Installés tous les cinq de part et d'autre de la table de Gryffondor, ils regardèrent le papier qui faisait jaser toutes les maisons. La Gazette du Sorcier s'étalait au milieu des cuisses de poulet et des petits pois. Ted, entouré des jumelles, se chargea de lire le journal légèrement froissé à force d'être passé de mains en mains. Il étala le papier et démarra enfin :
« Aujourd'hui, selon des sources sûres, quatre sorciers ont été retrouvés morts chacun dans leur maison respective. Quatre hommes d'une trentaine d'années, pleins de vie d'après leurs proches. Aucun lien n'a pu être trouvé entre les quatre homicides, mis à part la force de caractère et de conviction des victimes. Le meurtrier n'a pas été identifié pour l'instant mais nous vous assurons, chers lecteurs, que le Ministère de la Magie, Harry Potter et tous ses conseillers font le maximum pour trouver l'auteur de ces crimes. »
« Quatre le même jour ? s'étonna Rose.
- Ce n'est pas arrivé depuis… commença Solis, inquiète.
- Voldemort, termina sa sœur avec un peu plus de conviction.
- Mais là, il est mort pour toujours, dit James, bien placé pour savoir de quoi il en retournait.
- Comme si on ne le savait pas ! se moqua sa cousine en enlevant le journal qui prenait trop de place sur la table au goût de la Gryffondor, plus attirée par le repas que par cette nouvelle, si horrible soit-elle.
- Tu mangeais tellement vite ces derniers jours qu'on te croyait malade, s'amusa le fils Potter. Nous voilà rassurés. »
Rose ignora la réplique, ne voulant pas se disputer une énième fois avec son cousin. Surtout si c'était à James de continuer la lecture : il serait encore plus insupportable que d'habitude.
Teddy mit fin au repas – autant qu'au malaise qui s'était installé – en rappelant qu'ils avaient la réponse de l'énigme à trouver. Il s'extirpa difficilement du banc en bois, épousseta les quelques miettes sur le devant de sa robe de sorcier puis attendit que les autres fassent de même. Rose s'avança à ses côtés et lui demanda :
« Pour le "premier", tu ne penserais pas que cela puisse être le contenant de la première des reliques de la mort ?
- Et donc le contenant serait le vif d'or ! remarqua Ted. Ce ne serait pas illogique.
- Il a écrit son histoire lorsque Harry était en première année, donc il ne savait pas qu'il cacherait la pierre de résurrection, n'est-ce pas ? demanda Solis en s'intégrant dans la conversation.
- Réfléchissons, lança Ted alors que le groupe s'arrêtait pour attendre qu'un escalier se tourne vers eux. Le livre fait 1300 pages environ.
- 1256, précisa Rose.
- Il possède 1256 pages, se reprit l'orphelin. Donc on suppose que son histoire avec cette femme… Je ne sais plus son nom…
- Elise McMarshall, rappela James.
- Voilà, continua Ted en mettant un pied sur la première marche. Donc, sa romance ne dure pas, je pense, autant de pages. Ce qui peut nous laisser supposer qu'il a continué ce journal intime jusqu'à sa mort. »
Les tableaux les observaient, silencieux. Une femme se tourna vers eux, assise confortablement dans son sofa ; elle semblait écouter la conversation. Rose fit un signe discret vers l'image animée qui rougit instantanément et se mit à parler très fort avec son voisin de tableau.
« Où veux-tu en venir ? s'étonna Lucem, n'ayant pas observé la scène.
- Si on suppose qu'il l'a gardé jusqu'au bout, remarqua James en suivant le raisonnement de Teddy, on peut penser qu'il a inséré tous ces sorts de protection juste avant de cacher le livre près de la salle de Sortilèges et donc, qu'il avait déjà caché la pierre de résurrection au moment de la création de l'énigme ! »
Rose exultait, ils avaient trouvé la réponse. Elle entra la première dans la Salle sur Demande, reprit son siège habituel et sortit le carnet. Elle le regarda longuement puis se décida à ne pas le faire grossir. De mauvaise grâce, elle le donna à celui qui avait trouvé la réponse, soit James. Le Potter sortit une plume, fit craquer ses doigts sous le regard indigné des jumelles, puis écrivit « le vif d'or ». Le mot disparut. Une phrase le remplaça, avec toujours cette calligraphie impeccable qui caractérisait le directeur.
« Heureux de savoir que Harry Potter a trouvé où je l'avais cachée. Sûrement aidé par Miss Granger. »
Les Gryffondors crièrent de joie et se tapèrent dans les mains, se félicitant mutuellement de leur découverte. James rayonnait de plaisir et il prit le carnet pour enfin découvrir la suite des aventures de Dumbledore. L'euphorie redescendit petit à petit en écoutant le fils Potter. Il possédait une voix grave, ayant juste mué. Il passionna très vite son auditoire. Rose se redressa tandis que Ted et les jumelles se penchèrent vers lui, impatient. Il lut :
« Je vous imagine, vous, lecteurs, penchés sur ces quelques lignes, insouciants, peut-être attendris. Je vous imagine et j'ai peur de me dévoiler.
Le premier jour où elle vint dans ma garçonnière, je rangeais de fond en comble et pourtant, ses yeux astiquaient les moindres détails. Je lui présentais mes recherches dont les deux en cours : la première était de transformer la lumière du sortilège Nox afin qu'elle brillât mais sans chaleur. Je lui montrai mon second bureau, rempli de fioles et de bouts d'ectoplasmes. Elle rit de bon cœur à l'explication de mes recherches mais posa de nombreuses questions. Je l'avais passionnée, elle, femme irréelle par son intelligence hors pair.
Puis nous parlâmes longuement des reliques de la mort. Elle s'installa dans un de mes canapés vieillots, et m'expliqua sa passion : l'invisibilité. Elle ne s'intéressait pas vraiment aux autres. Le pouvoir ne l'intéressait pas, elle n'en avait que faire. Elle croisa ses jambes, me suppliant de l'aider à trouver la cape. Je la regardai dans les yeux. Je ne pouvais refuser : d'abord pour elle, puis pour la connaissance, et enfin par une curiosité qui se rapprochait sans que je le veuille vraiment d'une volonté de pouvoir. Posséder la cape, c'était se jouer de la mort…
Je lui demandai d'abord de m'aider dans mes recherches, de les finir, puis je lui promis mon aide, mon temps, et toute ma personne.
À ma grande surprise et peut-être aussi à mon plus grand bonheur, elle accepta. Dans la minute, elle remonta ses manches noires et sales. Nous résolûmes la première recherche le jour même, à l'aide de longs et complexes théorèmes que nous ajoutâmes à la formule d'origine par le geste exécuté. Elle me félicita gaiement, tandis que je la remerciais pour quelque chose que je n'aurais pu faire sans elle. Elise rougit ce jour-là sous le compliment, et je m'évertuai alors tout le long de notre relation à lui en refaire, charmé par cette couleur qui apparaissait sous ses yeux.
Je ne connaissais rien d'elle, je la voyais seulement depuis deux jours, mais elle m'avait aidé et débloqué. Je voyais en elle un ange qui comblait une solitude en si peu de temps. Une solitude qui durait depuis longtemps déjà.
Et je lui avouai à demi-mot. Je ne sais pourquoi, mais le mensonge me paraissait impossible en face d'elle. Et elle rit, longtemps, sous mon embarras, puis me gratifia gentiment d'un « et bien puisque je comble ta solitude et toi la mienne, il est bon que nous restions ensemble le plus longtemps possible ».
La jeunesse fait faire des actes fous. Après avoir rougi pendant bien deux minutes, je glissai ma main derrière sa nuque et posai mon front contre le sien. Je ne voulais la forcer en rien et la laissai alors franchir les cinq derniers centimètres qui nous séparait d'un baiser. »
James s'arrêta de lire sous l'œil compréhensif de sa cousine. N'importe qui aurait été mal à l'aise de lire ceci. Pourtant James passa au-dessus et demanda ce qui l'intéressait vraiment :
« Il n'a pas dit en quoi consistait sa deuxième recherche. C'est quoi à votre avis ?
- Mais on s'en fiche, James ! dit Lucem en levant les yeux au ciel. On vient de lire que Dumbledore a embrassé une fille qu'il venait de rencontrer et si ça se trouve, c'est sa première histoire d'amour ! Tu n'as vraiment pas le sens des priorités.
- C'est juste incroyable, renchérit Solis. Je n'en reviens pas que nous soyons les seuls à le savoir. Il faudrait le dire à tout le monde ! Il y en aurait des personnes qui voudraient lire ce carnet. On pourrait même le monnayer, qui sait ?
- Le monnayer ? »
Teddy ne semblait pas en revenir. Les yeux écarquillés et la bouche entrouverte, il lui dit sa façon de penser :
« C'est le truc le plus incroyable qui me soit arrivé depuis la mort de mes parents, d'accord. Et on est très chanceux d'être les premiers à tomber dessus, mais le monnayer ? Certainement pas.
- Mais pourquoi ? » s'interrogea Solis, vraiment étonnée.
Rose vint à la rescousse de Ted :
« On l'a juste trouvé, il ne nous appartient pas. En plus ce serait mal de se faire de l'argent sur le dos des autres. On le lit, on le finit, puis on le dit aux parents.
- Pourquoi pas le dire maintenant ? proposa James.
- Ils vont nous le prendre et on ne pourra jamais le lire ! s'énerva Lucem. Ah ça non ! On finit d'abord.
- Bien, bien, soupira James, alors on continue ? »
Voyant que tout le monde acquiesçait, il reprit sa lecture là où il s'était arrêté :
« Nous passâmes deux mois sur le deuxième sujet de mes recherches, la disparition des fantômes. Entre nos rendez-vous, nous essayâmes plusieurs mixtures, plusieurs sorts, lisant des dizaines de livres sur le sujet mais rien ne nous vint. J'acceptais donc de l'aider à mon tour pour l'invisibilité.
Nous formions un couple assez étrange. Nous ne nous rencontrions jamais dans des lieux publics, préférant l'intimité de nos tanières. Elle me montra vite une face d'elle même que j'aimais bien : certes pauvre, elle prenait soin de tout ce qu'elle pouvait, nettoyant, rangeant, astiquant. Je l'admirais par sa gentillesse et sa générosité. Elle avait un sourire parfait, des dents blanches et des lèvres fines. Ses yeux vert émeraude, tantôt écarquillés, tantôt plissés me regardaient avec une douce tendresse. Son corps était frêle, ses côtes saillantes.
Elle habita chez moi au bout d'un mois ; officiellement pour nos recherches.
Son intelligence égalait la mienne, voire la surpassait. »
« Il est un peu imbu de lui-même, le Dumbledore », s'amusa James sous le regard approbateur des autres. Il continua :
« La recherche sur l'invisibilité s'annonçait longue et elle le fut.
Nous cherchâmes d'abord toute la descendance de Peverell, le possesseur de la cape d'invisibilité. Après être remontés jusqu'à notre époque – ce qui prit au moins six mois de recherches dans toutes les archives d'Europe – nous trouvâmes enfin ce que nous cherchions, c'est-à-dire huit centaines de descendants vivant dans nos années. Nous retraçâmes leur piste.
Le plus dur fut de tous aller les interroger car Elise culpabilisait de me faire voyager avec elle alors que nous étions un couple depuis si peu de temps. Elle mit deux mois à se décider à partir sous mon insistance répétée, mais nous nous en allâmes enfin, ravis de découvrir par cette histoire une bonne quinzaine de pays. Nous commençâmes par l'Angleterre, l'Écosse, la France puis de nombreux pays de l'Est, d'où venaient les origines de la famille. Nous visitâmes par cette occasion Venise, la ville sur l'eau. J'en reparlerai peut-être.
Le premier descendant fut agréable, s'excusant avec force de ne pas être cette personne tant recherchée. Il ignorait lui-même ses origines et fut désolé de ne pas nous en apprendre plus. Les suivants ne furent pas franchement heureux de nous voir, allant de l'impatience à l'irritation.
Un homme du nom de Robert Dechre était tant en colère qu'on lui demande aimablement sa cape, qu'il nous provoqua en duel et il nous fallut beaucoup de nos deux puissances pour calmer ce fou furieux. Tandis que je l'attachais enfin à une chaise et qu'Elise lui confisquait son bâton magique, il hurlait à pleins poumons qu'il n'était pas la personne recherchée et que, jamais, il n'avait eu en sa possession un tel objet. Elise eut la même idée que moi : pour être si violent, il savait quelque chose. »
« Et ensuite, il y a l'énigme, expliqua James après quelques secondes. Je vous la lis :
Celui qui me partage commet un terrible outrage, une trahison, et ma propagation entraîne ma disparition.
« Très bonne question, mais très simple, s'amusa Teddy. Tout le monde a eu le droit à cette énigme étant jeune, non ? »
Les jumelles, James et Rose se consultèrent du regard. James répondit avec une ironie non cachée :
« Il faut croire que non, tout le monde n'a pas ton niveau, Lupin.
- C'est le secret : celui qui me partage commet un terrible outrage ! Un secret n'est pas fait pour être partagé ! comprit Rose.
- Digne fille de ta mère, me sourit Ted. Effectivement, c'est ça. De plus, la propagation d'un secret fait qu'il n'en est plus réellement un. »
James tendit le livre à Ted qui écrivit la réponse sur la page. Rose se surprit de nouveau à trouver son écriture splendide. Ses moindres lettres étaient calligraphiées avec attention. Cette fois-ci, aucun commentaire n'apparut avant la suite du texte. Teddy referma le livre sous les regards déçus des autres. Il dit :
« N'oublions pas le couvre-feu. En plus, demain c'est vendredi, ce qui veut dire match de Quidditch. Je crois qu'on ne pourra pas lire avant samedi.
- Techniquement on pourrait, fit remarquer Solis en pointant James et Ted du doigt. Il suffit de faire abstraction de vous deux…
- Solis, nous ne sommes pas à ce point désespérés de lire ce bouquin, soupira Rose, en pensant l'exact opposé.
- Tu as raison, accorda-t-elle.
- Allez, au lit ! » dit Ted en se levant.
PS : si je réponds aux reviews ! C'est juste que je ne sais pas comment répondre aux comptes non enregistrés , je suis un peu nouvelle sur ce site ^^ en tout cas merci pour ta review et j'espère etre a la hauteur de tes attentes ;)
