4.
Bien que prévues pour un mois, Feydar Zone songeait que les révisions de son vaisseau amiral avançaient bien lentement.
- A ce train, nous serons encore là dans six mois ! Et les flottilles ne harcèleront pas l'Arcadia et le Queenindéfiniment… Ces vaisseaux ont trop de répondant, ils vont reprendre le dessus et balayer ces diversions, une après l'autre ! Et s'ils reviennent ici…
- Nous sommes prêts à les recevoir ! gronda Garron que les sautes d'humeur du terrien agaçaient prodigieusement.
- Mais Krueger ne mobilisera pas ces vaisseaux indéfiniment. Il en a besoin, ailleurs. Et, quelque part, les pirates n'attendent que ça : que nous cédions les premiers ! Et il est hors de question de leur faire ce cadeau !
- On les aura, d'une façon ou d'une autre, ricana son bedonnant adjoint. Ils nous ont tenu la dragée haute, depuis bien longtemps, alors qu'ils auraient dû crever sur la Terre – on les tenait tous les deux : elle au peloton et lui éborgné avec la perte de l'amour de sa vie. Mais la raclure, ça survit toujours, seulement nous sommes plus tenaces !
- Je l'espère bien !
- Un appel depuis le QG du Colonel Eron Goship, avertit le technicien aux communication du Dasmolk 1.
- Je le prends sur ma ligne directe et privée, gronda Feydar Zone en tapant un code et en portant le téléphone à son oreille. Je vous écoute, Colonel Goship.
- Le capitaine de l'Arcadia est sorti du coma. Vous pourrez l'interroger dans deux semaines, le temps que son état se soit vraiment stabilisé et qu'il puisse supporter les injections de sérum.
- Deux semaines !
- C'est le minimum. Les drains continuent de vider le sang e ses poumons, mais les lésions demeurent. Deux semaines sont le minimum selon le médecin en charge du pirate.
- Un médecin Illumidas ?
- Oui. Un médecin, avant tout.
Avec un haussement des épaules, l'ingénieur terrien témoigna de l'importance qu'il accordait à un docteur, quel qu'il soit.
« Manquait plus que ça. Un médecin Illumidas avec des principes ! Comme si ça existait parmi cette engeance ! ».
A une nouvelle quinte de toux, du sang sur le mouchoir en papier, Albator haleta quelques secondes, tout entier douloureusement secoué, épuisé.
Son corps n'était que souffrances, les deux impacts au niveau de la poitrine ayant gravement endommagé ses poumons et celui à sa cuisse gauche ayant entraîné une importante hémorragie sanguine.
Et bien qu'il ait repris conscience depuis peu, trois jours seulement, et il avait encore bien des heures d'absence au compteur depuis, il avait parfaitement compris la situation : il était très mal barré !
- Pourquoi Zone ne s'est-il toujours pas pointé ?
- Parce que les deux semaines invoquées n'étaient pas du luxe et que c'est bien le minimum dont vous avez besoin, capitaine, répondit Thul Murnirs, le médecin Illumidas qui l'avait pris en charge dès son admission.
- Trop aimable…
- Je suis médecin. J'ai les principes de mon ordre. Et ce même si d'autres ne les appliquent pas. Je place mes patients avant tout, qu'ils soient Illumidas, mineurs de cette planète, ou pirate !
- Désolé de ne pas vous croire, même si vous semblez sincère.
- Je n'ai jamais recherché l'aval de mes patients. Ces derniers ont d'ailleurs une fâcheuse tendance à me détester, à me traiter de tous les noms et à vouloir m'échapper. Et tout m'indique que vous êtes bien de cet acabit !
- Je ne supporte déjà pas ma propre Infirmerie, alors… Croyez-moi, je mettrai les bouts dès que possible, que mes amis soient là ou non !
- Et, en tant qu'Illumidas, je dois prendre mes précautions, sourit le médecin en posant l'embout de son pistolet à injection sur le bras du blessé qui sombra dans l'inconscience sous l'effet du sédatif.
Comme à son habitude, le récalcitrant patient n'avait pas été raisonnable du tout.
Et quand il n'était pas complètement sonné par les calmants, Albator avait bien tenté quelques déplacements.
Tout cela pour finir piteusement au pied de son lit, sans force, ses blessures se rappelant douloureusement à son souvenir et lui incendiant le corps d'ondes de souffrance qui annihilaient ce qui lui restait d'énergie.
Et, à chaque fois, il avait été relevé, recouché, et bien qu'il ne soit que faiblesse, un sédatif l'avait complètement rendu impuissant.
Mais cela n'avait pu que durer un temps, indéfini, puisqu'il ne disposait d'aucun repère temporel.
Et, un matin, ou un après-midi, Feydar Zone s'était tenu près de son lit, ne pouvant retenir un sourire victorieux.
- Fini le bon temps, j'attends des informations !
- Jamais !
- Inutile de jouer la provocation, vous êtes déjà passé par là. Et je saurai tout !
Albator eut un regard noir pour la sphère robotisée qui flottait au-dessus de lui, hérissée de piques qui ne pouvaient qu'être autant de seringues.
Feydar éclata de rire.
- Et là, croyez-moi, vous allez même chanter, capitaine !
- Je chante comme une casserole, préparez vos la dernière bravade lancée, la douleur infime de l'injection du robot sphérique dans le cou, le pirate balafré se retrouva plongé dans un brouillard désorientant où il ne maîtrisait plus rien, à commencer par sa volonté.
