Hey !
Désolé d'avoir mis autant de temps à sortir ce chapitre -que j'ai quand même sorti à temps... Et qui , finalement, est l'avant dernier. La dernier sera le prochain (Ça fait combien de fois que je dis ça ?)
Merci à Elie Bluebell pour la bêta-lecture :3
Il fait chaud. Très chaud. Mon souffle est court, ma poitrine se soulève rapidement et mes mains sont moites. Mes yeux s'obstinent à rester ouverts, peu importe à quel point mon esprit est embrumé, et mes joues sont rouges. Je pousse un soupir, et il me semble sentir Gilbert sourire contre mon cou.
- Gil.. A-ahn.. B-Bouge... gémis-je faiblement, faisant grandir son sourire
Mais qu'il se pousse, un peu ! Il est tellement avachi sur moi que je ne peux presque plus respirer, je vais finir par étouffer et ça l'amuse, en plus ! Je dégage l'un de mes bras et tente vaguement d'écarter Gilbert de moi : inutile, il est bien installé et ne semble pas décidé à bouger.
Je grogne, le pousse encore. Aucun résultat, encore une fois.
- Gil, t'es chiant...
Mais, une fois n'est pas coutume, je n'obtiens aucune réaction, si ce n'est un petit ricanement. Maintenant à moitié réveillé, j'accroche fermement mes mains à ses épaules et décide de le prendre par surprise en me jetant littéralement sur lui. J'ai un petit sourire satisfait en constatant que mon plan à fonctionné : c'est maintenant moi qui l'écrase.
Je pourrais peut être me sentir coupable ou m'inquiéter pour lui, mais je me sais être bien plus maigre -et surtout bien moins fort- que lui, il n'aura donc aucun mal à me virer s'il le désire, alors je ne m'en fais pas. Le fait que je sois maintenant en train de m'endormir sur son torse ne semble pas le déranger outre mesure, puisqu'il passe ses bras autour de moi et rabat la couverture sur nous.
Quand je me réveille, il dort encore. Je profite quelques minutes de ce silence si rare quand on se trouve dans la même pièce que Gilbert Beilschmidt, puis décide de me lever. Décide seulement. Ce pauvre abruti albinos s'est manifestement réveillé sans que je ne m'en aperçoive et me colle contre lui, ne semblant pas approuver l'idée de mon départ.
- Gil, t'es chiant...
Un léger rire lui échappe.
- C'est pas la première fois que tu me dis ça.
Il se croit malin ?
Je le sens néanmoins desserrer sa prise sur ma taille et je me redresse un peu, m'asseyant sur son ventre, en partie pour me lever doucement et ne pas avoir le tournis, mais aussi par simple provocation.
Il a fini par déteindre sur moi, en fin de compte .
Il me sourit, me regardant dans les yeux, et pose ses mains sur mes hanches, sans doute pour ne pas trop donner l'impression qu'il se laisse faire. Je profite de ce moment pour l'observer. Il semble moins préoccupé, plus à l'aise, mais après tout avec lui, ce n'est jamais simple de savoir, d'arriver à décrypter ses émotions.
Évidemment, de tous les moments, Alfred choisis celui-ci pour entrer. Je le vois pâlir, puis rougir furieusement, sortir à reculons de ma chambre , fermer la porte et s'enfuir dans le couloir. Je sens mes joues chauffer, figé.
Mais qu'est-ce qu'il va croire maintenant ?!
- Je crois qu'on a choqué ton jumeau, ricane Gilbert
Je soupire et me décrispe, me retourne à moitié pour attraper les jambes de Gilbert. Sa tête d'ahuri me prouve qu'il ne comprend pas ce que je fais, ce que je m'amuse à ignorer complètement. Je remonte ses jambes et les colle l'une à l'autre, fermement.
- Bouge pas, souffle-je fermement
Je remonte encore un peu ses jambes puis me retourne face à lui, croisant son regard rempli d'incompréhension. Cette dernière se dissipe quand je m'appuie à ses cuisses repliées dans mon dos, m'en servant comme dossier.
- Ingénieux, Birdie, ingénieux... Mais tu sais, tu pouvais te mettre à côté, sourit-il
- Tu veux me virer ?
- Jamais !
J'éclate de rire, et bientôt le sien s'y mêle, avant que le calme ne revienne. J'apprécie ces rares moments de tranquillité en sa compagnie, quand il se laisse un peu aller.
- Eh, Matthew ? appelle-t-il doucement
Je plante mon regard dans le sien, immédiatement en alerte. Conversation sérieuse en vue !
- Gilbert, lui répondis-je
Je le vois prendre une inspiration avant de commencer :
- Faut que je me barre de chez moi.
Je me retiens de lui dire qu'il s'est déjà barré, bien conscient qu'il parle d'une situation à long terme.
- Tu vas aller où ? je lui demande simplement
- J'en sais rien. Mon père m'a ouvert un compte en banque y'a quelques années et met un peu d'argent dessus de temps en temps. Mais c'est bien trop peu pour que je fasse quoi que ce soit. Je suis pas encore majeur, j'ai même pas fini le lycée, et j'ai un petit frère à protéger... Comment je peux faire ?
Ce n'est que maintenant que je réalise à quel point il est seul, et à quel point le problème est profond. Évidemment, son père est son tuteur, et celui de son frère également, et Gilbert n'a pas suffisamment de ressources pour vivre seul avec son frère. Je le sens attraper doucement ma main, presque machinalement, certainement pour se rassurer.
- La loi, dans tout ça ? propose-je, hésitant
- Non. Ils me sépareront de Ludz. Et, ce sera trop facile pour l'autre con de retourner la situation à son avantage. Il en a pas l'air, mais c'est un très bon manipulateur.
- T'as un moyen de pression sur t-.. sur lui ?
Il ne veux certainement pas l'appeler encore son père, autant éviter les gaffes...
- Je sais pas. J'y ai jamais vraiment pensé... C'est une bonne idée, je devrais y réfléchir sérieusement, répondit Gilbert avant de se plonger dans ses pensées.
Le silence s'installe à nouveau , confortable, songeur, avant que Gilbert ne le brise à nouveau.
- Eh, Mattie.
- Mmh ? l'encourages-je
- Tu... Si j'ai besoin d'aide, tu...
Le voir bafouiller et s'emmêler les pinceaux est à la fois attendrissant et troublant.
-Je serais là, Gil, fis-je doucement
Il resserre sa main sur la mienne, qu'il n'avait pas lâché, avant de la caresser de son pouce.
- Merci , souffle-t-il
Un petit moment passa, je ne saurais dire combien de temps exactement. Sans y faire vraiment attention, je me suis à nouveau allongé à côté de Gilbert, mon front contre le sien, caressant distraitement ses cheveux, comme pour l'apaiser, alors qu'il se perd à nouveau dans ses pensées. Je le sens se crisper par moment, le vois froncer les sourcils, l'entends soupirer, sans oser le déranger. Je garde ma main dans la sienne, comme soutien, comme preuve qu'il n'est pas seul.
Ce fut ma mère qui cassa le moment, toquant en entrouvrant la porte de ma chambre , demandant à me parler. Je me détache doucement de Gilbert et rejoins ma mère. Nous marchons en silence jusqu'au salon, puis nous asseyons sur le canapé.
- Matthew, commence-t-elle, visiblement gênée. Ce garçon... Gilbert... Tu sembles bien l'aimer, n'est-ce pas ?
- Bien sûr, oui, répondis-je sans hésitation, ne comprenant pas où elle voulait en venir
- Alfred m'a laissé entendre que... Oh, Matthew, est-ce que tu sais vraiment ce que tu fais ?
Ah. Alors le problème est là...
Mais qu'est-ce qu'ils se sont encore mis dans la tête ?
- Qu'est-ce que tu crois ? demande-je tranquillement
Je la vois hésiter un moment et chercher ses mots, avec un certain amusement.
- C'est ton petit-ami, vous êtres grands et vous pouvez faire ce que vous voulez, là n'est pas le problème. Seulement... J'aurais quand même espéré que tu m'en... que tu nous en parle. Ça fait longtemps que vous êtes ensemble ?
Je ne peux retenir et explose de rire. Ma mère me regarde étrangement, à mi-chemin entre étonnement et vexation. Mes rires redoublent.
- Non, Maman... Gil et moi.. on est pas en couple !
Elle semble encore plus gênée et son rougissement s'intensifie, avant qu'elle ne demande doucement :
- Alors ce n'est que pour le sexe... ?
Je ris un peu malgré la légère chaleur qui prend place sur mon visage, partagé entre l'amusement et l'embarras. Jamais je n'aurais imaginé que ma mère me sorte un discours pareil...
- Maman... Gilbert et moi sommes juste amis. Il n'y a rien de plus.
L'expression de ma mère change alors totalement, devenant blanche puis à nouveau rouge, elle me regarde avec confusion et s'excuse.
- Je croyais vraiment... Vous êtes tellement proches... Et puis, avec ce qu'Alfred a dit...
- C'est vrai, on est très proches. souris-je doucement,
Il faudra vraiment que je pense à égorger Alfred la prochaine fois que je le croise...
S'en suivi une courte discussion avec ma mère, plus un échange de politesse pour finir la conversation qu'autre chose, avant que je ne reparte dans ma chambre.
Je pousse doucement la porte et Gilbert se retourne face à moi, finissant de mettre son T-shirt. Je ne fais aucun commentaire malgré son sourire narquois clairement provocateur. Je le sais, j'ai rougis -j'ai l'impression de ne faire que ça de mes journées-, et Gilbert s'en amuse.
- Eh bien, Mattie, tu t'habilles pas ? me nargue-t-il
- Brillante déduction, Sherlock ! lui répondis-je, sarcastique
Je l'entends vaguement fredonner le thème de la série de la BBC pendant que je prends mes affaires et que je me dirige vers la salle de bain.
Je verrouille prudemment la porte derrière moi, me déshabille et me jette sous la douche, peu désireux d'y passer la journée. Je prends néanmoins le temps de me détendre, laissant l'eau chaude délier mes muscles crispés, lâchant un petit soupir d'aise. Je sors de là après une petite dizaine de minutes et me sèche rapidement, avant de m'habiller.
Quand je rentre à nouveau dans ma chambre, Gilbert est sur le lit, allongé sur le ventre. Il ancre immédiatement son regard dans le mien avec un léger sourire. Je suis conscient de mon rougissement mais fais comme si de rien était, ignorant superbement le ricanement de Gilbert.
- Mattie~
Je grogne pour lui montrer que j'écoute, mon regard toujours plongé dans le sien.
- Ta mère est venue nous appeler pour manger.
- Ah ?
Je suis incapable de me concentrer sur ses paroles, totalement hypnotisé par ses yeux. Une étincelle amusée brille au fond de ses pupilles, donc le sujet n'est certainement pas important, j'imagine qu'il me fait encore tourner en bourrique. C'est certainement ça, oui... Certainement...
Je remarque vaguement qu'il se lève et s'approche de moi, mais je ne prends réellement conscience de notre proximité que lorsqu'il pose ses deux mains sur mes joues, me les étirant légèrement, me sortant de mon état de ''transe''. Je reprends brusquement mes esprits dans un violent sursaut, et cligne plusieurs fois des yeux en secouant la tête.
Je remarque alors le sourire moqueur et hilare de l'albinos, et rougis furieusement.
C'était quoi, ça ?
Je me recule de lui, le forçant à retirer ses mains, et détourne le regard. Le plancher est subitement devenu passionnant.
- Arrêtes ça, c'est pas drôle, marmonne-je
Je l'entends rire alors qu'il me relève le menton et se rapproche de moi pour poser un baiser sur ma joue. Il s'éloigne à nouveau, un grand sourire aux lèvres, pendant que l'information remonte à mon cerveau.
- Arrêteuh ! fis-je d'un ton gamin, accompagné d'une moue boudeuse
Il rit encore et attrape mon poignet.
- Viens, on va manger !
Il me guide vers la table à laquelle mon frère et mes parents s'installent. Je ne manque pas le regard qu'Alfred nous lance, à mi-chemin entre le ''Félicitation, c'est pas trop tôt !'' et le ''Touche à mon frère et je t'égorge''. Gilbert ne semble pas y prêter une grande attention, malgré le fait que mon jumeau soit juste en face de lui à le regarder fixement. Non, au contraire, Gilbert lui décroche un grand sourire et engage la conversation avec lui, comme si rien ne s'était passé ce matin, comme s'ils étaient deux vieux amis.
Le repas se passe tranquillement, animé par les rires et les stupidités de mon frère, auxquelles Gilbert prend part avec un plaisir non feint. Je ne sais comment Alfred en est venu à nous parler de ses films d'horreur préférés, mais Gil a embrayé sur le sujet, apparemment fan de tout ce qui touche à l'horreur psychologique. Je frissonne, et Alfred croit bon de le justifier en expliquant à Gilbert que je suis très facile à effrayer dans ce genre d'ambiance. Je me retiens de dire que mon jumeau est bien pire que moi de ce côté-là.
Après le repas, Alfred et Gilbert continuent de discuter, et je me sens presque pris en otage quand les deux me trainent jusqu'à la chambre d'Alfred. Ayant décroché de la conversation, je trouve utile de me renseigner :
- On fait quoi ?
Alfred ne me répond pas, il se contente d'ébouriffer mes cheveux puis de partir allumer son ordi. Juste quand mon frère me lâche, Gil passe ses bras autour de mes épaule et me ramène contre lui en me souriant.
Je rêve ou ils essaient de marquer leur territoire chacun leur tour ?
Je soupire face à cette absence de réponse et pose une deuxième fois ma question.
- Mat', tu connais Slender ? me demande Alfred avec un sourire louche
Et je me demande une seconde s'il me parle d'un porno et si ils comptent me violer.
- C'est un jeu d'horreur assez populaire que j'ai téléchargé y'a quelques temps, poursuit mon frère. Faut fermer les volets, nous informe-t-il par la suite, ''pour l'ambiance''
Gilbert et moi nous exécutons, plongeant la pièce dans un noir quasi-complet, la seule source de lumière étant l'ordinateur allumé, révélant le fond d'écran Doctor Who de mon frère.
Il ouvre des fichiers, cherche dans ses dossiers puis finalement se retourne vers nous, une fenêtre sombre ouverte sur l'ordinateur.
- Matthew commence !
Et je leur sers de cobaye.
Bien sûr...
Je lance le jeu, collecte facilement les trois premières pages. Arrive la musique, de plus en plus forte, faisant battre mon cœur plus rapidement. J'arrive à l'angle d'un mur, je hais tellement ne pas voir ce qui m'attend... Je m'apprête à tourner quand je sens une main se poser brutalement sur mon épaule. Je sursaute violemment en lâchant un cri peu viril, et me retourne à la vitesse de l'éclair. Mon abruti de frangin et cet attardé albinos se tordent de rire, se foutant ouvertement de ma gueule. Si j'ai en premier lieu l'idée de jouer le mec outré, je change finalement d'avis, incapable de retenir mon sourire. Ils sont adorables tous les deux comme ça.
Je reprends le jeu, tournant enfin à l'angle de ce maudit couloir, et la musique commence à grésiller. J'avance encore et entend Gilbert ricaner derrière moi après qu'Alfred ait laissé échapper un couinement. Le grésillement se fait plus fort, le couinement d'Alfred aussi. Je commence à paniquer, cherchant une sortie sans y parvenir. Avant même que je n'ai le temps de réaliser que Slender est face à moi, un hurlement me perce les tympans.
- AAAH !
- YAAAAH !
Je bondis de ma chaise, me retournant totalement. Alfred est mort de rire, affalé par terre, et Gilbert semble fier de lui. Le cri était totalement synchronisé avec l'apparition de Slender dans le jeu, au point que j'ai bien cru un instant que le jeu lui-même criait. Leur rire si contagieux me gagne moi aussi, et je m'appuie à la chaise pour garder l'équilibre, ne souhaitant pas finir au sol comme les deux autres.
Une fois calmés, Alfred demande à Gilbert comment il a fait pour être à ce point synchro avec le jeu.
- Mais parce que je suis Slender~
Alfred pâlit, et j'éclate de rire.
Il ne le croit pas sérieusement, quand même ?
- Mat' ! Te fous pas de moi ! Surtout vu le cri que t'as poussé...
Je m'écarte alors de la chaise et tends la souris à mon frère avec un grand sourire.
- Je t'en prie, Al.
Alfred n'est franchement pas rassuré, malgré l'air assuré qu'il essaie de se donner, et Gilbert semble s'en réjouir par avance.
Sadique...
- C'est parti ! crie mon jumeau, sans doute pour s'auto-encourager
Et le jeu se lance. Alfred commence, déjà méfiant, mais je me désintéresse rapidement de lui. J'observe Gilbert, son sourire moqueur et son regard amusé. Je suis prêt à parier qu'il prépare un mauvais coup, et qu'Alfred en est la victime.
Après quelques minutes, l'albinos me fait silencieusement signe d'approcher, et je m'exécute. Il m'explique alors son plan, à grand renfort de gestes et d'expressions caricaturées. Je hoche la tête, montrant mon accord, et sors de la chambre pour revenir quelques instants plus tard. Alfred, tellement concentré, ne s'en est même pas aperçu.
Je reviens vers Gilbert et lui donne un des glaçons. Nous nous retenons tous les deux d'éclater de rire en les glissant dans le T-shirt d'Alfred. Ce dernier s'anime soudainement en sentant deux choses froides non-identifiées glisser contre sa peau et s'agite de façon ridicule en criant.
- C'est quoi ?! C'est quoi ça ?! C'EST FROID !
Il se calme soudainement en remarquant notre hilarité, devenue impossible à contenir.
- Les mecs. Je vous hais, nous lance Alfred, mi-blasé, mi-amusé
Il pousse un soupire faussement exaspéré et soulève son T-shirt, faisant tomber ce qui reste des glaçons par terre. Et soudainement, il prend un air arrogant et lance aux deux pauvres glaçons :
- Alors ! Vous m'avez pas eu ! Hahaha, j'ai g agné !
- Ton frère est au courant que c'est des glaçons ? me demande Gil, stupéfait
- Alfred aime communiquer avec ce qui l'entoure, fis-je en haussant les épaules, pas plus surpris que ça
Après une bonne minute à engueuler la flaque d'eau sur le plancher de sa chambre, Alfred se retourne vers son ordi, et sa partie.
- Eh ! Mais je suis mort !
Gilbert et moi éclatons de rire face à l'expression de mon frère. Il ressemble à un enfant privé de cadeau de Noël, frustré et déçu.
- Bah, c'était qu'une partie de Slender, fait Gilbert pour le réconforter
Et ça semble marcher plutôt bien. Alfred ne demande même pas à rejouer et laisse sa place à Gilbert.
- Ne faites rien dans mon dos. Ça serait trop prévisible, nous lance Gil, manifestement sûr de lui
- Bien sûr, personne ne fera rien, lui répondis-je avec toute l'innocence dont je suis capable
Je ne reçois qu'un regard méfiant en retour, avant que Gil ne débute le jeu. Il ne se passe pas grand-chose, l'albinos était apparemment bien moins réactif qu'Alfred et moi. Mais je suis satisfait de constater qu'il semble détendu, probablement arrive-t-il à ne penser à rien de sérieux en ce moment. Il avait besoin de ça, et je suis content de voir qu'il récupère son énergie et sa bonne humeur.
Les minutes passent, et je décide de boire un peu, assoiffé après plus deux heures sans eau. Je vois vaguement Alfred mettre une petite pichenette dans la tête de Gilbert et se reculer très rapidement, alors que l'albinos se retourne. Je prête un peu plus attention aux deux autres, et vois que le regard de Gilbert passe de mon frère à moi, avec une expression hilarante, à mi-chemin entre la stupéfaction et l'ébahissement. Il me fixe quelques secondes avec cette expression et je ne peux plus me retenir : j'éclate de rire, recrachant toute l'eau sur lui. J'entends Alfred s'étouffer de rire et Gilbert pousser un glapissement outré, et j'essaie de stopper mon fou-rire.
- Birdie ! Tu m'as craché dessus !
Je lève le regard sur Gilbert, debout face à moi. Il a été bien arrosé, mais garde une expression toujours aussi drôle...
- Désolé, aie-je le temps de souffler avant de recommencer à rire
Je le vois vaguement s'essuyer le visage avec sa manche et reprendre le jeu, contenant difficilement son rire, simplement par fierté.
Le moment s'étale sur plusieurs heures, pour finalement prendre toute l'après-midi et une bonne partie de la soirée, ne se terminant qu'aux alentours de dix heures. Gilbert et moi souhaitons une bonne nuit à Alfred et repartons vers notre- ma chambre.
Je pousse doucement la porte, ignorant la main de Gilbert sur ma hanche. Il a pris cette habitude, chaque fois qu'on doit passer une porte ou un quelconque passage trop étroit pour marcher côte à côte, il attrape ma taille ou ma hanche... Si j'en rougissais au début, je suis maintenant tellement habitué que je ne le remarque presque plus. Au contraire, cette agréable chaleur en vient même à me manquer quand il n'est pas avec moi.
On rentre tous les deux, et Gilbert commence immédiatement à se déshabiller, pas gêné le moins du monde, alors que j'attrape mon pyjama. Gil n'a pas cette préoccupation, lui, puisqu'il préfère dormir en sous-vêtement. Je sors rapidement de la chambre pour me changer dans la salle de bain.
Quand je reviens, Gilbert est déjà dans le lit, et je le rejoins lentement, m'allongeant à mon tour. Sans le faire exprès, je me colle complètement contre lui, ayant mal visé la place qu'il y avait de mon côté. Il me faut quelques secondes pour le réaliser et m'écarter précipitamment.
Gilbert ricane et se tourne vers moi, attrapant doucement ma taille pour me rapprocher une fois de plus de lui. Je lui fais face et croise son regard, son sourire assuré. Il passe une main dans mes cheveux, inspire doucement alors qu'une certaine préoccupation s'affiche sur son visage, créant un étrange mélange de sentiments.
- Birdie... J'ai eu une idée, pour partir.
Je lui indique d'un regard qu'il a toute mon attention, et l'invite à poursuivre.
- Il veut toujours faire bonne figure face à son grand frère, mon oncle, il ne supporte pas l'idée d'avoir une mauvaise réputation, spécialement auprès de lui. Alors imagine si mon oncle venait à savoir que son frère frappe ses enfants... Il se moque déjà du fait que ma mère s'est barrée, alors si maintenant il apprend que les gosses se cassent aussi, ça le fera pas. Tu vois ?
J'acquiesce doucement, ne souhaitant pas le couper.
- Il faudra que mon père me donne régulièrement de l'argent, sur un long terme. Et il voit son frère régulièrement... Tu vois où je veux en venir ?
- Tu arrêtes de faire comme si de rien était devant ton oncle si ton père ne paie pas ?
- Exactement. Ça me semble être la meilleure chose à faire.
Il continue de m'expliquer son idée quelques minutes, avisant les détails, avant d'en arriver à un autre problème.
- Il me faudra un endroit où vivre avec mon frère, et si possible le trouver rapidement... Ça va être chaud.
- Un ami de mes parents loue un appart' pas très loin. Le prix est assez correct et tu restes près du lycée, et de l'école de ton frère.
- Mattie, comment tu fais pour toujours avoir réponse à tout ? me taquine-t-il dans un sourire
La conversation se poursuit jusqu'à tard dans la nuit, quand nous finissons par tomber de sommeil. Il semblait néanmoins bien plus serein après plusieurs heures à en discuter, à anticiper toutes les possibilités, à réfléchir à tous les détails.
Le lendemain matin, nous avons droit à un réveil en douceur... Alfred rentre dans ma chambre, défonçant la porte au passage, en gueulant que ''C'est le matin, faut se lever !'' à qui veut l'entendre. Je me contente de grogner et de l'inviter à aller se faire voir, alors que Gil sursaute, probablement pas habitué à un tel calme dès huit heures du matin. Puis, aussi brusquement qu'il est entré, Alfred disparaît, claquant la porte au passage.
Gilbert se redresse péniblement, pestant contre Alfred et les nuits trop courtes. Je souris en le voyant comme ça, les cheveux ébouriffés, la trace de l'oreiller sur la joue, encore mal réveillé, en train de s'énerver tout seul en fixant la porte avec agacement. Il se tourne vers moi et son regard se change en quelque chose de plus doux et affectueux.
- Pourquoi tu souris ? me demande-t-il, surpris
- Rien. C'est juste toi, lui souris-je
Le début de matinée passe excessivement rapidement, jusqu'à ce que Gilbert décide d'aller voir son père. Il me serre fortement contre lui avant de sortir de la maison, et j'ai presque l'impression de le voir partir pour la guerre. Je ne peux retenir un sourire ironique en me disant qu'il y une part probablement de vérité là-dedans.
Il est certainement effrayé à l'idée de devoir affronter son père, mais il s'y est préparé, il a la force de le faire.
Tout ira bien, tout ira bien...
Je passe le reste de la journée à tourner à rond, à m'inquiéter, et à vérifier toutes les deux minutes sur mon portable si une nouvelle est arrivée... Ma famille me regarde bizarrement, mais personne ne dit rien, ils savent ce qu'il se passe et, même s'ils s'étonnent de me voir si inquiet, ils le comprennent.
Ce n'est que vers six heures que mon portable sonne, et je m'empresse de décrocher.
- Gil ?
- C'est moi. Je suis au parc, tu me rejoins ?
- J'arrive.
Je me hâte donc de sortir, il commence déjà à faire nuit, et il fait froid. J'aime tellement l'hiver... Je ne prends cependant pas le temps de me perdre davantage dans mes pensées, puisque j'arrive déjà devant le parc. Je pousse rapidement la petite grille d'entrée et m'avance, mes pieds s'enfonçant dans la neige. Il ne me faut que quelques secondes pour repérer Gilbert.
M'entendant arriver, il se tourne vers moi et s'approche. Sans expression. Le regard vide. Rien. Je commence à avoir peur... Quand son visage se fend d'un énorme sourire et qu'il se jette sur moi, répétant sans cesse ''Ça a marché, ça a marché !''. Il me faut quelques secondes pour assimiler ses mots et lui rendre son étreinte, sentant toute mon inquiétude à son égard s'envoler.
Son corps est agité de soubresauts, et je me demande une seconde s'il pleure ou s'il rit... Quand il se décolle de moi et me laisse voir son visage, il m'apparaît qu'il fait les deux : Il rit de soulagement et pleure pour évacuer toute sa tension. Je suis toujours aussi perturbé de le voir en larmes, mais son regard est tellement vivant...
- Je suis heureux, Mattie.
