Épilogue : Tous cinglés ces ninjas !
SAMEDI – 3h15
Lorsque tout fut terminé, Hatake Kakashi raccompagna Uwasa-san chez elle. Les ANBU étaient au pied de l'immeuble, veillant sur le palmier Seiki en attendant de l'emmener au Département Recherche et Savoir. Umino Iruka s'était déjà réfugié dans son appartement, craignant sans doute un monologue sans fin de la vieille dame.
- Ahh, c'est pas une heure à crapahuter dans les escaliers, pour une vieille comme moi, râlait-elle justement. Tout ce remue-ménage, c'est la première fois qu'une chose pareille arrive dans cet immeuble, et j'habite ici depuis plus de cinquante ans !
- Vous n'entendrez plus parler de ce drôle de palmier, assura le jounin. Et puis, vous n'êtes pas si vieille que ça...
Il reçut une tape sur l'arrière du crâne.
- Ne joue pas au vil flatteur avec moi, Kakashi-kun. J'ai quatre-vingt-deux ans, et je suis fière de chacune de mes années !
Il sa massa la nuque, amusé. Elle avait encore de sacrés réflexes pour son âge.
- Et au contraire, continua-t-elle tout bas, je pense qu'on n'a pas fini d'entendre parler de cette histoire de palmier.
Le jeune homme acquiesça en silence. Lui aussi avait parfaitement conscience que le Pays de Bois ne resterait pas sans réaction suite à leur 'acquisition' du palmier Seiki, les récentes attaques qu'ils avaient subi le prouvaient. Et on ne pouvait pas non plus exclure que la recrudescence des tensions entre Konoha et le Pays du Bois n'attire l'attention d'autres Villages, provoquant de nouveaux troubles. Officiellement, les nations shinobis étaient en paix. En pratique, le parfum de la guerre flottait toujours dans les airs.
- Mais je suis surprise que tu te sois retrouvé en charge de ce palmier... poursuivit Uwasa-san.
Kakashi fronça son sourcil visible. Allons bon, il devait déjà supporter les regards et les sous-entendus de Tenzô, sa vieille amie n'allait pas s'y mettre à son tour ? Surtout que, contrairement à Tenzô, elle connaissait déjà la plupart des détails de l'affaire.
- Tu as pourtant bien quitté l'ANBU, non ? Ce genre d'affaire n'est plus de ton ressort...
Il sourit sous son masque.
- ANBU un jour, ANBU toujours. Vous êtes bien placée pour le savoir, Uwasa-san.
- Ne raconte pas n'importe quoi, protesta-t-elle avec véhémence. Une vieille dame comme moi ! Tu sais, je ne suis qu'une ancienne kunoichi désœuvrée...
Elle continua de se plaindre jusqu'à ce qu'ils arrivent devant sa porte. Elle se tourna alors vers lui, inquisitrice :
- Au fait, tu me dois deux boîtes de thé ! J'ai vidé presque toutes mes réserves avec toutes les visites que j'ai eu aujourd'hui. Et j'en veux du bon ! Du kama-iri cha !
Kakashi grimaça, en repensant aux hommes que Danzô avait envoyé chez la kunoichi – dans le but à peine caché de s'emparer du palmier – et que la vieille dame avait reçu de pied ferme, théière en main.
Certes, il devait bien ça à sa vieille amie pour le service qu'elle lui avait rendu en surveillant le Seiki toute la journée, mais du kama-iri cha ? C'était un thé très rare. Et très cher. Surtout que Uwasa Tenka ne plaisantait pas avec le Thé.
Où diable allait-il trouver ça ?
SAMEDI – 3h30
Chat ne souhaitait pas s'attarder plus que nécessaire. Ils étaient dans les tréfonds du Département Recherche et Savoir, où ils venaient de remettre le palmier Seiki à une équipe de blouses blanches sur-excitées. Il avait reconnu dans le lot, le grand à lunettes et le petit chevelu qui étaient venus le questionner au QG des ANBU plus tôt dans la journée.
Les scientifiques s'extasiaient devant le palmier greffé de chakra, préparant déjà des protocoles d'expérimentations, et l'un d'eux avait laissé entendre à Chat que sa maîtrise du Mokuton leur serait certainement utile dans leur étude du palmier. Le jeune ANBU s'était contenté de hocher la tête avant de quitter les lieux. Il n'était pas très emballé à l'idée de retourner dans un laboratoire, mais il suivrait les ordres qu'on lui donnerait.
Alors qu'il rejoignait la sortie en compagnie de Kakashi-senpai, ils croisèrent la route de Shimura Danzô. Ce dernier s'immobilisa au milieu du couloir, leur bloquant le passage. Chat sentit une certaine appréhension le gagner. Il n'arrivait rien de bon lorsque Danzô était dans les parages.
- Ah, Hatake-san, fit-il de son air le plus affable. J'ai cru comprendre que vous aviez finalement retrouvé votre palmier égaré...
- Effectivement, il s'avère que je l'avais laissé chez un ami de confiance, répondit Kakashi avec un entrain excessif. Mais avec l'enquête sur l'espion infiltré dans nos rangs, je n'ai pas eu le temps de m'en préoccuper avant... Heureusement, le Seiki est maintenant aux bons soins de l'équipe scientifique formée par Sandaime.
Danzô ne sembla se réjouir de la nouvelle. Mais Chat ne se souvenait pas l'avoir déjà vu sourire. L'ancien maître de la Racine se pencha vers le jounin.
- Prenez garde au jeu que vous jouez, Hatake-san.
- Est-ce une menace ?
- Un conseil avisé. Je ne voudrais pas qu'un ninja aussi talentueux se retrouve contre les intérêts de Konoha juste parce qu'il n'a pas une bonne 'vision d'ensemble'...
- Pas d'inquiétude. Ma vue est parfaitement aiguisée, assura Kakashi en tapotant son bandeau frontal, et l'œil rouge qui se cachait derrière.
Danzô le dévisagea un moment. Il jeta un regard perçant à Chat, qui attendait sans un mot, puis fit demi-tour et quitta le bâtiment. Un instant plus tard, Kakashi et lui sortaient à leur tour. Les lieux étaient déserts, l'ancien Maître de la Racine n'avait pas traîné, reconnaissant sa défaite.
Chat pouvait aisément deviner que Danzô était très intéressé par le palmier Seiki et la possibilité de pouvoir contrôler le Mokuton sans avoir besoin de la génétique. Il avait du manœuvrer toute la journée pour essayer de prendre possession de l'arbre. C'était sans doute pour cela que Kakashi-senpai était resté aussi discret sur la présence du palmier dans l'enceinte de Konoha. Cependant, si Chat était certain de ses hypothèses, il n'avait aucune preuve tangible. Et il ne put résister à la tentation d'interroger une dernière fois son aîné.
- Kakashi-senpai, vous saviez que le palmier ramené par Naruto avait été génétiquement modifié...
- Oh, moi, les plantes... c'est pas tellement mon affaire, répondit le jounin d'une voix traînante avant de disparaître dans un courant d'air.
Chat sourit sous son masque. Encore une rebuffade.
Il s'y attendait à vrai dire, Kakashi était un bon ninja. Il n'aurait sans doute jamais le fin mot de l'histoire, même s'il s'en faisait une bonne idée. Épuisé, il prit la route pour rentrer chez lui, espérant que son appartement aurait été nettoyé et qu'il pourrait enfin dormir sans être à nouveau dérangé par une crise majeure.
SAMEDI – 15h18
Mizu Shirazu étouffa un bâillement sonore et jeta un regard dépité aux boîtes de denrées qu'elle devait encore ranger. La réserve était ridiculement petite et ranger les stocks du restaurant de viandes grillées s'avérait toujours être un casse-tête infernal. Elle empila les conserves de pousses de soja et tassa les sachets d'épices pour faire un peu de place, râlant silencieusement contre Suiji qui l'avait envoyée faire du rangement en réserve après sa troisième assiette cassée.
D'ordinaire, Shirazu n'était pas si maladroite, mais elle n'avait quasiment pas dormi de la nuit. Elle tombait de fatigue et était toute courbaturée d'anxiété.
La soirée de la veille avait été l'une des pires qu'elle ait jamais vécu.
Elle était rentrée à la maison tard, épuisée tant moralement que physiquement. Le visage du mort dansait devant ses yeux et le poids du silence imposé pesait sur ses épaules. Alors qu'elle s'enfermait habituellement dans sa chambre, échangeant à peine quelques mots avec sa mère, l'adolescente avait ce soir-là ressenti le besoin de parler. De parler vraiment, sans se crêper le chignon. De parler simplement, sans piques acerbes ni reproches mordants. La communication n'était pas toujours facile avec sa mère, et Shirazu avait bien conscience d'en être en partie responsable. Mais ce soir-là, elle avait besoin de retrouver sa maman, celle à qui elle pouvait faire confiance et tout raconter. Absolument tout. Peu importe les secrets ninjas.
À peine avait-elle franchi le seuil de la porte, que sa mère était sortie de la cuisine et après un bref salut, lui avait demandé : « Veux-tu aller à l'hôpital ? ».
Cela partait certainement d'un bon sentiment. Veux-tu aller à l'hôpital ? D'ailleurs, sa voix avait été douce et concernée. Veux-tu aller à l'hôpital ? Pour se confier après une journée de silence. Pour se délivrer – temporairement – d'un secret qu'elle avait été contrainte de porter. Pour trouver une forme de réconfort... C'était sans aucun doute une bonne intention. Une volonté de la protéger, de l'aider tout en respectant les consignes du Village.
Mais Shirazu avait été incapable de le voir de cette façon. Elle n'avait vu que la distance entre elles, n'avait perçu que la calme impartialité, la placide réalité. Le rejet.
Alors elle avait secoué la tête en dénégation et était allée s'enfermer dans sa chambre. Comme elle le faisait habituellement. Mais ce soir-là, son cœur pesait plus lourd. Et elle était restée allongée dans son lit, les yeux dans le vide et un mort dans la tête. Sa mère était passée deux ou trois fois, pour lui demander si elle allait bien, si elle avait besoin de quelque chose. Des amorces de conversations qui auraient pu déboucher sur cette discussion dont Shirazu aurait eu besoin. Mais l'adolescente n'avait répondu que par monosyllabes, le vide chevillé au cœur.
Elle avait finalement entendu sa mère aller se coucher, et une pointe de culpabilité était remontée à la surface. Le mort devait peser sur ses épaules également... Leur relation avait toujours été conflictuelle, mais depuis quand était-il si difficile de se parler ?
L'adolescente s'était roulée en boule sous les couvertures et avait cherché à oublier. Tout. Le mort, ce secret impossible à garder, le fossé qui se creusait chaque jour entre elle et sa mère. L'absence prolongée de son père. Elle aurait voulu oublier et se perdre dans un sommeil réparateur.
Elle n'avait trouvé que des cauchemars.
L'aube venue, elle s'était levée plus épuisée qu'elle ne s'était couchée. Elle avait ignoré sa mère et était allée au restaurant de viandes grillées. Et le mort marchait à ses côtés, la nuque brisée et le teint pâle. Il était toujours là, à l'orée de son esprit, l'empêchant de se concentrer.
D'où les trois assiettes cassées.
- C'est du kama-iri cha ?
Shirazu hurla et laissa tomber le bidon d'huile de tournesol qu'elle avait dans les mains. Accroupi sur le rebord de la fenêtre, se tenait un ninja aux cheveux d'argent et au visage masqué. La jeune fille le dévisagea, interdite.
- Ah, désolé, je ne voulais pas te faire peur...
Le shinobi passa négligemment la main dans ses mèches en bataille et Shirazu finit par le reconnaître. C'était le haut-gradé qui était venu chez elle, quand elle avait découvert le mort sur le seuil de sa maison. Elle déglutit, se demandant fugitivement si elle avait fait quelque chose de mal, ou si quelque chose de grave s'était encore produit...
- Ne t'inquiètes pas, assura l'homme, affable. Je suis juste venu t'informer qu'il n'était plus nécessaire de garder le secret au sujet de l'homme que tu as trouvé hier matin.
Un soupir surpris lui échappa et tout son corps se relâcha. L'adolescente s'en voulut un peu de se sentir aussi soulagée. L'homme était quand même mort, mais la situation lui semblait soudain beaucoup plus gérable.
- On est en train d'informer ta mère également, poursuivit le ninja. L'homme que tu as trouvé s'appelait Hakumei Len. Une cérémonie funèbre sera organisée demain à seize heures. Vous serez les bienvenues si vous souhaitez venir, mais ce n'est pas une obligation.
Shirazu rassembla son courage pour pouvoir parler. C'était certainement idiot, mais le visage du haut-gradé, dissimulé par son masque et son bandeau frontal, la mettait un peu mal à l'aise.
- Que lui est-il arrivé ?
- Malheureusement, je ne peux pas te donner de détails. Même si l'affaire est résolue, elle reste confidentielle...
Il hésita un instant avant d'ajouter :
- Mais il est mort pour le Village. Pour Konoha.
La jeune fille hocha doucement la tête. Elle pouvait comprendre cela. Son père, même s'il n'était que chuunin, se battait chaque jour pour le Village. Et même s'il n'évoquait jamais les risques encourus devant elle, Shirazu avait bien conscience que chaque mission, si anodine soit-elle, pouvait se révéler mortelle. Telle était la vie de shinobi.
- C'est du kama-iri cha ? répéta soudain le haut-gradé.
- Pardon ?
Il désigna les boîtes de thé que l'adolescente avait rangé un peu plus tôt, soigneusement alignées sur l'étagère. Il y avait du thé sencha assez classique, mais également des variétés plus rares – et plus chères, dont du kama-iri cha, effectivement. Quand elle le lui confirma, le ninja eut un large sourire sous son masque.
SAMEDI – 15h41
Shirazu s'était encore faite engueulée par Suiji.
Lorsque le ninja au visage masqué lui avait demandé s'il pouvait prendre deux boîtes de kama-iri cha, elle n'avait pas su quoi dire. Alors elle avait accepté. Et lorsqu'il lui avait dit qu'il n'avait pas d'argent sur lui et qu'il reviendrait payer plus tard, elle n'avait pas osé refuser. Alors il était parti avec leurs dernières réserves de thé raffiné.
Étrangement, son patron n'avait pas apprécié la nouvelle. Et lorsqu'elle avait voulu parler de l'homme mort – puisque le secret était levé – Suiji n'en avait pas cru un seul mot.
Alors elle s'était faite engueulée.
Si la jeune fille avait tenté de se défendre au début, elle avait rapidement laissé tomber. La discussion devenait difficile dès lors que Suiji était en colère. Mais elle commençait à avoir l'habitude et elle avait laissé couler. Heureusement, le service se terminait tout juste et elle en avait profité pour s'éclipser. Elle songeait de plus en plus sérieusement à donner sa démission. Et si sa mère insistait encore pour qu'elle 'découvre le monde du travail', elle chercherait du boulot ailleurs. Elle en avait plus que marre du restaurant. Il y avait forcément d'autres perspectives d'avenir, même pour une civile... elle pouvait être libraire, fleuriste, photographe... n'importe quoi tant que cela n'impliquait pas de la graisse de viande et des assiettes sales.
Elle sourit doucement, laissant la douce brise de l'après-midi emporter ses soucis. La vie n'était pas si affreuse. Elle était jeune et avait encore pleins de beaux jours devant elle...
- Quooiiii ?
Le cri résonna dans toute la rue et elle grimaça à l'agression sonore. Se retournant, elle avisa trois jeunes enfants, quelques mètres plus loin. Certainement d'apprentis-ninjas ou des genins au vu de leurs tenues. Un petit blond dans une combinaison orange fluo gesticulait en criant alors qu'une jeune fille aux longs cheveux roses semblait le réprimander. Un peu plus loin, un brun en short faisait mine de ne pas les voir.
- Kakashi-sensei a OSÉ confisquer le cadeau d'Iruka-sensei ?
Le hurlement retentit dans tout le quartier avec une force redoutable, et même après que la voix se soit tue, Shirazu continua d'en entendre l'écho dans sa tête.
Elle soupira alors que les trois gamins se disputaient bruyamment. Y'a pas idée de vivre dans un village caché. Elle secoua la tête et se remit en route.
Tous cinglés ces ninjas...
FIN
Note : Voilà qui termine pour de bon cette histoire. Merci à tous ceux qui ont posté des reviews, mis en "follow" ou en "favorite". Merci à tous ceux qui m'ont lue, anonymes ou non. Et merci au Fof, dont le défi "Des Mots et des Idées" aura donné l'impulsion nécessaire à la création de cette histoire.
