TABLEAU RECAPITULATIF DISPONIBLE SUR MON PROFIL


Chapitre 2

Mardi 7 MAI 2002

Ron était déjà épuisé en pensant la journée qu'il allait vivre, tout le travail à accomplir, et ses retrouvailles avec les paons « vampires » albinos. Il avait très peu dormi. En rentrant très tôt ce matin-là, Hermione l'avait inondé de questions sur l'enquête et la rencontre Harry/Draco. Elle avait d'ailleurs été grandement mécontente des réponses sur ce dernier sujet. Son époux avait du user de toutes les ressources et artifices en sa possession pour la persuader de ne pas venir au Bureau des Aurors afin de rapprocher les deux ennemis d'enfance. Sa meilleure technique avait été de lui demander de l'aide sur l'affaire. Elle avait été captivé et n'avait plus reparlé de jouer les cupidons. Malheureusement, elle n'avait fait que poser plus de questions encore, ce qui n'arrangeait pas Ron dont la tête menaçait toujours d'exploser et se répandre dans son bol de céréales.

Il était 7H15 du matin et ses yeux étaient douloureusement secs. A discuter jusqu'à une heure avancée, il n'avait finalement pu dormir que trois heures. Hermione n'était pas dans un meilleur état : elle somnolait devant sa tasse de thé, ne parvenant pas à lire son grimoire matinal. Aujourd'hui, « La science appliquée de la cardiomagicopathie sur les Scroutts-à-Pétards de la vallée des Géants et sur les Strangulots des lacs Atlantides et ses conséquences ». Ron avait mis dix minutes à lire le titre.

- « Tu as de nouvelles idées sur notre enquête après avoir dormi ? ne put s'empêcher de demander le rouquin, faisant sursauter sa femme qui s'endormait lentement mais sûrement.

- Humm… grogna-t-elle en se frottant les yeux. Non, mais je n'ai pas vraiment pu y réfléchir je t'avoue…

- Cette affaire est désespérante… souffla le roux en s'affalant sur la table. J'ai pas envie d'aller trier les brins d'herbe de l'immense parc des Malfoy avec ces saloperies de paons qui me fixent… Ils attendent le moindre signe de faiblesse pour attaquer, j'en suis sûr. C'est sournois et maléfique ces machins-là.

- Sherlock Holmes disait : « Lorsque vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité. »

- Qu'est-ce que tu baragouines ? grommela Ron.

- Je réfléchissais juste aux enquêtes policières que je connais et j'ai peut-être un conseil à te donner.

- Je t'écoute ! s'exclama-t-il en se redressant brusquement, attentif.

- Vous avez réfléchi aux possibilités. Je crois qu'il vous faudrait maintenant vous pencher sur les improbabilités.

- Quoi ? Je ne comprends rien…

- Toutes vos pistes logiques sont balayées par une information ou un soupçon. Elles ne collent pas avec l'ensemble. Dans ce cas, pensez au plus abracadabrant. Si le simple est impossible, pense au compliqué.

- Au compliqué ? Comme quoi par exemple ?

- Je ne sais pas moi ! s'emporta Hermione qui voyait que son époux ne faisait aucun effort. Un complot soigneusement élaboré visant à éliminer tous les Mangemorts ? Une manigance politique pour enfin mettre fin au chantage de Lucius Malfoy ? Un simple voleur qui s'est fait prendre et s'est senti acculé ? Un psychopathe assoiffé de sang qui cherche le moindre prétexte pour tuer ? Un fanatique de Voldemort qui veut éliminer tous ceux qui ont échoué ? Ou encore plus grotesque : un amoureux fou de Draco qui cherche à le venger de la gifle qu'il a reçu ? Un pari fait lors d'une soirée bien arrosée qui a dégénéré ? Un mari qui se venge de l'amour que ressent sa femme pour Lucius ? Un fanatique des Malfoy qui refuse de voir cette famille se déchirer ? Un…

- Stop, ok, j'ai compris ! la coupa Ron, les yeux écarquillés d'incrédulité. Tu as une imagination débordante ! D'où te viennent toutes ces idées ?

- Le but étant de sortir des absurdités, il suffit de ne pas réfléchir et ça vient tout seul. »

Ron était abasourdi : sa femme, qui prônait la structure mentale et la logique implacable, lui demandait de ne pas penser pour résoudre son enquête. La seule conclusion possible était de ne plus jamais demander de conseils à son épouse si elle n'avait pas eu ses huit heures de sommeil.

Un coup d'œil à l'horloge lui indiqua qu'il allait être en retard s'il ne se dépêchait pas. Il était 7H30, et il ne s'était toujours pas lavé ni habillé. Ses collègues et lui devaient se retrouver à 8H précises au manoir Malfoy. Hermione l'imita, ayant les mêmes contraintes horaires. Galamment, il laissa la douche à la brune et se contenta d'un gant. Il ne pouvait pas se permettre d'attendre. Comme d'habitude, il ne trouvait pas d'uniforme d'Auror propre et fouilla dans toutes ses affaires jusqu'à ce que Hermione lui indique un endroit. En l'occurrence, le panier à linges propres qui attendaient dans le couloir d'être rangés. Pendant que son époux courrait en tous sens, elle se vêtit tranquillement. Elle eut le temps de se pomponner un peu le visage avant que Ron ait fini d'attacher laborieusement sa cravate. Comme chaque matin, elle le rejoignit pour arranger sa tenue et redresser son nœud. Alors que le roux cherchait sa baguette, elle remplit un thermos de café pour chacun en prévision de la longue journée qui les attendait et ajoutait un petit encas pour son mari. Le rouquin descendait quand elle ferma son sac, sa blouse pliée sur le bras. Il était 8H15, Ron était en retard, Hermione en avance.

La cheminette s'illumina, et la voix de Kenneth appela Ron.

- « Oui Monsieur ! cria l'Auror en se précipitant vers l'âtre, sentant l'habituel nœud dans l'estomac quand il arrivait en retard en classe, durant sa scolarité. Je suis désolé, je suis en retard mais… !

- Narcissa Malfoy a été assassiné », coupa Towler.

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Harry n'eut pas à faire semblant de s'occuper au Ministère avant de rejoindre le manoir. Dès qu'il mit un pied à l'étage du Bureau des Aurors, Shacklebolt s'était jeté sur lui pour ordonner qu'il aille directement chez les Malfoy rejoindre l'équipe de Towler. Il avait même ajouté que Ron et Ginny devaient l'y accompagner, et l'avait rejeté dans la cage d'ascenseur. Le brun ne savait pas quoi penser… Il pourrait fouiller la chambre de Draco plus tôt finalement.

Il était loin de penser que le bataillon des débuts d'enquête fourmillerait sur les lieux : tous les analystes sorciers s'activaient pour trouver des indices, les examiner, les cataloguer et quelques agents qui les épaulaient et prenaient des photographies. Quand elle le vit, Helen se précipita vers lui, en proie à la panique. Elle agrippa son bras et le traîna en courant vers la demeure avec pour seules paroles « Dépêchez-vous ». Ils coururent jusque dans l'immense salle de bal qui se trouvait dans l'aile Ouest et occupait à la fois le rez-de-chaussée et le premier étage.

La pièce était tellement grande qu'elle donnait le vertige. Un parquet en charme lustré et verni, mais recouvert d'une couche de poussière témoignant l'abandon de la salle par ses propriétaires. D'immenses double-fenêtres en arc cintré peintes en blanc ornaient les murs, accompagnées de tableaux majestueux aux touches maîtresses et aux cadres sculptés dorés à la feuille d'or. Le plafond aux voûtes typiques des cathédrales dévoilait des fresques baroques et des lourdes sculptures encombrées. Quelques manques de poussières au sol trahissaient l'absence de larges meubles sans doute faits sur mesure. Mais ce qui attira le plus le regard de Potter était le fond de la pièce : une cheminée monumentale en pierres de calcaire jaunies par le temps et le manque d'entretien. Elle grimpait jusqu'au plafond en volutes imitant un lierre, ceintes de cristal teinté de vert. Depuis la porte d'entrée, la perspective qui s'offrait était saisissante : un cadre morbide formé par l'immense âtre noirci…

Sur un large fauteuil cabriolet du XVIIIème siècle tapissé de velours bleu roi brodé de fils d'or, reposait Narcissa Malfoy dans sa robe de fine mousseline noire, couleur du deuil. Elle semblait attendre royalement la venue de ses invités, nonchalamment installée dans son siège. Ses bras étaient posés sur les accoudoirs, les mains pendant dans le vide. La tête maintenue droite par un coussin de soie rouge vif, mettant en valeur la pâleur de son visage et ses cheveux noirs et blancs impeccablement coiffés en un chignon complexe. La large ligne rouge sur sa gorge scellait le carré formé par le support de tête. La teinte rubiconde se retrouvait au sol dans une large mare de sang. La mise en scène était saisissante de perfection malsaine…

Harry ne pensait pas pouvoir être plus horrifié avant de voir les lettres inscrites en très grand caractère sur le sol, juste devant la flaque grenat.

« LIBERE DRACO, MOI VOUS NE M'ATTRAPEREZ JAMAIS »

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Potter et Harris attendaient dans le hall que les formalités soient réglées. Ils demeuraient silencieux, ne sachant que dire ni penser. Ils s'en étaient doutés pourtant, ils auraient du rester auprès d'elle pour la protéger. Harry redoutait surtout l'arrivée de Draco…

Même le Secrétaire d'Etat Sorcier ne pouvait plus trouver une raison pour garder Draco Malfoy en détention. Auparavant, les preuves n'étaient pas suffisantes aux yeux de la population pour disculper le blond, mais à présent même l'opinion publique ne pouvait plus prétendre l'accuser. Et le Secrétaire suivait. Qu'importe la possibilité d'un complice cherchant à innocenter le fils Malfoy, poursuivre l'accusation n'était pas bon pour les sondages. Alors Harry et Helen étaient revenus convaincre Shacklebolt d'accélérer la procédure de libération. A présent ils attendaient pour pouvoir escorter Draco en lieu sûr.

Ils avaient convenu avec Kenneth de placer Draco chez les Zabini et d'exiger que des Aurors montent la garde. Dahlia et Blaise Zabini avaient donné leur accord. Ils avaient été profondément choqués par la nouvelle, et le jeune homme était mort d'inquiétude pour son ami. Il voulait venir au Ministère pour chercher Draco, mais les Aurors l'en avaient dissuadé : il valait mieux qu'il renseigne leur nouvelle protection sur sa demeure et ses secrets, sa mère étant trop perturbée pour faire quoi que ce soit. Harry pensait également que Draco souhaiterait conserver le peu de dignité qui lui restait. Et avec Blaise, il pourrait difficilement se contenir.

Quelques instants plus tard, les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur Malfoy. Il avait le visage baissé mais Harry pouvait voir ses mâchoires crispées. Potter ferma les yeux et souffla… Helen le suivit quand il se leva pour aller récupérer le blond des mains des deux agents. Draco ne les regarda même pas et se laissa faire. Les deux Aurors n'osèrent rien dire et guidèrent le libéré vers une cheminée avec beaucoup de douceur. Harry avait presque peur de le casser…

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Kenneth était désespéré. Il ne s'était pas du tout attendu à cela quand il avait pris l'affaire. Mais il n'avait pas le temps de s'apitoyer sur ses erreurs et ses mauvais choix. Il fallait coincer ce criminel le plus vite possible avant qu'il ne fasse une nouvelle victime, car il était évident qu'ils avaient affaire à un tueur en série. Towler n'était pas certain qu'il soit judicieux de libérer Draco Malfoy, puisque c'était visiblement ce que voulait le tueur. Il ne devait pas exclure que le mot était un leurre pour les tromper sur son objectif, mais les conséquences étaient prévisibles : le nouvellement orphelin allait forcément être disculpé. A moins de trouver un autre mobile à ce meurtre, ce qui n'était pas une mince affaire, il était évident que cette libération était voulue. Pour quelle raison ? Pouvoir assassiner Draco Malfoy ? Cette raison était la plus probable. L'égorgeur semblait nourrir une haine envers cette famille, cela ne concernait donc pas uniquement Lucius. C'était de toute façon vers là que l'enquête les avait menés hier. Kenneth se mordait les doigts de ne pas être venu plus tôt, de ne pas être allé chercher Madame Malfoy chez les Zabini au lieu de la laisser venir dans ce manoir toute seule. Pourquoi n'y avait-il donc pas pensé alors qu'il craignait pour sa sécurité il y a quelques heures à peine ? Il ne referait pas cette erreur avec le fils, il se le jurait. C'était pour cette raison qu'il aurait préféré savoir Draco en sûreté dans une cellule froide, plutôt que dehors où le boucher de ses parents pouvait l'observer et attendre le bon moment.

L'inspecteur fût arraché à ses réflexions par un analyste sorcier. Il lui confirma que le sang avec lequel le message était inscrit était bien celui de Narcissa Malfoy. Ils avaient également réussi à établir la chronologie des faits avec plusieurs sorts d'analyse des événements. La femme était arrivée par cheminette depuis chez les Zabini, mais elle n'était pas seule : Blaise l'avait accompagnée.

- « Vous êtes sûr ? s'étonna Kenneth.

- Parfaitement, Mademoiselle Harris me l'a confirmé après avoir interrogé Monsieur Zabini. Cependant, il n'est pas resté longtemps, juste pour être sûr que tout allait bien en lançant un sort de détection pour vérifier qu'il n'y avait personne. Il souhaitait ne partir qu'après l'arrivée des Aurors mais Narcissa l'avait convaincu de retourner voir Dahlia. Celle-ci était terriblement inquiète et ils savaient qu'elle resterait devant sa cheminée jusqu'à ce que son fils revienne.

- Et comme il avait été rassuré par le sort de détection, il s'est laissé persuader pour éviter de faire attendre inutilement sa mère, comprit Kenneth.

- Il était 7H40 environ, continua l'analyste. Vous n'alliez pas tarder à arriver.

- A quelle heure se situe l'heure du crime ?

- Environ 7H50. Nous ne pouvons pas dire quand l'assassin est arrivé, puisqu'il n'était visiblement pas sur les lieux avant que Blaise Zabini ne s'en aille. Il semblerait qu'il a amené Narcissa Malfoy dans cette salle de bal, l'a installé sur ce fauteuil, s'est placé derrière elle et lui a tranché la gorge avec la même technique que pour Lucius Malfoy.

- En lui levant le visage d'une main pendant qu'il l'égorgeait lentement de l'autre ? s'enquit Towler pour plus de précision.

- Exactement. Cependant, alors que cela pouvait être possible pour Lucius Malfoy, il est difficilement compréhensible que Narcissa Malfoy ne se soit pas débattue.

- Pas du tout ? s'étonna Kenneth. Imperium ?

- Non, aucune trace de magie, quelle qu'elle soit. Et je ne suis pas sûr que Madame Malfoy soit du genre à se laisser intimider par des menaces sans résister au moins un peu, ne serait-ce que pour la forme… Mais pas de trace de lutte. Rien.

- C'est impossible ! s'exclama l'inspecteur. Vous voulez me faire croire qu'il est arrivé juste après que Blaise soit parti, a guidé Narcissa dans la salle de bal, placé le fauteuil et lui a demandé de s'asseoir, pour ensuite tranquillement lui lever le visage et lui ouvrir la gorge, le tout sans qu'elle proteste ?

- Les sorts d'analyse et de dépistage de magie sont formels : la dernière fois qu'une baguette a été utilisée, c'est pour le sort de détection de Blaise Zabini.

- Quelles sont les limites de ce dépistage magique ? gronda Kenneth. Il localise l'utilisation d'une baguette ? Et si le coupable avait usé d'un autre artefact ?

- Impossible, expliqua l'analyste, sûr de lui. Aucune magie, qu'elle soit d'une baguette, d'un objet, ou même sans aucun autre catalyseur matériel. Rien. Nous avons fait les tests des dizaines de fois si ce n'est plus, le résultat est toujours le même. En plus, ce manoir a été vidé de toute sa magie et ses protections depuis quatre ans, ordre du tribunal sorcier à la fin de la guerre, ce qui a facilité les recherches. Nous avons poussé l'examen sur les trois dernières années, ce qui est la limite temporelle du sortilège, au cas où il y aurait eu un quelconque envoutement qui interfèrerait sur nos vérifications, cela s'est déjà vu une ou deux fois. Je peux donc vous affirmer qu'il n'y a eu rien de tel, et même que les Malfoy avaient presque totalement abandonné l'usage de la magie. Les seules exceptions ont été l'hiver pour allumer leur feu de cheminée quand le bois était trop humide, ou de temps en temps pour nettoyer une tâche particulièrement délicate. Ils n'ont même jamais utilisé le transport par cheminette, sauf cette nuit, et encore moins le transplanage.

- Alors un « envoutement » posé il y a plus de trois ans pourrait perturber les résultats des sorts ? demanda Kenneth, près à se jeter sur cette explication.

- Je ne pense pas, grimaça l'analyste, gêné de devoir détruire les espoirs de l'enquêteur. Pour qu'il continue à fonctionner, il aurait fallu l'entretenir, l'alimenter régulièrement. Et cela nécessite de la magie que nous n'avons pas découverte.

- Et une nouveauté qui pourrait peut-être survivre sans avoir à réutiliser constamment de la magie ?

- Quelque chose que même le Département des Mystères ne connait pas depuis plus de trois ans ? douta l'analyste. Vous savez que j'y travaille tous les jours, et je n'ai jamais eu vent d'une telle chose. Non, c'est impossible. La magie a ses limites. »

Kenneth se frotta le visage d'une main en soufflant. Comment avait fait le meurtrier ? C'était à n'y rien comprendre. Il allait devoir attendre l'autopsie du médicomage légiste qui était en train de préparer le corps pour le transport vers la morgue du Ministère. L'analyste continua son exposé en signalant que le texte avait été inscrit presque immédiatement après le crime : il devait forcément avoir attendu que les projections de sang se tarissent, puisque là encore il n'y avait eu aucun obstacle aux gouttes sur le sol. Towler tenta de contester cette déduction en précisant qu'il y avait une quantité importante d'éclaboussures, il était donc difficile d'assurer que rien n'avait entravé leur trajectoire.

- « Deux facteurs étayent cette conclusion, rétorqua l'analyste. Premièrement, la répartition homogène des projections. Selon les premières conclusions du médicomage légiste, la gorge de la victime a été tranchée de sous la naissance de la mâchoire gauche jusqu'au même endroit à droite en suivant l'os, et avec beaucoup de force. La carotide a été sectionnée, là où la pression sanguine est la plus forte, d'où les projections allant jusqu'à un mètre. Il faut que vous imaginiez que ces effusions jaillissent suivant les pulsations cardiaques, donc en discontinu, mais à la manière d'un robinet ouvert que l'on tente de boucher avec ses doigts. Les doigts étant la tête toujours attachée au reste du corps. Par conséquent, les jets partent dans tous les sens. Si l'assassin s'était posté un peu sur le côté, même en restant derrière sa victime, il aurait forcément empêché les premières projections du sang à gauche ou à droite. Cela n'avait duré que quelques secondes avant que la violence du jaillissement diminue. Et nous pouvons voir que les gouttes sont presque symétriquement réparties sur les côtés. De plus, la vélocité certes moyenne de l'effusion a du durer pas loin d'une minute. Si le meurtrier n'avait pas attendu la fin et s'était déplacé devant sa victime, nous pourrions aisément le voir sur le sol. Il a donc du patienté jusqu'à ce que le sang coule le long du corps pour terminer la formation de cette flaque.

« Le second facteur est par rapport aux traces du meurtrier : il n'y en a aucune. S'il avait été placé une seule fois dans la trajectoire du sang, il en aurait été imbibé au point de dégouliner. Il y aurait des empreintes de chaussures et des gouttes tombées verticalement à faible vélocité. Ce qui n'est pas le cas. Justement, il n'y a absolument rien ! Ce qui porte à croire que le tueur a pris bien garde de ne pas marcher sur le sang. Cela renforce le fait qu'il ait attendu la minute entière pour qu'il n'y ait plus d'effusions : tant que le sang coulait, il y avait risque de marcher dans une goutte.

- Comment a-t-il fait ? Il y en a partout et il devait forcément poser le pied sur l'une des gouttes.

- Pas s'il avait reculé et fait tout le tour : il n'y a qu'un mètre.

- Et comment a-t-il pu prendre le sang pour inscrire son message ? Pour atteindre la flaque, il fallait aussi franchir d'autres gouttes. Et je doute que celles-ci aient été en quantité suffisante pour qu'il y trempe le doigt et écrive. Il y en aurait trace.

- C'est exact… Je ne pense pas être en mesure de pouvoir répondre à cette question…

- Et pour l'égorger, de gauche à droite. Comme il était placé derrière Narcissa, il a du utiliser sa main droite. Donc il est droitier ou ambidextre, n'est-ce pas ?

- Effectivement, oui.

- Le bras gauche positionné sur la tête pour la maintenir en position…

- Décubitus, coupa fièrement l'analyste. La tête en arrière le plus possible morphologiquement s'appelle la position décubitus.

- Si ça peut vous faire plaisir… grommela Kenneth qui n'aimait pas être coupé dans ses réflexions. Donc, la main gauche sur la tête et la droite qui tranche… Vous avez dit que les effusions partaient en tous sens. Il a obligatoirement eu le bras droit maculé de sang, non ?

- Oui, mais il n'y a aucune goutte qui aurait pu venir d'une coulure, il n'a donc pas du être imbibé au point que le sang en tombe.

- Cela s'est produit à peine quelques minutes avant que nous arrivions, donc le meurtrier n'avait pas encore eu le temps de se nettoyer. Nous pouvons déjà innocenter toutes les personnes présentes, y compris les Zabini que nous sommes allés voir immédiatement après. A moins d'user de magie.

- Pas ici en tout cas. Nous irons faire des tests chez les Zabini pour être certains.

- Merci bien. Mais ce sang sur le bras droit pouvait-il être suffisant pour les inscriptions ?

- Non puisqu'il n'y en avait pas assez pour goutter sur le sol. Il en fallait bien plus pour cela. De plus, la coagulation prend entre 3 et 5 minutes, même pour la flaque de sang par terre. Et même à la fin du message il a bénéficié d'un sang encore fluide. Il a été très rapide et n'a pas pu faire d'aller retour. Nous n'avons pas encore eu le temps d'analyser la graphologie du texte, mais à première vue il a repassé chaque lettre plusieurs fois pour bien les épaissir.

- Et s'il avait eu comme… réfléchit intensément Towler. Une sorte d'« encrier » ?

- Un récipient ? Qu'il aurait rempli pendant le meurtre ?

- Par exemple, oui. Y aurait-il eu un endroit stratégique où il aurait pu remplir sa fiole sans interférer le jaillissement ?

- Il aurait pu attendre que le sang coule dans le cou et aurait collé son contenant juste en-dessous, contre la peau… Je ne suis pas sûr que le sort d'analyse des événements puisse répondre à cette question mais nous allons essayer.

- S'il ne le peut pas, pourriez-vous le déterminer avec des examens sans magie ?

- J'ai bien peur que non… Mais nous pourrions savoir la quantité minimale de sang pris de cette façon, combien de temps cela lui a pris de remplir la fiole, et le temps qui lui restait pour écrire le message. Et avec un peu de chance, le temps exact d'écriture avec l'analyse graphologique.

- C'est parfait. La technique était la même qu'avec Lucius Malfoy. Comme lui, elle n'a pas souffert ?

- Non, elle a perdu connaissance presque instantanément. Le sang n'arrivant plus pour oxygéner le cerveau, la mort cérébrale n'a pris qu'une ou deux secondes. Le cœur, en revanche, a mis bien une minute pour s'arrêter : les projections sont dues aux pulsions cardiaques. Plus de battement de cœur, plus d'effusion. Plus de sang atteignant le cœur, et plus de battement.

- Le tueur devait-il avoir des connaissances poussées en anatomie pour avoir une telle adresse ?

- Dans le cas de Lucius Malfoy, la précision du geste témoignait surtout d'un grand calme et de l'assurance. Mais nous ne pouvions pas déterminer s'il souhaitait réellement atteindre l'artère carotide, ou simplement le tuer en lui tranchant la gorge comme cela peut également arriver si on coupe seulement les vaisseaux sanguins plus mineurs devant la trachée. Cela prend plus de temps, mais le résultat est le même. Nous pouvions uniquement affirmer que le tueur avait une bonne force physique pour pouvoir couper aussi nettement cette artère à travers les muscles, car il a quand même enfoncé sa lame assez loin sous la peau des deux côtés de la gorge. Mais maintenant qu'il a appliqué la même technique à Narcissa Malfoy, nous pouvons vous assurer qu'il a au moins connaissance de l'anatomie du cou, car la plaie est similaire en tout point. Une telle exactitude n'est pas le fruit du hasard, ou du simplement au fait que la façon dont Lucius Malfoy est mort lui a plu. Il a forcément testé cette pratique auparavant pour la perfectionner.

- Ou bien il est médicomage. »

En voyant l'analyste hocher la tête, Kenneth savait qu'ils avaient enfin une piste.

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Blaise Zabini était mort d'inquiétude. Comment allait-il trouver Draco ? Que pourrait-il faire pour lui ? Le laisser seul ? Ne pas le lâcher une seconde ? Lui parler ou rester silencieux ? Et s'il lui parlait, devait-il aborder l'enquête ou converser de tout et de rien ? Proposer une activité ? Servir du thé ? Le coucher pour qu'il dorme ? Le prendre dans ses bras ? Ou…

L'arrivée des Aurors avec le blond coupa court à toutes ses réflexions. Il ne réfléchit pas même une seconde avant de courir vers lui pour le prendre dans ses bras. La réaction de Draco fût immédiate : il fondit en larmes et s'écroula sur le sol, entraînant son meilleur ami dans sa chute. Blaise ne le lâcha pas une seconde et pleura silencieusement avec lui. Il ne vit pas Harry tenter de contenir ses émotions en détournant le regard, ni Helen sécher ses yeux humides. Les deux Aurors ne savaient pas quoi faire de leur personne et furent soulager de voir arriver un analyste équipé de sa baguette. Malheureusement, la femme vêtue de blanc était aussi embarrassée qu'eux en voyant la situation, et expliqua dans un murmure qu'elle venait lancer un sort de dépistage de magie pour vérifier si les Zabini s'étaient récemment nettoyés magiquement.

Les trois professionnels allèrent discrètement trouver Dahlia Zabini que des Aurors avaient vu dans la chambre. Deux gardes étaient postés devant la porte et les firent entrer après avoir toqué. Elle ne dormait pas mais était allongée sur le lit. Elle se redressa brusquement en les voyant entrer, en proie à des tremblements involontaires. Elle était d'une pâleur maladive et Harris se dépêcha vers elle pour l'empêcher de se lever. Les risques qu'elle s'évanouisse étaient grands.

- « Un médicomage devrait bientôt arriver, assura Potter en s'approchant. En apprenant votre bouleversement, nous avons immédiatement demandé une assistance.

- Ca va aller, ne vous inquiétez pas, murmura faiblement Dahlia. C'est juste un mauvais moment, je vais me remettre, termina-t-elle avant de se mettre à pleurer.

- Votre meilleure amie vient de mourir, ne put s'empêcher de dire Helen. Vous n'allez pas vous en remettre comme ça. Promettez-moi que vous laisserez le médicomage vous examiner.

- Excusez-moi, intervint timidement l'analyste. On m'a mandé ici pour vérifier un détail, me permettez-vous ? »

La femme alitée acquiesça sans demander de quoi il était question. Elle ne regarda même pas la jeune fille lancer le sort au-dessus d'elle. Harry et Helen étaient attentifs, sachant comment le sort devait réagir. Ils ne furent nullement surpris quand la lumière devant jaune et qu'un petit parchemin apparut pour flotter vers le lanceur. L'analyste sourit, indiquant par là même qu'il n'y avait pas eu de sort de nettoyage. Les Aurors lui répondirent mais n'avaient jamais douté du résultat. Ne restait plus que Blaise.

Lorsqu'ils retournèrent dans l'entrée, des gardes leur apprirent que les deux amis s'étaient rendus dans le salon. En y entrant, ils les virent étroitement enlacés sur le canapé, les épaules de Draco toujours secouées de sanglots. L'analyste était cependant pressée et devait rentrer annoncer les résultats le plus vite possible. Elle inspira pour prendre courage et alla oser déranger les deux garçons. Dès qu'elle parla, le blond repoussa aussitôt Blaise pour se recroqueviller un peu plus loin sur le canapé, tournant le dos aux intrus. La jeune femme attendit l'approbation du jeune noir avant de relancer son sortilège. Avec joie, elle annonça qu'il n'y avait aucun souci et s'en alla à petit pas sautillants : visiblement, Blaise était écarté de la liste des suspects. Celui-ci la suivit du regard et aperçu enfin la présence des deux Aurors.

- « Vous désirez quelque chose ? dit-il doucement, las.

- C'est juste pour vous dire que si vous avez besoin de quelque chose, n'importe quoi, appelez-nous, répondit Harry. Un Auror chargé de l'affaire viendra un peu plus tard pour poser des questions à Monsieur Malfoy.

- Il faudra sans doute que vous apportiez quelques affaires de Draco, chuchota Blaise en s'approchant vers eux. Des vêtements, produits de toilette et une chemise de nuit, surtout. Si vous voyez quelque chose d'autre, amenez-le. Je lui demanderais s'il désire un objet en particulier quand il sera en mesure de parler… Pour l'instant, je ne suis même pas sûr qu'il arrive à réfléchir à quoi que ce soit.

- Quand pensez-vous qu'il sera en mesure de répondre à nos questions ? murmura Harris.

- C'est difficile à dire… souffla Blaise en jetant un regard triste vers la silhouette recroquevillée. Je ne l'ai jamais vu comme ça. Même dans les pires moments il arrive toujours à garder une certaine contenance devant les autres. Mais là, c'est au-dessus de ses forces et ça me fait peur. Ma mère ne va pas très bien non plus, je ne vais pas pouvoir m'occuper d'eux deux tout seul.

- Un médicomage va venir pour ausculter votre mère, répondit Harry. Il viendra également voir Monsieur Malfoy, et s'il le juge nécessaire, fera venir un psychomage. Nous nous chargerons des frais, naturellement.

- C'est gentil mais je ne suis pas sûr que Draco accepte de les voir. Sa fierté peut parfois être un handicap à sa santé. Je vais voir si je peux le convaincre… Avez-vous une piste ?

- Nous ne pouvons rien vous dire, malheureusement. Mais sachez que nous ferons tout notre possible pour que l'assassin de Monsieur et Madame Malfoy soit arrêté et jugé pour ses crimes. »

Blaise haussa les sourcils, blasé face à cette phrase basique et d'une évidence certaine. Il savait qu'avec Saint Potter la justice triomphait toujours, qui que soient les victimes. Particulièrement quand un enfant venait de perdre ses parents, et ce même s'il s'agissait Draco. En bon hôte, Blaise leur proposa une tasse de thé en sachant bien qu'ils étaient pressés. Sans surprise, ils refusèrent et prirent congés. Le jeune noir les accompagna jusqu'à la porte d'entrée, les salua, et se dépêcha de retourner auprès de son meilleur ami en deuil.

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L'avantage de ce second meurtre, s'il y en avait un, c'était l'aide d'une belle équipe pour faire ce qu'ils avaient prévu d'accomplir à deux. Malgré ce secours providentiel, particulièrement au vu de la taille gigantesque du jardin, ils n'avaient rien trouvé. Ginny et Ron étaient épuisés physiquement et nerveusement. Aucun d'eux n'avait beaucoup dormi la nuit dernière, et ils avaient passé les trois dernières heures à passer le parc au peigne fin avec d'autres Aurors. Il était temps de s'intéresser aux arbres à la lisière de la muraille d'enceinte. Cela faisait plus de deux ans que les Malfoy n'avaient pas vu leur ou leurs épieurs et il n'y avait pas beaucoup de chances qu'il reste un indice quelconque, mais cela valait le coup d'aller vérifier.

Ils ordonnèrent à leurs confrères d'inspecter chaque arbre près des murs tout autour de la propriété. Ils devaient relever n'importe quoi qui n'ait pas l'air naturel. Les Aurors ne posèrent pas de question et sortirent par la grille avant de longer les murs, chaque agent s'arrêtant à un arbre. Ron et Ginny grimpèrent sur les murs, l'un à gauche et l'autre à droite, et marchèrent au sommet en observant le point de vue que cela leur offrait.

Les deux Weasley firent un tour complet de la propriété en regardant attentivement ce qu'ils avaient sous les yeux, se croisèrent et continuèrent. De retour à la grille, ils recommencèrent leur tour en regardant cette fois-ci vers les feuillages.

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Damian n'avait aucune idée de ce qu'il se passait au Manoir ou pour Draco Malfoy. Il avait juste reçu un message par hibou comme quoi Narcissa Malfoy avait également été assassinée et que l'arme du crime ne se trouvait pas sur les lieux cette fois-ci. Cependant, il devait poursuivre sa mission de découvrir d'où provenait le poignard utilisé pour le meurtre de Lucius Malfoy. Il avait fait un saut au Ministère pour récupérer la pièce à conviction qui patientait sagement dans sa pochette hermétique, au fond de la poche intérieure de sa veste moldue. Après trois ans de métier, il connaissait un indic spécialiste des armes blanches sorcières qui avait l'habitude d'informer les Aurors. Cela faisait sept ans qu'il était dans les petits papiers du Ministère et tous savaient où le trouver.

L'agent Jennings poussa la porte de la boutique, faisant teinter la clochette. Gaspard Rahman tatouait un client en chantant un air indien qu'il avait mis dans son lecteur de disque. Il ne leva même pas le regard vers le nouvel arrivant, passionné qu'il était de son dessin d'Alice au Pays des Merveilles. L'Auror vint se poster tranquillement aux côtés du tatoueur, feignant de l'intérêt pour son travail. C'était joli, mais les sorciers n'avaient jamais eu le goût des moldus pour les inscriptions sur l'épiderme. Surtout maintenant, après Voldemort, traumatisés par la Marque des Ténèbres des Mangemorts. Sa seule inquiétude était que ce travail prenne beaucoup de temps. Gaspard jeta un coup d'œil vers son spectateur et comprit qu'il avait affaire à un Auror : le jeune garçon n'était pas du tout le type de client qu'il recevait généralement, et sa tenue était très mal assortie. Il grogna de mécontentement : il allait devoir abréger son art ou le Ministère ne serait plus aussi clément sur son trafic.

- « C'est pour un tatou ? questionna Gaspard pour engager la conversation sans éveiller la curiosité de son client moldu.

- En forme de poignard, répondit Damian dans un sourire entendu. Vous avez des modèles à me proposer ?

- Faut voir, se redressa Rahman en posant son matériel. Je ne serais pas long, ne bougez pas, » continua-t-il à l'adresse de l'homme étendu sur le ventre.

L'indien fit signe à l'Auror de le suivre dans l'arrière boutique et prit soin de bien fermer la porte derrière eux.

- « On m'envoie les p'tits jeunes, maintenant ? ricana-t-il. Fais gaffe, j'voudrais pas que tu t'fasses mal avec mes biberons, gamin.

- Avez-vous vendu un poignard récemment ? ignora Jennings.

- Chais pas, ça dépend. Il a fait quoi c'poignard ?

- Répondez à ma question ou je vous raye de la liste du Ministère.

- Ca va, on s'calme, gamin, grommela Rahman en perdant son air moqueur et sachant que cette liste le préservait de perquisitions fâcheuses. C'quoi ton poignard ? C'est vague comme description. Y en a des milliards d'différents.

- Celui-ci, répondit Damian en sortant le sachet de sa veste. L'avez-vous déjà vu ?

- C'machin ? C'est d'la piètre qualité c'truc ! Et pis c'est moldu. J'vends pas c'te merde, moi. Je propose que des pépites, pas des couteaux d'cuisine.

- Que voulez-vous dire ?

- Bah n'importe quel crétin verrait que c'est qu'une lame basique. Manche en plastoc et lame en acier de piètre qualité. C'est une production industrielle bas d'gamme. T'en trouves des milliards dans plein d'boutiques différentes, mais pas dans les armureries. C'pas un couteau d'cuisine non plus, tu chopes ça sur le net ou dans une boutique pour touriste. Une connerie dans l'genre.

- Des boutiques souvenirs moldues vendent des armes blanches ? s'indigna Damian, choqué.

- Pas toutes, mais qué'qu'z'une, ouais. Ils aiment bien imiter les armes médiévales, ça attire les pigeons. En général, ils les vendent émoussées mais y suffit d'les tailler un peu pour qu'elles tranchent, et on peut l'faire tout seul. J'les connais pas trop, c'est d'la merde leur stuff. J'touche pas à c'te bouse. Va t'falloir chercher, gamin. J'peux rien pour toi. »

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A la morgue, Helen rejoignit Kenneth qui écoutait le médicomage légiste exposer ses conclusions. L'inspecteur se vit confirmer les premières affirmations de l'analyste, y compris la similitude exacte de la blessure avec celle qu'avait subi Lucius. Le geste du tueur était sûr au point de pouvoir le renouveler au millimètre près. Les corps des deux Malfoy étaient allongés côte à côte pour étayer les propos du scientifique. Towler et Harris s'approchaient pour mieux voir. Penchés, ils purent détailler la plaie nette en ligne droite.

- « L'unique différence serait pour Lucius, continua la femme médicomage dans sa robe vert pâle. L'assassin a tranché si fort qu'il a entaillé la trachée quand la lame est passée devant la gorge. Cela pourrait être dû à l'émotion d'un premier meurtre, ou une haine particulière pour cet homme. J'ai également découvert de l'amitriptyline dans le corps de Narcissa Malfoy, environ 100mg. C'est une quantité plutôt importante, particulièrement dès le matin. C'est un antidépresseur moldu.

- Nous savons qu'elle suivait ce genre de traitement, expliqua Kenneth. Avec les derniers événements, elle a du doubler la dose.

- Le maximum par jour est de 200mg, elle aurait du en avoir bien moins à cette heure de la journée. Cela pouvait être dangereux, surtout que les effets ne sont pas visibles du jour au lendemain, ça ne servait à rien ! Enfin, bon… bredouilla-t-elle tout à coup en les voyant hausser les sourcils. C'est vrai que la question ne se pose plus, mais bon…

- Autre chose ?

- Elle souffrait d'une sténose aortique, c'est-à-dire que sa valve aortique était rétrécie. Elle était également diabétique. Mais je n'ai trouvé aucune drogue moldue ou potion sorcière dans son organisme. Je ne vois rien qui aurait pu la rendre docile ou l'endormir comme vous me l'avez demandé, inspecteur Towler. Peut-être un malaise que cet état de santé a pu faciliter ? Mais d'après ce que j'ai compris, cela aurait au contraire compliqué le travail du meurtrier : il aurait fallut qu'il ou elle la porte.

- Et le temps d'action était déjà assez serré, oui… Autre chose : ce médicament peut-il influer sur le flux sanguin ? Sa fluidité surtout.

- Oui, évidemment, soupira d'exaspération la médicomage comme si cette question était stupide. Mais aucun produit moldu ne peut influer sur le sang sorcier. Notre magie circule par nos vaisseaux sanguins, c'est elle qui accélère ou décélère, fluidifie ou coagule notre hémoglobine. Et la magie annule toutes autres actions de produits quelconques. C'est pour cela que nous avons nos propres potions : nous avons beau dire ce que nous voulons sur l'égalité, la composition de nos corps est légèrement différente de celle des moldus. Ce n'est pas tout le temps le cas, mais tout de même. Le sang est l'exemple le plus flagrant. Donc oui, cela agit, mais non, pas sur Madame Malfoy.

- Très bien, merci docteur, se crispa Towler qui n'aimait pas qu'on lui fasse la leçon. »

Kenneth sortit, suivi de Helen, et tira son carnet de parchemins de sa poche pour noter les nouvelles informations. Il espérait que les Weasley avaient réussi à trouver quelque chose dans le parc. Les indices de cette affaire étaient minces, le tueur était minutieux… Et Kenneth n'aimait pas beaucoup ça. Ce psychopathe était intelligent et prévoyant, il avait bien planifié ses meurtres. Ils devaient l'arrêter avant qu'il s'en prenne au fils Malfoy.

- « Comment ça s'est passé avec Draco ? demanda Kenneth en terminant d'écrire dans l'ascenseur.

- Il n'a pas dit un mot, soupira Helen. Je ne le connais que de réputation, mais il semblerait que le plus inquiétant était ses pleurs devant les autres. Normalement, il aurait du se contenir jusqu'à être seul. Blaise n'est pas sûr qu'il soit en état de nous répondre aujourd'hui.

- On n'a pas le choix, je dois aller l'interroger.

- Peut-être vaut-il mieux attendre encore un peu, lui laisser plus de temps.

- Très bien, s'impatienta Towler, prêt à s'énerver tant il était à cran. Où est Potter ?

- Il a rejoint son équipe au Manoir. J'ai eu des nouvelles de Damian, il semblerait que le poignard qui a servi à tuer Lucius soit une marchandise de boutique de souvenirs moldue.

- De souvenirs ? s'étonna-t-il. Comme les boules-à-neige ou les cartes postales ?

- Peut-être un peu plus spécifiques, du type moyenâgeux. Nous n'y faisons pas attention car nos armes blanches magiques ont la même esthétique, mais d'après l'indic qu'est allé voir Damian, les poignards moldus n'ont plus du tout la même forme maintenant. Heureusement, il ne doit pas y avoir beaucoup de magasins médiévaux à Londres.

- Si le poignard a bien été acheté à Londres… Nous ne sommes sûrs de rien. Laissons Damian se débrouiller pour le moment. Nous verrons bien ce soir si cela l'a mené quelque part. Sinon il faudra abandonner cette piste : les possibilités sont bien trop larges. Retournez au domicile des Zabini, Mademoiselle Harris. Ne revenez qu'après le passage du médicomage pour me prévenir rapidement si je peux aller parler à Draco. Aidez les Aurors sur place, en attendant. Je vais rejoindre Potter au manoir pour savoir s'il y a du nouveau. Ensuite, nous aurons grand besoin de faire le point. »

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Un agent photographiait l'empreinte. Harry fouillait autour de l'arbre et dans les feuillages. C'était inespéré et très inquiétant à la fois. Et bizarrement, il ne trouvait rien d'autre que cette trace. Etait-ce une erreur d'inattention ? Etait-ce voulu ? Un piège pour brouiller les pistes ? Pourquoi ici et non ailleurs ? Il espérait que Ron et Ginny allaient trouver autre chose pour élargir le champ d'investigations.

- « Monsieur Potter ? cria une voix. Qu'est-ce que vous faites là-haut ? »

Harry se pencha précautionneusement au bord de la branche sur laquelle il était juché. Seul au pied de l'arbre, Kenneth l'observait d'un air intrigué. Les autres Aurors poursuivaient leurs recherches plus loin.

- « On a trouvé une empreinte de semelle boueuse, répondit l'inspecteur. Sèche, évidemment. Il faudrait savoir quand il a plu la dernière fois, ça ne doit pas être là depuis longtemps.

- Vous avez appelé les analystes ? s'enquit Towler.

- Ils arrivent, oui. Mais ce qui m'étonne, c'est qu'il n'y en a qu'une. Celui qui se trouvait là à forcément posé les deux pieds dans la boue et sur la branche. Quelque chose aurait effacé l'autre ou c'est lui ? Et c'est la même chose pour grimper : il n'a pas pu sauter aussi haut.

- Et si l'épieur s'est trouvé là le jour où il pleuvait : les autres traces ont pu être lavées par la pluie, mais celle-ci a été protégée par le feuillage ?

- Je vois le ciel juste au-dessus de ma tête, le contredit Potter. Je ne vois pas d'autre solution : cette empreinte a été laissée intentionnellement. Reste à savoir pourquoi.

- Vous pensez qu'il veut brouiller les pistes ?

- Ou faire passer un message…

- Un message ? s'étonna Towler, incrédule. Mais comment ? Vous pensez à quelque chose en particulier ?

- Pas vraiment, non… Juste une intuition. Montez vous aussi. On ne sait jamais, vous pouvez peut-être voir quelque chose qui m'échappe. J'ai déjà inspecté l'arbre entier, il n'y a que cette empreinte. Vous ne risquez pas de compromettre des indices. »

Towler soupira. Il détestait les efforts physiques, cela n'avait jamais été sa tasse de Branchiflore. Mais une invitation aussi directe ne pouvait pas être refusée. Il remonta ses manches, souffla un coup, et commença à poser une main sur le tronc… Et réfléchit à comment il pouvait monter. Un peu plus haut, Harry venait de comprendre. Il se retint de rire pour ne pas vexer son collègue, mais ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Il se demandait s'il devait lui indiquer la branche à laquelle se raccrocher…

- « Peut-être que… commença Harry.

- C'est bon, Potter, » cracha brusquement Kenneth, conscient d'être ridicule.

Il sautilla une fois ou deux avant de pouvoir poser un pied contre l'écorce et glissa immédiatement. Il posa sa main contre une rugosité un peu plus bombée et se râpa la paume. Kenneth détestait ça, sa peau lui brûlait à présent. Il grommela quelques insultes et refusa de jeter un coup d'œil vers Potter, quand une main apparue tout à coup dans son champ de vision. Harry s'était suspendu à la branche par les jambes. La tête à l'envers, il empoigna les doigts de Towler pour l'aider à se hisser.

- « Merci, Monsieur Potter, rougit honteusement l'inspecteur maladroit. Bon, que nous révèle cette empreinte.

- Ce n'est juste qu'un peu de boue avec une trace de semelle de basket moldu. Il faudra trouver le modèle exact.

- Si c'est bien le meurtrier qui a laissé cet indice intentionnellement, pourquoi ici ? Que nous apporte de plus cet endroit par rapport aux autres ? Le point de vue ?

- D'ici, on peut voir l'aile Est du manoir et la roseraie. La grille d'entrée n'est pas visible. Peut-être que nous devrions demander à Draco où lui et ses parents se promenaient la plupart du temps ?

- Avez-vous des multiplettes ?

- Pas sur moi, non. Quelque chose vous intéresse en particulier ?

- Je voudrais savoir quelles pièces du Manoir sont observables d'ici. Les Malfoy vivaient plutôt dans la partie Est, justement.

- C'est exact, s'exclama Harry, surpris de ne pas y avoir pensé. Je vais demander un plan de la bâtisse et du terrain, conclut-il en prenant de nouvelles photographies. Vous pensez que le meurtrier, si c'est bien lui qui était ici, a voulu que nous sachions d'où il espionnait la famille ?

- Je n'en ai aucune idée, soupira Kenneth en s'appuyant contre le tronc, sujet à de légers vertiges et inquiet de voir Potter en équilibre tout au bout de la branche. Mais qu'il s'agisse du tueur ou non, nous devons retrouver cette personne à tous prix. Et si jamais ce n'est pas lui, il aura d'importantes informations à nous révéler.

- Il ne peut pas avoir vu les meurtres, se sentit obligé de préciser Harry. Il ne pleuvait pas ni hier, ni ce matin.

- Votre instinct vous dit-il si celui qui se trouvait là était le tueur ?

- Malheureusement non… »

Ils se regardèrent quelques instants avant l'arrivée des analystes.


Réponses aux reviews anonymes

« Guest » 1 : Merci beaucoup ! J'espère que cette suite te plaira tout autant ^^ !

« Guest » 2 : Et oui, d'autres éléments. Sache qu'à chaque chapitre, il va y en avoir pleins d'autres ! Quand je vous dis de prendre des notes, je plaisante pas. A chaque fin de « grosse série d'indices », je vais poster une ligne d'un tableau récapitulatif pour vous faciliter la tâche. Il est disponible sur mon profil. Pour l'instant, il n'y a que pour le meurtre de Lucius. J'ai encore quelques problèmes pour sa gestion, mais je ne désespère pas de pouvoir régler des problèmes de retour à la ligne rendant un pavé de texte illisible…

Il y a bien un observateur, oui. Mais un ou plusieurs ? Le meurtrier ou quelqu'un d'autre ? Pour Draco ou la famille entière ? Bonne question ! On ne sait rien de lui ou d'eux, les Aurors n'ont aucun moyen pour le ou les retrouver.

Pour Charlie, je ne peux rien te dire pour le moment. Les réponses viendront au chapitre suivant. Certes, il s'agit d'une fanfic et on peut inventer quasiment tout ce qu'on veut, mais que serait le plus logique à ton avis ? En tout cas, ce lien que tu fais avec Charlie et l'observateur est intéressant. Seulement, c'est peut-être un peu plus tordu que tu ne le crois ?

Merci pour cette longue review ! Ca fait chaud au cœur ! J'espère que je presserais encore ton cerveau comme un citron ! Et qu'avec ce chapitre, tu vas avoir des milliards de questions au bout des doigts ! Je les attends avec beaucoup d'impatience !


NOTE DE L'AUTEUR

Ne croyez pas pouvoir trouver les informations sur les effusions de sang sur internet ! Je suis tombée sur des forums de suicide… J'ai plutôt décroché mon téléphone, composé un numéro et… « allô papa dentiste ? Comment ça fait quand on égorge quelqu'un ? ». Il était heureux, je peux vous l'assurer. Que de bonnes images juste avant d'aller se coucher. Bonheur ! Je ne connaissais personne d'autre ayant des connaissances médicales qui pouvait répondre à mes nombreuses questions… Je voudrais coller au plus près de la réalité (magie à part). Donc si j'ai fait des erreurs visibles aux quelques scientifiques présents, je vous prie de m'excuser. C'est pas moi, c'est papa ! Na ! Haha…

Pour l'antidépresseur, c'est plus compliqué que ça… Je sais maintenant par exemple qu'on en prend souvent plusieurs pour contrecarrer les effets secondaires les uns des autres. Ca dépend des personnes, de la nature de leur dépression, etc. En bref, là j'ai pas fait très juste. Au contraire, je dois avoir dit de grosses conneries ! Je vous demande à tous PARDON ! Je n'ai pas eu le courage de corriger, ne sachant pas du tout quoi mettre…

SI PARMI VOUS SE TROUVE UN PSYCHOLOGUE ou un étudiant en psychologie, PRIERE DE VENIR M'AIDER SUR CETTE FIC PARCE QUE JE VAIS EN AVOIR GRANDEMENT BESOIN !

C'est un appel à l'aide, oui. Je ne connais aucun psy, et je ne suis jamais allé en voir un. J'ai été tenté pour l'expérience, mais n'ai jamais fait le premier pas. Peut-être un jour, je prendrais rendez-vous. Mais ce sera sûrement pour l'inonder de questions plus tordues les unes que les autres. De même qu'un médecin légiste. Les pauvres, je les plains d'avance…

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Alors voilà un chapitre concernant un nouveau meurtre et une collecte d'indices. Le prochain sera des déductions/réflexions + quelques nouvelles recherches. Puis à nouveau des recherches… etc. Il ne va pas y avoir beaucoup d'action, je vous préviens. Quand à la relation Harry/Draco, elle va prendre un peu de temps… Je crois que c'est pas le moment de draguer ce pauvre Draco. Ca va venir, ça va venir, un peu de patience.

Il y a peut-être des gens qui vont se dire « WHAT ? des poignards médiévaux vendus en plein Londres dans des boutiques souvenirs ?! »… Bon, j'avoue que j'ai pensé à Carcassonne et aux sabres que j'ai achetés là-bas. Mais j'ai fait des recherches rapides (comme je pouvais, j'ai jamais mis les pieds à Londres, à mon plus grand malheur…) et ce serait peut-être possible… Je vous avoue ne pas être sûre du tout de mon coup !Alors si c'est faux, dites-le moi pour que je meurs moins bête. Mais je ne changerais pas ce fait, ça serait beaucoup trop compliqué. C'est une fanfic, pas un roman en voie de publication dans les librairies, alors je me prends la tête « raisonnablement », pas à fond. En fait, croyez-moi, je me la prends déjà suffisamment comme ça… Il faudra accepter ce détail du style « je le dis c'est comme ça point, accepte ou pars »… Un peu comme Harry Potter nous dit « fuck, c'est de la magie » ou Doctror Who nous dit « fuck, c'est de la science ». Bin moi c'est « fuck, j'ai dit ». haha !... J'essaierais de faire le moins d'erreur possible, c'est tout ce que je peux vous promettre ! Et puis après tout, qui sait ? C'est peut-être possible ?

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Je crois avoir fait le tour… Surtout n'hésitez pas une seconde à me proposer vos théories, même les plus fumeuses ! Laissez-moi lire dans votre cerveau et patauger dans votre cervelle pour voir le cheminement de vos pensées ! Non seulement ça me fait tellement plaisir de savoir que je torture vos méninges, mais en plus ça M'AIDE VRAIMENT ! N'en doutez pas ! Je veux voir jusqu'où vos réflexions peuvent vous mener, savoir si je vous perds exactement comme il faut, si c'est pas assez, ou si je me suis complètement foiré.

Comme vous avez tous compris que tout à un rapport avec Draco, soyez sans crainte : ça va vite être su des Aurors ! Déjà ici, par exemple, cette idée fait son chemin. Je ne prendrais plus la peine de cacher ce fait, même si j'avais timidement essayé. La seule vraie question encore d'actualité est… Est-ce seulement Draco ? Draco ET sa famille ? Draco ET son père ? Draco ET les Mangemorts ? Draco ET un tiers inconnu ? MYSTERE ET BULLE DE GOMME !

Une dernière chose. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais Kenneth Towler est REELLEMENT un personnage de Harry Potter ! Trouvé sur le wikia Harry Potter. J'en parlerais une fois dans l'histoire, avec une conversation entre Ron et Hermione, plus tard. Helen Harris et Damian Jennings sont cependant inventés. Je sais que j'aurais pu faire appel à d'autres noms mentionnés dans les livres de Rowling, mais j'en utilise déjà beaucoup ! Ils apparaitront tous au fur et à mesure de l'histoire. Pour l'instant, ce sont les deux seuls personnages sortis de nulle part utilisés dans l'histoire. Il y en aura un autre (un moldu policier). Je ferais tout mon possible pour user au maximum de noms purement potteriens ! Et si ce n'est pas le cas, alors ces personnages auront une importance moyen. Pour Helen et Damian, ce sont simplement des agents sous le commandement d'un inspecteur, donc leur rôle c'est d'aider aux recherches et coincer le criminel. Je refuse de leur inventer une histoire et de les faire intervenir autrement. A la rigueur, ils auront un caractère et un physique. Point. Pas plus, pas moins. Ils n'influent en rien sur l'histoire !

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A bientôt mes bits chéris !

Fantômes ou manifestants !

XXX

Ashu