Review : merci à Apersonne, que j'espère ne pas décevoir avec la suite !

4.

Le Tube d'Arrimage du Lightshadow s'était fixé à l'opercule du Karyu.

- Ce vaisseau aussi est loin d'être neuf, remarqua Aldéran qu'accompagnaient quatre marins armés de fusils-mitrailleurs. Mais il a été très soigneusement entretenu. La Flotte Indépendante a bien fait son boulot !

- Je ne comprends rien du tout, intervint Doc. Les coques ne présentent aucun impact de tirs, les scans ont indiqué que les batteries étaient pleines, aucune navette de sauvetage n'a décollé et les moteurs sont à l'arrêt complet alors que tous les autres systèmes de survie fonctionnent parfaitement !

- Si combat il y a quand même eu, on le saura à l'Infirmerie, c'est pour quoi nous allons ton confrère ! C'est un Humanoïde ?

- Oui. Ca te pose un souci ?

- Je n'en ai jamais vu, plutôt…

- Oh, vu le degré de perfection actuel, tu en as sûrement croisés, sauf que tu ignorais qu'il s'agissait de machines, sourit encore le médecin.

- C'est ce que je me disais, et je ne voudrais pas me montrer irrespectueux envers ce docteur !

- Je suis sûr que Machinar saura qu'il ne s'agit nullement d'insolence.


L'Infirmerie du Karyu était aussi déserte que les couloirs et, de façon plus surprenante, les salles de détente et la cafétéria !

Le médecin Humanoïdes était à son bureau, devant son ordinateur, et ne parut pas se rendre compte de leur entrée.

Aldéran contourna la table de travail pour voir ce qui pouvait autant l'accaparer alors qu'il n'y avait sûrement pas eu un nez bouché ou un circuit fuyant depuis des semaines !

- Doc… ?

Les doigts de l'Humanoïde parcouraient le clavier devant lui et les données s'affichaient à l'écran… sur plusieurs milliers de pages.

- Il tourne en boucle ! glapit Aldéran. C'est toujours le même texte, son compte-rendu du jour semble-t-il où il signale qu'il ne se passe rien.

Machi avait lui aussi fait le tour du médecin du Karyu, interloqué.

- Ses capteurs sont en parfait état de marche, mais ils n'enregistrent rien, Aldie ! Oui, comme tu l'as résumé : il tourne en boucle !

- Je le sens vraiment mal, marmonna Aldéran en se précipitant hors de l'Infirmerie pour prendre les ascenseurs et se rendre sur la passerelle. Enfin, pour les humains, je suppose qu'il va en être autrement, même si je crois ne pas avoir envie de savoir à quelle sauce ils ont été statufiés !


Sur la passerelle, le silence était de plomb et aucun des membres d'équipage présent ne prêta davantage attention à l'arrivée du petit groupe, qui avait par ailleurs abaissé ses armes au vu de l'absence totale de menace !

Ayant dû régler de complexes formalités administratives en vue de la mission suivante déjà prévue au départ, la commandant en second Marina Oki avait cédé sa place à Ishikura.

Mais, à sa console, l'expérimenté officier était également figé, mains croisées devant son écran, ses lèvres étant le seul mouvement qu'il avait.

- Rapport du scan des coordonnées EP-25/PK17 : rien à signaler, l'espace est totalement dégagé devant nous, sans danger… Rapport du scan des coordonnées EP-25/PK17 : rien à signaler, l'espace est totalement dégagé devant nous, sans danger… Rapport du scan des coordonnées EP-25/PK17 : rien à signaler, l'espace est totalement dégagé devant nous, sans danger…

- Ca affecte les Humanoïdes et les humains, ce n'est pas un gaz réfrigérant ou paralysant ou une frappe qui aurait stoppé net le vaisseau, réfléchit à haute voix Machi. Oui, ça les a bel et bien figés dans leur dernière attitude et ils tournent bel et bien en boucle.

- Je ne pense pas que le cerveau soit détruit, pas entièrement en tout cas… ajouta Ban. Désolé, Aldéran, je suis incapable de te dire ce qui est arrivé !

Le jeune homme haussa les épaules.

- Vu l'âge, commencer à radoter et à se répéter, ça ne m'aurait pas étonné venant de papa, gloussa-t-il. Bon, on ne s'attarde pas ici !

Pivotant pour faire demi tour, il quitta la passerelle du Karyu, ignorant les regards réprobateurs des marins et de Doc car s'ils avaient de la sympathie pour lui, ils demeuraient chatouilleux à l'extrême dès qu'il s'agissait de leur ancien capitaine, ne supportant pas qu'on se moque de lui, même si c'était pour son fils ne pas céder tout simplement à une peur panique quant aux deux signes vitaux à bord de l'Arcadia et celui manquant !

5.

N'ayant pas plus à faire que son confrère Humanoïde, Doc était revenu à l'appartement d'Aldéran où ce dernier faisait le point avec l'Ordinateur du bord.

- Qu'ont donné tes relevés durant notre visite sur le Karyu ?

- Etrange, Aldéran. Autant les êtres vivants sont demeurés sur le souvenir de leur ultime action en cours, la répétant à l'infini. Autant le temps du journal de bord s'est arrêté, ainsi que l'évolution physique des humains, et ce depuis trente-quatre jours.

Aldéran qui faisait tournoyer le cosmogun entre ses mains, leva par réflexe la tête, posant les yeux sur la pyramide de verre qui était le transmetteur par lequel le clone mémoriel de Toshiro s'exprimait.

- Et les deux disparus, où ont-ils pu avoir été emmenés ? ! se récria-t-il. Tu n'as toujours détecté aucun autre navire ?

- Pas l'ombre de seulement une balise-caméra ennemie, jusqu'au plus loin que portent mes scans !

Le jeune homme fit la grimace, poings serrés.

- C'est impossible ! aboya-t-il enfin.

- Oui, comme tout ce que nous avons constaté ce jour, glissa doucement Ban. Passons pour les membres d'équipage Humanoïdes, mais Ishikura et les autres humains devraient être quasiment être morts de faim et de soif, sans compter une jolie barbe ! Hors, mes analyses au labo prouvent qu'ils ne manquent d'aucun apport minéral ou protéiné pour eux aussi, l'organisme à cessé de « vieillir » mais comme continuant en fonctionnant en circuit fermé si je puis dire.

- Et moi je comprends ce que tu veux m'expliquer, assura le jeune homme. Seulement ça ne m'aide pas à savoir ce qui est arrivé à ce Zéro… et à papa… Je ne pensais pas un jour devoir me faire du souci pour lui !

- Il aurait voulu t'éviter tant de choses. Cela ne fut pas la moindre des raisons qui ont fait qu'il t'a tenu à l'écart de son passé, des influences de cette vie… de ses ennemis ou d'une connaissance qui t'était proche au possible !

- J'y penserai, peut-être, plus tard. Toshiro, on…

- Aldie, j'ai tout examiné… Et je n'ai trouvé nulle trace du Queen Eméraldas ! D'ailleurs, il est totalement impossible que ce vaisseau se trouve ici ou à en un autre lieu de l'univers !

- Je l'ai vu ! Je l'ai vu ! glapit Aldéran en tapant du pied, d'une voix un peu aigüe. Bon, il était un peu diaphane, mais il était bien positionné un peu au-dessus des deux autres vaisseaux ! Oh, Ban, inutile de me regarder avec ces yeux ronds, je n'ai pas perdu la tête pas plus que la fatigue ou l'angoisse ne me font divaguer !

Il ricana.

- Et puis, comment aurais-je pu imaginer ce Queen Emeraldas alors que j'ignorais son existence ! ?

- Tu n'as pas tort sur ce point, reconnut Ban. En revanche, puisque rien ne nous menace, on devrait peut-être s'arrêter un moment et tous nous reposer, au moins quelques heures ?

- « aucun danger » ? C'est le dernier rapport de cet Ishikura, grinça Aldéran, sombre, préoccupé. Quelque chose à ajouter, Doc ?

- Mange un bout et passe une entière nuit de sommeil !

- Je ne crois pas que ce soit possible, sauf pour la première partie de ta prescription !


Aldéran repoussa la couette et enfonça un bouton de la télécommande, faisant s'écarter les tentures qui dévoilèrent la superbe baie vitrée, de plusieurs mètres d'épaisseur, mais les effets d'optique faisant qu'on la croyait mince comme un feuillet, et lui donnant une vue imprenable sur l'espace et les deux, trois, vaisseaux non loin du Lightshadow.

« Pourquoi j'ai l'impression que notre ennemi a plus qu'une longueur d'avance sur nous et qu'on a avalé non seulement son appât mais aussi la ligne et la canne avec ! ? Il était là bien avant nous, nous tous, et il va continuer à nous dégommer comme au tir à pipes ! Je crains de savoir sous peu comment Zéro et papa ont été escamotés de leurs passerelles respectives, et pourquoi… sauf que je doute que ça me plaise de subir leur sort ! ».

Il bâilla largement, regrettant alors d'avoir mis Doc dehors après le café du dîner sans accepter le somnifère proposé. Et il voyait mal comment réveiller le médecin pour réclamer son narcotique !

« Demain, on décroche d'ici et on recommence à fouiner… En dépit de mon envie, je ne peux être absent encore bien longtemps de RadCity ! Si je dois me résoudre à quitter cette Constellation, sans toi, papa, j'espère que tu me pardonneras ! ».

Le jeune homme rabattit vivement la couette par-dessus sa tête et ferma les yeux en dépit du sommeil qui le fuyait obstinément !


La sonnerie répétitive de l'alarme finit de réveiller Aldéran qui avait fini par profondément s'endormir, peu avant l'aube chronologique.

- Je venais juste de…

- Je sais. Désolé, Aldéran mais on n'est une cible bien trop facile pour que je ne t'avertisse pas aussitôt !

- Je comprends, fit le jeune homme qui avait quitté son lit. Alors, Toshi ?

- Aldéran, quelque chose se dirige vers nous, c'est un étrange cocon d'énergie, impossible de savoir si c'est armé, dangereux et encore moins ce que ça peut nous faire ! Ca vole trop vite pour être un vaisseau – pas un de ceux de mon répertoire, qui est une liste quasiment exhaustive !

- Pas besoin des détails, ils ne m'aident pas ! Et lui, il sait qu'on est là ? jeta Aldéran tout en continuant de s'habiller rapidement.

- Notre Bouclier Occulteur est censé nous dissimuler aux scans les plus performants mais rien ici n'est naturel !

Le jeune homme fixa le ceinturon à ses hanches et enfila sa veste noire et rouge.


- Aldie…

- Quoi, Doc ? siffla-t-il à l'adresse du médecin qui venait à sa rencontre dans l'antichambre de l'appartement.

Mais, devant le regard incrédule du vieux médecin, la silhouette d'Aldéran venait de devenir translucide, comme entourée de quelques étoiles avant de totalement disparaître !