Disclaimer : les personnages ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de Square Enix et Disney.
Cette fic est écrite dans le cadre des Nuits du FoF, sur le thème "Décharger", en une heure.
En vrai, dès que j'ai vu ce thème, j'ai repensé à une conversation qu'on a eue en cours sur la réception des livraisons et la vérification des colis. Et puisque ce recueil s'y prêtait …
C'est sûrement l'Os qui utilise le plus de vocabulaire type, donc si vous ne comprenez pas un truc ou si vous êtes curieux, référez-vous au lexique suivant (et n'hésitez pas à me demander par message ou dans les reviews si je suis pas clair !) :
- Pointer : Alors je crois pas que ça existe pas qu'en librairie mais vu que je connaissais pas avant, en gros, c'est quand tu vérifies que les stocks que tu as correspondent à ceux que tu devrais avoir. Genre là, Dem regarde la commande passée et vérifie que ce qui est écris correspond bien à ce qu'il a dans son carton.
- Pour le repré (le représentant) c'est une personne qui représente une maison d'édition et qui se déplace en librairie pour présenter les nouveautés. Le libraire voir avec lui les quantités qu'il prend et les conditions (échéance du paiement et les possibilités de retour) qui lui sont faites)
- les retours, c'est une possibilité qu'on a en librairie pour retourner des bouquins qu'on vend pas à l'éditeur. Ça permet d'éviter de faire tourner le stock et d'éviter d'immobiliser une partie de la réserve.
L'erreur
« - On a un problème.
- Du style ?
- Du style gros problème. »
Intrigué, Axel pose les bouquins qu'il devait remettre en rayon pour s'approcher de son collègue. Son regard nucléaire se pose sur le carton qu'il est en train de pointer.
« - C'est la livraison que t'as déchargée ce matin ?
- Ouais.
- Y a un souci avec ?
- Bah regarde. »
Le rouquin fronce les sourcils. Il y a un bouquin abimé par la livraison ? Une erreur dans la commande ? Ça arrive parfois – comme ce jour où ils ont reçu trente exemplaires du « Bruit du Dégel » au lieu de trois, comme ils avaient convenu avec le repré, lequel avait apparemment fait une vilaine faute de frappe. C'est chiant, pour sûr, et il n'a pas envie de préparer des cartons ou de se démerder pour écouler des bouquins par pile de dix. Et s'ils sont cornés, tordus ou déchirés, ce sera mort pour les vendre. Mais ce qu'il voit en se penchant dépasse tout ce qui s'est précédemment joué dans sa tête.
Ah. En effet, il y a un problème.
« - Dis-moi que c'est pas toi qui a commandé ça.
- Euh, t'es sérieux ? » Axel est presque outré.
« - On sait jamais.
- C'est pas mon délire.
- Non mais parfois, par curiosité …
- Je perds pas mon argent pour ces conneries.
- Je juge pas hein, tu lis ce que tu veux.
- Bah justement, je veux pas ça. »
Ils se regardent, hésitent. Puis leurs yeux retombent sur la biographie de Marine Le pen.
« - Ils l'ont foutu sans nous demander notre avis ?
- Ouais.
- Donc on peut le retourner ?
- On peut pas le retourner sans renvoyer tout le carton avec, et c'est un peu tard.
- Quoi, on va le garder ?
- Qu'est-ce que tu veux faire ?
- Mec, on peut pas vendre ça !
- Oh, calme, j'ai pas dit qu'on allait le vendre. »
Ils se regardent encore. Posent à nouveau leurs yeux sur le livre. Répètent inlassablement le même cirque sans trouver quoi dire. Bon, effectivement, pour le vendre, ça va être compliqué. L'ouvrage ne colle pas avec l'image de leur librairie, et ils n'ont pas le moins du monde envie de perdre des clients qui se seraient fait de malencontreuses idées sur leur orientation politique à la vue de ce bouquin. Mais puisqu'ils ne peuvent pas le retourner, ils vont bien devoir en faire quelque chose.
« - On pourrait caler la table de l'entrée avec. » Demyx propose tout en zieutant le résumé.
- Trop gros.
- Bah au moins elle bougera plus. »
Axel secoue la tête. Il jette un coup d'œil dans la salle pour vérifier qu'aucun client n'est entré, puis il se penche sur le carton pour s'assurer que le reste de la commande a l'air correcte. Des fois qu'une pile de Zemmour se serrait glissée entre un Jo Nesbø et le dernier tome de One Piece.
« - Ou sinon. » le petit punk commence.
- Quoi ?
- On met un paquet cadeau autour.
- Et ?
- On en fait un bouquin surprise. Genre pour les cadeaux de dernière minutes, ou les gens qui veulent un livre sans savoir c'que c'est. »
L'allumé hausse un sourcil.
« - Paie ton cadeau.
- Si ça se trouve, la personne va aimer.
- Je crois surtout qu'elle reviendra jamais.
- Bah propose ça à un client chiant. Genre le vieux dégarni de la dernière fois.
- Celui qui s'est énervé parce qu'on vendait pas de disque ?
- Ouais. »
Ax caresse la couverture de l'intrus. Il le fixe comme s'il risquait de leur sauter à la figure d'un instant à l'autre.
« - Hypothétiquement …
- On va pas vendre ça comme ça. » Demyx coupe brusquement.
« - Non mais juste, imagine.
- Quoi ?
- Si on devait le ranger, tu le mettrais où ?
- Ben dans les sciences humaines.
- Pas faux. »
Quelqu'un entre. Il observent tous les deux la personne, mais elle se dirige toute seule vers le rayon jeunesse sans même leur jeter un regard.
« - Ou alors, on le met en polar.
- Pardon ?
- Non mais pour le côté noir. Genre, c'est un livre un peu flippant quand même, tu vois.
- Ah ouais. »
La jeune femme arrive vers la caisse, une pile de livres colorés entre les bras. Les deux libraires se séparent le temps de l'encaisser et de finir de vérifier le carton, puis ils se retrouvent quelques minutes plus tard, toujours plongés dans de profondes réflexions. Ils vont bien trouver quoi en faire.
« - On peut aussi le mettre en poésie.
- En poésie ?
- Ouais.
- Attend, t'es sûr qu'on parle du même bouquin ? Nan parce qu'entre Le pen et Rimbaud, t'as quand même un sacré fossé.
- C'est pas ce que je veux dire.
- J'te suis plus.
- C'est le rayon qui tourne le moins.
- Et ?
- Si ça se trouve, il faudra des années avant que quelqu'un le voit.
- … Oh. »
Enfin, ce n'est pas comme s'ils allaient vraiment ranger ce livre quelque part. Au pire, ils le laisseront dans un coin avant de le mettre dans les prochains cartons de retour, et ils passeront un petit coup de fil à l'éditeur pour lui faire comprendre leur manière de penser. Enfin, Axel passera un coup de fil. L'autorité n'est pas le point fort de Dem.
Secouant la tête, le renard soupire.
« - Tu feras gaffe, la prochaine fois que tu déchargeras.
-Oh t'en fais pas, j'me protège toujours au lit. Par contre je comprends pas ce que ça vient faire là. »
Voyant son collègue éclater de rire sur la table de travail, le blond fronce les sourcils avant de percuter. Ah. Oui. Tout de suite, ça a plus de sens. Bon. Il mettra ce moment gênant sur le compte de la fatigue de fin de semaine. Ça lui fera une raison supplémentaire de détester les samedis soirs.
J'espère que ça vous aura au moins amusé ! Si vous avez des idées pour aider ces deux pauvres âmes en peine ou quelque chose à ajouter, les reviews sont là pour vous !
