Pride and Prejudice

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RAR :

Doudou : Je pense que cette histoire ne va pas te plaire; Blaise et Ginny finiront ensemble, et Ron ne sera pas avec Hermione... En tout cas merci pour ton commentaire !

Sasa : Merci beaucoup pour ton petit mot, je suis contente qu'en fin de compte tu aimes le caractère de Harry, c'est important. L'inspiration ne me manque pas, c'est le temps qui me fait défaut... A bientôt !

Note de l'auteur : Merci pour toutes vos alerts, favoris et petits mots, c'est un vrai plaisir ! Je vous donne le titre des mélodies qu'est « sensé » jouer Draco dans mon écrit, au cas où ça intéresserait certaines. Vous n'avez qu'à simplement les copier/coller sur Youtube.

Premier moment : Beethoven: Bagatelles, Op. 126, n.2 in G minor.

Second moment : Beethoven: Piano Sonata #23 In F Minor, Op. 57, "Appassionata" - 3. Allegro Ma Non Troppo.

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Les réjouissances du bal avaient continué toute la nuit. Mr Zabini avait rendu la moitié de la salle complètement éperdue de ses charmes; il avait participé à toutes les danses, et ce, toujours en belle compagnie. Mais c'est avec Ginny qu'il avait montré le plus d'enthousiasme, et Molly en était tellement ravie qu'elle avait autorisé ses enfants à rester jusqu'au petit matin. Arthur Weasley quant à lui était parti tôt, l'effervescence de la fête n'ayant qu'un impact assez faible sur lui, et voyant ses fils si bien occupés il décida de prendre congés. Les jumeaux avaient trouvé des cavalières aussi bruyantes qu'eux, et s'ils n'étaient pas en train de danser avec elles ils étaient au bar aménagé à raconter des histoires drôles aux serveuses. Après tout, il aurait tout le temps de les réprimander sur leurs débordements une fois le bal fini. Tout comme Mr Zabini, Harry avait été de toutes les danses. C'est épuisés que les convives s'arrêtèrent de danser; et les festivités cessèrent, laissant le temps aux invités de se saluer. Pansy Parkinson renouvela son vœu d'organiser un autre bal, privé cette fois ci. Elle avait fini par prendre part à l'ambiance générale, dansant un peu, mais pas trop tout de même, préférant occuper son temps à des observations. Celles-ci avaient d'ailleurs été très intéressantes...

Blaise avait eu bien du souci à laisser une Ginny chancelante de fatigue dans les bras d'un de ses frères. La famille étant venu à pied, il proposa de déposer la cadette en calèche à son domaine. Cela enchanta Ginny qui était réellement épuisée, et rendit Molly encore plus satisfaite que cette dernière. Harry souffla avec résignation quand elle prit la parole en gloussant.

- Surtout, prenez votre temps. Ginny, ma chérie, on se voit tout à l'heure !

Les jumeaux reprenaient en canon « Prenez votre teeemps ma Ginny chérie » provoquant la colère à peine dissimulée de leur mère et les rires discrets de Blaise et Harry.

Ce fut donc de fort bonne humeur qu'ils regagnèrent Longbourn, leur petit village. Mais Harry ne pouvait se résigner à laisser sa jeune sœur seule et c'est pourquoi, après avoir saluer Hermione, il demanda à Mr Zabini s'il pouvait les accompagner, une place étant vacante dans leur voiture. Draco Malfoy était en effet parti assez tôt dans la soirée. Blaise parut enchanté par cette proposition, Harry et lui s'étaient retrouvés ensemble pendant plusieurs danses et avaient bien ri. La gente féminine avait d'ailleurs beaucoup apprécié ces moments de grâce.

Une fois arrivés au domaine de Netherfield, Blaise proposa à ses nouveaux amis d'entrer quelques instants, pour boire quelque chose de chaud. Il invita Harry à visiter le manoir et à s'y promener comme bon lui semblait, tandis que Pansy les saluait pour rejoindre ses quartiers.

Harry arpenta la demeure qu'il connaissait si bien de l'extérieur. Souvent, il imaginait ses trésors cachés, son faste et sa noble tenue mais le goût distingué avec lequel ses nouveaux voisins l'avait aménagé le charmait. Il fit le tour du grand salon. Ce dernier présentait de nombreuses toiles, l'une d'elles représentait une danse exécutée par deux silhouettes et lui plaisait beaucoup. Un peu grisé par l'alcool et la nuit de fête, il s'appuya sur le mur face au tableau et ferma les yeux. Il se mit à écouter les bruits alentours. Il entendit alors le rire de Blaise Zabini, et celui, bien plus discret, d'une Ginny à moitié endormie, mais qu'il devinait ravie. Harry partageait son bonheur, et il devinait aisément celui peut être encore plus grand de Molly. Il sourit et reprit sa visite, empruntant un couloir au bout duquel s'étendait un corridor, et sur sa droite, un escalier.

Une fois en haut, il entendit quelqu'un jurait. Il reconnut immédiatement la voix, tout comme la douce mélodie qui à présent s'échappait de ses doigts. Il s'avança, guidé par le son, vers une porte à demi fermée. Un rythme lent, une poussée rapide... Il laissa filtré son regard par le battant et son cœur s'emballa. Dos à lui se tenait Draco Malfoy, assis à son piano, ne portant qu'une simple chemise blanche sur le dos, son beau costume traînant au sol. Il jouait un air complexe, tantôt doux, tantôt brutal. Ses doigts couraient sur le clavier comme s'ils avaient leur propre dépendance. C'était grisant. Sa respiration se faisait laborieuse quand la musique prenait des accents de douce frénésie, et sa tête retombait avec grâce sur son épaule lorsqu'elle ralentissait sa course folle.

Un rythme lent, une poussée rapide... Il semblait à Harry que plus il jouait plus il se relaxait, et la pression de ses muscles disparaissait. Un rythme lent, une poussé rapide... Harry s'en voulut de ne pouvoir plus longtemps tenir cette intensité et dut fermer les yeux. Juste un petit moment. Juste pour faire le vide en lui. Juste... Il se réveilla en sursaut lorsque sa tête rencontra le bois de la porte, mais il était trop tard, celle-ci s'était un peu plus entrouverte et elle grinça, tandis qu'il faisait un pas brusque dans la chambre dans l'espoir de reprendre équilibre.

Le pianiste se retourna vivement. Il se fixèrent pendant ce qui sembla une éternité à Harry, puis Draco esquissa un sourire que Harry jugea incertain, mêlé de confusion, de fatigue... Et de dédain.

- Vos entrées sont-elles toujours aussi remarquables ?

- Je, euh... Non ?

Draco Malfoy rit doucement, et cela suffit à Harry pour être complètement réveillé. Mais avant qu'il ne puisse palier à son manque d'élocution assez humiliant, son interlocuteur reprit :

- J'oubliais que vos sorties le sont tout autant... N'auriez-vous donc aucune retenue ?

- Il semblerait que vous m'en empêchiez.

Un nouveau regard. Draco s'était levé face à Harry, qui lui s'était réajusté. Le moment de gêne évident appela Harry à se mordre la lèvre inférieure. Draco soupira et se passa la main dans les cheveux. C'était assez déstabilisant de le voir ainsi pris au dépourvu.

- Que faites-vous ici ?

- Votre cousin a proposé de nous raccompagner, ma sœur et moi. Je ne voulais pas vous déranger, excusez-moi.

Harry fit volte-face pour partir mais une main sur son bras l'en empêcha.

- Je... Vous ne me dérangez pas. Pourquoi êtes vous venu dans ma chambre ?

Quelque chose dans sa voix, ou peut-être était-ce son regard ou bien la main qui le tenait fermement, fit comprendre à Harry qu'il était déstabilisé. Confus. Apeuré ?

- Je n'en savais rien... Je me suis juste laissé porter par la musique.

- Et alors, qu'en pensez-vous ?

Ils s'étaient remis face à face. Étant donné l'état de fatigue qu'il pouvait aisément deviner sur le visage de son vis à vis, Harry ne savait si c'était une bonne idée d'avoir une discussion aussi tard dans la nuit. Enfin, aussi tôt le matin. Du reste, il n'en menait pas large non plus... Lui même se sentait un peu perdu.

- Pourquoi ne dormiez-vous pas ?

- Vous recommencez ?

- Quoi donc ?

Ah non, cela ne présageait décidément rien de bon que de discuter à cette heure là...

- Répondre à mes questions en en posant des autres. Vous êtes vraiment... particulier. Non je ne dormais pas. Je ne pouvais pas.

Harry mourrait d'envie de lui demander pourquoi, mais sut qu'il fallait être un minimum raisonnable et courtois. Il était dans la chambre de Draco Malfoy tout de même. Et il était à nouveau submergé par la fatigue...

- C'était très beau. Mais très différent de la dernière fois...

Le regard de Draco Malfoy s'ouvrit un peu plus.

-... Vous sembliez contrarié...

Le regard s'élargit encore plus, donnant l'impression à Harry qu'il fallait qu'il poursuive, qu'il ajoute quelque chose.

- Et vous l'êtes, de toute évidence. Contrarié, je veux dire. Si vous ne pouviez dormir...

Harry se tut enfin. Il ne se rendit compte de sa révélation que lorsque son interlocuteur lui répondit :

- La dernière fois ?

Il le savait. Mieux aurait-il fallu s'en aller tant qu'il était encore temps. Satané fatigue. Satané regard.

- Je... Votre cousin doit m'attendre. Bonne soirée à vous, Mr Malfoy.

Et il partit sans demander son reste. C'est dans les escaliers que Draco le rattrapa encore une fois. Il semblait désemparé. Bon sang... Pourquoi fallait-il que les émotions soient si fascinantes ? Il ne pouvait s'empêcher d'essayer de les déchiffrer.

- Ne partez pas ! Dites-moi quand m'avez vous entendu jouer, s'il vous plaît.

- Je ne savais pas que vous y étiez, que quelqu'un avait emménagé je veux dire, je venais souvent dans ce domaine et il y a quelques jours je me promenais et je vous ai entendu. Votre mélodie était bien plus douce, toutefois.

- J'ai essayé toute la nuit de retranscrire mes sentiments par ma musique... Lui répondit-il en un souffle. D'une voix plus forte cependant il reprit :

- Et je n'y suis pas arrivé. C'est pourquoi j'étais contrarié.

Harry n'en revenait pas d'avoir cette conversation à l'aube, dans un des escaliers de la demeure de Netherfield. Draco Malfoy avait pris en considération ce qu'il lui avait dit plus tôt ?

- Voyez donc que ma théorie est fondée. Je vous savez contrarié au moment même où vous jouiez, dit-il en souriant.

Draco Malfoy lui rendit son sourire, avec un peu plus de réserve toutefois.

- Que faites-vous cette après midi ?

Le plus étonnant était que la conversation lui plaisait beaucoup. C'était très agréable, il avait l'impression d'être dans un état second, et il lui arrivait une aventure... Ce Draco Malfoy était vraiment un homme étrange. Et Harry ne fut pas surpris de constater qu'il le préférait bien plus sans son masque de fierté.

- J'assiste au cortège des officiers en permission a Meryton, le village d'à côté, avec ma famille. Voudriez-vous...

Mais c'était comme si quelqu'un venait de renverser un saut d'eau glacée sur le visage de Draco. Il ouvrit en grand ses yeux, puis s'empressa de les refermer et de serrer fort ses lèvres, son masque de froideur impeccablement remis en place.

- La cavalerie... Soit. Je vous souhaite un bon retour, à vous et à votre sœur.

Et sans plus de préambule, il s'en retourna. Comment étais-ce possible ? Bon sang, qui était-il vraiment ? En bas de l'escalier, Harry se retourna et lui dit en soufflant :

- Vous voulez que je vous dise ? Vos musiques sont comme vous, Mr Malfoy, à double tranchant.

Ils se regardèrent une dernière fois avant de tout deux sans aller. Harry était chancelant; frustré et fatigué, en colère et lessivé. Discuter avec Draco Malfoy lui demandait plus d'effort et d'attention que toutes ses autres activités. Il regagna le petit salon où Ginny s'était endormie, couvée sous le regard d'un Blaise souriant. Harry fut gêné d'interrompre ce moment, mais Blaise se reprit bien vite et retrouva une allure descente. Harry réveilla sa sœur, et ils partirent.

Le trajet jusqu'à Longbourn fut rapide. Harry s'interdit de penser davantage à sa soirée pour le moment, il fallait d'abord qu'il dorme pour avoir les idées claires. Tout en remerciant Blaise pour son hospitalité, il porta Ginny qui s'était à nouveau endormie jusque dans sa chambre, et il regagna la sienne, qu'il partageait avec Ron. Une fois glissé sous les draps, il s'endormit, la tête pleine de pas de danses, de mélodies, de chemise blanche et de regards confus.

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L'après-bal chez les Weasley se déroulait toujours de la même façon. Ils se retrouvaient autour de la grande table de la salle à manger pour le déjeuné, Molly préparait des boissons revigorantes à base d'herbes du jardin et d'œufs, et ils mangeaient gaiement, échangeant leurs impressions sur la veille. Entre deux boutades des jumeaux, l'ambiance était au repos et aux bavardages. Molly s'étendait en compliments sur Mr Zabini et sur l'attitude de sa fille. De l'avis de tout le monde, la soirée fut délicieuse et le bal parfaitement réussi. Ginny avait eu du succès comme personne. On parla de la toilette fort élégante de Mrs Parkinson, et de la conduite grossière de Mr Malfoy pour n'avoir pris aucune cavalière et pour être parti si tôt. La conversation dévia sur un autre sujet, celui du régiment qui devait passer l'hiver dans les environs, et principalement à Meryton. Leur parade était toujours très plaisante à regarder, bien qu'elle ne fut pas au goût d'Arthur et de Percy. C'est donc d'un commun accord que le reste de la famille alla se préparer pour sortir.

Une fois apprêté, Harry alla retrouver Ginny dans sa chambre. L'ambiance était à présent aux confidences. Une fois seuls, Ginny, qui s'était jusque-là montrée réservée sur ce qu'elle avait pensé de sa soirée, dit à son frère combien elle admirait Mr Zabini.

- Il est exactement ce qu'un jeune homme doit être, dit-elle. Je n'avais encore jamais vu de telle manière chez un homme. Il est drôle, enjoué, et distingué. Oh Harry, j'ai été très flattée de l'attention qu'il m'a prêté toute la soirée, je ne m'y attendais pas...

- Et c'est sans compter sur sa richesse... C'est vrai qu'il a tout pour lui ! Rit Harry. Mais moi, je m'y attendais, à sa dévotion. Tu étais de loin la plus jolie femme de l'assemblée. Je suis content qu'il te plaise, du peu de temps que j'ai passé avec lui, je l'apprécie. Et je pense qu'il t'apprécie bien plus encore...

- Nous verrons, Harry. Je ne veux pas me précipiter ni porter de jugement trop hâtif. Quand tu m'as réveillé à Netherfield, tu semblais décontenancé, que s'est-il passé ?

- Ne t'inquiète pas, j'ai simplement eu une entrevue avec Mr Malfoy. Il est si... lunatique. Versatile, même. Je n'arrive pas à le cerner, tu sais. Je pense que c'est d'ailleurs ce qu'il veut. On dirait qu'il se protège... Quoi qu'il en soit, je lui ai parlé, au manoir, et il était bien plus ouvert que pendant la soirée.

- Eh bien sur lui je veux bien volontiers porter un jugement hâtif. Il est bien trop orgueilleux. Caroline Richmond et Jane Loneburn m'ont raconté pendant le bal qu'elles avaient essayé de lui parler ou de l'inviter à danser, et qu'à chaque fois c'était à peine s'il les regardait pour les éconduire. En fait, il ne regardait que toi. Il me fait froid dans le dos... Il était en colère contre toi, Harry ?

- Je ne pense pas. Il est simplement... Eh, ne me regarde pas comme ça, je ne prends pas sa défense ! Rit de nouveau Harry. Revenons à un sujet plus sympathique... Blaise Zabini, hein ?

Ginny sautilla sur place en rougissant de plaisir. Ces voisins allaient décidément faire entendre parler d'eux...

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Quand ils arrivèrent sur la grande place, le défilé avait déjà commencé. Les officiers paradaient dans leurs uniformes, leurs pas raisonnaient sur la musique des tambours et des trompettes. Molly décida qu'il était temps que Ginny ait une nouvelle robe et ses fils de nouveaux ornements pour leurs costumes. Ils se dirigèrent donc vers une petite boutique de rubans et d'autres accessoires. Harry parlait à Ron quand il rentra maladroitement dans quelqu'un. Lorsqu'il leva ses yeux il en rencontra une autre paire, et son propriétaire lui souriait, séducteur. Séducteur ?

- Vous avez perdu ceci, lui dit l'officier, qui ramassait une pièce tombée de la poche de Harry pendant l'impact.

- Oh, merci. Répondit simplement Harry, toujours un peu surpris du regard que lui portait l'officier. J'aurais été bien en peine de ne pouvoir m'acheter un nouveau ruban... Ajouta-t-il, ironiquement.

L'officier rit et se présenta. Seamus Finnigan, en permission dans ce village pendant toute la semaine. Ron fit signe à Harry de se dépêcher, et Harry s'excusa afin de lui emboîter le pas.

- Permettez que je vous accompagne, j'ai moi aussi quelques petites choses que mon rend d'officier m'oblige à acheter.

Harry et lui continuèrent à bavarder des exigences que comportait le métier d'officier pendant qu'ils faisaient le tour de la boutique. Fred les interrompit.

- Harry, tu sais, la « chose » que nous souhaitons construire, Georges et moi, dont je t'ai parlé ? Il y a ici des élastiques dont j'aurais besoin. Mais je n'ai plus du tout de monnaie, peut-être pourrais-tu, dans ton infinie bonté...

- Tu me dois déjà suffisamment d'argent comme ça, lui répondit gentillement Harry. En plus Molly ne serait pas contente d'apprendre que Georges et toi continuaient de fabriquer vos articles de farces et attrapes...

- C'est pourquoi elle n'a pas à le savoir ! Lui chuchota Georges en lui faisant un clin d'œil.

- Ma curiosité est piquée à vif, laissez moi vous acheter ces élastiques... Répondit Seamus d'un ton complice.

Les quatre rigolèrent d'une voix, et Harry pensa qu'il venait de faire une nouvelle rencontre fort agréable. Molly dit à ses enfants qu'elle devait rentrer, mais qu'ils devraient profiter d'être ici pour aller se promener un peu, afin qu'ils rentrent à la demeure fatigués et la laisse en paix. C'est donc sur un nouvel éclat de rire que Ginny, Ron, Fred, Georges, Harry et Seamus se dirigèrent vers la forêt.

Ces deux derniers marchèrent en retrait des autres, continuant leurs discussions. Seamus se révélait vraiment curieux sur les projets des jumeaux, mais aussi sur le reste de sa famille. Harry se fit un plaisir de répondre à ses questions et de lui parler de leurs vies, aussi plates soient-elles. Ce n'était visiblement pas l'avis de Seamus qui riait beaucoup et semblait apprécier la dérision de Harry à sa juste valeur. Harry lui jetait quelques œillades pendant qu'il racontait une de ses récentes missions. Seamus était un bel homme, bien que quelconque. Ses traits étaient fins, ses yeux malicieux, et ses cheveux châtains. Il était grand et son uniforme ne laissait que peu de doutes sur sa carrure. Harry rougit. Il avait l'habitude de détailler le corps des hommes, fort des descriptions qu'il lisait dans ses livres. Mais Seamus portait continuellement sur lui un regard que Harry qualifiait de... sensuel, qui le mettait mal a l'aise. Il se surprit à faire la comparaison avec le regard que lui portait Draco Malfoy dans la soirée, qui lui semblait assez proche de celui de l'officier. Il secoua la tête avec résignation. Où donc ses pensées le conduisait-il ? C'était absurde.

Il s'arrêta juste avant de rentrer dans le corps de Ron. Ces frères et sœurs s'étaient arrêtés de marcher et s'adressaient de toute évidence à quelqu'un. Et en effet, de l'autre côté du fleuve qui traversait la forêt, se tenait deux de leurs nouveaux voisins masculins. Ils montaient chacun un cheval, et au vue de leur tenue, ils semblaient chasser. Blaise Zabini parlait de quelque chose qui visiblement le rendait heureux, et à l'entente des exclamations de ses frères et de Ginny, c'était réciproque. Il porta son attention sur Draco Malfoy, qui le fixait. Il voulut lui sourire, esquisser un mouvement pour se sortir de ses pensées et revenir au présent, mais avant qu'il n'ait eu le temps de le faire, Draco Malfoy avait dévié son regard. Ses yeux étaient à présent tournés vers leur nouvelle connaissance, empreints d'une lueur de rage. Que se passait-il encore ? Draco Malfoy et Seamus Finningan se connaissaient ? Il regarda ce dernier, et vit que le regard sombre était justement rendu. Et sans un mot échangé, Draco Malfoy partit au galop, laissant un Harry plein de questions. Il entendit Blaise, décontenancé lui aussi, leur dire :

- Euh... Je dois y aller. Je vous vois donc au bal dans quinze jours. Miss Weasley, portez-vous bien d'ici là, je vous en prie ! Et il partit lui aussi rapidement rejoindre son cousin.

- Aurais-je louper quelque chose d'important ?

Harry sortit de sa transe contemplative. C'est Fred qui lui répondit.

- Harry, nous allons enfin revoir cette délicieuse créature qu'est Mrs Parkinson ! Elle organise un bal chez eux, en fin de semaine prochaine.

Tous reprirent leur route en bavardant bruyamment, sauf Harry qui s'adossa à un arbre et s'adressa à Seamus, espérant que celui-ci fasse lumière sur cet étrange jeu de regards.

- Vous connaissez Mr Malfoy ?

- Hélas, oui. Nous ne nous apprécions guère. Voyez-vous, je suis orphelin de naissance et c'est Lucius Malfoy qui m'hébergea. Je fus son garçon de chambre, son écuyer, son cuisinier... J'aimais vraiment beaucoup cet homme, et c'était réciproque. Je voyais en lui un père; il me voyait comme son fils. Son autre fils, et c'est là que Draco entre en scène. Il ne supportait pas l'attention que me portait son père, et quand à sa mort celui-ci me légua une bonne partie de sa fortune, Draco n'en fit rien. Il refusa catégoriquement de me la céder. Dévasté, je partais m'engager dans les ordres, et nous ne nous sommes jamais revu depuis. Mais je garde profondément ancré en moi son affront de n'avoir respecté les dernières volontés de feu son père.

Harry n'en revenait pas. On allait de surprise en surprise avec ce voisin aux multiples visages. Mais cette révélation lui fit reconsidérer ses pensées de plus tôt. Cet homme n'avait certainement rien à protéger à part sa trop grande fierté. Harry était lui aussi orphelin de naissance et il savait d'expérience l'amour qu'on pouvait porter à son père adoptif. S'il arrivait quelque chose à Arthur, lui même ne s'en remettrait pas. Il exécrait le comportement qu'avait eu ce Malfoy. Il ne comprenait pas comment quelqu'un de raisonnable pouvait agir ainsi. Les nobles se croyaient-ils tout permis ?

Harry passa volontiers toute son après midi avec Seamus. Ils bavardèrent sur des sujets divers. Seamus était quelqu'un de très drôle et avait beaucoup d'histoires à raconter. Ce n'est qu'à l'heure du souper qu'ils se quittèrent, exprimant leurs vœux de se revoir. Au bal, certainement. Peut être même avant. Sur le perron des Weasley, Seamus attrapa la main de Harry dans la sienne, et la guidant jusqu'à sa bouche, la lui baisa. Harry en resta sans voix, et Seamus partit avec un dernier sourire énigmatique.

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Draco jouait du piano avec une telle frénésie que ses jointures étaient blanches et que de la sueur coulait le long de son front et de sa nuque. Les cheveux décoiffés, le regard dur, il fixait un point invisible sur le clavier. Les notes étaient saccadées, le tempo virevoltait. Draco savait depuis un moment ce qui le tourmentait. Les pensées qui le hantaient. Les désirs qui le consumaient. Les fantasmes refoulés. Ca ne pouvait plus durer ! Son contrôle était en train de flancher, il le savait, il le sentait. Un nouvel espoir naissait tout juste en lui, un sentiment, jamais encore égalé, jamais encore éprouvé. Mais à peine avait-il eu le temps de le considérer, qu'il partait en fumée. Draco allait exploser. Il n'allait plus longtemps être inavoué... son secret.

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Merci de votre lecture,

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