Titre : La couleur des souvenirs
Résumé : « Je n'ai jamais raconté mon histoire auparavant. Pourquoi l'aurais-je fait ? J'étais bien trop occupée à la vivre. Pourquoi maintenant ? Peut-être parce que je suis seule. Parce que je ne vis plus rien. Parce que je veux les revoir une dernière fois, ces instants avec lesquels j'ai passé la plus grande partie de ma vieillesse. Parce que je veux boire, encore, les couleurs qui composent le tableau de ma vie. » SS/HG
Disclaimer : J'emprunte juste un moment les personnages de Rowling. Je les lui rend à la fin de l'histoire, promis !
Rating : M, pour la suite
Note d'auteure : Après relecture, il s'avère que je me trouve un peu déçue par mon chapitre précédent. J'ai donc tenté de faire de mon mieux pour celui-ci. Il a été un peu long à arriver, oui, et j'en suis la première désolée ! La vie n'est pas un long fleuve tranquille, comme disait l'autre. Et en effet, la mienne ressemble plus à un océan en furie qu'à une rivière paisible qui serpente entre les arbres d'un paysage idyllique. Et si ma vie est un océan, moi je suis le petit bateau qui tente désespérément de s'accrocher pour ne pas sombrer. Mais bref, trêve de bavardages ! Je vous laisse à la lecture ! Il s'agit du récit de la nuit de la mort de Dumbledore, un peu modifié par mes propres soins. J'espère que vous allez aimer ! Severus est un peu particulier, mais je l'aime bien comme ça, moi. Et puis je suis l'auteure, donc je suis toute puissante ! Enjoy, donc !
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Crépuscule
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La nuit était belle et douce, et la lune éclairait paisiblement le château et son parc, nimbant le tout d'une lueur d'argent. Une nuit propice aux escapades nocturnes. Nombreux étaient les couples qui, bravant l'interdit et le couvre-feu, s'étaient donné rendez-vous derrière une tapisserie.
La nuit était belle est douce et Hermione, comme toujours, finissait sa ronde par la tour d'astronomie. Inconsciemment, peut-être, elle espérait toujours y rencontrer à nouveau le professeur Snape, ou plutôt le Severus qu'il avait été le temps d'une soirée.
La nuit était belle et douce, donc, et pourtant Hermione n'était pas tranquille. Quelques heures plus tôt, Harry avait retrouvé Dumbledore pour une chasse aux Horcruxes nocturne. Bien sûr, elle aurait dû se sentir plutôt sereine : après tout, le plus grand sorcier du monde magique accompagnait son ami dans cette aventure. Pourtant, malgré l'assurance tranquille d'Harry, elle se sentait comme paniqué par un événement qui n'avait pas encore eu lieu.
« Sois prudent, lui avait-elle recommandé juste avant son départ. Je compte sur toi pour nous revenir en un seul morceau ! »
Il avait promis.
« Il a toujours de la chance, tentait la jeune fille pour se rassurer. »
Ronald Weasley, quant à lui, avait cessé de se préoccuper de son meilleur ami depuis que Lavande Brown avait accaparé son attention. Exaspérée par son comportement infantile, la jeune fille avait décidé de faire une ronde. Marcher l'avait toujours aidée à réfléchir, et elle avait plus que tout besoin de faire le point sur elle-même.
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Hermione grimpait les dernières marches qui conduisaient à la tour d'astronomie. Elle ne pouvait s'empêcher d'espérer encore que, peut-être, il serait là... Lorsqu'elle parvint en haut de l'escalier, son coeur fit un bond. Il était appuyée contre la rembarde, silhouette noire et voûtée qui lui tournait le dos. Elle s'approcha doucement et posa, une fois encore, sa main sur son avant-bras, lui laissant le temps de se retirer. Il se contenta de tressaillir, mais ne bougea pas.
Après quelques minutes, qui parurent durer des heures, le silence devint pesant. D'oppressante, l'atmosphère devint sinistre. Une chape de nuages d'un gris soutenu avait envahi le ciel, et la lune s'était cachée derrière ce rideau de grisaille, comme pour échapper à un ennemi invisible. La nuit n'était plus douce. La nuit n'était plus belle. Elle était terrifiante.
Hermione s'agrippa au bras de son professeur. Celui-ci finit par se tourner vers elle et, à la vue de ses yeux si vides, le sang de la jeune fille se glaça. Ses yeux noirs étaient habituellement froids, mais diablement expressifs dans leur froideur. Ici, elle faisait face à deux grands orbes de glace, sans vie, qui semblaient ne plus voir ni espérer. Disparue, l'étincelle de son regard. Il semblait mort. La jeune femme eut un mouvement de recul avant de se reprendre.
« Par Merlin, que vous est-il arrivé ? »
Ce fut d'une voix éteinte que Snape lui répondit :
« Je n'ai plus d'avenir, miss Granger, pourquoi devrais-je me soucier des actions passées qui m'ont amené au point où j'en suis ? Je suis un être mort, et les morts n'ont pas de souvenirs... »
Les yeux perdus dans le vague, il reprit d'une voix morne.
« Pourtant, il ne se passe pas une seule nuits sans que ces souvenirs ne me rongent. Les erreurs que j'ai commises, les choix que j'ai fait... Un choix affecte toute une vie, miss Granger, et j'ai fait des choix... terribles. Les souvenirs liés à ce choix sont terribles, eux aussi. Et pourtant, je m'en nourris puisqu'ils sont les seuls à pouvoir me maintenir en vie...
- Et l'espérance ? »
La jeune fille parla avant d'avoir réalisé qu'elle ouvrait la bouche. Elle se fustigea mentalement. Elle l'avait interrompu alors qu'il semblait disposé aux confidences et s'apprêtait à en payer le prix. Contre toute attente, cependant, il éclata d'un rire sans joie. Un instant, elle crut voir dans ses yeux la lumière de vie qui y brillait habituellement. La petite lueur tenta de surnager une éternité dans la mer d'obsidienne. Elle finit engloutie dans les ténèbres.
« L'espérance n'est pas faite pour les gens comme moi... Elle est faite pour ceux qui croient échapper à leur destin. Je sais depuis longtemps que je n'ai jamais contrôlé ma vie. Pourquoi devrais-je encore espérer ? Le chemin que j'emprunte, je ne sais si quelqu'un l'a déjà suivi avant moi, mais si j'y pose mes pas, cela ne dépend pas de ma propre volonté... Je suis les ordres de puissances qui me dépassent, et je ne suis rien à côté d'elles. Rien de plus qu'un pion dans un jeu dont je ne perçois ni les règles ni les limites, ni même le but. Voilà ce que nous sommes, miss Granger. De simples pions à la dérive, sans aucune valeur, errant dans un monde sans aucun sens..
- C'est faux ! Nous sommes peut-être des pions mais il y a un sens à notre combat ! Nous servons la bonne cause ! Nous nous battons contre un monstre ! Rétorqua Hermione, outrée. »
Le rire désabusé du maître des potions retentit de nouveau dans la pièce.
« Le seigneur des Ténèbres ? Il n'est qu'un pion de plus... Il est certes le roi de l'échéquier, mais décide-t-il réellement de son propre chemin ? Il suit les traces de ceux qui l'ont précédé, et trace les pas de ceux qui le suivront... Il y aura toujours un nouveau seigneur des Ténèbres, et toujours le blanc se soulèvera contre le noir... C'est un cercle infini, sans commencement ni fin.
- Mais la vie même est un éternel recommencement ! Nous jouons à un jeu dont nous ne connaissons ni les règles ni le but. Devons-nous pour autant abandonner la partie ? Laisser le noir vaincre le blanc ? S'emporta la jeune fille
- Miss Granger...
- Nous aussi, nous avons un roi ! Albus Dumbledore est le seul sorcier qui ait jamais effrayé Lord Voldemort ! »
Snape plaqua une main sur la bouche de la jeune préfète, une lueur alarmée dans les yeux. La jeune femme sourit : elle avait enfin réussi à faire naître une émotion dans son regard sombre... Malheureusement, sa victoire fut de courte durée puisque la lumière s'évanouit à nouveau dans le néant.
« Ne prononcez pas son nom, petite sotte ! Vous jouez avec des forces qui vous dépassent ! Cessez de vouloir tout contrôler et fuyez, si vraiment vous avez un sou de jugeotte ! Vous ne pourrez pas affronter la nuit. Vous ne savez pas ce dont est capable le seigneur des Ténèbres... Dumbledore n'est pas éternel. Il a déjà largement vécu sa vie... Le Lord Noir est décidé à couper la tête même du côté blanc... Je vous ai déjà avertie il y a quelques temps. Je vous ai dit qu'il se passait des choses. Des choses noires dans lesquelles j'ai une place...
- Vous êtes quelqu'un de bon, professeur.
- Vous ne savez pas. Vous êtes naïve. Vous ne savez rien. Vous regardez encore le monde avec vos yeux d'enfants. J'ai beau avoir dit le contraire, mais tout n'est jamais ni tout noir ni tout blanc, miss Granger. Et, contrairement aux contes de fées que vous lisiez petite fille, les gentils ne sont pas toujours vainqueurs !
- Avec vous à nos côtés, nous gagnerons, professeur !
- Arrêtez de me faire confiance, tempêta-t-il. Je vous l'interdit ! Ouvrez un peu les yeux ! Je suis un monstre ! »
Ces derniers mots s'éteignirent dans un souffle. Les larmes aux yeux, Hermione se rapprocha de son professeur et l'étreignit doucement, comme un enfant qu'on console. Severus Snape, mangemort de son état, se laissa aller à l'étreinte de la jeune fille et se laissa bercer comme un nouveau-né. Ils s'éloignèrent comme à regret.
« Hermione... murmura Snape en caressant la joue de la jeune fille, geste tendre qu'il ne s'était jamais autorisé avec personne, une étincelle de douceur brillant dans ses yeux. Nous avons déjà eu cette discussion auparavant. Je sais que vous êtes consciente, au fond de vous, que ce que je viens de vous dire est la vérité. Le noir s'apprête à vaincre le blanc... C'est une simple bataille, cependant, pas la guerre. Toutes les chances ne sont pas perdues, mais il faut absolument que vous évitiez de vous engager dans une bataille que vous savez pertinemment ne pas pouvoir gagner. Restez en dehors de tout ça, et tentez de raisonner Potter... Je vais avoir besoin de vous !
- Professeur ? Si tout ce que vous dites est vrai... Soyez prudent ! »
Il lui caressa une dernière fois la joue, une ombre de sourire sur les lèvres et, après un rapide coup d'oeil à sa montre, s'engouffra dans l'escalier, faisant voler derrière lui ses longues robes noires.
Hermione gagna ses appartements, songeuse. Elle avait décidé de s'accorder quelques heures de sommeil. Après quoi, elle patrouillerait à nouveau dans les couloirs, comme elle avait promis à Harry de le faire en l'absence de Dumbledore.
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Ce fut le silence qui tira la jeune préfète de son sommeil, quelques minutes seulement après qu'elle se soit endormie, bien au chaud dans ses appartements réservés. Le silence était dérangeant, lourd de menaces à peine voilées.
La jeune femme enfila rapidement ses robes de sorcière et s'empara de sa baguette magique. Sur ses gardes, elle sortit de ses appartements. Quelque chose clochait. Les portraits avaient déserté leurs cadres, le château semblait froid et sans vie. Un bruit de pas la fit sursauter.
« Hermione, c'est moi... »
Luna avait était désignée préfète de Serdaigle au début de l'année scolaire. Elle passait la plus grande part de son temps libre à la bilbliothèque, et la seule connaissance amicale qu'elle avait, en dehors des livres, était Hermione Granger. Elles faisaient fréquemment leurs rondes en duo et, quoique l'esprit de la jeune Serdaigle paraisse particulièrement extravagant aux yeux de la Gryffone, elle appréciait la vivacité et la répartie de la préfète.
« Tu as senti, toi aussi ? »
Hermione acquiesça. Luna avait perdu son air rêveur. Elle paraissait soucieuse.
« Il se passe des choses. Des choses étranges... Par là-bas, je crois... »
La Gryffondore lui jeta un coup d'oeil surpris. Devant sa moue interrogatrice, la Serdaigle répondit avec un sourire mystérieux.
« Je peux sentir les choses cachées. Parfois, j'arrive même à voir les choses qui ne sont pas encore, mais là... C'est comme si le chemin était perdu dans la brume. Comme si tout, absolument tout, pouvait arriver. »
Au fur et à mesure que les deux amies avançaient, le froid gagnait leur os. La sensation était assez proche d'une recontre avec les détraqueurs, et cependant très différente. Tout espoir semblait avoir disparu, pourtant, mais la volonté n'avait pas encore déserté leur esprit.
Le vacarme ambiant raisonna comme une délivrance à leurs oreilles. Hermione se prit à se demander comment elles s'étaient retrouvées au milieu d'une bataille sans en avoir conscience, et surtout comment elles avaients fait pour ne pas la voir – ou plutôt l'entendre - venir. Les sorts fusaient de tous côtés. On criait, on courait, on tentait désespérément de comprendre. La jeune préfète poussa Luna de côté et analysa la situation avec la vivacité qui lui était propre. L'ordre du Phénix, qui se battait contre les mangemorts, semblait en mauvaise posture. Charlie, aux prises avec Greyback, paraissait débordé Rémus et Tonks se battaient dos à dos, acculés par trois mangemorts à l'air sadique.
Hermione recula afin de rester à couvert. Malheureusement, le sol étant jonché de gravas, elle trébucha, tombant à terre. Les sorts fusèrent vers la jeune fille. Rouge, vert, bleu, elle ne savait lequel choisir. Tous ses réflexes étaient partis en fumée. Elle restait paralysée, à attendre qu'un des rayons la frappe. Une sihouette noire s'éleva alors devant elle et, nonchalante, dévia les sortilèges d'un geste gracieux de la main.
« Petite idiote ! Gronda le professeur Snape, n'apprendrez-vous jamais à faire ce qu'on vous dit ? Je vous avais pourtant ordonné de rester en dehors de tout ça ! »
Elle s'apprêtait à rétorquer lorsqu'il posa sa main sur sa bouche.
« Je vais monter cet esclier, lui dit-il d'une voix précipitée en désignant la tour d'astronomie. Quoiqu'il se passe, restez ici. Ne faite pas quelque chose de stupide et restez en vie ! »
La caresse fugitive de ses lèvres dans la paume de sa main ne pouvait être qu'un rêve, songea Hermione alors qu'il s'élançait vers lesdits escaliers. Curieusement, un passage semblait s'ouvrir devant lui alors qu'il progressait vers son but. Il grimpa quatre à quatre les marches qui menaient en haut de la tour, dans un élégant mouvement de cape. Il fut rapidement suivi par Malefoy et Lestrange, et Hermione fut tentée un instant d'intervenir, mais elle fut retenue par Luna qui murmura d'une voix posée :
« Il t'a dit de rester cachée. Je suis sûre qu'il a une bonne raison... »
Comme pour appuyer ses dires, après quelques minutes qui parurent être une éternité, un passage sembla soudain s'ouvrir dans la mêlée. Une série de mangemorts surgirent alors des escaliers qui menaient en haut de la tour d'astronomie, le professeur Snape en tête. Hermione vacilla, se retenant au mur pour ne pas tomber. Tournant la tête vers elle, il la prit à témoin et sa voix froide retentit dans la salle, semblant n'être destinée qu'à elle.
« Le roi est mort. Vive le roi. »
Elle tressaillit et se laissa glisser sur le sol. Le regard du maître des potions semblait définitivement mort, plus vide encore que quelques heures plus tôt. La plupart de ses compagnongs mangemorts ricanèrent à ces mots. Ils semblaient les attendre pour se retirer, laissant derrière eux blessés gémissants et murs écroulés. Snape fit voler ses robes noires sans un regard en arrière, laissant Hermione ivre de douleur, des larmes pleins les yeux. Luna, comme si elle comprenait, l'enlaça doucement, lui murmurant des paroles rassurantes quoique totalement insensées.
Ce fut le cri de Harry qui sortit la jeune préfète de ses pensées sombres.
« Arrêtez-le ! Arrêtez Snape ! »
Si la plupart des mangemorts avaient suivi le maître des potions, les membres de l'ordre étaient toujours aux prises avec les plus zélés d'entre eux. Harry se lança donc lui-même à la poursuite du mangemort aux robes noires.
« Harry ! Non ! Hurla Hermione en se levant d'un bond. »
Elle s'élança après lui, laissant derrière elle la préfète des Serdaigles. Harry courait vite grâce aux longues heures d'entraînement de Quidditch, et la jeune fille avait de plus en plus de mal à le suivre. Il traversa le château, puis le parc à la poursuite de Severus Snape. Hermione, essouflée, finit par s'arrêter. Elle croyait avoir définitivement perdu Harry lorsqu'elle entendit des cris venant de la cabane de Hagrid.
« Impedimenta *! Cria la voix de Harry. »
« Stupéfix ! Entendit-elle à nouveau.
- Courez, Drago ! »
La voix, plus grave, appartenait au professeur Snape.
« Endol... commença Harry. »
Hermione courait en direction des cris. Elle devait raisonner Harry. Arrêter Snape. Elle devait les empêcher de combattre. Elle ne pensait même plus à sa propre sécurité, ni à la promesse qu'elle avait faite au professeur Snape. Les larmes lui vinrent à nouveau aux yeux. Le professeur Snape était... Il avait tué Dumbledore ! Mais comment ? Pourquoi ? Bien sûr, il l'avait avertie... Elle aurait dû le croire ! Mais...
« Incendio !
- Crockdur est à l'intérieur, espèce d'abominable... s'écria Hagrid. »
La brûlure dans les poumons de la jeune fille se faisait plus vive. Elle pressa l'allure.
« Endol...
- Vous n'allez quand même pas me jeter des sortilèges impardonnables, Potter ! S'exclama Snape, sa voix couvrant le rugissement des flammes, les cris de Hagrid et les aboiements frénétiques de Crockdur, coincé dans la cabane embrasée. Vous n'en avez ni l'audace, ni la capacité. »
- Incarc... »
La jeune fille pouvait maintenant apercevoir la lumière des sortilèges qui volaient dans les airs. Quelques pas de plus et la silhouette de Snape, fière et droite, se dressait devant elle, encore trop loin pour l'atteindre d'un sort, cependant. Elle s'accroupit dans l'herbe afin de ne pas être vue par un des mangemorts qui accompagnait le traître.
« Battez-vous ! Cria Harry ! Battez-vous, espèce de lâche...
- Vous m'avez traité de lâche, Potter ? Hurla Snape. Lorsque votre père m'attaquait, c'était toujours à quatre contre un, alors je me demande comment vous l'appeleriez, lui ?
- Stupé...
- Paré, encore et toujours, jusqu'à ce que vous appreniez à vous taire et à fermer votre esprit, Potter ! Railla Snape en déviant une nouvelle fois le sortilège. »
D'où elle était, Hermione pouvait voir la silhouette de son ami, étendue sur le sol. Snape, debout devant lui, semblait donner l'ordre aux mangemorts de partir. Harry, pourtant, était à leur merci. Evidemment, il est réservé à Voldemort, songea la jeune fille avant de s'approcher doucement, toujours accroupie.
« Sectum...
- Non, Potter ! S'écria Snape. »
Harry s'était relevé, chancelant, et avait, une nouvelle fois, agité se baguette en direction du professeur. Celui-ci, avec une rapidité surhumaine, para le maléfice qui se perdit dans la nuit. Il semblait réellement énervé. Hermione, tremblante, serra sa baguette, visant Snape : elle savait qu'elle devait intervenir avant qu'il ne fasse de mal à son ami...
« Vous osez m'attaquer avec mes propres sortilèges, Potter ? C'est moi qui les ai inventés – moi, le Prince de Sang-Mêlé ! Et vous voudriez retourner mes inventions contre moi, comme votre ignoble père, n'est-ce pas ? Je ne crois pas que vous y arriverez... Non ! »
Sans défense, Snape le toisant de toute sa hauteur, Harry bondit pourtant vers sa baguette et tenta un nouveau sortilège. Hermione sentit plus qu'elle ne vit les lèvres de son ami former les mots mortels. Elle ne sut pas pourquoi sa baguette, comme dotée d'une volonté propre, se retourna contre Harry. Elle hurla un « Stupéfix ! » avant que la lumière verte ne sorte de la baguette du Gryffondore, avant même de réaliser ce qu'elle venait de faire...
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Harry était entendu dans l'herbe. La maison d'Hagrid finissait de se consummer. Les derniers mangemorts s'étaient envolés et les sanglots du garde-chasse secouaient l'esprit de la jeune fille. Snape la regardait de son regard impénétrable.
« Je n'avais pas besoin de votre aide, miss Granger.
- Pourquoi ? »
Un sourire triste vint se loger sur les lèvres du professeur. Le mot était venu aux lèvres de la Gryffondore naturellement. Elle avait besoin de comprendre, de savoir.
« J'ose espérer que vous comprendrez plus tard, miss Granger. Quant à tout ce qui vient de se passer... Il me semble que je vous avais prévenue ! »
Il s'approcha d'elle. Elle ne recula pas. Il posa une main sur sa joue et la dévisagea longtemps. Elle tremblait. Il s'approcha encore et la prit dans ses bras, la serrant contre lui comme pour se fondre en elle. Lorsqu'il s'éloigna, elle crut voir une larme perler dans le coin de son oeil.
« Tout n'est pas encore fini, miss Granger, et les choses ne sont pas toujours ce qu'elles paraissent être. Peut-être que vous réussirez à voir au-delà des apparences... »
Son sourire se fit sarcastique alors qu'il raillait :
« Merci d'avoir réussi à raisonner Potter, miss Granger. Je savais que je pouvais compter sur vous et sur votre efficacité ! »
Sur ces mots, il tourna les talons et s'enfonça dans la forêt. Elle le regarda s'éloigner d'elle, persuadée de ne jamais le revoir. Il était partisan du côté sombre et assassin de Dumbledore, elle marchait du côté de la lumière et combattait les sbires du lord Noir. Ils avaient choisi deux mondes différents. Pourtant, quelque chose en elle était définitivement attaché à lui, depuis qu'elle l'avait vu si vulnérable, si Lui, sans son masque cruel...
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Le professeur McGonnagall pleurait. Madame Pomfresh, à ses côtés, tentait de retenir ses sanglots. Harry était agenouillé auprès du corps d'Albus Dumbledore qui souriait, serein jusque dans la mort. Hermione posa une main sur l'épaule de son ami qui se dégagea brusquement.
« Je ne veux pas savoir pourquoi tu as fait ça, Hermione... »
Hermione recula, atterée par la froideur de son ami.
« Je... Il t'aurait tué ! Ou tu aurais eu sa mort sur ta conscience... Dans un cas comme dans l'autre, tu aurais été détruit ! Harry ! Ne me fais pas ça ! S'il te plaît, ne me fais pas ça ! Ne me laisse pas maintenant ! »
La jeune fille s'écroula dans l'herbe et se mit à pleurer. Toutes les émotions de cette nuit coulaient de ses yeux jusque dans le sol, perles salées abreuvant la terre sur laquelle reposait le sorcier le plus illustre de l'Histoire. Harry, pris de remords, attira sa presque-soeur à lui et tous deux pleurèrent comme des enfants, leurs larmes se mélangeant. Une chevelure rousse vint se mêler aux deux chevelures brunes et les membres du Trio d'Or, plus unis que jamais, restèrent enlacés jusqu'au petit jour. Le cri du phénix raisonna longtemps cette nuit-là, et les pleurs ruisselèrent le long des joues jusqu'à l'aube. Ce fut un soleil noir qui se leva à l'est ce matin-là.
Un soleil de crépuscule.
* Le texte en italique est tiré du Prince de Sang Mêlé
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