Titre : Un regard glacial.
Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf les prises de tête.

Note : Une fin alternative à l'arc d'Infinity. Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher le suspense. 12 chapitres.

Tatouina : J'aime être criminelle, et j'en ai pas fini avec mes deux victimes. Promesse de Nandra.
Molly : garde le plombier sous la main, il se pourrait que tu en aies bientôt besoin.
Shini, KingSoren : merci pour vos encouragements :o)

Je craignais un peu que cette histoire ne plaise pas, avec ce Fye en pleine névrose obsessionnelle et un Kurogane carrément paumé. Je suis contente de voir que je suis pas trop « à côté de la plaque ». J'aurais envie de dire plein de trucs, mais ça prendrait trop de pages donc je me tais.

Un chapitre un peu moins "pesant", profitez-en bien, parce que, après celui-là, on reprend plus notre souffle jusqu'à la fin :)
Bonne lecture, puis laissez-moi plein de petits mots, ça me motive.

Pour me taper dessus, on clique sur reviews !! Plus vite vous me tapez dessus, plus vite je poste la suite, na !


Chapitre 4 – Mensonge.

- Merci beaucoup, Kurogane-san, fit la femme en s'inclinant devant lui.
- C'est bon, c'est bon, grogna le ninja. Il va mieux ?
- Il est malade, mais le médecin dit que tout ira bien. C'est grâce à vous. S'il était resté plus longtemps dans cette eau glacée…
- Mais ça n'a pas été le cas. Prenez soin de lui.

Il fit un signe du menton à Tomoyo et quitta la salle d'audience. Deux jours s'étaient écoulés depuis qu'il avait sorti le garçon de l'étang, et sa mère était venue pour le remercier mais il n'avait pas le cœur à écouter plus longtemps ses paroles reconnaissantes.

Il n'était vraiment pas d'humeur à entendre quoi que ce soit. Et surtout pas des choses gentilles. Il ne voulait plus rien entendre de gentil. Les gentillesses affaiblissent, elles éteignent la colère, elles poussent à s'attacher. Il ne voulait plus s'attacher.

Il fallait qu'il aille le voir. Lui, il ne serait pas gentil. Il avait besoin de son rejet, de son mordant, de ses sarcasmes. Il avait encore besoin de lui. Il avait, plus que jamais, besoin de lui.

Sur le chemin de la prison, il croisa plusieurs gardes et courtisans qui le saluèrent aimablement, et gagnèrent des regards noirs, qu'ils accueillirent de haussements d'épaules. Depuis qu'il était rentré de voyage, le guerrier était dans de fort mauvaises dispositions. Ils avaient l'habitude. Ils se contentaient de rester polis, de s'écarter prudemment, et de poursuivre leur chemin.

Quand il entra dans la cellule, il eut la surprise de trouver le magicien debout près de la fenêtre, la couverture sur les épaules. Il paraissait calme. Il regardait dehors, ou plutôt, il fixait d'un air absent un carré de ciel gris qu'il ne voyait sans doute pas. Il ne se retourna pas pour accueillir son visiteur, lequel resta un moment adossé à la porte close, à l'observer.

Il se demandait à quoi Fye pouvait bien penser, ce que cette neige, qui semblait l'attirer comme un aimant, lui inspirait. Rien de joyeux en tout cas, à en juger par son air fermé.

Comme à chaque fois qu'il lui rendait visite, il nota cet étrange paradoxe. C'était Fye, sans être Fye. L'homme qui se tenait devant lui ressemblait à Fye, ce corps svelte, souple, aux mouvements fluides, ces cheveux dorés devenus longs, encadrant son visage clair, ces mains fines, aux longs doigts à présent couverts de blessures. Mais le magicien enjoué et doux, au rire facile, tout comme l'être malheureux qu'il avait eu l'occasion d'entrevoir quand il avait su percer sa garde, ces deux-là s'étaient effacés pour laisser place à une troisième personnalité, un Fye dur, cynique, une volonté d'acier sur laquelle le guerrier n'avait plus aucune prise.

Chaque rencontre était un combat mais les rôles s'étaient inversés. Alors qu'autrefois c'était le mage qui semblait sans arrêt chercher à ramener le regard de Kurogane sur lui, à présent, c'était Kurogane qui se débattait pour capter l'attention du mage.

Il quitta son poste d'observation et vint se placer derrière lui. Il hésita à lui poser une main sur l'épaule, puis se ravisa. Trop dangereux.

- Il faut que tu te nourrisses.

Le blond ne réagit pas et le ninja retint un soupir. Comme il l'avait deviné, la douceur dont il avait fait preuve lors de sa dernière visite n'était qu'une courte trêve, la bataille avait déjà recommencé. Et la scène qui allait suivre, il l'avait déjà vécue plusieurs fois, ça n'avait rien d'agréable. Mais au fond, c'était ce qu'il était venu chercher, alors pourquoi en éprouvait-il soudain de la peine ? Qu'avait-il espéré secrètement ?

- T'as entendu ?
- Fiche-moi la paix. Je n'ai pas l'intention de t'obéir.

Le ton était détaché, dénué d'émotions.

- Fye, ne m'oblige pas à faire ça.
- Tu n'y es pas obligé. Tu n'as qu'à me laisser tranq…

Il ne termina pas sa phrase. Kurogane l'avait attrapé par l'épaule, le forçant à se retourner, et l'avait plaqué brutalement contre le mur, une main sur sa gorge. Il se tenait devant lui, une expression farouche sur le visage, du feu dans le regard, visiblement furieux.

- Tu sais très bien ce qui va se passer, alors coopère, tu veux ? gronda-t-il entre ses dents serrées.
- Sinon quoi ? demanda Fye.

Il parlait avec ce calme horripilant, cette absence totale de crainte dans sa prunelle bleue, qui donnait au brun une prodigieuse envie de lui coller des gifles.

- Sinon, comme à chaque fois, je t'obligerai à m'obéir. Tu veux vraiment qu'on se batte ?

Le blond haussa les épaules, affichant un air de profond ennui.
- Peu m'importe.
- Maudite tête de mule !

Le ninja éleva son bras libre à hauteur de son visage, déchira le bandage de son poignet avec ses dents, et s'infligea lui-même une morsure qu'il plaça devant la bouche du mage vampire. Un peu de sang goutta sur ses lèvres. Il le lécha distraitement, sans dévier son regard des prunelles grenat du guerrier.

- Bois.

Fye voulut tourner la tête, mais les doigts d'acier de son geôlier ne le lui permirent pas. Son œil valide revint sur le visage de son ami, son bourreau. Il nota qu'il avait le front humide, les pupilles un peu trop petites, les yeux un peu trop brillants, et peut-être un léger tremblement dans la main qui lui pressait la gorge. Il tiqua, malgré lui, un léger pli se formant entre ses sourcils.

- Tu es malade. Tu as de la fièvre.

Ce n'était pas une question. C'était une simple constatation, dite d'un ton neutre, sans affection mais sans l'habituel ton sarcastique qui était devenu sien depuis quelques temps.

- Tu te soucies de moi à présent ? répondit le brun avec un sourire ironique.

Kurogane se gifla intérieurement. Pour une fois que Fye ne l'agressait pas, pourquoi avait-il fallu qu'il lui réponde sur ce ton ? Crétin de lui-même.

- Non.
- Je vais très bien, bois. S'il te plaît.

Le magicien n'en avait aucune envie mais son corps le trahit, comme à chaque fois. Il sentait l'odeur du sang sur la peau meurtrie du guerrier. Il maudit sa propre faiblesse quand sa pupille s'étrécit et que l'appel de sa proie fut le plus fort. Il planta sans douceur ses dents dans le poignet offert, aspira un peu et se retira presque aussitôt. Le goût n'était pas le même que d'habitude.

- Tu mens. Tu es malade.
- Ferme-la, et bois.

C'était toujours un peu douloureux quand les crocs s'enfonçaient dans son bras. Ensuite, alors qu'il transmettait au mage un peu de son énergie vitale, venait une toute autre sensation. C'était comme s'il se dédoublait. Une partie de lui restait solidement ancrée au sol, tandis que l'autre paraissait faire une chute vertigineuse dans un puits sans fond. Tomber, et rester debout. C'était un sentiment fort, troublant, mais pas désagréable. C'était même plutôt grisant.

La tête lui tourna. C'était inhabituel. La main qu'il avait laissée sur la gorge du prisonnier glissa le long de son cou pour prendre appui sur sa poitrine et s'accrocher à sa tunique. Ses genoux se dérobèrent, un voile noir passa devant ses yeux et un vrombissement envahit ses oreilles. Puis plus rien. Le vide. Le silence.

Une douleur au visage le ramena brusquement à la réalité. Tout redevint clair. Il vit le plafond, et se rendit compte qu'il était allongé à même le sol. Accroupi à côté de lui, Fye le regardait avec un sourire de loup. Son œil n'avait pas encore repris son aspect habituel, et Kurogane en déduisit qu'il n'était resté évanoui que quelques secondes.

- Tu mens très mal, ironisa le magicien.
- Ferme-la, tu veux ? grogna le guerrier en s'asseyant avec une grimace.
- Tu as de la chance tu sais, j'aurais très bien pu en profiter pour te tuer.
- Crétin, si t'en avais envie, pourquoi tu l'as pas fait ?
- Je suis sur la digestion, ça me rend paresseux, tu me connais.

Le ninja se leva péniblement et chancela, avant de se stabiliser et de se diriger vers la porte. Il frappa et appela les gardes, qui avaient ordre de n'ouvrir que s'ils entendaient sa voix. Le bruit des serrures lui répondit.

- Kurogane ?

Il se retourna vers le mage qui l'avait interpellé. Il n'avait pas bougé. Il était toujours à l'endroit où le brun s'était écroulé. Son regard, en revanche, avait repris sa couleur de ciel d'été.

- Quoi ?
- Soigne-toi.