Disclaimer : Naruto & cie appartiennent au grand, à l'unique, à l'incroyable Masashi Kishimoto.
A/N : Hum, hum, hum... c'était long. Trrrrrrès long. (Trop long ?) Je suis vraiment désolée pour cette petite pause estivale, mais mon clavier ne fonctionnait plus. (D'ailleurs, 80% de ce chapitre a été écrit sur un portable - je me suis chauffée - et je pense que ça se ressent pas mal dans l'ortographe, d'ailleurs...hm) Donc bon, je suis un peu à la ramasse, là, mais je voulais quand même finir avant de repartir en vacances. (:
En tout cas un IMMENSE MERCI à tous ceux qui laissent leur impression, vous ne savez même pas à quel point ça me motive et franchement, ça fait un bien fou de savoir que des personnes apprécie cette histoire autant que j'apprécie l'écrire. :D Donc vous avez toute ma reconnaissance, et même bien plus. (C'est pas grand chose, mais c'est déjà pas mal, non ? NON ?)
Sinon, pour ce chapitre, sachez qu'il fait 13000 mots et qu'il perd la notion d'humour vers le milieu. Et Histoire - humour = drama, drama, drama. On m'en veut pas trop ?
Ah, et ceci est bien l'avant-dernier chapitre. Plus qu'un après celui-là. Pfiouuu.
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Sur ce, Bonne Lecture.
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Going In for the Kill
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Chapitre 4
La sensation était... Il ne pouvait pas vraiment l'expliquer, en fait. Pour ça, il aurait fallu qu'il soit légèrement plus conscient que son état actuel ne le permettait. Au moment où la pulpe de ces lèvres – lèvres qu'il avait plus que regardées au cours des dernières années, et sur lesquelles il avait eu plus que sa part de fantasmes – avait rencontré les siennes... C'était simple, en fait.
Sasuke Uchiha avait été plongé dans un état second.
Un état où il faisait incroyablement chaud, où le soleil était pressé contre lui, et où la seule chose qui comptait était la myriade de couleurs dorés défilant derrière ses paupières maintenant fermées, ainsi que la sensation suave et sulfureuse de la bouche de Naruto s'ouvrant légèrement pour mieux happer la sienne. Un frémissement le parcourut.
Sasuke qui, bien qu'amoureux de l'Uzumaki depuis ses, oh, il ne savait plus combien d'années, avait tout de même eu ses propres expériences avec les hommes – celles-ci ne durant généralement pas plus d'une nuit, une soirée pour les incompétents. Ainsi, il était bien loin de l'image de la vierge effarouchée que d'aucuns auraient voulu lui prêter. Ajoutez à cela la présence inattendue de celui qu'il désirait depuis si longtemps qu'il n'en pouvait plus... Rien, absolument rien, n'aurait pu l'empêcher d'arquer son dos et d'accentuer la pression sur leurs lèvres jointes, son corps tentant à tout prix d'imprimer le moment à tout jamais.
Une petite, minuscule partie de sa psyché consciente, pas encore perdue dans l'ivresse du baiser, se demanda durant l'espace d'un millième de secondes si, peut-être, Naruto s'était trompé en amorçant son geste. Cette infime partie de lui paniquait. Peut-être le blond s'était-il penché en avant pour le pousser, ou même prendre la télécommande. Imaginez sa stupéfaction lorsqu'il s'était retrouvé assailli par un Uchiha largement plus enthousiaste qu'il n'était nécessaire !
Un détail, cependant, stoppa net le brun dans le cours actuel de ses pensées, et réussit à le rassurer.
Personne, ni homme ni femme ni chien, ne ferait ce que Naruto était en train de faire s'il ne voulait pas de l'échange physique qu'ils expérimentaient à ce moment précis.
Car, et avant que Sasuke ne comprenne réellement la portée du geste, il se retrouva soulevé, une main passant sur ses hanches, l'autre la rejoignant au niveau de ses reins, et retourné dos contre le canapé. Heureusement avait-il eu le réflexe d'enserrer le haut des cuisses du blond avec les siennes.
Peu importait, de toute façon.
A peine eut-il le temps de comprendre le changement de positions que le visage de Naruto fondit sur le sien de nouveau, avec une vélocité propre aux rapaces.
L'Uchiha n'allait pas se plaindre.
Le blond avait une façon bien particulière d'embrasser, bien à lui, une façon sensuelle, lente et pressante en même temps. Entrouverte, sa bouche travaillait à ouvrir la sienne, ce qu'elle fit de son propre chef. Une langue habile vint alors caresser sa lèvre inférieure, lèvre mordillée et suçotée, avant de pousser la recherche un peu plus loin dans la zone espérée. Elle y rencontra immédiatement sa jumelle qui, peu timide, vint se frotter contre elle, entamant une danse sensuelle avec un enthousiasme dont Sasuke aurait pu éventuellement avoir honte.
Mais il en était tellement loin.
Il était loin de tout. Loin et perdu entre la notion de plaisir que lui procurait la sensation de Naruto tout contre lui, et entre une tentative peu concluante de se raccrocher à la réalité. Naruto Uzumaki, son meilleur ami, était en train de l'embrasser. L'un des hommes les plus hétérosexuels de sa connaissance. Celui dont il avait été le plus proche depuis la sixième, depuis qu'ils avaient été placés par ordre alphabétique dans tous leur cours, les forçant à transformer leur rivalité puérile en une amitié solide et forte. Celui pour qui il avait été là dans les moments difficiles, comme le divorce de ses parents, dont le déchirement houleux avait détruit Naruto. Celui qui avait été là dans ses propres moments difficile, comme à la mort de son père, emporté par un cancer du pancréas en quelques mois très – trop – rapides. Celui pour lequel il avait réalisé, à ses dix-huit ans, que, peut-être, ces papillons dans le ventre en sa présence pouvaient signifier plus qu'une simple amitié.
Ce Naruto là.
Oh merde.
Sasuke retint son souffle, et la langue de son partenaire entraîna la sienne dans un mouvement lent et brutal à la fois. Il releva sa main, la faisant glisser le long du dos du blond jusqu'à sa nuque, pour renforcer la pression, appuyant sur la base de son cuir chevelu. Il était juste impossible de penser, tandis qu'il s'appliquait à suivre le rythme, alternant langue et petit coup de dent sur la lèvre inférieure – étonnamment pulpeuse pour un homme – de l'Uzumaki.
Soudain, la pression sur sa bouche se déporta légèrement sur la gauche, vers la commissure de ses lèvres, suçant légèrement sur la peau. Puis une trainée de baisers papillons descendit le long de sa joue, de sa gorge, jusqu'à la base de son cou. Il sentit la peau se contracter, alors que le frisson qui le parcourut la transforma en chair de poule, et il ne put que fermer ses yeux encore plus, sa main allant automatiquement se placer dans la masse de cheveux épais et blond, la fourrageant. Mais le gémissement, profond et rauque, à peine audible qui sortit des tréfonds de sa gorge ne survint que lorsque, à la place des lèvres, il sentit quelque chose de plus humide encore sur sa peau.
La langue de Naruto sur lui.
Combien de fois en avait-il rêvé ? Combien de fois l'avait-il imaginée ?
Trop pour qu'on ait pu les compter.
Sasuke ne pouvait plus ouvrir les yeux, ne voulait plus, de peur de se réveiller et de se rendre compte que ce n'était qu'un autre – mauvais – tour de son imagination.
Mais celle-ci n'aurait jamais pu fabriquer ces sensations avec autant de précision. Que ce soit l'odeur, épicée et capiteuse, la chaleur brûlante de la peau de l'Uzumaki, ou la douceur satinée et rêche à la fois de ses lèvres contre son cou... Il n'aurait jamais pu créer tout cela. Il n'avait pas assez d'imagination.
Tout à coup, il sentit une des mains de Naruto descendre sur ses fesses, les soulevant pour les presser contre le bassin du blond. La friction entraîna un grognement de Naruto, lequel conduit à une diffusion de chaleur au niveau de l'entrejambe de son partenaire. La langue repartit dans la cavité buccale de l'Uzumaki, et ce fut au tour de ses dents de venir mordre la chair, alternant avec des succions. Leurs deux bassins, d'un commun accord, commencèrent à se mouvoir en une harmonie qui témoignait d'une alchimie fortuite entre les deux hommes, initiant un balancement imitatif de l'acte sexuel.
Sasuke haletait, maintenant.
Merde, étaient-ils réellement en train de faire ça ? Se frotter l'un contre l'autre sur son propre canapé ?
Putain-putain-putain.
C'était si bon, et pourtant, pourtant il fallait que Sasuke... Il fallait qu'il... Pouvaient-ils vraiment faire ça, maintenant, comme ça ?
L'Uchiha se força à se concentrer sur le présent, chose difficile dans cette situation. Qu'est-ce qui se passait ? Était-ce un coup – inattendu, soit – du moment ? Ou le blond était-il comme Sasuke et n'attendait que ça depuis longtemps, et l'Uchiha avait juste mal interprété les signes ?
Il devait savoir, merde ! Il ne pouvait pas – continuer comme –
"Naruto...", murmura-t-il, tendant son cou pour se mettre hors de sa portée.
Le blond grogna un vague quelque chose qui tenait plus du gémissement que d'une véritable parole, et releva la tête pour reprendre les lèvres de l'Uchiha. Celui-ci n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit d'autre que la bouche de Naruto tentait à nouveau d'ouvrir la sienne, et il se perdit durant un instant dans le baiser et dans les frottements de la langue de l'Uzumaki contre son double.
Tout oublier et ne plus se préoccuper de rien était effroyablement tentant. Pourtant, Sasuke devait absolument–
Il recula sa tête, séparant leurs lèvres.
"Naruto... Arrête..."
Sa voix lui parut bien faiblarde, mais l'action de scission suffit à attirer l'attention du blond.
Au début, ses yeux si vifs et d'un bleu si brillant le fixèrent, et Sasuke y décela un voile foncé qui assombrissait son regard. Du désir ? Il ne savait pas, mais il y avait une vague lueur d'agacement aussi, comme s'il était irrité qu'on l'ait interrompu. Pourtant, c'est lorsque que les deux hommes s'observaient mutuellement, pantelants, joues rougies, que quelque chose d'autre survint. Un éclat incertain éclaira les yeux céruléens, chassant la lueur qui jusqu'ici semblait flouter son regard, comme s'il reprenait pleinement ses esprits.
Si l'on se fiait à l'expression mi-horrifiée mi-paniquée qui se peignit alors sur son visage, ce n'était pas une bonne chose.
Ses traits devinrent incertains, tandis qu'il se recula très légèrement, laissant ses yeux balayer la position dans laquelle ils étaient, ainsi que la pièce.
Sasuke pouvait littéralement voir le chemin de pensées se former dans l'esprit du blond, alors que ses sourcils se froncèrent. Sous lui, il n'avait d'autre choix que d'attendre, presque effrayé, la conclusion que Naruto allait tirer.
Il ne s'était jamais senti aussi vulnérable.
Il sut qu'il aurait mieux fait de se taire au moment où le blond se recula de nouveau, ôtant ses mains pour les ramener sur les deux épaules de l'Uchiha, comme pour le maintenir a une distance de sécurité. Avait-il peur qu'il se jette sur lui à nouveau ? Une sorte de grimace déjà pleine de regret déformait le visage bronzé, et Sasuke sentit son cœur faire un immense bond dans sa poitrine. Un bond différent de celui qu'on pouvait ressentir quand tout allait bien. C'est comme sortir d'un rêve, se dit-il, fermant les yeux pour ne pas avoir à faire face à la situation, sauf que la réalité est plus dure que prévue.
"Attends", souffla-t-il, tentant vainement et inconsciemment d'étendre le bras pour maintenir Naruto fermement à sa place, mais il échappa à son étreinte.
Il sentit plus qu'il ne le vit se décoller complètement de lui, quittant confusément le canapé. Sa bouche s'ouvrit d'elle-même.
"Naru—"
"...et là, il m'a coupé et m'a dit "Je suis désolé". Comme ça, sans même me regarder. Et il s'est barré. En deux secondes top chrono." Sasuke marqua une pause, et inspira profondément, relevant les yeux sur son vis-à-vis. "Qu'est-ce que je suis censé penser, maintenant ?"
Sa question raisonna dans l'appartement, alors qu'en face de lui, la faible luminosité suffisait à éclairer le visage rose de Sakura Haruno. Pourquoi rose, demanderiez-vous ? Celle-ci émit un petit gloussement. Un, puis deux, avant de porter ses mains – légèrement papillonnantes, observa Sasuke avec suspicion – à son visage, au niveau de ses joues.
"Wow, Sasuke, tu—", elle lâcha un étrange petit rire, qui fit plisser les yeux du brun. "Merde, c'est chaud. Genre, vraiment chaud."
Au début, l'Uchiha ne comprenait pas réellement ce qu'elle entendait par là, aussi se contenta-t-il de la fixer d'un air sérieux, tandis qu'elle ventilait son visage. Puis il l'entendit vaguement murmurer un "j'aurais trop voulu voir ça" dans sa barbe alors qu'elle passait fébrilement sa main dans ses cheveux rose clair, et tout s'éclaira. Il prit un air irrité, lui donnant une tape sur son autre main.
"Quoi ?" s'insurgea-t-elle immédiatement, même si le cœur ne semblait pas y être. Il la fusilla du regard.
"Je t'interdis de fantasmer sur nous", énonça-t-il d'un ton menaçant. "T'es là pour m'aider, pas pour... pour... putain Sakura !"
Celle-ci écarquilla les yeux, la commissure de ses lèvres s'étirant vers le haut. Elle haussa un sourcil, croisant les bras sur sa poitrine.
"Pardon, excuse-moi d'être une femme avec des pulsions, et de ne pas être aveugle au fait que j'ai deux meilleurs amis plutôt canons qui viennent juste de—"
"Ne finis pas ta phrase. S'il te plaît."
En plus de l'horreur que pouvait lui inspirer la jeune femme les imaginant, il n'avait pas besoin d'elle pour se rappeler l'échange de la veille. Il savait très bien ce qui s'était passé. (Il avait passé la nuit – ou en tout cas le bout de nuit – à le ressasser au lieu de dormir. Ce qui, entre autre, expliquait sa venue si tôt ce matin.) Honnêtement, il avait voulu voir Sakura pour qu'elle lui donne des conseils, ou au moins qu'elle l'aide à capter ce qui pouvait bien se passer dans la caboche blonde de son... quoi ? Meilleur ami ? Fantasme ? Presque-amant ? Il ne savait plus. Et le rôle de Sakura était justement de l'aider à savoir, et non de se transformer en vague fan hystérique.
Dans la pénombre, sourds à sa remarque, les yeux verts brillaient d'excitation. La jeune femme fit claquer sa langue contre son palais.
"Ce que tu peux être rabat-joie, Uchiha ! Je te demande juste de satisfaire ma curiosité de jeune fille fan de yaoi. Ce qui m'amène à ma question suivante : il a enlevé le tee-shirt, ou pas ?"
"...ya-quoi ?", releva le brun, confus. Puis il secoua sa tête. "Tu peux te concentrer, s'il te plaît ? Je suis au bord du suicide, là."
Et il n'exagérait qu'à peine. Quand Naruto avait claqué la porte, il avait volé jusqu'au balcon pour pouvoir vérifier qu'il n'avait pas rêvé. En apercevant la silhouette en contrebas, il avait honnêtement contemplé se jeter dans le vide pour attirer l'attention du blond, peut-être dans un espoir fou de l'arrêter. Ce qui aurait été stupide. Et peut-être romantique. Mais surtout stupide.
Il avait l'impression de tourner en rond.
"Qu'est-ce que tu veux de plus, Sasuke ?" répondit Sakura avec une mine réjouie après un temps, réajustant la fine bretelle de sa chemise de nuit. "Tu as enfin eu ce que tu voulais, non ? C'est le principal, je—"
"Tu as écouté ce que je t'ai dit ?" coupa sèchement Sasuke, que le manque de sommeil, le stress et la frustration commençaient à rendre irritable. "La partie où il s'est barré limite en courant ?"
Sakura, au lieu de s'offusquer du ton, tortilla une mèche de ses cheveux, penaude, alors que son sourire tourna plus malicieux.
"J'avoue que tu m'as un peu perdue après le coup de la langue..." Son regard devint rêveur. "Tu ne sais pas ce que j'aurais pu donner pour vous voir, merde alors. Et c'est lui qui a pris les commandes, en plus ?" Soudain, elle tendit sa main pour lui tourner légèrement la tête, soulevant son menton avec une excitation mal dissimulée. "C'est vraiment hyper sexy... Eh, tu penses que tu as un suçon ? Parce que j'y vois rien avec cette lumière..."
L'Uchiha commençait être à bout.
"Sakura !"
Le presque-cri agit tel un électrochoc.
"Oui !" cria automatiquement la jeune femme, se mettant presque au garde à vous en abaissant immédiatement sa main, avant de baisser les yeux sur lui avec confusion. Reflexe débile. Ses sourcils se froncèrent. "Quoi ?"
Il soupira bruyamment, la foudroyant d'un regard peu amène. "C'est ça, que tu appelles m'aider ?"
"Eh, je fais de mon mieux !"
Sasuke grinça des dents.
"J'aimerais savoir à quoi ressemble ton pire, alors..."
Le ton rancunier du brun parut adoucir son vis-à-vis qui, au lieu de s'énerver, reposa sa main sur son genou en inspirant une grande bouffée d'air. Peut-être avait-elle enfin compris le choc émotionnel qu'il subissait, peut-être même bien qu'il lui faisait pitié. A vrai dire, il s'en fichait un peu, pourvu qu'il obtienne un avis objectif sur cette putain de situation qui était en train de lui bouffer la moitié des neurones.
"Désolée", grimaça Sakura. "C'est juste que tu m'as un peu prise de court et, bon, c'était... inattendu. Mais je suis prête, maintenant. T'inquiète pas. Refais-moi l'histoire version courte."
Sasuke considéra pendant un moment l'envoyer paître avec une multitude d'insultes bien senties, mais finit pas coopérer. Et pour la deuxième fois, il se relança dans ses explications. Il n'en était pas à la moitié, cependant, qu'il se fit rapidement couper par la jeune femme. Encore.
"Je suis tellement fière de toi, Sasuke !" Elle semblait en effet à deux doigts d'applaudir. "T'imaginer comme ça, tout dominant et séducteur... wow, j'avais placé mes espoirs en toi, mais tout de même... Tu m'étonnes qu'il t'ait embrassé ! Il n'a probablement pas eu le choix. Je parie même—"
Sasuke craqua.
"Sakura ? Ta gueule."
Il savait que c'était dur, voire même assez brutal pour la jeune femme qui voulait, à priori, seulement l'aider, mais comprenez-le aussi ! A peine neuf heures plus tôt, il était en train de se "mettre bien" avec Naruto Uzumaki sur son propre divan, et maintenant il était complètement perdu ! Naruto était parti, et tout ce qui lui restait était de fragiles nerfs qui n'allaient pas faire long feu.
En face de lui, on ne voyait visiblement pas les choses de la même façon.
Probablement excédée par son ton sec, Sakura figea ses traits en une expression faussement avenante qui n'annonçait rien de bon. Pour preuve, Sasuke sentit des ongles s'enfoncer dans son jean, à l'endroit même où elle touchait son genou.
"Sasuke-chéri ? Fais bien attention de ne pas confondre bonne poire et tartare. Parce que je suis ni l'un ni l'autre, et que tu abuses un peu, là, si tu vois ce que je veux dire."
Il déglutit ; il voyait très bien.
Un soupir lui échappa.
"Désolé, Sakura, c'est juste le..."
"... stress ?" compléta-t-elle, et il hocha la tête, à moitié abattu.
"Qu'est-ce que je suis censé faire maintenant ?" demanda-t-il, yeux noirs grand ouvert et fixant son interlocutrice comme si elle allait avoir toutes les réponses à ses questions. Celle-ci, loin d'être effrayée par une telle charge, hocha sagement la tête.
"Ecoute, je pense tout simplement que tu te concentres sur la mauvaise partie de l'histoire", expliqua-t-elle d'un ton assuré. "Vous vous êtes embrassés." Ses joues rosirent très légèrement dans la pénombre, et Sasuke observa avec méfiance son visage se contorsionner pour contenir l'excitation que lui provoquait visiblement cette phrase. Elle y parvint, inspirant calmement. "C'est le principal, non ? Qui a dit que le reste était une mauvaise chose ? "Désolé" ? Il a probablement eu peur, et c'est tout. Personnellement, je pense que vous êtes tous les deux sur la bonne voie."
Sasuke hochait la tête au fur et à mesure qu'elle s'exprimait, imprimant les paroles dans son cerveau. Ça avait l'air logique. Un détail, cependant, l'arrêta. Il fronça le nez.
"Eh, attends, qu'est-ce que t'en sais ?"
Il aimerait vérifier ses sources pour une fois.
Sakura se mordit la lèvre inférieure.
"Bon Dieu, je vais probablement sonner comme Lee ou quelque chose, mais..." Elle releva un regard mi- doux, mi- perturbé sur lui. "C'est le principe de l'amour que de ne pas savoir ce qui nous attend, Sasuke. C'est même là tout l'enjeu d'être amoureux. Ne pas savoir. L'inconnu." Ce sur quoi elle prétendit hocher la tête d'un air convaincu.
Un petit silence suivit la mini-déclaration.
Un silence plutôt gênant
Pour sa défense, l'Uchiha ne s'attendait pas à ça.
Les deux amis se fixèrent ; le brun s'éclaircit la gorge.
"Erm... Oui- oui, peut-être."
A traduire comme un "non-non, sûrement pas."
Il se mordit la lèvre à son tour, comme pour empêcher un petit rire, inspiré par l'ironie de la situation. Sakura, elle, piqua un fard. Elle venait visiblement de se repasser ses propres mots dans son esprit.
"Enfin, je voulais dire-" Elle s'interrompit, puis laissa un petit sourire étirer ses lèvres. "Ok, c'était cucul. J'avoue."
Elle releva les yeux sur lui, et au moment où leur regard se croisa, ils finirent par éclater de rire. Un rire grave et riche pour Sasuke, quoi que discret, et des gloussements embarrassés pour sa compagne. C'était contagieux, et inarrêtable maintenant que ça avait commencé.
"Eh, te moque pas", reprit la jeune femme entre deux éclats, "ma remarque était vachement inspirée."
Sasuke leva ses deux mains dans un signe de défense moqueur, son rire coulant par intermittence hors de sa bouche entrouverte. Il tenta de reprendre contenance, s'éclaircissant la gorge.
"Loin de moi l'idée de remettre ça en doute... Après tout, tu viens de me citer du Lee, là. Je ne peux que m'incliner."
Et les deux jeunes gens se remirent à rire, Sakura essayant de garder un visage impénétrable en lui frappant légèrement le genou. Un échec total qui conduit au redoublement de ses gloussements féminins.
"Te moques pas, j'ai dit."
Cela fit rire l'Uchiha encore plus fort – ou aussi fort qu'avoir eu une éducation Uchihaesque lui permettait, en tout cas.
"Je-"
"Qu'est-ce qui peut bien être si drôle à cinq heures du matin ?"
La voix grave, ensommeillée et rouillée à la fois, jeta un froid, alors que les deux meilleurs amis sursautèrent. Enfin, disons que Sasuke sursauta, tressautant sur lui-même, tandis que sa précédente interlocutrice lâcha un cri suffisamment aigu pour faire grimacer quiconque l'avait entendu, se jetant par réflexe sur un Uchiha pas forcément préparé à l'assaut. Celui-ci la reçut de plein fouet, étouffant un grognement de douleur quand elle le renversa en arrière tout en lui appuyant sur le thorax, les emmêlant à même le sol. Sakura émit à son tour un gémissement plaintif qui, dans toute autre situation, aurait pu être pris pour bien équivoque.
"Heureusement que je sais que tu es gay, Uchiha, où je pourrais très sérieusement avoir envie de te casser la gueule", reprit la voix, audiblement plus amusée. Ou meurtrière, mais peu importe.
Sasuke se releva, poussant sans ménagement la jeune femme sur le sol, alors qu'il plissait les yeux pour décoder la silhouette dans la pénombre. Peut-être était-ce la fatigue, mais il avait du mal à voir qui était là. Et attendez une seconde... comment ça, là ? Il y avait quelqu'un, et il ne le savait pas ? Mais c'était peut-être une attaque ! Un cambriolage ! Un-
Sakura n'eut pas l'air tant remué, alors que son ami s'agitait tout seul, ses yeux balayant frénétiquement la pièce dans l'espoir de trouver une arme potentielle. C'est vrai que la télécommande semblait assez pointue-
"Tu nous as fait peur", souffla Sakura, se remettant en position sur le sol pour se lever. "On t'a réveillé ?"
Sasuke se retrouva confus. Qui était donc le "t" apostrophe ? Penchant la tête en avant, il crut apercevoir une mèche vaguement rousse et- il se sentit idiot. Bien sûr. N'était-il pas chez Sakura après tout ?
"Ça fait longtemps que tu es debout ?" insista-t-elle auprès d'un Gaara - Gaara, pas un cambrioleur - qui l'attira à lui par le bras.
"Insomnie", expliqua-t-il sobrement, haussant les épaules.
Sakura dû comprendre de quoi il retournait, car elle hocha doucement la tête et se pressa contre le torse dénudé, déposant un rapide baiser dans le cou pâle.
Toujours assis par terre, bouche ouverte, Sasuke la referma par réflexe et se leva, prenant soin d'épousseter inutilement le bas de son jean froissé. Il jeta un regard dégouté à la télécommande, soupirant malgré lui. La fatigue le poussait vraiment à penser n'importe quoi, n'importe comment.
Il fit un vague signe de main à Gaara, signe qui ne lui fut pas rendu. A la place, un haussement de sourcil non-existant lui fut adressé. (Ce n'est que lorsqu'il se rendit compte qu'il pouvait voir ce genre de détail qu'il comprit que la lumière avait été allumée et, en effet, Sakura se tenait maintenant près de l'interrupteur.
"C'est la crise", marmonna-t-il en guise de réponse à l'inquisition (Alias sourcil relevé, et tout ça).
"Je sais, j'ai entendu,"
Sasuke lui envoya un regard suspicieux.
"Vraim-"
"Super !" s'exclama Sakura, retournant à pas feutrés vers son petit ami. "Comme ça, tu vas pouvoir nous aider !"
Gaara ne réfuta pas, et continua d'épier attentivement l'Uchiha. Il ouvrit à peine la bouche.
"A une condition."
Sasuke ne pût s'empêcher de relever ses deux sourcils, surpris aussi bien par le ton que par les mots. Le culot des gens, de nos jours. Ce n'est pas lui qui ce serait permis une telle incartade. Franchement. Avait-il seulement donné son accord pour une quelconque aide ? Ou même pour quoi que ce soit de-
"Ok."
Il s'entendit à peine prononcer l'acronyme. Parlez d'une contradiction. D'un autre côté, il avait réellement besoin d'un avis objectif, non ? Non ?
Il était fichu, de toute façon. Autant s'achever.
"C'est quoi, la condition ?" reprit-il, écartant une mèche rebelle de son front.
Le roux en face de lui parut satisfait.
"Je veux que tu arrêtes de débarquer chez nous à cinq heures du matin."
Ah.
L'Uchiha se racla la gorge, mal à l'aise.
Non pas qu'il se sentit gêné d'avoir été débusqué, mais lui non plus n'aurait pas apprécié être réveillé si tôt à cause du meilleur ami de sa petite amie. En même temps, Sabaku exagérait. Cinq heures, cinq heures... Cinq heures et quart, quoi. Et puis était-ce réellement sa faute s'il était en train de devenir fou et qu'il n'avait pas pu dormir ? Gaara aurait dû comprendre... Lui, ou ses insomnies en tout cas.
(Sale rageur.)
Tout était bien plus simple lorsque Sakura vivait seule. Non pas que Sasuke ait jamais eu besoin de venir chez elle à cinq heures du matin. Parce que ce n'était pas le cas. Pas vraiment.
Au lieu d'un oui verbal, le brun se contenta de hausser les épaules avec un air peu convaincu, qui fit tout de même son effet.
"Partage ta science avec moi", maugréa-t-il à contrecœur, se remontant le moral en se disant que, malgré tout, Sakura n'avait pas été d'une grande aide, lui avait affreusement besoin de conseils, et Gaara était plutôt sage.
Le roux lui offrit un infime sourire narquois.
Sasuke attendit la sentence.
Elle était grande, montant dans la mesure du possible jusqu'au plafond blanc cassé, et d'une largeur raisonnable – suffisamment grosse pour laisser passer de potentiels Obélix, mais suffisamment fine pour qu'on ne croit pas à une porte de garage. Légèrement vieille, elle avait dû être blanche autrefois, lors de ses premiers jours, contrastant avec le beige actuel, à l'image de ses jumelles un peu partout dans le couloir. Sa forme rectangulaire était classique, et pour autant qu'il puisse en juger, elle n'avait rien de particulier.
Pourtant, il aurait pu disserter sur cette porte pendant des heures. Rien de plus facile.
Sasuke fronça les sourcils.
Sauf qu'il n'était pas là pour ça, mais plutôt pour ce qui se trouvait derrière. Ne pas trop cogiter et foncer, lui avait dit Gaara (avec des phrases bien plus longues et philosophiques, mais c'était l'idée qu'il en avait retirée.) Il voulait bien, mais ça se révélait être dur, très dur. Toute la journée, au travail, il n'avait pensé qu'à une chose, une seule ; ce qu'il pourrait bien dire à l'imprévisible énergumène qui lui servait de meilleur ami lorsqu'il lui rendrait visite. Un bon nombre d'hypothèses s'étaient formées dans son esprit, des scénarios créés par son cerveau, et il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre. Alors, pour une fois, au lieu de réfléchir pendant des heures, il allait agir. Ce que, entre nous, il aurait dû faire la veille au soir, au lieu d'ouvrir sa bouche et de ruiner leur moment.
Question timing, on avait vu mieux.
A ses côtés, ses doigts s'agitèrent nerveusement, comme pour attraper quelque chose dans le vide. Malgré les milles et quelques cigarettes qu'il avait fumées dès qu'il l'avait pu depuis le début de la journée – depuis qu'il avait quitté le domicile Sabaku/Haruno, en fait – son corps en redemandait. Sasuke se passa une main dans les cheveux ; était-ce abuser que de redescendre dans la rue et de s'en fumer une petite dernière avant le grand plongeon ?
Probablement, oui.
D'un autre côté...
Comme pour échapper à toutes tentations possibles, sa main gauche se leva d'elle-même, et tapa trois coups secs contre la porte.
Arriver à l'improviste chez quelqu'un ne se faisait pas, bien sûr, mais Naruto ne s'était pas non plus gêné hier soir, si ?
Sasuke secoua la tête et déglutit, attendant le verdict de son petit coup.
Il n'eut pas besoin de tendre l'oreille pour entendre le court mais bruyant brouhaha qui suivit, comme si un objet était tombé, suivit d'un "merde" étouffé bien familier, qui injecta de l'adrénaline pure directement dans son corps.
Oh merde, et si c'était une mauvaise idée tout compte fait et si-
La porte s'ouvrit, dévoilant le spectacle d'un Naruto visiblement fatigué dont les yeux s'écarquillèrent en le voyant. Sasuke sentit son souffle se coincer dans sa gorge, et sa main relevée retomba.
En face de lui, le blond était franchement débraillé, cheveux en bataille et t-shirt froissé, son casque de musique reposant autour de son cou. (Ça lui donnait un air sexy qui lui allait bien). Il bossait probablement sur un nouveau groupe, se dit Sasuke, inspirant profondément. Il savait que Naruto aimait travailler de façon ´cool et relax´ chez lui.
Il s'humecta les lèvres.
"Hey", souffla-t-il doucement, se sentant tout à coup mal à l'aise.
L'Uzumaki parut à court de mot pendant un instant, le fixant comme s'il le voyait pour la première fois. Son regard semblait incertain.
"Je— Hey."
Sa voix était légèrement rauque, et entraîna le hérissement des poils presque non-existants de l'Uchiha, qui hocha la tête. Ses mains ballantes, ne sachant que faire, vinrent se glisser dans les poches de son jean.
"Donc, em... Tu—?" Il s'interrompit lui-même, et Naruto lâcha un étrange petit rire.
La gêne n'avait jamais fait parti de leur relation.
"Tu— tu veux entrer ?"
Sasuke se demanda s'il devait vraiment. Il n'avait jamais été farouche, et veuillez bien croire que ce n'était pas la timidité qui le retenait présentement. Mais à peine les mots furent sortis de la bouche du blond, que celui-ci jeta un coup d'œil à l'appartement derrière lui, un flash de regret apparaissant instantanément dans ses yeux bleus. Il n'avait visiblement pas envie qu'il rentre.
"Je... n'ai pas trop le temps", marmonna l'Uchiha, décidé à mentir pour éviter à son interlocuteur d'être encore plus mal qu'il ne le semblait déjà.
Et pour cause, les épaules de son comparse se relâchèrent à cette réponse, comme déchargées d'un poids. Sasuke se mordit la langue, baissant les yeux.
"Ecoute, je—"
"Teme, on d—"
Ayant parlé en même temps, les deux hommes s'interrompirent, leurs yeux se relevant en un même geste pour rencontrer ceux de l'autre. Une certaine gêne pouvait s'y lire, et ils lâchèrent l'un comme l'autre un drôle de petit rire.
"Désolé, je t'ai coupé—"
"Non, c'est moi, vraiment—"
Sasuke soupira, pensant amèrement que c'était bien la première fois qu'ils étaient polis avec l'un avec l'autre. Il y avait décidément beaucoup de premières fois d'un coup...
"Non, sérieux, vas-y, en plus c'est toi qui est venu là exprès, et... Ouais. Bref. Vas-y."
La gaucherie du blond le rassura un peu, et il prit une grande inspiration. C'était comme un pansement qu'on arrache, lui avait dit Gaara. Autant tout déballer maintenant.
"Et bien, concernant hier soir, je voulais que tu saches qu—"
"Naruto !"
Sasuke s'interrompit, fronçant les sourcils, persuadé d'avoir entendu une voix féminine le couper dans son élan. Relevant les yeux, il vit un Naruto qui avait notablement pâli, et dont les jointures du visage étaient totalement crispées.
"Naruto ! Qu'est-ce que— oh ! Bonjour."
Sasuke avait très envie de tourner la tête vers la nouvelle arrivante, mais le visage de Naruto était bien trop intéressant à ce moment précis. Le jeune homme en face de lui avait fermé les yeux en une grimace frustrée, et il refusait fermement de tourner la tête pour admettre la présence de la jeune femme – qui sortait de son appartement, fallait-il préciser.
N'ayant pas réellement le choix, l'Uchiha finit par pivoter en direction de – oh ! Comme c'était cocasse ! – leur nouvelle interlocutrice, une brune plutôt jolie, vêtue de – et c'était la meilleure partie – ce qui semblait être un grand t-shirt orange, sur-taillé à un tel point qu'on ne pouvait avoir de doutes sur son réel propriétaire.
Sasuke n'avait même pas envie de faire l'effort de paraître poli.
"Hn."
La jeune femme sembla légèrement refroidie par le grognement, mais son sourire aimable ne disparut pas pour autant. Ce qui restait inutile, puisque le brun avait déjà reporté son attention sur son meilleur ami, une attention pleine de questions sans réponses. Celui-ci pencha la tête, indiquant la conna— l'inconnue du menton.
"Sasuke, je te présente Kin. Kin, voici Sasuke."
"Enchantée", déclara immédiatement celle-ci d'une voix chantante, avec un sourire engageant.
L'Uchiha n'était pas tout à fait sûr de comprendre. Ou de vouloir comprendre.
Il se sentit douloureusement partagé entre l'envie que son poing rencontre le visage de la brune, et celle de déguerpir en vitesse de ce couloir visiblement maudit. Il opta finalement pour lancer un regard empli de confusion à Naruto. Mille et une questions brillaient dans ses grands yeux noirs, les interrogations succédant et précédant à la fois ce que lui même était venu dire.
C'est quoi, ça ?
C'est qui, ça ?
Qu'est-que c'était pour toi, hier soir ?
C'est... C'est toi, qui m'as embrassé...
Tu l'as embrassé aussi ? Cette fille ?
Vas te faire foutre, Dobe
Mais avant, dis moi juste ce que je suis censé faire...
Je pige rien. Ça m'énerve.
T´es... T'es énervé, toi aussi ?
Pff, connard de Gaara... Ses conseils sont encore pires que ceux de Sakura.
Finalement, Sasuke secoua la tête pour lui même, avant de prendre une grande inspiration.
"J'étais juste venu pour... Pour Karin. Elle voulait vérifier que tu venais bien à sa soirée, samedi ?"
L'un comme l'autre savait que c'était un mensonge, mais Sasuke n'avait pas tellement envie d'aborder le sujet de sa présence devant une tierce personne. Surtout une autre des conquêtes de l'Uzumaki, puisqu'il avait visiblement sauté celle-ci. Cette pensée lui donna envie de vomir.
Qu'est-ce que ça voulait dire, franchement ?
"J'y serais", répliqua Naruto d'un ton neutre, évitant son regard. Sasuke l'interpréta comme une fuite de plus
"Super", marmonna-t-il entre ses dents, avant d'envoyer une espèce de grimace crispée, esquisse d'un faux sourire, à Kin. "Désolé pour le dérangement", ajouta-t-il à son adresse, avant de se tourner vers le blond.
Il n'avait pas forcément envie de lui dire quoi que ce soit. En tout cas pas maintenant.
"Hn."
Ce sur quoi il tourna les talons, mains dans les poches, dos vouté.
"Dobe ? C'est Sasuke. Désolé d'avoir paru un peu... sec, lundi soir. J'étais, comment dire... énervé ? Une mauvaise journée, quoi. Bref. L'important c'est que... j'aimerais qu'on parle, tous les deux. Mais que tous les deux. Avoir une vrai conversation en privée, je veux dire. Enfin, c'est comme tu veux, tu sais. Tu me rappelles ?"
[...]
"Oui, t'as pas répondu à mon dernier message. Ça va ? Rien de grave ne t'est arrivé ? Hn, idiot. On peut toujours compter sur toi pour te foutre dans des situations pas possibles et... J'espère que tu vas bien, en tout cas. Sinon, pour cette discussion, tu sais... Ce serait cool que tu me rappelles. Dans pas trop longtemps. Je pense très sérieusement qu'on a besoin de se parler. En tous cas, moi— moi j'ai des choses à te dire. Donc rappelle."
[...]
"Je crois que tu as un problème de portable. Hn."
[...]
"Ou pas ? Je veux pas paraître collant, tu sais. – ce serait franchement une première – C'est juste que... Naruto, c'est important. Vraiment, tu sais. Même si tu n'en as pas envie... Fais le pour moi. S'il te plait. Je te le demande comme un service. Rappelle-moi."
[...]
"Ecoute, Dobe, j'espère vraiment que tu as une putain de bonne excuse pour m'ignorer comme ça. Parce que sinon, sache que ton portable – s'il n'est pas cassé présentement – sera bientôt détruit sur le sommet de ton crâne. Genre, bientôt. Et tu sais que je bluffe pas quand je menace."
[...]
"Sache que des crétins qui m'ignore comme toi, j'en bouffe quatre au petit déjeuner tous les matins. Ou je lâche Itachi sur eux. C'est ça, que tu veux ?"
[...]
"Err... Hey. 'Ruto. J'suis genre... Out ? Ça se dit, ça ? Ouais, ben figure toi que, que ça se dise ou pas – Ta gueule, Sui, si ça se dit – toi tu seras bientôt Out. Que tu l'veuilles ou non. Puis tu seras à moi. A moi tout seul. Débile. Hm."
[...]
"Euh... n'écoute pas le dernier message, ok ? J'étais bourré. Connard de Suigetsu. Me faire boire en semaine... Enfin peu importe. Je suppose que tu as beaucoup de travail ? Rappelle quand tu peux."
[...]
"Allo ? Naruto ? Ah, merde..."
[...]
"Tch. Va te faire foutre, Dobe."
[...]
"Ah, au fait, tu-"
[...]
"La mémoire de la messagerie que vous essayez de joindre est saturée. Veuillez rappeler ultérieurement, ou attendre la libération de l'espace de celle-ci."
"Sasuke."
Silence.
"Sasuke."
A peine un souffle. Plutôt un soupir.
"Tu as conscience d'agir de façon totalement puérile, oui ?"
Un froncement de nez arrogant.
"Sasuke. Sasuke. Sasuke. Sasuke. Sasuke. Sasuke. Sasu-"
"Excuse-moi, Sakura, mais je n'adresse pas la parole aux traitres", finit par articuler le jeune homme, veillant à regarder droit devant lui.
Assis sur l'un des canapés en cuir les plus confortables de la planète, dixit l'acheteuse fortunée du bien (a.k.a Karin), le dos du brun était aussi raide que s'il avait siégé sur le tapis à clous d'un fakir. Un verre pendait dangereusement de sa main gauche, comme oublié, sa jumelle préférant être crispée en une poigne de fer sur le jean-slim bleu nuit. Oui, Sasuke Uchiha n'était qu'à peine tendu.
"Je— traître ? Pardon ?", s'insurgeât son amie, se redressant de sa position penchée. "Tu n'y vas pas un peu fort, là ?"
Le regard noir qu'elle reçut fit office de réponse. Malgré ses soi-disant ´tendances mélodramatiques' (mélodramatiques son cul) pour une fois, non, Sasuke n'avait pas l'impression d'exagérer. Il pointa un doigt finement accusateur sur la jeune femme.
"Tu es censée être de mon côté", grogna-t-il avec une véhémence à moitié contrôlée, de telle sorte qu'il semblait évident que ce n'était pas de l'eau qui remplissait son verre.
Vodka-coca, pour ceux que ça intéressait. Son deuxième. Et demi.
"Mais je suis de ton côté—"
"Tu lui as dit bonjour !" s'écria Sasuke, que l'alcool rendait plus expressif que d'ordinaire.
Sakura lui lança un regard peu impressionné.
"Et ?"
Une expression légèrement outragée apparut sur le visage pour le moins parfait de l'Uchiha, et son sourcil gauche fut agité par un tic nerveux.
"Et— et— tu n'aurais pas dû !" finit-il par lâcher d'une voix qui, franchement, confinait à une insolence puérile.
Il eut immédiatement l'impression d'agir de façon immature, comme un enfant en bas âge, et ça ne lui plut pas. Ça ne l'empêcha pas pour autant d'ajouter une deuxième fois, de façon un peu pâteuse ;
"Traîtresse."
Clairement, il commençait à être un peu trop éméché. (La réalité était qu'il avait peut-être pris un verre de rosé-pamplemousse et un autre de Manzana, avant le vodka-coca. Pouvait-on vraiment l'en blâmer ? Et puis pourquoi y avait-il toutes ces bouteilles si ce n'était pour les consommer ?)
Le fait est qu'il n'avait pas spécialement pour habitude de boire autant (mensonge, mensonge). Mais là... Disons qu'il n'avait pas pu s'en empêcher.
Après avoir quitté l'immeuble de Naruto lundi soir, il était un peu énervé. Aussi, lorsque sa colère était retombée, il s'était lui-même jugé un peu puéril. Peut-être... peut-être avait-il mal jugé la situation ? Rien ne disait que la fille était une autre conquête du blond, si ? Après tout, les seuls indices sur lesquels Sasuke s'était basé étaient le t-shirt... Et le fait qu'elle soit en culotte dessous. Effectivement, ça portait à confusion.
Mais.
S'il existait même la plus infime chance qu'il se soit trompé, et qu'il ait 'pris la mouche' pour rien avec Naruto, il se devait de le vérifier. Ce fut lors de cette révélation qu'il s'engagea à contacter son ami d'enfance, pour le coincer dans une discussion entre quatre yeux où on lui expliquerait enfin ce qu'il se passait. Comme le lui avait préconisé Gaara, en fin de compte.
C'était là que l'autre problème était arrivé.
Au début, il s'était dit 'oh, il doit être occupé pour une fois', ou bien 'peut-être croule-t-il sous le boulot'. Puis il avait dû se rendre à l'évidence. Naruto l'évitait. Aucun de ses appels, de ses SMS, ou même de ses mails (désespéré, il en avait envoyé deux ou trois) au long de la semaine n'avaient eu de réponses.
Il avait durement essayé de trouver des excuses à son meilleur ami, mais il devait reconnaître qu'il séchait, là. Et ça le rendait encore plus en colère. Pour qui Naruto se prenait-il pour l'ignorer, lui ? Sasuke avait commencé à bouillir d'une rage contenue pendant la semaine. Il n'avait pas fait tout ce qu'il avait fait pour finir tout seul sans même un seul moyen de contact avec celui qui l'avait embrassé. Car il fallait remettre les choses à leur juste place ; c'était Naruto qui s'était penché pour poser ses lèvres sur les siennes, Naruto qui avait continué, et encore Naruto qui s'était enfui comme un voleur une fois son forfait commis.
Le blond n'arrêterait-il donc jamais ?
Hn.
Puis ce fut à peu près à ce stade là de ses réflexions qu'il s'était rappelé son rattrapage de début de semaine, et s'était rendu compte qu'il n'aurait qu'à coincer Naruto ici-même. La fête de Karin. C'était du génie.
Mais, putain de loi de Murphy oblige, pour la deuxième fois, on contrecarra ses plans. Et c'est cette dite-deuxième fois qui était en fait à l'origine de son état d'ébriété avancée.
Sérieusement.
Comment Naruto osait-t-il ramener cette espèce de petite gar— cette fille ici ?
Sasuke avait maintenant la preuve vivante que son meilleur ami ne le connaissait visiblement pas du tout. Parce que c'était lui planter un couteau directement dans le cœur que de lui donner ce qu'il voulait depuis plus de trois ans, pour l'éviter les cinq jours qui suivaient, avant d'enfin s'afficher avec quelqu'un d'autre à la fin de la période susdite comme si de rien était.
Naruto avait même eu l'audace de lui sourire en arrivant, avant de l'attraper dans une sorte d'accolade amicale, comme si un lavage de cerveau avait effacé toute la gêne que Sasuke savait ne pas avoir imaginé lundi soir. Le blond était-il donc à ce point étourdi ? Ou complètement insensible ? A ce stade-là des choses, il ne savait laquelle était la pire des options.
Putain.
Un peu plus et il allait devenir sentimental. (A savoir : triste et blessé.)
Et Sakura qui avait en plus accueilli cette Rin ? Chtin ? – il ne savait plus – comme si elle avait été une vielle amie... Justement, en parlant d'ami, lui se sentait de plus en plus déçu, voire même trahi par les siens.
L'alcool multipliant son agacement, il grommela un juron dans sa barbe, à peu près persuadé qu'à côté de lui, le jeune femme était en train de lui faire un cours sur la politesse, et son éducation qui l'obligeait à agir en bonne hôte avec tout le monde, sans distinctions aucunes.
"En plus", expliqua-t-elle d'une voix d'institutrice, "je ne pense pas qu'elle soit au courant de quoi que ce soit. Si tu veux mon avis, c'est à Naruto qu'il faut en vouloir. Je-"
Sasuke s'apprêtait à la contredire – cette Pin-machin-chose lui semblait plutôt pas mal coupable – lorsqu'il fut interrompu lui-même dans ses pensées. Par une vision qui, pour parler crûment, lui donna envie de gerber.
Là, à l'autre bout du salon, près de la fausse cheminée, au milieu de dizaines de personnes buvant, se trémoussant, discutant, il aperçut la dite Jin, les bras pendus autour du cou de son blond, la bouche au niveau de son oreille. Naruto, penché vers elle, collé à elle, souriait d'un air suave. La musique, comme de mèche avec eux, changea sur une chanson lente et langoureuse, et, toujours adossé au mur, ils se mirent à se déhancher très légèrement l'un contre l'autre.
Sasuke avait mal.
Il fut immensément reconnaissant de la marée de gens qui repassa devant lui, obstruant sa vue du spectacle incroyablement blessant de Naruto avec quelqu'un d'autre. Surtout dans de telles... conditions.
Ignorant Sakura à sa droite qui lui demandait pourquoi il était si tendu tout à coup, il vida son verre cul sec.
Puis se leva.
Pour l'une des toutes premières fois depuis qu'il la connaissait, Kiba Inuzuka n'était pas entièrement focalisé sur Hinata Hyuuga. Alors que celle-ci, vêtue d'une courte robe noire en mousseline qui rehaussait son teint opalin, lui expliquait qu'elle s'inquiétait pour son cousin, rentré il y a peu en très fort conflit avec son oncle, il ne l'écoutait que d'une oreille. C'était toutefois une oreille attentive, et ce n'était certainement pas par désintérêt qu'il n'offrait pas son entière et infaillible attention à la jeune femme.
En fait, c'était à cause de Naruto.
Nah, rectification.
Ce débile de Naruto.
Franchement, Kiba avait du mal à comprendre. Pour quelqu'un qui l'avait tant aidé dans ses relations plus jeune, et surtout avec celle qu'il entretenait aujourd'hui avec Hinata, le blond semblait avoir un sérieux problème pour s'occuper de lui-même. Et pour être tout à fait honnête, l'Inuzuka n'avait absolument aucune espèce d'idée sur ce qui pouvait bien traverser l'esprit du jeune homme en ce moment. Il ajouterait même qu'il n'était pas tout à fait sûr de le vouloir.
L'unique chose dont il avait connaissance, l'ayant apprise par L'Uzumaki, était que quelque chose s'était produit entre lui et Uchiha. Il ne savait pas exactement quoi, mais il n'était pas aveugle au point de ne pas comprendre la dynamique jouant entre les deux hommes. Aussi surveillait-il d'un œil discret ce qui se déroulait entre eux malgré lui.
Et depuis que Naruto était arrivé à la soirée de Karin, une tension presque palpable s'était installée, tension que le blond essayait visiblement d'ignorer en tout point, accentuant la mauvaise humeur d'Uchiha. Parce que c'état surtout ce dernier que Kiba guettait. Depuis le début de la soirée, il l'avait observé fixer Kin – la jeune femme que Naruto avait apparemment cru bon d'ajouter dans le mix – d'un œil extrêmement mauvais – et même lui savait qu'on ne plaisantait pas avec les Uchiha là-dessus. Il avait vu Sakura tenter de rassurer le brun sur un des canapés, l'avait vu se faire rejeter avec froideur. Il avait vu le blond jeter des coups d'œil aussi discrets que nombreux en direction de son ami d'enfance, avant de se pencher vers Kin pour flirter avec elle dés que ses regards – noirs – lui étaient rendus.
Une bande de cons. Voilà ce qu'ils étaient. Tous les deux.
En fait, on peut dire que Kiba Inuzuka avait vu le désastre avant même qu'il n'arrive.
Cela dit, jouer avec les sentiments d'un Uchiha... Naruto aussi, aurait dû prédire qu'une catastrophe était sur le point d'éclater. Ce petit jeu de jalousie n'était clairement pas fait pour durer. Kiba ne comprenait même pas pourquoi le blond s'infligeait tout ça.
Ce ne fut pourtant que lorsque la musique légèrement rock qui résonnait entre les murs de l'appartement se mua en une douce et langoureuse complainte, que les choses s'accélérèrent. L'Uzumaki se mit à se déhancher contre son 'rancard', et Kiba n'eut qu'à peine besoin de regarder Uchiha pour imaginer son expression. Pour quelqu'un d'aussi renfermé, il était assez transparent sur ses émotions. Et, honnêtement, après avoir vu son regard lorsqu'il avait enfin aperçu le jeune couple se coller l'un contre l'autre, l'Inuzuka ignorait s'il devait se sentir à ce point mal pour Uchiha, ou complètement effrayé par l'intensité qu'on pouvait lire dans les yeux noirs.
La chose le fit tourner la tête, allant jusqu'à interrompre Hinata, surprise par son flagrant manque d'attention. La jeune femme haussa un sourcil perplexe, regardant les yeux de son vis-à-vis s'écarquiller avec une émotion qui ressemblait étrangement à de la panique.
Et pour cause, Kiba vit les événements s'enchaîner très vite.
Naruto jeta un coup d'œil en coin à Uchiha qui venait de bondir de son siège, avant de replonger son nez dans la masse de cheveux bruns de Kin, exagérant le flirt. Et c'est là que Sasuke chargea. Perdant sa contenance, Kiba se retourna complètement, prêt à intercepter le brun alors qu'il enchaînait des pas vibrant d'une rage visiblement non-contenue. L'Inuzuka crut honnêtement qu'il allait se jeter sur Naruto et l'énucléer. Ou un truc du genre.
Il s'arrêta d'un coup cependant. Net, comme ça, au milieu de la foule de personnes qui s'étaient mises à danser.
Avec une curiosité mêlée de crainte, Kiba se demanda ce qu'il faisait. Ce fut encore plus surpris qu'il observa un fin sourire se dessiner sur les lèvres roses pâles de là où il se tenait, et cette fois-ci il se sentit vraiment perdu.
Note à lui-même : il avait été le premier à faire remarquer que l'Uchiha était un peu fêlé dans son genre. Pour une fois qu'il avait raison.
Cela étant dit, il avait toujours su que quelque chose de bizarre les unissait, ces deux là. Uchiha était plutôt peu subtil, surtout avec ses remarques depuis quelque temps, et quant à Naruto... Kiba savait de quoi il retournait. Même s'il ne cautionnait pas réellement les actions du blond. Et avait même du mal à les comprendre, la plupart du temps.
"Oh, tu as vu Sasuke ?" murmura tout à coup Hinata de sa voix douce, après avoir suivi le regard de son compagnon. Son expression était celle de la surprise. "Je ne savais pas que c'était... comme ça, entre ces deux là."
Kiba n'eut besoin que d'un coup d'œil pour comprendre de quoi il retournait.
Note (Bis) à lui-même : Uchiha était vraiment fêlé.
Sakura Haruno pouvait comprendre beaucoup de chose. Elle aimait écouter les problèmes des gens pour pouvoir ensuite les régler, et encore plus lorsque les personnes en question lui étaient chères. Une fois, d'ailleurs, elle avait fait un beau rêve, où elle était élue Miss Conseils, et Amie Préférée de la Planète. Inutile de dire qu'elle s'était réveillée le sourire aux lèvres.
Peut-être, il fallait bien l'admettre, parfois ses conseils manquaient-ils de... subtilité. Ou pouvaient ne pas être extrêmement appropriés. Mais en général, ils étaient bons, et ils aidaient la situation en cours à s'améliorer. (Ceux qui disaient le contraire étaient des fieffés menteurs ingrats).
Aussi préférait-elle clarifier les choses, et le déclarer maintenant, ouvertement : ce n'était pas elle qui avait dit à Sasuke Uchiha de faire cela.
Lorsqu'il s'était levé, une expression furibonde peinte sur le visage, elle avait cru qu'il s'apprêtait à démembrer Naruto, qu'il avait visiblement pris pour cible (si la direction qu'il avait empruntée servait d'indication). Style Uchiha, sans éclaboussures, une mort vite fait bien fait. Au vue du déroulement de la semaine, Sakura pouvait admettre que le blond le méritait. Surtout quand on voyait le mal que son comportement avait infligé à son meilleur ami. Il l'embrassait, l'ignorait, puis se ramenait avec une fille au bout d'une semaine comme si de rien n'était ? Merde, elle était surprise que Sasuke ne soit pas allé lui casser la gueule plus tôt.
Ça aurait été horrible, certes, mais au moins, ça aurait été fait. (Elle croyait fermement à l'évacuation de la frustration par tous les moyens possibles.)
Et c'est pourquoi Sakura fut totalement ébahie de voir le brun s'arrêter en plein milieu de sa course exaltée, comme électrocuté, attendant quelques seconde avant de laisser ses lèvres s'étirer en un fin sourire. Un sourire narquois.
Sakura connaissait le jeune homme depuis suffisamment longtemps pour savoir que ce genre de rictus ne présageait jamais rien de bon. Encore plus lorsqu'il avait bu. Et pour cause, l'évènement qui en découla acheva de la convaincre. Elle ferma les yeux.
Qu'est-ce que Sai faisait ici ?
Et surtout, pourquoi Sasuke faisait-il cela ?
Avec une lenteur qui montrait son état d'ébriété autant qu'il témoignait d'une sensualité à toute épreuve, l'Uchiha se dirigea versson comparse brun, bras relevés pour venir entourer son cou. Il se pencha à son oreille, murmura quelques mots, et un sourire satisfait se mit à étirer les lèvres fines de Sai. Puis, en un mouvement naturellement sexy, il pressa son bassin contre celui de son vis-à-vis.
Sakura s'assit plus loin dans le canapé, se prenant rapidement la tête dans les mains. Le spectacle était pour le moins... exotique, à défaut d'être surprenant. Elle espérait au moins que le pauvre garçon ne se ferait pas d'idées, et condamna immédiatement l'attitude de Sasuke. Utiliser quelqu'un n'avait rien de noble, et le brun le savait.
Se mordant la lèvre inférieure jusqu'au sang, elle observa, alors que l'Uchiha attirait son nouveau compagnon de danse à lui, pour se coller ensemble dans un mouvement qui, s'il avait été plus lascif, aurait pu figurer dans un film à caractère pornographique. Il effectua une petite pirouette sur lui-même, frottant avec une exagération plutôt crédible ses fesses contre l'entrejambe de Sai. Ce dernier eut l'air ravi, et il passa ses bras autour de la taille fine du brun, posant son front contre son épaule en remuant ses hanches.
Quelqu'un qu'elle connaissait bien n'allait pas apprécier.
C'est du génie, s'enorgueillit sa voix intérieure. Rendre jaloux Naruto pouvait vraiment porter ses fruits. Probablement. Mais Sakura ne sourit pas. Parce qu'elle savait que celui que Sasuke blessait le plus avec ses actions était probablement lui-même.
Elle le voyait, le regardait, et ne pouvait rien faire.
"Regarde, ils rameutent du monde."
Elle ne releva pas les yeux.
"Ça n'a rien de drôle, Gaara. Il est en train de se donner en spectacle." Sa voix baissa d'un ton. "Il va se détester pour ça."
Le rouquin s'assit à ses côtés muettement, lui tendant un verre rempli dont elle se saisit avec un empressement étonnant. Il plissa les yeux en la voyant prendre quatre bonnes gorgées, et passa immédiatement sa main autour de sa taille, la rapprochant de lui.
"Hey, doucement", murmura-t-il au creux de son oreille.
Sakura reposa sa tête contre son épaule. Sa mine, légèrement désespérée, lui fit raffermir sa prise. Au dessus d'elle, elle sentit le roux observer la situation silencieusement. C'était apparemment le quart d'heure slow, parce que le putain de DJ s'empressa d'ajouter une nouvelle musique lente. Pour quelqu'un de si peu expressif, l'alcool faisait des merveilles. Sasuke se déhanchait contre Sai, la provocation de leurs mouvements attirant les invités autour d'eux. Pourtant, Sakura savait que le brun ne cherchait qu'un seul regard dans la foule.
"Je crois que Naruto n'apprécie pas non plus", commenta Gaara sobrement.
Tu m'étonnes, qu'il n'apprécie pas, se dit-elle intérieurement. Peu importe les signaux complètement contradictoires qu'il envoyait, le blond n'aimait pas savoir Sasuke avec d'autres. Elle en était certaine. Poussés par l'attrait, cependant, les yeux verts cherchèrent l'Uzumaki, pour voir comment il prenait la chose.
Et s'écarquillèrent.
"Mon Dieu, c'est une—"
"—catastrophe. Une catastrophe."
Kiba avait envie de partir se cacher au fond d'un grand et gros trou, après avoir bien expliqué – hurlé – aux personnes respirant dans cette pièce qu'il ne connaissait aucun des deux... crétins. Parce que c'était exactement ce qu'ils étaient : des crétins.
Premièrement, Uchiha se lance dans une danse digne des plus grands gigolos avec Monsieur Hypocrite en personne. Pas très distingué, et en plus, Kiba avait du mal à voir ce qu'il comptait obtenir en faisant cela.
Il comprit au Deuxièmement. Quand Naruto attira l'attention de tout le monde en écrasant un pied de sa partenaire qui émit une sorte de petit cris – très peu sexy, à des millénaires de la classe d'Hinata – plaintif qu'il ignora, trop préoccupé par le spectacle de son (ancien ?) meilleur ami, se trémoussant contre Sai. Il aurait au moins pu prétendre ne pas être affecté, mais non.
Cela aurait pu s'arrêter là. Sasuke ayant effectué sa petite danse, ayant visiblement rendu Naruto jaloux – si l'expression qu'il portait servait d'indication – et donc ayant accompli sa petite vengeance.
Rectification : cela aurait dû s'arrêter là.
Mais c'était sans compter l'esprit vengeur de l'Uzumaki. Et sa volonté implacable de ne jamais laisser un challenge Uchihesque couler sans y répondre.
Devant ses yeux dépités, Kiba pu apercevoir le blond, un masque presque impassible peint sur le visage, traînant une Kin visiblement désorientée derrière lui. Il la jeta presque en avant à la force de son avant-bras, et la rattrapa de justesse pour la coller contre lui. Le groupe de personnes s'étant rassemblé autour de Sasuke et Sai et les gratifiant d'œillades amusées, se retournèrent sur leur arrivée précipitée, et apprécièrent encore plus ce nouveau spectacle – d'autant plus que celui-ci était hétérosexuel, donc moins gênant pour la moyenne des gens. Un petit malin – Kiba le fusilla du regard de sa place – s'amusa à siffler le nouveau couple qui se mit à danser juste à côté du premier.
N'importe qui aurait pu croire à un enthousiaste inopiné, une envie transmise par la vision des deux premiers hommes se frottant l'un contre l'autre. Mais Naruto n'avait pas été pris d'une soudaine envie de se donner en spectacle, et Kiba le savait bien.
Non. C'était un signe de défi. De la pure provocation pour répondre à l'affront d'Uchiha.
S'en suivit... un véritable carnage. Il n'y avait pas d'autres mots.
Une sorte de compétition stupide prit place entre les deux couples, alors que d'autres se mettaient à danser autour d'eux, inspirés par le petit show. Le blond et le brun les ignorèrent. La tension qui s'installa était tangible, concrète, et elle fit peur à l'Inuzuka, qu'Hinata essayait de rassurer avec une main douce. Il n'y prêta pas attention, trop concentré.
Naruto monta une cuisse de Kin sur la sienne, pressant par à-coup leurs deux bassins l'un contre l'autre. Au rythme de la musique, ses mains descendaient sur son fessier, voire même en dessous. On n'avait moins l'impression d'une danse que de deux personnes pratiquant une position du Kâma-Sûtra, et leur concurrent n'était pas en reste non plus. Sasuke tenait Sai si fermement contre lui qu'il semblait incroyable d'admettre que le brun puisse encore bouger, alors qu'il semblait mordiller le cou de l'Uchiha, lequel avait la lèvre inférieure prise entre l'une de ses dents comme dans un gémissement étouffé.
Aucun ne rechignait à la promiscuité pour prouver son point.
Et ça ressemblait honnêtement à un combat. La danse tout d'abord langoureuse et lascive prit rapidement des accents plus violents alors que chaque déhanché, chaque mouvement, évoluait de façon plus anguleuse, plus précise, plus brutale. Sai et Kin s'effaçait complètement, alors que leur partenaire respectif prenait l'ascendant sur eux, les guidant selon leur bon vouloir. Aucun des deux ne les regardaient ; peu importe la position dans laquelle ils se trouvaient, ils s'observaient. On avait cependant du mal à voir si leur regard se croisait, et on n'eut la réponse lorsque finalement, se retrouvant face à face, avec pour unique obstacle le corps de leur cavalier et cavalière, ils se mirent à se fixer.
Kiba se mordit violemment le pouce.
"Putain, il faut les—"
"—séparer. Il faut les séparer", répéta Sakura qui regardait avec des yeux ronds ce qui se passait en face d'elle.
A côté d'elle, Gaara ne semblait pas tant alarmé par la situation.
"Pourquoi ?"
"Parce q—" Sa voix mourut dans sa gorge.
Elle ne pouvait l'expliquer. Mais elle les connaissait suffisamment bien tous les deux pour savoir que ça allait bientôt péter. Ce n'est que lorsqu'ils s'arrêtèrent, presque en même temps, à bout de souffle, et se mirent à se fixer, sans jamais se lâcher des yeux, que des sonnettes d'alarme s'enclenchèrent dans sa tête.
Les gens autour d'eux avaient plus ou moins commencé à se détourner d'eux, préférant eux aussi s'essayer à la danse, Sai semblait plutôt satisfait et paisible, tenu serré contre l'Uchiha, et Kin tentait de reprendre son souffle.
Mais leur cavalier continuait de se fixer.
Encore.
Encore.
Et encore.
Bleu contre noir.
Une intensité que peu de gens auraient été capable de comprendre.
Un message qui veut passer de chaque côté, mais qui n'est pas le même.
Des regards soudainement empli d'animosité. Des avis divergents.
L'un haussa un sourcil, serra la taille de son partenaire, et baissa la tête très lentement. Trop lentement pour être naturel. Sans jamais lâcher des yeux son ami d'enfance, il posa très doucement ses lèvres sur l'épaule pâle qu'il enserrait. La provocation, cette fois, était pure, nette, coupante comme l'acier d'un couteau.
Et elle fit son effet.
Avec une grimace horrifiée, Sakura vit Naruto tourner rouge, pousser Kin de son chemin sans ménagement aucun, avant de se jeter sur Sasuke.
Elle n'eut pas le temps de voir lequel des deux porta le premier coup.
Sasuke l'entendit arriver derrière lui quelques secondes avant sa véritable venue, et il n'eut pas besoin de se retourner pour vérifier de qui il s'agissait. Il ne le savait que trop bien. Et c'est ce qui lui faisait le plus mal – ses côtes et sa joue mises à part.
Il entendit les pas continuer, défiler le long des planches de bois, jusqu'à s'arrêter derrière lui, et le silence ne fut alors plus perturbé que par le souffle étrangement erratique du jeune homme.
"Tu n'étais pas chez toi", articula Naruto entre deux bouffés d'air, et Sasuke pouvait l'imaginer, essoufflé qu'il semblait être. Il n'avait toujours pas envie de se retourner.
Il secoua la tête, regardant au loin à l'horizon.
"Alors tu as demandé à Sakura où je me trouvais", marmonna-t-il pour lui-même, comprenant rapidement comment le blond avait pu le retrouver aussi vite. "Super."
Il agita ses jambes ballantes au dessus du lac, et n'aperçut qu'un mince reflet l'imiter. Le ponton n'était certes pas très confortable, mais il faisait un point de ralliement bien connu, et Sasuke n'avait pas eu envie d'attendre Itachi chez lui. Au cas où le blond aurait décidé de se pointer. Ce qu'il avait fait de toute façon.
Putain de Sakura.
Il entendit Naruto soupirer.
"Ecoute Sasuke, je—"
"M'en fous", coupa immédiatement le brun, décidé à ne pas écouter une seule phrase sortir de la bouche de l'Uzumaki.
Il avait eu le temps de dessaouler pendant les quelques heures qui s'étaient écouler, aussi sa courte phrase n'était dû qu'à une envie de prononcer le moins de mots possibles et non à quelques grammes d'alcool. Puis sa joue le lançait à chaque fois qu'il entrouvrait les lèvres, de toute façon.
Un bruit résonna derrière lui, suivi d'une sorte de chiffonnement de vêtements, et il comprit que Naruto venait de s'asseoir à l'angle du ponton. Parfait pour lui tourner le dos.
"S'uke, moi je—"
"M'en fous."
"Arrête, putain, tu—"
"M'en fous."
"Moi je n'm'en fous pas !" s'écria le blond, le nombre soudain de décibels faisant sursauter Sasuke. "Merde, tu— je—"
Tu... ? Je...? Quoi, à la fin ? L'Uchiha avait envie de hurler. Il s'abstint cependant, pinçant les lèvres, fronçant les sourcils. Toutes ces histoires à la con ne le regardaient plus.
"Je suis désolé", finit par murmurer Naruto, aussi bas que possible pour qu'il soit toutefois sûr que son ami l'entende. Enfin, ami... c'était un bien grand mot.
Faisais-t-on ce genre de chose à ses amis ? Non, à son meilleur ami ? Sasuke se le demandait. Très sérieusement.
"Tant mieux pour toi", maugréa-t-il, tapotant la poche de son jean pour trouver ses clopes.
Il avait tout à coup un incommensurable besoin de fumer. Ce qu'il fit, portant la première cigarette accessible à ses lèvres, et fouillant l'autre poche à la recherche de son briquet.
Ce qu'il avait vraiment envie de demander était plutôt "pour quoi ?". Désolé pour quoi ? Pour l'avoir frappé – bien que lui aussi ait réussi à en placer un ou deux coup ? Pour l'avoir ignoré pendant une semaine ? Ou pour avoir joué avec son putain de cœur comme si c'était de la merde ? Peut-être était-il désolé que Sasuke soit tombé amoureux de lui, qui sait...
L'Uchiha aussi en était désolé.
Tout à l'heure, lorsqu'il avait vu Naruto flirter avec cette fille – il avait encore oublié son débile de nom – il avait honnêtement senti son cœur se briser en mille morceaux. Au propre comme au figuré, d'ailleurs. Ce n'est que la rage qui lui avait donné la force de se lever pour aller en foutre une au blond, une qu'il pensait que l'Uzumaki méritait à juste titre. Et puis, sur son chemin, il avait vu Sai. Qui tombait à pique. Et qui, sans le savoir, lui avait donné une idée bien meilleure. Dans son cerveau alcoolisé, en tout cas, ça semblait être une bonne idée. Il se rendait maintenant compte à quel point il avait été con.
Sur le moment, pourtant, ça n'avait été que justice à ses yeux. Puisque Naruto se foutait de sa gueule, il allait lui montrer qu'il n'avait pas besoin de lui. Et, comme il semblait le faire à chaque fois qu'il se retrouvait en état d'ébriété, il s'était donné en spectacle avec Sai – qui allait bientôt commencé à se faire des idées. Ce qui l'avait le plus étonné, c'est que ça avait marché. Il l'avait lu dans les yeux bleus. La rage contenue, voire même la jalousie. Quelque chose qu'il n'avait jamais vu chez Naruto, soit parce que ça n'avait jamais existé jusqu'à maintenant, soit parce que l'Uzumaki le cachait très bien.
Et c'était là tout le problème.
Il s'était senti heureux l'espace d'un très court instant – puis le blond s'était ramené avec Tin, ou Pin, ou peu importe. Et il s'était mis à danser avec elle, le défiant avec son regard de contredire cela. Et c'est là que Sasuke comprit : Naruto ne voulait qu'une chose. Lui montrer que ce qui c'était passé entre eux était une erreur, qu'il préférait n'importe quelle femme qu'il avait rencontré il-ne-savait-où à lui, et qu'il fallait oublier.
Laissez-le vous dire une chose ; Sasuke Uchiha n'était pas d'accord.
Alors il avait repris la mascarade. Lui montrant qu'il avait sa fierté, que lui aussi pouvait l'oublier. Et au fur et à mesure qu'il s'était rapproché de Sai, qu'il avait senti les mains du jeune homme sur lui, il s'était senti de plus en plus mal, et de plus en plus en colère. Il avait pu voir celle de Naruto grandir en symbiose avec la sienne.
Ça avait, inévitablement, fini par exploser.
Il avait fallut qu'il ajoute une dernière provocation, quelque chose qui, il le savait, ferait craquer l'Uzumaki. Alors il avait embrassé l'épaule de Sai. Exactement comme Naruto avait embrassé la sienne, une semaine plus tôt.
Le blond avait décoché le premier coup. Et lui, avait répondu avec une force équivalente. Tous les non-dits, tous les malentendus, toute la frustration accumulée au cours des sept jours précédents s'exprimèrent alors. Il avait fallu six personnes pour les séparer, et le regard venimeux que l'Uzumaki lui avait lancé lorsqu'il s'était relevé lui avait fait comprendre une dernière chose : il devait se barrer d'ici. Maintenant, tout de suite. Sans plus tarder. Il ne pouvait plus supporter toute cette merde.
Voilà pourquoi il attendait son frère là, censé venir le chercher pour l'emmener à Oto avec lui. C'était la meilleure des choses à faire.
Mais Naruto était arrivé. Encore, et toujours.
"Qu'est-ce qu'il se passe, Sasuke ?" reprit soudain le blond d'une voix douce, alors que l'Uchiha faisait tomber la cendre de sa cigarette dans le lac. "Entre nous, je veux dire. Qu'est-ce qu'il se passe ?"
Sasuke eut un sourire amer, bien qu'il sentît sa gorge se nouer dangereusement.
"Il ne se passe rien", dit-il. "Rien. Jamais rien."
"Ça veut rien dire ça..."
Sasuke se tint coi, plongé dans d'autres pensées. L'Uzumaki se sentit obligé de reprendre la parole ;
"Est-ce que t—"
"Pourquoi tu m'as embrassé ?" demanda tout à coup le brun, coupant l'autre au début de sa phrase. Il se redressa sur son ponton, regardant toujours au loin. Sa voix sonnait blanche. "Parce que c'est toi qui m'as embrassé, Naruto, pas moi. Alors pourquoi ?"
Il ne savait pas vraiment ce qui lui prenait de demander ça maintenant, mais il ressentait qu'il avait brusquement besoin de savoir. Même s'il n'était pas sûr d'aimer la réponse.
"Pourquoi ?" insista-t-il, finissant par se tourner vers le blond, dont il voyait maintenant le profil.
Naruto se tourna vers lui, et il ne vit qu'à peine son visage dans l'obscurité. Il devait être très tard. Ou très tôt, peu importait.
" Pourquoi tu m'avais envoyé ces chanteurs ?" contra le blond. "Pourquoi la nuit au Pizza Hut, tu disais tout... ça ?" Il déglutit. "Pourquoi... au parc tu as dit que tu m'aimais ?" "
Sasuke sentit son souffle se coincer dans sa gorge. Il retourna la tête vers le large du lac.
"Pourquoi pas", marmonna-t-il presque inaudiblement.
A côté, Naruto soupira.
"Sasuke, tout ça... Et même ce qu'on a fait, ce n'est pas..."
Il avait visiblement du mal à trouver ses mots. Sasuke jeta sa cigarette terminée au loin. L'Uzumaki se retourna vers lui.
"Tu sais, je crois que tu... Sasuke, tu penses m'aimer, mais en réalité tu—"
L'Uchiha frissonna.
"Vas te faire foutre, dobe. Vas te faire foutre. Me dis surtout pas ce que je pense ou quoi que ce soit parce que la réalité, c'est que tu n'en as absolument aucune putain d'idée, ok ?"
"Arrête, tu—"
"Non, toi arrête", s'énerva brusquement le brun, se sentant à bout. "C'est quoi ton putain de problème, uh ? Tu— tu— tu passes ton temps à agir normalement, et puis, d'un coup, comme ça, tu changes ! Tu fais un truc puis le contraire et— je te suis plus, ok ? Je te suis plus. Tu m'embrasses, tu m'ignores, tu te ramène avec on-ne-sait-qui, tu me fais tes grands yeux plein de pitié, mais vas te faire foutre avec ta pitié ! J'en ai rien à battre, moi, je veux... je veux..."
"Tu veux un truc que je peux pas te donner !" hurla Naruto, faisant se figer son vis-à-vis. "Ok ? Ce que tu veux, Sasuke, je ne peux pas... Je..."
Tremblant, le brun se releva tout à coup en un seul mouvement, faisant face à Naruto de toute sa hauteur. Il lui donna vaguement un coup de pied dans le bas du dos.
"Lève-toi", ordonna-t-il. "Lève-toi."
Sans expression, le blond se releva, faisant face à son ami d'enfance. Son meilleur ami. Son tout.
Sasuke inspira une immense bouffée d'air, réunissant tout son courage. Il fallait que ça sorte, qu'ils arrêtent de tourner autour du pot et qu'il... qu'il porte ses couilles, pour une fois. Tout ce que Sakura lui avait dit, tout ce qu'ils avaient essayé de faire ensemble... Putain, il aurait aimé qu'elle soit là pour entendre ça et le félicite. Pour que, au moins, il ait un soutien.
Il inspira une seconde fois.
"Naruto Uzumaki, je... je t'aime. Pas comme un pote. Pas comme un frère. Encore moins comme un frère. Il n'y a pas de malentendu cette fois ; c'est toi. Je te veux, je te désire et je... t'aime. Depuis que..." il lâcha un petit rire, qui s'étrangla dans sa gorge. "Putain, depuis que j'ai quoi... dix-huit, dix-neuf ans ? J'en sais rien. C'est un fait. Tiens le toi pour dit, et... De toute façon, j'attends rien de toi, juste que tu me... je voudrais...?"
Sa voix s'éteint, alors qu'il relevait les yeux qu'il avait baissés pour qu'ils rencontrent ceux de Naruto. Le blond ne souriait pas. Une expression neutre, presque dure, s'était figée sur ses traits. Sasuke sentit son cœur s'emballer, mais pas de la bonne façon.
Il tendit la main.
"Naruto, ne—"
Trop tard, le blond recula d'un pas.
"Sasuke", dit-il, et l'Uchiha ne lui avait jamais entendu une voix aussi dénuée d'émotions. "On ne peut pas. Tu comprends même pas que... On..."
Sasuke déglutit.
"Pourquoi tu m'as embrassé ?"
"Arrête, je..."
"Putain de merde, pourquoi ?"
"On ne—"
"Naruto !"
Alors qu'il semblait soudainement s'être laissé envahir par la confusion et le stress, l'Uzumaki lui jeta un regard perdu. Quelque chose dans ses yeux dû cependant lui redonner la force de ses convictions, car il reprit tout à coup contenance. Le bleu liquide de ses yeux se figea, et sa mâchoire se verrouilla en un masque inébranlable.
"Par pitié", cracha-t-il finalement, et sa voix n'avait rien à voir avec le ton jovial qui était usuellement le sien. "Je t'ai embrassé par pitié."
Sasuke lâcha un tout petit rire amer, sans se démonter. Il fit un pas en avant.
"Tu dis n'importe quoi, je sais que ce n'est pas ç—"
Il ne pu finir sa phrase, soudain propulsé en arrière. Avant qu'il ne le voit venir, et ce pour la deuxième fois de la soirée, Naruto venait d'envoyer son poing dans sa figure. Pour le faire taire ? Le faire disparaître ?
Ce n'est que lorsqu'il sentit une douce moiteur l'envahir qu'il comprit qu'il venait de déraper sur le ponton, et qu'il s'enfonçait dans les eaux sombres du lac. Il n'eut que le temps d'entendre Naruto hurler un "PUTAIN DE MERDE" et ses pas s'enfuir avant d'être complètement englouti.
Une fois revenu à la surface, toussant fortement, il était seul.
Une chose était sûre, Naruto venait de marquer la fin de leur relation.
Faut pas m'en vouloir, pour la fin, j'écoutais Too Late To Apologize. Je dirais que j'ai été conditionnée.
TBC ?
