23 août

La fille suivante ne fit pas vraiment dans la dentelle. Elle aurait pu, bien sûr, mais de fait, ce fut plutôt à son avantage. Les garçons étaient sur les nerfs. Les filles promettaient un repas de rêve, et ils ne pouvaient y toucher. Un vrai supplice de Tantale... Connaissant leur père, il était capable de l'avoir fait exprès. Du coup, ils auraient été prêts à boire n'importe quoi. Le problème était que mis à part une visite express à leur école, où ils avaient découvert que tous les papiers des filles étaient en ordre, ils ne sortaient pas.

Reiji imposait sur ce point une discipline de fer, et il avait sans doute raison. Il aurait suffi de quelques minutes pour que les garçons se fassent arrêter, dans leur état actuel...

Les jeunes femmes sortaient peu de leurs chambres. Par manque d'intérêt pour l'extérieur pour certaines d'entre elles, comme Mayonaka et Sacha. La belle vampire et la petite humaine ne s'étaient pas rapprochées à proprement parler mais on pouvait percevoir entre elles un respect silencieux. Qui se traduisait uniquement par un mince signe de tête lorsqu'elles se croisaient par hasard.

Pour d'autres, comme Lyana, c'était de l'esprit de conservation. Certains auraient peut-être dit de la peur, mais elle aurait qualifié ça d'intelligence. C'était en réalité de l'instinct de survie à l'état pur. Elle refusait de se faire tuer par un de ces six jeunes crétins arrogants alors qu'elle avait survécu deux ans avec l'un des vampires les plus anciens de la planète.

Quant à Eléonore, le fait était qu'elle était cruellement dépourvue de cet instinct de survie. Le seul instinct qui semblait la guider, était son côté maternel. En deux jours, elle avait reprisé Teddy avec un soupir réprobateur digne d'une mère modèle, s'était mise à préparer du thé à intervalles réguliers pour Reiji (Très bon, soit dit en passant), et avait voulu forcer Shuu à prendre des vitamines.

L'absence de peur qu'elle éprouvait à l'égard des vampires était sidérante, et ne pouvait s'expliquer que d'une seule façon : elle n'était pas au courant. Elle ne savait pas qu'elle avait affaire à des monstres capables de lui briser la colonne vertébrale juste en la serrant un peu trop. Elle ne savait pas qu'ils pourraient la laisser mourir d'une hémorragie sans se sentir coupables.

Et eux, ils ne savaient pas que, sur les quatre filles présentes, trois étaient des bombes à retardement capables du pire. Ils ne savaient pas non plus que la quatrième était sous la protection d'un des hommes les plus dangereux au monde.

La cinquième fille, donc, arriva par surprise dans la propriété. Les vampires étaient pourtant particulièrement attentifs. La grille était gardée par un Laito un peu trop enthousiaste, Subaru errait en grondant dans les jardins, Shuu était endormi sur l'escalier dans l'entrée, et les autres restaient vigilants.

Ils faillirent pourtant ne pas la remarquer.

Pour leur défense, rien ne les préparait à cela. D'ailleurs, la surprise que la fille leur causa faillit provoquer sa mort. En effet, elle arriva par la voie des airs.

Pas en hélicoptère ou autre jet privé, non... En volant. Elle se posa de manière gracile à l'une des fenêtres, et se glissa dans une des chambres tandis que les ailes se résorbaient.

Alors qu'elle s'avançait dedans, hésitante, la porte fut ouverte par un Kanato ricanant. Il s'avança vers elle sans lui prêter attention. Il avait soif, et les règles du vieux ne l'arrêteraient pas. Mayonaka, par contre, s'avança dans la pièce et s'interposa.

- Tu es la suivante ? Demanda-t-elle à l'arrivante en plantant ses pupilles bleues dans celle de la jeune fille, une blonde aux très longs cheveux.

La fille déglutit puis hocha la tête, et sortit la traditionnelle enveloppe. Mayonaka la saisit et la glissa dans sa poche. Elle la rendrait à Reiji. Kanato ne bougeait plus depuis que la vampire était rentrée dans la pièce.

- Je suis Shara Desombres, annonça la fille sur un ton embarrassé. Je suis désolée d'être entrée directement, j'étais épuisée.

Mayonaka se détourna. La fille se mordillait les lèvres avec embarras, mais la vampire ne lui prêta pas attention et s'éloigna, entraînant Kanato dans son sillage. Il se dégageait d'elle une atmosphère fascinante, et c'était peut-être la raison pour laquelle il la suivait.

Peut-être.

25 août

La jeune femme était appuyée contre la fenêtre du bus. De temps en temps, elle baissait les yeux pour pianoter un message rapide sur son portable. Elle ne voulait pas venir, et la seule chose qui l'avait convaincue, était le fait qu'on lui avait promis que Yui la rejoindrait sous peu. On ne lui avait toutefois pas vraiment laissé le choix, sans quoi elle aurait attendu que son amie parte.

Elle signala au chauffeur qu'il lui fallait descendre devant l'imposant manoir sans amabilité. Elle portait pour tout bagage un sac à dos noir. Elle observa d'un coup d'œil rapide les alentours du manoir, constata avec satisfaction que la propriété, en plus d'être visiblement immense, semblait posséder une forêt. Elle appréciait.

Elle poussa la grille d'un geste presque méprisant, et s'avança jusqu'à la porte. Elle aurait pu frapper, mais elle ressentit une bouffée de claustrophobie à la simple idée d'y entrer. Après avoir passé des heures, enfermée dans ce bus, elle ne tenait pas à retourner dans un « intérieur » aussi vite. En quelques minutes, elle ne distinguait plus le manoir qu'en une vague masse derrière elle.

D'un autre côté, elle n'y prêtait pas du tout attention.

Autour d'elle s'étendaient, à présent, des parterres de roses. Pas n'importe lesquelles : de magnifiques roses blanches. Et cela, à perte de vue.

Kalista, car tel était le nom de la brunette qui avançait dans le parc des Sakamaki, songea que Yui se serait extasiée devant leur beauté, leur nombre, aurait sans doute aussi réussi à lâcher un commentaire niais sur l'entretien que cela devait nécessiter, et l'amour que leur distillait forcément le jardinier.

Kalista aurait ri, aurait ébouriffé les cheveux de son amie, et se serait passée de tout commentaire. Elle aimait trop Yui pour cela.

Parce qu'elle, elle ne voyait pas la même chose. Elle ne voyait pas ici quelque chose de magnifique, au contraire, elle percevait une sorte de douleur sourde. Elle frémit, et fit demi-tour pour retourner au manoir. L'odeur entêtante des fleurs la rendait presque malade. Alors qu'elle était presque arrivée, une voix froide retentit dans son dos.

- Je peux savoir ce que tu fais là ?

Elle pivota avec lenteur. Malgré le calme apparent du garçon qui avait parlé, une colère évidente suintait dans sa voix. Elle le détailla avec prudence. Il était grand, et si elle s'était intéressée à ça, elle l'aurait trouvé beau. Il avait des cheveux blancs, dont une mèche qui cachait l'un de ses yeux. L'autre était rouge, constata-t-elle.

Toutefois, ce ne fut pas à ça qu'elle s'attarda. Elle prêta bien plus d'attention à ses épaules larges, à son torse musclé, et surtout à ses poings serrés au point que ses jointures étaient visibles. Alors seulement, elle sut à quel point il était dangereux. Menaçant, elle s'en était aperçue, mais dangereux était quelque chose de très différent.

Elle fit un pas en arrière, pour mettre un peu plus de distance entre eux.

Il la combla immédiatement en avançant de plusieurs pas vers elle.

- Je t'ai demandé ce que tu foutais là, cracha-t-il avec fureur entre ses dents serrées. Comment tu es entrée et pourquoi t'étais avec les roses, putain !

- Subaru ! Protesta une voix agacée qui appartenait en fait à Éléonore, tu vois bien qu'elle a l'air complètement perdue, enfin ! Ma pauvre chérie, soupira-t-elle en se tournant vers Kalista, sidérée, tu veux rentrer ? Boire quelque chose de chaud, peut-être ?

Kalista déglutit - Mais qu'est-ce que c'est que cette fille qui me donne du « ma pauvre chérie » ? - puis enfouit la main dans la poche de son manteau pour en sortir une enveloppe, qu'elle exhiba, incertaine de la personne à laquelle elle devait la remettre. Le garçon aux cheveux blancs tressaillit en l'apercevant, et la lui arracha des mains.

Il déchira le papier avec sauvagerie, faisant sursauter les deux jeunes femmes, et en sortit une carte. Il lut, avec une expression de rage marquant son visage, ce qui était écrit dessus, chiffonna dans son poing le bout de papier, puis la jeta sur le sol avec fureur.

- Subaru... commença Éléonore avec réprobation, tu...

- Je peux vous aider ? Demanda d'une voix timide une petite blonde que Kalista n'avait pas encore remarquée jusqu'alors.

Tournant la tête vers elle, Kalista s'aperçut avec surprise qu'elle ressemblait énormément à sa Yui. Éléonore la regarda et sourit.

- Shara ! C'est-à-dire que...

- Je vais ramasser ça, dit-elle en se penchant vers le papier.

Éléonore hocha la tête. Subaru avait de la chance qu'elle soit arrivée, sans quoi il se serait pris un sermon bien mérité. Elle se tourna à nouveau vers la nouvelle venue, qui n'avait d'yeux que pour Shara. Subaru avait observé les filles et s'était éloigné d'un pas rapide.

- Tu es la nouvelle, c'est ça ? Demanda Éléonore avec douceur. Ne t'en fais pas, on va bien s'occuper de toi. Je vais te faire un bon chocolat chaud...

Shara lui lança un sourire amusé. Le chocolat d'Éléonore était absolument délicieux. Ayato en avait fait plusieurs fois l'échange, et Kanato lui-même, qui l'avait tant effrayé lors de son arrivée, était capable de se montrer... Disons, vaguement plus aimable pour en obtenir. Toutefois, la jeune femme ne semblait pas intéressée. En se redressant, le papier en morceaux à la main, Shara jugea bon de préciser :

- C'est une tuerie, tu sais, tu devrais y goûter !

- Kalista Komori, dit la jeune femme en lui tendant la main.

Shara sourit, ravie de cette attention. Seul Subaru, qui s'était posté sur un balcon du manoir, remarqua que c'était les premiers mots de la mystérieuse arrivante...

27 août

Lyana, bien qu'à l'abri dans sa chambre, ne put s'empêcher de frissonner. Tout ça ressemblait de plus en plus à un traquenard. Elle ne savait pas ce qui était prévu par Karl Heinz, et elle n'était pas sûre d'y tenir. Mais elle n'aimait pas l'idée que de plus en plus de filles se retrouvaient dans cette maison. Certaines sauraient peut-être se débrouiller, mais ce ne serait sans doute pas le cas de toutes... Elle la première.

Alors elle avait pris sa décision. Elle chercherait à éloigner la prochaine arrivante. Aussi, quand elle vit une jeune femme descendre d'un taxi en tirant sa valise, elle l'observa avec beaucoup d'attention.

De son poste, elle put voir qu'elle avait des cheveux courts, qui lui semblèrent noirs. Ou peut-être étaient-ils bleus... Auquel cas, il y aurait probablement une autre inhumaine dans la place, et elle serait encore plus ennuyée pour la suite des évènements. Quand elle vit la jeune femme pousser, après une hésitation, la grille d'entrée, elle sauta sur ses pieds, et sortit de sa chambre.

Elle dévala à toute vitesse l'escalier central, traversa le hall en courant, et arriva devant la porte d'entrée, qu'elle ouvrit vivement. La jeune femme qui se trouvait de l'autre côté haussa un sourcil, surprise, puis baissa la main. Elle s'apprêtait visiblement à frapper.

- Vous êtes très réactifs, ici, commenta-t-elle, un sourire dans le regard.

Lyana, elle, ne souriait pas, loin de là. Elle devait faire vite. Elle était prête à parier que les autres vampires étaient au courant, et qu'ils arriveraient bientôt. Elle ne pouvait rien y faire, mais elle pouvait au moins essayer de la convaincre de ne pas rester. Comme à son habitude, ses actes étaient réfléchis.

Même si les garçons arrivaient rapidement, elle devrait avoir le temps de convaincre cette fille de s'en aller. Et eux ne pourraient pas la forcer à rester.

- Si tu restes, tu risques la mort, dit Lyana en des mots choisis.

La fille hocha la tête, et Lyana se tut. Elle comprit soudain que l'autre était au courant. D'une manière ou d'une autre, elle se doutait de ce qui allait arriver dans cette maison.

- J'apprécie, dit sincèrement la fille avec un sourire. Le conseil est le bienvenu mais, vois-tu, je n'ai nulle part où aller. Et puis, je suis du genre à me débrouiller toute seule... Je peux prendre soin de moi-même, figure-toi.

Lyana ne put contenir une légère moue. Elle aussi. Elle avait simplement espéré, très sincèrement, lui éviter une fin qui ne manquerait pas d'être atroce. Elle se contenta donc de s'écarter et de laisser l'autre passer. Son visage reprit son impassibilité en seulement quelques secondes. Elle pivota pour se diriger vers sa chambre, et ses yeux se posèrent alors sur Sacha. Elles se fixèrent seulement une poignée de secondes, avant de se détourner et de s'éloigner l'une de l'autre, mais la russe se doutait désormais de quelque chose.

- Hé, la retint la nouvelle venue.

Lyana pivota. Son air affectueux avait disparu. La fille devant elle était morte en sursis, comme toutes les personnes de ce manoir. A quoi bon jouer un rôle ? Malgré tout, l'adolescente lui tendit la main :

- Lyra Drako. C'est un plaisir de t'avoir rencontrée.

Lyana serra sa main sans laisser transparaître d'émotions. Et puis elle frémit en regardant la fille dans les yeux. Sa pupille s'était étrécie, se réduisant à une simple fente, et l'humaine eut l'impression de fixer un reptile.

- J'ai une lettre à remettre à quelqu'un, précisa l'autre fille tandis que ses yeux redevenaient normaux. Tu sais à qui je peux m'adresser ?

- A moi, répondit la tranquille voix de Reiji.

Lyana tourna la tête vers lui et leurs regards se croisèrent pour une poignée de secondes. Toutefois, l'humaine était très loin d'être effrayée, constata le vampire. Lui qui l'avait toujours vue comme une petite chose fragile, s'avouait maintenant surpris par son calme et sa capacité de réflexion.

- Je vais rejoindre ma chambre, annonça-t-elle froidement.

Elle se détourna et s'éloigna d'un pas tranquille. Pendant ce temps, Reiji récupérait l'enveloppe de la jeune femme, et y lisait les mots rituels. Il soupira puis, d'un simple geste, comme on chasse une mouche, éloigna celle-ci.

29 août

Sophie laissa échapper un long soupir en refermant la porte de sa chambre. Le travail dans cette maison était éprouvant. Pas physiquement, ou en tout cas pas plus que ça, mais mentalement. Principalement depuis qu'elle avait été mordue. C'était arrivé plusieurs années plus tôt, maintenant, à l'époque elle travaillait à mi-temps et était au lycée.

Depuis, elle était devenue travailleuse à temps plein, et vivait sur place. On ne l'avait plus jamais touchée, mais elle pouvait parfois lire la faim dans les regards que les vampires posaient sur elle. Elle avait en fait eu de la chance, puisqu'elle avait appris que son sang était « mauvais ». En somme, banal. Comme elle.

Elle avait réussi à éviter les morsures en menaçant Reiji Sakamaki, le seul être raisonnable de la maison, de les dénoncer et de porter plainte pour rupture du contrat. Elle n'était pas payée pour ça. Aussi surprenant que ce soit, seule l'inquiétude d'une bataille juridique l'avait poussé à interdire à ses frères de s'approcher d'elle.

Sophie défit d'un geste son uniforme, une robe de femme de chambre des plus raisonnables. Elle n'appréciait pas particulièrement cette tenue, mais elle n'y voyait pas d'inconvénient non plus. Elle gagnait bien sa vie de cette manière, et cela lui suffisait. Quand elle aurait assez d'argent, elle partirait pour la France, comme elle en rêvait depuis longtemps.

Alors qu'elle comptait se changer, pour passer quelque chose de plus confortable, son service étant terminé, elle aperçut une enveloppe épaisse, d'un blanc cassé, sur son lit. Elle fronça les sourcils. Elle détestait ce genre d'intrusion. Elle aurait aimé qu'elle la lui soit remise en main propre cela elle l'aurait au moins toléré plus facilement.

Elle l'ouvrit et en sortit une feuille, ainsi qu'une épaisse liasse. Elle devina aussitôt qu'il s'agissait d'un nouveau contrat, et fronça les sourcils. Le sien n'était pas encore terminé.

Mademoiselle Lalande, j'espère que vous accepterez mes modestes demandes...

La première phrase à elle seule la fit grimacer. Ce style ampoulé ne pouvait correspondre qu'à son employeur. Il demandait, constata-t-elle en survolant l'ensemble du texte, à la déplacer vers un autre domaine. Un autre manoir, visiblement. Pour cela, il proposait un remaniement du contrat, qu'il lui demandait de signer et de déposer à la poste, à une adresse indiquée.

La rousse réprima un sourire moqueur, devinant le contenu implicite de la lettre. Si elle refusait, elle serait renvoyée. Pire, peut-être que son employeur demanderait aux adolescents de la maison de la tuer. De toute façon, elle se fichait du lieu sur lequel elle était envoyée. Relisant la feuille, elle prit conscience que les conditions du contrat entraient en application immédiatement.

Très bien.

Elle prit le temps de lire attentivement tous les détails de ce qu'elle s'apprêtait à signer. Elle avait de vagues connaissances de droit, tirées de l'intérêt qu'elle portait au sujet. Si elle n'avait pas dû travailler, elle l'aurait sans doute étudié. Elle ne le regrettait pas particulièrement pour autant.

Au bout de plusieurs minutes, elle hocha la tête et signa la feuille dans un geste imprécis. Après cela, il ne lui fallut guère plus de quelques minutes pour emballer ses maigres possessions. Sophie ne voyageait pas lourd. Quelques livres, quelques vêtements qu'elle portait peu, et, bien sûr, quelques objets personnels. Elle savait qu'elle serait nourrie et logée.

Elle retira sa robe, et la posa sur son lit. Elle recevrait un autre uniforme dans l'autre maison. Ensuite, elle enfila quelques vêtements simples, à savoir une tunique à col roulé qui mettait en valeur son corps mince, et un simple collant, ainsi que d'élégantes bottes. Tout, dans sa tenue, était bon marché, sans marques, mais elle lui allait bien. Elle s'adressa un clin d'œil dans le miroir, puis franchit la porte, sa valise à la main.

Elle descendit rapidement les marches, et s'arrêta dans le hall d'entrée en entendant une voiture. Ces derniers temps, elle avait observé la présence de nombreuses arrivantes dans le manoir, et elle aurait peut-être pu s'inquiéter pour elles. Toutefois, elle avait décidé, avec l'indifférence qui la caractérisait souvent, qu'elles auraient à se débrouiller seules.

Elle salua d'un signe de tête les deux jeunes femmes souriantes, et resserra le col de son manteau autour d'elle avant de franchir la porte.

Sa destination ? Le manoir Mukami...

29 août, de nouveau.

Ce jour-là fut à marquer d'une pierre blanche pour diverses raisons. D'abord, il devait permettre d'accueillir les dernières arrivantes. Ensuite, parce que ce soir-là, pour la première fois depuis le 15, ils furent tous réunis autour d'une même table. Les repas de famille étaient un simulacre de vie, et personne n'y était réellement animé, même si Reiji continuait à les imposer. Par jeu, peut-être ?

L'ambiance était curieuse et silencieuse. Même Eléonore, habituellement si explosive, si... vivante, la plus vivante de tous, restait étonnamment silencieuse. Ses yeux étaient vides, et son absence d'activité et de réaction était presque inquiétante. Lyana, coincée entre un Shuu endormi et un Laito hélas particulièrement réveillé, avait un terrible pressentiment.

D'après son expérience, les repas entre vampires ne pouvaient pas bien se passer. En regardant autour d'elle, elle s'efforça de museler l'impression que les plats se trouvaient autour de la table.

Sacha était assise de l'autre côté de Laito, et lançait une répartie cinglante quand il se montrait un peu trop entreprenant. Malgré tout, elle ne semblait pas trop souffrir de sa présence, et on aurait même pu affirmer que le fantôme d'un sourire dansait sur son visage.

Mayonaka, entre Reiji et Kanato, se tenait assise parfaitement droite. Elle était toujours aussi élégante, même vêtue, comme c'était le cas ce jour-là, d'un costume d'homme. Reiji l'avait examinée d'un regard désapprobateur, mais n'avait rien dit. Dans ses manières, la vampire restait très féminine, et sa beauté était presque inquiétante. Ayato côtoyait pour sa part une Shara tendue, que Kalista n'avait pas lâché d'une semelle. Elle restait très silencieuse, mais il arrivait que d'inquiétants grondements sortent de sa gorge quand, par malheur, un des vampires s'approchait un peu trop de sa protégée.

Pour l'instant, connaissant les ordres de leur père, ils n'avaient rien tenté à leur encontre. Pour l'instant. Ils n'en demeuraient pas moins de terribles prédateurs. Lyra, enfin, était assise un peu plus loin, légèrement excentrée par rapport aux autres. De toutes les personnes présentes, curieusement, c'était elle qui faisait la plus adulte. Elle tenait entre ses doigts un verre de vin, et ne semblait pas écouter les conversations. Il émanait d'elle une aura de danger qui n'avait rien de rassurant.

On aurait pu penser que cela suffirait à garder les vampires à l'écart. Après tout, Kalista et Mayonaka dégageaient la même impression. Seule Lyana savait qu'il aurait été stupide de penser ainsi. Sacha, elle aussi, s'en doutait, par expérience non pas des vampires mais bien des hommes. Car rien n'excitait davantage des prédateurs que des proies résistantes.

L'atmosphère s'alourdissait de secondes en secondes, et même les plus tranquilles ou les plus inconscientes des adolescentes présentes le ressentaient. Cela fit sortir Éléonore de sa torpeur. Elle lança aux alentours un sourire rayonnant, quoique un peu forcé. Elle s'efforça de détendre l'atmosphère, et était en train d'y parvenir, sous les regards noirs de Reiji et quelques autres vampires, quand on sonna à la porte.

Elles sursautèrent toutes, et le silence s'installa à nouveau dans la pièce. Elles avaient fini par remarquer, elles aussi, que de nouvelles personnes arrivaient tous les deux jours. Elles échangèrent des regards rapides, plutôt tendues. Reiji ne broncha pas. D'un simple geste de la main, il envoya le majordome, un vieil homme qui se tenait droit comme un piquet près de la porte ouvrir à la nouvelle arrivante.

Dans le silence, ils entendirent donc la lourde porte d'entrée s'ouvrir. Aussitôt, une voix joyeuse retentit.

- C'est pas trop tôt ! Vous savez qu'il pleut, dehors ?

Il y eut ensuite un bruit de valise, visiblement traînée à l'intérieur. La nouvelle venue partait dans de grandes explications, s'excusant pour l'arrivée tardive « en plein repas, désolée », et continua à bavasser de nombreuses minutes, jusqu'à ce qu'une toux discrète l'interrompe. Reiji fronça les sourcils. S'il appréciait l'initiative, il n'aimait pas l'idée que le majordome se permette d'agir ainsi.

La porte s'ouvrit sur l'homme, et, à la grande surprise de tout le monde, deux jeunes femmes rentrèrent dans la pièce. La première d'entre elle avait une tresse brune, qui tombait élégamment sur le côté droit de son visage, et descendait jusqu'à son ventre. Ses yeux verts brillaient d'un joli éclat, et ses lèvres étaient étirées en un sourire délicat et malicieux, qui conférait à son expression quelque chose de très doux et agréable. Elle était vêtue d'un élégant haut vert qui soulignait ses courbes, et d'un simple jean. Des baskets de marque venaient parfaire le tableau, et sa tenue avait clairement été composée avec goût.

La deuxième fille se tenait légèrement en retrait, et son expression comme son attitude montrait une certaine méfiance à l'égard des personnes présentes. Elle était légèrement plus grande que la première, et faisait bien plus âgée, plus mature. Ses cheveux, d'un brun soyeux et foncé, tombaient dans son dos. Son visage était à demi dissimulé par une mèche de cheveux, et elle souriait froidement. Elle portait une tunique noire et un leggings noir moulait ses longues jambes. La ceinture rouge qui ceignait sa taille était la seule touche de couleur dans sa tenue, si l'on excluait les Doc Martens pourpres qui remontaient presque jusqu'à ses genoux.

- Aya Darking, annonça joyeusement la première arrivante en avançant vers la table. On est désolées, on pensait vraiment arriver plus tôt, mais c'est vraiment atroce ici, on a mis des heures à trouver un taxi, et figurez-vous qu'au début il a refusé de nous emmener ici ! Comme quoi il n'aimait pas le coin... Quoi qu'il en soit, ¡No tiene importancia!

En parlant, elle s'agitait, et elle renversa un verre. Dans un mouvement souple et rapide qui fit tressaillir les vampires et éveilla l'attention de toutes les personnes présentes autour de la table, son amie le rattrapa.

- Fais attention la prochaine fois... conseilla-t-elle simplement sur le ton de quelqu'un qui a l'habitude de ce genre de choses, comme son sourire s'adoucissait. Jazz P... Shadow, se reprit-elle après avoir buté sur le début de son nom.

Reiji amorça un mouvement pour se lever, ayant l'habitude d'endosser le rôle du maître de maison. Toutefois, le surprenant, ce fut Shuu qui se redressa pour s'avancer vers les deux jeunes femmes. La posture de Jazz se modifia imperceptiblement, se rapprochant d'une garde de combat, mais le blond n'y prêta pas attention. Il se contenta de tendre mollement une main vers elles.

Elles l'observèrent d'abord sans sembler comprendre, et Aya allait lancer une plaisanterie sur le sujet quand Jazz hocha la tête et commença à fourrager dans son sac. Elle trouva rapidement son porte-monnaie, noir, sobre et élégant (griffé par une marque très célèbre), et en sortit deux enveloppes couleur ivoire, qu'elle tendit au garçon.

Il les prit, dans un mouvement qui laissait supposer que c'était absolument épuisant, puis retourna s'asseoir sur sa chaise sans les ouvrir et sans prononcer un mot. Reiji lui lança un regard noir, et adressa un mince signe de tête en direction des deux jeunes femmes.

- Avez-vous déjà mangé ? Demanda-t-il sur un ton qui réussissait l'exploit d'être à la fois parfaitement méprisant et impeccablement poli. Prenez place, poursuivit-il comme elles répondaient par la négative. Nous n'avons pas fini de manger, mais les domestiques pourront rajouter deux couverts.

Les deux femmes s'assirent donc. Jazz s'installa à côté de Lyra, qui se fendit d'un signe de la main, et Aya se laissa tomber à côté d'Eléonore. Aussitôt, celle-ci la salua avec bonne humeur et commença à discuter. De nouveau, la tension retomba dans la pièce. Le babillage de celle qui s'était imposée comme la « maman » du groupe y était pour quelque chose et, si Reiji pensait qu'elle ne s'en rendait pas compte, il se trompait lourdement. En effet, la jeune femme avait assez d'expérience en matière de « réunions de famille qui se passaient mal » pour savoir qu'il valait mieux mettre les autres à l'aise.

Il fallait reconnaître qu'elle excellait dans ce domaine.

Pendant ce temps, Shuu prenait son temps pour ouvrir les enveloppes. Il en devinait le contenu, à quoi bon dépenser son énergie pour se dépêcher ?

Il eut pourtant une surprise de taille en ouvrant la première. Il n'y avait rien d'écrit sur la carte. Celle-ci était parfaitement vierge. Il prit le temps d'y réfléchir, et une bouffée de faim l'envahit brutalement quand il comprit. Son père avait toujours eu un humour tordu, mais il battait là des records... Il leur laissait carte blanche.

Son mouvement fut bien plus rapide pour ouvrir la seconde. Là, en revanche, il trouva quelques mots tracés à la main. « Pas la moindre morte », cette fois-ci, constata-t-il. D'un geste, il abattit les deux cartes sur la table. Les vampires comme les captives posèrent leur regard dessus, et relevèrent les yeux, échangeant des coups d'œil.

Chez tous ou presque, le sens apparaissait dans les esprits. Bouffées d'angoisse brutales, montées d'une envie trop longtemps réprimée...

Les vampires passèrent à l'attaque.


Et voilà ! Il s'agit de la deuxième partie du prologue ! Il a mis particulièrement longtemps à arriver et j'en suis désolée, mais il y a eu de nouvelles inscriptions, un peu de dernière minute, et je tenais à les insérer, du coup voilà, il n'arrive que maintenant ! J'ai essayé de développer un peu plus les personnages et, s'il y en a certains qui sont un peu laissés de côté, j'essaierais de les mettre en avant dans le prochain chapitre.

Évidemment, les personnages ne m'appartiennent toujours pas, sauf Sophie qui est bel et bien à moi ! Et j'en profite pour vous remercier toutes très fort pour vos reviews, qui me motivent beaucoup pour continuer à écrire, et aussi pour dire un grand merci à LyneG, ma beta-readeuse, qui m'a été d'un grand secours pour ce chapitre !

A propos de prochain chapitre, il faut que je vous prévienne tout de suite : il va être violent. Autant dans le gore que dans le psychologique, et les vampires vont abîmer les personnages, dans tous les sens du terme. Donc voilà, je préviens (je pense qu'il va mériter un passage au rating M, pour tout vous dire, mais si vous préférez que je reste plus dans la suggestion, n'hésitez pas à me laisser une review/à m'envoyer un message pour m'en faire part).

Tant que j'y pense, ça m'aiderait si vous me donniez le rapport de vos personnages et à l'amour et leur expérience dans le sujet (si elles ont déjà eu des relations, sérieuses ou non, etc.) Merci d'avance !

Aussi, si vous trouvez que les vampires ou vos personnages sont un peu OOC (out of character), déjà, n'hésitez pas à me le dire. Toutefois, je considère que dans ce(s) prologue(s), nous ne sommes pas dans une situation normale, puisque les vampires n'ont pas le droit de toucher les filles. Donc ça va s'améliorer par la suite, promis :)

Naheiah : A priori (mis à part pour ce chapitre, mais comme je l'ai dit il es plus long que ce que je fais en moyenne), je devrais pouvoir tenir au rythme d'un chapitre par mois. Si tu veux m'envoyer de nouvelles informations, il n'y a pas de problème, mais je préfèrerais qu'on en discute par message, parce que j'avais déjà imaginé pas mal de background pour ton personnage, vu qu'elle connaît bien les vampires pour avoir vécu avec l'un d'entre eux ^^ J'adore Yuma, c'est un de mes personnages préférés (même si j'ai surtout un faible pour Subaru, en fait :3) !

Il n'y a que ton personnage qui est attirée par lui, mais par contre il y en a certaines qui seront de très bonnes amies avec lui, si ça peut te donner des informations.

PandoraPendragonHale : Hey ! On va voir un petit peu tout ça au fur et à mesure, en effet ! Je considère qu'il n'y a pas encore eu de "vraies rencontres", pour le moment ils se sont surtout croisés, donc je vais sûrement détailler les relations au fur et à mesure.

LyneG : Bon, on a beaucoup discuté de tout ça par message donc je n'en dis pas plus, mais merci beaucoup pour être passée ! :3

Cyri-chan : Oki, j'insèrerai tout ça au fur à mesure ! Du coup je voulais te demander : elle est pudique ou pas ? Je pense mettre cette rencontre là (pour la "vraie" rencontre, je veux dire), mais du coup ça m'arrangerait de le savoir. Peut-être des lemons mais effectivement, ce n'est pas pour tout de suite x) ceci dit, si la fiction passe en M, autant en profiter ^^ Donc oui, peut-être !

aura darkwolf : hey ! Merci beaucoup pour ta participation, comme tu peux le voir, ton personnage a été inséré dans l'histoire elle aussi. Yui apparaitra en effet dans ce qu'on pourrait appeler la "deuxième partie" de la fiction, mais donc pour le moment, comme tu as pu le voir, ton personnage est sans elle.

ange : Eh bien voilà, je suis contente que ça t'aie plu. J'espère que l'arrivée de ton personnage te plaît aussi. En fait, pour le moment, je l'imagine comme étant assez timide, mais si tu veux me donner plus de précisions sur elle n'hésite surtout pas !

trafalgarlyra : Hey ! OC insérée, elle aussi. Vu qu'il ne reste qu'Azusa de libre, elle sera avec Azusa si ça ne t'embête pas :)

BlueSey17 : Merci beaucoup, ça me fait très plaisir que tu apprécies cette fiction. C'est vrai qu'il y a peu de fictions sérieuses sur ce fandom, surtout en français T_T Et donc oui, Yui apparaitra en effet, mais sans doute bien plus tard, et elle aura un rôle plutôt important, même si je n'en dis pas plus pour le moment ;)

Voilà, bonne soirée/journée à tout le monde, et à bientôt dans vos reviews ! N'hésitez pas à donner votre avis même s'il n'est pas forcément positif, tous les conseils sont bons à prendre !

Dyana.