[Ré-écrit]
Disclaimer : Rien ne m'appartient
Chapitre 4 : Confrontations perturbées
Comme le temps passait vite. Elle était la moins bien placée pour constater ça, ou au contraire, peut être la mieux, néanmoins, l'objet de son observation avait bel et bien prit le temps et l'avait même subit. La pierre était devenue plus sombre, effaçant presque le nom qu'elle désespérait de voir encore et encore, plus rien qu'un nom gravé dans une roche qui ne tiendra sûrement pas les prochains siècles. Ça, c'était ce qui était censé représenter et honorer la vie d'un homme qui s'était battu pour sauver sa famille, pour protéger sa sœur. Et en retour, elle avait été l'origine de toutes ses souffrances. S'il y avait à blâmer, ce n'était pas la piteuse pierre tombale, mais bien la miséreuse fille qui s'obstinait à rester plantée devant. Une part d'elle pleine de honte lui ordonnait de détourner la tête, alors que celle du respect préconisait le contraire. Ce dilemme avec elle-même s'apprêtait à la torturer un peu plus quand il fut interrompu par ses sens. Son corps s'éveilla de lui-même et ramena son esprit à lui. Elle regarda doucement autour d'elle avant de tranquillement se relever, pour se promener le long du cimetière. Elle ne remarquait pas les noms cette fois, ce n'était pas ce qui l'intéressait. Son objectif était de s'approcher assez discrètement d'un arbre derrière lequel se cachait son observateur, et fort heureusement, il y avait une tombe tout près. Elle était dans un mauvais jour, il risquait de prendre un coup dont il ne se remettrai pas, quoi qu'ils ne s'en remettaient jamais. Elle jeta un coup d'œil à la tombe tout en sentant sa respiration se faire plus silencieuse et ses doigts se crisper contre le tronc dans un effort de dissimulation.
Les instincts resurgirent et il ne put s'enfuir avant qu'elle ne l'immobilise. Un sourire mauvais lui vint naturellement quand elle leva la main pour lui porter le coup fatal. Ses yeux manifestaient la créature incontrôlable en laquelle elle s'était abandonnée pour s'échapper de sa détresse. Mais l'autre créature en face d'elle au contraire tenait à la vie, et sa main retint la jeune fille par le poignet avant qu'elle ne lui prenne son cœur, et c'est là qu'elle le reconnut.
Un arrêt net fut suivi d'un retour oculaire normal. Elle fit quelques pas en arrière, sans pouvoir dire un mot, essayant simplement de reprendre une respiration adéquate et de faire face au vampire qu'elle venait d'épargner, ne sachant même pas pourquoi au juste. C'était un mauvais jour.
«Donc c'est ça que tu fais ? Tu chasses les vampires ? comprit-il, encore sous le choc.
- Non, déclara-t-elle sans hésitation. Je ne les chasse pas.»
Elle s'appuya sur ses genoux et ferma les yeux. Qu'allait-elle faire de lui ? Qu'allait-il tenter de faire d'elle ? Son histoire l'intéressait, et il semblait être bien implanté en ville, c'était assez pour lui laisser la vie sauve le temps qu'elle en apprenne plus. Mais il fit un pas vers elle.
«Hé, ça va ?»
C'est tout ? Était-ce vraiment ce qui le préoccupait en venant l'épier ? N'était-ce pas pathétique pour un vampire ? Non, juste inhabituel, le pathétique, lui, allait inévitablement se manifester dans la minute, effet collatéral de sa transformation.
Le visage du vampire se crispa, ses yeux rougirent, ses dents montrèrent leur face agressive, alors qu'il semblait dépourvu de choix. Quand son regard croisa la jeune fille, il n'était définitivement plus le même.
Elle trébucha. Qui était le pathétique à présent ? Dans quelques secondes, il se jetterait sur elle, et l'énergie que ses yeux transmettaient annonçait qu'elle allait souffrir.
«Non Stefan !»
Un végétarien, ça ne pouvait être que ça pour qu'il éprouve une telle envie apte à l'effrayer. Alors elle se releva, tâchant de ne pas oublier ses propres capacités de défense. La course n'en faisait pas partie, et pourtant elle se mit à courir. Sa maison était à un peu plus d'un kilomètre, c'était accomplissable sans qu'une goutte de son sang ne parvienne à sa bouche.
Elle passa le pas de la porte et s'effondra de soulagement. La jeune fille se souvenait parfaitement de l'unique fois où elle avait rencontré ce type de malade et les cris que ça lui avait coûté pour qu'il meure. Il fallait à présent qu'elle se rassure pour arrêter de trembler. Il ne pouvait pas entrer. L'effet allait s'estomper rapidement. Il retournerait aussitôt chez lui avec une chance sur deux d'avoir tout oublié.
Déconcertée, perdue, on pouvait appeler ça comme on le souhaitait, c'était une journée où Kaelynn déviait complètement du rationnel qu'elle voulait s'imposer pour être plus efficace. Quand elle le rappela à l'ordre, il mit en jeu les conséquences de l'altercation avec Stefan et sa dangereuse position qui allait s'en suivre. Il fallait qu'elle retourne lui parler.
Il ouvrit avant même qu'elle ne frappe et en voyant son air interrogé, il chuchota «L'odeur.» en guise d'explication. Il ne comprenait pas pourquoi elle apparaissait si troublé quand elle changea soudain d'attitude.
«Salut. Je peux entrer ?
- Non, répondit-il d'une fausse gentillesse.
- Tant pis.»
Elle passa la porte alors que le vampire protestait.
«Ah, c'est trop facile ! Tu n'as pas besoin d'autorisation toi.
- Tais-toi, coupa Kaelynn nonchalamment, se prenant alors à observer l'intérieur du manoir.
- Euh, tu es sûre que ça va ? s'exclama Damon comme s'il estimait qu'elle ne savait pas à qui elle s'adressait.
- A moins que tu ne saches où se trouve ton frère, s'il te plaît, tais-toi, continua Kaelynn, ailleurs, dont le bruit qu'occasionnait les caprices du vampire ne faisait qu'importuner.»
Il ne sembla pas digérer son attitude. De plus, elle était venue d'elle-même, et si elle ne se montrait pas agressive, elle n'était pas aimable non plus, ce qui était assez pour remettre en cause sa décision de ne pas l'attaquer. Il s'approcha d'elle tandis qu'elle regardait toujours ailleurs, prit sa tête entre ses mains, et d'un faux air attentionné, fit un geste sec pour lui briser la nuque. Tout ce qu'il récolta fut de l'air entre ses doigts. Kaelynn mit peu de temps à réapparaître derrière lui, assez pour avoir perdu le contrôle. Elle le saisit par le cou et le tira en arrière, un nouveau sourire se manifestant.
Son action fut rompu par le pieu qu'elle intercepta. Levant la tête, elle comprit que Stefan était entré et protégeait son frère. Elle constatait comme son initiative de départ se transformait en son contraire quand Damon, qu'elle avait lâchée par la même occasion, tenta de l'attaquer à nouveau, mais elle l'esquiva aussi facilement qu'un guépard peut fuir un lion. Il la poussa contre un mur pour tenter de l'immobiliser, recevant pour réponse un genou dans le ventre. Le cadet se précipita alors sur elle mais d'un geste de la main, traversa la pièce en sens inverse, faisant glisser le tapis avec lui. Puis Damon revint à la charge, assez déterminé pour que la jeune fille décide d'user vraiment sa force. Elle le poussa si fort qu'il passa à l'étage supérieur, à travers la barrière en bois qui fermait la mezzanine et dont un morceau se joncha au même endroit où elle l'avait frappé. Il l'enleva douloureusement, et regarda comment se portait Kaelynn. Il vit ses yeux reprendre forme normale et alors, il eut juste le temps de sentir sa panique avant de la voir fuir en courant.
Quand elles arrivèrent au manoir, elles ne distinguèrent pas pourquoi l'ambiance se faisait lourde, mais devinèrent que quelque chose avait du se passer à l'humeur de Damon. Assis sur le canapé, le vampire ne cessait de râler. Il essuyait du sang avec une serviette quand Stefan approcha, un reste de parapet en bois dans les mains.
«Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Elena comme une question devenue habituelle.
- Une tornade aux cheveux bruns, éluda Damon alors que sa blessure guérissait.
- Katherine ? s'inquiéta la jeune fille.
- Non, pas une garce au cheveux bruns...hm, quoi que ?
- C'était Kaelynn, expliqua alors Stefan.
- Kaelynn t'a transpercé le ventre ? s'étonna Caroline.
- Pourquoi t'es là toi ? répliqua l'aîné des Salvatore.
- J'ai trouvé un vampire mort dans la forêt, pas très loin d'ici, annonça la blonde.
- Le contraire m'aurait étonné, s'indigna Damon.
- Pourquoi est-ce qu'elle a essayé de te tuer ? continua Elena.
- Elle a pété un câble ! commença-t-il, croyant se discréditer. Elle entre comme ça, à son aise, puis me dit qu'elle veut parler à Stefan et puis elle m'ajoute de me taire !
- Je vois, donc tu as répliqué.
- J'ai essayé. La suite se voit.
- Donc apparemment elle est forte, remarqua la blonde. Tu sais pourquoi elle voulait te voir Stefan ?
- Peut-être qu'elle voulait s'excuser de m'avoir brisé le poignet au lycée.
- Elle aurait amené un bouquet de fleurs et des chocolats, objecta son frère.
- Elle m'a attaquée dans les bois tout à l'heure, concéda-t-il alors, mais ce n'était pas de sa faute, elle n'était plus elle-même ! Ses yeux étaient différents, et elle ne m'aurait même pas reconnue si je ne l'y avais forcée. Et ensuite, c'est moi qui l'ait poursuivie à mon tour.
- Poursuivie, dans quel sens ? soupçonna sa petite amie.
- Dans le sens où il voulait la bouffer, comme tous les vampires ici présents, déduit Damon dans un sourire sans joie. La prochaine fois que je la vois, je la tue.»
Et de l'alcool maintenant. De mieux en mieux. De quoi terminer la journée en beauté, sans ironie intentionnelle. D'où venait ce liquide fascinant, qui s'imposait en elle dès qu'elle en prenait une gorgée ? Son regard dériva sur le bar. Le brun usé essayait de lui raconter une histoire, mais un frisson la parcourut et la seule qu'elle se remémorait fut la version où tous les vampires terminaient là, où elle s'approchait, retirait sa bague un instant, à moitié seulement, et sortait en attendant qu'ils tombent dans le piège. Elle était faite pour ça, alors pourquoi cela l'angoissait toujours autant ? La conséquence s'en suit aussitôt, quand une présence se fit sentir derrière elle et qu'elle se retourna le bras levé dans un réflexe de préservation.
«Ouow, du calme ! On a trop bu on dirait !
- C'est juste de la limonade, affirma-t-elle en levant le verre. Je ne bois pas.
- Et c'est parce que tu ne bois pas et que ce n'est pas de la vodka que tu es toute pâle, hein ?
- J'avais demandé de la limonade ! s'offusqua-t-elle mais sa plainte ne portait pas.
- Bon, de toute façon j'ai fini ma journée, je suppose que je vais faire une bonne action en te raccompagnant chez toi ? se proposa-t-il.
- Et tu es ? riposta la jeune fille.
- Matt, on s'est parlé ici même hier seulement !
- Désolée, je comptais les bouteilles sur l'étagère.
- Je me disais bien. Allez viens.»
A la première occasion, Elena isola Stefan.
« Est-ce que tu vas bien ? s'inquiéta-t-elle.
- Oh, oui. Ne t'en fais pas pour moi, la rassura son petit ami avec un sourire.
- N'use pas de ce sourire pour me persuader de quelque chose qui est faux. De quoi parlait Damon ? Tu voulais la tuer, tu en avais envie ?
- Pas la tuer, je voulais juste son sang, s'expliqua le vampire, et au regard de la brune, sut que c'était une mauvaise réponse. J'ai l'impression que je vais craquer. Je ne sais pas si c'est à cause de Katherine qui est partie, du danger qui pèse sur toi, ou alors à cause du peu de sang humain que je bois chaque jour, pourtant je le gère plutôt bien ça non ? Ou alors tout simplement de Kaelynn.
- Qu'est-ce qu'elle a Kaelynn ? demanda Elena. Pourquoi tu l'as attaquée ?
- Tu ne comprends pas. Je suis tout de suite plus contrarié quand elle est là. J'ai beaucoup plus envie de son sang que de celui de n'importe quel humain, et en ce moment même, j'en ai encore envie, oui. C'est comme une impulsion qui tape et qui use ma résistance.
- C'est donc ça l'impression dont vous parlez ? comprit sa petite amie alors qu'il acquiesçait, puis prit sa tête entre ses mains. Tu es quelqu'un de fort Stefan, la personne la plus forte que je connaisse et c'est peu de le dire. Je te prie de ne pas te laisser déstabiliser par tout ça ou alors c'est moi qui sera déstabilisée, et si cette histoire avec Kaelynn te perturbe vraiment, on avisera.»
Il acquiesça sans plus réfléchir et se libéra dans un baiser.
Elle avait du se montrer désagréable pour qu'il s'en tienne à la laisser à l'entrée. Ça avait beau être une gentille initiative, ça ne faisait que plus la contrarier, et, en se traînant jusqu'à sa chambre, elle conclut qu'elle avait tout gâché avec absolument tout le monde. Le sommeil l'appelait autant que sa boisson faisait rage dans son cerveau, mais elle préféra s'asseoir devant sa coiffeuse. La seule chose imperturbable qui subsistait était son tatouage, qu'elle fixait dans l'obscurité de la pièce. Puis elle sortit un collier d'un des tiroirs, un médaillon sur lequel était gravé le nom de sa famille. Elle l'ouvrit. La tristesse brute, après quelques essais toute la journée, se manifesta réellement quand elle posa les yeux sur les deux portraits.
Flash-back :
Une petite fille, âgée d'une douzaine d'années, courait sur l'herbe. Elle cherchait et appelait «Jason ! Jason !». Celui-ci était assis sur un rocher au bord d'une falaise avec une autre petite fille, et lui disait, prenant un ton pour effrayer «Regarde là-bas, on peut apercevoir la caverne du Loup, pleine de traces de griffes... C'est mon père qui m'a raconté cette histoire, on dit qu'il mange les humains ! Et à droite, c'est la forêt des Damnés, Père m'interdit d'y aller, car ça grouille d'horribles bêtes sauvages.»
La petite fille les rejoignit sur les falaises et s'exclama :
«Frère, je t'aurais vraiment cherché partout ! Père dit qu'il faut rentrer car il est tard, et la forêt des Damnés n'est pas très loin d'ici. Que fais-tu là ?
- Kaelynn, te voilà ! répondit son frère, ignorant involontairement son inquiétude dans sa joie naturelle. Je voulais montrer les falaises à Lisa. Je trouve cet endroit magnifique.
- À peine dix ans et déjà en train d'essayer d'impressionner ces demoiselles ? plaisanta sa sœur Allez, il est temps de rentrer. Ne restez pas là, vous risqueriez de tomber. Et il va pleuvoir.
- Je voudrais rester encore un peu, s'il te plaaaît Kaelynn, demanda Jason.
- Non, c'est impossible. Père nous a bien signalé de ne pas être trop près de la forêt.
- Mais je l'ai entendu parler avec Monsieur Lockwood, dit Jason, et d'après eux, il n'y aurait presque plus de damnés depuis la fin de la guerre de sécession, il y a huit ans.
- Tu es bien renseigné, c'est bien. Mais s'il n'y en a presque plus, il y en a toujours, lui fit déduire Kaelynn.
- Mais les falaises sont tellement belles, dit Lisa avec un sourire niais. Oh, ça y est il pleut !»
Cette pluie se transforma vite en averse et les enfants furent trempées en quelques minutes.
«Allez Jason, rentrons ! ordonna sa sœur.
- Non, je souhaite rester ici, répondit celui-ci, entêté.
- Mais tu vas tomber malade ! dit Kaelynn.
- Veux-tu rester Lisa ? demanda Jason.»
La petite fille hocha la tête, et les deux enfants croisèrent les bras en regardant Kaelynn d'un air déterminé, malgré la pluie. Alors Kaelynn attrapa son frère par le bras et le tira «Allez viens !». Il résista et tira pour que sa sœur le lâche. Seulement il bouscula Lisa qui glissa et disparut dans un cri. Les deux enfants regardèrent par-dessus la falaise, effrayés et trempés, et tout d'un coup, Jason se mit à hurler. Il se tenait la tête irraisonnablement. Il demanda à sa sœur ce qui lui arrivait, paniqué, mais elle ne comprenait pas plus que lui, quand elle distingua les yeux de son frère devenir jaunes.
«Non, non, non, ça ne peut pas arriver ! Non, ça voudrait dire que tout est vrai ! s'écria-t-elle.
- Kaelynn, de quoi parles-tu ? Ahh !
- Jason, j'ai à te parler de ce que m'a enseigné le vieux Gilbert sur les monstres de la région. Je pense, j-je pense que tu es un loup-garou, annonça-t-elle, incertaine.
- Je ne crois pas avoir compris Kaelynn, mais, je t'en prie aide-moi !
- Jason, je te promets de t'aider et de te protéger jusqu'à ma mort, m'entends-tu ?»
Il acquiesça, désespéré, et promit qu'il en ferait de même. Elle serra son frère fort dans ses bras, malgré le déluge qui continuait de s'abattre.
Elle glissa, dévala, se fracassa contre le portrait du jeune garçon de dix ans. Une larme, une seule, était-ce tout ce dont elle était capable ? Une nausée lui traversa l'estomac pour remonter jusqu'à sa gorge, et elle lâcha le collier qui se referma en tombant sur la commode, montrant son dos où était gravé l'an 1872, pour se réfugier dans son lit et espérer que le sommeil rattrape ses cauchemars.
