Pirates des Caraïbes – Le droit de pacotille
IV – la prophétie de la mère Shipton
Tortuga n'était pas complètement vide. Depuis bien des siècles les pirates venaient trouver refuge sur l'île. Les cachettes étaient légions. Et avec l'arrivée des premiers vaisseaux de la Compagnie des Indes, les pirates les plus sobres trouvèrent refuge dans les cachettes disséminées dans toute l'île, laissant les plus ivres se faire massacrer sur place et parfaire l'illusion de la chute de la piraterie.
L'un d'eux, en poste d'observation, porta son attention sur la barque qui entrait dans le port. Il connaissait la silhouette, mais n'eut pas le temps de lui donner un nom avant qu'un vaisseau de la Compagnie n'intercepte le canot.
Gibbs était toujours en poste quand il la vit sortir du pont, entravée et menée de force vers les cales. Monsieur Cotton tendit le doigt et articula un nom. Le perroquet se mit à crier : « Maudit pirate ! »
« Ma'moiselle Swann ! » s'exclama Gibbs.
« M'dame Turner ! » corrigea le nain Marty en venant prendre la relève. Il se pencha sur la petite ouverture et la reconnut.
La capitaine Moro arriva sur le pont principal et conversa avec son lieutenant.
« Cotton, envoie ton perroquet écouter ! » ordonna Gibbs. « Il faut savoir où ils amènent M'oiselle Swann et c'qu'ils vont faire d'elle. »
Après bien des questions et des hypothèses hasardeuses, Gibbs découvrit enfin ce qu'il allait advenir d'Elizabeth.
Les bateaux de la Compagnies des Indes Orientales quittèrent peu après la rade de Tortuga. Les pirates réintégrèrent les lieux comme si rien n'étaient jamais arrivés. Et peu après, le Black Pearl fit son entrée dans le port. Après avoir mouillé l'ancre, l'équipage de Barbossa jeta Jack sans ménagement sur le ponton.
« Estimes-toi heureux que je ne te laisse pas sur une île ! » s'esclaffa Barbossa.
Jack sourit à pleine dent. « Trop aimable à toi ! Tu es vraiment sûr de vouloir me laisser là ? Je pourrai bien monter un équipage et me lancer à tes trousses ! »
Barbossa éclata de rire, imité par son équipage. « Tu es un rêveur Jack ! »
Gibbs arriva en courant, suivi de Cotton, du perroquet de Cotton et de Marty.
« Ils veulent tuer Elizabeth Swann ! » s'écria Gibbs en s'arrêtant devant Jack.
« Turner ! » corrigèrent d'une seule voix Pintel, Marty et Barbossa.
Gibbs les ignora. « La Compagnie des Indes sait qu'elle est la Reine des Pirates et elle va être pendue à Port-Royal. »
Un long silence suivit. Gibbs dévisagea tour à tour les pirates. Il se tourna vers Cotton et Marty les observant comme s'il les découvrait pour la première fois.
« Et ? » demanda Barbossa en croisant les bras sur sa poitrine.
« Et ? » répéta Gibbs. « Vous voulez la laisser mourir ? Et le code des pirates vous en faites quoi ? »
« Oh, tu sais le code n'est qu'une espèce de guide ! » fit Jack.
Tous le dévisagèrent. Jack leva les mains au ciel et se mit à jouer avec une algue qui traînait là.
« Et la mère Shipton vous en faites quoi ? » fit Gibbs.
Jack tressaillit, Barbossa souleva un œil.
« Qui ça ? » marmonna le capitaine actuel du Black Pearl.
« Vous ne connaissez pas la prophétie de la mère Shipton ? » s'étonna Gibbs.
« Je ne connais personne qui ait autant fréquenté les bars et se souvienne de toutes les aberrations entendues ! » reprocha Jack en lançant l'algue dans la mer et en se relevant.
« Bon, si on allait sauver une femme en détresse ! » proposa Jack, essayant de détourner l'attention des marins.
Gibss grogna, s'assit sur un tonneau et remonta ses manches. « A sa naissance, la mère Shipton était infirme. Elle était difforme, mais elle avait l'esprit agile. » raconta Gibbs en tapant sa tête de l'index. « Rapidement, sa réputation de voyante ne tarda pas à se répandre dans toutes les Caraïbes. Des centaines de curieux se massaient autour d'elle, buvant ses paroles sibyllines. On raconte aussi qu'elle a développé des dons de sorcellerie, oui oui, sorcellerie, pour se venger de ceux qui la persécutaient. Un jour, elle a maudit le capitaine d'un navire, le capitaine du Bloody.
« Pourquoi elle l'a maudit ? » demanda Pintel.
« On s'en fout de savoir pourquoi ! » aboya Barbossa.
Gibbs continua son récit. « Elle le prévint : Quand le Sanglant croisera sur un triangle d'or, le plus grand spectacle du monde te sera offert – pendant un certain temps – mais il disparaîtra et t'emportera dans les limbes.
On dit que le Bloody partit avec mille hommes d'équipage à son bord, attirés par l'or et les trésors. » Quelques pirates sifflèrent. « On ne revit jamais plus le Bloody et aucun de ces honnêtes marins n'est revenu pour dire si le trésor était vraiment là.
Un gueux cependant osa demander à la mère Shipton ce qu'était devenu le Bloody.
Elle lui fit alors sa dernière prophétie, car elle est morte juste après. Sur une mer déchaînée et venteuse, une noble voguera, qui ne manquera pas de trouver le Sanglant. Richesse, or et trésor seront les récompenses de tous ses compagnons des flots et le droit de pacotille sera acquis pour toujours sous sa bannière. »
A suivre...
