Note : Je trouve qu'on ne saisit pas bien l'importance des relations virtuelles. Je vous aime. Vous ne me lisez pas, pas ici, mais je vous aime. Je suis mélodramatique mais j'ai des circonstances atténuantes.
Bonne lecture !
Another Love by Tom Odell¹.
« Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m'ont fait aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine. » Jean Anouilh
Jeudi 4 Septembre 1996
Les paupières fatiguées de Luna s'alourdirent à nouveau, alors qu'elle émergeait enfin de sa torpeur. Elle ne parvenait pas à trouver assez de courage pour quitter la chaleur réconfortante de son lit, auprès duquel elle se sentait irrémédiablement attirée. Elle jeta un coup d'œil endormi sur le lit voisin, lequel était désespérément vide. Certains étaient déjà partis prendre leur déjeuner dans la Grande Salle. Il ne lui restait plus qu'à s'obliger à se lever et faire de même. Pourtant, l'envie de passer la journée entière sous ses couvertures chaudes l'assaillait. Elle résista à la tentation, cependant, et finit par poser un pied sur la moquette bleue de son dortoir.
En se frottant les yeux, Luna se dirigea à petits pas pressés vers sa valise qu'elle observa longuement d'un regard torve. Puis, elle saisit simplement sa robe de sorcière qui était posée dessus et l'enfila en passant un doigt sur l'écusson bleu qui revendiquait fièrement sa maison. Perdue dans ses pensées, l'adolescente oublia de mettre des chaussures lorsqu'elle traversa Poudlard pour aller prendre son petit déjeuner.
Elle se remémorait ce qui lui était arrivé la veille. Contre toute attente, elle avait croisé Abigail durant sa balade nocturne, qui l'avait toisée froidement. Pour ne pas faire d'euphémisme, la Serpentard avait plutôt eu l'air d'avoir envie d'étriper Luna, laquelle ne s'en était pas souciée le moins du monde. Puis, elles avaient échangé un regard étrange, le genre de regard qu'on ne sait décrire tant il paraît inapproprié. C'était comme si Abigail, pourtant si indifférente, avait laissé place à l'intrigue au lieu de l'agacement durant d'infimes secondes. Ses yeux verts d'eau s'étaient accrochés à Luna, comme indépendants de leur propriétaire, puis elle s'était reprise et avait tourné les talons. Comme ça. Sans un mot de plus.
Si Luna avait d'abord été intriguée par leur échange silencieux, elle avait bien vite compris qu'elle se faisait des films. On lui avait déjà répété plusieurs fois qu'elle interprétait trop les choses anodines pour les modeler et transformer une histoire banale en l'événement du siècle. Ainsi, elle avait gardé cette anecdote troublante pour elle et s'était tournée vers une question pas moins perturbante ; que faisait donc Abigail Rosenbach trempée dans les sous-sols, lors d'une fraîche soirée ? Voulait-elle attraper la grippe ? Ça se tenait. Après tout, elle n'était peut-être pas encore au courant des trafics illégaux des produits de Fred et George qui se tramaient régulièrement, à Poudlard. Peut-être la Serdaigle devait-elle lui en parler, pour qu'Abigail cesse de vouloir se rendre malade avec des méthodes si barbares ?
D'ailleurs, si Abigail tenait tant que ça à attraper la grippe, Luna songea qu'il fallait la prévenir des conséquences secondaires et irréversibles qui s'en accompagnaient. Finalement, elle fut coupée dans ses réflexions par la grande porte qui s'étendait devant elle. La Grande Salle était déjà bien remplie, et tous les regards convergèrent vers elle. Luna n'y porta pas d'attention et passa à côté de la table des Gryffondor en adressant un sourire amical à Ginny, qui la fixait avec des yeux ronds.
La rouquine adressa quelques mots furtifs à ses amies puis quitta sa table pour se diriger vers Luna en trottinant. Si la Serdaigle lui adressait un grand sourire ravi, Ginny ne semblait pas vraiment épanouie de la voir comme ça.
— Luna, tes chaussures !, souffla la Gryffondor en désignant ses pieds en chaussettes d'un geste du menton.
L'intéressée baissa les yeux et eut une légère expression de surprise en découvrant qu'aucune paire de chaussures ne venait recouvrir ses pieds.
— Ah, oui..
Et elle rebroussa chemin pour retourner dans sa salle commune, espérant tout de même trouver des chaussures appropriées qu'on ne lui aurait pas volées. Apparemment, les élèves qui s'étaient amusés à lui soudoyer toutes ses affaires l'année dernière n'en avaient toujours pas fini. Luna trouvait leur source d'amusement légèrement puérile, mais elle ne s'en formalisait pas. Du moment qu'elle retrouvait ses affaires à la fin de l'année, ça ne la dérangeait pas tant que ça.
Après avoir monté les escaliers impétueux, adressé quelques saluts sympathiques à des tableaux qui lui répondirent aimablement, Luna croisa le fantôme de sa maison.
— Bonjour Luna, sourit faiblement la Dame Grise.
Luna Lovegood était la seule élève avec qui elle appréciait dialoguer. Cette enfant semblait vivre dans un monde utopique, différent, mais elle n'en était pas moins agréable avec son entourage, au contraire. Elle savait se montrer joyeuse, intelligente, sans tomber dans la superficialité ou la méchanceté. Cette Serdaigle semblait tant coupée du monde, affublée d'une innocence telle que le fantôme des Bleus avait appris à l'apprécier pour sa simplicité authentique.
— Bonjour Helena ! Je suis désolée, je dois me dépêcher.. J'ai oublié mes chaussures, expliqua-t-elle inutilement.
Le fantôme hocha vaguement la tête et laissa glisser son regard impénétrable sur la mince silhouette qui s'éloignait en direction de la tour de Serdaigle. Elle se fit la réflexion que Luna portait bien son nom.
C'était dans ce genre de moment précis qu'on pouvait se faire la réflexion que le système pour protéger la salle commune des Serdaigle était ingénieux, mais également très peu pratique. Le heurtoir en bronze, fidèle au poste, interrogea Luna d'une voix grave quand celle-ci se posta devant lui pour pouvoir entrer.
— Lorsque que l'on naît, il existe déjà, et lorsque que l'on meurt, il est toujours là. Qui est-il ?
Sachant qu'elle avait intérêt à réussir si elle voulait avoir le temps d'avaler quelques viennoiseries avant d'aller en Sortilèges, la Serdaigle prit le temps de réfléchir pour ne pas se tromper. Finalement, de sa voix lointaine, elle répondit.
— Le temps.
Et le heurtoir en forme d'aigle s'ouvrit pour que la cinquième année puisse se faufiler dans la salle commune.
Une fois arrivée près de son lit drapé de soie bleue, Luna baissa les yeux et eut le plaisir de trouver ses chaussures noires, accordées à son uniforme de sorcière. Elle les enfila, pensa à vérifier qu'il ne lui manquait rien d'autre, sortit de sa salle commune en saluant le heurtoir qui ne lui répondit rien.
De retour dans la Grande Salle, plusieurs tables s'étaient déjà considérablement vidées. Luna se dirigea vers celle des Serdaigle, attrapa un croissant qu'elle mastiqua avec un certain flegme tandis qu'elle se dirigeait vers sa classe de Sortilèges.
Derrière elle, quelques filles de Serpentard papotaient allègrement à propos de la dernière mode sorcière. Apparemment, les robes à motifs fleuris connaissaient un véritable succès depuis quelques temps ! Les jeunes filles fanatiques de la mode se ruaient dans tout bon magasin qui se respectait, et qui avait donc ce genre de robes dans sa vitrine. Luna songea que sa robe blanche ornée de coquelicots avait de quoi faire fureur, désormais.
Lorsque les élèves de Serpentard et de Serdaigle furent arrivés dans la salle de classe du professeur Flitwick, Luna partit s'asseoir à une table esseulée, dans le fond. Elle sortit un parchemin vierge, sa plume et son encrier, puis sortit sa baguette qu'elle posa à côté d'elle.
Sauf qu'à côté d'elle, la table n'était pas vide. Une Serpentard qu'elle ne connaissait ni de Merlin ni de Morgane s'y était installée sans lui demander la permission. Luna, légèrement surprise, décala un peu sa baguette magique sans prononcer un mot.
— Lovegood, écoute, j'dois te dire un truc, l'apostropha sa voisine.
Luna tourna sa tête vers la Verte qu'elle sonda de ses yeux bleus, puis, d'une voix douce, elle s'enquit ;
— Bonjour. Comment t'appelles-tu ?
La Serpentard parut décontenancée mais s'empressa de répondre. Apparemment, elle ne voulait pas perdre son temps. Drôle de façon de se conduire, songea la Serdaigle, puisqu'elles avaient tout le cours pour discuter.
— Heu, ouais.. salut. J'm'appelle Rachel. Bon, Abigail Rosenbach m'a chargée de te dire un truc...
Rachel intercepta le regard intrigué de Luna, et elle se justifia aussitôt.
— Contre des Gallions, hein, va pas t'imaginer que je joue les hiboux gratos. En tout cas, Rosenbach veut que tu parles de ce qui est arrivé hier à personne. Et elle veut aussi que t'arrêtes de chercher à lui parler. Elle dit que ça n'aboutira à rien, quoique tu cherches à faire. Bref, tu lui fous la paix et tu la fermes par rapport à vos secrets.
À l'évidence, et même si Rachel essayait de s'en cacher, il sautait aux yeux qu'elle-même aurait bien voulu savoir ce qui s'était passé hier soir. Pourquoi donc une fille solitaire et mystérieuse comme Abigail sommait-elle la bizarrerie de l'école de garder le silence ?
— Pigé ?, lança la Serpentard à Luna avec un regard en biais.
C'était une question purement rhétorique. Bien sûr qu'elle avait pigé - elle avait sacrément intérêt, au vu de la corpulence impressionnante de Rachel. Ses poings rugueux semblaient déjà prêts à servir.
Luna ouvrit la bouche, s'apprêtant à dire quelque chose, mais la Verte l'interrompit encore une fois dans son élan.
— Et insiste pas, je sais rien de plus.
— Tu peux mettre le livre de Sortilèges au milieu du banc, s'il te plaît ? J'ai oublié le mien en salle commune...
Rachel laissa échapper un « Ah », puis elle tourna la tête, comme pour vérifier que personne ne la regardait. Ensuite, elle poussa légèrement son livre vers le milieu de la table et l'ouvrit à la page quarante-huit, comme Flitwick le leur demandait.
Le cours se déroula bien ; ils durent former des duos pour s'entraîner au sortilège de mutisme. Rachel n'a pas fait de scandale lorsque Flitwick a dit que les groupes se feraient en fonction des places, même si elle n'avait pas l'air aux anges de s'entraîner avec Luna Lovegood.
Lorsque le cours fut terminé et que les élèves évacuèrent la salle, Luna songea. Abigail semblait tenir à ce que l'anecdote de la veille ne se propage pas à travers tout Poudlard. Mais pourquoi ? Était-ce simplement parce qu'elle tenait à sa réputation ou y avait-il une raison plus importante ? Abigail, avec son air distant, son regard perçant, son sourire rare, sa tendance à s'isoler... avait tout pour attirer les mystères. Ce n'était pas le genre de fille qui se retrouvait trempée le soir dans les sous-sols juste parce qu'elle avait fait un défi stupide avec ses amis. Alors que s'était-il donc passé ? Luna cherchait une explication raisonnable, qui n'entraînerait pas un flot de questions supplémentaires.. mais rien ne lui venait.
Plus elle en savait sur Abigail Rosenbach, moins elle en savait.
Luna, curieuse et intéressée, ne pouvait réellement se résigner à ne pas connaître le sort étrange de cette Serpentard si convoitée mais si discrète.
— Loufoca..., siffla une voix arrogante, qu'elle n'eut pas de difficulté à identifier.
Malefoy et sa bande s'étaient arrêtés face à elle, tandis qu'elle longeait les couloirs sans but précis, attendant sa prochaine heure de cours. La Serdaigle ne répondit rien, le cerveau toujours embrumé dans ses pensées déficelées.
Le garçon blond lança une remarque acerbe, que Luna ne comprit pas. Pansy émit un ricanement guttural, son sourire mauvais s'élargissant de plus en plus.
— Je ne peux pas en parler, désolée, fit Luna.
Le rire moqueur de Pansy redoubla d'intensité, mais Drago haussa un sourcil avec dédain. Il bloqua le passage à la Serdaigle, d'un bras pâle comme la mort.
— Me parler de quoi, Lovegood ?
— Je viens de te dire que je ne peux pas te le confier.
Drago la fixa, soudainement captivé par le moindre mot qui pourrait sortir de la bouche de la sixième année. Puis il se reprit et retrouva son masque hautain, écartant son bras afin de la laisser passer, ce pour quoi Luna ne se fit pas prier. Tandis qu'elle s'éloignait, elle crut entendre le mot « Potter » accompagné d'une charmante insulte. Mais elle n'en était pas certaine. De toute façon, Drago Malefoy départageait son temps entre deux activités ; déblatérer sur Harry et insulter certaines personnes - Harry, le plus souvent.
Luna traîna encore dans les couloirs quelques instants, puis décida de se rendre à la Grande Salle. Elle était en avance pour le repas de midi, mais ça ne faisait rien.
À sa grande surprise, Harry, Ron et Hermione étaient là aussi. En retrait, éloignés des autres Gryffondor, chuchotant à voix basse à propos d'elle-ne-savait-quel-complot. La Serdaigle s'apprêtait à aller s'installer à sa propre table pour ne pas les déranger, mais ce fut Hermione qui leva la tête vers elle pour l'inviter à les rejoindre d'un signe de la main. Luna se dirigea vers eux, légèrement étonnée d'être intégrée dans leurs discutions secrètes.
— Salut, Luna, fit Harry en vitesse dès qu'elle arriva à leur hauteur. Écoute, c'est très important.. J'ai, heu... reçu des recommandations à propos de Rosenbach. Tu es allée la voir, hier soir, oui ou non ?
Si Luna n'avait pas eu le sens de l'amitié en priorité, elle aurait tôt fait de répondre que non.
— Oui, dit-elle, d'une voix lointaine, avec un sourire.
— Oui ?, répéta Hermione.
— Et ça a donné quoi, votre discussion ? la coupa Harry.
La Serdaigle ouvrit la bouche pour répondre quand Ron tourna la tête d'un geste vif. Le centre de leur conversation venait d'entrer.
Interloquée, la Salle s'interrompit pour fixer Abigail Rosenbach.
Elle, et son gigantesque œil au beurre noir qui défigurait son beau visage.
xxx
Le vent siffle désagréablement et un tintement insupportable résonne dans mes oreilles.
J'aimerais rentrer pour me réchauffer mais je ne peux pas.
Son sourire m'absorbe. Sa simplicité me dévore. Ses yeux me hantent.
Sait-elle que je la regarde ? Peut-être. Elle, en tout cas, n'a pas les yeux rivés sur moi.
Je me sens fléchir.
Pourrir.
Je me sens comme étrangement minuscule face à elle.
Comme si je savais que je n'arriverai jamais à sa hauteur.
Elle est belle ; elle resplendit sous les rayons nacrés du soleil et tout sentiment me quitte. Seule sa douceur réside encore en moi.
¹ Ou comment je m'imagine Drago Malefoy après ses années à Poudlard.
