ma part, fit Théodore en relevant la tête. Quant à moi, mon choix s'est porté Aldrek. Le médiateur. Celui grâce à qui la guerre s'est terminée.

- Aldrek, le mage ? Mais c'est une... légende ! On ne sait pas comment la guerre s'est achevée, si ce n'est que Mordrex fut forcé de se rendre, je le comprends bien, mais delà à croire à cette magie...

- Et si ce n'était pas une légende ?

Théodore esquissa un sourire.

Sa rencontre avec Anaëlle lui avait permis de voir ces mythes d'un autre œil. Il était obsédé par les mages, désormais. Par l'étendue de leur pouvoir et leurs subtiles apparitions dans l'Histoire. Dès que le professeur Binns avait abordé la présence possible mais contestée d'Aldrek, son esprit était sorti de la torpeur du sommeil pour boire ses paroles. Quand le devoir fut donné, il sut en une seconde quel serait le sujet de sa dissertation.

Ce qui l'amusait, c'était de voir l'ignorance d'Hermione, ses traits se peindre d'une émotion de surprise, pensant qu'il se moquait d'elle. Il sourit de plus belle. La Gryffondore et ses amis voulaient savoir ce que faisait Draco ? Ils étaient à des lieux de l'imaginer puisque la plus perspicace d'entre eux doutait de l'existence même des mages, et donc d'Anaëlle et sa malédiction...

Une idée germa. Mais une mauvaise, très mauvaise, idée, pensa-t-il aussitôt. Et s'il les mettait peu à peu sur la piste ? Il se mordit les lèvres en se penchant sur son parchemin et en commençant à rédiger sa dissertation. Draco ne le lui pardonnerait jamais.

Lui laissait-il pourtant le choix ? Théodore était loyal, certes, mais tout de même rancunier. Mettre Hermione, et donc la troupe de Potter au complet, sur l'hypothèse de la malédiction, serait en quelque sorte une bonne revanche.


20 septembre. Quelque part entre la France et le Royaume-Uni.

Voyager dans la cale d'un bateau, voilà à quoi en était réduit Draco Malfoy. Il avait tenté de transplaner à partir d'un endroit qu'il connaissait, Morlaix, pour plus de sûreté et d'efficacité... Et, ce fut un échec cuisant. Chaque fois qu'il essayait d'invoquer sa magie, elle était là, elle bouillonnait dans ses veines, néanmoins, elle ne répondait pas franchement à l'appel. Le jeune homme ne savait toujours pas comment s'en servir.

Anaëlle avait prévenu que ce serait plus difficile à utiliser sous sa forme de loup. Il ne l'avait pas envisagé ainsi. Pour le moment, c'était complètement inatteignable. Ses nombreuses tentatives n'avaient rien provoqué. Pas même une étincelle. Après le transplanage, il avait tenté quelques sorts simples et anodins. En vain. Aucun effet n'était survenu.

Allongé entre des cagettes et des cartons, le loup trembla de froid. Les cales étaient gelées et humides. L'eau suintait des parois. Malgré la route qui l'attendait s'ils ne pouvait directement transplaner à Pré-au-Lard, il n'avait qu'une hâte : celle d'arriver.

Il avait faim, aussi. Draco avait pourtant pris ses précautions avant de monter en se nourrissant de petits rongeurs et de restes de repas humains. Mais il était dans ce vieux bateau depuis deux jours, déjà. Il n'était certain que de peu de choses : c'était le bon navire, à destination de l'Angleterre, et il s'y était réfugié sans se faire repérer. Depuis l'épisode d'Ariane, il évitait les hommes comme la peste.

Son ventre grogna. Il n'avait aucune idée de l'heure ni de l'endroit où il était. Les côtes anglaises étaient-elles proches ? Ou devrait-il enduré ce voyage insalubre plus longtemps ?

Draco s'endormit. Enfermé dans les profondeurs du navire, il n'avait pas fait grand-chose d'autre. Ressasser et dormir avaient rythmé ses journées. Et pour être honnête, le jeune homme préférer le sommeil. Au moins, être inconscient l'empêchait de s'attarder sur ses pensées lugubres et les lieux qui sentaient le renfermé.

Son somme ne fut que de courte durée. Quelques heures plus tard, une agitation sur le pont le tira de sa torpeur. L'oreille aux aguets, il pouvait entendre les ordres du capitaine et les marins courir à leur poste.

De ce qu'il devinait, ils arrivaient. Et son angoisse ne fit qu'accroître. Le personnel du bateau n'était pas très nombreux, mais la tâche restait difficile. Ce n'était qu'un petit commerce, rien d'extravagant. Il pouvait facilement être vu.

Il remonta discrètement. Une fois sur le pont, Draco fut soulagé de constater qu'il faisait nuit. Une nuit noire, seulement éclairée par les lumières du port en vue et des quelques habitations qui s'entassaient derrière. Le cœur battant à tout rompre, le loup avança lentement, tapi sur le sol, se confondant dans les ombres et les ténèbres. C'était plus simple que tous les scénarios qu'il avait imaginé.

Un étrange sentiment de nostalgie régnait. Il rentrait à la maison. Qu'importe la paix qu'il avait connu dans les bois, rien ne semblait rivaliser avec cette émotion aussi âpre qu'heureuse.

Draco n'attendit pas que le bateau fut bien arrimé au port. Quand l'espace entre le bitume et le pont fut à sa portée, il prit de l'élan et sauta sans un bruit, délaissant l'embarcation sans un regret. Ensuite, il courut. Le garçon manquait de force et d'énergie, mais son mental était d'acier. Ce dernier portait ses muscles et ses pattes.

Son corps tout entier était transporté par le besoin capital de retrouver les terres qui lui étaient familières.

Quand il gagna l'obscurité de la campagne, la pluie se mit à tomber à verse. Il accueillit le changement de temps la langue pendante, buvant au rythme de sa course. Le loup ne voulait pas capituler face à l'épuisement, il lui fallait rejoindre Londres au plus vite. De là, son idée était de suivre les rails du Poudlard Express ; Il n'avait pas d'autre alternative, et le temps semblait lui être compté. Nous étions bientôt en Octobre, et ces mois qui défilaient sans crier gare lui apparaissait telle une fatalité. Un compte à rebours latent.

En lui retentissait un manque.

Il suivit routes et indications. Les kilomètres se réduisirent à perdre haleine. Il continua, força, ignorant la douleur de ses muscles et sa faim dévorante. Le jeune Malfoy ne s'autorisa qu'une pause une fois l'aube levée.

La capitale n'était plus qu'à une distance minime et il ne se voyait pas la rejoindre de jour et affamé. Un bosquet l'accueillit. Le loup n'eut le temps que de se faire un nid dans la mousse que déjà, il s'écroula et dormit tout son soûl.


21 septembre, aux alentours de Londres. Royaume-Uni.

Le loup s'éveilla au crépuscule, les membres endoloris par sa dernière course éreintante. Il se leva, s'étira, et parcourut les lieux réduits afin d'habituer son corps aux mouvements. Draco était légèrement absent. La certitude de rejoindre Londres très vite l'enveloppait ; Si ce n'était aujourd'hui que Pré-au-Lard se dessinerait devant lui, alors ce serait le lendemain. L'impatience et l'urgence qui le submergeaient lui étaient inconnues.

Il aurait dû connaître l'angoisse et la peur de revenir. A son grand étonnement, le sentiment de joie était omniprésent.

Connaissait-il d'autres bâtisses mieux que Poudlard ? Draco avait été malade de saccager le château, de le briser, de le voir s'effondrer aux mains des Mangemorts. Mais rien, pas même son Manoir, n'était plus accueillant que l'enceinte de l'école. Jusqu'à ce jour, ces lieux restaient le seul endroit où il s'était senti chez lui. Il y avait ressenti tant de plénitude. Dans la salle commune des Serpentards, dans les couloirs qu'il arpentait de nuit, dans le parc aux allures gigantesques qui lui permettaient d'échapper à ses camarades...

Il lui fallait des forces. C'était la pensée qui primait. La distance qui le séparait de l'école n'était pas moindre et l'énergie lui manquait, obstruée d'avance par ses courbatures. Le jeune Malfoy quitta donc le petit bois vide en vue des larges champs qui l'entouraient. Avant de se mettre en route, il chassa oiseaux et mammifères, jusqu'à ne plus ressentir ni la faim ni la faiblesse qui survenait de celle-ci.

Puis, sans attendre car rien ne le retenait, il s'élança en direction de Londres.

La capitale se dessina rapidement. Les lumières scintillantes et qui s'étalaient sur des kilomètres l'impressionna. Il n'avait guère vu de plus grandes ville dans son périple, et il devait avouer que la vue était magnifique. Londres était bordé d'une aura lumineuse, elle semblait tant chaleureuse qu'effrayante. Devant lui se dressaient un nombre incalculable d'habitations et d'humains. Une véritable animation.

Il prit une profonde bouffée d'air, s'imprégnant du vent et des odeurs. Les parfums de la ville étaient variés. Des effluves de restaurants, de nourritures, de boutiques, mais aussi de sueur, et de détritus, ainsi que d'animaux sauvages. Il y en avait à la pelle. Cependant, Draco en cherchait une en particulier. Changé en loup, il avait pu découvrir auprès de Théodore que la magie avait une senteur singulière.

Se faufilant parmi tous les parfums qui s'offrait à lui, il remonta rapidement jusqu'à cette dernière. Un parfum doux et unique, qui chatouillait la totalité de ses sens. Il venait de repérer chacun des lieux sorciers de Londres, en une poignée de minutes.

Le Ministère de la Magie, l'Hôpital Sainte-Mangouste, le Chemin de Traverse, les demeures de sorciers camouflées aux yeux de la population… La logique de Draco ne fut pas plus longue à déterminer où se trouvait la voie 9 ¾. Un point dans la capitale recelait d'un fort mélange moldu et magique. Aucun autre lieu ne pouvait être autant mixte, excepté King Cross.

Une énième fois, il tenta de faire appel à sa magie pour se désillusionner. Au bout de la quatrième tentative, il renonça. Le jeune homme était pressé et il devait économiser son énergie.

Il lui fallut des heures pour rejoindre une ruelle proche de la gare. La capitale recelait de parcs dans lesquels il s'était réfugié de la vue des hommes... mais son ascension ne fut pas facile. Se confondre dans les ombres quand la ville semblait vivre la nuit avait été un challenge. Sur son chemin il avait croisé quelques renards et des blaireaux craintifs Cependant rien qui ne rivalisait avec son envergure.

Il était sûrement ce qu'il y avait de plus imposant dans les rues de Londres, et le garçon se sentait exposé et vulnérable.

Une appréhension paralysante se logea dans le creux de sa poitrine. King Cross était un bâtiment bien éclairé, qui connaissait peu de répit. Les vas-et-viens des passants étaient interminables. Chaque fois qu'il fut tenté de sortir de sa cachette, un flot d'humain entrait ou sortait.

Pouvait-il réellement attendre ? Qu'était-ce que cette ville qui ne dormait jamais ? L'horloge extérieure indiquait tout de même que l'heure était drôlement avancée.

Avait-il le choix ? C'était une terrible idée, seulement, il ne voyait pas d'alternative : foncer, courir au milieu des humains jusqu'à la voie 9 ¾. Le défi était risqué. Néanmoins, c'était sûrement sa seule option. Les moldus le verraient, auraient peur, peut-être le chasseraient-ils... Mais, le loup courrait vite. S'ils étaient témoin de sa présence, Draco serait déjà loin avant que quelqu'un ne réagisse.

Il lui fallut un instant pour faire le vide dans son esprit et revenir à un rythme cardiaque régulier. Ses pattes battirent le macadam avec impatience. Son corps était prêt. Lui, beaucoup moins. Cependant, il n'avait rien à perdre.

Il s'élança quand l'entrée fut vide.
Avec un peu de chance il serait pris pour un chien, même si l'épisode d'Ariane lui avait prouvé que la ressemblance n'était pas frappante.

Draco dépassa rapidement les portes qui s'ouvrirent sur son passage. Le hall n'était pas aussi bondé que dans son imagination, toutefois, les têtes se tournèrent déjà instinctivement vers lui. Il slaloma entre les bornes de tickets et les piétons sans s'arrêter, le cœur battant, le souffle court, porté par le parfum de magie qui se rapprochait de plus en plus de lui. Ne pas penser, ne pas butter sur quelque chose ou quelqu'un, ne pas regarder.

Il entendit néanmoins des cris. Il sentit l'affolement gagner la gare, et les policiers présents commencer à le pourchasser.

Les fumets de peur qui s'élevait des témoins le bouleversaient plus que de raison. Le jeune homme était habitué à ce qu'on le craigne, qu'on se méfie de lui. Le respirer était en somme bien différent. L'émotion était puissante et froide, elle lui glaçait l'intérieur. Il ferma les yeux pour se concentrer d'avantage sur l'aura de la voie 9 ¾.

Après quelques pas acharnés, quelque chose le heurta violemment. Le loup fit un roulé-bouleau sur le sol du bâtiment, gémissant de douleur. Draco, surprit, ouvrit les yeux sur un officier empoignant sa matraque comme la plus impressionnante des armes.

Il tremblait. Il se protégeait, protégeait les Londoniens et les voyageurs, tout en étant entouré d'une terreur incroyable. Le Serpentard douta ; Était-il si imposant ? Était-il si inquiétant ? Était-ce les yeux, les crocs, ou les histoires que les humains se racontaient entre eux et qui perduraient depuis des siècles ?

Le policier fut rejoint par ses collègues. En retrait, ils avisèrent la situation, commençaient à évacuer calmement un périmètre autour de l'animal. L'un parlait dans un talkie-walkie. Draco céda à l'angoisse et la confusion. Les parfums des humains l'avaient tant perturbé qu'il n'avait pas vu celui qui lui faisait face avant qu'il ne le frappe. Le loup se leva, tourna sur lui-même.

Il avait suffisamment de place pour s'élancer et continuer sa course. Cependant, son adversaire avait tout autant la hargne de s'élancer pour l'immobiliser à nouveau.

La bête fit un pas en arrière, l'homme, un en avant, dans une coordination maîtrisée. Instinctivement, un grognement traversa les babines de Draco. L'officier, agité, attaqua. Le loup esquiva les deux coups.

Le sorcier sous sa forme animal grogna de plus belle en se tapissant au sol, prêt à bondir si nécessaire.

- Arrête !, intervint un second policier en retenant son collègue. Tu lui fais peur.

- Et lui me terrorise.

- Des deux pour le moment, c'est toi qui le boufferas. Ne bouge plus.

Les hommes lui renvoyèrent son regard, sans amorcer de geste dans sa direction. L'officier armé baissa les bras, observa, mais ne capitula pas pour autant. Néanmoins, le loup cessa d'être offensif, il s'allongea. Draco profita de l'accalmie pour mieux s'imprégner des lieux.

Les autres humains avaient été évacués d'urgence il ne restait que lui, et quelques hommes en uniforme, quadrillant la zone. L'accès au quai était toujours ouvert, comme si ces derniers avaient oublié qu'une bête pouvait s'y réfugier.

- Maintenant, continua l'officier intervenu, contente-toi de rester calme. Les renforts et une association de défense de la cause animale ont été appelés, ils ne vont pas tarder à intervenir.

- Et s'il bouge ?

- On va essayer de le retenir. Mais dans tous les cas, tu gardes le contrôle. Compris ? Plus tu attaqueras, plus il sera enragé.

L'homme hocha la tête quand son collègue, qui semblait être son supérieur, se retourna vers les autres pour leur donner des ordres.

Draco cligna doucement des yeux tandis que l'officier le fixait fermement. Il inspira longuement. Il n'y avait plus qu'un seul regard sur lui, qu'un seul homme qui faisait attention à lui et le surveillant. Quand ce dernier s'y attendit le moins, rasséréné par l'attitude devenue inoffensive du loup, le Serpentard reprit sa course. En quelques sauts, il fut hors de portée. Il accéléra, jusqu'à forcer sur ses muscles et endurer la souffrance de ses poumons. Draco n'allait pas attendre d'être pris au piège des hommes.

Il entendit les cris, les ordres, sentit le choc et l'agitation qui suivirent son départ inattendu, mais ne ralentit pas la cadence pour autant. Sa respiration le faisait souffrir. Ses pattes supportaient difficilement l'impact sur les dalles lustrées. La totalité de ses sens le mettait à mal.

Il franchit néanmoins la barrière de la voie 9 ¾ avec un regain d'espoir et de félicité. Sa magie répondit à l'appel, faisant naître une chaleur familière dans es veines.

Le brouhaha mourut avec son arrivée sur le quai chargé de souvenirs. Un silence l'accueillit tandis qu'il reprit son souffle, à l'abri. Il régnait une quiétude si étrange. Un silence si pur, entravé uniquement par sa respiration haletant. Il n'y avait personne. Pas même un chat. Le contraste avec le côté moldu était saisissant.

Ce ne fut qu'après, plus tard, quand il remit ses pensées en ordre qu'il réalisa que peut-être, le quai n'était pas accessible en dehors du premier septembre. Que celui-ci était fermé, et même scellé le reste de l'année. Son cœur s'accéléra. N'avait-il pas entendu Rogue se moquer de Potter et de Weasley, il y a des années à ce sujet ?

C'était sa magie, ses pouvoirs, qui l'avaient porté hors de danger.

Une pensée le glaça alors. Et si... Et si, il n'avait pu traverser le mur ? Et si, les moldus l'avaient capturé ? L'avaient emporté loin de Londres qu'il avait gagné à la hâte ? Et si... Par Salazar ! Il tituba sous les si alarmants qui emplissaient son crâne. Submergé par l'urgence de regagner Poudlard, il n'avait pas d'avantage réfléchit. Il n'avait eu, et n'avait toujours pas, de plan. A part suivre les rails jusqu'à tomber sur Pré-au-Lard, rien d'autre ne lui était venu en tête.

Vraiment, sur le coup, Draco maudit son inconscience et sa bêtise.


22 septembre, Forêt interdite (Poudlard). Royaume-Uni.

Le loup pénétra dans la forêt en début d'après-midi. L'air y été pur et fringant. Le temps, presque automnal, était pourtant bon et le soleil se reflétait à travers les branchages encore verts. C'était une journée douce, agréable, mais l'humeur de Draco était troublée.

Il avait gagné Pré-au-Lard le matin même, où il avait piqué un somme dans l'obscurité d'une ruelle étroite. Entrer dans le village qui avait été autrefois sous la tutelle des siens, où la terreur avait régenté les habitants et les commerçants, ne l'avait pas laissé indifférent. La crainte l'avait tout de suite sauté à la gorge. Il s'était attendu à voir débarquer de chaque recoin une silhouette noire menaçante.

De la guerre, étaient restés de nombreux dégâts. Si les lieux avaient toutefois repris un peu de leur éclat, pour accueillir les élèves revenus à l'école des sorciers voisine, le jeune Serpentard avait pu découvrir des maisons laissées à l'abandon et des rues isolées toujours aussi détruites, réduites à des gravats poussiéreux.

Mais, le village ne lui avait pas fait la même impression que maintenant. Le souffle court, la bête peinait à avancer. Ses souvenirs, humains, de la mort et de ses actes le repoussaient instinctivement.

L'urgence l'avait traîné jusque dans ces lieux qu'il connaissait et qu'il chérissait, une allégresse étrange l'avait porté tout le long de sa course, la nostalgie avait été plus puissante que jamais... Et maintenant qu'il y était, ces émotions déplacées ne répondaient plus à l'appel. Ne restait plus que l'horreur et l'effroi. Draco était tiraillé par des visions sinistres et angoissantes. Chaque pas lui rappelait ses propres actes de destruction. Quelques mois auparavant, il était rentré par là, aux côtés d'autres, avec les pires intentions en tête.

Il reconnaissait sans mal les arbres devant lui, le chemin principal qui se divisait en plusieurs arcs plus petits. Lui qui avait pensé que les bois se ressemblait tous, notait avec amertume qu'il ne pouvait oublier l'arche en bois que formait les chênes au dessus de lui. Un toit sécurisant, une entrée mystérieuse, qui s'était transformé en un souvenir inquiétant.

C'était une nouvelle traversée, cette fois. Mais le sentiment malsain de victoire le travaillait encore.

Jamais il n'avait voulu détruire ce château qu'il aimait tant. Jamais il n'avait voulu tuer de sa propre main. Pourtant, comme ceux qui l'accompagnaient, il avait marché avec un but bien défini et un avantage certain qu'il avait dégusté. Il ne comprenait toujours pas l'émotion qui l'avait poussé à exécuter ce qui, aujourd'hui, l'écœurait.

L'atmosphère ? L'euphorie galvanisante que partageaient ses camarades les plus ivres par la démence ? Il mentirait s'il disait ne pas avoir pénétré ce sanctuaire avec une certaine joie et l'envie d'en découdre, qu'il ne s'était pas senti puissant et unique.
Il mentirait davantage s'il disait ne pas être sorti de là révolté et abattu, déstabilisé, en vomissant tripes et boyaux quand les Aurors sont venus le cueillir.

Draco tremblait. Revenir était une épreuve aussi physique que cérébrale. Ses démons, ce qui le rongeait de l'intérieur depuis si longtemps, refaisaient surface. Le loup dut faire une pause à peine le chemin vers Poudlard entamé. C'était dur, c'était violent. Ce qui faisait rage dans son esprit n'était pas prêt de le laisser tranquille.

Un couinement s'échappa de sa gueule et il s'écarta finalement du sentier pour s'égarer dans les bois. Quitter la voie centrale était peut-être plus bénéfique. Choisir un autre chemin ne pouvait qu'apaiser ses souffrances et sa mémoire, ces visions de capes noires qui le tourmentaient toujours.

Il se reposa à quelques mètres, dans un trou créé par les racines imposantes d'un grand chêne. Il s'engouffra à l'ombre, protégé par le bois ondulé, et observa.

Loin de l'arche naturelle, les bois pouvaient passer pour des bois ordinaires. Quant on prenait le temps de regarder, l'on pouvait voir l'agitation dont recelait la nature verdoyante. Les insectes qui se profilaient entre les herbes et les feuilles à la recherche de nourriture ou d'un nouveau nid. Les oiseaux qui fredonnaient leurs notes habituelles. Les mammifères qui sautaient de branches en branches ou se faufilaient parmi les fougères, comme s'ils avaient un prédateur aux trousses. A première vue, ce n'était pas si différent de ce qu'il avait connu en France. Une routine régissait la forêt et les habitués avaient leurs marques.

Néanmoins, ce n'était pas tout à fait similaire. Une aura magique surplombait la faune et la flore. Il n'y avait pas que des animaux ou des insectes, il y avait des créatures enchantées, curieuses, qui à mesure que Draco reprenait ses esprits, s'approchaient pour l'inspecter. Il était un intrus, un nouveau. Et ces êtres plus clairvoyants que les autres le sentaient.

Le jeune Serpentard avait l'impression, pour la première fois depuis sa métamorphose, qu'on le savait différent. Il croisa le regard d'un lutin qui s'était avancé un peu plus près que tous les autres bestioles jusque là et eut l'impression d'être à découvert. La créature informe, à la peau écaillée et verte, pencha la tête sur le côté. Ses yeux globuleux scannaient les siens, ne clignaient pas. Draco ne put bouger. Le lutin, se rendait-il compte que quelque chose clochait avec ce loup ? Qu'il y avait quelque chose sous cette peau qui n'était pas une bête ?

Un bruit de sabot les fit sursauter tous les deux, et l'interlocuteur silencieux de Draco fuit. Seul, ce dernier releva la tête en direction du bruit. Plus loin, sur le chemin qu'il venait de déserter, trois jeunes centaures courraient en se chamaillant. L'un, en tête, narguait les deux autres, tandis que ses camarades se poussaient pour voler la seconde place. Quand ils disparurent de sa vision, le loup décida de se remettre en marche.

Il s'enfonça dans les bois plutôt que de revenir sur ses pas. Accompagné par les parfums qui virevoltaient à travers le vent, son périple fut plus gai. Loin de son agitation et de ses souvenirs, il découvrit une Forêt Interdite comme il ne l'avait jamais vue.

Dans ces lieux régnaient une symbiose totale entre la terre et l'air, la magie et les plantes, les animaux et les créatures. Alors que ces lieux l'avaient effrayé autrefois, puis attiré, pour finir par le tétaniser, le jeune Malfoy renouait avec un sentiment ancestral qui lui était pourtant inconnu, un lien qui existait depuis la construction de Poudlard, si ce n'est plus.

Sous sa forme de loup, la forêt semblait s'ouvrir à lui, pleine de promesses. Le sentiment qui l'habitait n'était pas le même que lorsqu'il était sorcier, comme si l'endroit cherchait à repousser toute intrusion humaine à l'aide d'un instinct de peur pour conserver la magie unique des lieux.

Porté par cet accueil, Draco prit la direction de Poudlard avec une assurance nouvelle.

Il pila pourtant net un instant plus tard en tombant sur une partie calcinée des bois. Le nœud dans son estomac revient et l'enserra. Si quelques jeunes pousses se relevaient des cendres, cela ne suffisait pas encore pour camoufler les dégâts. Seulement quatre mois… presque cinq, pensa-t-il difficilement. C'était peu. Jamais la bataille ne lui avait semblé si éloignée et si proche. Une particule noire de suie et de cendre recouvrait toujours le sol. Des arbres, qui s'étaient écroulés, ne restaient plus que des troncs, réduits à l'état de bûches et de souches. Il n'y avait pas âme animale dans les environs.

Le loup se sentit brusquement immensément seul, face à ce qui lui était si peu étranger : la dévastation, le mal. Il ne s'était pas battu ici, mais il n'était pas compliqué de deviner qu'une explosion avait retenti à cet endroit.

Draco inspira profondément, s'imprégnant des parfums. Il émanait de la terre une odeur carbonisée et de mort, encore touchée par les récents événements. La bise était toujours aussi agréable, douce, mais en se concentrant, elle était aussi porteuse de mélancolie et de désespoir. L'effluve était pareil à un son, comme une note triste qui perdurait à travers les éléments.
La Forêt interdite était vivante, et elle se souvenait.

Un brusque pincement au cœur, le Serpentard se détourna pour continuer son chemin. Il était affecté. Il sentait, entendait, ce qu'il n'avait pas pu percevoir dans le passé. A sa mémoire agité s'ajoutait un profond regret. Il avait eu un rôle, dans cette ruine. Un rôle dont il mourrait d'envie de se détacher.

Il gagna la rive du lac, l'âme lourde et troublée. Le château était encore loin mais se dessinait enfin au dessus de la falaise, avec son hangar à bateaux esseulé. La tête du loup bascula en arrière, et la bête lâcha un long hurlement.

La vue le remplissait d'émotions si contraires que Draco laissa le flot se transformer en cri, en ode. Il était de retour. Pour de bon. Il n'était pas aussi prêt qu'il l'avait cru, mais il l'était d'avantage qu'au début du mois d'août.

Le jeune Malfoy longea le lac, traversa quelques rivières qui s'y jetaient, sans dévier de l'apparition noble de l'école. Son regard restait fixé sur les hautes tourelles étroites et asymétriques, comme si ces dernières étaient ses seules boussoles. Il marcha sans se presser, conscient qu'il lui fallait du temps avant d'être capable de regarder la bâtisse de plus près.

Il dut faire qu'un seul détour, lorsque les serres de botaniques apparurent plus proches que prévu. Non sans déception, le loup changea de cap et s'enfonça de nouveau dans les bois, suivant cette fois-ci la lisière, se rapprochant de plus en plus de la cour et du château. Quelques animations lui parvenaient déjà. Une voix, forte et bourrue, se détacha plus facilement des pépiements. Celle du garde-chasse.

Son pas ralentit de plus belle. La nervosité l'envahit. Derrière la bordure formée par les buissons, l'herbe plus rase lui indiquait qu'il était plus ou moins arrivé. Il s'arrêta, s'assit, fixa un point vague sur le sol avant de remonter lentement mais sûrement pour que ses yeux atteignent l'école. Draco lâcha un soupir en réalisant que le château n'était plus aussi terne et maquillé d'impacts. La lumière de fin d'après-midi se reflétait sur les pierres, une tranquillité presque saugrenue embaumait l'atmosphère.

Son ouïe percevait une moitié du cours de Soin aux créatures magiques, un morceau de conversation d'un couple d'élèves installés sur un banc, des rires, une retenue donnée par le professeur Chourave à l'entrée d'une serre. En se concentrant, il pouvait entendre jusqu'à loin, très loin. Ce qu'il pouvait voir, sentir, écouter, lui faisait office de parenthèse dans le temps.

Rien ne paraissait changé. Rien ne l'était en profondeur.

Ses anciens camarades s'étaient acclimatés rapidement à cette nouvelle rentrée, cet après décisif avec lequel composer. Contrairement à lui, aucun n'avait ressenti ce besoin instinctif de fuir loin.

Il fut pris d'un soudain mépris et sa gorge vibra. Contrairement à lui aussi, rares étaient ceux qui avaient connu la noirceur des Mangemorts tel qu'il l'avait connu.

Ses amis, qu'il ne savait plus comment appeler désormais, n'avait pas été impliqué comme il l'avait été. Restés en arrière ou dans les faveurs du Seigneurs des Ténèbres, tortures et peur étaient d'avantage restés en toile de fond. Ils n'avaient pas été aux premières loges directes. Si certains avaient été bourreaux, ils n'avaient pas fait l'expérience d'être la victime. Sa victime.

Théodore, quant à lui, avait eu la chance d'avoir des parents dont le mage noir s'était peu soucié. Les Malfoy, en revanche, avait été sous sa domination la plus absolue. Manipulés, dirigés comme des pions, humiliés et traités comme des imbéciles, ils n'avaient pas su échapper à Lord Voldemort.

Encore aujourd'hui, en étant frappé par la sérénité nouvelle de Poudlard, Draco sentait toujours son empreinte. Sa main longue et blafarde semblait toujours l'étrangler, et ses yeux sanglants, l'épier sans vergogne. Pour le jeune homme, il était toujours là. Dans ses souvenirs, dans les absences qui régissaient sa vie, dans les désirs qu'il entravait lui-même à cause de la peur, toujours réelle dans son estomac.

Le loup reprit sa marche à l'orée de la forêt, assassinant du regard tous les élèves, à proximité ou non, dont il ressentait le bonheur. Comment pouvaient-ils être heureux ?

Ses émotions valsaient du tout au tout, ne cessaient de se modifier sans vouloir se calmer. De la rage à la nostalgie, de la haine à la sécurité... Il ne savait plus que penser, que ressentir. Tout ce qu'il voulait pourtant, c'était de pouvoir être en paix, ici, dans ses lieux qui comptaient tant.

Son museau flairait les alentours. Tout comme les sentiments qui animaient les sorciers dans la cour, les odeurs possédaient une richesse de mélange incroyable.

De la magie, beaucoup de magie, qui chatouillait ses narines, appelait la sienne qui circulait dans ses veines. Mais aussi ces effluves familières à l'école : les livres anciens, le parchemin, les créatures que gardaient le garde-chasse dans son jardin... Sa mémoire trouvait même quelques noms à poser sur certaines odeurs ; Londubat, Weasley, Greengrass, Finch-Fletchey ; lui qui ne se souvenait pas d'avoir un jour, retenu leurs parfums.

Ses pattes l'éloignaient de plus en plus du lac, des serres, de la cour principale. Draco dépassa la cabane de Rubeus Hagrid, espérant pouvoir faire le tour des environs.

Les élèves étaient tout aussi nombreux de ce côté-là, et l'agitation du terrain de Quidditch captiva un instant l'attention du Serpentard. Son cœur battait follement. Le sport avait reprit aussi ? Pour être honnête, il devait bien avouer que la nouvelle directrice avait vu les choses en grand pour la réouverture de l'école.

Ses oreilles pivotèrent, soudainement attiré par une présence qu'il n'avait pas soupçonnée parmi toute cette fébrilité. Une voix marmonnait, si près de la lisière qu'il eut un mouvement de recul. Persuadé de ne croiser aucun élève près de la forêt, il n'avait pas été vigilant.

Tandis que le fredonnement distrait s'approchait, le loup continua sa route en rampant sur le sol, à l'abri des regards. Il inspira, doucement, sans un bruit. Et les battements de son cœur pulsèrent plus fort, plus puissants. Il reconnaissait ce parfum, et ce dernier provoqua chez lui une émotion si profondément ancré en lui qu'il grogna sourdement avant de percevoir l'intruse.

Ce fut les boucles furieuses qu'il vit en premier. Il peina à réfréner le mouvement de haine qui monta, et la vibration qui menaçait de percer au-delà de ses babines. Silencieux, il en avait mal. Son corps était prêt à bondir, en dehors de tout contrôle.

Hermione Granger lui tournait le dos, à des lieux d'imaginer qu'il se trouvait là sous la forme d'un loup. La Gryffondore était concentrée et penchée sur un livre. Elle se mordit les lèvres, inspecta la plante sur le sol puis feuilleta le grimoire. Après vérification, elle arracha la fleur pour en couper les racines. Elle venait de trouver l'un des premiers ingrédients qu'ils avaient à étudier pour un devoir de Potions.

Un grognement menaçant lui parvint et la jeune femme se redressa aussitôt. Quelque chose d'étouffé, et pourtant d'intimidant. Elle en lâcha presque sa cueillette. Un frisson remonta instinctivement le long de sa colonne vertébrale.

Peut-être n'aurait-elle pas dû s'approcher autant de la Forêt Interdite... Le murmure reprit, glacial. Il ne lui était pas familier, et c'était derrière elle.

D'un geste lent, elle plaça la racine au milieu des pages du livre qu'elle referma. Et, tout aussi doucement, sa main libre vint attraper sa baguette pour la dégainer sur les buissons de la forêt. Il n'y avait rien. Aucune ombre, aucune silhouette non identifié. Le grondement n'était plus, le silence lui faisait face. Néanmoins, méfiante, elle ne se départit pas de la sensation d'être observée.

- Tout va bien, Hermione ?

La voix de Théodore lui parut si lointaine qu'elle ne répondit pas.

- Hé ?

Une main sur son épaule la secoua. Elle se détourna vers son binôme, soucieuse, non sans distinguer furtivement deux yeux clairs parmi les branchages.

- Ça va ?, répéta le jeune Nott en regardant la Gryffondore revenir brusquement vers la forêt.

- J'ai cru entendre quelque chose...

- Et quoi donc qui nécessite une telle posture défensive ?

Hermione remarqua ses pieds en position de combat et la dextérité avec laquelle elle tendait sa baguette entre elle et les ombres de la Forêt Interdite. Prête, dirigée par l'expérience que ces mêmes lieux lui avait apporté quelques mois auparavant. Elle eut presque honte d'être toujours aussi adroite.

Elle secoua la tête.

- Manifestement, j'ai du rêvé, dit-elle sans être convaincue. Tu es en retard, au fait.

- Et c'est bien la première fois, pas besoin de me le faire remarquer.

Théodore avait été retenu par un professeur, ce qui ferait certainement taire la Gryffondore si elle le savait, mais le jeune homme n'était pas d'humeur à argumenter. Manifestement, elle avait rêvé ? Il doutait, quelque chose lui avait fait peur, et il pouvait aisément le deviner.

Il n'y aurait pourtant pas prêté attention si deux-trois jours plus tôt, Pansy ne lui avait pas confié s'être senti épiée non loin de là alors qu'elle travaillait avec Hannah Abbott sur un devoir de botanique. La Poufsouffle ayant également eu la même impression selon les dires de la Serpentarde, Théodore était sur ses gardes, lui aussi.

- Récolte pour le cours de Potions, aujourd'hui. Ça te va ? fit soudainement Hermione.

- Hum.

- Écoutais-tu en cours ? sourcilla-t-elle. Slughorn nous l'a donné hier, à faire en « groupe ». Tu as ton livre, au moins ?

Dans l'ombre, interdit, Draco observa le duo incongru. L'apparition de Théodore l'avait fait taire sans effort. Et devant lui se déroulait une association qui lui semblait improbable.

Il lui fallut un temps pour se rappeler de l'existence des tuteurs, et de l'identité du sien. L'affaire lui était totalement sortie de la tête ; Inconsciemment ou non, il n'avait pas songé être présent à Poudlard pour cette nouvelle année. La rentrée dont il avait reçu la convocation durant les « vacances » ne lui avait pas parut réelle. La mis en œuvre du Ministère de la Magie pour les surveiller, encore moins.

Pourtant, ça l'était. Devant lui, son ami conversait avec une Gryffondore. Et pas n'importe laquelle. Ce qui serait absolument impossible en temps normal. Et, pour couronner le tout, si Granger jugeait son interlocuteur de ces deux petits yeux de chats, Draco pouvait sentir grâce à son odorat développé, la curiosité qui l'animait. Un sentiment qui était réciproque. Théodore, de l'autre côté, s'intéressait à elle de la même manière.

Le loup eut envie d'intervenir. L'élan de haine qui l'avait submergé lui avait bien rappelé combien elle n'était pas du même camp, qu'il y avait une limite définie, que tout ce qui la concernait était mal.

Mais il n'en fit rien. Il se retrouvait paralysé par la rencontre, par le choc de voir son ami et cette fille travailler ensemble. Il était tout aussi perturbé et attiré par leur curiosité mutuelle, jusqu'à devenir quelque peu curieux lui-même.

- Combien d'ingrédients nous faut-il ? demanda distraitement Théodore.

- Sept, j'en ai trouvé un en t'attendant, ce qu'il nous fait donc six. Tu n'as vraiment rien écouté l'autre jour ?

- Pansy me parlait.

Hermione suivit le Serpentard qui longeait la lisière, cherchant du regard les plantes qui leur manquaient. Pour une fois, son binôme ne semblait pas entièrement présent.

- Si tu es aussi studieux que tu le prétends et que Parkinson a réussit à de détourner des cours, c'est parce que tu l'aimes bien, non ? lança-t-elle.

- Jamais de la vie.

Pourtant, Hermione le vit rougir. Elle sourit en se penchant vers une rose sauvage dont ils avaient besoin. C'était étrange de voir l'ancien Mangemort calme et serein, ça l'était encore plus de le voir rire comme lors de leur première interaction. Le voir ainsi rougir était une découverte encore plus étrange, quelque chose qui détonnait et la surprenait. Elle, qui n'avait pas pensé un mot de ce qu'elle avait dit, continua :

- Dis-le lui, suggéra-t-elle.

Elle haussa les épaules quand il la fusilla du regard.

- Si ça peut l'aider à canaliser sa frustration et l'empêcher de s'en prendre aux autres... Personne n'y verra d'inconvénient, crois-moi.

- Décidément, elle est mauvaise langue, cette Gryffondore !

- Pas plus qu'elle... Elle n'a pas changé.

- Comme beaucoup d'autres, Pansy a seulement sa petite fierté.

Il sourit. Et Draco sentit le grondement monter. Comme si l'association ne suffisait pas, il parlait d'une personne à qui il avait beaucoup à reprocher. Ce sujet l'ennuyait, réveillait sa rancœur, un sentiment presque aussi âcre que la haine. Ayant eu son compte d'émotions viscérales pour la journée, il se détourna. Cette mascarade l'intriguait, et une part de lui regrettait de ne pas rester pour en apprendre plus, néanmoins, le loup lui faisait savoir qu'il en avait strictement assez. Il s'éloigna, se focalisant sur d'autres sons, d'autres conversations, pour éviter tout désagréments supplémentaires.

- De toute manière, continua Théodore. Même si je suis intéressé, admettons, elle en a toujours pincé pour Draco.

- Et Malfoy n'aurait pas disparu, par hasard ?

Théodore lui adressa un regard en disant long. Pansy ne le laissait pas indifférent, et il n'avait pas la moindre idée de comment la Gryffondore l'avait deviné, mais ce n'était pas quelque chose sur laquelle il avait envie de s'épancher.

- Maintenant que nous avons les sept plantes, que faut-il faire d'autre ? fit-il diversion en lui montrant le bout d'écorce qu'il tenait à la main.

- Rédiger un essai sur leurs propriétés et leurs associations, et ensuite, les préparer.

Le Serpentard souffla. Les devoirs de Potion étaient ceux qu'il aimait le moins. Il s'adossa contre un arbre et sortit déjà le nécessaire, pressé d'en finir.

- Que fais-tu ? Tu ne vas pas faire ça, ici ?

- Je t'ai déjà dit que j'aimais travailler dans ces conditions, répondit-il sans ciller. Essaie, tu verras.

Sceptique, Hermione s'installa pourtant en face de lui. Elle cala maladroitement ses jambes sous elle et regarda son binôme qui s'attelait déjà à la rédaction de son plan pour sa dissertation. Sa plume était élancée et rapide, son écriture au contraire de celle de la Gryffondore était harmonieuse, presque féminine.

Les yeux bruns d'Hermione passèrent sur ses traits concentrés, dérivèrent sur leurs livres de potions et leur récolte, pour finalement tomber sur un exemplaire de journal qui dépassait du sac de Théodore. D'un coup d'œil discret, elle repéra la langue. C'était du français. Avec chance, elle le parlait. Elle maudit sa curiosité insatiable quand elle attrapa doucement le papier sans se soucier de l'avis de son coéquipier.

C'était un exemplaire originaire de Bretagne, et à sa grande surprise : moldu. Les images étaient figées, d'une qualité incertaine. La photographie qui tapissait la première page était celle d'un loup gris ordinaire, regardant l'appareil du photographe. Ci-dessous, elle pouvait lire la légende : « Réinsertion réussie à la frontière italienne pour Enzio, loup captif. Photographie par Yann Vernay. »

La jeune femme se laissa attendrir, toujours sensible à la cause des bêtes, comme tout ce qui était impacté par les hommes et leurs actions. Le loup avait des yeux doux et le regard bon. La montagne devait lui aller bien mieux qu'une cage. Hermione sourit, avant de lire le titre que la photo illustrait. Il n'y avait aucun rapport, excepté que l'article nécessitait l'image d'un loup :

« Échappé ou perdu ? Un loup effraie la Bretagne toute entière ! »

« Aux alentours de Minuit, ce dix-sept septembre dernier, la bourgade de Taulé connut un grand émoi. Un couple aurait aperçu un animal robuste dans les rues de la commune, grondant et prêt à attaquer. La vision et leur récit affoleraient les habitants ! « Un loup ! », répète à qui veut bien l'entendre Paul, un des témoins : « Je n'en avais encore jamais vu de cette taille ! Encore moins libre et... et ici. C'est une ville sans problème. J'ai cru qu'on y resterait ». Sa petite amie, Louise, ajoute : « Je n'étais pas sûre de ce qu'il fallait faire, nous avons fuit dès que nous l'avons pu. Nous aurions pu mourir. Je ne l'ai pas aperçu longtemps mais je suis formelle, ce n'était pas un chien ! ». Secoués, ils se seraient réfugiés dans l'église de la place jusqu'au petit matin.

La rumeur aurait pu s'arrêter là si le lendemain, à quelques kilomètres de là, une famille n'avait pas fait la description du même animal : « Blanc, au regard fou. Il était rapide ! » raconte Aude, mère de deux enfants, dont la plus jeune aurait fait la rencontre fortuite de la bête dans le jardin. « Il dormait apparemment à l'abri de nos buissons », confirme Sheran, le père de famille. « Ma fille l'a pris pour un chien et m'a alerté. Elle est jeune, vous comprenez ? Et c'était son anniversaire. J'ai cru la perdre. J'étais prêt à me battre. »

Depuis, il n'y aurait pas eu d'autres apparition dans la région, mais l'alerte est donnée. Si personne ne semble comprendre ce qui motive un loup à venir jusqu'en Bretagne, nos experts de la cause animal n'en sont pas forcément inquiets : « Il arrive que certaines espèces s'éloignent des réserves naturelles, portés par la faim ou le besoin de se reproduire. Les loups étant en voie de disparition, je ne serai pas étonné que celui-ci, ou celle-ci, ait parcouru une longue distance pour trouver chaussure à son pied. »

Affaire à suivre ! En espérant que personne ne se risque à jouer aux chaperons rouges ! »

Hermione fut traversée d'un frisson. Le récit lui évoqua le grondement perçu dans la Forêt Interdite. Ce pouvait être le bruit d'une quelconque autre créature, mais son imagination s'emballa sur le coup. Cela concordait. Elle releva la tête du journal pour croiser les yeux de Théodore qui l'observaient tranquillement.

- Navrée de t'avoir emprunté ceci. C'était seulement intéressant, comme première page, dit-elle avant d'enchaîner, en essayant de paraître spontané : C'est à se demander s'il n'y aurait pas non plus des loups en Grande-Bretagne. Qui sait ?

Théodore s'interrogea aussitôt, ne laissant jamais une discussion au hasard. Était-ce que la Gryffondore avait cru voir ? Ou entendu ? Était-ce la présence que Pansy avait cru sentir ?

Difficile de ne pas esquisser un sourire. Draco serait-il de retour ? Il haussa les épaules à l'intention d'Hermione.

- Effectivement. Qui sait ?


Vos avis sur ce troisième chapitre ? :D
Draco est de retour... et la solitude, la paix, n'a plus l'air d'être au rendez-vous.

Pour le Pinterest, le chapitre 2 n'y est toujours pas en ligne mais ça ne devrait pas tarder. Quelques portraits de personnages à venir, surtout ^^

Je vous embrasse et vous souhaites une excellente semaine !
Que celle-ci ne soit pas trop épuisante et pleine de jolies surprises :) *smack*

A bientôt,

Slyth.