Disclaimer : Les personnages de Final Fantasy 7 appartiennent à leurs concepteurs, je ne fais que les emprunter le temps d'une fiction.
Avertissement : cette histoire est la suite de « Trois papillons autour d'une flamme » inspirée par celle de Lunagarden intitulée « Passions interdites ».
Avertissement 2 : cette histoire contient des scènes de sexe entre hommes, donc si vous n'aimez pas passez votre chemin.
On reste encore un peu sur les turks, c'est nécessaire pour la suite des histoires. On retrouvera nos héros un peu plus tard.
Le temps des gardiens
Chapitre 4
Reno referma la porte après que Rude soit sorti et laissa échapper un long sifflement qui trahissait sa contrariété et sa frustration.
- Je t'avais dit que c'était une mauvaise idée. Déclara Rude, enfonçant le clou sans aucune pitié.
Reno lui adressa un regard maussade.
- Tu pourrais me soutenir au lieu de m'enfoncer, partenaire. Lâcha t'il d'un ton sarcastique.
Comme toujours il ne pouvait pas voir les yeux de Rude, dissimulés derrière les verres sombres de ses éternelles lunettes, mais il pouvait sentir son regard posé sur lui.
- Ce n'est pas mon job. Répliqua Rude d'un ton lénifiant. Et tu es vraiment dans la merde là. Je ne donne pas cher de ta peau lorsque Tseng va découvrir ce que tu planque depuis trois ans déjà, ou plus exactement qui. Qu'est-ce qui t'a pris d'aller raconter au patron qu'il se prostitue ? Ce n'est pas...
- Le patron va pas bien, il se regarde trop le nombril. Maugréa Reno en donnant un coup de pied dans une porte et en grimaçant, la porte était solide et le résultat douloureux. J'ai pensé que lui donner un os à ronger lui ferait du bien.
- En fait d'os, c'est ton squelette tout entier qu'il va nettoyer oui. Ironisa Rude en le poussant vers l'ascenseur.
Reno sautilla sur un pied puis reposa l'autre sur le sol en grimaçant pour ne pas perdre l'équilibre, Rude continuant à le pousser sans aucune pitié.
Une fois devant la porte de l'ascenseur, pendant qu'ils attendaient qu'elle s'ouvre Rude se risqua à poser la question qui lui brûlait les lèvres.
- Que vas tu faire à présent ?
- Attendre et voir, que veux tu que je fasse d'autre ? J'ai déjà fait tout mon possible. Répondit Reno sans le regarder.
Rude fut frappé par l'expression inhabituellement sérieuse qu'il pouvait voir sur le visage de son partenaire, il ne lui avait vu qu'en de rares occasions, il ne se souvenait que trop bien de la dernière fois.
(Flash back)
Ils se tenaient face au tunnel, attendant que surgissent les motards et Reno plaisantait comme il le faisait toujours, Rude avait répondu volontiers, ils avaient besoin de cela pour oublier la situation, le pourquoi de leur présence et ce qu'ils s'apprêtaient à faire.
D'un seul coup il avait vu le sourire s'effacer des lèvres de Reno et le roux avait posé la main sur son bras.
- Rudo, tu pourrais me rendre un service ?
- Tu crois vraiment que c'est le moment ? Râla Rude qui entendait les motos approcher.
- Plus que jamais. Je t'en prie, lorsque ce sera le moment, ne jette pas ta bombe sur eux, vise à côté.
Rude l'avait regardé avec ébahissement, il s'était attendu à tout sauf à une demande de ce genre.
- Hein, mais pourquoi ?
- C'est une longue histoire, mais je te promets que je t'expliquerai tout plus tard. S'il te plaît, fais ce que je te demande.
(Fin flash back)
Rude avait hésite, la demande de Reno revenait à leur faire commettre une véritable faute, presque une trahison et pourtant, au dernier moment, devant l'air angoissé de son partenaire, il avait fait ce que ce dernier lui avait demandé, il avait envoyé la bombe qu'il tenait dans une autre direction que celle d'où surgissait les deux frères. Ces derniers avaient certes été ensevelis dans l'effondrement du tunnel qui en avait résulté, mais ils avaient eu la vie sauve. (1) Reno avait tenu parole et lui avait tout expliqué sur ses raisons un peu plus tard.
Rude avait ce jour là découvert un pan de l'existence de Reno dont il ne se serait jamais douté et à laquelle il préférait ne pas trop penser à vrai dire. Un pan de la vie de son partenaire que l'expression que ce dernier affichait en cet instant précis lui ramenait à l'esprit.
- Reno, tout va bien ? Demanda t'il avec effort.
Il n'avait pas envie de savoir, il n'avait vraiment pas envie de savoir, mais si Reno risquait de devenir un problème à cause de ce passé il préférait le savoir malgré tout.
Le regard de Reno se tourna vers lui, froid et distant, dépourvu du moindre sentiment. Un regard qui était une réponse en soi, Rude n'insista pas.
- J'ai un truc à faire, tu n'as qu'à prévenir Tseng. Déclara Reno.
- Me prévenir de quoi ? Questionna Tseng en surgissant devant eux, sortant de l'ascenseur qui venait de s'ouvrir.
- Le patron veut te voir. Déclara Reno en s'engouffrant dans l'ascenseur.
Rude vit Tseng froncer les sourcils et se tourner vers l'ascenseur.
- Une minute, je ne sais pas ce que vous préparez vous deux, mais interdiction de filer pendant que je suis avec lui.
- On a reçu l'ordre de se rendre à Nibelheim. Susurra Reno avec un sourire faussement innocent.
- Vous n'irez nulle part avant que j'ai terminé de parler avec lui et je veux vous voir tous les deux lorsque je reviens. Rétorqua Tseng d'un ton sec en regardant plus particulièrement Reno.
Le turk roux grimaça mais ressortit de l'ascenseur prestement.
Satisfait Tseng se dirigea vers la pièce où se trouvait Rufus.
Lorsqu'il ressortit quelques minutes plus tard Reno tournait en rond et Rude s'efforçait de le faire tenir tranquille.
- Est-ce qu'il y a un problème ? Demanda Tseng.
- Non, il n'y en a pas, aboya presque Reno, on peut partir maintenant ?
Tseng le fixa en silence, un peu surpris de cette réaction pour le moins inhabituelle du roux, Reno l'avait habitué à plus de légèreté. Il préféra cependant laisser couler.
- Vous pouvez y aller, moi je vais me rendre dans les bas fonds histoire d'élucider cette affaire de prostitué aux cheveux argentés.
Il vit Reno serrer les dents et cela le mit sur ses gardes, mais trop tard et rien ne l'avait préparé à ce qui allait suivre.
D'un seul coup Reno fondit sur lui et le plaqua contre le mur, le tenant d'une main et lui mettant son arme sous la gorge de l'autre.
- Reno ! S'exclama Rude choqué.
- Je vais te le dire une fois et une seule chef, si tu touche à un seul de ses cheveux, que tu sois mon supérieur je n'en aurai rien à carrer, je te ferai la peau, à moins que tu ne me tue avant. J'espère que le message est bien passé.
Son regard et celui de Tseng se heurtèrent avec violence.
Tseng était choqué, il ne s'attendait pas à ce son subordonné réagisse de la sorte.
Il se dégagea de l'étreinte de Reno et l'expédia à terre d'un seul coup, sans prendre garde à l'arme de ce dernier, avant que Reno ne puisse réagir et se redresser Tseng avait sorti la sienne et la braquait dans sa direction.
- Maintenant cela suffit ! Vous allez me dire qui je vais trouver là bas !
Reno cracha par terre.
- Quelqu'un qui veut seulement qu'on le laisse tranquille !
- Dans ce cas, il ne fallait pas parler de lui à Rufus, maintenant il est trop tard. Qui ?
- Je te laisse le plaisir de le découvrir par toi même. Répliqua Reno en se redressant. Moi, je n'ai plus rien à dire. Je vais prendre ce foutu appareil et voler jusqu'à Nibelheim puisqu'il le faut, mais je n'y resterai pas éternellement.
Il tourna les talons et s'engouffra dans les escaliers, dédaignant l'ascenseur.
Rude et Tseng échangèrent un regard.
- Je m'occupe de lui. Murmura Rude. Tout ira bien, je sais comment le calmer.
- Non, laisse le se calmer seul, il en a besoin.
Rude hocha la tête et entra dans l'ascenseur, lui n'avait pas l'intention de se fatiguer à descendre toutes ses marches, Tseng entra à sa suite, ne voulant pas perdre de temps, puisqu'il devait se rendre dans les bas fonds pour une mission qui s'annonçait déjà pénible, autant qu'il se mette en route sans tarder.
Il redoutait ce qu'il allait trouver là bas, au vu de la réaction de Reno il avait déjà une idée assez précise de l'identité de la personne. Une seule personne pouvait avoir déclenché ce genre de comportement chez son subordonné et il avait une grande part de responsabilité dans cet état des choses. Il avait approuvé une mission pour le roux un jour, qui avait tout fait basculer. Reno était revenu brisé et avait mis des mois à se remettre de ce qu'il avait du faire cette année là.
Tseng ferma à demi les yeux et laissa échapper un soupir.
Pour lui aussi c'était des souvenirs douloureux. Il aurait voulu pouvoir refuser l'ordre de mission mais il émanait directement du président de la Shinra et ce dernier n'était pas homme à accepter un refus. Il avait donc laissé les scientifiques conduire Reno à l'endroit où il devait accomplir sa mission et l'y garder le temps nécessaire. Il l'avait vu revenir, quelques semaines plus tard, silencieux et amer. Il avait du composer avec ce qui avait suivi.
(Flash back)
Année 2004 (2)
La nuit tombait et Reno n'était pas rentré, alors qu'il savait qu'ils avaient une réunion ce jour là et qu'il devait y assister.
Depuis son retour de mission dans un lieu sécurisé Reno devenait de plus en plus difficile à gérer.
Une fois de plus Tseng allait devoir partir à sa recherche et il s'en serait bien passé. Il avait autre chose à faire qu'écumer les bars des bas fonds à la recherche du turk roux.
Il déclina pourtant la proposition de Rude d'y aller à sa place. Il était leur aîné, on lui avait confié leur intégration, il était donc responsable de ce que faisait Reno, c'était à lui de ramener le retardataire.
Il fut obligé de visiter pas moins de six bars, aussi louches que mal famés, avant de trouver enfin celui qu'il cherchait.
Comme il s'y attendait Reno était accoudé à un comptoir crasseux, entouré par de jolies filles peu farouches et il faisait le malin, ce qui commençait visiblement à agacer certains des autres consommateurs. La bagarre n'avait pas encore commencé, mais elle ne tarderait pas et c'était visiblement exactement ce qu'attendait Reno. Il y avait dans ses yeux verts une mauvaise lueur que Tseng connaissait bien.
Reno avait bu plus que de raison, il était ivre et dans ces moments là il devenait dangereux, encore plus qu'il ne l'était en temps normal.
Fort heureusement Tseng savait comment le prendre, après tout il le connaissait depuis longtemps, leur première rencontre datant de leur enfance, ou plus exactement de celle de Reno qui n'avait alors que six ans alors que Tseng en avait déjà 14. (3)
Il se glissa derrière le rouquin et lui bloqua solidement les bras dans le dos.
Reno rua et se débattit avec hargne en protestant et en crachant des jurons mais Tseng ne le relâcha pas, même une fois qu'ils furent hors du bar. Il préférait ne prendre aucun risque.
Comme cela était prévisible personne n'avait cherché à s'interposer, ni à les retenir. Tseng n'était pas le plus costaud des hommes présents ce soir là, mais il avait une présence qui dissuadait en général de venir l'ennuyer.
- Il est temps de rentrer, tu t'expliqueras avec Veld à propos de la réunion que tu as manqué demain matin. Pour l'heure je te ramène, tu prends une douche et au lit. Dit il à Reno qui avait cessé de se débattre mais continuait à l'insulter.
- Putain Tseng ! Tu te prends pour ma mère ? Oh mais oui ! C'est exactement cela ! Tu te conduis comme elle ! Pour toi aussi je ne suis bon qu'à faire la pute !
Tseng serra les dents sous l'insulte. Il n'était pas sans savoir que la mère de Reno l'avait vendu à un proxénète alors qu'il n'avait que dix ans, ce qui était probablement ce qu'elle avait fait de plus gentil pour le jeune garçon. Reno avait été plus d'une fois admis dans la clinique de ses parents en temps que patient avant cela, le plus souvent pour avoir été rossé, soit par des enfants plus âgés, soit par sa propre mère qui ne le portait pas dans son cœur et avait le vin mauvais.
Il n'avait pas l'intention de s'excuser pour une décision qu'il n'avait pas voulu prendre, il n'avait pas eu le choix et Reno non plus, c'était le roux que les scientifiques voulaient et le président de la Shinra le leur avait prêté sans hésiter.
Tseng et Reno n'avaient découvert que trop tard que l'un des scientifiques en question était également un ancien client du bordel où Reno avait été détenu pendant cinq longues années. Jusqu'à ce qu'il s'en échappe en tuant son maître. C'était à cette époque que Reno devait les marques rouges sur ses joues, un tatouage imposé par celui qui l'avait acheté, une manière de le revendiquer comme sa propriété.
Reno en avait fait un symbole de ce qu'il était à présent et Tseng savait qu'elles lui servaient à ne jamais oublier qu'il ne pouvait faire confiance à personne.
Il poussa sans ménagement Reno contre la carrosserie du véhicule qui l'avait amené jusqu'au bar et l'y plaqua jusqu'à ce qu'il se taise et ne bouge plus. Il relâcha alors seulement sa prise sur les bras de l'autre mais pas sa vigilance, ce qui lui permit de parer l'attaque sournoise qui suivit.
Un coup de poing bien placé et Reno s'effondra à terre sans un bruit. Tseng était désolé d'avoir du en arriver là, mais il n'avait pas eu d'autre choix.
Il le chargea rapidement à l'arrière et le ramena au QG des turks. Comme il s'y attendait Rude l'attendait sur le parking. Il se contenta donc de descendre du véhicule et de laisser le partenaire de Reno prendre la suite.
Lui ne voulait plus qu'aller dormir et ne plus penser à rien, surtout pas au fait qu'il avait renvoyé Reno en enfer quelques mois plus tôt et que les dégâts causés ne se répareraient pas de sitôt.
(Fin flash back)
Une fois descendu de l'ascenseur Tseng décida d'accompagner Rude jusqu'à l'ascenseur où devait déjà se trouver Reno afin d'assister à leur départ. Une mesure de précaution qu'il estimait nécessaire au vu de l'état d'esprit du rouquin.
Une fois près de l'appareil, il constata, à son grand déplaisir, que Reno n'était nulle part en vue. Ce qui ne pouvait signifier que deux choses, soit le rouquin avait décidé de se faire la malle et dans ce cas il le retrouverait dans les bas fonds, soit il se trouvait encore dans le bâtiment.
Laissant Rude préparer l'appareil Tseng fit demi tour afin d'inspecter l'escalier. Il trouva Reno affalé sur les marches au niveau du troisième étage. Le turk roux avait la tête entre les mains.
Tseng soupira et s'assit sur les marches à ses côtés.
- C'est à ce point là ? Demanda t'il.
- Non, c'est pire. Répondit Reno en laissant tomber ses mains.
Il avait les yeux écarquillés et haletait, ce qui ne devait rien à un quelconque essoufflement, c'était sa manière d'exprimer son mal être, chose qu'il faisait rarement.
- Tu veux en parler ? demanda Tseng.
Reno secoua la tête en signe de négation, non, il ne voulait pas en parler, il ne savait pas trop ce qu'il pourrait bien dire de toute façon. Il avait violé trop de règles, s'il commençait à parler Tseng serait en droit de le tuer sur place.
Ce serait certes une délivrance, mais ce n'était pas ce que voulait Reno. Il n'avait jamais voulu mourir, pas même lorsqu'il était enfant et que sa propre mère le frappait assez fort pour l'envoyer à l'hôpital. Il avait la rage de vivre, il avait la rage tout court, et en cet instant précis, c'était lui qu'il détestait le plus.
Pour ce qu'il avait fait près de huit ans plus tôt et pour ce qu'il avait commencé à faire voilà trois ans. Pour ce qu'il avait fait jusqu'à cet instant précis.
Parce qu'il était une pourriture et qu'il le savait. Parce qu'il était devenu exactement le genre d'homme qu'il haïssait, le genre d'homme qu'il voulait tuer, qu'il avait tué, et rêvait de tuer encore.
Le genre d'homme qui ne méritait pas de vivre.
Il se renversa en arrière, jusqu'à être presque étendu sur les marches, ce qui n'avait rien de confortable, c'était même assez douloureux, mais il s'en foutait.
Parfois il avait besoin de cela, de ressentir cette douleur. La douleur était une vieille compagne, qu'il connaissait si intimement qu'il était presque surpris lorsqu'elle n'était pas là.
- Je ne suis qu'une merde. Lâcha t'il d'un ton écœuré. Mais ça tu le savais déjà, pas vrai Tseng ? Tu te doute de ce que tu vas trouver...
- J'en ai une petite idée en effet. Admit Tseng calmement sans relever la première affirmation.
Ce n'était pas ce que voulait Reno de toute façon, il n'attendait pas qu'il confirme ou proteste, il avait seulement besoin de le dire.
Tseng comprenait parfaitement son état d'esprit, il ressentait parfois la même chose lorsqu'il pensait à certains moments de son existence.
Mais ils étaient des turks, c'était leur rôle, mettre les mains dans les ordures, jusqu'à en devenir eux même.
Vincent Valentine avait eu de la chance, d'être affecté à un autre genre de mission, de devenir un turk à une autre époque et surtout, surtout, de « mourir » à l'âge de 27 ans.
A suivre
(1) Oui, je sais, dans Advent Children ce n'est pas exactement ce qu'ils font, mais pour les besoins de l'histoire on va dire que si.
(2) je me suis enfin décidée à faire ma petite chronologie perso, histoire d'y voir plus clair.
(3) je ne sais pas du tout leurs véritables âges, donc j'improvise total là. Tout comme pour ce qu'a vécu Reno... hein ? Vous vous en doutiez déjà ? Ah bon...
