Disclaimer : Je ne tire profit, en aucune façon, de cette histoire. Les personnages du Seigneur des Anneaux appartiennent à Tolkien. Je ne retire rien de l'histoire qui suit et tous les droits de création des personnages lui appartiennent.
Rating : K+.
Genre : Romance / Drama.
Personnages : Haldir de Lórien ; Aragorn Elessar.
Situation temporelle : Avant la Communauté de l'Anneau.
Changements de situation : Aucun.
Beta lecture : Nalou ; Lanae's World
Bonjour,
Le nouveau chapitre est là ! En plus, il est un peu plus long que d'habitude. La dernière relecture s'est avérée... piégeante. Plus de 450 mots ont jaillis du néant, amenant ce chapitre à frôler les 5K (4990 pour être précise). Vous n'allez pas vous en plaindre, je le sais.
Je vous laisse donc avec la suite des aventures d'Aragorn (on ne peut pas dire que c'est une aventure pour ce cher Haldir. C'est plutôt un quotidien presque classique, non ? Oui, oui, d'accord, tout est dans le presque.)
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Syshae, Julindy, merci pour la review !
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FIN DU CHAPITRE PRÉCÉDENT
Le Gardien de la Marche n'avait pas voulu lui dire la signification de ces runes, mais lui avait assuré qu'il les lui expliquerait dans un temps pas si lointain. Le rôdeur n'avait pas insisté mais savait pertinemment que cela voulait dire au mieux des années, au pire des décennies.
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Bonne lecture !
CHAPITRE 4
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Les mois recommencèrent à passer. La lame fut finie sans qu'Aragorn apprenne la signification des runes, ni ce que le Gardien allait faire de l'épée, puisqu'il en possédait déjà une.
Finalement, la dernière semaine avant de partir pour la frontière arriva.
Caras Galadhon toute entière se préparait pour accueillir les gardes qui venaient de passer quatre ans loin de leur famille, et faisait ses adieux à ceux qui allaient les remplacer.
Rúmil revint la veille de leur départ. Il passa une bonne partie de la journée dans une pièce proche de la salle du trône à faire un rapport détaillé de sa garde à Haldir et au seigneur Celeborn. Malheureusement, cela prit du temps, car un nombre élevé d'incident était à relater.
Aragorn, de son côté, prépara un paquetage et remit son talan dans l'état dans lequel il l'avait trouvé en arrivant, laissant son baluchon à l'intérieur, au pied du mur, à côté de la porte. Puis il décida d'aller se promener un peu dans la forêt, profitant de la cité des Bois Dorés, qu'il savait qu'il ne reverrait pas de sitôt. Il en profita pour passer par la bibliothèque afin de rendre les derniers livres qu'il avait empruntés quelques semaines auparavant.
Il se sentait nerveux. Il n'aurait pas dû l'être, mais il n'arrivait pas à se raisonner. Tout allait changer. Il n'était pas contre les évolutions, mais il aimait les maîtriser un minimum. Son arrivée en Lórien, c'était lui qui l'avait voulue. La situation présente était totalement différente. Il la "subissait".
Lui, qui était plutôt solitaire, s'était accommodé de la présence d'Haldir, mais il allait se retrouver en présence de quatre douzaines d'autres elfes qu'il n'avait jamais rencontrés.
Il ne savait pas non plus s'il serait soumis à l'autorité d'un chef de patrouille ou si Haldir le garderait sous son commandement direct. Il n'avait aucune connaissance non plus de ce qu'il aurait à faire une fois en place.
Et puis il ne doutait pas qu'il allait devoir continuer à s'entraîner. Devant les autres. Il voyait comment Haldir se comportait avec lui lorsque d'autres elfes étaient présents. L'attitude hautaine qu'il avait lentement abandonnée ressortait toujours. Et maintenant que le guerrier immortel l'avait habitué à le traiter avec plus de respect, il allait devoir encaisser les railleries sur sa faible condition de mortel.
Personne ne savait que le rôdeur était le détenteur de la Pierre-Elfe et il se demanda soudain comment allait l'appeler le Gardien, lui qui l'interpellait systématiquement d'un "Elessar". Le rôdeur secoua la tête pour tenter de chasser ses pensées au loin, mais d'autres, plus sombres, prirent leur place.
Il savait que le seigneur Elrond échangeait régulièrement des renseignements avec la Dame. Haldir était mis au courant de la plupart et lâchait au rôdeur quelques informations du bout des lèvres, parce qu'il savait que le dúnedain aurait probablement un rôle à jouer dans les décennies à venir.
Et les comptes rendus n'étaient pas de bon augure. Imladris étant le principal passage entre l'Ouest et l'Est, la plupart des voyageurs s'y arrêtait quelques jours. Tous ou presque donnaient d'alarmantes nouvelles. Des gobelins avaient été vus se déplaçant dans les Monts Brumeux, la nuit. Des orcs semblaient descendre du nord mais personne ne savait d'où ils venaient précisément. Des noms de lieux étaient murmurés. Gundabad. Angmar. Entre autres. D'autres noms étaient tus. Des noms dont la simple pensée provoquait des cauchemars pour des années.
Personne ne voulait le dire trop haut. Personne ne voulait y croire. Mais le mal revenait, insidieusement.
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C'est ainsi, perdu dans de bien sombres pensées, déambulant lentement sans regarder où il allait, qu'il failli percuter quelqu'un.
« Je vous prie de m'ex... » commença-t-il avant de se stopper en comprenant qu'il s'agissait de son maître d'arme.
« Vous ne devriez pas ressasser ainsi le peu d'informations dont nous disposons, Elessar. Ce n'est pas en y pensant sans cesse que vous empêcherez les choses d'arriver, » lâcha son interlocuteur de son habituelle voix dépourvue d'émotion.
Le rôdeur écarquilla légèrement les yeux, étonné une fois de plus que l'elfe sache suivre si précisément le cours de ses pensées. Ce n'était pas la première fois et d'habitude il savait conserver une attitude neutre, mais cette fois il avait été pris par surprise.
« Ne vous étonnez pas tant, » ajouta l'elfe. « Vous êtes un homme, malgré votre lignée bénie d'une longue vie. Et les Hommes sont facilement lisibles pour les elfes. »
Le dúnedain serra les dents.
« Ne le prenez pas ainsi, Elessar, » ajouta-t-il sur le même ton. « Ce n'est pas une critique à votre encontre. C'est un constat. Pas un jugement. »
Le dúnedain décida de ne pas relever et haussa les épaules.
« Vous me cherchiez ? » demanda-t-il pour changer de sujet.
« En effet. Mon frère va reprendre possession de son talan d'ici deux heures je pense, » annonça l'elfe.
Aragorn fronça les sourcils. Qu'avait-il à faire de cette nouvelle ?
« Je suppose que vous aurez le temps de le rendre dans l'état dans lequel vous l'avez trouvé. »
L'homme réalisa.
« Attendez... le talan que j'ai occupé n'était pas destiné aux invités ? » s'étrangla-t-il presque.
« Non. Ceux-ci sont en périphérie de la cité, plus au nord. Il a estimé qu'étant absent de la cité, vous pouviez l'occuper. Ainsi, vous étiez plus proche du terrain d'entraînement, » expliqua le Gardien.
Le rôdeur encaissa l'information puis hocha la tête.
« Je vous laisse. Retrouvez-moi au à l'endroit habituel à la tombée de la nuit, avec un cheval. Nous partons plus tôt que les autres, je commence ma garde par une vérification de chaque poste frontière. Passez par l'écurie et cherchez l'animal qui aura le plus envie de se dégourdir les jambes. Expliquez-lui bien qu'il sera parti de longs mois, » ordonna le Gardien.
« Je le ferai. Et le talan est déjà remis en état, » ajouta-t-il avec une pointe de satisfaction personnelle.
« Je n'en doutais pas, » répondit l'elfe.
« Je vais chercher mon paquetage dans ce cas, » répondit le rôdeur avant de se détourner et de se diriger vers son... l'habitation de Rúmil.
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Il jeta un œil au ciel. Le soleil éclairait encore la cime des arbres, mais le crépuscule arriverait vite. Pas plus d'une heure. Il n'avait pas à se presser mais n'avait pas l'intention de traîner non plus. Et il voulait prendre le temps de remercier Rúmil, s'il avait l'occasion de le croiser. Arrivé en haut des marches, il sut que le propriétaire des lieux était arrivé. Il frappa à la porte de l'endroit où il avait vécu ces dernières années, le geste incongru lui arrachant un sourire.
« Entrez, » lui répondit-on.
Il s'avança et s'arrêta dans l'entrée de la salle à manger.
« Ah, bonjour Estel. Avez-vous besoin du talan ? Je peux revenir un peu plus tard si cela vous arrange, » proposa l'elfe.
« Absolument pas, je viens seulement chercher mon paquetage et vous remercier de m'avoir laissé loger chez vous durant tout ce temps, » répondit le rôdeur.
« Je vous en prie. Il allait rester vide. Autant qu'il serve. Et puis, de cette manière, je n'aurai pas à faire le ménage de l'avoir laissé à l'abandon durant quatre ans, » finit-il dans un sourire qui n'atteignit pas ses yeux.
Aragorn n'avait que peu croisé le capitaine en second, mais il avait toujours été plutôt en retrait et son regard portait une trace constante de mélancolie.
« Votre frère m'a prévenu il y a quelques minutes seulement que ce talan vous appartenait, » ne put-il s'empêcher de préciser.
Le Capitaine en second laissa échapper un rire.
« Oui, ça ressemble bien à Haldir. Depuis qu'Orophin n'est plus là, il n'y a personne pour lui rappeler les choses n'ayant pas trait à son travail. »
Le rôdeur hocha la tête sans répondre. Rúmil leva la tête avant de froncer légèrement les sourcils.
« Il n'a pas parlé d'Orophin non plus, je suppose, » ajouta-t-il à mi voix, et le rôdeur confirma d'un autre mouvement de tête, horizontal celui-là.
L'elfe s'installa dans un des fauteuils et lui fit signe de s'asseoir dans l'autre.
« Nous étions trois frères. Haldir est l'aîné, Orophin le cadet et moi le benjamin, » commença-t-il d'une voix très douce. « Contrairement à Haldir et moi, il n'aima jamais le combat, et choisit de devenir guérisseur, pour nous rafistoler quand nous revenions de faire les téméraires, comme il disait. Il prit épouse et quelques siècles plus tard, elle tomba enceinte. »
L'elfe s'arrêta quelques secondes alors que le rôdeur vit clairement apparaître de la douleur dans les yeux bleus.
« Mais elle n'arriva pas à mettre le bébé au monde, » reprit-il, la voix légèrement rauque. « Elle mourut en couche, ainsi que le bébé. Orophin fut inconsolable, d'autant qu'il se tint pour responsable de leur décès. Il était présent ce jour-là mais ne put rien faire pour les sauver. En vérité, ce n'était pas de sa faute. Cela arrive parfois. C'est terrible, mais personne n'est à blâmer. L'injustice n'en paraît que plus grande. »
Il secoua lentement la tête et soupira.
« Haldir, moi-même... Dame Galadriel également... nous essayâmes de le soutenir, de le pousser à aller de l'avant, mais... » soupira-t-il sans finir sa phrase.
Le dúnedain n'en eut pas besoin.
« Il s'est laissé mourir, » finit-il dans un murmure et Rúmil confirma d'un hochement de tête.
Ils restèrent quelques instants en silence.
« Je vais vous laisser vous préparer. Où allez-vous passer la nuit ? » s'enquit-il.
« À cheval, apparemment, » répondit le brun.
Le garde tourna brusquement son regard vers lui.
« Vous accompagnez Haldir pour sa revue de troupes ? » demanda-t-il, l'air stupéfait.
Aragorn était perturbé. Il n'était pas habitué à voir autant d'émotions sur un visage elfique. Il se rappela vaguement qu'il ne côtoyait presque exclusivement que le Gardien, la Dame et le Seigneur, et qu'il ne connaissait pas assez les autres elfes – aux bains, à la bibliothèque, aux forges – pour qu'il se permette de telles familiarités. Pourquoi Rúmil le faisait-il alors qu'ils ne se connaissaient pas non plus était plutôt la question.
« En effet, il m'a demandé de l'accompagner, » répondit le rôdeur avec une certaine hésitation.
« Et il vous a dit de prendre un cheval avec vous ? »
« Oui. Pour ne pas le retarder, je suppose. Les Elfes courent bien plus vite que les Hommes. »
Son interlocuteur laissa échapper un rire incrédule. « Ou pour ne pas vous fatiguer. »
Aragorn se crispa un peu plus. Il n'était pas à l'aise. Il avait l'impression que les réponses de l'elfe n'avaient pas de sens.
« Je ne suis pas certain de comprendre, » lâcha le dúnedain.
L'elfe le regarda de longues secondes.
« Je pensais que mon frère se lasserait de vous rapidement. Oh, il serait allé au bout de votre formation, mais sans une once de bonne volonté. Je crois que je me suis trompé, » expliqua-t-il sans réellement se montrer plus compréhensible pour Aragorn. « Maintenant, allez. Vous avez beau être la première personne à laquelle il semble s'attacher depuis la perte d'Orophin, il ne sera pas content de vous voir arriver en retard, » finit-il en se levant, son regard de nouveau assombri à la pensée de son autre frère.
Le rôdeur ne chercha pas à répondre qu'il n'avait certainement aucune importance pour le Gardien de la Marche et se releva à son tour.
« Je vous remercie de m'avoir jugé digne de me parler de cela. Je suis désolé d'avoir fait remonter de douloureux souvenirs, » déclara-t-il tout de même.
« Ne vous en faites pas pour moi. J'ai des recrues à entraîner. Ils me changeront les idées. Que votre garde soit sereine et vos combats couronnés de succès, » déclara Rúmil avec un léger sourire.
Ils se saluèrent d'un hochement de tête, puis Aragorn se saisit de son paquetage et sortit du talan.
Il comprenait désormais le regard mélancolique que Rúmil semblait afficher sans arrêt. Il avait perdu un de ses frères, sa belle sœur et un neveu ou une nièce. Jamais il ne s'en remettrait totalement, supposa-t-il. Les elfes vivaient très difficilement le deuil. Il se demanda comment Haldir l'avait vécu – le vivait toujours – avant de hausser les épaules. Ce n'était pas son affaire, de toute manière.
À l'écurie, il prit le temps de caresser chaque bête – il y en avait une vingtaine, qui servaient lors des déplacements officiels des Seigneurs, pour leur garde et eux-mêmes – et choisit un magnifique étalon gris pommelé, qui avait l'air d'être celui qui avait le plus envie de se dégourdir les jambes. Il le regarda un moment, l'impression de l'avoir déjà vu le tiraillant. Mais il n'arriva pas à se rappeler où il avait pu le rencontrer. Il insista un peu sur le fait qu'ils allaient être partis très longtemps et il eut l'impression que l'animal lui rit au nez.
Il le sella rapidement, lui passa une bride et sortit en laissant les rênes sur l'encolure de l'animal, sachant pertinemment qu'il allait le suivre sans qu'il ait besoin de le guider.
Il repensa aux paroles de Rúmil concernant le Gardien de la Marche. Peut-être que Haldir lui permettait plus de choses qu'aux autres mais seulement parce qu'il était un Homme. Rien de plus. Il pouvait l'entraîner autant qu'il le voulait, il ne pourrait jamais compenser les faiblesses de sa condition non-elfe.
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Lorsqu'il arriva au terrain d'entraînement, le Gardien de la Marche n'y était pas encore et il en fut soulagé. Il patienta trois ou quatre minutes avant de le voir apparaître.
Aragorn eut l'impression de se retrouver transporté des années auparavant, lors de son arrivée dans les Bois Dorés. Haldir était apparu, avec son armure et sa cape rouge, et avait empli l'espace de sa présence, sans un mot, juste en se tenant là, malgré la présence de la Dame et du Seigneur. Il n'était pas porteur de magie, n'avait pas la prestance de Galadriel et Celeborn. Mais il avait ce charisme qui attirait les regards. Lorsqu'il vous accordait son attention, il vous regardait droit dans les yeux et ce jusqu'à la fin de la conversation. La plupart du temps, c'était vous qui détourniez le regard, ne supportant pas les millénaires d'existence portés par les iris gris qui vous transperçait.
Malgré les années passées à le côtoyer, Aragorn se trouva presque tétanisé par l'aura écrasante qui émanait du Gardien de la Marche. Il se ressaisit rapidement et attendit que l'elfe se rapproche. Ce dernier fronça légèrement les sourcils en posant une main sur l'encolure du cheval.
« Souhaites-tu vraiment nous accompagner ? » demanda-t-il à la bête, qui secoua vigoureusement la tête en frappant le sol de son antérieur droit. « Très bien. »
Le guerrier se tourna vers son compagnon de route et lui indiqua d'un geste de grimper sur sa monture. Le rôdeur s'exécuta et l'elfe attendit quelques secondes avant de hocher la tête.
« Vous avez de la chance. Asfaloth ne se laisse pas facilement monter, » déclara-t-il en resserrant sa ceinture et réajustant sa cape.
Le dúnedain écarquilla les yeux, puis réalisa ce que voulait dire la présence de l'animal à Caras Galadhon et l'inquiétude le saisit.
« Mais... pourquoi Asfaloth est-il en Lórien ? Où est Glorfindel ? » s'inquiéta-t-il.
L'elfe releva la tête vers lui avec un regard étrange.
« Vous connaissez Glorfindel ? » s'enquit-il.
« Il est passé plusieurs fois par Imladris ces dernières décennies, » expliqua Aragorn. « La dernière fois, il a parlé d'essayer de retrouver les ents. C'était il y a huit ou neuf ans, je crois. Le Seigneur Elrond n'a pas eu de nouvelles de lui, depuis. »
« Je vois, » déclara son interlocuteur en hochant la tête. « Effectivement, Glorfindel s'est rendu à Fangorn mais Asfaloth n'a pas voulu rentrer dans la forêt, » expliqua-t-il. « Alors Glorfindel l'a renvoyé ici. Nous non plus n'avons pas de nouvelles. »
Aragorn ne dit rien mais il vit le regard de l'elfe s'assombrir, avant que celui-ci pose sa main sur le chanfrein de l'étalon. Il hocha la tête avant de se mettre à courir. Le cheval le suivit sans que le rôdeur n'ait à lui donner le moindre ordre.
Asfaloth. L'un des chevaux les plus rapides de la Terre du Milieu. Il lui semblait bien qu'il le connaissait. Un sourire étira ses lèvres. Il se coucha sur l'encolure pour ralentir la bête le moins possibles, trouva son équilibre pour ne pas le gêner et glissa une main entre les crins soyeux. Il murmura un remerciement en sindarin et la bête s'ébroua avant d'accélérer un peu l'allure.
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Aragorn ne savait pas trop à quoi il s'attendait, mais clairement, quoi que ce soit, il avait eu tort. La vie à la frontière ressemblait diablement à la vie de rôdeur qu'il avait déjà expérimentée, exception faite de ne pas avoir à démonter le campement toutes les semaines pour changer de lieu.
Les elfes étaient douze par patrouille, plus le chef. Ils opéraient en trinômes, se répartissant en différents postes à l'orée de la forêt afin de couvrir l'intégralité de la frontière. Avec leur vue perçante, les points de surveillance se situaient tous les sept à huit kilomètres, selon l'agencement du terrain.
Les chefs de patrouille passaient chaque jour à chaque point d'observation. Chaque semaine, le Gardien de la Marche, ou Rúmil, passait à chaque poste frontière – il y en avait quatre, à chaque point cardinal – afin que le responsable lui fasse un rapport de la semaine écoulée.
Chaque poste d'observation portait un nom unique. Quatre points par poste, quatre postes, ils les avaient nommés de manière simple telle que Nord*2 ou Sud*3, afin de les différencier.
La plupart du temps, rien ne se passait, concrètement. Aragorn suivait le Capitaine dans ses déplacement et avait parfois l'impression d'être un animal de compagnie vu comme l'elfe ne lui portait aucune attention lorsque d'autres étaient présents.
Le gardien avait moins de temps à consacrer au rôdeur, mais son entraînement n'en était pas moins épuisant pour autant. Asfaloth était toujours avec eux, mais Haldir n'acceptait qu'il le monte seulement quand ils passaient d'un poste frontière à l'autre. Cela voulait dire qu'il passait des heures, chaque jour, à courir et grimper dans les mallorns, qui ne possédaient pas d'escaliers comme ceux de la ville, eux.
Les muscles de ses jambes l'avaient brûlé, les premières semaines. Sept mois plus tard, il commençait à croire qu'il avait fini par prendre le rythme.
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C'était une fin d'après-midi lorsqu'un cor résonna trois fois, quelque part derrière eux, alors qu'ils venaient de repartir du poste frontière nord.
« Asfaloth, demi-tour ! » s'exclama le rôdeur alors que Haldir était déjà parti en sens inverse.
Il ne vit pas le regard d'Haldir, mais toute sa posture s'était tendue. Aragorn failli se faire désarçonner par le changement de direction de sa monture alors que Haldir se mettait à courir plus vite que l'homme l'aie jamais vu faire. Il fit une rapide excuse à sa monture pour avoir dû s'agripper violemment à sa crinière alors que le cor se faisait entendre une seconde fois.
Quatre minutes plus tard, ils étaient de retour au poste de garde Nord*1.
« Rapport ! » s'exclama le Gardien.
« Des orcs approchent, Capitaine. Un groupe d'une vingtaine, mais un second groupe, un peu plus important, arrive à leur suite, » expliqua le chef de patrouille.
« Ont-il entendu le cor ? »
« Ils n'en donnent pas l'impression, » répondit-il.
Le Gardien hocha sèchement la tête et se tourna vers un des patrouilleurs.
« Très bien. Va chercher deux gardes Nord*4, ne laisse qu'un garde et le chef de patrouille en poste, » ordonna-t-il.
L'elfe disparut instantanément tant il partit rapidement, grimpant dans le mallorn le plus proche. Puis Haldir se tourna vers Aragorn.
« Faites de même avec Nord*2 et Nord*3, » ordonna-t-il. « Pendant ce temps, nous occuperons ces créatures de Morgoth. »
« Je ne vous laisserai pas vous battre seul ! » s'exclama Aragorn, la main sur la garde de son épée.
« Vous vous battrez lorsque je l'aurai décidé ! » siffla le guerrier, le regard glacial. « Allez me chercher mes hommes ! »
« Je ne fuirai pas ! » ragea le dúnedain.
Le regard du Capitaine s'adoucit – très – légèrement.
« Je le sais parfaitement. Mais j'ai besoin de renforts. Je pourrais envoyer un des elfes ce de poste et vous garder ici, mais vous seriez moins efficace que lui, et surtout, il irait moins vite qu'Asfaloth. Alors allez ! »
« Pourquoi ne les appelez-vous pas au cor ? » insista le rôdeur.
« Mais parce que ça va alerter les orcs et nous perdrons l'effet de surprise ! » s'écria l'elfe à voix basse. « Allez-vous arrêter de discuter mes ordres ?! Par les Valar ! Si je demande quelque chose, c'est que j'ai de bonnes raisons de le faire ! Et je n'ai certainement pas à vous les expliquer ! Alors partez sur le champ où je vous renvoie à Caras Galadhon ! »
Les ailes du nez d'Aragorn frémirent de rage mais il posa rassembla ses rênes et se pencha sur l'encolure d'Asfaloth.
« Tu as entendu. Va, » demanda-t-il au cheval, qui partit au triple galop, slalomant entre les mallorns en faisant attention à ne pas faire passer son cavalier dans les branches basses et les buissons trop denses.
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Il lui fallut une dizaine de minutes. Les deux patrouilleurs de Nord*2 avaient entendu le cor et se tenaient prêts à partir. Aragorn leur résuma la situation en une phrase et ils filèrent sans demander leur reste. Nord*3 était trop loin pour avoir entendu le cor, mais ils entendirent le martèlement des sabots d'Asfaloth et le rôdeur n'eut pas à perdre de temps puisque deux gardes et le chef de patrouille vinrent à sa rencontre. Il résuma de nouveau la situation et emmena deux elfes avec lui.
Une dizaine de minutes après son départ, il était de retour avec les deux gardes Nord*3. Il sauta à bas de son cheval et posa une main sur son encolure.
« Reste caché Asfaloth. Ne prends pas de risque. Si ça devient trop dangereux, fuis. »
L'étalon recula dans la forêt en renâclant, sans le quitter des yeux. Elessar grimpa au premier mallorn qui passait pour pouvoir prendre un peu de hauteur et voir où en était la bataille.
Il ne lui fallu que trois secondes pour repérer Haldir, sa cape rouge virevoltant au rythme du combat. Six secondes de plus suffirent à le rassurer. L'elfe était bien trop rapide pour se laisser blesser.
Il passa donc en revue les neuf elfes – un des patrouilleurs était resté en hauteur pour surveiller les alentours – et grimaça en voyant qu'aucun ne semblait en difficulté. Non pas que ça l'embête. Au contraire, il était rassuré. Mais cela voulait surtout dire qu'il ne pourrait pas se justifier s'il allait combattre et il ne pouvait pas désobéir à un ordre direct du Gardien. Il ne voulait pas prendre le risque de se faire renvoyer à la cité comme un enfant turbulent qu'on prive de loisir. Alors il patienta, se rongeant les sangs à chaque lame noire qui effleurait une tunique elfique. Le second groupe d'orcs déboula soudain.
« Renforts au nord est ! » cria le patrouilleur à ses frères d'armes, qui redoublèrent d'ardeur.
Finalement, il fallut une vingtaine de minutes pour mettre à bas leurs ennemis. Ils rassemblèrent la cinquantaine de corps et y mirent le feu. Une odeur âcre et répugnante s'éleva. Haldir ordonna aux gardes de retourner à leurs postes, après les avoir félicité pour leur combat.
Il ordonna au chef de patrouille – qui était celui resté en vigie – de raccompagner les patrouilleurs des autres postes puis de prendre des nouvelles des autres trinômes et leur résumer ce qu'il venait de se passer.
Aragorn regarda le ciel s'assombrir alors que le soir tombait.
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Z'avez vu ? Pas de cliff. Je suis gentille, hein ?
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N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé !
À la prochaine !
Kae
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