Jour 81

Shin se demande ce qu'il fait encore là.
Il a du mal à savoir quand il aurait dû partir, en fait.
Une fois qu'elle a recommencé à remplir les flacons de fumée, peut-être ? Ou alors quand elle est enfin sortie et qu'ils se sont mis sur la gueule ? Ou peut-être quand elle lui a proposé de demander à En une nouvelle piaule ?
Objectivement, elle va mieux. Elle va mieux depuis longtemps.
Shin sait que c'est pas non plus un état permanent, mais bon, elle n'a plus de crise au milieu de la nuit, elle ne passe plus la journée entière enfermée et surtout, il ne sert plus à rien. Elle re-bosse normalement, elle fait ses courses toute seule (bon, il remplit souvent le frigo aussi), et surtout, ne le réveille plus au milieu de la nuit juste pour s'assurer qu'elle n'est pas toute seule.
Donc il n'a plus rien à faire là. Logiquement, ce serait le bon moment pour aller dire à En qu'il veut aussi un deux pièces, de virer le tas derrière le canapé et de dégager l'entrée de Noi des cartons qui l'encombrent.
Logiquement.

Le truc, c'est qu'en fait il s'est habitué à être ici. Comme elle avait besoin de lui, il est devenu légèrement sur-protecteur envers Noi et dès qu'elle fait un truc sans lui, il balise.
Il sait que ça n'a aucun sens de s'inquiéter pour quelqu'un de plus grand et de plus balaise que lui, mais il n'envisage plus passer la nuit ailleurs sans l'imaginer en train de le chercher (et comme en plus il devrait changer de piaule, elle le trouverait pas).
Au quotidien, vivre sur le canapé de Noi change pas grand chose à sa vie. Ca a plutôt des avantages, car il fait à peu près jamais la bouffe, la télé est plus grande et puis il s'emmerde moins souvent (en même temps personne est jamais venu le voir dans sa piaule à part Noi). Donc c'est plutôt tout bénèf : il peut s'assurer qu'elle va bien et il vit peinard, à peu près comme avant.

De toute façon, elle finira bien par le foutre à la porte et à ce moment-là, il n'aura qu'à se ré-habituer à son ancienne vie.

Jour 83

"Au final, elle finit quand même avec le prince.", dit Noi en reposant le livre de Shin sur la table basse.
"J'ai jamais dit qu'elle finissait pas avec.
- Nan, mais vous m'avez fait croire que c'était pas une histoire d'amour chiante.
- ... c'en est pas une. Y a 90% de bastons dans ce bouquin... et à mon avis elle finit avec le prince juste pour la scène de cul.
- Moui, peut-être...", admet Noi en faisant la moue.
"Je te pensais pas aussi allergique aux histoires d'amour.
- C'est pas que j'aime pas ça, c'est que j'y comprends rien... ils se connaissent pas du tout, et pouf, ils sont amoureux ?
- Me regarde pas comme si je m'y connaissais sur le sujet.", dit Shin en balançant le bouquin dans son tas derrière le canapé. "Mais bon, j'imagine que ça arrive. Tu voudrais pas qu'un prince tombe éperdument amoureux de toi juste parce qu'il t'a vu tabasser quelqu'un ?
- Euh... non, je pense pas. Qu'est-ce que j'en ferais, d'un prince ?
- J'croyais que ça faisait rêver les nanas, ce genre d'histoire...
- En même temps, j'suis pas une roturière, alors bon, des demandes en mariage de bons partis, j'en ai déjà eu des tas.
- ... hein ?
- Ben ouais. Vous croyez quoi ? Qu'y a pas des milliers de types plus ou moins bien nés qui voudraient être le cousin par alliance d'En ? En même temps, j'les comprends, s'il clamse j'suis son unique héritière.", dit-elle en croisant les pieds sur la table basse. "Et puis même si c'était pas le cas, vu ma fumée et mon joli petit minois, forcément ça se bouscule au portillon.
- ... tu me charries.
- Vous me croyez pas ?
- Ben j'les ai jamais vus, ces types dont tu parles.
- Vous connaissez beaucoup de mecs qui font leur demande quand la fille est déjà accompagnée ? Forcément c'est pas quand vous êtes présent... et puis j'en ai moins depuis la fois où j'en ai buté un par erreur, aussi.", ajoute-t-elle, pensive.
"Tu tues tes prétendants par erreur ?
- C'est bon, c'est des choses qui peuvent arriver à tout le monde...
- ... je crois pas, non."

Jour 85

"Hey, Noi ?", demande Shin en rentrant, laissant ses godasses en plan dans l'entrée et fourrant son masque en poche.
"Oh, vous avez fini ce que vous deviez faire ?
- Hm. Viens."

Noi s'approche, intriguée, et Shin sort le minuscule paquet de sa poche.

"Tiens, c'est pour toi."

Noi ouvre le sachet, en découvre le contenu : une paire de boucles d'oreille avec le motif en croix dont elle est si friande, d'une couleur nacrée qui rappelle ses cheveux.

"... elles sont super belles.", finit-elle par dire avant d'enlever une des nombreuses paires de boucles qu'elle porte pour les remplacer par celles qui Shin vient de lui donner. "Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?", demande Noi, souriante, se dirigeant vers la salle de bains pour se voir dans le miroir.

Shin ne sait pas trop quoi répondre. Il ne sait pas trop pourquoi il les a achetées, en fait. Juste que quand il les a vues, il savait que leur place était chez Noi.

"Si t'en veux pas, je les ramène.", répond-il.
"Dites pas de bêtise. Vous allez quand même pas reprendre le premier cadeau que vous m'ayez jamais fait.
- Comment ça le premier cadeau ?
- ... ben oui.
- Tu déconnes, après la première fois où t'as failli me tuer, j'ai jamais oublié ton anniversaire.", précise Shin, et c'est vrai. Mais en même temps il n'est pas suicidaire.
"C'est vrai. Mais vous ramenez toujours de la bouffe.
- ... j'pensais que ça te plaisait..."

Elle attrape la main gauche de Shin entre les siennes et joue brièvement avec la bague que Shin porte au majeur.

"Vous vous souvenez, quand j'vous les ai offertes ?", demande-t-elle et Shin s'en souvient assez bien, même s'il pourrait plus dire pour quel anniversaire c'était. Ses vingt-trois ans, peut-être ? Il avait été surpris du cadeau parce que c'était pas son style et en général Noi trouvait toujours des trucs bien dans ses goûts. Au final, des années plus tard, c'est pourtant l'un des rares objets auxquels il est attaché.
A l'époque, il les avait mises, pour voir, et puis il les avait plus vraiment enlevées.

"J'dois dire, j'pensais pas que vous les mettriez.", explique Noi. "C'était une façon subtile de dire "j'aime les bijoux, à mon prochain anniv m'achetez pas de la bouffe".
- ... trop subtil pour moi, il semblerait.
- Hmm... J'crois que la subtilité c'est juste pas quelque chose qu'on sait faire..."

Elle continue de jouer avec la bague et finit par la retirer du doigt de Shin avant de la passer à l'un des siens.

"Ca m'irait bien aussi, en fait...", dit-elle en contemplant sa main. Et c'est pas faux, mais elle met tellement de bijoux de toutes tailles et de toutes sortes qu'à peu près tout lui va. Shin attrape sa main, lui retire la bague du doigt et la ré-enfile. Il y est trop habitué pour ne plus les porter, maintenant.
Avec les années, elles se sont faites détruire beaucoup de fois, et Noi a toujours trouvé moyen de les lui retrouver à l'identique (il est même à peu près sûr qu'elle lui a déjà refait pousser une main avec direct la bague dessus). Il sait donc que si elle y tenait vraiment, elle aurait exactement les mêmes.

"Peut-être, mais c'est à moi et je prête pas mes affaires. Et puis, c'est bon, tu viens de recevoir des boucles et tu penses juste à me tirer mes bagues ?"

Elle lui fait un grand sourire et se tourne à nouveau vers le miroir.

"Elles me vont bien, hein ?
- J'vais pas dire non, c'est moi qui les ai choisies...
- Vous savez, sempai, j'aime bien quand vous êtes gentil...
- J'suis toujours gentil.
- Oui, c'est pour ça que j'vous aime bien.", explique Noi, tout sourire. "Alors y a pas d'occasion spéciale ?
- ... on peut dire que si. J'ai vu En tout à l'heure. Galep passera nous chercher demain pour re-sceller le pacte. On va dire que c'est pour fêter ça."

Jour 86

Ca fait quatre ans qu'il n'a pas mis les pieds dans la petite maison utilisée par les diables pour sceller les pactes entre mages, mais l'endroit n'a pas changé. A la limite, c'est un peu plus propre que pendant la Blue Night, mais sinon, c'est toujours pareil.
Deux diables sont là, l'un est assis par terre à se tourner les pouces alors que l'autre s'approche d'eux pour leur parler.

"Pour le début, c'est pareil qu'à la Blue Night, faut vous purifier. Lavez bien entre les orteils sinon je vous balance par la fenêtre."

La salle de bains est vachement moins en bordel que la dernière fois qu'il est venu, et Shin prend son temps... ce serait dommage de vexer un diable et de passer par la fenêtre alors qu'ils ont réussi à arriver jusqu'ici.
Une fois lavé et séché, par contre, Shin se rend compte qu'il n'a rien à se mettre à part les habits qu'il avait sur lui en arrivant.
Il passe la tête par la porte et s'adresse au diable le plus proche.

"Euh, 'scusez-moi, mais y a pas des fringues spécifiques à mettre, comme à la Blue Night ?
- Non.", répond le diable assis par terre.
- J'suis pas sûr de comprendre le principe de la purification si c'est pour remettre des fringues dégueu après, mais bon.
- ... sauf que tu les remets pas. On t'a pas parlé des épreuves humiliantes ?
- ... ok, je vois le topo. Une serviette pour être décent, je peux ?
- Non, sinon c'est pas humiliant.", explique le diable en soupirant. "Et dépêche-toi, on n'a pas que ça à foutre."

Shin récupère juste ses lunettes et rouvre la porte. Il a connu pire qu'être tout nu devant deux diables et Noi.
Probablement.

Un espace a été libéré au centre de la pièce avec deux chaises se faisant face, écartée de quelques mètres. Noi est déjà assise sur l'une des deux chaises, en train de papoter avec le deuxième diable. Celui qui lui a déjà râlé dessus lui indique de s'asseoir face à elle.

"On va chercher le matos. Vous, vous bougez pas de là, et interdit de taper la discut'."

Bon, rester assis tout nu face à Noi sans rien dire.
Hm. Y a probablement plus terrible.

Elle le regarde, lui fait un sourire.
Bon, c'est quand même haut dans la liste des choses qu'il aurait préféré ne jamais faire dans sa vie.

Au bout de quelques minutes, le plus grand deux deux diables revient seul et dépose une boîte, une plume et quelques instruments de torture sur l'unique table de la pièce.

"Bon, en fait j'suis super en retard pour un rendez-vous après, donc vous avez de la chance, on va pas s'étendre trop sur les épreuves humiliantes.", explique le diable qui doit donc être Galep. "On va rester bien classique : faut que vous vous avouiez chacun un truc humiliant que vous vous seriez jamais dit.
- ... c'est pas comme si j'lui cachais des trucs, c'est mon meilleur ami.", répond Noi.
- Ben faut que t'en trouves un, et le plus embarassant possible, sinon, pas de pacte. Et si ça me fait pas rire, j'vous balance par la fenêtre en prime.
- Hein ? Mais putain, c'est super dur ! Mais quel genre ?
- Chais pas, un truc dont t'as honte. Par exemple, tu lui as fait une vacherie et il sait pas que c'est toi, un truc du style.
- Ah, ça, j'ai.", répond Noi du tac au tac. "Sempai, l'autre jour, j'suis allée chez Yacchan, vous savez, ma pote qui vend des fumées. J'lui ai pris un flacon d'une fumée qui fait changer de sexe pendant deux heures, et j'vous l'ai balancée dessus pendant que vous dormiez. Z'êtes super mignonne en fille.
- Quoi ? Mais d'où t'as des idées comme ça ?", demande Shin qui veut même pas imaginer la scène.
"Chais pas, elle était en soldes, vous étiez là, j'trouvais ça rigolo.", dit Noi le sourire aux lèvres et Galep est mort de rire à côté d'elle.
"C'est plutôt embarassant pour lui, ça, je parlais de choses embarassantes pour toi.", explique-t-il avant de pouffer de rire à nouveau.
"Oh, bon. Ben j'avoue, j'l'ai fait deux fois, et la deuxième fois j'ai attendu un jour où vous dormiez torse-nu pour pouvoir mater vos seins.", dit-elle, les joues rouges, mais toujours le sourire aux lèvres. C'est qu'elle en est fière, en plus.
"J'vais te crever.", annonce Shin en prenant son regard de tueur. "On fait ce putain de pacte, et après, j'te crève."

Sauf que Noi est complètement immunisée au regard de tueur de Shin et son sourire fait que s'accentuer.

"Oh, c'est bon, là vous voyez les miens, on est à égalité.
- J'ai pas le choix que d'les voir, moi ! Ca a rien à voir !", s'offusque Shin alors que Galep revient vers lui.
"Promis, j'détruirai les photos...", reprend Noi, et Shin se retient de se lever pour aller l'étrangler.
"Bon, allez, Shin, à ton tour, tu lui avoues un secret embarassant."

Shin tache de se calmer et réfléchit une minute. Y a sûrement des tas de choses qu'il irait pas dire à Noi, mais faut trouver un truc qui fout bien la honte pour être sûr de conclure ce putain de pacte.

"Hmm... ben, euh... t'es ma seule amie.", finit par déclarer Shin en se disant que bon, ça doit être assez embarrassant en soi.
"Bah, j'le sais, ça. C'est pas un secret que vous êtes asocial.", commente Noi comme si ça avait été facile pour Shin de lui dire.
"Va falloir faire un effort, Shin.", reprend Galep. "Allez, un truc que tu lui dirais jamais. Un truc qui te met super mal à l'aise."

Il réfléchit à nouveau mais bon, il a jamais fait un coup foireux à Noi... enfin, si, l'une ou l'autre fois il a triché à un pari, mais bon, il sait même plus quel en était le propos et ça le fait pas assez culpabiliser pour le mettre mal à l'aise. Et lui il a jamais maté ses seins (ou alors de manière fortuite et totalement involontaire, et c'était en général plus sa faute à elle), ni fait des expériences bizarres sur elle.
Mais en se prenant la tête, il trouve pile ce qu'il faut. Quelque chose qu'il a pas du tout envie de lui dire, mais qui traîne entre eux depuis des semaines.

"... chuis bien chez toi. En fait j'me dis que d'un jour à l'autre, tu me foutras dehors, et ça me fait chier parce que j'voudrais... j'voudrais rester.", déclare Shin, et il sait pas vraiment pourquoi il voudrait rester mais c'est la vérité.

Noi soutient son regard et lui fait un léger sourire.

"Et ben, il est pas si asocial que ça, ton partenaire...", lui fait remarquer Galep.
"C'est un solitaire qui aime pas être tout seul, en fait.", explique Noi , toujours le sourire aux lèvres.
"Bon, ben on va dire que ça fera l'affaire. Au moins j'ai bien rigolé avec toi, Noi.", déclare Galep. "Reste plus qu'à me convaincre que votre cas est valable...", reprend-il, avant de se positionner face à Shin. "Pourquoi vouloir ce pacte ?
- On a loupé la Blue Night.", déclare Shin, au cas où ce serait pas évident.
"J'ai entendu, oui, mais vous pourriez attendre la prochaine.
- J'imagine, mais je crois que ni Noi ni moi ne sommes faits pour ne pas avoir de pacte. Ca fait comme un trou, là." Shin montre son torse. "Pas agréable. Et puis Noi n'aime pas que je ne sois pas son partenaire officiel.
- Donc tu fais ça pour elle ?
- Hmm, non, je pense que je suis celui que ça arrange le plus.
- Pourquoi ?
- ... bêtement parce que c'est elle le plus puissant mage de nous deux. Je ne pense pas pouvoir trouver meilleure partenaire que Noi. Déjà, à part En, y a pas plus puissant, et puis dans mon boulot on se fait souvent salement amocher... je veux dire, elle aime castagner mais elle guérit les blessures. On fait quand même difficilement mieux comme combinaison.
- Et la clause d'arrachage, pas de souci ? D'habitude ça refroidit beaucoup.
- On s'est entendus, c'est moi qui claquerai le premier.
- Ca simplifie les choses."

Galep s'écarte, tourne la tête d'un angle que Shin juge anatomiquement impossible, et volette jusqu'à la deuxième chaise où est Noi.

"Pourquoi vouloir ce pacte ?", demande Galep à nouveau.
- Notre partenariat marche bien. Il peut découper les gens, je peux les recoller le cas échéant.
- Et donc c'est toi qui mourras en deuxième ?
- C'est effectivement ce qu'on a convenu.
- Tu sais que ce sera très douloureux ?"

Shin remue dans son siège. Il sait que Noi n'a pas peur de la douleur, et qu'elle veut ce pacte. Il n'empêche qu'il préfèrerait qu'on ne lui rappelle pas combien elle va en souffrir.

"Oui.
- Et ça ne te dérange pas ?
- J'ai renoncé à être un diable pour cet homme. Le jour où il mourra, je doute que j'y survivrai de toute façon.", dit Noi d'un trait en regardant Galep dans les yeux.

Shin sent son estomac se nouer.
Il savait déjà que des deux, c'était lui le connard égoïste, mais bon, ça fait mal de l'entendre dire avec autant de clarté.

"Hmm, intéressant, comme cas."

Galep se retourne à nouveau vers Shin.

"Tu as entendu ça ?
- Oui.", dit Shin en rougissant.
"Tu n'as pas l'impression de ne pas être au niveau ?
- ... je... je serais mort pour elle. C'est elle qui a préféré me garder en vie. Si je peux pas lui offrir ma mort, je peux lui offrir ma vie. J'ai pas grand chose d'autre à proposer."

Galep est à nouveau tourné vers Noi.

"Noi, est-ce que Shin dit vrai ? Est-ce qu'il est prêt à t'offrir sa vie et sa mort ?
- Oui, c'est vrai.
- Shin, est-ce que Noi dit vrai ? Est-ce qu'elle ne pourra pas vivre sans toi ?
- C'est...", Shin hésite, regarde Noi. Il sait bien que c'est vrai. Il préfèrerait que pas, mais c'est vrai. "C'est vrai.
- Alors on va écrire ça..."

Galep se tourne vers la table et y attrape la clé en forme de poignée qui permet d'ouvrir le torse des mages pour y trouver leur pacte. Il ouvre le torse de Noi,ré-itère pour Shin, et va s'asseoir à la table avant de sortir deux parchemins d'une boîte élégamment décorée pendant que Shin et Noi restent immobiles, la poitrine ouverte, à se jeter des coups d'oeil furtifs.

"Comme ce n'est pas la Blue Night, c'est plus rigolo de changer le texte", explique Galep en se redressant. "Il ne manque plus que vos signatures.", ajoute-t-il en tendant sa plume vers Shin.

S'il n'avait pas eu le torse ouvert, Shin aurait probablement poussé un soupir de soulagement. Il se lève et rejoint Galep à table pour signer le parchemin qui ira dans le thorax de Noi. Elle le rejoint, il lui passe la plume et elle fait de même alors que Galep roule le premier parchemin.
C'est jamais agréable d'avoir un diable trifouiller dans son thorax, mais Shin se console en se disant que c'est la dernière fois qu'il a à subir ça. En quelques secondes, Galep a fini son oeuvre, leurs torses sont refermés et... et faut croire qu'ils sont partenaires à nouveau.
Sauf que Shin a tout d'un coup du mal à respirer. Le pacte de retour dans sa poitrine lui a déjà fait cet effet par le passé, mais là, il est démultiplié. Il sent des fourmis dans ses doigts, dans ses pieds, ses cheveux électrisés et quand enfin ses poumons se décident à fonctionner à nouveau, tout s'arrête : il est à nouveau dans son corps, le creu est rempli et surtout, il est conscient à un tout autre niveau de la présence de Noi à ses côtés... et du fait qu'elle ne tienne plus debout. Alors qu'elle s'écroule, il l'empêche de heurter le sol juste à temps et se retourne vers Galep.

"Qu'est-ce qu'elle a ?
- T'inquiète, elle dort. Assimiler un pacte à vie demande beaucoup d'énergie, vous serez crevés pendant deux ou trois jours.", explique Galep. "Bon, c'est pas tout ça, mais j'ai d'autres chats à fouetter, moi.
- Vous allez nous laisser en plan ici ?
- T'es pas très reconnaissant, comme bonhomme, dis donc.", reprend Galep avant d'ouvrir la porte de la maison. "Vous êtes arrivés tout seuls, vous pourrez bien repartir, hein...
- ... sur un balai que Noi peut alimenter mais pas moi !
- Pas mon problème !", déclare Galep et il s'envole par la porte.

Shin pousse un soupir et repose Noi à terre.
C'est bien sa veine.
Bon, pour l'instant, il ne se sent pas si crevé que ça, il retourne donc se rhabiller, et comme Noi roupille encore comme une bienheureuse quand il revient dans la pièce principale, il va dans la salle de bains des filles chercher ses fringues à elle. Ses quinze mille fringues, parce que Noi porte toujours des trucs ultra-compliqués et des accessoires qui servent à rien et à y réfléchir, même s'il comptait la rhabiller, il est pas trop sûr de comment il pourrait y arriver.
En plus, il commence à piquer du nez aussi.
Il attrape le pantalon de Noi, le roule en boule et le glisse sous sa tête et la recouvre de son haut (il a beau savoir qu'elle en a rien à battre de montrer ses seins et qu'elle risque pas de tomber malade, il préfère).
Ses yeux clignent plusieurs fois sans qu'il puisse les contrôler, sa vision se trouble et il a juste le temps d'enlever ses lunettes avant de sombrer lui aussi dans le sommeil.

"... sempai ?"

Shin se sent pas super d'attaque, mais il se force à ouvrir les yeux. Tout son côté gauche est endolori et il est plus tout à fait sûr d'où il peut être.
OK, alors sa tête repose sur le bras de Noi, il est par terre et... ça lui revient, la maison, le pacte, et la fatigue qui a suivi.
Il se redresse, se gratte la tête et regarde à nouveau Noi.

"... ça va ?", demande-t-il, encore un peu endormi.
"Nickel. J'ai plus... enfin...", dit-elle en montrant sa poitrine. "C'est plus agréable d'avoir le pacte à nouveau."

Et effectivement, maintenant, il peut regarder Noi sans la gêne dans la poitrine qu'il ressentait ces derniers temps, et c'est quand même autrement plus plaisant.

"... il s'est passé quoi, après la signature ?", demande Noi.
"Tu t'es endormie, Galep m'a dit que c'était normal, et j'ai pas vraiment eu le temps de faire plus que me rhabiller avant de m'endormir aussi.
- On rentre ?
- Enfile quand même des fringues avant."

"Alors, c'était comment ?", demande En alors qu'un des larbins sert le thé et que Noi s'écroule dans un canapé.
"Tranquille. Plutôt rapide.", répond Shin. "Comme vous aviez dit, fallait le baratiner et y avait une épreuve humiliante mais c'était vraiment pas la mort.
- Bon, ben au moins ça c'est fait. En tout cas, j'ai une mission pour vous.
- ... ça risque d'être un peu difficile.", dit Shin en pointant Noi du doigt. "En fait c'est super crevant d'assimiler le nouveau pacte et depuis, c'est déjà la troisième fois qu'elle me fait le coup de s'endormir comme ça."

Et en effet, Noi est déjà complètement endormie sur le canapé d'En.

"T'as l'air OK, pourtant, toi...
- Je viens de me réveiller, en fait. Mais je sais pas si je serai éveillé assez longtemps pour une mission... si c'est pas chiant que j'y aille tout seul, j'peux essayer.
- ... Nan, c'est bon. Je vais demander à Shô. Va te pieuter si t'es fatigué."

Shin se lève, jette un coup d'oeil vers Noi et se tourne à nouveau vers En.

"J'peux la laisser là ?
- J'reçois du beau monde après, donc non.
- Sûr de sûr ?
- ... ta partenaire, ton problème.", conclut En et Shin pousse un nouveau soupir.

Jour 87

Le lendemain de la signature du pacte, Shin passe le gros de sa journée à comater sur le canapé. Noi est pas beaucoup plus vaillante, et à part un moment où Shin se réveille avec le pied de Noi dans la figure, la journée n'est pas trop désagréable.
En fin d'après-midi, se sentant beaucoup mieux, Shin se décide à aller faire son jogging et s'entraîner un peu.

"Z'en avez du courage, moi j'suis encore crevée.", soupire Noi, avachie sur le comptoir de la cuisine alors qu'elle vient de goûter.
"J'aime bien dormir, mais au bout d'un moment, ça m'saoûle, quand même...
- Vous faites comme vous voulez. Moi, j'imagine pas être capable de faire plus que prendre un bain.
- ... t'endors pas dedans, hein.
- Ca devrait aller, je pense.", dit-elle en se redressant. "Vous ramenez à manger pour ce soir ? J'ai la flemme de faire la bouffe.
- ... ça marche. Enfin, si tu me vois pas rentrer, tu pourras supposer que j'ai piqué du nez quelque part et que c'est pas que je voulais pas ramener le repas.
- Si j'ai le courage, j'viendrai même vous ramasser."

Il rentre le repas du soir à la main, et balance ses baskets dans l'entrée avant de poser son masque. Noi n'est pas dans le salon. D'un pas rapide, il se dirige vers la chambre. Même si elle a passé le gros de la journée à comater dans le salon avec lui, il lui arrive encore de se cloîtrer dans la chambre sans crier gare et Shin préfère s'assurer de son état.
La porte est légèrement entrouverte, il décide donc de la pousser un peu plus, et est rassuré de voir les rideaux ouverts et Noi dormant de manière paisible sur son lit. Elle porte une des chemises de Shin -aucun bouton fermé, mais elle reste encore presque décente-, et peut-être rien d'autre, mais au moins il y a une couverture à ce niveau.
Pas certain de la marche à suivre, Shin repousse doucement la porte et retourne dans l'entrée. Il rouvre la porte de l'appartement, la claque dans un grand bruit, beugle "C'est moi", et pour être bon dans son timing, fait semblant d'enlever à nouveau ses chaussures, mais rien ne se passe.

"Noi ?
- Hnnnn, j'suis dans la chambre, j'arrive...", répond une voix ensommeillée.

Le temps de poser le repas sur la table et Noi sort de la chambre.
Le bas est du même accabit que le haut, en fait : elle porte un de ses caleçons. Il lui va mieux qu'à lui, mais en même temps, vu qu'il a une certaine préférence pour les habits trop grands, on lui a déjà demandé à plusieurs reprises s'il ne se servait pas directement dans la garde-robe de sa partenaire (chose qu'il avoue avoir faite plus d'une fois depuis qu'il habite ici, et personne ne s'en est rendu compte). Elle a fermé un des boutons de la chemise, au niveau du ventre (bon, à la poitrine c'était mort de toute façon) et l'effet est totalement inversé par rapport à tout ce qu'on peut attendre d'une fille qui met la chemise d'un mec. Le tissu est tiré, les manches sont trop courtes et il y a un écart entre le bas de la chemise et le début du caleçon qui n'arrive jamais chez lui.
En même temps, si Noi voulait avoir l'air frêle dans la chemise de son mec, elle mettrait un certain temps pour trouver un petit ami au gabbarit adéquat.
Il préfère ne pas faire de remarque. En même temps, il a assez de fringues et ça le dérange pas qu'elle lui en pique (tant qu'elle sort pas comme ça, peut-être...).
Elle baille, s'étire, et lui sourit.

"Le repas est servi. Ou presque.", déclare Shin, et Noi se dirige vers la cuisine pour sortir à boire et des couverts.
"Merci, sempai. Putain, j'ai super bien dormi. Quelle heure il est ?
- Même pas 8 heures, je dirais.", répond Shin, et il se met à bailler lui aussi. En même temps, avec son sport, il est de nouveau claqué.
"Ah, ça va, c'était pas trop longtemps alors... ça vous dérange si je mets la télé ?"

Il a envie de dire "T'es chez toi", mais en même temps, c'est un peu devenu chez lui aussi maintenant, même s'il trouve ça toujours bizarre et que ses cartons traînent encore dans l'entrée. Ils ont pas abordé la question depuis qu'il a avoué vouloir rester, mais c'est très clairement pas lui qui va remettre le sujet sur la table, et connaissant Noi, elle est pas prête de le mettre dehors.

"Nan, vas-y."

Elle s'installe sur le canapé, attrape la télécommande, puis ouvre le sac qu'il a ramené. Shin enlève son sweat, le jette sur le tas derrière le canapé et vient s'asseoir à côté de Noi.
Elle a les jambes repliées sous elle, les cheveux hirsutes, et un sourire aux lèvres.

"T'es plutôt jolie comme ça.", lâche Shin, et au moment où il le dit il ne sait déjà plus pourquoi il l'a dit, ni même s'il le pense, et bon, il a sûrement déjà vu Noi dans des habits plus flatteurs, et c'est pas comme si elle était foncièrement moche le reste du temps... ni foncièrement jolie, enfin, il sait pas, c'est pas son type de fille, mais il est pas vraiment sûr de ce que peut être son type de fille, et il sait pas pourquoi il l'a dit et maintenant elle le regarde et elle ne sourit plus et il ne sait plus où se mettre, sauf que ça fait trois mois qu'il vit sur ce canapé alors il sait pas trop où il pourrait se mettre d'autre.
Il finit par tousser et détourne les yeux vers la télé. Il espère très fort qu'elle ne répondra pas, ou alors juste merci, parce que quand même, c'était un compliment et bon, vu que son coeur va lâcher d'ici une minute ou deux si elle dit rien, ça mérite peut-être au moins un merci.

"Je vais plus vouloir mettre que vos habits, si vous pensez ça...
- Bah, tu fais comme tu veux", réussit à répondre Shin avec difficulté.
"J'pensais que vous alliez m'enquiquiner, pour les fringues, en fait. Comme vous aimez pas prêter vos affaires..."

Shin se décide à regarder à nouveau vers Noi, parce que ça ne peut pas être plus embarassant qu'une conversation avec une fille à moitié à poil où il regarde ailleurs.

"Tu m'as sauvé la vie des dizaines de fois, si tu veux te repayer en tapant dans mes fringues, te gêne pas, c'est pas cher payé."

Noi répond par un sourire et détourne son regard vers la télé, avant d'attraper son assiette. La conversation est terminée et Shin se sent respirer à nouveau.
Il attrape aussi une assiette, et commence à manger des gyôzas (il a ramené tout et n'importe quoi, comme à l'accoutumée) quand il sent la main de Noi attraper le bout de son t-shirt.

"Sempai...", commence-t-elle, et Shin est à peu près certain que Noi ne devrait pas avoir le droit d'employer ce ton quand elle est si peu habillée. "...merci pour le compliment.", continue-t-elle, et Shin aimerait pouvoir juste déconnecter son cerveau, ou son coeur (fragile, elle le sait, pourquoi lui fait-elle ça), ou au moins l'irrigation des veines de ses joues parce qu'il préfèrerait ne pas rougir dans ces circonstances.

Le repas est vite terminé, débarrassé, et Noi propose de faire la vaisselle alors que Shin va se doucher. Il enfile des habits confortables avant de retourner sur le canapé. Il est juste encore plus vanné qu'avant, mais il est encore super tôt.
Noi revient s'asseoir à côté de lui avant de changer de chaîne. Elle repose sa tête sur son épaule et par habitude, Shin passe son bras autour des épaules de Noi pour qu'elle soit mieux installée. Il écoute la télé d'une oreille distraite quand le flash d'information attire son attention.

Un événement exceptionnel a eu lieu hier : le diable Galep a conclu un pacte à vie entre 2 mages, pour la première fois depuis 33 ans. Galep revient sur cette signature et nous dit tout sur ce pacte dans une interview exclusive.

Et effectivement, c'est bien le diable qui leur a permis de pactiser à nouveau à l'écran. Il n'a vraiment rien dû se passer d'intéressant aujourd'hui pour qu'on parle de leur pacte à la télé...
Ils ne sont pas identifiés au-delà du descriptif "deux mages dans l'entourage direct d'En" et il s'agit plus pour le présentateur de s'étonner de l'existence du pacte à vie et pour Galep d'expliquer de quoi il retourne.

- Parlez-nous un peu des nouveaux partenaires... comment ont-ils réussi à vous convaincre ?
- Déjà c'est pas n'importe qui. Ce sont de puissants mages, tous les deux. Ne pas être partenaires leur était insupportable, et c'est assez rare après des années de pacte.
- Comment ça ?
- Le pacte rend docile les partenaires les plus récalcitrants. Les mages liés de manière consentie ne s'en rendent pas compte, mais le pacte les influence aussi. En général, quand un partenariat se rompt et que le corps des mages revient à la normale, les anciens partenaires se rendent compte qu'ils ne peuvent plus se piffrer.

"Ah ça j'avais jamais entendu !", s'exclame Noi, et Shin est rassuré de pas être au courant de ce genre de choses. Ca lui semble bizarre, parce qu'objectivement il n'a pas l'impression d'être bien différent avec ou sans son pacte avec Noi, mais pourquoi pas...
Galep continue de parler, explique le pacte à vie et la différence avec la Blue Night. Il est venu très préparé parce qu'il a même des schémas à montrer.

Les heureux élus sont deux éminents membres du clan En. Ils étaient partenaires depuis 8 ans et ont sauté le pas après avoir loupé la précédente Blue Night.

Après un plan large sur la résidence d'En, Chôta apparaît à l'écran.

-Tout le monde était triste pour eux quand la Blue Night est passée et qu'ils n'avaient pas pu refaire leur contrat. C'est grâce à En qu'ils ont pu prendre contact avec Galep.
- Et qu'en pense-t-on au sein de la famille ?
- C'est si romantique, un pacte à vie. De nos jours où les gens ont peur de l'engagement, ça fait plaisir de voir encore deux personnes qui s'aiment ainsi.

Shin n'est pas totalement sûr de la marche à suivre dans un contexte pareil. Il aurait peut-être su quoi faire si au cours de la soirée, 1) il n'avait pas dit à Noi qu'il la trouvait jolie, 2) elle ne s'était pas décalée sur le canapé jusqu'à être lovée tout contre lui , 3) il n'avait pas présentement une main dans ses cheveux qu'il ne se souvenait pas y avoir mise.
Parce que s'entendre dire que Noi et lui forment un couple, il a l'habitude (bon, peut-être pas jusqu'à la télé), mais se rendre compte que quel que soit son avis sur la question, c'est quand même plutôt vrai, c'est une autre paire de manches.
Et bizarrement, ce soir, pour la première fois, il réalise combien c'est vrai.
Combien c'est évident que tout ce qu'il fait pour elle, il ne le ferait pour personne d'autre.
Combien c'est confortable, de l'avoir ainsi près de lui.
Que si ça lui plait tellement d'être chez elle, c'est pas parce que la piaule est mieux (en même temps, il dort sur le canapé), mais qu'il peut être tout le temps avec elle.

Du jour où ils se sont rencontrés, ils ont toujours été fourrés ensemble. Shin n'avait jamais eu d'ami, et ne sachant pas trop ce que c'était à l'époque, il s'était persuadé sans trop de difficulté que les moments passés à se moquer d'En alors qu'ils mangeaient des ramen au Hanakemuri étaient la définition même de l'amitié. Maintenant qu'il y repense, les gens normaux ne sacrifient probablement pas leur vie pour quelqu'un avec qui ils mangent des nouilles de temps à autres. Il l'avait fait sans sourciller.
Et c'est bien beau de dire qu'il pourrait crever pour elle, souffrir pour elle... ça a beau être vrai, c'est pas vraiment ça qu'il veut.
Il veut la voir sourire, il veut la voir piquant ses fringues, il veut être là quand elle se lève le matin.

Ca fait dix ans qu'il la connait, et c'est maintenant qu'il réalise ça.

"Noi ?
- Hmm ?
- Tu penses pas que maintenant qu'on est partenaires à vie, que je vis plus ou moins ici et que tu portes mes fringues, il serait peut-être temps que tu m'appelles par mon nom et que tu me tutoies ?
- Je sais pas... je réserve un traitement de faveur aux gens que je vouvoie, vous savez.
- En même temps, je t'ai jamais entendu vouvoyer quelqu'un d'autre que moi.
- ... ceci explique probablement cela.", dit-elle, et ce coup-ci, c'est elle qui rougit, et ça rassure Shin de voir qu'il n'est pas le seul ce soir.

"Shin ? Shin, tu dors ?"

Shin met quelques secondes à réaliser où il est et qui l'appelle, parce que c'est Noi, mais en même temps pas tout à fait. Il enlève ses lunettes, essuie ses yeux, s'étire.
Il est toujours devant la télé, à côté de Noi, et comme souvent ces deux derniers jours, il s'est endormi assis.

"Hmm, oui, pardon, tu disais ?", dit-il avant de bailler à s'en décrocher la machoire.

Même sans ses lunettes, il voit qu'elle lui sourit. Elle attrape sa main, se lève, l'incite à faire de même.

"Tu dors debout.", dit Noi, et maintenant Shin sait pourquoi c'est Noi, mais que ça ne sonne pas comme Noi. Elle le tutoie.

"Je dormais assis, c'est toi qui m'as mis debout.", répond Shin dans un élan de lucidité avant de renfiler ses lunettes.
"Je sais. Viens te coucher."

Elle tire encore sur sa main, avance vers la porte de la chambre, et Shin réalise ce qu'elle fait.
Et Shin se laisse faire, et il ne sait pas trop pourquoi, parce qu'il en a marre du canapé, parce qu'il veut lui faire plaisir, parce qu'en fait il la trouve /vraiment/ jolie ce soir ou juste parce qu'il est trop fatigué pour réfléchir. Il serre plus fort la main de Noi entre ses doigts et elle s'arrête, et elle va de nouveau parler, en si bon chemin, mais s'il y réfléchit trop il ne sait pas ce qu'il va faire. Elle se contente de lui sourire et de le tirer à nouveau, lui faisant passer la porte de la chambre.

Elle s'arrête au pied du lit, passe une main dans ses cheveux et lui retire ses lunettes qu'elle pose sur la table de nuit. Elle glisse ses mains sous le sweat-shirt qu'il a remis après sa douche et tire doucement vers le haut pour lui enlever. Shin aligne sa tête et ses bras pour lui faciliter la tache et se retrouve vite en t-shirt. Noi glisse une main le long de son bras gauche, joue une seconde avec la cicatrice à son poignet et Shin se sent frissonner à ce contact. Il était endormi quelques instants auparavant, et en plus d'avoir encore l'esprit encore embrûmé, il a froid, maintenant.

D'un mouvement, elle l'invite à s'asseoir et Shin s'exécute. Elle s'accroupit devant lui, lui fait un sourire. Il aimerait se réveiller un peu plus, être moins pataud, mais il ne sait juste pas quoi faire. Elle glisse une main sur son genou puis se relève et se penche sur lui. Il ne sait pas trop ce qu'elle veut. Probablement qu'il s'allonge, alors c'est ce qu'il fait.
Il se doutait bien que dans un contexte pareil, Noi serait plutôt entreprenante, mais il ne s'imaginait pas lui-même si... obéissant.

Son visage s'approche du sien et il sent la chaleur revenir dans son corps, mais elle se contente de lui glisser un "Bonne nuit" à l'oreille avant de se relever et de s'écarter du lit.

C'est là qu'il réalise.
Elle comptait le mettre dans son lit, mais prendre le canapé.
Il s'est fait un film tout seul.

Il se redresse, attrape le poignet de Noi et cligne des yeux très fort. Il doit vraiment se réveiller. Et faire quelque chose.

"... Noi..."

Elle retourne près de lui, s'assied à son chevet.

"T'es complètement vanné. Essaie de dormir.", explique-t-elle.

Shin pousse un long soupir. C'est vrai qu'il est crevé.

"... chuis là pour être sûr que tu vas bien. Si t'es à côté je serai pas sûr.", dit-il, et même à ses oreilles, ça sonne comme une mauvaise excuse.

Elle répond juste d'un sourire.
Il se décale plus loin dans le lit pour lui faire comprendre ce qu'il veut.

Elle comprend.


Ce que nous avons appris dans ce chapitre :

- Noi ne vouvoie que Shin (enfin, plus maintenant).
- Les diables aiment bien passer à la télé.
- Noi ne croit pas au coup de foudre.