Amour d'octobre
Chapitre 4
Le ciel était clair et l'air moins frais qu'à l'accoutumé. Assis sur le banc de touche au soleil, Camus n'avait pas encore ouvert le livre qu'il avait apporté. Il observait calmement Milo qui faisait des étirements lorsqu'il aperçut Séverin Robin, l'entraîneur du club qui se dirigeait vers lui d'un pas décidé.
L'écrivain se renfrogna légèrement, se demandant ce que l'homme lui voulait et craignant qu'il ne soit animé de bonnes intentions à son égard. Il semblait voir d'un mauvais œil la présence du romancier à chaque entraînement de son équipe.
« Vous êtes encore là ? » demanda sans le saluer l'homme plutôt corpulent aux cheveux déjà gris.
« Comme vous voyez… » fit Camus avec un petit sourire ironique.
L'homme vint s'asseoir à côté de lui, faisant pencher le banc sous son poids.
« Qui vous êtes, exactement ? Son nouveau mentor ? »
Camus rit doucement, décidé à détromper l'homme immédiatement.
« Je ne suis rien de tel, nous sommes simplement devenus amis et comme je suis journaliste, je prépare un reportage fleuve sur Milo et sur le rugby. »
L'homme hocha la tête, ne semblant pas accorder tellement de crédit à son démenti.
« Vous semblez avoir beaucoup d'influence sur lui, sur sa façon de penser… »
« Rassurez-vous, concernant le rugby, je vous laisse ce soin. C'est votre domaine, moi, je n'y connais absolument rien. La seule influence que j'ai, si j'en ai une, c'est peut-être que j'ai pu répondre à certaines questions que se posait Milo. Pour le reste, je suis bien incompétent… »
Quand il n'était pas présent auprès du champion, qu'il devait rentrer à Paris pour satisfaire à ses obligations d'écrivain, les deux hommes se téléphonaient longuement, ayant d'interminables discussions philosophiques.
« Milo est plus calme, plus serein et concentré qu'avant. Ca lui a fait du bien. Je ne demande qu'à ce que ça dure. » fit l'entraîneur.
L'homme se leva et regarda en direction du terrain. Camus le sentait hésiter entre méfiance et approbation, il admira son pragmatisme.
Il savait déjà que certains, dans l'entourage du joueur, le regardaient avec défiance, le prenant certainement pour une sorte de gourou. Rien que le fait qu'il soit parisien et porte des costumes devait le rendre suspect à leurs yeux.
Mais s'il avait aidé Milo sans en avoir conscience, c'était plutôt à lui de remercier le champion. Milo lui avait sans doute fait plus de bien que l'inverse.
Depuis sa rencontre avec le jeune Grec, il s'était mis à écrire des textes pleins d'espoir. Dans des poèmes qu'il ne publiait bien évidemment pas, il s'était mis à vanter les mérites de l'amour platonique pour son bel Apollon, totalement convaincu que cela lui apporterait plus de bien être encore que l'amour charnel.
Mais Camus restait pessimiste de nature et craignait que ce bonheur qui lui était tombé dessus de façon inattendue, ne soit qu'éphémère.
Il redoutait plus que tout le jour où Milo, ouvertement hétérosexuel, rencontrerait une femme à son goût et se marierait. Il fallait de toute urgence qu'il l'initie à ses nouveaux principes de l'amour spirituel dont il venait de s'auto-persuader.
« Vous faites un reportage sur le rugby, vous dites ? » lui demanda l'entraîneur après avoir crié pour encourager ses joueurs.
« C'est ça. »
L'homme se tourna vers lui avec un sourire moqueur.
« Le meilleur moyen de comprendre le rugby, c'est encore d'y jouer ! Cet après-midi, je veux vous voir sur le terrain avec les autres ! »
L'écrivain sembla se décomposer. Il n'avait jamais été très sportif et ses notes en éducation physique tout au long de sa scolarité dénotaient avec une régularité impressionnante du reste de son bulletin.
Il chercha une parade :
« Euh… »
« T'es un homme ou pas ? Vous avez peur de gâcher votre belle manucure ? »
Camus avait surtout peur d'être ridicule. L'expérience, qui ne pourrait être qu'humiliante pour lui, allait très certainement ternir son aura auprès de Milo. Mais il n'eut pas le temps de trouver un mauvais prétexte pour se défiler que l'entraîneur regagnait déjà le terrain à petites foulées, semblant trouver l'affaire entendue.
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« Placez-vous pour disputer la touche ! » commanda l'entraîneur.
Camus, en pantalon de survêtement, regarda les autres se diriger vers le bord du terrain. Il resta là où il était, ne sachant quoi faire. Il se trouvait une allure maigrichonne en comparaison des colosses du pack. Il se sentait pitoyable dans cette épreuve et regretta une nouvelle fois de n'avoir pas fuit.
« Viens ! » lui cria l'un des joueurs.
« Allez ! Tu vas apprendre à rattraper un ballon en touche. » annonça le coach.
Cette perspective ne le réjouit guère et l'écrivain adressa un appel à l'aide en direction Milo par la pensée. Le joueur lui sourit en retour.
« Ne t'inquiète pas, ce n'est pas si compliqué que ça. On va t'aider ! » lui dit l'un des joueurs en lui souriant lui aussi.
Au moins, les coéquipiers de Milo se montraient sympas avec lui. Ils ne se moquaient jamais de lui alors qu'ils auraient eu milles occasions et faisaient tout pour l'aider et le mettre à l'aise.
Peut-être leur faisait-il vraiment pitié ? Ou faisait-il tout pour valoriser leur sport, espérant qu'ainsi, le journaliste ferait un papier élogieux pour vanter les mérites du rugby ?
Une fois de plus, il se posait trop de question. Les joueurs du club semblaient être des gens simples et à l'image de Milo, la gentillesse devait constituer leur trait de caractère principal.
Camus s'avança jusqu'à eux et à sa plus grand surprise, deux colosses se baissèrent et le saisir par les jambes. Il faillit crier.
« A trois, tu vas sauter et on va te soulever. » expliqua l'un des joueurs. « Faut que tu rattrapes le ballon. Mais pour l'instant, on va faire sans ballon. »
« Tends les bras vers le ciel! » lui conseilla Milo.
L'écrivain, mal assuré, obéit, se demandant ce qui l'attendait encore.
« 1… 2…. 3…. »
Il plia les genoux, se servant de la flexion pour avoir un peu d'élan mais aussitôt, il se sentit soulever plus haut qu'il n'aurait jamais espéré aller. Les joueurs le hissèrent avec une facilité déconcertante vers le ciel. Il dépassa tout le monde de quasiment toute sa hauteur. Il eut le vertige en regardant vers le sol.
« Allez ! Soulevez-moi ça plus haut ! C'est tout léger ! » cria l'entraîneur, comme s'il n'était qu'un vulgaire sac de pommes de terre, ne manquant pas au passage, de railler son allure malingre.
Ils recommencèrent ensuite l'action avec un ballon dont Camus eut du mal à se saisir puis ils s'exercèrent à la touche sans lui. Camus en profita pour souffler un peu, se trouvant déjà fatigué et ne comprenant pas le but de la manœuvre.
« On fait une courte pause et ensuite, on joue ! » les avertit l'entraîneur.
Milo s'approcha de lui et lui tendit une bouteille d'eau.
« Bois sinon tu vas avoir des courbatures ! » lui dit-il.
Camus regarda tout autour de lui. Tous se passaient des bouteilles avec lesquelles ils s'aspergeaient ou buvaient au goulot. Il grimaça légèrement. Il n'avait pas l'habitude de boire après les autres et cela le dégoûtait un peu. Mais seul Milo avait touché à cette bouteille et il trouva presque excitant de poser ses lèvres juste là où le joueur avait posé les siennes.
« Allez ! On se remet au boulot ! » cria de nouveau l'entraîneur, qui ne savait visiblement pas s'exprimer d'une autre façon. « On va faire deux équipes. Les jaunes et les rouges. »
Camus se retrouva bientôt avec un dossard jaune tandis que Milo en enfilait un rouge.
« Jouez ! » commanda de nouveau le coach.
Le romancier se contenta de courir sans trop chercher à comprendre le jeu, suivant vaguement le mouvement général, veillant à ne pas se tenir trop près du ballon ou trop en avance sur ses coéquipiers.
Tout le monde l'ignora pendant la première partie du jeu, ce qui l'arrangea beaucoup.
Au collège, le rôle de goal lui allait fort bien mais malheureusement, il n'existait rien de tel au rugby, malgré ses recherches, il n'avait pas trouvé de poste de planqué.
Alors qu'il commençait à se dire qu'il s'était fait oublier, quelqu'un eut tout à coup la très mauvaise idée de lui passer un ballon qu'il attrapa par miracle. Il ne sut quoi en faire et continua à courir avec, cherchant désespérément un coéquipier à qui le passer.
Etre en possession du ballon le mettait au centre de tous les regards et il pensa même s'en débarrasser un moment en le lançant en direction d'un joueur qui portait un dossard rouge.
Mais il vit tout à coup Milo qui arrivait à sa hauteur. Il se demanda quoi faire. Il essaya de bifurquer pour l'éviter mais le joueur se jeta sur lui, entourant sa taille de ses bras. Cette action déséquilibra Camus qui se sentit tomber à la renverse sur le sol.
Dans le feu de l'action, il laissa échapper le ballon dont un joueur rouge s'empara aussitôt.
Même s'il tomba de toute sa hauteur, le journaliste eut l'impression d'atterrir sur un matelas. Milo amortit légèrement sa chute en prenant appui sur son bras et l'écrivain se retrouva allongé sur l'herbe avec le joueur au-dessus de lui. Son cœur se mit à battre à toute vitesse, sentant ce bras puissant l'enserrer. Puissance et douceur mêlées. Cette force contrôlée le fit frémir. Il sentit ce corps si vigoureux peser sur le sien de tout son poids.
Le visage de Milo était proche du sien et il eut envie que le joueur l'embrasse. Mais celui-ci se releva lentement.
« Qu'il est beau ! » pensa Camus.
Lui, était incapable de se relever, trop troublé encore par cette étreinte involontaire et l'odeur virile de Milo dans les narines. Il n'avait jamais été autant excité par quelqu'un.
Il avait les jambes en coton et Milo lui tendit la main pour l'aider à se relever comme il ne bougeait pas.
Les jambes flageolantes, il eut du mal à se mettre debout sans défaillir.
« Tu t'es fait mal ? » demanda le jeune Grec, légèrement inquiet.
« Non pas du tout. C'est juste…. Le choc. »
Milo sourit de toutes ses dents et Camus, le cœur battant le regarda, complètement séduit.
« Oui, ça surprend la première fois ! »
L'entraîneur regardait dans leur direction et Milo regagna son poste en courant. L'écrivain ne put s'empêcher de l'observer, se disant une fois de plus que le jeune sportif représentait le comble du sexy. Quand il le voyait courir, l'écrivain, si mal à l'aise dans son propre corps admirait les muscles des cuisses de l'athlète et sa facilité à se mouvoir, sa souplesse, ses excellents réflexes, l'impression de puissance qu'il dégageait.
Camus était encore trop déstabilisé par le placage dont il venait d'être victime pour pouvoir reprendre part au jeu. Ses pensées vagabondèrent une fois de plus et il ne participa que mollement au reste de la partie.
L'entraîneur leur signifia que le match était fini et bien que son équipe ait perdu, le romancier soupira de soulagement. Milo ôta son dossard et s'approcha de lui. D'un geste amical, comme il le faisait avec ses coéquipiers, il entoura les épaules du journaliste de son bras.
« Alors ? Ca t'a plu ? »
Tous les contacts physiques avec Milo le mettaient dans un état indescriptible mais Camus réussit à répondre sans rien laisser paraître.
« Ce n'est pas pour moi… »
Milo rit, ne semblant nullement vexé et le lâcha. Il rejoint à petites foulées l'un de ses camarades qui récupérait les dossards.
Camus s'interrogea de nouveau. Certes, c'était agréable que Milo le traite comme un copain mais était-il au courant de ses préférences sexuelles ? Une âme charitable avait bien dû le mettre au courant…. Et cela ne l'empêchait pas d'avoir ce genre de geste avec lui ? Faisait-il comme s'il ne savait pas ? Milo s'en foutait-il ? Ou n'était-il pas méfiant ?
Une fois de plus, il se posait bien trop de questions alors que tout était si simple avec Milo…
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L'eau du jet était à peine tiède et il frissonna en sentant l'eau glisser sur sa peau. Certes, dans les vestiaires de son club, ils bénéficiaient de douches individuelles mais le ballon d'eau chaude était bien trop petit pour que tous puissent bénéficier d'une douche agréable. Il shampouina rapidement ses longs cheveux blonds et les rinça tout aussi rapidement.
Sa peau rosit légèrement sous l'effet du froid.
Malgré l'avis contraire de son corps qui aurait voulu de la chaleur, il ferma totalement le robinet rouge pour se contenter d'une douche glacée et resta sous le jet en grelottant, s'imposant cette punition.
Il se sentait toujours vexé.
Pourquoi Camus ne lui faisait pas d'avances s'il était homosexuel ?
Il se remémorait son propre trouble lorsqu'il l'avait plaqué à terre, sentant son corps sous le sien et tous les autres moments semblables à celui-ci durant les semaines qui avaient précédé. Son corps si fin qui rappelait un peu celui d'une femme, ses longs cheveux, son beau visage aux traits délicats, sa voix posée et douce, l'impression de fragilité qu'il dégageait… Il voulait serrer Camus dans ses bras. C'était la première fois qu'il ressentait cela pour un homme.
Pourquoi n'intéressait-il pas Camus ? Il voulait plus que tout, sa reconnaissance et que l'écrivain le veuille lui aurait semblé être un bon début.
Il ne connaissait cependant rien aux homosexuels et à leur façon de faire et de se déclarer.
Et Camus ne lui avait jamais parlé de sa sexualité. Avait-il des aventures ? Cette idée le mettait en colère et il ne pouvait l'imaginer avec un autre homme sans un pincement au cœur.
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Ils se retrouvaient généralement chez Milo le soir venu. Le joueur possédait un petit appartement dans une banlieue calme.
Son logement était agréable, clair avec un large balcon et des murs jaunes assortis aux cheveux du propriétaire. Il était aménagé sobrement avec des meubles plus pratiques qu'esthétiques mais une atmosphère chaleureuse se dégageait de ces lieux que Camus avait tout de suite beaucoup aimés.
Un monticule de peluches en tout genre encombrait la chambre, ce que Camus trouvait un peu enfantin mais Milo lui avait expliqué qu'il s'agissait de cadeaux de fans et le journaliste avait été étonné et touché de voir que le sportif les conservait. De nombreux trophées garnissaient également les étagères ainsi que des posters de sport ou de dessins animés. Milo semblait également collectionner les consoles de jeux et cet appartement de grand ado, avait ému légèrement Camus.
L'écrivain s'installa dans ce qui était devenu son fauteuil. Il commençait à prendre ses repères et ses habitudes dans ses lieux, se sentant comme chez lui et beaucoup mieux qu'à son hôtel qu'il regagnait chaque soir à regret. Milo ne lui demandait d'ailleurs jamais de partir, comme s'il avait l'habitude que les gens squattent chez lui et que cela ne le dérangeait pas. Peut-être craignait-il la solitude ?
Il rêvassa quelques instants, se sentant fatigué après ce match éprouvant pour lui qui n'avait pas l'habitude de faire de l'exercice physique. Il rejoignit tout de même au bout d'un moment. Milo, derrière le bar à l'américaine.
« Tu t'en sors ? »
« C'est bientôt prêt. »
Parmi ses innombrables qualités, le jeune Grec avait également celle de très bien cuisiner.
Milo sortit un bocal d'olives du frigo et en ajouta à sa préparation. Il en prit une dernière entre ses doigts et l'approcha de la bouche de Camus qui la saisit délicatement du bout des lèvres.
Ils échangèrent un sourire. Ils partageaient désormais une grande complicité, malgré les non-dits et aimaient visiblement tous les deux être ensemble.
Mais Milo sembla soudain le détailler avec curiosité.
« Quoi ? » questionna Camus, surprenant son regard qui l'inspectait.
« Est-ce que je peux te demander quelque chose de très indiscret ? » demanda Milo de but en blanc
Camus sourit de nouveau, se doutant que sa question indiscrète allait avoir trait à sa sexualité. Depuis le temps qu'il attendait que ce moment survienne, il y était préparé.
Mais Milo le surprit un peu en lui demandant :
« Est-ce que je te plais ? »
« Quoi ! »
« Est-ce que je te plais… ? » répéta Milo, beaucoup moins assuré.
Un long moment de silence suivit sa question. Camus fut d'abord éberlué puis retrouva son assurance et son sourire ironique.
« Pourquoi ? Tu es mécontent que je ne te fasse pas d'avances ou soulagé ? »
Milo le regarda droit dans les yeux.
« Je suis plutôt frustré. J'aurais voulu essayer. »
L'écrivain ouvrit de grands yeux, surpris par cette proposition. Il se demanda si Milo n'était pas en train de plaisanter mais son visage était tout ce qu'il y avait de plus sérieux. Il avait un air déterminé que le romancier ne lui avait vu qu'avant les matchs qu'il disputait.
Mais il décida malgré tout de s'en tenir à sa conduite qui lui réussissait si bien : l'amour platonique.
« C'est une très mauvaise idée… Si tu y tiens tant, tu n'as qu'à demander à quelqu'un d'autre. »
Comme il prononçait la dernière phrase, Camus pensa que si Milo couchait avec un autre homme, cela le mettrait dans une rage indescriptible. Mais il était peut-être le seul homo que Milo, soudainement libertin, connaisse…
« Ce n'est pas d'un autre dont j'ai envie. Je veux essayer avec toi ! »
Camus fut amplement satisfait par cette réponse. Il se tâta, réfléchissant.
Il avait peur de souffrir et que cet 'essai' ne brise définitivement leur amitié naissante à laquelle il tenait déjà beaucoup. Il savait que c'était une très mauvaise idée d'essayer de pervertir un hétéro. Ca se terminerait inévitablement par un rejet.
Mais Milo incarnait également son fantasme le plus absolu. Est-ce que ça ne valait pas le coup, même pour quelques heures ? L'imaginer nu contre lui… Il se rappela les sensations qu'il avait éprouvées lors du match. Ce placage qui l'avait laissé plein de désir. Mais peut-être était-ce justement si fort parce qu'il savait qu'il ne pourrait jamais avoir Milo…. ? Avait-il envie de désacraliser son fantasme ?
Il se demandait également si le coach n'avait pas raison. Milo était peut-être totalement sous son influence et il s'identifiait peut-être désormais à lui, adoptant du même coup sa sexualité…
Le désir charnel prit le pas sur sa raison et Camus se sentit comme grisé par la proposition.
Son seul souci fut de se rappeler s'il n'avait pas passé un sous-vêtement trop ridicule le matin. Jugeant que non, il sourit légèrement.
« D'accord. Mais tout de suite. » déclara-t-il.
Le visage si sérieux de Milo s'illumina d'un sourire et l'homme s'approcha des plaques électriques pour les couper, abandonnant ses préparatifs culinaires.
« Allons dans la chambre. »
La situation était curieuse. Ils ne se touchèrent pas en gagnant la chambre mais ils se dévorèrent du regard.
La perspective d'avoir Milo était excitante. Il lui semblait tellement beau, tellement félin, ça ne lui paraissait pas possible qu'il puisse le toucher. Son cœur battait très vite, trop vite et il se demanda s'il n'allait pas faire un malaise avant même d'avoir pu effleurer le champion.
Ils s'enlacèrent en s'asseyant puis se laissant tomber sur le lit. Ils se regardèrent un instant, les yeux dans les yeux. Camus ressentait la même impression que durant l'entraînement. Ce corps si fort et si doux à la fois contre le sien…
Milo prit l'initiative de l'embrasser et il goûta avidement aux lèvres si sensuelles de l'athlète. Il avait souvent rêvé s'en emparer tellement elles le tentaient mais aujourd'hui, elles étaient bel et bien pressées contre les siennes. Il ouvrit la bouche pour laisser la langue de Milo caresser son palais.
Il ferma les yeux de toutes ses forces, s'en faisant presque mal aux paupières. Tout son corps frémissait sous l'agréable baiser. Il eut l'impression de perdre conscience lorsque les mains du sportif déboutonnèrent sa chemise et s'aventurèrent sur son torse dénudé.
Son corps se réveilla sous l'exquise caresse. Il trembla de passion et de désir.
C'était lui qui avait déjà l'expérience d'un autre homme mais il laissait à Milo le soin de tout faire. Et le jeune sportif ne se montrait pas spécialement entreprenant.
Il se mit alors à caresser ce torse puissant, sentant le relief de sa musculature malgré le tissu. Il lui ôta son tee-shirt, voulant sentir sa peau au contact de ses doigts.
Il ouvrit les yeux.
Milo, au-dessus de lui, lui parut magnifique. Dans ses mèches blondes dansaient des éclats d'or. La lumière de la pièce d'à côté pénétrait en un large rayon lumineux. Dans leur précipitation, ils n'avaient pas rabattu complètement la porte et cette étrange lumière donnait au corps de Milo des reflets d'ambre, comme s'il était une statue de bronze. Ses yeux brillaient comme ceux d'un fauve, prenant une teinte dorée. Ses boucles coulaient sur ses épaules au gré de ses mouvements comme des flammes, tout son corps lui évoquait un incendie et la chaleur qu 'il dégageait lui semblait devoir le dévorer.
L'écrivain aimait la beauté, l'esthétisme. Il avait presque toujours choisi ses partenaires selon ce critère mais malgré tout, Milo les surpassait tous de ce point de vue.
Stimulé par ce spectacle, Camus se mit à le caresser avec plus d'insistance, descendant de plus en plus bas, vers son ventre, défaisant la boucle de sa ceinture, déboutonnant son jean.
Il aida le jeune Grec à se débarrasser de son pantalon puis sa main vint se placer sur son entrejambe, le caressant à travers son sous-vêtement.
Il trouvait cela plus excitant de le deviner à travers le tissu et il constata qu'il était plutôt bien bâti à sa plus grande satisfaction. Il se mit à le caresser de façon plus vicieuse, sentant son sexe se tendre sous le coton du boxer. Camus sourit, se disant que c'était bon signe. Milo baissa la tête et colla ses lèvres sur son épaule avant de pousser un léger gémissement.
Il avait monstrueusement envie de lui, de le sentir en lui. De ses doigts, il redessina les contours de ses parties génitales à travers le tissu.
Milo le déshabilla à son tour et il cessa ses caresses. Son pantalon glissa le long de ses jambes en une sensuelle caresse. Le jeune Grec s'était redressé au-dessus de lui pour lui ôter son vêtement. Milo lui adressa un regard amoureux et lui sourit. Il se pencha pour embrasser ses genoux, ce qui fit rire Camus que ça chatouillait légèrement. Le sourire de Milo s'élargit et avec la souplesse d'un félin, il remonta lentement le long de ses cuisses, l'embrassant et le caressant. Il flatta longuement ses cuisses avant que ses mains ne glissent le long de ses flancs
Milo s'empara de nouveau de ses lèvres et le caressa avec douceur.
Le romancier fut un peu étonné que Milo aille si lentement malgré son état d'excitation déjà bien avancé. Mais peu à peu, il se rendit compte que le joueur lui faisait des préliminaires comme à une femme. Cette constatation l'amusa fortement et il eut envie de rire. Ce n'était pas désagréable même s'il n'avait pas besoin de ça pour s'exciter. Ses partenaires ne s'embarrassaient habituellement pas de ça.
L'écrivain le laissa faire un moment puis décida d'activer les choses. Il inversa la situation, faisant d'abord rouler le jeune Grec à côté de lui puis inversant la position, se plaçant au-dessus de lui.
Il embrassa le ventre de Milo avant de lui enlever son boxer, libérant totalement son érection.
Il glissa jusqu'à son bas ventre, posa ses lèvres sur sa virilité avant de la lécher doucement puis de la prendre dans sa bouche.
« Qu'est-ce que tu fais ! » demanda Milo, paraissant à la fois surpris et légèrement choqué.
Camus releva la tête, cessant sa caresse et sourit.
« Laisse-moi faire ! »
Il voulait tout faire pour que le champion préfère leur étreinte à celles qu'il avait eues avec des femmes. Par chance, Milo, en gentil garçon qu'il était, avait dû choisir des filles à son image, gentilles et trop sages qui ne lui avait sûrement pas fait tout un tas de choses.
Il l'excita un moment avec sa langue puis réfrénant de plus en plus difficilement son envie de le sentir le posséder complètement, s'allongea sur le dos.
Il lécha ses doigts et se prépara lui-même rapidement, sous le regard curieux de Milo. Sans ce feu qui dévorait son bas ventre, il serait peut-être mort de honte en montrant ce spectacle au jeune sportif mais seule l'urgence de satisfaire immédiatement son désir comptait en cet instant.
« Viens… » supplia-t-il.
Milo s'allongea sur lui et il lui fallut trop de temps au goût de Camus pour trouver le mode d'emploi mais lorsqu'il le pénétra enfin, l'écrivain poussa un râle de satisfaction.
Son corps se tendait sous le plaisir que lui procuraient chacune des allées et venues en lui. Il aurait aimé que le jeune Grec le touche en même temps mais il décida de se satisfaire lui-même pour ne pas trop donner de travail à Milo. Il glissa une main sous lui et commença à se caresser.
Peut-être que toucher un autre homme intimement dégoûterait le jeune sportif…
Milo semblait haleter et son souffle chaud venait caresser sa nuque.
« Plus vite… » le supplia Camus, tout aussi pantelant.
Milo passa un bras sous sa taille pour le maintenir plus fermement contre lui. Ses coups de reins se firent plus violents, arrachant des gémissements de plaisir à Camus.
Il sentit des gouttes de sueur rouler sur ses tempes tandis que ses cheveux se collaient à ses épaules, s'entremêlant avec ceux du jeune Grec.
Sa main s'activa sur son membre raidit et il ne tarda pas à jouir, se contractant du même coup. Milo gémit, montrant qu'il était proche de l'extase lui aussi et après un dernier coup de rein plus violent, il se retira.
Camus se retourna, cherchant immédiatement les bras de Milo pour s'y réfugier. Le joueur lui accorda facilement une place contre son torse. Le jeune Grec déposa un baiser sur son front mouillé de sueur et l'attira plus fortement contre lui. Camus enfouit son visage dans ses cheveux blonds, les respirant à pleines narines. Il sentit la poitrine de Milo se gonfler et se dégonfler, il était toujours essoufflé. L'écrivain passa la main dans ses cheveux bouclés, les caressant avec douceur.
« Ca t'a plu ? » ne put-il s'empêcher de murmurer.
« Oui. Super ! On va recommencer ? »
« Quand tu veux ! »
Ils rirent tous les deux et Milo le serra à nouveau contre lui.
« Tu as faim ? »
« Un peu… »
« Reste là, je vais te préparer un plateau. Ca va prendre un peu de temps, tout doit être froid maintenant ! »
Milo déposa un léger baiser sur ses lèvres et se glissa hors du lit. Camus sourit en le regardant enfiler son boxer et se diriger vers la porte.
Il avait eu un moment peur que leurs ébats ne dégoûtent Milo et qu'une fois leur étreinte finie, il n'ait des remords et le chasse. Dans ses oreilles résonnaient encore des tas d'histoires comme ça, racontées par des amis gays dont le fantasme majeur était de se faire des hommes hétéros qui avaient envie de tenter l'expérience mais les traitaient avec mépris une fois l'acte consommé.
Camus se laissa aller parmi les oreillers, arborant un sourire béat. C'était vraiment une aventure idyllique jusqu'au bout ! Il avait l'impression d'être traité comme une reine par le plus charmant des princes.
Si seulement tout cela pouvait durer encore un peu !
Merci à tou(te)s pour vos gentilles reviews ! C'est très sympa !
