De Magie et de Sang
Résumé général : En 1977, les mages noirs souhaitent 'assainir' la société et sèment le chaos tandis que les Cracmols et Nés-moldus revendiquent leur place. Les élèves de Poudlard s'interrogent sur leur avenir alors que Lily Evans découvre un étrange livre…
Résumé du chapitre précédent : On apprend que dix ans auparavant, la famille Warwick s'est acharnée en vain sur son héritier cracmol, espérant qu'un jour il se révèle être un sorcier.
Lily décide d'aider Darren, rencontré sur le Chemin de Traverse et revu à Pré-au-lard, en faisant des recherches pour lui au sein de la bibliothèque de Poudlard. Darren est en mauvais termes avec le Ministère qui considère ses positions politiques comme subversives.
Le nouveau professeur de DFCM, Adriana Mercador, enseigne à ses élèves l'art du Patronus en les aidant à faire surgir leur animal totem. James, quant à lui, a poursuivi une mystérieuse silhouette encapuchonnée qui sortait de la Forêt Interdite à la nuit tombée, mais sans parvenir à la rattraper.
Disclaimer : Rien ne m'appartient à part quelques personnages originaux, JK Rowling et la Warner own the stuff. Et je ne tire pas une noise en écrivant cette histoire !
Spoilers : Toute la saga HP. Pas de références explicites à Cursed Child. J'essaie de plus ou moins respecter le canon de Pottermore, mais comme je ne l'ai pas entièrement en tête… il est bien possible que je prenne des libertés ! :)
Avertissement : K+, en raison du contexte politique troublé.
Rappels des personnages
Jane et Stephen Evans : parents de Lily et Pétunia.
Marlene McKinnon : Gryffondor de 7ème année, meilleure amie de Lily.
Arnav Patil : Serdaigle de 7ème année, petit ami de Marlene.
Sam Willis : meilleur ami d'Arnav Patil.
Morag Mulciber : Serpentard de 7ème année.
Fergus Avery : Serpentard.
Shelagh Lestrange : Serpentard.
Darren : Cracmol que Lily rencontre sur le Chemin de Traverse au premier chapitre.
Cybel Warwick : mère de Darren.
Octave Warwick : père de Darren.
Note : Merci à Malilite pour son adorable review ! Merci à ma frangine pour sa beta-lecture et sa patience. Merci à Edouard qui me lit chaque semaine ! Vous me motivez à continuer !
Chapitre 4 : La boue et le sang
« Est-ce que tout le monde est prêt, Nicholas ? »
« Oui, Madame la Ministre. »
Paige Parkinson apposa sa signature sur un énième document et retira ses lunettes de vue. Elle massa un instant l'arrête de son nez, les yeux clos. Elle se sentait nerveuse, bien qu'elle eût préféré boire du pus de bubobulb plutôt que de l'admettre en face de son subalterne.
« Dites à tout le monde de se tenir à son poste, et prévenez-moi quand ils seront arrivés. » ordonna-t-elle en plaçant la pile de documents signés dans les bras de son assistant. Nicholas Belby acquiesça silencieusement et sortit du bureau, lui laissant quelques minutes de tranquillité avant l'arrivée de la délégation des Mangemorts.
Parkinson se leva de son bureau et s'approcha du grand miroir au-dessus de la cheminée. Elle jeta un regard à son reflet qui lui sourit d'un air narquois. « Un petit ravalement de façade serait le bienvenu, non ? » demanda son double. « Je suppose que tu as raison, » admit-elle en replaçant ses cheveux noirs. Elle avait de plus en plus de mèches blanches, remarqua-t-elle en ré-enfonçant une épingle qui s'échappait de sa coiffure.
« C'est toujours bon pour le moral, de se ré-apprêter un peu avant un entretien décisif ! » commenta un ancien ministre poudré et fardé, qui replaçait son chapeau à plumes au cœur d'un tableau aux motifs baroques.
« Très juste, Armand... » répondit la Ministre d'une voix distraite. Elle secoua les plis de sa longue robe de sorcière et retourna à son bureau. Restant debout, elle laissa sa main feuilleter distraitement le dossier consacré aux Mangemorts. Personne ne savait à quoi ressemblait le leader de ces excités. Elle avait envoyé toute son équipe à la pêche aux informations, leur assignant cette tâche comme mission prioritaire. Pourtant, la biographie de Lord Voldemort restait bien mince… Pour ce qu'on en savait, il n'était peut-être même pas originaire de Grande-Bretagne.
Cependant, la Ministre avait sa petite idée sur la question. Étant donné le dévouement de ses militants et le soin que prenait Voldemort pour ménager ses effets, un profil se dessinait dans l'esprit de la sorcière. Il devait s'agir d'un sorcier relativement jeune, doté d'un charisme – et d'un égo – de jeune premier. Il serait soit très beau, soit très bon orateur, soit complètement dans le contrôle. La Marque des Ténèbres, aussi sordide soit-elle, constituait un excellent signe de ralliement. Par ailleurs, Parkinson doutait que le mystérieux nom de Voldemort soit son véritable patronyme. Quand au terme de Mangemort, il commençait déjà à rendre les gens anxieux. Ou peut-être se retrouverait-elle bientôt face à un Lestrange ou un Black quelconque, qui aurait particulièrement soigné sa communication…
Bien sûr, il y avait des rumeurs. Le service d'espionnage du Département des Mystères lui avait rapporté des informations extravagantes, qui tenaient de la légende urbaine, du délire… Mais il n'y avait aucune preuve tangible. Des rescapés des différentes agressions qui avaient eu lieu depuis quelques années évoquaient un visage reptilien. Les Mangemorts que les espions du Ministère avaient infiltré s'extasiaient quand ils évoquaient le Mage Noir… Ils prétendaient que Voldemort avait transcendé sa nature de sorcier… qu'il serait l'héritier ultime de Salazar Serpentard – la rengaine habituelle, bien sûr. Il n'y avait pas grand crédit à accorder à de telles allégations. La trace des héritiers des fondateurs avait été perdue il y a bien longtemps.
La question de la cohabitation avec les Moldus et du Grand Secret International demeurait épineuse, après des siècles de débats, de dissensions et de disputes. Bien sûr, la Communauté Magique Britannique avait, pendant un temps, fixé des objectifs que certains auraient qualifié de « pro-moldus ». On avait mis en place des lois anti-discrimination, dans les instances publiques mais aussi au sein de la société civile. Refuser une candidature à un poste sous prétexte d'engager uniquement des sorciers au sang-pur était passible de fortes amendes depuis quelques décennies. L'usage du terme « sang-de-bourbe » était également sanctionné. Les crimes contre les moldus étaient de plus en plus sévèrement punis. Pourtant, en parallèle, la partie la plus conservatrice de la Communauté grondait. Certains sorciers et sorcières craignaient qu'on privilégie les nés-moldus, que leur arbre généalogique perde en prestige si leur fils ou leur fille se mariait avec l'un d'eux… Beaucoup d'entre eux s'étaient félicités des premières actions menées par les Mangemorts. Enfin, quelqu'un prenait les choses en main !
Il était illusoire de croire qu'on pouvait transformer les valeurs et les idées d'une société, par quelque biais que ce soit. Parkinson ne nourrissait aucune utopie et se considérait comme une Première Ministre pragmatique. Il fallait flatter son électorat traditionnel mais aussi faire cesser la violence de petit groupe qui détruisait l'économie du pays. Malgré eux, ces excités faisaient aussi émerger des groupes pro-moldus plus virulents que le pays n'en avait jamais compté. Les sorciers en quête de cohabitation avec les moldus vivaient d'ordinaire une vie tranquille sans se soucier de politique. Fantaisistes, ou simplement conscients que leurs pairs trouvaient leur attitude grotesque, ils faisaient preuve de discrétion. Mais ces citoyens se sentant désormais menacés, des associations jaillissaient de toute part. Parkinson ne s'inquiétait pas trop : dans l'ensemble, il s'agissait de doux rêveurs qui haïssaient la magie noire et demeuraient résolument pacifistes. Toutefois, il valait mieux prévenir que guérir et faire cesser les incidents avant que le feu prenne réellement. Quitte à accepter quelques concessions et tailler un peu dans les lois pro-moldus dans un premier temps.
A titre personnel, la Ministre ne savait pas trop quoi penser de tout ça : elle-même venait d'une famille de sorciers et avait épousé un sang-pur. Elle avait des collaborateurs nés-moldus qui ne travaillaient pas plus mal que les autres, bien contraire. Elle n'avait jamais fait attention à l'ascendance de ses assistants – à moins que le prestige de leurs noms de famille l'incite à les recruter, dans le but de solidifier son réseau et ses appuis. Bien sûr, elle n'aurait pas apprécié que Mark, son fils, ramène une fiancée moldue… mais davantage parce que sa réputation pourrait en pâtir. Le fait que la fille eut des pouvoirs magiques ou non n'avait pas grande importance en fin de compte. Parkinson avait réalisé depuis bien longtemps qu'en matière de politique, ses propres opinions n'importaient guère. Son rôle consistait à trouver des solutions pour maintenir un certain calme.
La Ministre soupira et regarda l'horloge accrochée au mur. Surprise, elle constata que l'heure du rendez-vous était dépassée depuis 10 minutes. Or, Belby n'était pas venu la chercher comme il aurait dû. Elle ouvrit la porte de son bureau et jeta un coup d'oeil dans le couloir désert. Surprise, elle avança un peu, certaine de bientôt trouver un membre de son cabinet ou un des nombreux stagiaires qui erraient généralement près de son bureau, à l'affût d'une opportunité pour se glisser dans les petits papiers du service le plus prestigieux du Ministère… Mais il n'y avait personne.
Soudainement, elle sentit un sort la frapper en plein dans le dos, et fut trop lente pour attraper sa propre baguette, attachée à sa ceinture.
« Avance. » souffla une voix, implacable, impérieuse, dans son propre crâne. Il était impossible de contester l'ordre. Ses pieds la portèrent malgré elle vers l'annexe du Ministère où devait avoir lieu la rencontre. Elle s'approcha d'un mur recouvert d'une tapisserie représentant l'invasion des gobelins et des trolls au Conseil Sorcier tenu par Elfrida Clagg au quatorzième siècle.
« Dis le mot de passe. »
« Bullotin. » prononça-t-elle et une ouverture apparut à même la tapisserie.
Une vague panique commençait à l'envahir mais son cerveau était complètement embrumé…
Le passage la mena dans la salle aménagé pour les négociations. Elle entra et se sentit submergée par l'angoisse bien que son esprit fut incapable de se concentrer et d'engranger les informations à une vitesse normale.
« Cruxere. » lança une voix et elle se sentit projetée contre un mur de la salle, comme écartelée. Elle était incapable de bouger, le sort la paralysait. Bras et jambes écartés, elle avait été épinglée comme un papillon dans un cadre. Alors, l'Imperium cessa. Hagarde, elle revint à elle. Et hurla intérieurement, car le maléfice avait gelé ses lèvres, sa bouche, ses cordes vocales…
Par terre, inertes, gisaient trois membres de son cabinet. L'expert des lois, la chef des opérations qui l'accompagnait depuis plus de cinq ans et son communicant. Leurs orbites vides et béants ne laissaient planer aucun doute : ils étaient morts. Des sorciers vêtus de noirs, encagoulés, se tenaient à plusieurs endroits de la pièce, hurlant et riant aux éclats. L'un d'eux tenait en joue Nicholas Belby, qui se débattait dans les airs. Et au cœur de la pièce, au milieu des tables disposées en rond autour desquelles ils auraient dû négocier… Une sorcière masquée poussait des cris de joie en maintenant sa prise sur un jeune homme…
« NON ! Pas Mark! » implora-t-elle mentalement. Son fils – qui était censé être tranquillement à la maison, en train de réviser son rattrapage aux examens de Médicomagie… Il se tordait de douleur tandis que la sorcière lui infligeait le sortilège de Doloris.
« Dis bonjour à ta maman ! Allez, dis-lui bonjour, elle est tellement heureuse de te voir ! » rugissait la sorcière entre deux rugissements hystériques.
Que faisaient les Aurors ? songea Parkinson, décidant de se raccrocher à cet espoir. Car ils avaient prévu une escorte largement suffisante pour encadrer cette rencontre. Ils auraient dû être là… Elle tenta de contrer le maléfice dont elle était victime... mais le sorcier pointait sa baguette sur elle et maintenait le sortilège pour l'empêcher de bouger la moindre phalange. Plus elle tentait de résister, plus le sortilège se faisait insistant, et la douleur survenait…
Soudain, il y eut un frémissement dans l'air et les Mangemorts se calmèrent un peu. Une certaine excitation se fit sentir, un murmure de déférence se propagea tandis que les exclamations diminuaient, et ils se tournèrent vers la Ministre. Mais ce n'était pas elle qu'ils regardaient : en revanche, à trois mètres devant elle, c'était comme si le vide s'agitait… des étincelles rouges crépitèrent…
Et Il apparut.
La Ministre aurait pu s'évanouir de terreur mais elle le contempla, horrifiée.
Le rapport du Département des Mystères était bien loin du compte.
Lord Voldemort était très grand. Ses yeux flamboyaient d'une atroce lueur écarlate. Son crâne, son visage, ses mains aux doigts démesurément longs étaient recouvertes d'une peau pâle et luisante qui n'avait rien d'humain. Il plongea son regard monstrueux dans celui de la Ministre et celle-ci se sentit fouillée sans ménagement, souillée au plus profond d'elle-même, ses plus sombres secrets dévorés en une fraction de seconde.
« Bonjour, Madame la Ministre. » déclara-t-il avec une obséquiosité qui déclencha des rires chez ses partisans. La fente qui lui servait de bouche découvrit des dents pointues et aiguisées.
« Je vous remercie de m'avoir fait l'honneur de m'accorder un peu de votre précieux temps… en effet, j'avais hâte que nous nous rencontrions. »
Sa voix douce et glaciale faisait vibrer les oreilles de Parkinson, s'insinuant en elle comme un venin… il valait mieux qu'elle soit immobilisée, elle aurait hurlé à s'en briser la voix.
« Mais malheureusement, je crois que nos objectifs politiques sont incompatibles. Voyons... »
Un des parchemins, qui contenait le fil conducteur de la réunion et avait été disposé autour de la table, flotta dans les airs pour se placer devant les yeux cauchemardesques de Voldemort.
« Possibilité de réduire la quantité de nés-moldus au sein des hautes administrations… Création de zones immobilières uniquement sorcières… Non, en effet, ça n'est pas suffisant. Voyez-vous, Lord Voldemort et ses fidèles Mangemorts ne négocient pas… Nous ne faisons pas de politique. Nous vous offrons une vision d'un monde nouveau, et nous vous l'offrons sur un plateau. Nous n'avons pas le temps de nous asseoir autour d'une table et de nous consacrer à de vains bavardages. »
Le parchemin prit feu et les cendres tombèrent par terre tandis qu'il se volatilisait. Voldemort se détourna de la Ministre, passant son index décharné sur les tables, les blocs notes estampillés du logo du Ministère, les théières encore tièdes, prêtes à offrir des boissons aux participants.
« Toute cette paperasse, tout ce temps gâché... » murmura-t-il. Il eut un mouvement négligent de la main et le mobilier prit feu derrière lui.
« Je crois que je vais devoir m'exprimer clairement et publiquement afin que nos intentions soient claires pour l'ensemble de la Communauté Magique, qu'en pensez-vous ? Oui, je savais que vous seriez d'accord... » poursuivit-il, sans attendre de réponse, ce qui déclencha de nouveaux rires chez les Mangemorts. « Et nous ne pouvons pas faire confiance à la Gazette, n'est-ce pas ? Ils ne percevraient pas la rigueur de mes propos. Alors j'ai décidé que vous pourriez être ma messagère, vous êtes la candidate idéale. Mais avant de vous confier cette mission, qui est d'une capitale importance, j'aimerais que vous saisissiez le sérieux de ma requête. »
Il se tourna vers le Mangemort qui maintenait Belby dans les airs. Il sembla comprendre son maître : Belby retomba lourdement sur le sol dans un craquement sinistre.
« Debout ! Allez, debout ! Impero ! » ordonna le Mangemort, agacé.
Belby se mit aussitôt debout, la jambe étrangement tordue, le visage en sang. Le temps d'un éclair, hors du contrôle de l'Imperium, il ne put que hurler : « Madame la Ministre ! »
« Essaye le sort du Petit Prince ! » hurla la Mangemorte qui tenait Mark sous son contrôle. Elle semblait réjouie et surexcitée.
« Sectusempra ! » lança le Mangemort. Comme si son torse avait été entaillé par un sabre invisible, Belby suffoqua, une croix rouge transparaissant sous sa robe de sorcier. Il s'effondra ensuite sur le sol.
Parkinson sentit les larmes rouler sur ses joues.
« Je pense que vous avez saisi la profondeur de notre motivation. Maintenant, nous allons de nouveau vous soumettre à l'Imperium afin de vous faciliter la tâche. Je m'en voudrais de fatiguer notre chère Ministre… Cela devrait suffire mais au cas où, malgré nos précautions, quelqu'un venait à vous libérer, j'aimerais que vous vous rappeliez que votre fils est ici, au chaud avec nous, toujours vivant. »
Elle obtempéra à l'Imperium et sortit de la pièce, espérant de toute son âme qu'une fois réveillée du cauchemar, son fils et elle pourraient fuir loin de ces fous furieux.
Elle ignorait que Mark avait été exécuté quelques minutes après que la porte se fut refermée sur elle.
Quinze minutes plus tard, Paige Parkinson entrait dans le Département pour la Coopération Internationale de la Magie. « Madame la Ministre… ? » bredouilla un employé. Sa supérieure était défaite, le regard vide, mais la démarche étrangement raide et décidée.
« Je dois parler à Catherine McKinnon. » prononça la Ministre, regardant droit devant elle.
« B… bien sûr, je vais la chercher ! »
L'employé détala. Il revint rapidement, sur les talons de la Directrice du Département. Quelques autres employés du Ministère s'étaient timidement approchés, n'osant pas ouvertement s'arrêter de travailler devant Paige Parkinson, mais sentant que quelque chose d'inhabituel se produisait...
« Vous cherchez à me voir, Madame la Ministre ? » interrogea McKinnon, le regard inquiet.
« Vous ne devez pas m'approcher jusqu'à ce que j'ai fini de parler. » prévint la Ministre d'une voix robotique.
« Qu'est-ce que... » balbutia l'employé.
« Pas un mot ni un geste ! » ordonna Catherine McKinnon aux alentours, saisissant toutefois sa propre baguette. « Madame la Ministre, que se passe-t-il ? »
Parkinson se tourna lentement vers elle et la fixa, les pupilles vides de toute expression.
« Lord Voldemort refuse nos termes de négociations. Il déclare la guerre aux faux sorciers nés de parents moldus, et à tous ceux qui les protègent. Il invite tous les véritables sorciers à se rallier aux siens et à battre pour préserver notre héritage magique et la pureté du véritable sang sorcier. Il désire également que je vous confie ceci. »
Parkinson leva lentement sa baguette sur son propre crâne. « Baissez-vous ! » ordonna McKinnon, incertaine de l'issue de son geste, et tous obéirent, sursautant puis se cachant sous les bureaux, se pressant les uns contre les autres… Mais la Ministre étira simplement sa baguette et un long filament argenté en sortit… McKinnon fit aussitôt apparaître une fiole et recueillit le dernier souvenir de Paige Parkinson.
Cette dernière la fixa, et une expression de pure terreur s'empara de son visage, malgré son ton parfaitement égal.
« La mission que m'a confiée Lord Voldemort est terminée. »
Elle pointa cette fois sa baguette sur sa propre poitrine.
« Avada Kedavra. »
« NON ! » hurla McKinnon, mais c'était trop tard.
Un éclair vert illumina la pièce, et Paige Parkinson s'effondra sur le sol, dans une tempête de hurlements.
Marlene se réveilla en sursaut, avec l'impression qu'on lui avait renversé un seau d'eau fraîche sur la figure. Le fantôme de la Dame Grise lui faisait face, luisant étrangement à la pâleur de la lune.
« On m'envoie chercher Marlene McKinnon. » déclara-t-elle d'une voix spectrale.
« Q… qui vous envoie ? » bégaya la jeune fille.
La Dame Grise haussa ses épaules graciles.
« Je dois vous conduire au bureau du professeur McGonagall. J'attends. » précisa-t-elle comme si Marlene l'avait faite patienter pour un temps considérablement long.
« J'arrive, j'arrive... » chuchota la Gryffondor en enfilant ses pantoufles et sa robe de chambre.
« Si c'est un fantôme qui vient me chercher et pas un professeur, c'est que personne n'est mort. » songea-t-elle calmement, tâchant de ne pas paniquer malgré l'étrangeté de la situation. Une fois parvenues au bureau de McGonagall, la Dame Grise poursuivit son chemin sans s'arrêter et sans dire un mot, traçant son sillage d'ectoplasme dans le couloir. Marlene frappa trois coups à la porte avant d'entrer. Le professeur McGonagall, vêtue d'une robe de chambre au motifs écossais, servait le thé à une sorcière enveloppée d'une cape d'un bleu nuit aux reflets moirés. La jeune fille reconnut sa mère avec stupeur.
« Maman ? Papa va bien ? » demanda-t-elle aussitôt, le cœur serré.
« Il va bien. » assura Catherine McKinnon en s'approchant de sa fille qu'elle amena doucement à elle. Elle lui caressa brièvement sa joue.
« Et Abram ? »
Le visage de sa mère se raidit un peu. « Il va bien aussi. »
« Si nous nous asseyions ? » proposa le professeur McGonagall en posant une tasse fumante devant chacune de ses interlocutrices.
La scène aurait été comique si elle n'avait pas été aussi chargée de tensions. Marlene partageait un thé avec sa Directrice de Maison à deux heures du matin. Toutes deux étaient en habits de nuit, ce qui ajoutait une touche assez grotesque au tableau. Elle remarqua que Minerva McGonagall portait d'épaisses charentaises dotées d'un gros ponpon. Elle se félicita intérieurement d'avoir troqué ses propres pantoufles en forme de boursoufs contre des petites ballerines de nuit plus discrètes, depuis la rentrée.
« Merci, Minerva. » dit Mrs. McKinnon en s'asseyant, avant de prendre une gorgée de thé. Elle se tourna ensuite vers sa fille. « Tu te doutes que nous ne t'avons pas réveillée à deux heures du matin pour rien. J'ai certaines choses à te dire... »
Sa voix mourut dans sa gorge et elle retourna sa tasse dans sa soucoupe, l'air préoccupé.
« Je vais vous laisser entre vous. » annonça finalement le professeur. « Je dois retourner voir Albus avant son départ, de toute manière... »
Mrs. McKinnon acquiesça et le professeur referma doucement la porte de son bureau derrière elle. Marlene observa sa mère, dont elle avait – aux dires de tous – hérité les traits. Ses boucles noires étaient nonchalamment attachées en un chignon. Son visage était inhabituellement tiré. La jeune fille tendit la main et la posa sur celle de sa mère qui parut se rappeler de la raison de sa présence.
« Je suppose que tu as lu la Gazette... »
« Bien sûr. »
Les élèves avaient appris au matin que la Ministre de la Magie s'était donnée la mort, visiblement contrainte par un sortilège d'Imperium. Mais également que les membres de son équipe avaient été assassinés par les Mangemorts. Les circonstances restaient floues et avaient donné lieu à moult spéculations toute la journée. A part un Serdaigle de troisième année dont l'oncle, Nicholas Belby, avait travaillé comme assistant personnel de la Ministre pendant de nombreuses années, aucun élève n'avait été personnellement touché par cette attaque.
« La rédaction de la Gazette n'a pas connaissance de tous les éléments. Pas encore. » Elle hésita un instant. « Je vais devenir la Première Ministre par intérim à partir de demain, à 8 heures. Ce sera provisoire. » assura-t-elle. « Mais il faut quelqu'un qui puisse mener la barque jusqu'à ce que Magenmagot se mette d'accord. Ça me paraît impossible d'organiser des élections dans ces conditions, il va falloir qu'ils étudient les textes pour nommer quelqu'un légalement. »
« Mais ce n'est pas… trop dangereux pour toi ? » murmura Marlene.
« Je croyais que les Gryffondor ignoraient la peur ! » s'amusa un instant sa mère, avec une nuance de tendresse dans le regard.
« Certainement pas ! Ils essaient d'agir en dépit de la peur, c'est différent. C'est ce que tu essaies de faire maintenant, d'ailleurs, non... ? »
Mrs. McKinnon opina doucement de la tête.
« J'ai profité d'être venue discuter avec le Professeur Dumbledore pour demander à te voir un peu avant de plonger dans le travail. Ca m'étonnerait qu'on puisse se voir à Noël... »
Brusquement, elle reposa la tasse dans sa soucoupe et repoussa le tout sur le bureau. Elle plongea ses grands yeux noirs dans ceux de sa fille et inspira profondément.
« Ton père voulait que tu partes aux États-Unis sur le champ. Il pense qu'il est plus prudent que tu finisses tes études à Ilvermorny. Je sais que tu préférerais rester ici – » dit-elle aussitôt en voyant sa fille ouvrir la bouche pour répliquer. « La sécurité de l'école s'apprête à être renforcée, et la tienne particulièrement. Et il est possible que tu ne sois plus autorisée à sortir à Pré-au-lard. Si toutefois cela te convient... »
« Maman... » chuchota presque la jeune fille. Elle n'avait vu sa mère dans cet état. D'ordinaire si maîtresse elle-même, Mrs. McKinnon affichait désormais une certaine fébrilité. « Tu as peur pour moi ? » Et ça n'en devenait que plus effrayant de le formuler à voix haute, car il était rassurant de continuer à vaguement croire que les parents avaient réponse à tout et ne flanchaient jamais dans leur détermination.
« Il faut que tu saches. Mais je t'en prie, Marlene, ne l'ébruite pas. Hier, il n'y a pas eu que la Ministre et son cabinet qui ont été cruellement assassinés. Au même moment où j'ai… où nous avons découvert ce qui s'était passé dans la salle où ils devaient négocier… Des marques des ténèbres sont apparues au-dessus des maisons de chacun des assistants de la Paige Parkinson. »
Horrifiée par les propos de sa mère, mais plus encore par son attitude de bête traquée, elle lui reprit la main et émit une apaisante pression du pouce.
« Quatre familles… des bébés en bas âge… des enfants… des personnes âgées… Les personnes les plus proches qu'ils avaient. Et ce n'était pas propre. Pas propre du tout. Les Aurors ont réussi à maintenir la Gazette à l'écart pour le moment mais ça ne saurait tarder. Quand le lien sera établi, ce sera la panique. Et ce que j'ai vu dans ce souvenir... »
« Le souvenir ? »
« Avant de se tuer, Paige Parkinson m'a confié le souvenir de ce qu'elle venait de vivre. C'était lui qui lui en avait donné l'ordre. Nous avons découvert le visage de ce fou… »
Elle porta une main à son visage. Marlene se leva de son siège.
« Je vais te chercher un peu d'eau pour te rafraîchir le visage... »
« Non, ce n'est pas la peine. » déclara Mrs. McKinnon d'un ton autoritaire qui lui était plus coutumier. Elle parut se reprendre après avoir lâché prise un instant…
« Nous n'avions jamais été témoins d'une telle violence au sein du Ministère. » reprit-elle. « On ne sait même pas comment appeler ce qui vient de se passer. Une attaque ? Un meurtre collectif ? Un attentat ? Mes collaborateurs sont terrifiés… et même si j'essaye de leur cacher, moi aussi. »
Son visage se fendit d'une pâle ébauche de sourire.
« Mais il nous faut agir en dépit de la peur, n'est-ce pas… ? » répéta-t-elle. Et elle se leva sans laisser le temps à sa fille de répondre quoi que ce soit. « Il faut que je reparte. Je vais te raccompagner au dortoir de Gryffondor. »
Elles traversèrent les couloirs silencieux et plongés dans la pénombre. Devant la tableau de la Grosse Dame, Catherine McKinnon prit congé.
« Encore désolée de t'avoir fait réveiller en pleine nuit. »
« Non, c'était bien de te voir malgré tout… Embrasse-bien Papa pour moi. Et Maman… fais attention à toi.»
Elles se regardèrent encore un instant, essayant de communiquer autant de muette tendresse que possible. Puis Marlene donna le mot de passe. Ce dernier lui offrit accès à la Salle Commune avant se refermer derrière elle dans un bruit sourd.
Mrs. Pince pressa le parchemin contre son nez, comme si elle cherchait à le trouer.
« Et ce sont les livres que vous cherchez à consulter ? »
L'inutilité de la question donna à Lily l'envie d'assommer la bibliothécaire à l'aide d'un dictionnaire particulièrement lourd, mais elle s'efforça de répondre aimablement :
« Tout à fait, ce sont ces trois ouvrages. »
« Ils sont dans la réserve, » pointa Mrs. Pince.
« Et en tant qu'élèves de septième année, nous avons le droit de nous y rendre. » précisa Marlene aussi poliment que possible.
« Hmpf... »
« A condition que vous acceptiez nous ouvrir la porte, bien sûr... »
« Vous êtes bien certaines qu'il s'agisse de ces ouvrages ? » insista-t-elle en reposant le parchemin sur son bureau.
Lily lui adressa un sourire acide. Sentant qu'il lui fallait prendre la relève avant que son amie perde son sang-froid, Marlene intervint.
« Positives. Mais nous pouvons revenir avec une autorisation du Professeur Slughorn, si c'est ce qui vous pose problème... »
« Non, ce n'est pas ça. »
Elle reprit le parchemin qu'elle examina de nouveau de ces yeux perçants.
« Vous êtes absolument sûres que vous avez besoin de ces livres ? »
« Déjà-vu. » souffla Lily en imitant une quinte de toux.
« Est-ce que vous pouvez nous ouvrir la Réserve, s'il vous plaît ? » demanda Marlene avec un sourire rayonnant destiné à masquer son exaspération manifeste.
La bibliothécaire haussa les épaules et se leva, de mauvaise grâce.
« C'est vous qui l'aurez voulu... »
Elle traversa toute la salle d'étude de son petit pas sec, rappelant à l'ordre qui cornait une page ou faisait crisser sa plume trop bruyamment sur le parchemin. Enfin, elle arriva au bout de la pièce, devant la porte de la Réserve, les deux Gryffondor sur les talons. Sa baguette jaillit dans l'air et effectua une arabesque compliquée qui crocheta la serrure dans un petit cliquetis métallique. La porte de métal s'ouvrit dans un long grincement rouillé.
« Lumos ! » lança Mrs. Pince en entrant dans la pièce sombre.
La poussière flottait, omniprésente, dans la petite pièce : Lily éternua et Marlene lui tendit un mouchoir.
« Purgoxygo. Voilà qui devrait améliorer la qualité de l'air… Alors... »
La Réserve était assez grande pour recevoir une table, mais pas davantage. Tout au long des murs, des étagères recouvertes de maille accueillaient des livres d'un autre âge. Il régnait une atmosphère étrange et Lily frissonna. En avançant, il lui sembla que certains ouvrages émettaient une sort de son sourd, une vibration basse et gutturale.
Mrs. Pince ouvrit une porte grillagée, enfila une paire de gants en cuir noir et saisit un vieux grimoire qu'elle déposa précautionneusement sur la table de travail disposée au centre de la pièce.
« Zaubersprüchen, par l'enchanteresse Hilde… 13ème siècle, très précieux... » précisa-t-elle avec un ton courroucé, comme si l'une des filles venait de suggérer de le jeter par la fenêtre 'pour voir'. « Il s'agit de la première trace écrite de recherches traitant de magie essentielle en Europe. Hilde faisait de nombreuses expériences et elle est morte pendant l'une d'elles. Elle était son propre cobaye, en quelques sortes… Son obsession était de comprendre pourquoi elle était née sorcière alors que ses parents, eux, ne l'étaient pas. »
Les deux jeunes filles se penchèrent avec curiosité sur l'ouvrage dont la couverture était couverte de plumes blanches et scintillantes mais Mrs Pince ouvrait déjà un tiroir situé en bas des étagères.
« Ben Zi Bena, manuscrits du 15ème siècle… » présenta-t-elle en sortant des parchemins roulés et protégés par un tube en verre. « L'auteur présumé est le Mage Odilon. Il s'est basé sur les travaux de Hilde pour poursuivre son œuvre. »
Elle déposa le tube à côté du grimoire et s'approcha de l'unique tableau de la pièce. C'était un petit médaillon rond d'une vingtaine de centimètres de diamètre, encadré d'un bois noir et laqué, accroché à hauteur d'homme. Une minuscule salamandre chinoise y vivait au milieu de cendres rougeoyantes, crachant quelques bouffées de fumées de temps à autres.
« Ignis. » susurra Mrs. Pince, et l'animal ouvrit un œil paresseux avant d'effectuer un tour et de disparaître de son cadre. Aussitôt, ce dernier ce souleva, laissant apparaître un trou dans le mur. La bibliothécaire tira sur ses gants comme pour s'assurer de leur résistance, et glissa les mains dans le vide béant. Elle les ressortit lentement un instant plus tard, tenant un petit livre de forme ronde. Intriguées, les deux jeunes filles s'approchèrent.
« N'y touchez surtout pas. » prévint Mrs. Pince en posant le livre avec délicatesse à côté des deux autres. La forme du livre n'était pas sa seule spécificité : il n'avait pas de reliure. La couverture représentait une flamme blanche et dorée tracée à l'enluminure. L'objet était protégé d'une espèce de coque en verre et en cuivre. « Fortis. » annonça la sorcière, évoquant à Lily un Monsieur Loyal présentant le clou du spectacle. « Un ouvrage étonnant. Il aurait été rédigé – mais il ne s'agit que de suppositions – par deux amis nommés Thibert et Eusebia. Ils n'ont quasiment pas laissé de trace de leur passage sur terre… à part ceci. Cette petite merveille date du 17ème siècle – des hypothèses, toujours, mais cela pourrait correspondre. »
« Ils sont superbes ! » reconnut Marlene, émerveillée.
« Est-ce que nous pourrions rester ici pour les étudier ? » demanda Lily qui déposait déjà son sac par terre. « S'il vous plaît ? »
Mrs. Pince eut un sourire sarcastique.
« Zaubersprüchen est écrit en runes primaires. Les interprétations divergent encore et aucune traduction n'a encore jamais été retenue. Ben Zi Bena n'a jamais été complètement retrouvé : vous ne pourrez consulter ici que trois parchemins sur les cinq cent dont nous suppons l'existence. Quant à Fortis, vous ne pourrez pas l'ouvrir. »
« Pardon ? » s'étonna Lily en observant le minuscule livre.
« Seul une personne sans pouvoir magique pourrait l'ouvrir et avoir une possibilité de le déchiffrer. Nous le gardons caché pour des raisons de sécurité et éviter à tout prix que quelqu'un vienne à le toucher par inadvertance. »
« Mais… qu'est-ce qui devrait se passer si l'une de nous trois nous en emparions ? » demanda Lily, les sourcils froncés.
« Il est fort à parier que nous en mourrions. »
« Quid des gants ? » insista Marlene.
« Miss, au cas où cela vous aurait échappé, nous nous trouvons dans une école de magie. Cette boîte qui entoure Fortis fonctionne comme un bouclier qui renvoie les ondes magiques à l'extérieur du livre. Je vous déconseille fortement d'essayer de le débarrasser de sa protection. »
Elle replaça le livre dans sa cachette et repoussa le tableau qui scella l'ouverture.
« Je pourrais vous autoriser à rester ici mais ce serait une perte de temps. Nous gardons ces œuvres comme le ferait un musée, pas comme une école. Ils ne sont pas destinés à être tripatouillés par des mains sales, ils doivent être traités avec le plus grand respect… Vous m'avez demandé de vous les montrer, je me suis exécutée. Maintenant, sortons d'ici avant que le Syllabaire Anthropophage ne soit davantage mis en appétit. » dit-elle d'un ton sec en donnant une tape sur un gros volume qui émettait des bruits de babines mouillées.
« Autant on pourrait toujours essayer de traduire les deux premiers volumes, autant ça me paraît fichu pour le troisième. » déclara Marlene en éloignant sa baguette de sa propre peau. Ses doigts et son bras s'étaient allongés, ses ongles avait raccourci, sa paume devenue caleuse. Assez satisfaite, elle se recula pour admirer le résultat.
Lily soupira en se regardant dans le miroir : son nez avait doublé de volume mais elle aurait souhaité lui donner un aspect busqué qui n'était pas encore assez accentué à son goût.
« Peut-être que Darren pourrait écrire au Professeur Dumbledore pour lui demander l'autorisation de venir le consulter... »
« Qui ne tente rien n'a rien. Mais quand même, il aurait pu te demander un truc moins fastidieux. Vous avez de drôles de rendez-vous amoureux avec ton copain. »
« Ce n'est pas mon copain. »
« Il est mignon, non ? »
« Oui, mais ce n'est pas mon copain… »
Un grand éclat de rire les firent se retourner. Black et Potter avaient décidé de s'entraîner en transformant leurs visages pour ressembler à l'autre. Il était assez étrange de voir une plutôt bonne imitation de la tête de Potter sur le corps de Black, et inversement. Lily elle-même se surprit à sourire : la farce était innocente et il y avait quelque chose d'extrêmement réconfortant à voir Potter et Black unis comme deux larrons en foire dans l'atmosphère angoissée qui régnait depuis plusieurs jours. Le professeur McGonagall ordonna aux garçons de baisser le ton, sans pouvoir les punir car ils avaient manifestement réussi l'exercice.
« Black et Potter ont devancé notre programme puisque la semaine prochaine sera consacrée à prendre l'apparence d'un de vos camarades de classe. » soupira le professeur quand la cloche sonna. « N'oubliez pas de me rendre votre essai lundi sans faute et continuez de vous entraîner. Evans, Potter, venez me voir s'il vous plaît. »
Lily fit signe à Marlene qu'elle la rejoindrait au prochain cours et se rendit au bureau du professeur. Potter terminait de remettre son visage en place, épaississant ses sourcils, redonnant à son nez sa forme initiale.
« Bien. Je voulais simplement vous dire qu'en tant que préfets-en-chef, vous devez préparer un album de finissants pour votre promotion. Vous feriez bien de vous y mettre le plus tôt possible, car cela requiert un certain investissement : il vous faudra trier les photos, rédiger les articles. Je vous déconseille vivement d'attendre la période de révisions de vos ASPICS pour vous y plonger. Vous n'aurez simplement pas le temps. J'ai fait amener les archives des anciens albums dans le bureau des préfets pour vous que puissiez vous en inspirer. Ce sera tout. »
« Je vais m'y mettre dès ce soir, pour consulter les vieux albums et voir ce qu'on peut faire. » proposa Lily tandis qu'ils sortaient du bureau. « Tu seras là ? » Il haussa les épaules et bailla en s'étirant.
« J'ai entraînement de Quidditch. Non, Evans, je ne délaisserai pas mes devoirs de préfets pour autant... » ajouta-t-il avec agacement, car Lily le regardait avec suspicion. « Bon, d'accord, j'essaierai de venir après... »
Ils se rendirent en silence dans la salle du Professeur Mercador qui avait, une fois de plus, rangé tous les bureaux et les chaises au fond de la pièce, dégageant un espace libre au centre de la classe. Les élèves, qui s'y étaient habitués depuis trois semaines, avaient déjà pris place, la plupart s'étant assis en tailleurs ou s'adossant directement au mur.
« Comme d'habitude, vous devrez vous replonger dans l'état de conscience magique qui fût le vôtre lors de notre premier cours. Concentrez-vous sur votre magie intérieure, invoquez les sensations de nature qui vous stimulaient. Laissez l'animal totem en surgir. »
Lily s'assit en tailleurs, non loin de Marlene et d'Arnav. Ce dernier paraissait épuisé d'avance. Si certains élèves commençaient à voir des filaments argentés sortir de leur baguette quand ils s'entraînaient à lancer un Patronus, Arnav ne faisait pas partie des heureux élus. Il commençait à perdre patience et sortait de cours un peu plus frustré à chaque fois.
Lily ferma les yeux et se plongea avec délice dans cet état très étrange qui alternait montées d'adrénaline et état de grâce. Ce moment ne lui appartenait qu'à elle seule, et elle plaignait ceux qui l'appréhendaient...
La forêt était humide et fraîche. La terre meuble s'enfonçait sous ses pas, projetant de la magie dans ses veines comme son cœur prodiguait le sang dans ses membres. Des pierres rondes et douces se mêlaient au sol qui devenait plus argileux, plus minéral… Une lumière bleutée transperçait les branchages et les cimes touffues, créant mille reflets sur l'eau qui courait dans son lit, sans discontinuer. Gracile et légère, elle se pencha pour caresser l'eau… et aperçut son reflet miroitant.
L'excitation envahit son corps entier et Lily ouvrit les yeux d'un coup. Elle se rattachait à la sensation éprouvée de toutes ses forces, pour la garder en elle jusqu'à l'entraînement… Elle croisa le regard de leur professeur qui lui adressa un petit sourire satisfait. Un peu plus loin, Alice Darlay s'était aussi réveillée. L'air déterminé, un sourire malicieux aux lèvres, elle contemplait ses pieds. Les autres élèves demeuraient immobiles, le visage plus ou moins crispé. Même Potter et ses amis semblaient concentrés… quoique non, quelque chose semblait bizarre. Certes, tous fermaient les yeux, assis en tailleurs en un petit cercle, à part Black qui étendaient ses longues jambes sur le côté. Mais ils semblaient plus faire la sieste qu'autre chose… Lupin bailla et Pettigrow se gratta soudain le nez. En fait, ils avaient davantage l'air de se relaxer que de s'appliquer.
Quand la séance prit fin, le professeur leur demanda de s'exercer à conjurer le Patronus.
Cette fois, elle y arriverait. Elle n'était pas sûre de ce qu'elle avait vu dans le cours d'eau, un peu comme un souvenir de rêve qui se serait évaporé au réveil… mais elle ressentait encore sa présence.
« Spero Patronum ! » lança-t-elle. Les filaments argentés étaient plus consistants que la dernière fois et elle le prit comme un encouragement. « Spero Patronum ! » s'écriaient également les autres dans une belle cacophonie. Il fallait avouer que ce n'était pas les meilleures conditions pour se focaliser sur son ressenti, mais comme leur avait fait remarquer le professeur Mercador, ça valait toujours mieux qu'une foule de Détraqueurs. Entre deux essais, Lily ne pouvait s'empêcher de regarder autour d'elle. Comme d'habitude, certains semblaient complètement à la traîne et d'autres se félicitaient de voir le nuage argenté prendre en consistance. La jolie Jules Tiffany avait amené une paire de cache-oreilles qu'elle utilisait d'ordinaire en botanique, pour essayer d'isoler le bruit ambiant. Cette prise d'initiatives ne semblait pas particulièrement l'aider, car seules quelques bulles argentées s'échappaient du bout de sa baguette, timides et vaporeuses. Lily remarqua qu'encore une fois, le groupe de Potter et compagnie adoptait une attitude étrange. De loin, ils s'exerçaient comme tout à chacun. Mais si on y regardait de plus près, ils n'avaient pas l'air d'essayer tant que ça… ils conjuraient le sort d'un air nonchalant, se plaignaient du manque de résultat, mais quelque chose sonnait faux…
Une fois de plus, elle secoua la tête et se concentra sur son propre Patronus. Après tout, ce n'était pas ses affaires.
Soudain, il y eut des exclamations admiratives autour de Coleen Schaklebolt. Le visage crispé par l'effort, elle vit apparaître une forme agile, rapide et bourdonnante… Mais elle était minuscule, même si elle faisait apparaître de magnifiques volutes argentées dans son sillage. Puis, les formes s'évanouirent. Lily imaginait que les Patronus étaient plus imposants.
« Et bien, Miss Schacklebolt, félicitations. Vous venez de faire apparaître votre tout premier Patronus. Poursuivez et son temps de présence augmentera sensiblement. » sourit leur professeur.
« Un insecte ! » s'esclaffa Pettigrow. Sa remarque aurait pu passer inaperçue si un certain silence ne s'était pas imposé dans la classe pendant que tous admiraient le Patronus de Coleen. « On aurait dû lui dire qu'on n'attire pas les mouches avec du vinaigre ! »
Black et Potter eurent un vague rire, mais Coleen s'empourpra de honte et baissa les yeux.
« Révisez votre biologie, Pettigrow, il s'agissait d'une abeille. Les abeilles sont travailleuses, précises, dévouées et participent activement à l'équilibre du monde. Mais peut-être vous moquiez-vous de la taille de ce Patronus ? Pourtant, des garçons de votre âge auraient dû comprendre depuis bien longtemps que ce n'est pas la taille qui compte… »
Pettrigrow, Black et Potter déchantèrent immédiatement et retournèrent à leurs exercices tandis que de nombreuses filles jetaient un regard éperdu de gratitude à leur professeur.
Lily tenta de faire disparaître sa colère à leur égard pour retrouver cet état de pure magie qui était si précieux. Elle ferma de nouveaux les yeux. Elle huma la fraîcheur des bois et accéléra le pas, se sentant puissante et souveraine dans cet univers vert, bleu et gris. L'eau et les arbres lui donnaient leur force, la brise la ragaillardit. Le ciel éclairait ses pas et elle pénétra dans une clairière gorgée de lumière, submergée par un vent printanier, éclatant d'une beauté pure et sauvage...
« Spero Patronum ! »
Elle émergea, gracile, fière et magnifique. Son pelage argenté, ses grands yeux bordés de cil lui semblèrent magnifiques. Une boule d'émotion se forma dans sa gorge tandis que la biche se mettait à galoper dans la pièce, sous les exclamations admiratives des élèves.
« Lily, elle est magnifique ! » s'exclama Marlene.
« Je crois que les efforts de Miss Schacklebolt et Miss Evans doivent être récompensés de 30 points pour Gryffondor. Beau travail ! »
Après avoir échangé un regard complice avec Coleen, Lily s'aperçut alors que Black et Pettigrow étaient désormais agités d'un fou rire qu'ils retenaient avec beaucoup de peine. Sirius essuyait ses larmes en s'appuyant sur l'épaule de Pettigrow. Celui-ci cachait sa bouche avec sa main en lançant des petits regards en coin à la jeune fille. Même Lupin peinait à réprimer un très un large sourire. En revanche, Potter irradiait de gêne et regardait ostensiblement ailleurs.
Elle ne savait de quelle stupide plaisanterie elle était victime, mais elle les foudroya du regard quand même. Ils ne se calmèrent que lorsque le professeur Mercador les menaça de retirer les points qu'elle venait d'accorder à leur maison (« et je ne me mettrai pas en travers du chemin de vos deux camarades si elles viennent se venger ! »)
A la fin du cours, les élèves les plus avancés avaient réussi à conjurer leurs Patronus. Coleen avait préféré arrêter l'exercice. Avec Alice, elle contemplait l'écureuil argenté de cette dernière, qui bondissait dans la pièce sous des cris attendris.
« La prochaine fois, ce sera la bonne ! » se promit Marlene en se servant de la salade de pommes de terre. « Je le sens, je le sais. Sa méthode n'est pas très orthodoxe mais on a plus progressé avec elle qu'avec n'importe quel prof, en matière de Patronus. »
« Mmm. Comme tu dis, ce n'est pas très… conventionnel. » remarqua Arnav, boudeur.
Marlene pouffa. « Tu dis ça parce que tu n'y arrives pas encore bien… mais ça va venir, moi non plus je n'ai pas encore réussi. Ce n'est pas si grave. »
Après le dîner, Lily se dirigea vers le bureau des préfets. C'était une salle rectangulaire au quatrième étage, dotée d'une table de réunion et de nombreuses étagères remplis de paperasses soigneusement triées, classées et étiquetées. Sur un mur figuraient des photos animées des préfets-en-chefs des années passées.
Comme l'avait précisé le professeur McGonagall, un gros carton était posé sur la table et Lily entreprit de sortir les albums des promotions précédentes. Saisissant plume, encrier et parchemin, elle prit des notes sur les différents éléments qui composaient les albums.
Une heure s'était déjà écoulée quand Potter entra, encore vêtu de sa tenue de Quidditch.
« Tu pardonneras mon allure, j'ai fait aussi vite que prévu. » déclara-t-il en balançant son sac sur la table.
« Ce n'est pas un problème. » répondit-elle, glaciale, sans quitter ses notes des yeux.
« On a des trucs à boire, ici ? » demanda-t-il en inspectant les lieux, comme s'il avait espéré en voir surgir un réfrigérateur.
« C'est un bureau, ici, Potter, pas les Trois Balais. »
Il se figea et la dévisagea en haussant un sourcil.
« D'accoooord… laisse tomber. »
Il se laissa tomber sur sa chaise.
« Bon, qu'est-ce que je peux faire ? »
« Sais pas. »
« Tu me fais venir ce soir après l'entraînement de Quidditch mais tu n'as pas d'idée précise de ce que je pourrais faire ? » répéta-t-il.
« Mais je sais pas, moi ! » explosa-t-elle en poussant violemment une pile d'albums dans sa direction. « Fais comme moi ! Prends les anciens albums et réfléchis à ce qu'on pourrait faire ! »
Il fronça les sourcils et ses joues rougirent de colère. « Qu'est-ce que je t'ai fait ? Par les glandes de Merlin, c'est quoi ton problème, Evans ?! »
« Mon problème ? Mon problème ? » s'étrangla-t-elle. « Ce serait plutôt ton problème, Potter ! Tu ne penses qu'à toi, comme d'habitude ! Qu'est-ce que vous aviez à vous gondoler comme des trolls en cours de Défense contre les forces du mal ? »
Pris au dépourvu, ses épaules s'affaissèrent un peu. Il endossa tout de même une attitude un peu dédaigneuse.
« Oh, ça va. Écoute… je ne peux pas te dire de quoi mes amis riaient, mais ce n'était pas de toi à proprement parler. Fallait pas te vexer pour si peu. »
Exaspérée, elle roula des yeux.
« Je ne parlais pas de moi, crétin ! Vous pouvez bien raconter ce que vous voulez sur moi et vous payer ma tête, je m'en fiche comme de mon premier chaudron. Mais Coleen ! »
De plus en plus surpris, il sembla réfléchir un instant mais ne comprit pas pour autant.
« Quoi, Coleen ? »
« Coleen Schacklebolt ! C'est une fille bien, elle t'estime – pour des raisons qui me dépassent – et vous, vous l'humiliez devant tout le monde, vous n'avez aucun respect, aucune humanité... »
« Ola ! Attends ! Je suis même pas sûr de comprendre de quoi tu parles. Tu veux dire… quand Peter a ri de son Patronus ? D'accord, c'était pas la meilleure vanne du siècle mais c'était juste pour rire. »
« Juste pour rire ? La pauvre était au bord des larmes... »
« Tu exagères. En plus, j'ai toujours bien aimé Coleen. »
Elle reposa sa plume d'un geste rageur et pointa l'index sur le garçon.
« Tu vois, Potter ? C'est ça ton problème. Y'en a que pour toi et tes petits potes. Coleen a toujours été un peu amoureuse de toi, elle prétend que tu as un bon fond. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, elle s'en prend plein la figure à cause de cette histoire de serpencendre. En seconde année, cette crétine de Skeeter a demandé à désinfecter sa serpe car Coleen l'avait touchée par inadvertance de sa main brûlée. Et elle n'a jamais eu de petit ami parce que tout le monde pense qu'elle porte le mauvais œil. »
« Ce qui est stupide de leur part ! » approuva Potter. « Ces histoires de mauvais œil, c'est n'importe quoi. Coleen est très gentille. D'ailleurs, je l'ai toujours défendue quand elle se faisait harceler, les premières années ! »
« Alors si tu sais qui elle est vraiment, pourquoi tu ris quand Pettigrow fait une blague sur le fait qu'elle arrivera jamais à séduire qui que ce soit ? »
« Je… j'ai pas pensé... » balbutia-t-il, embarrassé.
« Tu m'étonnes ! » s'écria-elle.
« Mais c'était juste une blague ! »
« Pas pour elle ! C'était humiliant et injuste. Vous n'avez pensé qu'à vous marrer, comme d'habitude. Le soucis, c'est que personne n'ose te dire quand tu dépasses les bornes. Cet après-midi, tu as blessé quelqu'un de bien, que tu apprécies en plus, et tu n'es même pas capable de t'en rendre compte ! » rugit-elle.
Ils se dévisagèrent un instant en silence… puis un caquètement familier retentit, hoquetant et ricanant dans les airs.
« Oulala, qu'est-ce que c'est que ce tapage qui tempête ? On va aller taquiner la petite Evans et le petit Potter, qui se chamaillent et se cherchent et se houspillent et se taquinent... »
Peeves entra en volant dans le bureau des préfets, ses yeux avides dévorant les étagères insolemment bien rangées qui réveillaient sans nul doute ses instincts de chaos et de désordre. Puis l'esprit frappeur croisa le regard furibond de Lily et déglutit.
« Ou alors on va ruser avec Rusard qui nettoie, cure et dégraisse au rez-de-chaussée... » reprit-il avec un peu moins d'entrain.
« Au revoir, Peeves. » approuva-t-elle d'un ton sans appel tandis que Peeves déguerpissait en marche arrière.
« Écoute, j'ai compris la leçon... » commença Potter quand les bruitages puérils de l'esprit frappeur eurent cessé à l'angle d'un couloir.
« Tu sais quoi, Potter ? J'ai un tas de travail en retard et je ne suis pas d'humeur à faire semblant d'être cordiale avec toi ce soir. Fais ce que tu veux de ta soirée, je rentre au dortoir. »
Elle rassembla ses affaires et quitta le bureau, laissant derrière elle un Potter étrangement silencieux.
« Thé ? »
« Avec plaisir. »
Darren saisit la bouilloire sans éclat et versa de l'eau chaude dans sa tasse ainsi que dans celle de son invitée. Susan Abbington remplaça les feuilles de thé usagées d'un geste de baguette.
« C'est quand même un sacré gain de temps... » murmura le jeune homme et son amie lui sourit.
Ils étaient tous deux assis à la petite table de la chambre louée par Darren à la pension de Mrs. Rowl, dans les petites rues de Pré-au-lard. Deux des pieds étaient cassés et le plan de travail basculait d'un côté ou de l'autre à chaque fois que Darren ou Susan s'appuyait trop dessus. Il avait bien cherché à caler les pieds du meuble mais la chambre n'abritait quasiment rien qui puisse l'aider. Le modeste lit en métal forgé était inconfortable, la cheminée se bouchait toutes les deux semaines, l'anse de la bouilloire menaçait de se détacher, l'armoire n'avait même plus de portes et laissait entrevoir une garde-robe des plus sommaires. Seule une pile de livres, qui lui appartenaient, auraient pu servir de cale mais il les consultait trop régulièrement pour se résoudre à les laisser prendre la poussière sur le plancher grinçant.
« J'ai écrit au Ministère pour leur demander de renforcer la sécurité de la Cachette. » expliqua Susan en montrant une copie du courrier. « Je crains qu'il s'agisse d'une cible de choix pour les Mangemorts. »
« C'est toujours bien d'essayer mais ça m'étonnerait qu'ils te répondent. » soupira Darren en posant sa tête dans ses mains.
« Catherine McKinnon a toujours été ouverte à la discussion... »
« Quand elle travaillait à la Coopération Internationale. Les choses ont changé. »
« Peut-être. J'ai aussi déposé les statuts pour l'Union. »
« Bien ! » se réjouit-il.
Depuis deux semaines, ils travaillaient à la création d'une nouvelle association. L'Union des Sorciers et des Sans-Pouvoirs deviendrait bientôt officielle. C'était l'effroyable attaque du Ministère qui les avait motivés. Bien sûr, ils seraient en ligne de mire pour les partisans de la pureté du sang… mais c'était justement pour cette raison qu'ils avaient ressenti le besoin d'agir. Darren s'était empressé de rédiger les statuts mais comme l'administration magique refusait de reconnaître son existence, Susan s'était chargée de les envoyer pour lui.
« Je pourrais bientôt en parler à mes élèves. On va faire un cours hors-programme sur l'histoire des relations entre la communauté magique et les personnes sans pouvoirs, qu'elles soient moldues ou cracmols. Je ne crois pas que le Ministère approuverait, mais de là à ce qu'ils soient mis au courant, j'aurais terminé ma séquence. De toute façon, tout le monde se fiche de l'Étude des Moldus... »
« C'est important, ce que tu fais. » assura-t-il, mais son regard fut distrait par une chouette passant devant la fenêtre, dans la nuit. Pendant un instant, il avait cru apercevoir Flocon. C'est avec un peu de déception qu'il songea un instant à Lily : s'était-elle procurée les livres dont ils avaient parlé ? En avait-elle découvert les secrets ?
Susan l'observait par-dessus son thé, à la lumière des lampes à huile et des chandelles qu'ils avaient allumées. les cheveux châtains délicatement ondulés, le bout du nez ourlé, le grand front et les épais sourcils... Les yeux bruns généralement pensifs, parfois furieusement décidés, auxquels elle songeait au réveil… Son cœur se mit à battre un peu plus vite et elle espéra qu'il ne se rende pas compte…
Ou l'espérait-elle ?
Elle repoussa ses papiers, prit son courage à deux mains, et posa sa main sur l'avant-bras du jeune homme.
« J'y pense souvent, moi aussi. »
Il se détourna de la fenêtre, jeta un coup d'œil à la main de la jeune femme avant de lever les yeux sur son visage rond et lunaire.
« Joshua et Penny. Je n'arrive pas à me retirer les images de la tête… les flammes, les hurlements... » murmura-t-elle.
Lentement, il remonta la manche de la jeune femme pour découvrir une cicatrice encore récente au niveau du coude. Après avoir subi la panique collective et s'être déchirée le bras sur une vitre cassée, Susan s'était cachée dans la ménagerie magique. Puis, l'incendie de la Théière Frappée avait eu lieu. Elle était aux premières loges. Caché un peu plus loin dans la rue, Darren avait accouru sur les lieux après la fuite des Mangemorts : mais il était déjà bien trop tard. En larmes, elle avait couru dans ses bras tandis qu'il l'éloignait des cloisons noircies et de ce qui ressemblait à deux corps calcinés, un peu plus loin…
Il posa son pouce sur la ligne rouge et pelée, pensif.
« Mais tu étais avec moi. » ajouta-t-elle.
Est-ce qu'il comprenait ce qu'elle essayait de lui transmettre… ?
Elle sursauta quand des coups sourds et brutaux retentirent à la porte.
« Tu attends quelqu'un ? » s'étonna-t-elle tandis qu'il se levait, les sourcils froncés. Elle l'imita.
« Par ordre du Ministère, veuillez ouvrir, s'il vous plaît ! » cria une voix suraiguë.
Interloqué, Darren fit signe à Susan de rester calme et ouvra la porte de sa chambre. La sorcière se recula contre le mur. Dans l'embrasure se trouvait deux sorciers à la forte carrure qui entourait une toute petite sorcière enveloppée d'une cape d'un mauve criard. Ses cheveux permanentés étaient retenus par un gros nœud rose et elle redressa la tête pour jauger Darren d'un air hautain.
« Bonsoir, » dit-il poliment. « Que puis-je faire pour vous ? »
« Êtes-vous bien Cynog Darren Warwick ? »
« C'est à quel sujet ? » répondit-il d'un ton égal.
La sorcière fronça les sourcils et sortit une photographie de la doublure intérieure de sa cape.
« Vous ressemblez à Cynog Darren Warwick. » décréta-t-elle après avoir lancé des regards qui alternaient entre la photographie qu'elle tenait à deux mains et le jeune homme en face d'elle.
« Démasqué ! » admit le jeune homme avec un sourire sans joie. « Mais encore une fois… c'est à quel sujet ? »
« Vous avez bien déposé les statuts de cette association samedi dernier ? » demanda la sorcière dans un couinement en tendant le dossier que Susan avait fait enregistrer.
« C'est exact. Excusez-moi, mais vous êtes… ? »
« Dolores Ombrage, officière au Département de la Justice Magique. Je vais devoir vous demander de nous suivre, Cracmol Warwick. »
« Pour quelle raison ? »
« Le Ministère a décidé qu'il était plus sûr de vous interroger. »
« Et à quelles fins ? » répliqua-t-il du même ton égal et poli que depuis le début de leur conversation.
Ombrage haussa un sourcil devant ce qui lui semblait être l'incarnation de l'impertinence. Son regard s'attarda sur la chemise froissée du jeune homme et sur la vieille bouilloire en pièces détachées…
« Nous vous expliquerons au Ministère. » couina-t-elle d'un air pincé et suffisant.
« Je ne dépends plus du Ministère. Vos collègues me l'ont suffisamment répété ces derniers mois. »
« Si vous semez le trouble au sein de la Communauté Magique, c'est pourtant au Ministère de vous prendre en charge. »
Darren soupira. « L'aurais-je su plutôt... » marmonna-t-il.
La sorcière fut prise d'une quinte de toux aiguë et irritante. « Hm. Nous avons un emploi du temps très chargé. Veuillez prendre vos affaires et nous suivre. »
« Est-ce que vos services vont avoir besoin de moi pendant longtemps ? » insista le jeune homme.
La sorcière commença à s'agacer.
« Je ne ferai pas trop le malin si j'étais à votre place, Cracmol. Le Département de la Justice Magique estime que vos initiatives nuisent à notre communauté en ces temps troublés. Nous ne tolérerons pas davantage votre action. » Puis elle se radoucit, et elle ajouta d'un ton mielleux : « Vous ne souhaiteriez pas que mon rapport pèse dans la balance quand ils jugeront de l'opportunité de vous envoyer à la prison d'Azkaban, n'est-ce pas ? »
« Donnez-moi le temps de faire mon sac. » abdiqua le jeune homme, ignorant les gros yeux de Susan qui était restée tapie dans un angle mort. Elle passait inaperçue tant que la délégation ne franchissait pas le seuil.
Il sortit un gros sac à dos de l'armoire et le remplit de ses affaires : livres, liasses de parchemin, les quelques pulls, mais aussi le sac et le manteau de Susan... Il revêtit son blouson, endossa le sac à dos et lança un furtif regard à la sorcière avant de se diriger vers la porte.
« Il faut que je règle Mrs. Rowl avant de quitter la pension. » annonça-t-il à Ombrage.
« Nocturna. » souffla imperceptiblement Susan. Les lampes à huile s'éteignirent, les chandelles furent soufflées par un gigantesque courant d'air et toute la pension, soudainement plongée dans l'obscurité, hurla de surprise ou d'agacement.
« Que se passe-t-il ? Mais que se passe-t-il ? Il n'est pas censé avoir recours à la magie ! » braillait Ombrage de sa voix suraiguë.
Dans l'ombre, Darren saisit le bras d'Amanda et elle transplana, les emportant tous deux dans un vent chaud et asphyxiant.
Ils apparurent plus loin dans Pré-au-lard, quasiment à la sortie du village, à pied de montagne.
« Par ici ! » chuchota-t-elle en le tirant derrière elle.
Elle se précipita dans le hall d'une petite maison excentrée dotée d'un étage et recouverte d'un toit de chaume. Elle lança un alohomora à la porte d'entrée et pénétra dans le hall plongé dans la pénombre.
« Viens ! »
Elle tâtonna dans le noir du couloir, ouvrit une porte qui donnait sur un escalier descendant à la cave. Après avoir soigneusement refermé la porte, elle lança un lumos qui leur permit d'emprunter les marches. Ils arrivèrent dans une cave recouverte de terre battue, qui sentait l'asphodèle séchée et le bois des tonneaux d'hydromel.
« Tu te souviens ? » demanda-t-elle en apercevant son regard interrogateur. « J'ai une tante qui habite ici. Mais elle est partie s'installer aux Baléares… Je t'avais proposé de loger chez elle mais tu préférais, je cite 'te débrouiller tout seul'... » lui rappela-t-elle avec taquinerie.
« Quelle stupidité de ma part ! » sourit-il.
« Tu pourrais te cacher ici, sans t'approcher des fenêtres pendant la journée. Pour le moment, en tout cas. Je vais essayer d'aménager la maison pour que tu puisses allumer un feu sans que la cheminée ne recrache de fumée... »
Il laissa tomber son sac à dos sur le sol poussiéreux et se passa la main sur le visage.
« Je vais être recherché par le Ministère. » déclara-t-il simplement, comme pour se faire à l'idée.
« Tu le seras tant qu'ils n'auront pas arrêté ce… ce mage noir… tu sais de qui je veux parler. Ça ne durera pas toute la vie. » essaya-t-elle de relativiser.
« C'est à cause de la nomination de Bartemius Croupton. Ce type a toujours cherché à taper sur le moindre clou qui dépasse. C'est les mages noirs, qu'il devrait traquer, pas les gens comme moi ! » fulmina le jeune homme.
Il se laissa tomber par terre, contre un barrique d'hydromel. Elle l'imita, osant poser sa tête sur son épaule.
« Darren… je suis désolée, si j'avais su, je n'aurais jamais déposé les statuts... »
« Ne dis pas de bêtise... » marmonna-t-il. « Sans toi, j'étais envoyé à Azkaban sans sommation… Merci pour tout. »
Elle sourit et huma l'odeur qui émanait du blouson, se blottissant un peu davantage contre lui.
Quand les guitares retentirent le lendemain à six heures, entamant les accords endiablés du dernier titre des Bewitched Boys (« You put a spell on me »), Lily tendit la main à travers les rideaux de son lit pour saisir sa baguette à tâtons et éteindre la corne d'abondance musicale. Incapable de se lever rapidement comme à l'ordinaire, elle frissonna et rabattit la couette sur elle. En s'extirpant peu à peu du sommeil, elle sentait les courbatures tirer ses muscles endoloris. Elle avait l'impression d'être fiévreuse… « La crève de l'automne ? » songea-t-elle avec lassitude en s'accordant deux minutes supplémentaires au lit. Elle se retourna dans la chaleur de ses draps, tira l'édredon contre son nez… et écarquilla les yeux de stupeur. Elle se redressa d'un bond, saisit l'édredon et le fixa. En milliers de petits caractères noirs, la même inscription se répétait infiniment à la surface du tissu.
« Sang-de-bourbe. »
Sur les coutures et les replis, tracés magiquement sur le coton : « sang-de-bourbe – sang-de-bourbe – sang-de-bourbe. »
Éberluée, Lily contempla l'objet si familier, souillé d'insultes, et ses yeux remontèrent sur les doigts qui s'y agrippaient. Sur sa main, son poignet, son pyjama : l'inscription, encore. Bien lisible, bougeant légèrement sur la peau pour s'adapter à la lecture : « sang-de-bourbe – sang-de-bourbe – sang-de-bourbe. »
Elle laissa tomber l'édredon et sortit de son lit. Elle tira les rideaux des fenêtres pour contempler sa peau à la lumière du jour, observant ses paumes à la lueur du soleil… Les étranges tatouages subsistaient, nets et lisibles. Soupçonnant soudain qu'il ne s'agissait pas que de ses mains, elle courut alors vers le miroir en pied. Son visage, ses cheveux, son cou – tout son corps, en réalité – mais aussi son pyjama étaient couverts de l'insulte : sang-de-bourbe.
Elle retourna à son lit mais celui-ci était redevenu parfaitement normal. L'édredon était de nouveau immaculé. Elle s'en saisit et les inscriptions ré-apparurent aussitôt. C'est alors qu'on frappa deux coups précipités à la porte et que Marlene apparut, la veste de pyjama à moitié déboutonnée.
« Lily… désolée de te déranger mais il s'est passé un truc bizarre chez... Par Circé ! » Blême et interdite, elle contempla son amie de la tête aux pieds.
« Très amusant, n'est-ce pas ? » déclara Lily d'une voix atone. Elle saisit un coussin et le relaissa tomber pour illustrer le phénomène.
« Je suis une sale sang-de-bourbe, et je salis tout ce que je touche. C'est d'un spirituel... »
Le choc passé, elle ne ressentait plus désormais qu'une colère froide qui lui enserrait la poitrine. Elle se rassit sur son lit avec fureur et retira ses chaussettes de nuit : l'immense tapis sous ses pieds se couvrit de l'inscription : sang-de-bourbe, sang-de-bourbe...
« Sympa la moquette ! » ironisa Aileas Barrow qui venait d'arriver derrière Marlene. « Je me disais justement qu'il manquait une touche personnelle à ta chambre... »
« Apparemment, c'est aussi arrivé à un garçon dans les dortoirs, c'est ça que je venais te dire. Je vais faire un tour pour voir s'il y en a d'autres ! »
Marlene détala aussitôt.
« Ce qui est sûr, c'est que ça pue la magie noire. » renifla Aileas, ses sourcils froncés formant une barre au-dessus de son regard noir.
« Oui, je crois qu'on peut prendre ceci… » – Lily se désigna tout entière – « … comme un indice à part entière. »
« Tu veux aller à l'infirmerie ? »
Lily secoua la tête et saisit son uniforme.
« Non, je vais voir McGonagall. Je me sentais fiévreuse en me réveillant mais ma baguette me dit que ça n'avait finalement rien à voir avec la grippe. »
Abandonné en boule sur le lit, le pyjama redevint normal tandis que sa chemise, son pull, son pantalon se couvraient d'inscriptions au fur et à mesure qu'elle les enfilait.
Quand Marlene réapparut finalement dans la chambre, un peu essoufflée, Aileas était elle-même partie s'habiller.
« Il n'y a pas d'autres cas dans les dortoirs des filles, mais Leeroy Finnigan a subi la même chose que toi. J'ai pensé… Leeroy est un excellent gardien de Quidditch et toi, tu es préfète-en-chef. Coïncidence ? »
Lily se hâta de lacer ses chaussures et elle s'empara de son sac.
« C'est une très bonne question et il me tarde de découvrir la réponse… Merci d'être allée te renseigner. »
« Tu plaisantes ? Je suis autant choquée que toi ! » s'indigna Marlene avant de redescendre l'escalier. Lily lui adressa un léger sourire de gratitude. Avant de quitter sa chambre, Lily croisa son reflet dans le miroir. Des milliers, peut-être des dizaines de milliers de fois, sur l'entièreté de sa silhouette, jusqu'à la lanière de son sac : sang-de-bourbe, sang-de-bourbe, sang-de-bourbe. Son coeur se serra et elle se força à détourner le regard.
Elle descendit les marches quatre à quatre et se posta devant l'escalier qui menait au dortoir des garçons. Elle attendit trente secondes que quelqu'un descende, puis, trop nerveuse pour attendre davantage, elle monta l'escalier en colimaçon… et tomba nez-à-nez sur James Potter. Celui-ci la jaugea d'un visage sans expression. Puis il soupira et fit demi-tour.
« Suis-moi. Tout le monde est habillé et ce serait bien que tu vois Leeroy par toi-même. »
Ils arrivèrent dans le couloir qui menait aux chambres des garçons. Un première année encore un peu débraillé sortit de sa chambre et rougit en apercevant la préfète-en-chef. James s'arrêta devant la chambre des sixième année et fit une courbette à sa camarade. « Après toi. »
Lily entra et aperçut Leeroy, qui rangeait – ou plutôt jetait – ses affaires de classe dans son sac. Ses manuels, ses plumes, son sac, ses vêtements, son corps étaient ensorcelés de la même façon : sang-de-bourbe. Gowan Barrow l'observait sans dire un mot, assis sur son lit, l'air atterré.
« Leeroy... » appela doucement Lily. Le gardien se tourna vers elle avec un regard noir.
« Tu sais qui a fait ça ? » demanda-t-il avec colère.
« On va trouver. » assura la préfète avec conviction.
Leeroy eut un rire moqueur et jeta Potions avancées par-dessus le reste de ses affaires en vrac.
« Mais bien sûr… ils ont surtout dû bien se couvrir. Un sortilège intraçable, sûrement, en pleine nuit, comme les lâches qu'ils sont… AÏE ! »
Il s'était enfoncé une plume dans l'index.
« Remus est allé chercher McGonagall, on va la retrouver dans la salle commune. » expliqua James.
« Les profs ont intérêt à se bouger, Potter, sinon je te jure que le premier Serpentard qui l'ouvre, je le défonce de mes propres poings ! » rugit Leeroy.
« Ce ne sont pas forcément des Serpentard. » rectifièrent les deux préfets-en-chef à l'unisson. Lily regarda James avec surprise et celui-ci croisa les bras dans un haussement d'épaule contrit.
« Pas forcément des Serpentard... » reprit la voix de Sirius Black derrière eux. « Mais on a tous une idée de qui pourrait bien avoir fait le coup. »
« On n'en sait rien pour le moment. » répliqua Lily. « Et je suis sûre qu'il y aura une enquête. »
« Black a raison, Evans, et tu le sais comme nous tous. Je vous attends dans la Salle Commune. » grommela Leeroy en balançant violemment son sac sur son épaule. Il passa entre les deux préfets, la mine sombre et tirée.
« Difficile de lui en vouloir, ça doit vraiment faire bizarre de se réveiller comme ça... » déclara Black.
« Tu n'as pas idée... » admit-elle à voix basse.
« Je vais chercher Gill Mariano, lui aussi s'est réveillé avec une sacrée gueule-de-bois. » grimaça Black.
« Le président du club d'échecs ? » s'étonna Lily.
« Lui-même. Quel curieux hasard, n'est-ce pas ? la préfète-en-chef, le gardien de l'équipe de Gryffondor, le gagnant du dernier Championnat National d'échecs sorciers. Tous brillants, tous nés-moldus. » déclara Black avant de s'éloigner dans le couloir.
« J'ai eu vraiment peur qu'ils aient visé tous les nés-moldus. » murmura Lily en pensant au petit Matt Hughville.
« Franchement, c'est le seul point positif de cette histoire. Ma main à couper que c'était leur plan mais qu'ils ont dû réduire à une petite liste allégée parce qu'ils n'avaient pas la puissance d'ensorceler tout le monde à la fois ! Ça doit vraiment être des branques qui ont fait le coup ! »
Le ton de Potter était si réjoui que Lily ne put s'empêcher de sourire à moitié.
La voix de Remus résonna dans l'escalier.
« James ! McGonagall est là ! »
« Il faut absolument leur mettre la main dessus ! » criait Leeroy à l'intention de leur directrice.
« Finnigan, je comprends que vous soyez agacé mais cessez de hurler ! » répliqua sèchement le professeur.
« Agacé ? Professeur, je suis agacé quand Black m'envoie exprès des cognards dessus pendant l'entraînement. Là, je suis FURIEUX ! »
« Il y a un moyen de retirer le sort, n'est-ce pas ? » demanda Gill Mariano d'une voix pressante. C'était un cinquième année aux traits fins et aux épaisses lunettes rectangulaires.
« Les Professeurs Dumbledore et Mercador y travaillent. »
« Ca veut dire qu'en attendant, on va se balader dans les couloirs dans cet état ?! » s'écria Leeroy, fulminant.
McGonagall sembla évaluer sa réponse.
« Étant donné les incidences particulières de cet enchantement, nous ne vous obligerons pas à vous rendre en cours aujourd'hui. Mais il est inutile de vous rendre à l'infirmerie. Le sort qu'on vous a lancé ne semble pas affecter votre santé, hormis les sensations de courbatures dont vous m'avez fait part. Néanmoins, la préfète de Serdaigle a préféré rester dans son dortoir aujourd'hui. »
« Nali Paniandi a été touchée aussi ? » réagit Lily.
McGonagall acquiesça.
« Ainsi que Noah Ramsay, le nouveau préfet de Poufsouffle. Cet acte est impardonnable et que je vous jure que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour retrouver le coupable ! » Pendant un bref instant, elle eut l'air aussi furieuse que Leeroy Finnigan, puis elle se recomposa une expression plus sobre.
« Je vais retourner voir le Directeur et vous tiendrai au courant dans la journée. »
Elle sortit de la salle commune à grandes enjambées, sa robe flottant derrière elle. La salle commune était vide désormais, hormis les trois victimes, James et Sirius.
« Humiliant… bien sûr que c'est humiliant ! » ragea de nouveau Leeroy. « Mes parents sont moldus, ma sœur aînée est mariée avec un moldu ! Ils insultent mon père, ils insultent ma mère ! »
« Tu es tout de même conscient que ce n'est pas à toi d'avoir honte ? » lui demanda James. Leeroy bondit tel un diable de sa boîte.
« Ce n'est pas toi qui as une insulte tatouée sur le corps et sur tout ce que tu touches ! C'est comme si on était contagieux ! »
« Je compatis, Leeroy, mais dans le fond, c'est ridicule. C'est à eux de se sentir mal d'avoir lancé ce sort – pire, d'avoir des caboches remplies d'idées aussi pourries ! »
« Mais… en attendant que les profs trouvent une solution… Il va falloir qu'on se montre comme ça... » Gill ne termina pas sa phrase : sa voix était gorgée de larmes.
Lily avait l'impression que son cerveau était obstrué par un brouillard… Les garçons hésitaient : fallait-il sortir de la salle commune ? Ou au contraire se cacher en attendant que ça passe ? Son regard se posa sur l'avant-bras de James. Un cheveu roux s'était déposé sur la peau du garçon, entre sa manche retroussée et la main enfoncée dans sa poche.
« Ne bouge pas. » dit-elle distraitement, et elle saisit le cheveu du bout des doigts.
Il se produisit alors quelque chose d'étrange. Quand le pouce et l'index effleurèrent la peau de James, pendant une fraction de seconde, comme un grésillement d'ampoule, James se couvrit de l'infâme inscription : sang-de-bourbe. Il y eut un recul général. « Oula ! » fit Sirius. « Tout ce que vous touchez, hein ? Pas seulement les vêtements et les bouquins, mais les gens aussi... »
« Intéressant. Je crois que ça me donne une idée... » reprit James qui contemplait la main qu'il venait de sortir de sa poche. « Lily Evans, auriez-vous l'honneur de m'accorder votre main ? » Elle haussa un sourcil critique. « En tout bien tout honneur, bien sûr. En fait, toucher mon bras suffirait. » Il leva les yeux au ciel devant la méfiance manifeste de la jeune fille. Elle avança précautionneusement la main et la posa sur le bras de James. Celui-ci se couvrit aussitôt de l'insulte mais afficha un air ravi.
« Je crois que je suis prêt pour un petit-déjeuner, pas vous ? »
« Tu veux qu'on descende bras-dessus, bras-dessous ? » demanda-t-elle, sceptique.
« Et même, qu'on fasse une chaîne. Black, ramène ta fraise – enfin, ton bras... » Les deux amis posèrent leurs bras l'un contre l'autre et Sirius se retrouva à son tour sang-de-bourbé.
« Ils se seraient pas emmêlés les baguettes dans l'extension du maléfice ? » remarqua Lily, vaguement amusée.
« C'est un peu brouillon. » approuva Gill.
« Profitons-en pour lancer une nouvelle mode ! » proposa James dont les yeux pétillaient de malice.
« Tu veux dire... » commença lentement Sirius.
« Pensez-y ! Si on est des dizaines à aborder la marque des nés-moldus, l'effet sera considérablement réduit. L'insulte est déjà moins impactante, à force de la voir écrite des milliers de fois... »
« Excellente idée ! » se réjouit Sirius. Il se tourna vers Leeroy : « Je te prendrais bien la main, mais un expelliarmus est si vite arrivé... »
« Vous en pensez quoi ? » demanda James aux trois premiers concernés. Lily redressa la tête avec fierté. Au fond, elle se sentait toujours un peu apathique, mais elle refusait de le laisser paraître plus longtemps. C'était exactement ce que cherchait l'auteur – ou les auteurs – du maléfice.
« Je suis partante. »
« Si tout le monde le fait, pourquoi pas... » acquiesça timidement Gill, d'une voix déconnectée.
« Peu importe. » grogna Leeroy en haussant les épaules.
Cela sembla suffire à James qui échangea un regard de compréhension avec Sirius.
« Je vais rattraper Remus et Peter ! » lança ce dernier. « On se charge de prévenir les autres maisons et de chercher des alliés ! »
« Rendez-vous dans le hall pour une entrée spectaculaire ! » lui cria James tandis que son meilleur ami passait par le trou du Portait.
Ils étaient moins d'une dizaine à avoir subi le maléfice, mais une bonne quarantaine de personnes se trouvaient dans le hall quand les Gryffondor parvinrent au rez-de-chaussée. Nali Paniandi, les yeux rougis, était entourée de deux amis qui lui donnaient de petites tapes dans le dos. Elle sourit faiblement quand elle croisa le regard de Lily.
« J'ai fait le tour des tables ! » s'exclama Peter Pettigrow, essoufflé, en se précipitant vers James. « Il y en aura peut-être d'autres qui nous rejoindront après mais pour le moment, c'est tout. »
« Ce sera déjà pas mal. Qu'est-ce que tu en penses ? » demanda James à Lily.
Elle approuva d'un signe de tête. On aurait dit que Leeroy avait mangé du troll. Gill Mariano tentait de faire bonne figure auprès de ses amis, sans parvenir à faire illusion. Nali Paniandi s'essuyait parfois les yeux dans un geste qu'elle espérait discret. Noah Ramsay discutait à voix précipitée avec ses camarades de l'équipe de Serdaigle, la plupart s'étant déplacés pour leur prêter main forte. Avaient également été touchés une talentueuse poursuiveuse de Poufsouffle, Louise, et un élève de Serpentard, Dave, qui s'illustrait régulièrement en métamorphose (McGonagall l'inscrivait à tous les concours régionaux dont elle entendait parler).
C'était étrange de voir ces camaïeux de rouge, de jaune, de bleu et de vert. Tous réunis autour de quelques nés-moldus qui payaient une faute qu'ils n'avaient jamais commise. Entourés d'autres nés-moldus et de leurs amis nés de parents sorciers, consternés et compatissants.
« Bon, on y va ? » claironna Marlene qui venait de les rejoindre. Sans attendre un mot, elle prit la main de Lily dans la sienne. Elle se couvrit aussitôt de l'insulte et lança un regard empli d'orgueil à sa meilleure amie. Tous perçurent son cri de ralliement et plusieurs groupes se créèrent, formant des lignes de petits soldats partant au front. Visiblement, le sortilège s'étendait jusqu'à sept personnes. Au-delà, il grisait et brouillait comme s'il avait été mal imprimé.
« Milady ? » sourit James en proposant à Lily son bras, de l'autre côté. Elle l'accepta de bon coeur. Il fallait reconnaître que pour une fois, Potter n'avait pas eu une trop mauvaise idée. Black, Pettigrow, Leeroy et Alice Darlay complétèrent leur groupe. Coleen se trouvait avec les Serdaigle, fermant la ligne avec son bras droit, intact, noué à celui de Remus Lupin Tous étaient désormais marqués de l'injure qui se répétait tant, qu'elle semblait en effet perdre un peu de son pouvoir…
« Où est Arnav ? » chuchota Lily.
« Ne me demande pas ça maintenant, j'essaye d'avoir l'air fabuleuse et attirante. » répondit Marlene entre ses dents.
Lily obéit, bien que sa curiosité eut été piquée à vif. Les groupes se mirent en marche et pénétrèrent dans la grande salle. Un grand silence s'installa, particulièrement inhabituel pour un petit-déjeuner réunissant des centaines d'adolescents. La gêne et l'embarras semblèrent envahirent la pièce comme une ondée aurait pu émerger du plafond magique. Puis, il y eut des quolibets. Des sifflements. Quelques élèves se mirent à huer. D'autres se mirent à applaudir. Certains se levèrent pour prêter main forte à leurs camarades. On commença à se prendre à partie par-dessus les bols de thé, les piles de toasts et les casseroles de haricots.
« Rentrez-vous chez vous, les Sang-de-bourbe ! » hurla une voix enragée – et Lily était certaine qu'elle appartenait à Shelagh Lestrange.
« Bravo ! » criaient au contraire des Poufsouffle qui enjambaient leur banc pour rejoindre leurs amis.
« Vous me faites honte. » cracha un Serdaigle aux paupières lourdes, avant de reporter son attention sur son porridge.
« Ah ouais? » hurla Leeroy qui sortit des rangs et se rua sur le Serdaigle. Ils tombèrent au sol, provoquant cris et bousculades, et les coups se mirent à pleuvoir. A chaque fois que le poing du Gryffondor rentrait en contact avec le visage du Serdaigle, celui-ci se couvrait d'inscriptions injurieuses. On se précipita pour voir, on se rua pour fuir, les groupes furent dispersés et Lily trébucha, s'étalant sur le sol de pierre.
« ASSEZ ! »
Un grand éclat de lumière bleutée sépara les deux garçons qui atterrirent sur les fesses à quelques mètres d'écart. La plupart des élèves se retournèrent vers la table des professeurs. Albus Dumbledore, pâle de colère, le regard flamboyant, jaugeait la masse estudiantine avec la plus grande sévérité.
« Poudlard a été construit il y a plus de mille ans car ses fondateurs ont su unir leurs forces et user intelligemment de leurs différences. »
« Jusqu'à ce que Salazar fiche la… »
Mais le murmure de Black s'évanouit quand les yeux bleus du Directeur tombèrent sur lui.
« Il est scandaleux que tels sorts soient lancés dans l'enceinte de cette école. Mais plus encore que vous battiez les uns contre les autres en représailles ! Nous ne le tolérerons pas ! »
Un silence de mort s'était abattu dans le hall.
« Que chacun se rassoit à sa table ! » ordonna McGonagall qui était descendue de l'estrade. Dumbledore se rassit, plus en colère que ses élèves ne l'avaient jamais vu. « Finnigan, par pitié, contrôlez vos nerfs. » souffla-t-elle à Leroy en l'aidant à se relever par le col de sa chemise.
Une main vêtue d'un gant de Quidditch se tendit par-dessus l'épaule de Lily pour l'aider à se relever et elle s'en saisit. Elle était remise sur pieds quand son regard rencontra celui du propriétaire et elle relâcha aussitôt l'étreinte. Mais Morag Mulciber la tenait fermement et l'attira vers lui avec force.
« L'étau se ressert autour des sang-de-bourbe… » lui chuchota-t-il à l'oreille.
« HEY ! » cria Marlene en s'apercevant de la scène. « Lâche-la ! » Elle fut aussitôt rejoint par un Potter monté sur ressorts. Mulciber s'exécuta sans leur adresser un regard et repartit aussitôt à la table des Serpentard avec un petit sourire sarcastique.
« Viens, tâchons de manger quelque chose. » décida Marlene en reprenant le bras de son amie, apparemment décidée à subir le maléfice autant que possible, par solidarité.
« Je suis sûr que c'est lui. » grogna Leeroy qui avait observé la scène depuis la table où Gowan Barrow et Sirius Black le forçaient à rester ici. Il gratifia Mulciber d'un regard mauvais. « Rogue, Avery, Lestrange sont dans le coup, c'est sûr. Un sort pareil ne peut venir que de petits Serpentard malfaisants... »
« Pourtant, c'est avec un Serdaigle que tu t'es battu. » fit remarquer Lily d'un ton sans appel.
Et plus personne ne dit un mot jusqu'à la fin du petit-déjeuner.
Merci d'avoir lu jusqu'ici !
N'hésitez pas à reviewer, c'est un tel plaisir de lire vos commentaires ! Ils me permettent de réaliser que mes petites histoires amusent vraiment d'autres personnes et c'est toujours inspirant de savoir quel personnage a obtenu votre affection ou votre antipathie !
On se retrouve vendredi prochain pour le chapitre 5 qui s'intitulera « Celui qui n'avait plus de nom »...
