Un nouveau chapitre, j'espère qu'il vous conviendra. Merci encore à tout(es) celles et ceux qui prennent le temps de lire.


Rappel : Le chirurgien n'eut pas le temps de réagir. Son acte accomplit, la sorcière s'envola satisfaite. Il se précipita auprès de l'homme. Les deux orbes d'un ambré très familier ne fixaient déjà plus rien, paisibles.

Drayn le magicien était mort.

-Chers compagnons, nous sommes là maintenant...

Comme pour les mariages, c'était le directeur du cirque qui officiait à l'enterrement. Le navire portait encore les traces de l'attaque, et devrait être réparé sous peu. Quelques volontaires avaient arrangé le corps du mort. Il était maintenant paisible dans un costume impeccable, étendu sur un grand drap blanc. Les poids dont il serait lesté se trouvaient non loin de là. Le pirate jeta un coup d'œil à sa compagne. Nyri n'avait pas versé une larme depuis son arrivée.

Elle n'avait montré son visage qu'au petit matin, et avait compris en voyant les visages des gens. Elle avait malgré tout demandé à voir son père. Elle n'avait pas même pâli quand on l'avait menée au corps. Ils avaient tenu à la faire patienter, mais elle avait voulu venir. Ils venaient de faire la toilette mais il n'était pas encore habillé. Pour avoir été avec elle à cet instant, il savait que ce n'était pas un spectacle qu'on accorde à quelqu'un. La peau hâlée de l'ancien magicien était devenue livide, le poids des âges certainement invisible sur un homme vivant de rieur lui était retombé dessus d'un coup une fois mort. Sur sa poitrine trônaient encore les trois traînées, non plus sanguinolentes mais d'un rouge sombre qui tranchait avec le reste du cadavre. Elle l'avait veillé, et il était resté à ses côtés. Elle ne l'avait pas revêtu de ses derniers habits, mais avait placé le paiement pour le passage dans l'autre monde. Encore une de leurs croyances certainement. Drayn avait patienté une journée de plus avant qu'ils n'en soient là, dans les derniers rayons du soleil, prêt à l'immerger. L'assemblée était bariolée, chacun portant son costume de scène comme pour une dernière représentation. La seule exception était la fille du mort. Autrefois en noir et argent, elle était de même en ce jour. Comme elle avait grandit, des pièces de toutes les gardes-robe la recouvraient. Un foulard argenté, une ceinture du même ton sur une jupe sombre en lambeaux. Le justaucorps bicolore qu'elle portait en-dessous lui donnait un haut sans manches qui dévoilait ses étranges cicatrices. Elle allait pieds nus. Était-ce étrange de la trouver aussi désirable en telle occasion, et dans l'état dans lequel elle se trouvait ?

-Que lui qui reposera dans nos cœur repose maintenant dans sa dernière demeure.

Il ne s'était même pas aperçut que c'était terminé. La cérémonie avait été simple, quelques personnes qui le connaissaient avaient prononcé de très courts discours. La parlotte ne semblait pas être le talent premier des gens du cru. La dépouille fut enveloppée dans le drap que l'on referma solidement. Les boulets qui devaient le maintenir dans le profondeur furent fixés, et enfin les plus solides membres de la troupe le portèrent jusqu'à la mer où il fut respectueusement jeté. Cette fois-ci, c'était vraiment terminé.

Elle était mal à l'aise sur ce navire où chacun la traitait comme si elle était de verre. L'ambiance morose n'arrangeait pas les choses. C'était presque comme si elle n'était jamais partie. Bien sûr, les gens avaient évolué. Des enfants avaient grandis, d'autres étaient nés, des couples s'étaient formés et d'autres séparés que ce soit par la vie... ou par la mort. D'autres cérémonies de ce genre avaient dû avoir lieu. Elle était restée absente si longtemps. Quatre ans. Et elle était là à nouveau, dans ces horribles vêtements qu'elle voulait quitter, devant ce corps inconnu que l'on confiait à la mer. C'était étrange. Elle se sentait vide. Pour un presque inconnu, un homme qu'elle avait adulé et détesté, un homme qu'elle avait jugé exceptionnel ou imbécile, un homme tout simplement. Son propre père. Elle ne savait que faire. On ne lui demanda pas de parler d'ailleurs. Lors du repas, elle n'avala rien. Elle percevait le regard de Law, toujours derrière elle, toujours près d'elle, à réclamer des explications ou du moins un signe qu'elle ne pouvait lui donner. Elle était faible avec lui. C'était presque gênant. Elle allait devoir s'y faire si elle partait avec lui comme prévu. Il était encore temps de s'en aller, mais elle ne voulait pas fuir une fois de plus. Et puis ses affaires étaient déjà dans le sous-marin.

Pour la dernière nuit, elle tenait à rester sur le navire cirque. On lui avait proposé de reprendre sa place, elle avait décliné en réclamant juste l'asile pour la nuit. Une sorte de second adieu. On lui avait laissé une chambre assez neutre, prêt du pont, pour qu'elle puisse partir n'importe quand. Le chef avait comprit. Il était déjà au courant du fait qu'au petit matin, quand tout le monde se lèverait, elle ne serait plus là. Elle ne serait plus jamais là. Il dormait avec elle bien sûr, le capitaine de son cœur. Elle sentit ses yeux peser sur elle tandis qu'elle défaisait le foulard, puis retirait le haut du justaucorps. Il glissa entièrement à terre, suivit de la jupe, et elle envoya le tout voler dans un coin. Elle était maintenant frissonnante dans l'air du soir, en sous-vêtement, tournant le dos à son amant. Elle aurait voulut se laver, mais elle n'avait plus la force de rien.

-Viens là.

Elle se retourna vers lui, une tentative d'air de défi sur le visage. Elle devait avoir l'air pathétique. Lui était égal à lui même. Fort. Solide. Autoritaire. Et elle se devait de lui résister.

-Viens me chercher.

-Ne me fais pas répéter Nyri. Tu sais que j'en ai horreur.

-Alors ne le redis pas, et contente-toi de m'obéir.

Ils se jaugèrent un moment, alors qu'elle avait déjà perdu. Il savait, mais il voulait peut être jouer. La distraire. Elle réprima un sourire en se disant qu'elle ne pouvait jamais savoir si il s'amusait seul ou si il se préoccupait d'elle. Elle fit un pas en avant, attendit qu'il fasse de même. Il ne bougea pas d'un pouce.

-Comment te sens-tu ?

Il lui demandait cela comme il aurait parlé du soleil et de la pluie dehors, avec un détachement qui lui ressemblait énormément. Elle ne put retenir un sourire. C'était si bon de le retrouver égal à lui-même.

À l'instant où les commissures de ses délicates lèvres s'éloignèrent l'une de l'autre, il voulut la prendre dans ses bras. Il se retint. Sa réputation, que diable ! Qui plus est, il devait mener le jeu jusqu'au bout si il voulait qu'elle craque. C'était le seul moyen. Ils se jaugèrent encore un certain temps, lui devant se forcer à ne pas suivre du regard ses courbes. Bon Dieu, il devait parler sinon il n'en sortirait jamais et il lui sauterait dessus avant qu'elle se soit lâchée. Pas vraiment la meilleur chose à faire quand elle était dans cet état.

-Tu n'as pas répondu.

-Comment voudrais-tu que je me sente ?

-Sais pas. Soulagée. Inquiète. Triste. Beaucoup d'options.

-Si tu veux tout savoir, rien de tout ça.

Tu mens. Il la connaissait trop pour l'ignorer, malgré le peu de temps qu'ils avaient pu passer ensemble. Arrête de mentir. Il avait envie de le lui hurler à la gueule, jusqu'à ce qu'elle lâche enfin ces putains de larmes et qu'il puisse la serrer contre lui pour la réconforter. Jusqu'à ce qu'elle accepte qu'elle est mal, qu'elle a besoin qu'on prenne soin d'elle, qu'elle a besoin de lui au moins autant que lui a besoin d'elle. Histoire qu'il puisse lâcher un peu prise lui aussi, et qu'ils dorment l'un contre l'autre toute la nuit. Il ne voulait pas forcément passer la nuit en elle, mais près d'elle suffirait. Tout les deux, pour la première fois depuis six longs mois, certainement pas la dernière de leur vie. À moins qu'elle ne parte encore au matin, mais il en doutait. Les secondes passèrent, devinrent minutes. Elle ne lâchait pas prise. Alors du coup, Trafalgar Law fit quelque chose qui lui coûtait beaucoup et qu'il n'avait pas fait depuis des lustres. Il se rendit. Sous le regard un peu méfiant de sa belle, il se dirigea vers le lit et ôta ses chaussures avant de s'étendre nonchalamment sur le matelas. Sa veste et sa chemise allèrent rejoindre un des montants du lit. Il étendit un bras, comme pour l'inviter.

-Trop fatigué pour continuer ce soir, t'es pas en meilleur état. Sois mignonne et éteint la lumière avant de te coucher.

Comme elle ne venait pas, il se réinstalla en couvrant son torse maintenant nu de la couverture et fit mine de dormir. Il ne compta pas, mais la lueur de la lampe disparut et une forme chaude vint se coller à son dos. Juste ce geste le rendit heureux. C'était tout bête, lui le grand pirate heureux qu'une fillette le câline. Mais c'était quand même drôlement agréable d'être avec elle.

Le lendemain, il resta à l'écart pendant qu'elle faisait ses adieux. On lui avait donné une malle, le maître du navire affirmant que ses parents auraient vraiment voulut qu'elle ait tout cela. Ça l'étonnait lui, qu'une famille entière ait aussi peu d'affaires, mais ils étaient plutôt communautaires dans le coin. Le matériel et plusieurs costumes restaient là pour les futurs membres du cirque, pas mal de vêtement avaient été redistribués depuis longtemps, un certain nombre d'objets revenaient à des amis. Nyri avait voulut qu'ils prennent ce qui leur plaisait. Elle ne voulait rien garder à la base. Pourtant elle repartait avec cette sorte de grosse valise bien solide. Il avait parfois du mal à la suivre. Elle ne voulait peut être pas leur faire de peine. Ce fut assez court, cette séance de mouchoirs et de larmes. Plutôt sec aussi pour des adieux en fait. Non pas qu'on ne l'aimait pas, mais elle les mettait mal à l'aise. Elle faisait partie du passé aussi. On l'accueillerait toujours quoi qu'il arrive, n'empêche que chacun devait continuer à avancer. Le sous-marin s'enfonça dans les profondeurs marines peu après le petit matin. Des pirates avaient râlé, mais il s'en fichait. Ils étaient ensembles.

Elle n'avait pas l'impression que ça avait tellement changé depuis le temps. Un peu quand même, mais pas assez pour qu'elle le remarque. On la regarde toujours avec un peu d'inquiétude. C'était un peu de sa faute au fond. En général, quand la dernière fois qu'on a vu quelqu'un c'était après une transformation en vilain truc plein de griffes et de plumes, on a tendance à l'éviter. Ou alors c'est qu'on est un peu malade. Law l'avait à peine guidée une fois rentré. Il était de suite repartit donner ses ordres en l'abandonnant dans une petite chambre contiguë à la sienne. La solitude ne la gênait pas, et elle devait avouer adorer le voir donner ses ordres. En fait, si elle s'écoutait, elle grimperait de suite dans les conduits qui parcourent tout le sous-marin pour aller l'observer en secret. Aussi ridicule qu'une écolière amoureuse pour la première fois. Sauf qu'une fois de plus, elle n'a aucune force. Elle se laisse tomber dans un coin et s'étend sur le dos. Mal à l'aise, elle finit par se recroqueviller. Pourquoi se sentait-elle aussi démunie alors qu'elle aurait dû être heureuse ?


Ce sera tout pour cette semaine.