Si je traverse la vallée des ténèbres
Rien n'est à moi ici, pauvre traductrice que je suis : Harry Potter appartient à Mme Rowling et aux gens qui ont signé des contrats avec elle, alors que cette histoire a pour auteur Aurette (vous trouverez la VO en passant par mes auteurs favoris).
Merci à tous les lecteurs et à tous les commentateurs !
4) Découvrir
Hermione tapa un coup rapide à la porte de la chambre de Rogue puis l'ouvrit.
« Surprise ! Je suis de retour plus tôt que prévu ! Vos pieds me manquaient et je n'ai pas pu rester loin d'eux. Et en plus, je vous ai apporté des croissants pour aller avec votre thé afin que vous puissiez prétendre que vous êtes content de me voir. »
Les yeux de Rogue dansèrent et il lui fit un câlin d'œil avant de lui montrer son nouveau tour : un petit sourire.
« Ça alors ! Vous pouvez sourire ! J'aurais jamais deviné ! C'est une bonne chose que je n'ai été partie que deux jours, qui sait quels autres miracles j'aurais manqués sinon. »
Il fronça les sourcils, ajoutant une moue dédaigneuse, et elle rit.
« Qu'est-ce que vous avez là ? »
Rogue avait réussi à sortir le bloc-notes de son support et il gribouillait grossièrement au dos. Ça ressemblait à ce qu'on aurait pu attendre de quelqu'un qui aurait tenu une plume entre ses doigts de pieds. Comme l'encre restait humide sur le métal du bloc-notes, elle bavait beaucoup. Hermione ne put déchiffrer ce qu'il avait écrit.
« Eh bien, regardez-vous ! Vous souriez, vous prenez un air méprisant et par-dessus le marché, vous dégradez les biens de l'hôpital. »
Il lui lança un regard très content de lui-même et elle plaça le plateau du thé sur sa table roulante avant d'approcher cette dernière. Elle posa le sac de croissants chauds près de sa hanche.
« C'est vraiment génial. Allez, je reviens dans cinq minutes : je vais vous chercher du parchemin. »
Elle l'entendit renifler derrière elle tandis qu'elle se dépêchait d'atteindre la porte.
Elle revint cinq minutes après avec du parchemin, un nouveau bloc-notes et une plume à encrage automatique. Elle les avait tous enchantés pour les agrandir, afin de donner plus de place à ses lettres grossières, et elle avait élargi la plume afin de la rendre plus facile à contrôler.
Elle plaça le tout sur ses genoux et recula d'un pas.
Il lui fit un câlin d'œil et prit la plume dans sa main droite. Son contrôle était terriblement mauvais, mais cela ne faisait que quelques jours qu'il avait commencé à bouger son bras si bien qu'Hermione était plutôt impressionnée. Son bras gauche, apparemment, était encore immobile, et il avait pris l'habitude de le dissimuler sous les couvertures. Il pouvait bouger la main correctement, mais il semblait que le reste du bras ne se remettait pas aussi vite, et il en était marri.
Elle l'observa aussi patiemment que possible tandis qu'il formait ses lettres. Quand il atteignit la quatrième, elle l'interrompit :
« Oh, ne dites pas « merci » ! C'est la première chose que vous allez dire en dehors de « oui » et « non » depuis que vous avez été blessé ! C'est une occasion extraordinaire. Vous devriez écrire quelque chose d'important. De profond, même. « Merci » va sans dire, de même que « de rien », vraiment. »
Il lui jeta un regard mauvais, les lèvres pincées d'agacement. Il avait sans aucun doute regagné le contrôle de sa bouche.
« Désolée. Allez-y, écrivez ce que vous voulez. »
Elle alla s'asseoir sur la chaise qui jouxtait le lit et balança les jambes de haut en bas, en attendant d'entendre une de ses idées pour la premières fois depuis longtemps.
Quand il eut fini, il soupira lourdement et repoussa le bloc-notes.
« Une crampe à la main ? » demanda-t-elle.
Il fit « oui » par un clignement.
Elle se leva et s'empara du bloc-notes, prenant un moment pour déchiffrer ce qu'il avait écrit. Quand elle eut compris, elle rougit jusqu'à la racine des cheveux.
Cela disait : « Pourquoi pleurez-vous toujours la nuit ? »
Elle soupira et posa le bloc-notes contre le bord du lit, près de son autre hanche.
« Je suppose que ce sont mes yeux gonflés le matin qui m'ont trahie ? »
Après un clignement, il tira une page de journal arrachée sans soin de sous son oreiller. C'était une photo d'elle, assise sur le banc de l'Allée des Embrumes. Elle laissait tomber son visage dans ses mains encore et encore.
« Vous avez sûrement eu votre lot d'angoisses adolescentes quand vous étiez prof, soupira-t-elle. Vous n'avez pas besoin d'écouter mon histoire. »
Il soutint son regard et son visage se renfrogna.
Regarder sa bouche la fascinait. Elle s'était étonnée de la variété des idées qu'il pouvait transmettre avec ses yeux, mais il faisait plus que doubler sa capacité à les nuancer avec le plus petit mouvement de ses lèvres.
Il se passa la langue sur les lèvres et forma deux mots : « Dites-moi ».
Sa voix sortait comme le plus léger des murmures, avec juste assez de souffle passant par la bouche, sans cordes vocales pour donner du timbre ou du ton. Il était encore trop faible pour envoyer suffisamment d'air pour créer du volume.
Les yeux d'Hermione se mouillèrent et elle lui fit un sourire éclatant. C'était beaucoup mieux que des lettres grossières sur un parchemin.
« Vous êtes vraiment plein de surprises, dit-elle doucement. Parfait. Avalez votre cadeau et je vous dirai tout. »
Elle l'aida pendant qu'il ouvrait le sac et mettait de la confiture sur son croissant avec une seule main. Il pouvait accomplir un bien plus grand nombre de gestes que depuis qu'elle l'avait vu pour la dernière fois, mais il semblait que bouger son autre bras ou sa tête et son cou ne faisait pas encore partie de ses possibilités.
Il prit une première bouchée et la regarda attentivement.
Elle s'assit sur le lit, au niveau de son genou.
« J'habite au Terrier depuis la bataille finale. Ça a été dur pour tout le monde. La mort de Fred a ébranlé les Weasley. Harry a l'impression que chacune des morts est de sa faute, Molly et Arthur sont comme des fantômes. Ginny est fragile comme du verre et Ron... »
Elle s'interrompit et secoua la tête.
« Je ne sais pas à quel moment Ron a commencé à être pour moi plus que mon ami énervant. Cette dernière année de vagabondage a été terrible pour nous tous. Ce que vous n'avez pas lu dans les journaux, c'est que Ron nous a quittés. Le Horcruxe se nourrissait de nos idées les plus noires et ça l'a touché plus fort que Harry et moi, parce qu'il a encore une famille. Il a dit des choses terribles et nous a abandonnés. Aussitôt qu'il a été libéré de l'emprise du Horcruxe, il a essayé de revenir, mais nous étions partis et ça lui a pris longtemps pour nous retrouver.
« Il est revenu le soir où vous avez apporté l'épée à Harry.
« En tout cas, nos sentiments ont commencé à être complètement embrouillés et compliqués et au milieu du chagrin, de l'euphorie et de la folie qui ont suivi la bataille, nous avons... couché ensemble. »
Elle baissa les yeux vers ses genoux et se mit à lisser furieusement sa robe d'uniforme froissée.
« C'était une très mauvaise idée, à y repenser. Ron n'était pas prêt pour autre chose que juste du sexe et moi... moi, je voulais juste être désirée. J'ai besoin d'être à quelqu'un, vous voyez ? Oh, pas parce que je serais faible ou que ce serait ma place. C'est juste que... »
Elle essuya précipitamment ses larmes et prit une brève respiration.
« Bref, les Weasley m'ont prise chez eux sans question mais dans les semaines qui ont suivi, c'est devenu très compliqué et embarrassé entre Ron et moi, et là, j'ai vraiment besoin de partir.
« Le problème, c'est que je n'ai nulle part où aller. J'ai passé la journée à visiter des appartements dans mes moyens, et tous les sortilèges du monde ne changeront pas le fait que le mieux que je puisse me permettre, c'est un cloaque moisi avec des fenêtres cassées. »
Elle renifla et lui jeta un rapide cou d'œil. La tristesse qu'elle vit dans ses yeux lui fit honte.
« Je sais, je suis égoïste, hein ? Il y a des gens ici avec des vrais problèmes... C'est juste que, continua-t-elle en tortillant un bout du tissu dans ses mains, j'ai passé une année à être responsable de ma vie sans adulte expérimenté pour m'aider. J'ai fait l'erreur de croire que cela avait fait de moi une grande personne. La réalité, ajouta-t-elle avec un rire amer, c'est que la sorcière la plus brillante de sa génération n'est pas très brillante pour ce qui concerne les finances de base. Je ne me rendais pas du tout compte que les appartements coûtaient si cher. Je me sens un peu prise au piège. Je ne sais pas, conclut-elle en haussant les épaules et en regardant au loin, comment il est possible de se sentir à la fois si vieux et si jeune. »
Il étendit le bras vers le bloc-notes et après l'avoir installé sur ses genoux, il gribouilla un message qu'il lui présenta. C'était écrit : « Où est votre famille ? »
La lèvre d'Hermione se mit à trembler de façon incontrôlable et elle pressa ses mains sur sa bouche. Ses épaules étaient secouées de ses sanglots silencieux. Elle inspira bruyamment et finit par lâcher :
« Je m'en suis débarrassée ! »
Elle saisit une poignée de mouchoirs et frotta furieusement son visage, mortifiée par la disparition brutale de sa contenance.
« Il y avait tellement de Moldus attaqués et tués et je m'apprêtais à partir en cavale avec Harry. Je ne pouvais pas rester pour les protéger, alors, je leur ai lancé un Oubliettes ! Ils vivent en Australie, maintenant, et ne se souviennent même pas qu'ils aient jamais eu un enfant. »
Elle craqua de nouveau, luttant pour garder un semblant de contrôle, en vain.
« Après la bataille, ça a été comme recevoir le coup de plein fouet encore une fois. Toutes mes raisons et mes justifications n'étaient plus là – avaient disparu – mais mes parents aussi étaient encore disparus. Je me suis rendue orpheline moi-même. C'est tellement idiot, vraiment. Fred Weasley est mort. Mes parents sont juste en train de… pêcher. J'ai essayé de ne pas me morfondre sur le sujet. Tout le monde a assez de choses en tête comme ça. Ça paraît mineur par rapport à tout ce qu'ils ont traversé, vous voyez ? Mes parents sont en vie, heureux, ils font quelque chose qu'ils ont toujours voulu faire.
« Maintenant, ajouta-t-elle après s'être mouchée, je suis coincée. J'ai ruiné les choses avec Ron, parce que je lui en ai trop demandé et nous sommes enfermés dans la même maison. Harry m'a proposé d'aller place Grimmaurd, mais c'est quasiment devenu une annexe du Terrier. Il y retourne dans quinze jours et George s'installe avec lui. J'ai besoin de trouver autre part où aller. Je crois que je vais accepter la proposition de Lavande et déménager chez elle et ses parents, si c'est encore possible. C'est juste que je n'ai pas envie de voir encore plus de familles dont je ne fais pas partie, vous voyez ? »
Elle tordit les mouchoirs qu'elle tenait.
« Mon compte chez Gringotts a été saisi pour rembourser les dégâts causés à la banque. J'ai retiré mes économies moldues et Molly les a changées pour moi. Il n'y a pas grand-chose, pas assez pour payer plus que trois mois de loyer au mieux. Je n'ai même pas de métier. Je devrai quitter le bénévolat, ou au moins limiter sérieusement le temps que je passe ici, mais j'aime bien être ici. Je me sens utile. »
Elle essuya ses yeux avec colère tandis que les larmes redoublaient.
« Et vous me manquerez », ajouta-t-elle doucement.
Il repoussa la table roulante et tira sur la manche d'Hermione. Elle se tourna vers lui mais il ne croisa pas son regard, se contentant de continuer à tirer sur sa manche. Quand elle comprit ce qu'il faisait, elle se remit à pleurer de plus belle et s'inclina lentement sur le lit à côté de lui, tandis qu'il l'enveloppait de son bras valide.
Pour finir, elle se retrouva le dos pressé contre son flanc, et l'épaule blottie dans le creux de son bras. Elle laissa sa tête reposer sur l'épaule de Rogue et pleura à gros sanglots pendant qu'il la tenait. Il passa sa main sur le coude d'Hermione en faisant des petits cercles pour l'apaiser jusqu'à ce qu'elle se soit vidée de ses larmes.
Quand elle reprit conscience des bruits de l'hôpital, elle se redressa. Saisissant une poignée de mouchoirs propres, elle fit de son mieux pour se nettoyer et se rendre présentable.
« Merci, murmura-t-elle. J'avais vraiment besoin de ça »
Il lui passa le dos de la main sur le côté du bras puis lui tapota le poignet.
Elle se tourna vers lui et il s'éclaircit la gorge. Il commença à parler mais elle pouvait pas lire sur ses lèvres autant de mots et ce n'était pas assez fort pour qu'elle pût l'entendre.
« Attendez, l'interrompit-elle pour jeter un sortilège de silence afin de couper le bruit de fond de l'hôpital puis se pencher et incliner la tête sur le côté. Répétez, maintenant. »
Il soupira, la chaleur de sa respiration soufflant sur le cou d'Hermione. Sa voix ne portait que des fantômes de mots.
« Severus Rogue habite impasse du Tisseur à Manchester. »
Hermione ouvrit les yeux tout grands en comprenant qu'il venait juste de lui révéler l'emplacement secret magique de sa maison. Elle leva brusquement la tête et le regarda.
« Est-ce que vous êtes en train de dire ce que je crois que vous dites ? Parce que ce serait un moment très mal choisi pour mal vous comprendre. »
Il eut un petit sourire et cligna une fois des yeux avec grand soin.
« Je peux m'installer chez vous ? »
Oui, indiqua-t-il à nouveau.
« Vous feriez ça pour moi ? »
Nouveau clignement.
« Pourquoi ? »
Il lui lança un regard incrédule avant d'agiter le bras vers le bidule au-dessus de sa tête et le parchemin près de sa hanche.
« Vous ne devez pas vous sentir d'obligation à mon égard. J'ai fait ces trucs-là parce que je voulais les faire. Vous m'avez aidée autant que je vous ai aidé, vous savez. »
Il leva les yeux au ciel.
« Mais tant que votre proposition tient, j'accepte. Seulement jusqu'à ce que j'aie un travail et que je puisse me débrouiller toute seule. Vous vous rendez compte, ajouta-t-elle en secouant la tête sous l'effet de son ahurissement, que cela signifie que nous sommes vraiment amis, maintenant. Pas moyen d'éviter cette réalité. Je vais même me mettre à vous appeler Severus. »
Il plia le bras et dirigea son pouce vers son épaule, encore humide de larmes et de ce qui ressemblait terriblement à de la morve.
« Oh, oui, je suppose que cela aussi pourrait signifier que nous sommes amis », dit-elle en rougissant et en le nettoyant d'un coup de baguette.
Il leva à nouveau les yeux au ciel et agita les doigts dans le geste qui en était venu à vouloir dire « Allez-vous-en. »
Elle se leva, puis se pencha pour lui embrasser le front.
« Vous êtes merveilleux », dit-elle en riant doucement quand il se renfrogna.
« Maintenant que je sais où vous vivez, y a-t-il quelque chose que vous voudriez que je vous rapporte de chez vous ? »
Oui.
Elle se pencha pour mettre son oreille devant les lèvres de Rogue.
« Des vêtements, bordel. »
– Oh, bon sang ! s'exclama-t-elle en faisant un bond et en rougissant derechef. Je suis tellement désolée ! Je suis si habituée à vous voir dans rien d'autre qu'un drap que c'est devenu normal pour moi. Je n'ai même jamais pensé à vous trouver une chemise de nuit d'hôpital ! J'irai vous chercher un truc ce soir, après le travail. En fait, vous devriez passer le reste de la journée à m'écrire une liste de tout ce à quoi vous pensez. Et peut-être aussi quelques règles pour chez vous. Vous savez, « Ne descendez pas au sous-sol le soir », ou « Ne faites pas attention au bruit de grattement dans le placard impossible à ouvrir » ou tout autre chose que vous pensez que je devrais savoir. »
Il eut un sourire amusé et cligna une fois des yeux avant de les fermer et d'agiter à nouveau la main. Elle embrassa à nouveau son front et partit rendre visite à ses autres malades avec un cœur qui lui semblait bien peser au moins une tonne de moins.
Hermione atterrit près de buissons dans ce qui semblait être un quartier plutôt dégradé de Manchester. Elle pouvait voir les cheminées croulantes d'une usine dominant la rangée de vieilles maisons typiques de la première moitié du XIXe qui bordaient la rue. Quand elle s'approcha, les maisons semblèrent ondoyer puis révélèrent une autre porte avec des fenêtres au bout de l'impasse. Un rapide regard circulaire et elle se précipita sur cette porte. Elle chercha dans sa poche et sortit une baguette, plus longue et plus épaisse que la sienne. C'était de l'ébène, avec une poignée à la gravure élaborée.
Elle se sentait encore un peu ahurie que Rogue lui eût si tranquillement offert sa baguette pour qu'elle pût passer ses sortilèges de protection et en réinstaller d'autres.
Elle tint la baguette contre la porte et attendit le déclic avant de poser la main sur le bouton et de le faire tourner. Elle se glissa rapidement à l'intérieur et referma silencieusement la porte derrière elle, utilisant sa propre baguette pour jeter un Lumos. La tenant en l'air, elle regarda autour d'elle.
Pour une raison indéterminée, elle s'était attendue à ce que l'endroit fût aussi sinistre et déprimant que Grimmaurd l'avait été la première fois qu'elle y était entrée. L'impasse du Tisseur était loin d'être aussi inhospitalière : la maison avait juste l'air négligée et donnait plus qu'une impression de solitude.
Le salon était un monument à la bibliomanie. Il y avait des livres partout : sur les étagères qui montaient du sol au plafond et empilés en tas par terre. Les coussins du vieux canapé supportaient des piles de journaux et les petites tables de chaque côté semblaient vouloir se plaindre du poids qu'elles portaient. Il n'y avait qu'un seul siège utilisable dans toute la pièce, et il fit sourire Hermione.
Il était vieux et usé, il portait les griffures et les marques caractéristiques d'un chat depuis longtemps disparu. C'était le type de fauteuil que le grand-père d'Hermione aimait. Le genre qui était si confortable et si aimé qu'on ne se rendait pas compte du point auquel il était devenu pitoyablement laid.
D'un mouvement de baguette, elle alluma le lustre à bougies qui pendait au plafond et la pièce s'éclaira d'une douce lueur dorée. Elle la traversa sur la pointe des pieds et s'assit dans le fauteuil. Manifestement, une autre silhouette que la sienne s'était imprimée sur le cuir.
Comme si le fait de s'asseoir dans le fauteuil avait enclenché un interrupteur, elle se mit à avoir froid. Elle regarda autour d'elle et sortit le parchemin qu'il lui avait donné. La règle numéro un était : « Attention aux livres. Ceci n'est pas un avertissement en l'air. » Maintenant qu'elle était là, elle comprenait. Nombre d'entre eux concernaient la magie noire. Elle pouvait les sentir, glacés et malveillants, mais inconscients. L'impression qu'elle avait était qu'en s'asseyant, elle les avait fait réagir, mais qu'elle n'était pas la personne qu'ils attendaient. Elle n'était pas digne de leur attention et elle préférait nettement qu'il en fût ainsi. Elle frissonna au souvenir de certains tomes conservés enchaînés à Poudlard et ne put que s'interroger sur ceux avec lesquels elle était assise ici.
Elle se leva et se dirigea vers la cuisine. L'ameublement était un méli-mélo d'époques différentes. Les placards étaient d'un vieux style métallique populaire dans les années cinquante et le plan de travail était en formica, brûlé, avec un motif qui n'était plus reconnaissable. Le garde-manger datait de la construction de la maison et il était recouvert de tant de couches de peinture émaillée qu'on aurait dit de la cire brillante. Le sol était en linoléum, plus récent que les placards mais plus ancien qu'Hermione elle-même, c'était certain. Il se déroulait vers la porte du fond, où pendaient des rideaux défraîchis.
La règle numéro deux était : « N'utilisez pas la cuisinière. » Un regard pour voir combien elle penchait dangereusement et elle comprit pourquoi. Elle était sûre de mettre le feu à la maison si elle l'allumait. Il y avait une plaque chauffante et une bouilloire électrique à côté de l'évier en émail ébréché.
Elle retourna dans le salon et trouva la porte dérobée qui dissimulait l'escalier. Les marches craquèrent avec un bruit sinistre quand elle monta. À l'étage, elle ne trouva que deux pièces : une salle de bains complète avec sa baignoire aux pieds en forme de griffes et un adaptateur pour douche, un siège de toilette fort ancien et un lavabo. La règle numéro trois était : « Faites couler l'eau avant de vous en servir. » Il avait souligné deux fois « avant ». Elle se pencha, tourna le robinet et il y eut un gargouillis puis un jet brutal plein de rouille avant que l'eau ne devînt claire. Elle referma le robinet, secouant la tête.
Elle jeta un coup d'œil dans la petite armoire à glace et trouva une brosse à dents, du dentifrice, plusieurs fioles de potions, toutes passées de date, et flacon d'eau de Cologne. Elle l'ouvrit, prit une respiration... et soudain, son professeur fut là, parcourant les allées entre les tables de la salle de classe. Elle ne s'était même pas rendu compte qu'il portait de l'eau de Cologne mais son subconscient aurait reconnu cette odeur n'importe où. Elle sourit, rangea le flacon et referma la porte.
Elle se rendit dans l'autre pièce et s'arrêta. Il y avait quelque chose de délicieusement pervers à se promener dans la maison de Rogue, mais il y avait quelque chose d'intimidant à pénétrer dans sa chambre.
Le professeur Rogue était devenu spécial de façon presque ambiguë pour Hermione dans les derniers mois mais il y avait encore un mur à franchir. Un mur fait de gros blocs d'âge et d'expérience, avec pour mortier le fait qu'elle avait été son élève. Néanmoins, ce mortier était en train de partir en miettes.
C'est ce qui arrive quand on laisse couler son nez sur l'épaule de quelqu'un.
Tandis qu'elle se tenait dans l'embrasure de la porte qui ouvrait sur son espace le plus intime, elle eut le sentiment d'être à un moment crucial. Il l'avait invitée dans sa vie d'une manière qu'elle n'aurait jamais pu prévoir. Il lui avait offert sa maison comme refuge. Maintenant qu'elle l'avait vue, elle comprenait qu'il lui avait offert son propre lit. Il n'y en avait pas d'autre et le canapé en bas était beaucoup trop petit pour qu'il eût pu vouloir qu'elle l'utilisât. Elle regardait fixement le lit : de grande largeur, muni d'un baldaquin, prenant presque tout l'espace de la pièce.
Elle savait qu'il se montrait généreux à cause de ce qu'elle avait fait pour lui. Mais rien dans l'histoire de Rogue ou même dans les souvenirs que Harry lui avait montrés ne l'aurait amenée à croire qu'il était homme à faire de tels gestes comme si de rien n'était.
Elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il avait eu une autre intention que celle qu'elle avait perçue.
Offrir son lit à Hermione revenait-il à l'inviter à le partager avec lui ?
Elle repensa à toutes leurs interactions des semaines précédentes et secoua la tête. Ils avaient sans aucun doute développé une certaine intimité mais elle ne croyait pas qu'ils eussent franchi la moindre ligne. Rogue rougissait trop facilement pour pouvoir cacher des arrière-pensées et il s'indignait de façon trop véhémente quand elle devait le manipuler pour faire ce qu'elle avait à faire.
Elle fit un pas dans la chambre et ce fut comme transpercer un voile. Elle marcha jusqu'au lit sur lequel elle s'assit, souriant et se laissant tomber en arrière quand elle découvrit un des plaisirs secrets de Rogue. Si négligé que fût le reste de la maison, le professeur avait un goût proprement décadent en matière de matelas. Dormir risquait de devenir le nouveau passe-temps préféré d'Hermione.
Elle se redressa, regarda la table de chevet et le sourire s'effaça de son visage. Là, posée sur la couverture d'un énième livre, se trouvait la photo déchirée de la mère de Harry. Elle avait l'impression que l'image l'interpellait, lui demandait de comprendre quelque chose d'une importance vitale. Elle jeta un autre regard circulaire sur la chambre et une lumière insistante commença à se faire dans son esprit.
Il ne lui avait pas offert son lit. Il ne l'avait certainement pas invitée à le partager avec lui.
Il le lui avait donné.
Elle réfléchit à nouveau et rejoua mentalement certaines conversations, réexamina les différents regards des yeux de Rogue et tout ceci lui glaça le sang.
Rogue lui avait offert sa maison presque comme si ce n'était rien. Il lui avait indiqué du doigt le tiroir de sa table de chevet où on avait rangé sa baguette comme si la lui prêter n'avait pas d'importance. Sa tentative de réapprendre à écrire, le jour même où il avait été capable de contrôler suffisamment sa bouche pour pouvoir vraiment parler, était bizarre. L'indice le plus accablant était la façon dont il gardait constamment le bras gauche sous le drap. Elle avait supposé qu'il n'avait regagné que le contrôle du droit mais maintenant qu'elle cherchait des comportements suspects, elle voyait le problème : il avait toujours regagné d'abord le contrôle du côté droit mais le gauche avait toujours suivi juste derrière.
Son cœur bondit dans sa poitrine.
Le basilique, pensa-t-elle. La dernière fois qu'elle avait franchi aussi allègrement les barrières de la logique, c'était lorsqu'elle avait compris que le monstre de la Chambre des Secrets était un basilique. Elle avait perdu du temps à chercher des preuves et avait fini par en être victime.
Elle savait dans ses tripes qu'elle avait tout autant raison cette fois-ci et qu'elle était déjà en train de perdre du temps.
Son cœur se mit à battre la chamade. Elle fit coulisser la fermeture de son sac à perles et le jeta sur le lit. Elle courut jusqu'à la commode et commença à piller dedans. Des chaussettes, des slips, des bas de pyjama, des pantalons et une ceinture furent envoyés dans le sac. Elle ouvrit d'un geste brutal son armoire et en sortit ses robes, quelques chemises ainsi que, lorsqu'elle les aperçut pliés dans un coin, deux jeans délavés. Elle saisit une paire de bottines, sachant qu'elle en faisait trop mais incapable de contrôler sa folie soudaine. Sur un coup de tête, elle passa la main sous son oreiller et fut récompensée par une chemise de nuit.
Elle fourra le tout dans le sac puis courut prendre la brosse à dents, le dentifrice, du fil dentaire et même sa fichue bouteille d'eau de Cologne.
Elle ferma le sac, dévala l'escalier jusqu'au salon et réactiva les protections d'un mouvement furieux de sa baguette à elle. Attrapant une poignée de Poudre de Cheminette dans le bol qui se trouvait sur le manteau de la cheminée, elle cria : « Sainte-Mangouste ! »
Elle fut emportée dans un éclair de lumière verte, consciente qu'il lui faudrait rapidement trouver une explication pour avoir utilisé le réseau d'urgence.
Elle pénétra en un coup de vent plein de colère dans la chambre de Rogue.
Celui-ci ouvrit tout soudain les yeux et la regarda avec inquiétude.
Elle marcha d'un pas ferme vers son lit, chercha du regard la cachette la plus probable et se rendit compte qu'il ne pouvait y en avoir qu'une. Elle lâcha son sac sur la table et fourra la main sous l'oreiller.
Elle le trouva au deuxième essai. Elle saisit le morceau de parchemin qui était sous lui, ignorant son regard furieux et sa tentative maladroite pour l'arrêter.
Elle recula d'un pas de danseuse et lut : « Je, soussigné Severus Rogue, sain d'esprit, déclare par la présente... » Il n'était pas allé plus loin. Elle rejeta le parchemin sur le lit, à côté de Rogue, qui la fusillait du regard. Elle lui rendit son regard.
« Pourquoi ? », demanda-t-elle.
Il fit glisser ses yeux loin d'elle et les tourna vers le plafond. Son visage se couvrait se rougeurs pendant qu'elle l'observait. Il était furieux et impuissant. Une terrible combinaison.
Eh bien, c'était la même chose pour elle. Elle fit le tour du lit d'un pas décidé et saisit son bras gauche. Comme elle l'avait soupçonné, il parvint à le lui soustraire avec une vitesse surprenante. Elle prit la couverture et la tira, révélant une bonne partie de son torse pâle et de son bras.
Il siffla de colère et elle le regarda avec horreur.
« Oh, putain, Rogue. Quand est-ce que ça a commencé ? »
Les yeux d'Hermione se remplirent de larmes à la vue de l'avant-bras de son professeur. La Marque des Ténèbres avait perdu sa netteté mais s'était répandue. L'intérieur du bras de Rogue était devenu noir du coude jusqu'au milieu de la paume. Ça pulsait et ça se tortillait comme quelque chose de vivant sous la peau.
Si elle n'avait pas arrangé les choses pour qu'il fût lavé par les elfes de maison, quelqu'un aurait remarqué le phénomène pus tôt.
Elle chercha une réponse dans son regard mais il ne lui en donna pas. Il se contentait de la fixer avec colère, honte et... une profonde tristesse.
« Vous saviez. »
Il cligna des yeux une fois.
« Vous avez toujours su. Dès que je vous ai dit que Voldemort était mort... »
Oui.
« C'est pour ça que les Malefoy ont été admis », dit-elle plus pour elle-même que pour lui.
Il grimaça et utilisa tous les muscles de son visage pour ce faire. Comment pouvait-il être à la fois sur le chemin de la convalescence et sur celui de la mort ?
« Lucius et Drago sont là depuis un moment déjà, répondit-elle en ajustant le drap pour couvrir sa poitrine pâle. C'est le venin, n'est-ce pas ? Le venin qui essayait de vous tuer tenait d'une certaine façon la Marque des Ténèbres dans son coin, c'est ça ? »
Oui.
« Et quand nous diminuons la quantité de venin dans votre corps, nous libérons ce.. ce truc, quel qu'il soit ? »
Oui.
« Professeur, y a-t-il un moyen d'arrêter ça ? »
Le regard qu'il lui lança contenait tant de douleur et de tristesse qu'elle se rapprocha et saisit sa main partiellement noircie. Il s'agrippa à elle avec force avant de fermer les yeux et de souffler : « Non. »
Elle se mit à pleurer et quand elle vit une larme finalement s'échapper des cils de Rogue, elle grimpa sur le lit – en faisant attention de ne pas déplacer le drain de son cou – et se blottit contre lui. Maladroitement, il l'attira à lui et ensemble, ils pleurèrent sur la cruauté que le monde pouvait imposer.
Cette nuit-là, le guérisseur Thriven entra précipitamment dans l'hôpital et se dirigea directement vers les chambres d'isolation au sixième étage. Là, il trouva Madame Ashtonley et la guérisseuse Parks en train de regarder Narcissa Malefoy, qui était par terre, morte. Ses cheveux bond platine étaient déployés autour d'un visage qui paraissait étrangement moins froid qu'il ne l'avait été de son vivant.
Un pentagramme avait été tracé dans du sang, sur le sol, sous son corps.
« Comment est-elle arrivé là ? demanda-t-il.
– Personne ne sait, répondit l'infirmière.
– Avez-vous vérifié l'état de son fils ?
– Il dort tranquillement, contrairement au père. »
Lucius Malefoy s'agitait dans son lit. Son corps amaigri avait noirci comme s'il avait été brûlé jusqu'à carboniser. Ses membres s'étaient repliés sur eux-mêmes, dans une parodie grotesque de la position d'un nouveau-né. Il semblait être sous l'emprise d'une attaque quelconque, mais après avoir réalisé plusieurs tests, Thriven en vint à la même conclusion que les deux autres : malgré son coma, Malefoy savait d'une façon ou d'une autre que sa femme était morte. Il était en deuil.
Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui !
Vous n'aviez pas cru que tout serait si simple, quand même ?
Juste deux remarques de la traductrice :
- Il ne me semble pas qu'Hermione utilise un Oubliettes sur ses parents ni que le sortilège qu'elle leur lance soit irréversible. Néanmoins, rien dans le livre ne permet d'affirmer avec certitude qu'elle pourra annuler les effets du maléfice quand elle le voudra. Pour les besoins de l'histoire, je vous prie donc d'accepter de bon cœur le choix fait par Aurette.
- J'ai traduit "secret magique" le Secret-Kept d'Aurette, qui renvoie à l'idée qu'un sortilège de Fidelitas a été utilisé. Dans mon esprit, ma traduction calque l'expression "secret défense", j'espère que c'est assez clair (sinon, plaignez-vous et j'essaierai de trouver une meilleure formulation).
Pour exprimer vos craintes, vos espoirs, votre indignation face à la cruauté de l'auteur que le traducteur relaie avec une certaine dose de plaisir pervers, le meilleur moyen, c'est de laisser un commentaire...
