Quatrième partie

Une fois rendue auprès de Georgianna dans la salle de musique, Élizabeth l'interrogea : Alors Georgianna, comment se passe votre après-midi? Avez-vous pu vous reposer un peu?

-Élizabeth! Enfin vous voilà. J'avais tellement hâte de vous voir. Votre sœur Lydia vient tout juste de partir d'ici. Elle souhaitait nous inviter toutes deux à aller passer la soirée chez vous. Je lui ai promis que je vous en parlerais, mais je veux que vous sachiez que j'ai vraiment envie d'y aller et de rencontrer vos parents. Lydia prévoit également inviter quelques amis de votre famille afin que je puisse les rencontrer. Qu'en dites-vous? Pouvons-nous accepter?

-Mon Dieu Georgianna, comment voulez-vous que je vous refuse un plaisir que vous êtes déjà en train d'éprouver. Nous irons bien sur, mais par respect pour Jane et pour gagner du temps nous prendrons un cabriolet cette fois. Oh! Seulement, je crois qu'il serait préférable que vous en parliez tout d'abord à votre frère. Il a le droit de véto ne l'oubliez pas.

-Comment le pourrais-je? J'y cours.

Presque bousculé par Georgianna qui sort au pas de course, Charles attendit que celle-ci se fut éloignée pour adresser sa requête à Élizabeth : Ah, Élizabeth! Croyez-vous qu'il serait trop tôt pour aller voir votre sœur?

-Oh, non! D'ailleurs, elle sera certainement réveillée à l'heure qu'il est. Toutefois, avant de monter, je dois vous demander s'il est possible d'obtenir la permission d'utiliser l'un de vos cabriolets dans la soirée? Georgianna et moi devons aller rendre visite à ma famille et nous ne souhaitons pas rentrer à pied. Y'en a-t-il un de libre?

-Je me ferai un plaisir de vous en faire préparer un. Pour sept heures ça vous va?

-Ce sera parfait, je vous remercie. Mettant son bras sur celui de son hôte, Élizabeth l'agaça : Alors, nous y allons maintenant?

Ils se dirigèrent vers la chambre occupée par Jane. Élizabeth entra la première pour voir si Jane était présentable avant d'inviter monsieur Bingley à pénétrer dans la pièce à son tour. Rapidement confinée à un rôle passif, Élizabeth alla se placer devant la fenêtre et laissa les deux jeunes gens parler ensemble. En bon chaperon, elle ne se mêla à la conversation que si l'on s'adressait directement à elle. Quarante-cinq minutes plus tard, monsieur Bingley prit congé des deux jeunes filles et rappela à Élizabeth que le souper serait servi à six heures.

Une fois leur hôte hors de la pièce, Élizabeth revint vers sa sœur pour la taquiner : Comme je vais bien m'entendre avec mon beau-frère.

-Élizabeth! Ne dis pas de bêtise. Rien n'a encore été arrêté à ce sujet.

-Peut être pas arrêté, mais en tout cas "bien orienté".

-Tais-toi, je refuse d'en entendre parler davantage.

-Allez, je me tais. En fait, je dois te quitter et aller me préparer pour le souper. Je te laisse à tes pensées remplies de monsieur Bingley. Oh, à propos, j'oubliais de te prévenir que Georgianna et moi allons aller passer la soirée à Longbourne. Lydia est venue cet après-midi pour nous inviter. Georgianna tient tant à y aller que je n'ai pas pu refuser. Je viendrai te saluer en rentrant. Tout dépendra de l'heure évidemment.

-Allez, va t'en! Ne t'en fais pas pour moi. Mademoiselle Bingley et madame Hurst ont promis de venir me rendre visite dans la soirée. Je ne serai pas seule non plus. Embrasse papa et salut les autres pour moi veux-tu?

Le souper ne se passa guère différemment du dîner. Élizabeth ne participa à aucune conversation jusqu'au moment où monsieur Bingley annonça à ses sœurs qu'il songeait à organiser un bal en l'honneur de toutes les dames de la maison.

Vers six heures quarante-cinq, Georgianna et Élizabeth prirent congé du reste de leur petit groupe et se préparèrent pour aller passer la soirée chez les Bennet. Une fois arrivée à destination, Élizabeth en profita pour présenter Georgianna à celles de ses sœurs qui ne l'avaient pas déjà rencontrée et à ses parents. Les jeunes femmes ont à peine le temps de faire le tour de la maison et de parler musique qu'un second cabriolet, remplis d'officiers celui-là, fit son entrée dans la cour. Les militaires se joignirent aux jeunes filles et c'est alors qu'Élizabeth identifia l'un d'eux comme étant l'ami d'enfance de Georgianna. L'uniforme porté avec grande distinction par le jeune homme avait rendu son identification d'autant plus difficile qu'Élizabeth ne l'avait vu qu'une seule fois. Attiré par lui comme par un aimant, Georgianna se retrouva rapidement à ses côtés et plongea son regard dans le sien à la recherche d'une émotion qu'elle semblait impatiente de retrouver si l'on en juge par la réponse du jeune homme aux interrogations muettes de la jeune fille. Puis, lorsqu'Élizabeth surprit le regard que Lydia échangea avec le même militaire, elle devina que cette seconde rencontre était tout sauf due au hasard et que seuls ses parents, Georgianna et elle-même n'étaient pas au courant.

Bien que n'éprouvant aucune sympathie pour le frère de sa nouvelle amie, Élizabeth détesta le rôle que sa sœur Lydia lui faisait indirectement jouer dans cette affaire. Elle avait beau ne pas détecter de signes apparents que le jeune homme pouvait représenter un quelconque danger pour Georgianna, à deux reprises, Élizabeth signifia à celle-ci que le temps de rentrer était venu. Vers les onze heures, n'en pouvant plus, Élizabeth se leva et s'approcha des deux jeunes gens pour les obliger à se dire adieux. Tout en faisant signe au cabriolet de s'avancer, Élizabeth remarqua qu'une seconde voiture s'engageait dans l'allée principale de la maison. Croyant reconnaître celui duquel étaient sortis les officiers tout à l'heure, Élizabeth se recula et laissa passer les militaires précédés par monsieur Wickham. Une fois à l'extérieur, l'«ami d'enfance» de Georgianna se retourna pour saluer l'ensemble des jeunes filles au moment même où la porte du cabriolet s'ouvrait pour laisser sortir son passager. Un long silence régna pendant que le nouveau venu et le militaire se dévisageaient et que les quatre autres filles Bennet tentaient de mettre un nom sur le visage du nouvel arrivant. Malgré la pénombre, Élizabeth fut la première à reconnaître les traits durcis de monsieur Darcy. Stratégiquement et instinctivement, elle se plaça devant Georgianna s'attendant à ce que celle-ci ne réagisse mal à la présence de son frère. Difficile de dire lequel des deux hommes fut le plus dérangé par la présence de l'autre. Le petit cri que laissa échapper Georgianna à l'éveil de ses sens, dirigea l'attention générale sur celle-ci. Reprenant rapidement le contrôle de la situation, monsieur Darcy ordonna froidement aux jeunes filles de monter dans le cabriolet. Élizabeth y escorta Georgianna. De grosses larmes coulaient maintenant de long de son visage. Son frère entra à son tour et prit place aux côtés de sa sœur en face d'Élizabeth. Aucune parole ne fut prononcée par les occupants du cabriolet, tant et aussi longtemps que par respect pour la colère du frère et la terreur de la sœur, Élizabeth garda les yeux rivés sur la fenêtre.

«Si seulement j'avais insisté davantage pour partir... Une heure plus tôt et rien de tout cela ne serait arrivé.»

À mi chemin entre les deux domaines, la colère de Darcy baissa suffisamment pour lui permettre d'être sensible aux larmes de sa sœur. Élizabeth détourna la tête au moment où Darcy lui offrit un mouchoir.

Prenant celui-ci, Georgianna se moucha bruyamment et remercia son frère tout en s'essuyant les yeux du revers de sa manche : Je suis désolée William! Vraiment désolée!

La rapprochant de lui, William lui chuchota : Essaie de dormir Georgianna. Nous reparlerons de tout cela après une bonne nuit de sommeil. Remarquant soudainement qu'Élizabeth les regardait, il enchaîna à son intention : L'avertissement vaut également pour vous mademoiselle Bennet.

Pendant un long moment, s'entremêlèrent dans le silence, le piétinement rapide des chevaux et les sanglots de Georgianna. Au bout d'un certain temps, la "plainte galopante" diminua d'intensité et la disparition de l'un des deux instruments vint témoigner du sommeil de la jeune fille. Élizabeth détourna son visage de la fenêtre pour la seconde fois et constata que la tête de Georgianna reposait sur l'épaule de son frère.

Sentant sa colère monter, Élizabeth rétorqua : Écoutez monsieur Darcy, je comprends que vous soyez en colère, mais...

-J'ai dit demain! L'intima-t-il d'un ton cassant.

-Je n'ai pas d'ordre à recevoir de vous! Je ne suis pas votre sœur, alors par conséquent, vous ne réussirez pas à me réduire au silence! S'emporta Élizabeth en le fixant directement dans les yeux.

-Ni à vous faire tenir vos promesses à ce que je vois.

-Vous avez raison, il vaut mieux attendre à demain. Seulement, le plus tôt sera le mieux.

-Huit heures ça vous va?

-Huit heures ce sera.

Arrivé à destination, Darcy souleva Georgianna pour sortir du cabriolet. Sans un seul regard pour Élizabeth, il la conduisit jusqu'à sa chambre et regagna ses appartements pour la nuit. Une heure plus tard, toujours incapable de trouver le sommeil, il se releva et entreprit d'écrire une lettre à l'intention de son intendant. Tout à coup, un bruit sourd provenant du passage l'obligea à déposer sa plume. Quelques secondes plus tard, de légers coups furent frappés à la porte de sa chambre.

-Entrez. Ordonna-t-il tout en se dirigeant derrière son paravent pour passer sa robe de chambre.

L'ayant enfilée, il sortit de sa cachette et constata avec stupeur que son visiteur nocturne n'était autre qu'Élizabeth. Nullement ébranlée par l'air dédaigneux du jeune homme, celle-ci lui présenta une feuille de papier et le défia de son sombre regard.

-Mademoiselle Bennet! Que faites-vous ici?

Exécutant un début de révérence, qu'elle ne compléta pas tant elle était pressée de lui parler, Élizabeth commença : Excusez moi monsieur Darcy! Devant son regard hautement méprisant, elle s'empressa d'ajouter : Croyez-moi... il fallait absolument que je vous voie. La lettre que j'ai entre les mains justifie pleinement mon intrusion dans votre chambre à coucher. Ce billet est signé de la main de votre sœur. Georgianna m'y annonce son intention de prendre la fuite avec monsieur Wickham à la première heure demain matin.

Lui prenant la lettre des mains, William s'exclama : Quoi? Saisissant le chandelier que lui présentait Élizabeth par la même occasion, il entreprit de lire le mot de sa sœur.

-Je venais de me mettre au lit lorsque j'ai remarqué qu'on marchait dans le passage. Il s'agissait de petits pas feutrés. Je suis restée sans bouger assez longtemps, aux aguets. Soudainement, quelqu'un a glissé cette lettre sous la porte de ma chambre. J'ai attendu pendant un assez long moment, puis, je me suis levée pour la prendre. Dès que j'ai vu ce qu'elle contenait, j'ai su qu'il me fallait venir vous voir.

Devinant dans le mouvement soudain de Darcy son intention d'aller vérifier si Georgianna était toujours dans sa chambre, Élizabeth lui bloqua le chemin.

-Non, rassurez-vous, elle n'est pas encore partie... Je suis passée par sa chambre avant de venir vous voir... Elle dort profondément! De toute façon vous avez lu son message; il est explicite, elle ne doit le rejoindre Wickham qu'au lever du soleil.

-Très bien, retournez vous coucher mademoiselle Bennet! Je vais prendre les choses en mains.

Élizabeth ne bougea pas d'un poil. À la place, elle rétorqua : Je ne sortirai pas de votre chambre TANT QUE JE NE SAURAI PAS CE QUE VOUS AVEZ L'INTENTION DE FAIRE...

-IL EST HORS DE QUESTION QUE J'EN DISCUTE AVEC VOUS! Hurla William en avançant vers elle menaçant.

-Ce n'est pas en vous que votre sœur place sa confiance que je sache. Cette lettre a été écrite pour moi.

-Lorsqu'on connaît l'usage que vous faites de la confiance qu'on place en vous... Rétorqua William d'un ton méprisant.

-Puisque vous le prenez sur ce ton! Je vous laisse! Débrouillez-vous seul. Mais, je vous préviens, monsieur Darcy, ne venez pas vous plaindre si cette histoire tourne mal. Vous ne pourrez vous en prendre qu'à vous même. Je ne serai pas votre bouc émissaire.

En proie à une colère sans nom, Élizabeth se dirigea rapidement vers la porte.

-TRÈS BIEN. Vous avez gagné. Alors, puis-je savoir ce que vous feriez à ma place?

-Ne serait-il pas préférable que nous en discutions ailleurs qu'ici?

-Bien sur, vous avez raison. Veuillez aller m'attendre dans la bibliothèque. Je vous y rejoins dans dix minutes.

Élizabeth quitta la chambre de monsieur Darcy pour se rendre directement à la bibliothèque. Une fois rendue sur les lieux, elle se laissa tomber sur le fauteuil et ferma les yeux. C'est dans cette même position que Darcy la trouva dix minutes plus tard. Il observa tranquillement le charmant tableau formé par la jeune fille ainsi endormie. Sa robe de nuit laissait aisément deviner les formes gracieuses de son corps et faisait ressortir ses courbes délicieusement féminines. Darcy, reconnu n'avoir jamais été aussi sensible à son charme qu'en cet instant. Pour une fois, elle ne luttait pas avec lui. Un léger sourire était accroché à ses lèvres et Darcy put entendre le souffle régulier de sa respiration. Il lui fallut toute sa volonté pour s'arracher à cette contemplation et se décider à quitter la bibliothèque. Ce ne fut qu'une fois redevenu lui-même dans la quiétude de sa chambre qu'il réalisa combien la présence de la jeune fille était dangereuse pour lui. Jamais auparavant il n'avait été aussi attiré par une femme. Darcy se savait maintenant coincé avec deux graves problèmes; sauver sa sœur de Wickham et fuir mademoiselle Bennet avant qu'il ne fut trop tard.

Lorsqu'il se réveilla le lendemain matin, il faisait déjà clair depuis longtemps. Il constata avec effroi qu'il est passé tout droit. Il se redressa vivement, sauta hors de son lit, s'habilla en toute hâte et entreprit de franchir les deux paliers qui le séparait de la chambre de sa sœur. Il s'arrêta un instant sur le pas de la porte pour reprendre son souffle et reconnut avec joie la voix de Georgianna au travers de la porte.

«Est-il possible qu'elle ne soit pas partie?» Se demanda-t-il avant d'ouvrir la porte et la trouver : Georgianna, Dieu merci, tu es encore là.

-William! Je suis vraiment désolée de t'avoir inquiété. Devant l'air surpris de son frère, elle ajouta : Élizabeth et moi avons eu une longue conversation ce matin. Elle m'a fait comprendre que je ne devais pas agir sur un coup de tête? Que Wickham n'avait rien à perdre alors que moi... Pardonne-moi William.

Pendant qu'elle se jetait dans ses bras, William lui dit : Si tu savais comme je m'en veux de t'avoir entraîné jusqu'ici. Rien de tout cela ne serait arrivé si nous étions tranquillement restés à Pemberley... Que dirais-tu de rentrer chez nous Georgianna?

-Non, William! Pas maintenant. Ce ne serait pas convenable. Monsieur Bingley organise un bal dans deux jours. Il compte sur notre présence. Nous ne pouvons pas partir avant que le bal n'ait lieu.

-J'avais oublié le bal! Tu as raison. Seulement, aussitôt le bal terminé, nous partons pour Londres. Je règle quelques affaires là-bas puis nous rentrons à la maison Georgianna. Je te promets qu'une fois arrivé chez nous, nous aurons une longue discussion au sujet de Wickham. Je t'expliquerai tout! D'ailleurs j'aurais dû t'en parler depuis longtemps déjà.

Serrant celui-ci très fort contre elle, Georgianna le complimenta: Oh! William, tu es tellement bon pour moi.

-Maintenant descendons, j'ai une faim de loup.

-C'est normal, il est dix heures.

-Comment? Déjà si tard? Pourquoi m'a-t-on laissé dormir si longtemps?

-Élizabeth semblait croire que tu pourrais avoir besoin de sommeil. En quittant ce matin, elle a suggéré de te laisser dormir un peu plus longtemps…

-Mademoiselle Bennet est partie pour la journée?

-Non, Jane et elle sont retournées à Longbourne. Jane allait mieux au réveil. Mais ne t'en fait pas, elles seront toutes deux présentes au bal après demain. Allez, viens manger William, je vais t'accompagner.

Pendant que les Bingley réglaient les derniers détails à propos du bal à venir, Élizabeth eut enfin l'occasion d'avoir une longue et profitable conversation avec l'«ami d'enfance» de Georgianna lorsqu'il vint rendre visite à sa plus jeune sœur. Elle apprit de sa bouche comment monsieur Darcy avait délibérément choisi de ne pas respecter la parole de son défunt père. Qu'il avait refusé de lui remettre la cure que monsieur Darcy père lui léguait dans son testament. Mais, elle fulmina encore davantage lorsque George Wickham lui fit part des manœuvres utilisées par monsieur Darcy pour le séparer de Georgianna.

-C'est justement pour protéger Georgianna que j'ai accepté de partir. Après tout, son frère affirmait qu'elle ne m'aimait pas vraiment. Je me sens terriblement fautif et honteux de lui avoir proposé un enlèvement, mais à quoi d'autre pouvais-je songer sachant que je n'avais aucune chance de gagner l'estime du frère.

Élizabeth était secouée, deux images différentes appartenant au même homme se superposaient dans son esprit et la tourmentaient.

«Pauvre Georgianna, je n'aurais pas dû intervenir, j'aurais dû la laisser fuir avec lui.»

Le bal tant attendu arriva rapidement et ce fut le cœur léger qu'Élizabeth y fit son entrée. Elle pressa contre sa poitrine le précieux message qu'elle avait accepté de remettre à Georgianna de la part de son «ami d'enfance». Constatant rapidement l'absence de la jeune fille, elle chercha à en connaître la raison. Elle obtint sa réponse de la bouche de monsieur Bingley lorsqu'elle l'accompagna sur la piste de danse.

-Georgianna souffre d'un violent mal de tête, elle a préféré garder le lit.

Cette danse terminée, Élizabeth remplit son devoir et dansa avec son cousin. Monsieur Collins ne cessait de l'entourer d'attentions et laissait entendre à plusieurs personnes de son entourage qu'il avait l'intention de la demander en mariage. Élizabeth ne savait comment se débarrasser de lui. Lors qu'enfin elle se trouva libre, elle s'approcha de Charlotte et en profita pour lui rapporter les propos de monsieur George Wickham au sujet de monsieur Darcy.

Apparaissant soudainement devant les deux filles, William s'adressa à Élizabeth : Mademoiselle Bennet, si personne ne vous a réclamé la prochaine danse, puis-je la réserver?

Figée par la surprise, Élizabeth balbutia : En fait, je... C'est que... D'accord monsieur Darcy, j'irai vous rejoindre dès que la musique commencera. Dès que celui-ci se fut éloigné, elle s'écria : Oh! Mon Dieu! Pourquoi n'ai-je pas pu trouver une excuse.

-Élizabeth, fais attention à ce que tu fais. C'est tout un honneur que cet homme vient de te faire en te choisissant comme partenaire.

En entendant les premières mesures de la prochaine danse, Élizabeth lança à Charlotte : Et toi, pense un peu à ce que je vais devoir endurer...

Arrivée près de monsieur Darcy, Élizabeth lui offrit son bras et se laissa mener sur la piste de danse. Ils s'installèrent, exécutèrent la révérence d'usage et entrèrent dans la danse en gardant le silence.

-Monsieur Darcy, je suis déçue, j'aurais bien aimé revoir Georgianna.

-Elle est souffrante.

-Oui, c'est ce que j'ai cru comprendre.

-Elle m'a demandé de vous remettre une lettre. Faites-moi penser de vous la donner tout à l'heure.

-Je n'y manquerai pas.

-Elle vous écrit certainement pour vous annoncer que nous partons pour Londres demain matin.

-Quelle chance d'avoir une sœur aussi facile à manœuvrer. Lui lança Élizabeth incapable de se retenir.

-Georgianna quitte cette région de son plein gré. Protesta William.

-Je préfère changer de sujet. Lorsqu'il est question de votre sœur, nous n'arrivons pas aux mêmes conclusions. Toutefois, pour clore ce chapitre, faites-lui que je lirai sa lettre avec joie et qu'elle sera regrettée par toute ma famille et par quelques amis qui la tiennent en haute estime.

-Si vous parlez de George Wickham! Sachez que cet homme est aussi talentueux pour se faire des amis qu'il est incapable de les garder.

-Alors que d'autres les perdent parce qu'ils sont incapables de pardonner.

Arrivant maintenant à la partie de la danse qui ne réclamait pas d'eux une participation active, monsieur William Lucas s'approcha d'eux et leur fit part du plaisir qu'il éprouvait à les voir évoluer ensemble. Il compara leur performance à celle d'un autre couple pour lequel un "heureux événement se préparait" selon les dires de tous et chacun. Monsieur Darcy posa son regard sur le couple auquel monsieur Lucas faisait allusion et constata qu'il s'agissait de nul autre que son ami Bingley et mademoiselle Jane Bennet. Le visage de son partenaire n'exprimant rien de moins que sa vive désapprobation, Élizabeth ne put que maudire le père de la meilleure amie pour son intervention maladroite.

«De quel droit se permet-il d'insinuer que tout est arrêté entre Jane et monsieur Bingley? Et devant son meilleur ami en plus...»

Le moment de reprendre la danse étant arrivé, libérant le couple de la présence de monsieur Lucas. Les mouvements auparavant fluides de monsieur Darcy étaient désormais rigides et son esprit ne semblait plus être présent à la danse ni à sa partenaire.

-Excusez-moi, que disions-nous il y a un instant?

-Nous parlions de la nécessité de pardonner. Lui rappela Élizabeth.

-Vous avez raison, mademoiselle Bennet, il vaut mieux changer de sujet.

-Trouvez en un puisque les miens ne vous conviennent pas...

-Il est donc temps que je vous remercie pour ce vous avez fait pour ma sœur.

-Trouvez mieux que cela ou nous allons sombrer dans le silence.

-Parlons littérature alors?

-Nous n'avons pas les mêmes goûts. Ou plutôt, si nous lisons les mêmes livres, ce n'est certainement pas avec le même regard.

-Tant mieux, nous allons pouvoir échanger notre opinion.

-Cela ne vous a pas trop réussi jusqu'ici. D'ailleurs je ne tiens pas à discuter littérature dans une salle de bal.

La musique cessa enfin. Mécontent de lui-même et de la tournure des événements, Darcy ramena Élizabeth vers son amie Charlotte. Il lui remit la lettre de Georgianna, lui baisa la main et s'éloigna sans dire un mot.

Le reste de la soirée fut un vrai cauchemar pour Élizabeth. Tous les membres de sa famille agirent de manière à tourner le nom des Bennet en ridicule. Kitty et Lydia flirtèrent ouvertement avec les officiers. Mary monopolisa de son prétentieux talent le seul instrument disponible. Madame Bennet sema à tout vent, qu'elle allait bientôt pouvoir annoncer le mariage de ses deux filles aînées. L'aînée avec monsieur Bingley et la seconde avec nul autre que l'héritier de leur domaine, le vicaire Collins.

-Ainsi, Longbourne restera dans la famille. Monsieur Collins est le cousin de mes filles.

Et comme si ce n'était pas assez, Élizabeth et Jane ne réussirent pas à empêcher leur cousin d'aller s'adresser à monsieur Darcy sans lui avoir été présenté au préalable. Élizabeth avait beau détester le frère de Georgianna, le simple fait de savoir qu'il eut pu être témoin de toute cette scène, la révoltait au plus haut point. La soirée entière fut un supplice tel que même une bonne nuit de sommeil ne réussit pas à l'effacer entièrement. Avant d'éteindre sa chandelle, Élizabeth ouvrit la lettre de Georgianna.

«Chère Élizabeth,

William et moi-même avons décidé de partir pour Londres demain matin. Tant de choses se sont passées ici qu'il m'est devenu difficile de rester plus longtemps. La crainte de revoir Wickham est plus forte que la joie certaine que j'aurais éprouvée en votre compagnie. Ne soyez donc pas surprise de mon absence à cette soirée.

Sachant que je n'aurai certainement pas l'occasion de vous revoir d'ici notre départ, je tiens à vous exprimer mon profond attachement et toute mon amitié. Nous demeurerons quelques temps à Londres avant de rentrer chez nous à Pemberley. Je vous écrirai souvent et attendrai vos lettres avec impatience.

Bien à vous.

Georgianna Darcy.

P.s.: Merci pour toute l'aide que vous m'avez apportée. Vous serez contente, mon frère et moi allons enfin avoir cette fameuse conversation que vous m'avez suggérée d'avoir avec lui. Je vous en donnerai les détails lors de notre prochaine correspondance.»

...À suivre...

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Miriamme