Bonjour/Bonsoir
Les personnages et la saga HP ne m'appartiennent pas gnagnana. C'est le dernier chapitre, le prochain c'est l'épilogue ; préparez vos mouchoirs pour essuyer vos yeux et des bols pour récupérer les morceaux de votre cerveau. Bonne lecture, enjoy
Granger, dents de cheval ou du bonheur
Contexte : Les parents Potter sont vivants mais il y a quand même eu la Guerre et Harry a vaincu Voldemort. Snape est aussi vivant, Dumbledore aussi tant qu'à faire. Ron sort avec Lavande, Potter fils est célibataire et Hermione aussi, tout le monde vit dans la bonne humeur à Poudlard malgré la Guerre et les anciennes rancœurs.
Hermione attendait impatiemment le retour de Draco. Finalement, il était resté plus longtemps que prévu chez sa mère, il lui avait envoyé une lettre, griffonné à la hâte mais sans réelle explication sur la prolongation de son séjour. Hermione avait bien tenté de demander des explications à Blaise, cependant il n'en savait pas plus qu'elle et Pansy lui avait à peine répondu, complètement éteinte. Deux jours après la rentrée des vacances, alors qu'elle se rongeait les ongles de n'avoir aucune nouvelles, il fit son entrée dans la grande salle. Son cœur fit un embardée dans sa poitrine tandis qu'un sourire niais étirait ses lèvres. Enfin, il était là !
Draco vint s'asseoir près d'elle et l'embrassa sur le front.
« Désolé, ma mère était malade, j'ai dû m'occuper d'elle, » murmura t-il dans son oreille, ce qui fit naître des frissons le long de sa colonne vertébrale.
Elle nicha sa tête contre son épaule et lui prit la main sous la table.
« Je t'aime, murmura t-elle, trop heureuse de le retrouver, son inquiétude et sa colère ayant fondu dès qu'il l'avait touché.
« T'aime. »
A présent, elle comprenait l'amour pur et sincère dont Lavande lui parlait. Tout était si clair maintenant ! L'amour pur, qui guérit, qui apaise, qui transforme, elle savait à présent ce que c'était. Et Hermione espérait bien aussi lui raconter La Grande Nuit, qu'elle sentait arriver.
Draco sortit de la douche au moment où elle commençait à s'endormir, blottie dans le lit à la place de son Ami. Elle lui fit de la place le temps qu'il s'installe et vint enrouler ses bras autour son torse et ses jambes autour des siennes. Ses battements de cœur résonnait contre son oreille, ses avant-bras se soulevait au rythme des inspirations de Draco et ses jambes lui communiquaient leur chaleur.
« Je t'aime. »
C'était comme si leurs âmes se connectaient l'une à l'autre.
« Je t'aime. »
Seul les bras de Draco lui procurait de l'apaisement, il n'y avait que son odeur qui permettait qu'elle fasse le vide dans son esprit, sans passer par la case « pilote automatique ». Souvent, elle souhaitait que la nuit ne se termine jamais, que leurs âmes communiquent pour toujours et qu'elle profite de son odeur, de sa chaleur, de ses mains et de son torse pour l'éternité. Qu'elle profite de cette sensation de paix, de communion et d'amour inconditionnel à jamais.
« Je t'aime. »
Elle aimait comme elle n'avait jamais aimé.
Ils étaient en retard. Probablement que les discussions philosophiques jusqu'au petit matin, un soir de semaine, n'étaient pas la meilleure idée qu'ils aient eu. Et puis, Hermione avait voulu resté éveillée pour profiter le plus longtemps possible de sa présence, elle avait l'impression qu'il se montrait un peu distant depuis qu'il était revenu de chez sa mère. Il ne lui avait pas donné plus d'explications, bien qu'elle ait essayé de lui tirer les vers du nez. Il en parlerait sans doute quand il serait prêt si c'était cela qui le minait.
« Je vais à la douche, » dit-elle en se ruant vers la salle de bain. 06 : 58, le timming était serré.
Alors qu'elle se peignait les cheveux, Draco toqua à la porte.
« Dépêche, j'ai pas le temps de me doucher si tu restes là ! »
Elle ne tint pas compte de son ton énervé, le Draco du matin n'était jamais de bonne humeur. Elle déverrouilla la porte, le laissa rentrer tandis qu'elle rassemblait ses habits pour s'habiller dans la chambre. Il la bouscula quelque peu en entrant.
« Tu peux t'habiller ici, tu sais, marmonna-il en faisant passer son tee-shirt par dessus sa tête.
- Je sais. Mais je préfère m'habiller dans la chambre. »
C'est vrai qu'elle aurait pu... mais pas ce matin, elle ne se sentait pas prête encore de lui dévoiler son corps.
Draco lui lança un regard qu'elle ne sut interpréter, et se comporta d'une façon étrange toute la journée durant. Le soir, il la prit à parti dans sa chambre, après le dîner.
« Je vais pas pouvoir attendre mille pour qu'on couche ensemble. Je sais que t'es vierge, tu flippes et que tu ressens pas de désir, mais, je sais pas, fais un effort ? Tu sais quand je te parlais d'une limite, que j'en pourrais plus ? Je suis en train de m'en rapprocher. Ça fait deux mois qu'on est en couple et je t'ai toujours pas vu nue, c'est quoi qui cloche ? Tu pourrais être un peu plus intime avec moi, on est un couple, allô, Hermione. »
Son annonce inattendue lui fit l'effet d'une claque, d'une bombe. Incapable de répondre et les yeux débordants de larmes, Hermione se contenta d'acquiescer. Les mots ne franchissaient pas la barrière de ses lèvres, tout ce qu'elle aurait voulu lui dire forma une boule compacte dans son ventre et oppressa sa poitrine. Le Draco froid et tendu qui venait d'apparaître devant elle contrastait fortement avec celui qui lui caressait les cheveux doucement la veille en lui murmurant qu'il l'aimait.
« Faut que je sorte, dit-elle précipitamment en se levant.
- Super discussion, fit Draco en haussant les sourcils, sarcastique. Tu vois quand je te dis que t'as des réactions immatures, que tu communiques pas, c'est de ça que je te parle. »
Sa poitrine se resserra encore et bientôt l'air lui manqua. Son âme s'effondrait en elle-même, tandis que l'angoisse faisait trembler ses membres. Alors... il allait la quitter s'ils ne sexaient pas ensemble, il ne l'aimerait plus si elle ne se montrait pas nue devant lui, si elle ne trouvait pas un moyen de régler sa bouche qui se fermait hermétiquement lors de sujets fâcheux, elle allait se retrouver seule ?
Elle arriva hors d'haleine et en sueur dans les couloirs prise de vertiges, elle s'appuya contre un mur avant que son masque ne craque. Le trou béant qui s'ouvrait dans sa poitrine la fit suffoquer tandis que les larmes roulaient sur ses joues. Que venait-il de se passer ? Où était passé son Draco aimant et tendre ?
Pourtant, le soir venu, il vint la chercher devant les dortoirs des Gryffondors. Apeurée et anxieuse, elle descendit les marches le plus lentement possible et fit pivoter le tableau, la voix tremblante.
«Bonsoir. »
Ses yeux restaient froids malgré son sourire, elle découvrait un Draco qu'elle ne connaissait pas et qui faisait tordre son ventre de d'appréhension.
« On va se promener ? » lui proposa t-il en lui tendant la main.
Nerveuse, elle attrapa la main qui semblait à présent dépourvue de vie et de chaleur humaine. Elle essaya de faire la conversation, raconta un tas de trucs sans intérêt et valeur, tenta de masquer sa voix qui partait dans les aigus, signe de stress. Et son Ami acquiesçait, tout en regardant droit devant lui. Qu'attendait-il d'elle ? Qu'elle lui dise qu'il allait sexer, ce soir, ou même tout de suite dans une salle de cours ? Qu'elle allait lui déballer le cataclysme sentimental qui l'étouffait depuis l'après-midi ? Alors qu'il lui avait implicitement dit qu'il la quitterait incessamment sous peu si elle ne se donnait pas à lui, si elle ne changeait pas ? Alors que son ventre noué lui permettait à peine de respirer correctement et même d'avaler sa salive ? Comment leur relation pourrait-elle redevenir comme avant après cet ouragan ?
Quand ils se quittèrent à mi chemin entre leurs dortoirs respectifs, Hermione sut que quelque chose s'était brisé entre eux. Le gouffre dans sa poitrine, c'était l'extension de Draco en elle qu'il avait lui-même arraché à pleine main.
« Je sais pas quoi faire. »
Les yeux rouges et cernés, le visage pâle, Hermione offrait un bien triste tableau à son meilleur ami, Harry Potter. La nuit avait été difficile entre insomnie et crises de larmes. Ce que lui avait dit Draco tournait en boucle dans sa tête, jusqu'à ce que, lasse, elle finisse par craquer et se taper le front contre la tête du lit afin de taire la voix moqueuse et déçue dans sa tête. Sans succès.
« Je ressens plus rien. Il y a juste le troué béant dans ma poitrine et la pensée que je vais devoir créer une nouvelle Hermione pour qu'il m'aime à nouveau. Et me forcer à faire du sexe.
- Je t'interdis la dernière option ! s'écria Harry, entre deux bouchées de brownie, outré.
- Alors quoi ? Il va me quitter ? »
Sa voix trembla, ses yeux se remplirent de larmes. Le gouffre dans sa poitrine se fissura – une nouvelle fois – la faisant haleter.
« Alors soit tu te sens prête et tu fais du sexe, soit tu te sens pas prête et il attend encore un mois ou deux ou plus, avec il y a un risque qu'il te quitte. Et tu travailles sur toi-même pour changer un peu, pas devenir quelqu'un d'autre.
- J'ai jamais voulu que ça se passe comme ça ! » fit-elle, la voix étranglée.
A l'annonce d'une rupture éventuelle, sa poitrine s'ouvrit en deux. Elle suffoqua et dut s'allonger sous le coup de la douleur.
« Je sais bien, Hermione. Mais c'est un risque dans une relation, c'est jamais idyllique, t'auras toujours des merdes.
- Et je comprends pas pourquoi le sexe est si important dans une relation ! Ou important tout court.
- Parce que c'est cool ? » rétorqua Harry, en faisant la moue.
A ses mots, Hermione éclata en sanglot.
« J'suis terrifiée. Maintenant que j'en ai ressenti, j'ai peur de plus jamais éprouver de désir, j'ai peur que tout mon corps refuse Draco. Je veux pas qu'il me quitte. Je ressens plus rien à par le vide qui m'aspire de l'intérieur, je me suis perdue, je suis plus moi, je sais pas comment redevenir comme avant. Je faisais des progrès dans ma peur de sexe, à présent j'ai l'impression que ça n'a servi à rien, j'avance pas assez vite. Je suis perdue, j'ai que le vide et je vais devoir créer une nouvelle Hermione à partir du néant dans mon corps, pour m'améliorer, pour qu'il continue d'avoir de l'intérêt pour moi.
- Dis pas de bêtises, » tenta de la calmer son ami, lui caressant la main dans un geste apaisant.
Heureusement que Harry serait le seul à la voir dans cet état, elle était pitoyable.
« Ça va s'arranger, Hermione, ça va s'arranger. »
Le trou dans sa poitrine ne guérissait pas, il purulait de mauvaises pensées, l'empêchant de se concentrer, de manger et parfois même de respirer. Toutes ses capacités de réflexion s'étaient liguées contre elle, étaient partis en vacances, laissant son âme et son corps telle une coquille creuse. La situation lui apparaissait désespérée, pourtant la solution était si simple et évidente : le dialogue. Malgré ses résultats scolaires extraordinaire et sa participation active à la Guerre, quand il s'agissait de régler des conflits d'ordre personnel, Hermione fuyait et attendait que la situation se tasse. Méthode qui laissait plutôt à désirer, même s'il évitait une dispute et une discussion sérieuse entre quatre-yeux, chose qui la terrifiait.
Depuis que Draco était revenu de chez sa mère, ils avaient eu l'occasion de se voir, cependant leurs échanges restaient polis et formels. Hermione tournait en rond, trouvait mille et une façon de régler le conflit, mais au moment d'aborder le côté pratique, elle se défilait et, en plus de sa poitrine ouverte, l'angoisse serrait ses intestins et la pliait en deux de douleur.
Le dialogue, lui répétait Harry, c'était la solution. Mais mis à par la fumée des cigarettes qu'elle recrachait, rien ne sortait de sa bouche quand elle essayait de parler à Draco.
Parfois, elle se laissait aller au désespoir, à la solution de facilité : ne plus parler, éviter le conflit, enterrer les non-dits et l'amertume sous une couche de faux semblants et d'hypocrisie... du moins, jusqu'à ce que Draco lui parle à nouveau très sérieusement, qu'il lui dise qu'il la quittait, las de ses fuites, des discussions avortées et vaines, et de leur intimité inexistante.
La nouvelle Hermione qu'elle essayait de construire, pour que son Ami l'aime à nouveau comme avant, ne menait à rien et s'effondrait à peine une fois les bases posées. Le changement qu'elle voulait opérer en elle ne pourrait pas se faire sous la contrainte et dans la peur, malgré tous ses efforts.
Les mots restaient bloqués dans sa gorge, elle les ravalait, les larmes aux yeux et l'estomac plus lourd que jamais. Privée de sa voix quand elle voulait prendre le taureau par les cornes, la situation s'enlisait, Draco ne la regardait plus, elle perdait tout l'intérêt qu'il avait éprouvé pour elle, lui semblait-elle.
Le dialogue ! Même Ginny et Luna s'y étaient mis.
Son corps ne lui répondait plus, au fil des jours, elle devenait une étrangère pour elle-même et elle s'essoufflait à courir derrière sa personne, à vouloir construire une autre qui n'était pas elle.
Le dialogue ! Le dialogue ! Elle n'entendait que ça. Cependant, comment devait-elle s'y prendre alors qu'elle devenait soudainement muette et quand son cerveau l'abandonnait au moment fatidique ? Comment devait-elle s'y prendre quand les mots dans sa bouche devenaient acides et son corps pétrifié quand elle voulait toucher son Ami, de crainte de se faire rejeter ? Comment devait-il s'y prendre quand ses lèvres se figeaient l'une contre l'autre au moment de dire ce qu'elle ressentait ?
C'est Draco qui prit le taureau par les cornes. La situation stagnait et leur relation s'effondrait depuis plus d'un mois. Après un cours de potions particulièrement tendu et froid, il la regarda droit dans les yeux, son regard la transperça.
« Viens avec moi, faut qu'on parle. »
Elle s'attendait à ce qu'il lui prenne la main, qu'il la touche. Son corps réclamait le contact Draco avec violence, cependant il passa devant elle sans un regard de plus, sans même l'effleurer. Sa main lui brûlait, la peau de Draco l'attirait, mais l'idée d'être repoussée la terrifiait, lui coupant toute envie d'essayer.
Les hostilités débutèrent dans la chambre de Draco, assis face à face sur son lit.
« Je supporte plus cette situation. »
Elle non plus. Elle aurait voulu lui dire, cependant comme à son habitude, ses lèvres restèrent closes.
« C'est pas qu'un problème au niveau du sexe, comme tu le penses, commença t-il en levant les yeux au ciel, désabusé. C'est bien plus large que ça. Si je te touche pas, tu le fais pas non plus l'intimité, ça te parle ? On a plus 13 ans, l'amour platonique, c'est fini. On est ensemble depuis trois, bientôt quatre, mois et ça avance pas, on en est au même stade qu'au début de notre relation. Je comprends pas, y a quoi qui cloche ? Genre on devrait commencer à être complice, beaucoup plus proche et c'est tout le contraire. J'aimerais que tu sois plus proche de moi » – elle crevait d'envie de le toucher, son corps hurlait de ne plus être proche de Draco – « j'aimerais que tu te bouges plus, que t'aies du cran, du courage » – mais la peur du rejet la paralysait – « Je t'aime... enfin je t'avoue que je sais plus trop en ce moment. Explique-moi, je voudrais comprendre. »
Sa gorge la brûlait, son estomac se contracta, donnant l'impression qu'on lui administrait un coup de poing, et son cœur rata un battement. Parle parle parle parle. Sa mâchoire se resserra, les mots lui râpaient la langue et le palais. Parle parle parle. Évoquer ce gouffre à l'intérieur d'elle, ses blocages qui ne guérissaient plus, le terrible manque qui hurlait à l'intérieur d'elle. Ce sont ses larmes qui sortirent à la place.
Elle aurait voulu lui dire qu'elle imaginait la suite de leur relation autrement. Ses poumons se vidèrent de leur air d'un coup. Lui dire que, sans cet abysse qui creusait en elle, ils auraient pu « aller plus loin ». Sa gorge se resserra. Lui dire qu'elle aimait comme elle n'avait jamais aimé, et qu'elle était désolée d'être elle-même. Et bientôt l'air lui manqua. Lui dire qu'elle n'était plus la Hermione qu'il connaissait, depuis un mois, qu'elle n'arrivait plus à rien. Ses mains se figèrent, et tout son corps se tétanisa. Lui dire qu'elle n'avait jamais voulu que leur relation tourne comme cela, qu'elle ferait tout pour changer. Elle essaya d'attraper sa gorge, sa bouche s'ouvrit en un cri silencieux dans une tentative pour aspirer de l'oxygène. Lui dire qu'elle était désolée d'être si pudique, si « petite fille », mais elle avait juste peur. Elle suffoquait dans les bras de Draco, les mots qu'elle n'arrivait pas à dire sortaient à présent sans un son, sans bruit.
Draco l'attrapa par les épaules, et la tourna vers elle en un mouvement brusque.
« Regarde-moi, je suis là. Hermione, écoute-moi, je suis là, je suis avec toi, tout va bien. »
Elle redécouvrait les yeux qu'elle aimait, chaleureux. Il avait de nouveau les yeux du début de leur relation. L'air lui parvenait à peine, les mots lui râpaient la langue en retournant à l'intérieur de sa gorge.
« Je suis là, je suis là, respire, je suis là, avec toi. »
Pourtant, il plongeait sa main dans sa poitrine et y arrachait les dernières parties de lui, la meilleure partie de Hermione.
Sa trachée se dilata d'un coup, elle aspira une grande bouffée d'air tout en s'étouffant. Draco la serra contre elle, tandis qu'elle hoquetait, sanglotait.
« Ça va mieux ? »
La tête lui tournait, malgré cela elle réussit à hocher la tête. Le front contre le torse de Draco, elle découvrit que le trou dans la poitrine ne lui faisait plus mal, en vérité elle ne sentait plus rien. Ni douleur ni tristesse ni joie ni colère, comme si ses émotions avaient été verrouillées quelque part à l'intérieur d'elle et qu'elle n'en avait plus l'accès. Les mains de Draco contre elle lui donnait seulement envie de pleurer, le réconfort qu'elle éprouvait auparavant avait disparu. Elle se dégagea et se laissa tomber sur le dos contre le lit.
« Je suis désolée, fit-elle la voix rauque. D'être moi. Je vais essayer de changer, mais je te promets rien. Je suis désolée, désolée, désolée d'être comme je suis.
- T'as pas à être désolé de quoi que ce soit et surtout pas d'être moi-même. Je t'ai juste dis ce qui me gavait dans notre relation, tu comprends ? »
Elle hocha la tête. A présent, elle pourrait vraiment construire une nouvelle Hermione – une version améliorée d'elle-même – à partir du néant, une grande partie de son âme et ses sentiments venaient de disparaître.
Le soleil se levait doucement, éclairant peu à peu Poudlard, qui se réveillait pour un jeudi des plus banals. Draco dormait tranquillement à côté de Hermione, les yeux grands ouverts. Ses cheveux blonds cachaient son visage, ses yeux fermés dissimulaient ses pupilles désormais froides et son visage détendu n'avait plus rien à voir avec celui qu'il offrait en société, fermé.
06 : 53. Bientôt l'heure de se lever.
Elle se tourna vers Draco et caressa du bout des doigts les cheveux blonds et la peau blanche, en prenant garde à ne pas le réveiller. Il avait l'air d'un enfant... elle retrouvait le Draco qu'elle aimait. Quand elle se réveillait avant lui et qu'elle le regardait dormir, elle se prenait à rêver d'un monde où leur relation se porterait bien. Ironiquement, alors que Draco lui avait demandé d'être plus proche d'elle, elle n'était plus capable de le toucher sans pleurer la minute d'après, l'idée de faire du sexe lui était à nouveau insupportable, ses fantasmes ne marchaient plus. Sa version améliorée d'elle-même lui avait pris ses sentiments ainsi que ses progrès, bien qu'à présent être nue devant son Ami ne la dérangeait plus – en fait, elle s'en fichait totalement. Devenir quelqu'un d'autre était plus difficile qu'elle ne le pensait, car sans émotions, elle devenait indifférente à tout, même Draco. Il lui avait dit de se bouger, d'avoir du courage, alors elle s'était coupé les cheveux, rasé la nuque, elle en avait eu enfin le courage. Mais peut-être que ce n'est pas de ce courage là dont lui avait parlé Draco. Peu importe.
07 : 00. Hermione ne reconnaissait plus son reflet dans le miroir. C'était elle sans être elle, il manquait quelque chose. Alors qu'elle sortait de la douche, Draco toqua énergiquement à la porte. Encore dégoulinante d'eau et seulement avec une serviette sur la tête, elle déverrouilla la porte et la poussa sans y jeter un œil. Draco entra, la regarda à peine. Lui qui voulait la voir nue ne faisait plus attention à elle, quelle tristesse. En se brossant les dents, elle regarda sa confiance en elle disparaître un peu plus, aspirée par le siphon.
Chaque jour devenait pire que le précédent, elle ne savait plus comment s'extraire de ces sables mouvants et comment sauver leur relation.
« Je veux deux parchemins sur les effets et vertus des racines de bambous pour jeudi prochain. »
Un travail de groupe, ça faisait longtemps. Qu'il était loin le temps où il étaient heureux d'avoir un devoir commun à rendre, pour passer plus de temps ensemble. Elle se demandait souvent comment leur relation avait pu s'effondrer à ce point.
« On s'y met dès maintenant, » exigea Draco.
Hermione leva les yeux au ciel.
«Bien sûr. On se retrouve à la bibliothèque à 18 heures 30. »
Sans un regard de plus vers son Ami, elle sortit de la salle. Le froid de février avait fini de geler son cœur, ses sentiments. Elle ne se reconnaissait plus, la nouvelle Hermione éclorait doucement. En regagnant son dortoir, elle croisa Luna à la recherche de ses lunettes.
« Tu veux que je t'aide ? lui demanda Hermione en lui souriant.
- Oui, pourquoi pas. »
Le sourire innocent de Luna faisait naître quelque chose en elle. Elles tournèrent pendant presque une heure dans les couloirs, sans rien trouver.
« Je les retrouverais une prochaine fois, » fit la blonde en souriant dans le vide.
Souvent, Hermione souhaitait posséder sa candeur et sa joie naturelle de vivre, comme si tout le négatif lui glissait dessus et ne l'atteignait jamais. Ou alors, elle était une sacrée jem'enfoutiste à un niveau puissance over 9 000.
« Ça va pas mieux avec Draco ? » lui demanda innocemment Luna.
Hermione se figea, les larmes lui montèrent aux yeux.
« Non, souffla t-elle. J'arrive pas à parler, je sais pas comment changer cette situation, et pourtant même si c'est froid entre nous, on reste ensemble. Ça veut bien dire quelque chose...
- Que vous vous aimez ? » fit la Serdaigle, tournant une mèche de cheveux entre ses doigts.
Hermione se tourna vers son amie, les mains devant la bouche et les les joues ruisselantes de larmes.
« J'ai peur, je veux pas le perdre, j'arrive pas à lui parler, hoqueta t-elle entre ses doigt croisés devant ses lèvres. Il veut une autre qui n'est pas moi, et je ne suis déjà plus celle que j'étais avant, je suis plus rien.
- Écris lui ? »
Hermione pleurait contre l'épaule de Luna, qui lui frottait le dos. Tous ses sentiments lui revenaient en plein poitrine, tout ce qu'elle n'avait pas ressenti en deux mois montait comme un cataclysme dans son être.
« J'ai mal.
- Ça va aller. »
Rien n'allait et tout partait à vau-de-l'eau depuis deux mois. Comment pourrait-elle retrouver la sérénité de leur relation, alors qu'elle s'était perdue elle-même et qu'elle pleurait pour un Draco qui n'existait peut-être plus ?
C'est la boule au ventre qu'elle se rendit à la bibliothèque à 18h30. Elle avait l'impression que tout se jouerait ce soir. Draco état déjà attablé, un livre devant lui qu'il feuilletait distraitement. Pendant quelques secondes, Hermione profita de son visage détendu, de sa posture calme et de ses yeux innocents elle n'y avait plus droit. A présent, c'est Pansy qu'il regardait avec ce visage-là. C'était injuste, c'était elle qu'il devait regarder comme ça ! Qu'avait-elle fait pour que leur relation vire si mal ? C'était pas comme ça que leur mois de vacances auraient dû se passer ! Elle voulait se donner à lui, et ils auraient dû rester leurs journées collés ensemble, être plus complices – comme lui avait dit Draco –, et pas à milles kilomètres l'un de l'autre !
Prenant une grande inspiration, elle se décida à s'asseoir en face de lui. Il leva à peine et les yeux, et son indifférence lui brisa une nouvelle fois son cœur. La situation pourrait-elle s'arranger ? Et même si cela était le cas, rien ne serait plus comme avant.
« T'as commencé à travailler ? »
Il hocha la tête sans la regarder. Durant une heure, ils travaillèrent en silence, échangeant seulement des paroles formelles.
«On a terminé, » annonça Draco, jetant un coup d'œil à sa montre.
Il fit glisser son parchemin sur la table, vers Hermione, qui en profita pour lui attraper la main.
« Draco ! S'il te plaît... »
L'intéressé la regarda dans les yeux pour la première fois de la soirée, le cœur de Hermione accéléra ses battements. Elle n'aurait jamais pensé que son indifférence aurait pu être une telle source de souffrance.
« Tu m'as manqué, murmura t-elle, la voix douce (pourtant, même avec sa main dans la sienne et l'un en face de l'autre, il lui manquait toujours, le Draco aimant et attentionné lui manquait).
- Pourtant, je suis là, je suis pas loin. »
Elle secoua la tête, bien qu'elle comprenait sa phrase à double sens, il était à des milliers de kilomètres d'elle. Il tenta de retirer sa main, elle l'agrippa de plus belle.
« Je t'aime, tu sais... »
Les larmes lui montèrent aux yeux, elle battit des paupières, tentant de les refouler.
« Je sais, Hermione. »
Elle aurait voulu lui dire qu'elle était désolée, qu'elle avait et qu'elle était en train de changer, qu'elle avait envie de lui et que c'était à lui et entièrement à lui qu'elle voulait se donner, qu'elle lui demandait pardon de ne pas être assez tendre, mais qu'elle allait arranger ça dès qu'il n'esquiverait plus ses bras, qu'elle ferait n'importe quoi pour qu'il l'aime à nouveau comme avant. Cependant sa gorge se contracta et ses dents bloquèrent chacune de ses phrases.
Il prononça la phrase salutaire, qui permit à Hermione d'imaginer un futur moins sombre pour leur relation :
« Faut qu'on parle de ce qu'il se passe entre nous. »
Parler de quoi ? Du froid, du vide, de l'indifférence ? Du verre pilé dans sa poitrine qui crissait chaque fois qu'il la considérait avec des yeux de glace ? Ou de comment arranger la situation sans se séparer ? Peu importe. Tant qu'il continuait à la regarder dans les yeux, tant qu'elle avait le droit de le toucher, tant qu'il lui parlait. La jeune fille hocha vigoureusement la tête.
« Je pourrais pas te le dire à voix haute, faudra que je te l'écrive sinon j'y arriverai jamais. »
Elle tenait toujours la main de son Ami, au moins, il lui permettait ce contact.
« Pas de souci. »
L'envie de pleurer lui coupa momentanément la respiration, bientôt elle retrouverait le Draco qui l'aimait et qu'elle aimait.
Il l'embrassa sur le front quand ils se quittèrent devant la bibliothèque et, à peine une fois de retour dans son dortoir, Hermione se mit à écrire. Elle y passa une partie de sa nuit, rajouta des annotations pendant la pause de midi et termina sa lettre durant sa dernière heure de cours. Fébrile, anxieuse et épuisée moralement, elle envoya sa missive par chouette à Draco dans la soirée. Et seulement une heure plus tard, son Ami la demandait devant l'entrée des dortoirs des Gryffondors.
Les jambes tremblantes, elle passa le portrait de la grosse dame. Draco se tenait devant elle, sa confession serrée dans son poings et les yeux rouges.
« Je t'aime, » lui dit-il simplement.
Comme elle ne bougeait pas, il s'avança vers elle et l'attira doucement contre lui.
« Je t'aime. Je suis désolé de tout ce que je t'ai infligé. »
Son souffle chatouillait l'oreille de Hermione, elle sentait son cœur battre à milles battements par minute.
« Je t'aime, pardonne-moi, je t'en prie. »
Sa chaleur, ainsi que son parfum, enveloppèrent Hermione.
« Je t'aime je t'aime je t'aime. »
Elle sentait sa poitrine se réchauffer et son cœur palpiter plus vite, tout ce qu'elle n'avait pas et plus ressenti durant tout un mois se rappela à elle, alors elle s'effondra au sol, au pied de Draco en pleurs.
« Et tu crois que tes « je t'aime » vont tout arranger ? Tu crois qu'en me demandant pardon, tout va redevenir beau et rose ? Tu crois qu'en me prenant dans tes bras, je vais t'aimer à nouveau comme avant ? » éructa t-elle entre ses larmes. En s'agenouillant à sa hauteur, il tenta de la prendre dans ses bras, elle le repoussa violemment. « Qui es-tu Draco Malfoy ? Qui es-tu réellement ? »
A sa grande surprise, Draco se releva et s'assit sur le rebord d'une pierre.
« Qui je suis ? »
Son sourire sardonique et son regard cruel glaça le sang de Hermione.
« Alors, regarde, Hermione Granger. »
A terre, et incapable de se relever, la jeune fille fixa son Ami, abasourdie. Il défit quelques boutons de sa chemise et retroussa son pantalon, avant d'enlever sa veste. Alors que les minutes passaient et que Hermione commençait à s'impatienter, Draco commença à se crisper et se plier en deux. Alors ses cheveux poussèrent et foncèrent, sa peau devint plus basané, il rapetissa quelque peu et quand la personne en face d'elle releva la tête, Hermione vit les traits se durcir et la mâchoire devenir plus carrée, tandis que les pupilles prirent une teinte plus foncé. Alors elle découvrit que le Draco qu'elle aimait n'existait pas.
« Alors qui suis-je, Hermione Granger ? demanda à nouveau Pansy, le visage déformé par l'avidité.
Terrorisée, la gryffondor recula loin de l'autre diabolique jeune fille et se traîna contre un mur, elle s'y adossa, tremblant de tout son être. Pansy se redressa et vint s'accroupir en face de Hermione. Avec une tendresse feinte, elle caressa sa joue du bout de ses doigts.
« Regarde-moi dans les yeux et dis que tu m'aimes, que t'aimes que moi et moi seul.e, dis que tu veux te donner à moi et que t'as le cœur arraché depuis que je te renie. Dis le moi, encore et encore, insista-elle en pressant les deux joues de Hermione entre ses doigts, dis-moi que ta virginité m'appartient, espèce d'allumeuse ! » Elle attrapa la main de la jeune fille et la pressa contre sa poitrine. « Vas-y, dis que t'as envie de moi et que j'ai réveillé.e ta libido !
- L-laisse-moi... ! »
Hermione tenta de repousser Pansy, qui l'agrippa plus fort. Elle reconnaissait le regard froid et cruel avec lequel « Draco » la regardait depuis plus d'un mois, elle reconnaissait les inflexions méprisantes dans sa voix.
« Redis que t'as envie de moi, redis le, redis le ! »
Les yeux de Pansy roulaient dans leurs orbites quand elle se mit à rire d'un rire sans joie.
« C'est à moi que Draco était promis, reprit-elle d'une voix étonnement douce et calme. A moi. J'ai cru qu'en prenant son apparence et en te dénigrant, tu arrêterais la relation, mais non... Pourquoi tu t'accroches autant à lui ? »
La Gryffondor profita d'un moment où Pansy relâcha son attention pour la repousser, se relever et courir vers l'infirmerie. Elle entendait les pas de la Serpentard qui courrait derrière elle, tout en riant. Par chance, Madame Pomfresh était présente, Hermione déboula devant son bureau et se rattrapa au pied de la table.
« Aidez-moi ! »
L'infirmière se munit de sa baguette magique et ne mit pas longtemps avant de stupéfixer Pansy qui se ruait vers elles. Trop choquée pour parler, Hermione se roula en boule au sol, les larmes dévalant ses joues. Tout ceci était un cauchemar, un horrible cauchemar... Elle avait aimé un Draco qui ne l'était pas, qui ne l'aimait pas. Madame Pomfresh lui fit boire une potion calmante de force et elle se sentit léviter jusqu'à un lit. Au moment où sa tête se posa sur l'oreiller, elle s'endormit.
Quand elle se réveilla, Harry, Ron et Lavande étaient penchés à son chevet, inquiets. Sa vision mit un temps à s'accommoder à la lumière et à devenir plus nette.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » demandèrent-ils tous à la fois.
Hermione esquissa un faible sourire.
« Je crois comprendre... C'est complètement dingue mais je crois que je comprends.
- Alors dis nous !
- Je crois que c'est plutôt à une certaine jeune fille de s'expliquer, » fit la voix d'Albus Dumbledore, sortie de nulle part.
En apercevant le directeur de Poudlard, Hermione vit aussi Draco, allongé dans un lit, plus pâle que jamais, pourtant il lui renvoya un regard plein d'amour. Sa poitrine se réchauffa et le cœur qu'elle avait oublié battit plus vite dans sa poitrine, désormais remplie. Tous les regards se tournèrent vers Pansy, assise droite dans son lit et le visage fermé.
« Quand Draco est allé chez sa mère, je l'ai... empoisonné, enfin c'est un bien grand mot, disons que je l'ai rendu incapable de se rendre à Poudlard durant un certain temps. Puis j'ai pris son apparence, j'ai créer un double de moi, mais personne n'aurait remarqué mon absence de toute manière... Et je suis sortie avec toi, Granger, j'ai tout fait pour que tu me détestes et que tu me rejettes – que tu détestes et rejettes Draco, pardon – mais rien n'y faisait. Pourquoi tu l'aimes autant, pourquoi lui t'aime ? Je pensais qu'en te faisant du mal et en te repoussant, tu finiras par comprendre ! Je me suis servi de ce que Draco me disait pour te couler, j'ai lu dans son esprit pour te faire le plus de mal possible et te détruire. J'ai tout fait pour te prouver que je – pardon, il – ne t'aimais pas et t'es restée, tu t'es accrochée... Je vous hais. Tous. »
L'assistance était ébahie devant tant de machiavélisme, et Hermione, malgré tout le mal que lui avait fait subir Pansy, avait pitié d'elle et de sa détresse. Il était évident que la jeune fille souffrait d'un gros manque d'affection, en plus de faire une obsession sur Draco. Celui-ci se leva, en silence, passa devant Pansy sans lui accorder un regard et alla enlacer Hermione de toute ses forces.
« Je te demande pardon de ne pas avoir su te protéger et de n'avoir pu rien faire. »
Les vannes de Hermione cédèrent, elle pleura dans les bras de son Ami, le vrai, celui qu'elle aimait en s'accrochant à sa chemise, tandis que le professeur Macgonnal et le Dumbledore escortait Pansy dans le bureau du directeur.
« Je t'aime, et tout va s'arranger, on va rattraper le temps perdu. Si tu savais comme je t'aime, Hermione... Bordel que je t'aime et tout va aller bien à partir de maintenant. »
Mindblown ou pas ? Moi, j'ai rempli des vases entiers avec mes larmes et mon cerveau en écrivant ça, c'était trop triste x)
