Auteur : Peroxidepest17

Personnages/couples : Léger Dean/Cas, Sam (apparitions de Bobby, Crowley, Balthazar et Raphael)

Rating : PG-13

Spoilers : Jusqu'à la saison 6 épisode 20 réalité alternative après ça.

Disclaimer : Aucun mal et aucune atteinte à la loi voulue.

Titre traduit : La Loi de Conservation de l'Énergie

Traductrice : Marple-Juice.

Bêta-lectrices : Mama-Marple et Misaki-chan-842

Vous pouvez retrouver le lien vers la fanfiction originale dans mon Livejournal (lien dans mon profil)

Les reviews anonymes sont acceptées et tous les messages que vous laisserez seront traduits et envoyés à l'auteur original de cette fanfiction.


Notes du chapitre 3 :

- Les whiskys ont des goûts différents selon leur provenance, car selon les pays, ils sont distillés plus ou moins de fois. Par exemple, le Whiskey irlandais est distillé trois fois, l'écossais deux fois. Les ajouts et mélanges font que les saveurs peuvent être totalement différentes d'un fabricant à l'autre d'une région.

- Les Happy Hours sont les heures creuses des bars pendant lesquels ils font généralement un tarif préférentiel pour attirer la clientèle. L'expression anglaise 'it's 5 o'clock somewhere' (il est 5 heures quelque part, littéralement) fait directement référence aux happy-hours et utilise judicieusement l'existence des fuseaux horaires pour justifier un petit verre en dehors des heures 'normales' de beuverie.


TROIS

Dean était visiblement insatisfait lorsqu'ils apparurent une fois de plus dans le salon de Bobby, hargneux et les épaules rentrées parce que, hé, ça avait quand même été une énorme perte de temps et d'argent. À côté de lui, Castiel avait l'air aussi perplexe que d'habitude.

« Pas bon, hum ? » Murmura Bobby, après avoir jeté un coup d'œil à l'expression troublée de Dean.

« Pas bon lorsque tout ce qu'on pourrait faire, ce serait de faire encore exploser Castiel, » grogna Dean, qui ne se sentait de toute manière pas d'humeur à développer davantage.

« D'après Mort, c'est juste une possibilité, » lui rappela Castiel, alors que Sam regardait l'un et l'autre confusément. « Si nous prenons les précautions nécessaires qu'il a évoquées, ça pourrait ne pas arriver. »

« Mais ça pourrait aussi arriver, » répliqua clairement Dean.

« Mais de quoi tu parles, Dean ? » Demanda finalement Sam, le regardant prudemment (en jaugeant quelque peu la parfaite honnêteté de Dean) alors que ce dernier entrait dans la cuisine pour dénicher une nouvelle bouteille de whisky. Il était dix heures du matin. Mais il était cinq heures de l'après-midi autre part, et on était donc en pleine happy-hour.

Lorsqu'il émergea de la cuisine, tous avaient encore le regard rivé sur lui, comme s'ils attendaient quelque chose. Il soupira. « Mort a dit que pour que Cas ne se transforme pas en un champignon atomique, il doit arracher sa grâce. Ce qui lui donne précisément une ligne de défense totalement nulle contre Raphael et Crowley lorsqu'ils vont venir le descendre pendant qu'on cherchera les morceaux de Gabriel qui sont éparpillés Dieu sait où. Oh, et ces morceaux peuvent le faire exploser, aussi. » Dean passa sa main sur son visage alors qu'il disait cela, la bouteille de whisky fermement maintenue entre ses doigts alors qu'il se laissait tomber dans le canapé à côté de son frère. Il prit une longue gorgée avant de continuer. « Peu importe. Je n'aime pas cette idée non plus. Je veux dire, et si le fantôme de Gabriel s'emparait de lui ou je ne sais quoi ? Ça craindrait un max. »

« Gabriel n'est plus en vie, Dean, » répondit Castiel, le regardant de biais comme s'il essayait de trouver d'où la soudaine inquiétude de Dean pouvait bien provenir. « Sa grâce n'est rien d'autre que de l'énergie. Il est très probable qu'il n'ait pas le pouvoir d'influencer quoi que ce soit dans son état. Si c'était le cas, j'imagine qu'il chercherait à se ressusciter. »

Dean s'installa sur son siège et essaya de ne pas se sentir blessé à chaque fois que Cas le regardait comme s'il ne s'attendait pas à ce que Dean en ait quelque chose à cirer de sa survie du moment qu'ils puissent gagner. « Ouais, mais le pari n'en vaut pas le coup. Cas humain, Cas explosé, Cas Gabe ou quoi que ce soit d'autre, » dit-il en évitant ostensiblement les regards très parlants que lui lançaient Bobby et Sam tandis qu'il parlait. Au lieu de ça, il fixa l'ange, qui avait toujours l'air de penser à bien des choses dans sa petite tête à propos de leur problème actuel et qui n'avait heureusement rien à voir avec la raison pour laquelle certaines personnes aimeraient qu'il reste intact, sans considération pour ce qu'il pourrait arriver d'autre. « On trouvera un autre moyen. Il doit y avoir plus d'une option, non ? »

Sam y réfléchit. « Eh bien, enfin, Cas n'est pas le seul ange qui déteste ce que fait Raphael. On ne pourrait pas recruter Balthazar ou cette fille, Rachel, pour assurer nos arrières pendant que Cas est sans grâce ? »

Dean se renfrogna. « Des options qui n'impliquent pas d'arracher notre ange, » réitéra-t-il violemment, parce que c'était une partie importante de l'équation. Les sourcils de Bobby se haussèrent alors qu'il articula silencieusement « notre ? » à Sam. Dean le remarqua vu qu'ils n'étaient pas spécialement subtils, mais les ignora franchement et se tourna vers Cas, qui avait quelque peu dérivé vers le canapé, bien qu'il eût laissé une certaine distance, un peu comme un chiot sur lequel on avait crié plus tôt et qui ne savait pas si on lui avait pardonné. La pensée l'amusa et l'horrifia en même temps parce que c'était foutrement mignon, donc Dean reprit contenance en avalant une très longue gorgée de la bouteille.

« Rachel est morte, » finit par dire Cas, ses yeux irrésistiblement collés à ses chaussures, l'air de ne pas avoir envie de développer sur ce qu'il était arrivé à son amie depuis la dernière fois où elle avait fait irruption pour jouer aux remplaçants à la place de son chef. Dean sentit un sentiment d'angoisse surgir en lui, ce qui lui valut une autre gorgée du whisky de Bobby, suffisamment rapide et forte pour que le plus âgé des chasseurs lui lance un regard et lui dise d'y aller mollo sur les vivres avant midi.

Dean s'éclaircit la gorge. « Bon, on a encore Balthazar le lèche-bottes dans la partie, non ? Il n'a pas quelque chose de planqué dans l'arsenal divin qui pourrait nous dépanner ? »

L'ange lui lança une expression dubitative, et c'est vrai, Dean savait que c'était sans doute le premier endroit où Cas était allé chercher de l'aide tout compte fait, mais au point où ils en étaient, Dean n'était pas loin de vérifier leurs listes une seconde fois. « Je crois que, vu les circonstances, s'il avait eu quelque chose comme ça en sa possession, il l'aurait déjà donné pour servir notre cause, » débita Castiel après un instant, et il était bon de savoir que même lorsqu'il se balançait comme un chiot maltraité, il réussissait à sortir un bon vieux sarcasme humain lorsqu'il le voulait. Dean fronça les sourcils. Castiel lui fronça les sourcils en retour.

« On va continuer à regarder. Pendant ce temps, vous allez faire quelque chose et vous calmer, » aboya Bobby après une minute, et jeta un livre vers Dean avant que ce concours de regard ne devienne trop intense. Dean réussit à attraper le livre instinctivement, mais parvint tout de même à garder les yeux sur l'ange boudeur tout ce temps.

Cas soupira bruyamment et commença par regarder ailleurs, ce qui donna à Dean un petit frisson de triomphe, bien que ce fût mesquin. « Je vais convoquer Balthazar et lui demander ce qu'on peut faire, » dit l'ange à Dean après deux grandes inspirations et une lecture intense du plancher de Bobby.

Dean grogna de satisfaction alors qu'il ouvrait le livre de Bobby et s'installait plus confortablement sur le canapé. « Très bien. » Pause. Puis, prudemment, « On trouvera quelque chose, Cas. On trouve toujours. »

Cas hocha la tête une fois, froidement. « On trouvera. »

Et il disparut dans des bruissements de battements d'ailes pendant que Sam regardait Dean comme s'il voulait lui demander si c'était vraiment une bonne idée de laisser tomber sa bonne idée.

« La ferme, Sam, » dit Dean, sans avoir à arracher ses yeux du texte.

La bouche de Sam se ferma dans un clac sonore.

Bobby grogna et soupira en les traitant d'idiots dans sa barbe.


Castiel atterrit lourdement dans le cimetière de voitures quelques instants plus tard, près de la carcasse d'une Escalade qui prenait la rouille en bloc et des restes mécaniques d'une Focus qui avait été protégés du soleil, du vent et de la pluie dans ce cimetière de métal fait par l'homme. Les squelettes et les histoires des véhicules brisés étincelaient faiblement dans la lumière du soleil couchant qu'il apercevait, reflétant des moments lumineux et des kilomètres de récits de vies alors qu'il les sollicitait. Une Sedan écrasée à sa gauche avait tué deux jeunes qui avaient trop bu alors qu'ils se rendaient à un bal de promotion, les écrasant contre un arbre qu'ils sont allés percuter durant cette unique nuit de jeunesse insouciante. Une vieille Volvo cabossée qui fut la première voiture de trois générations d'humains de la même famille se tenait à sa droite, bichonnée avec amour et transmise de descendant en descendant jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus rouler, ou dont le prix des réparations n'en valait plus le coup. Devant lui, il avait un véhicule fabriqué au Japon, créé par des bras brillants et robotisés fabriqués pour usurper la force de travail humaine, vendu pour son design compact et sa praticité intéressante il y a une dizaine d'années, et qui se retrouvait à présent en train de moisir sous le soleil et le vent du Dakota du Sud après avoir été volé bien des fois et mis en pièces détachées. Toutes ces histoires se dévoilaient à lui rien qu'en posant les yeux sur les coquilles vides des voitures, et en elles, il y voyait un peu de son histoire, un véhicule utilisé pour aller d'un endroit à un autre par deux humains qu'il adorait, accidenté encore et encore, balafré et délabré, tourneboulé et écrasé et retourné tout le long du voyage alors qu'il se battait pour les emmener là où ils le voulaient. Ils l'abandonneront bien assez tôt, pensait-il, comme ces véhicules l'avaient été avant lui. Mais il était déterminé à ne pas la transformer en une histoire où il tomberait dans le bas-côté, deviendrait inutile au service des humains à la charge de qui il demeurait.

Castiel s'était résigné il y avait bien longtemps à une très possible mort lors de la guerre civile du Ciel. Il avait accepté cela comme étant une perte nécessaire si cela signifiait que la Terre pour laquelle Dean se battait avec tant de force pour la protéger pouvait continuer d'être. Si cela signifiait que Dean et Sam pouvaient continuer d'être.

Cette chance qu'ils avaient à présent, cette mission pour retrouver les fragments de l'âme brisée de Gabriel, demandait l'approche la plus tactique qu'il ait jamais connue dans cette guerre, bien plus que pour le Purgatoire. Lui, aussi bien que ses connaissances, ignorait ce qu'il y avait vraiment derrière la porte du Purgatoire. Des âmes, bien sûr, mais il y avait sûrement bien plus que ça, peut-être trop. Reconstituer la grâce d'un archange et l'utiliser pour vaincre Raphael protégerait la Terre de tous ceux de l'espèce d'Eve une fois de plus, garderait la porte du Purgatoire fermée sur ses habitants furieux et éviterait l'éventualité qu'ils décident de se battre contre les démons et les anges qui voudraient les utiliser à leurs propres fins. Si Castiel devait mourir en chemin, en quoi cela aurait-il de l'importance ? Il était mort tant de fois que ce n'était plus une nouveauté ou une pensée redoutable.

Du verre brisé crissa sous ses chaussures alors qu'il levait les yeux vers le coucher du soleil avec une étrange impression de sérénité. Il s'appuya contre le capot d'une Charger hors d'usage qui pouvait encore être sauvée, si Dean ou Bobby s'en rappelaient à temps.

« Balthazar, » dit-il ensuite, c'était tout juste un murmure au dessus d'une petite brise en ce début d'été qui flottait dans l'air. Il n'avait pas à parler fort pour savoir que sa voix portait à des milliers de kilomètres, sa grâce guidant les mots d'un pôle à l'autre du globe et bien au-delà.

Le calme déplacement d'air derrière lui signifia qu'il avait été entendu. Son ami était arrivé.

« J'imagine que je devrais être déçu de ne pas avoir pensé que tu te trouverais ici depuis que tu as disparu il y a quelques jours de cela, » dit Balthazar pour le saluer, ses ailes rangées derrière lui alors qu'il s'approchait aux côtés de Castiel. Castiel observa son frère pendant un instant, permettant à un chaleureux sentiment d'affection de prendre le dessus en cet instant, parce que c'était une chose dont il avait besoin et qu'il ne s'était pas permis de ressentir depuis le début de cette guerre, et plus précisément depuis qu'il avait vu Rachel mourir au sol, à ses pieds, il y avait une éternité.

« J'ai besoin de ton aide, Balthazar, » entonna Castiel lorsque cet instant amical fut passé, alors que Balthazar s'installait sur le capot de la voiture près de lui.

La réponse de Balthazar fut de se moquer gentiment, de s'appuyer contre le capot de la Charger et de fixer le soleil tout simplement parce qu'il le pouvait. « On a chanté cette chanson et on l'a déjà dansée, Cassy. Sauf si, bien sûr, tu penses que ces derniers mois pendant lesquels j'ai travaillé avec toi, je n'ai pas été très utile. »

« Je te suis très reconnaissant pour l'aide que tu m'as apportée ces derniers mois, » lui dit Castiel en toute franchise, tout en regardant son frère incliné du coin de l'œil, « Cependant, ma nouvelle requête risque de te demander bien plus d'attention que toutes les précédentes. » Pause. « Réunies. »

Balthazar siffla. « Tu sais que je ne suis pas très doué en matière d'attention, » plaisanta-t-il, bien qu'il fût maintenant installé tout en haut du capot de la Charger, un sourire calme sur son visage ne cachant que très peu les lignes soucieuses autour des yeux de son vaisseau. Il était parfois étrange de voir à quel point les peaux humaines rendaient les anges expressifs.

Alors que Castiel observait Balthazar, il sentait Balthazar l'observer tout aussi intensément, attendant le largage d'une autre bombe, qu'on lui donne un autre ordre. Ce ne serait pas aussi simple que de sauver le Titanic, cette fois.

« Balthazar, j'ai besoin que tu prennes en charge mon commandement, » finit par souffler Castiel, et Balthazar rechigna à ces mots, reculant physiquement à la pensée de devoir porter sur ses épaules l'énorme fardeau que lui donnait Castiel. Ses sourcils se froncèrent, ce qui donna l'impression que son vaisseau avait l'air bien plus âgé qu'il ne l'était.

« Qu'est-ce que ces deux hommes-singes rigides t'ont convaincu de faire cette fois, Cassy ? » Demanda-t-il vivement, regardant son frère comme s'il l'exaspérait et le prenait en pitié. « Tu sais que tu n'es pas vraiment leur toutou, même si tu t'autorises à l'être, n'est-ce pas ? »

« J'ai pris moi-même cette décision, Balthazar, » lui assura Castiel, son ton assombri par cette vieille colère vertueuse, cette même sensation surnommée personne ne me comprend sauf moi qui l'avait conduit ici en tout premier lieu. Il la réprima lorsqu'il la sentit s'agiter en lui, menaçant de prendre le dessus sur sa raison. C'était ce sentiment et rien d'autre qui l'avait changé en un meurtrier de sa propre espèce. Il ne pouvait se laisser aller à sa merci une fois de plus. Il prit une grande inspiration déterminée. « J'en suis venu à la conclusion qu'il s'agissait du meilleur plan d'action, mon frère. »

« Et tu connais toujours le meilleur plan, non ? » Soupira Balthazar alors que ses épaules s'affaissaient en signe de défaite, ce qui était davantage dû à son affection pour Castiel qu'à son accord avec ses idées d'étourdi. « Bien sûr que je ferai ce que tu veux pour t'aider, Cassy, mais tu sais que je n'ai jamais eu la patience ou le même esprit tactique que toi. Je vais faire un travail déplorable en tant que chef. »

Castiel sentit ses lèvres se retrousser légèrement, sa propre affection pour son frère apaisant l'indignation qu'il avait eue plus tôt lorsqu'il l'avait désigné comme étant le toutou de Dean. « Merci. »

Balthazar hocha la tête. « Alors, c'est ça ? Je vais reprendre l'effort de guerre ? Contrôler les armées ? Me peindre dessus une énorme cible pour que Raphael se concentre dessus ? Qu'est-ce que tu feras pendant ce temps-là, très cher ? »

Castiel leva les yeux vers la lumière déclinante du soleil, les derniers rayons déteignant au bout dans un vaste ciel orangé alors que la fin d'après-midi rampait vers le début de soirée. Il prit une profonde inspiration et plaça la paume de sa main contre sa propre poitrine. « Je ferai tout ce que je peux, » rassura-t-il Balthazar, et sentit les bouts de ses doigts s'enfoncer dans la peau de son vaisseau.

Balthazar l'observait. « Cassy, qu'est-ce que tu es en train de faire ? » Demanda-t-il, glissant du capot de la Charger pour s'avancer vers son frère, les bras tendus, mais stoppé entre l'action et l'inaction à cause de son incertitude sur la façon d'aider Castiel ou de l'arrêter.

« Arrête ça, très cher, et réfléchis, » prononça Balthazar. « Même si Winchester veut que tu le fasses, ça n'en vaut pas la peine les dernières fois où tu t'es incliné devant les caprices de ce singe chauve, tu as explosé, Cassy. Deux fois. Dis-moi que tu n'as pas besoin de moi pour t'en souvenir. »

« Ça n'a rien à voir avec ce qu'ils veulent que je fasse, je te le promets, » lui dit Castiel, de façon un peu ironique. Vu la situation actuelle, Dean serait plutôt enclin à prendre cela comme une autre trahison envers sa confiance, comme un autre signe que Castiel œuvrait dans son dos. Heureusement, Castiel s'était endurci face à ça, en avait supporté sa colère une fois et continuerait à le faire si cela permettait à Dean de rester en vie pour être en colère contre lui.

Il inspira profondément, sentit le bout de ses doigts s'enfoncer dans sa chair et creuser vers les os. « C'est le seul moyen Balthazar. » Il s'interrompit pour sourire afin de rassurer son frère malgré la douleur. « Ne t'inquiète pas pour moi. Pendant le temps que j'ai passé avec les Winchesters, la chose que j'ai assurément apprise est que je dois toujours tomber pour me relever. »

Balthazar semblait toujours méfiant, mais la déclaration le fit grogner quelque peu, alors que le ton irrévocable de Castiel le fit reculer. Cela faisait très longtemps qu'ils se connaissaient, bien avant que la Terre ne soit. Castiel comprenait que ces actions voulaient dire que Balthazar savait qu'il ne pouvait arrêter cela, mais juste améliorer les choses s'il choisissait d'aider.

Et c'était ce qu'il faisait. Toujours.

Finalement, Balthazar soupira de résignation et recula d'un autre pas. « Tomber avant de se relever, hum ? Eh bien, j'imagine que c'est comme ça qu'on s'en sort, » murmura-t-il, sa voix s'adoucissant.

Castiel ignorait pourquoi, mais ces mots semblèrent appropriés lorsqu'il les entendit. « Oui, » répéta-t-il, et sentit la chair et les os du corps de Jimmy céder sous la pression déchirante de sa main jusqu'à ce qu'elle se transforme en quelque chose de plus profond, de plus douloureux. « C'est comme ça que je m'en sors. »

Il essaya de ne pas crier alors qu'il arrachait sa grâce.


« Je pense tout de même que c'est le meilleur choix qu'on ait, Dean, » marmonna Sam, même s'il se forçait à passer un obscur ouvrage de traditions faës au peigne fin en espérant que toutes les choses que lui avait dit cet affreux petit Leprechaun il y avait quelques mois, voulaient dire que le folklore avait en fait des choses vraiment utiles qui leur donnaient le droit de ne pas être impressionnés par les anges. Pour l'instant, c'était tout juste un énorme bol rempli de mensonges de Leprechauns petits et trapus, sans que cela ne soit dû à un manque de vérification de la part de Sam.

« Je n'aime pas ça, » persista Dean qui ne prenait jamais la peine de s'étendre, la mâchoire serrée et les yeux aussi obstinés que d'habitude.

Sam soupira. « Oui, mais tu ne peux pas expliquer pourquoi tu n'aimes pas ça. Ça prend tout son sens. S'il ne peut pas arrêter Raph maintenant, même avec ses pouvoirs, en quoi ça changerait quelque chose s'il était temporairement humain ? Au moins, s'il est déchu, nous aurons une chance légitime d'obtenir la grâce de Gabriel. S'il garde la sienne et essaye de s'approprier celle de Gabriel en plus, Mort a pratiquement dit qu'il en mourrait. »

Dean hésita, regardant bizarrement le canapé, et Sam savait que c'était l'un des instincts illogiques de son frère qui était en marche, c'était quelque chose que Dean semblait avoir hérité de leur père, mais dont Sam n'avait jamais été particulièrement doué lorsqu'il était face à une crise acharnée. Il avait toujours été du genre à regarder les options et de choisir laquelle était la meilleure en se basant sur un raisonnement sans failles. Soit, il ne faisait jamais tout le temps le bon choix à cet égard, mais au moment où les possibilités se présentaient à lui, il aimait penser qu'il choisissait toujours la meilleure à ce moment-là.

Dean n'avait jamais été doué pour ce genre de compromis. Sam regardait son frère fixement et intensément en se demandant si Cas avait déjà réussi à faire capituler son frère en lui faisant cela de toutes ses forces.

« Laisse tomber, Sam, » grogna Dean. Sam faillit rouler des yeux.

« Eh bien jusque-là, j'ai trouvé un article totalement dingue sur les fées et la façon dont elles prennent la virilité d'un premier-né – et je ne sais même pas ce que ça veut dire – pour cacher leur trésor des gobelins ailés. Je ne sais pas s'il est question d'anges ou de vrais gobelins ailés. » Il soupira et jeta le livre sur le côté, glissant à Dean un regard qui voulait tout dire. « Tu as quelque chose ? »

Dean remua encore. Observait. « Pas encore. Mais on finira par trouver quelque chose. Il faut continuer, Sammy. »

Sam regarda Bobby, qui haussa désespérément des épaules. « J'ai ici une recette pour ce qui semble être un ragoût de nouveau-né, » dit-il d'une voix traînante, ce qui fit grimacer tout le monde.

« Chouette, » commença Sam, passant une main dans ses cheveux alors qu'il pensait que son idée était encore la meilleure idée qu'ils avaient jusque-là avec un milliard de points d'avance. Pourquoi est-ce que personne ne l'écoutait ? Il ne s'était trompé qu'une seule fois, d'accord, une. Il pensait que ce serait oublié depuis le temps, mais visiblement ce n'était pas le cas. « Donc nous n'avons toujours rien. »

Avant que Dean puisse passer à son cas et lui reprocher ses conneries et sa négativité, un battement et un bruit sourd signalèrent l'arrivée d'un ange.

Et une voix qui n'était définitivement pas celle de Castiel leur signala l'arrivée du mauvais ange.

« Oh, j'ai quelque chose pour vous, juste-là, stupides singes roses. »

Les trois chasseurs bondirent sur leurs pieds à l'irritation audible dans la voix de Balthazar, Dean sautant avec une rare force lorsqu'il vit la silhouette de Castiel, affalé, ensanglanté, et terriblement inconscient enroulé autour des épaules de l'autre ange.

« Qu'est-ce que tu lui as fait ? » Demanda Dean, levant un pistolet vers Balthazar comme si cela pouvait changer quelque chose.

Balthazar le fixa. « Je crois que la bonne question est : qu'est-ce que tu lui as fait ? » Répondit l'ange avec un ton agacé, bien qu'il fit l'effort de déposer Castiel sur le canapé dans un mouvement étonnamment doux. « Je ne comprends pas. Et d'après l'expression idiote que tu fais, toi non plus. Ce qui rend la chose encore plus ridicule. »

Dean était trop accaparé par l'inquiétude qu'il avait pour Castiel pour se défendre lui-même (ou faire autre chose), donc Sam et Bobby furent les seuls à remarquer que Balthazar commençait à tâter les poches de son manteau à la recherche de quelque chose. Il avait l'air d'avoir mis un objet très important à la mauvaise place sans le vouloir alors qu'il en avait besoin à l'instant. Sam espérait que ce ne fût pas une épée ou une chose-angélique-qui-tuait-les-humains-alors-qu'ils-étaient-trop-occupés-à-regarder-un-Cas-inconscient-comme-des-héros-torturés-de-Twilight.

Les traits sur les sourcils de Balthazar s'adoucirent lorsqu'il trouva ce qu'il cherchait une seconde plus tôt, et Sam sentit sa bouche devenir inexplicablement sèche lorsque l'ange finit par ne pas en sortir une épée ou un autre instrument de mort aiguisé, mais une petite fiole luisante reliée à une cordelette noire. La lumière à l'intérieur blessa pratiquement les yeux de Sam lorsqu'il la regarda directement et il se força à plisser des yeux, même s'il fit automatiquement un pas en arrière lorsque Balthazar la montra.

Dean déglutit, séparant enfin son regard de Castiel. Il ne semblait pas avoir de problème à regarder directement la fiole. « Est-ce… »

« Oui, espèce de stupide petite particule de terre, » lâcha Balthazar, sa voix laissant éclater un dédain mérité et il avait en quelque sorte l'air d'un humain, comme s'il l'avait toujours été, alors qu'il serrait étroitement dans sa main, d'une manière presque protectrice, la fiole. « C'est précisément ce que tu penses. Et il voulait que tu l'aies. Il a insisté, en fait. Tu sais, entre tous ses cris. »

En disant cela, Balthazar lança la fiole avec la grâce de Castiel à Dean, qui l'attrapa des deux mains, la serrant de toutes ses forces entre ses doigts alors que des couleurs avaient quitté son visage. Balthazar lui sourit avec mépris. « Pour une raison totalement dingue, il pense que tant que vous restez en vie tous les trois, vous pourrez réaliser cette idée saugrenue et chevaucher dans le soleil couchant de suite après. »

Sam rechigna. « Alors c'était ça. Il l'a vraiment fait. »

Balthazar lui grogna dessus avant de réajuster sa veste une fois de plus, comme s'il ne pourrait jamais finir cette conversation avec les stupides singes des boues assez rapidement à son goût. Il s'interrompit cependant, pour regarder l'ancien ange affalé dans le canapé un peu plus longtemps. « Appelez-moi lorsqu'il se réveillera. Pas avant. »

Il disparut sans un mot de plus.

Ce qui l'arrangea, car Sam n'avait aucune idée de ce dont ils auraient pu parler d'autre vu les circonstances.

De l'autre côté de la salle, il entendit Dean maudire dans sa barbe la foutue imprudence stupide de Castiel à l'instant où Balthazar disparaissait.

Cependant, cette même foutue imprudence stupide n'empêcha pas son frère de s'accroupir et de poser une main sur la joue de Castiel.

Même de là où se trouvait Sam, il voyait que la respiration de Castiel était régulière, quoiqu'un peu instable. Celle de Dean était – sans grande surprise – exactement semblable à celle de l'ange.

Sam toussa et finit par détourner le regard lorsque Dean serra la mâchoire et noua intentionnellement la cordelette accrochée à la grâce de Castiel autour de son cou. Alors qu'il soufflait de colère et se mettait en tête d'installer méticuleusement l'ange dans une position plus confortable dans le canapé, Sam pensa que cela voulait finalement dire que son plan tenait toujours.

Ce qui était une bonne chose, parce qu'alors que Sam voyait Dean déplacer une pile de livres sur le côté et fouiller pour trouver une couverture afin d'en couvrir Castiel, il ne put s'empêcher de penser que son grand frère allait sans doute s'avérer inutile dans les recherches pour le reste de la journée.

La grâce de Castiel se mit à luire un peu plus contre la chemise vert foncé de Dean.