Et non, vous ne rêvez pas, je me décide ENFIN à mettre à jour cette fic après l'avoir trop longtemps négligée ^^ Reste à voir si ça vous plaira ou non (histoire de savoir si ça vaut le coup que je m'accroche pour la continuer ou si je la vire tout simplement du site et qu'on en reste à « Lorsque »…)

Bref donc, fraîchement terminé, voilà le chapitres chapitre de « Deux époques, un destin », la suite de « Lorsque les Maraudeurs deviennent plus qu'un mythe »… Bon, évidemment, il est fortement conseillé d'avoir lu « Lorsque… » pour comprendre toutes les allusions liées à cette fic mais je pense que cette fic peut aussi se lire sans (je m'efforcerais de faire des rappel de toute façon, même pour ceux qui ont suivi « Lorsque », vu que ça date quand même un peu, ça ne peut pas faire de mal à personne ^^)

Sinon, cette fic, comme « Lorsque », ne tient compte que des 4 premiers tomes de la saga HP… donc tous les évènements des tomes 5, 6 et 7 n'ont aucune influence sur mes fics. Je me suis juste permise de reprendre le nom de Rufus Scrimgeour, en tant que Ministre de la magie succédant à Fudge ^^ Et, ah oui, pour des raisons pratiques, j'ai modifié la codification du langage « animagus », vu que sur Lorsque, les signes disparaissaient systématiquement à l'édition du chapitre…

Bref, d'autre part, disclaimer : rien n'est à moi, sauf les personnages de mon invention que vous commencerez à découvrir dès ce chapitre, mais à l'auteur de la saga Harry Potter, à savoir JK Rowling.

Sur ce, assez de parlote et bonne lecture (j'espère), j'ai dû, déjà, remanier mon plan mais, au moins, ça me permettait de pouvoir enfin publier ce chapitre qui fait, déjà, trente pages ^^


Chapitre 2 : « Simple » ? Jamais chez les Potter

Deux jours s'étaient écoulés, sans que Lily n'aborde à nouveau le sujet de son passage à Godric's Hollow…ou tout du moins pas en présence de son fils. Harry avait, pendant ces deux jours, tenté de déchiffrer l'énigme du plus grand secret de Poudlard, mais il s'était rapidement heurté à une autre difficulté. Utilisant la méthode suggérée par son père, il avait pû enfin lire le texte, dans le bon sens… mais c'était sans compter sur la détermination des trois fondateurs à protéger leur secret : Non seulement le texte avait été écrit à l'envers mais dans une langue totalement inconnue à l'adolescent. Et comme si ce n'était pas assez compliqué comme ça, il avait tenté de réécrire, à l'endroit, l'énigme sur un parchemin mais les lettres s'effaçaient à peine écrites sur le feuillet, comme si l'étrange magie qui protégeait le grimoire s'appliquait aussi à son contenu, quelle que soit sa forme. De toute évidence, Godric Gryffondor, Rowena Serdaigle et Helga Poufsouffle avaient vraiment envisagé toutes les possibilités lorsqu'ils avaient réalisé cet ouvrage, afin qu'aucune des indications fournies par le vieux grimoire ne puisse tomber entre de mauvaises mains.

Face à cette nouvelle difficulté, Harry en avait parlé à ses deux parents mais ni l'un ni l'autre n'avait pû l'aider. James ne connaissait pas plus que lui la langue utilisée et Lily ne pouvait même pas voir le contenu du livre, protégé par les sorts ancestraux auxquels il avait été soumis afin que personne, en dehors des descendants de l'un ou l'autre des trois fondateurs, ne puisse le lire. Néanmoins, sa mère lui avait conseillé un sort de traduction qui pourrait, peut-être, l'aider à contourner ce problème… Sauf que, une fois de plus, Harry s'était heurté aux protections qui entouraient le grimoire. Agacé, l'adolescent avait fini par le jeter dans le tiroir de sa table de chevet, à sa place, et s'était laissé choir, sur le dos, les bras en croix, sur son lit.

Il soupira et, enlevant d'une main ses lunettes, il passa sa main libre sur son visage, profondément exaspéré par les résistances permanentes du vieux grimoire. Si, dès les premières pages, il se retrouvait mis en échec, il n'osait même pas imaginer ce qui l'attendait à la fin de l'ouvrage… s'il y parvenait un jour. Il soupira à nouveau et remis machinalement ses lunettes, les yeux rivés au plafond. Peut-être avait-il tort de baser tous ses espoirs sur le contenu, incertain, du plus grand secret de Poudlard ? Personne, en dehors des trois fondateurs, ne savait en quoi consistait ce secret, probablement l'un des mieux gardés de l'école ou de l'histoire de la magie elle-même.

On frappa à la porte, l'arrachant à ses sombres réflexions.

« C'est ouvert. » marmonna-t-il en repliant ses bras par-dessus son visage.

Il entendit vaguement la porte s'ouvrir mais ne prit pas la peine d'écarter ses bras de son visage.

« Je t'ai déjà connu de bien meilleure humeur. » commenta une voix vaguement moqueuse.

Harry haussa les sourcils et concéda à enlever un de ses bras pour jeter un regard en coin à son père qui se tenait sur le seuil de la pièce, un léger sourire aux lèvres.

«- Toujours ce satané grimoire, hein ?

- Comment t'as deviné ? » ironisa l'adolescent.

James rit légèrement et s'avança dans la pièce.

« Tu en fais trop Harry. Ce grimoire est spécial, nous sommes nombreux à avoir, par le passé, tenté de percer le mystère de ces pages avant toi et, crois-moi, tu es déjà allé plus loin dans ta recherche que n'importe qui d'autre. Tu y arriveras, en temps et en heure. »

Le garçon ne répondit pas.

« Allons faire un tour, suggéra soudain l'adulte. Je suis sûr que ça te fera du bien de prendre un peu l'air. »

Pris au dépourvu, Harry écarta son deuxième bras de son visage et se redressa.

« Comment ça ? »

James esquissa un sourire énigmatique.

« Oh, je pensais, juste comme ça, que Phantôme et Cornedrue aimeraient sûrement sortir un peu. Personne n'aime rester enfermer quotidiennement. »

Harry haussa un sourcil.

«- Phantôme et Cornedrue, hein ? commenta-t-il en affichant un sourire moqueur. Mais, ce n'est pas…

- On ne s'absentera pas longtemps et personne n'en saura rien. »

Harry fit la moue, sceptique.

« Mais je croyais que maman… »

Son père leva les yeux au ciel.

« Ta mère n'a pas à le savoir, et, de toute façon, elle est sortie, elle devait passer voir Dumbledore, pour mettre au point son…projet. »

Le garçon fronça les sourcils face aux réticences évidentes de son père à ce sujet.

« Pourquoi tu ne veux pas y aller ? » s'enquit l'adolescent en le fixant avec gravité.

L'adulte grimaça et se passa la main sur la nuque.

« Je…je n'y tiens pas vraiment… Pourquoi aller là-bas, alors que nous y avons déjà, tous, bien assez perdu sans avoir à y perdre, aussi, notre temps en y retournant. Quoi qu'en dise ta mère, je ne pense pas que ce soit une bonne chose de se confronter à ce qu'il reste de notre vie passée. »

Harry garda le silence, surpris. Qui, dans le passé, avait demandé à voir ses souvenirs de cette nuit fatidique où Voldemort avait fait irruption chez les Potter dans le but de le tuer ? Lui.

L'adolescent se garda bien, cependant, de le rappeler à son père, mais celui-ci, apercevant son expression et devinant probablement ainsi la raison de son étonnement, esquissa un faible sourire.

« J'ai déjà vécu ces évènements à deux reprises, je ne tiens pas particulièrement à m'y confronter une fois de plus, alors que j'ai déjà assez à faire avec les souvenirs que j'en garde. Je pense que toi, plus que quiconque, peut le comprendre. »

Troublé, Harry se contenta d'acquiescer d'un signe de tête et se hâta de changer de sujet, afin de mettre fin au silence tendu qui s'était instauré dans la pièce.

« Bon, on va le faire, ce tour ? » lança-t-il en quittant vivement sont lit.


Une forme sombre jaillit des arbres, à la lisière de la forêt, se réceptionnant adroitement dans l'herbe, repartant ventre à terre, sans laisser au cerf qui avait émergé du couvert des arbres à sa suite, le temps de le rejoindre.

/Ben, alors, on traîne ?/ s'exclama Harry, triomphant.

/Oh, mais tu ne perds rien pour attendre/

/J'attends de voir ça./ le défia aussitôt l'adolescent en allongeant un peu plus l'allure.

Une haie se dressa soudain devant eux, obstacle dérisoire pour la panthère noire qu'il était qui bondit aisément par-dessus les buissons, suivit de près par la forme animale de son père, se réceptionnant dans un champ de blé, les masquant à la vue d'éventuels spectateurs qui n'auraient pas manqué d'être surpris de voir un cerf courir après une panthère au beau milieu de la campagne anglaise.

Harry filait à travers le champ, triomphant, lorsqu'une vive douleur lui barra le front avec tant de force qu'il trébucha, s'étalant de tout son long.

/Harry ! Qu'est-ce qui… ?/

Cornedrue l'avait rejoint et le fixait avec inquiétude, alors que le félin se relevait déjà, secouant négativement la tête.

/C'est rien… Juste ma cicatrice./

Les yeux du cerf s'agrandirent et l'animal disparut dans un claquement sec.

« Voldemort prépare quelque chose ? » s'inquiéta-t-il en s'accroupissant à côté de la panthère.

Harry leva les yeux au ciel, regrettant déjà d'en avoir trop dit et de s'être ainsi laissé surprendre par la manifestation soudaine de sa cicatrice. Il soupira mentalement et repris sa forme humaine à son tour.

« Aucune idée, ça m'a juste pris par surprise, c'est déjà passé. » marmonna-t-il en se frottant machinalement le front.

James l'observa sans rien dire mais esquissa une moue sceptique.

« Ouais, c'est ça, ironisa-t-il. Rentrons. »

Harry soupira, agacé. Pourquoi fallait-il toujours que les autres réagissent ainsi dès qu'il avait le malheur de les informer d'une manifestation, aussi infime soit-elle, de sa cicatrice ? Tout ce qu'il y avait gagné c'était d'abréger leur petite sortie et de rentrer directement chez eux… Et tout ça pour quoi ? Rien, puisqu'il ne savait même pas la raison pour laquelle elle avait réagi. Un simple élancement. Pas même un aperçu de ce que manigançait Voldemort… Mais son entourage semblait, systématiquement, réagir de façon excessive à l'idée que, quoi qu'il se soit passé, Voldemort s'apprêtait à faire, une fois de plus, parler de lui.


Trois jours s'étaient écoulés, sans que Voldemort ne se soit manifesté, de quelque façon que ce soit. Lily avait donc profité de ce calme relatif pour réaliser son projet, avec l'aval du professeur Dumbledore. C'est ainsi que Harry se retrouva avec sa mère devant ce qui, quelques années auparavant, avait été le Manoir Potter.

Tous deux se tenaient sur ce qui, autrefois, était le chemin qui menait au perron et qui, désormais, était envahit par les mauvaises herbes et disparaissait dans les hautes herbes et la végétation dense et broussailleuse, revenue à l'état sauvage par manque d'entretien, de ce qui avait été, avant, un jardin soigneusement entretenu. L'adolescent frissonna, troublé par l'atmosphère pesante qui régnait sur ces lieux, bien différente des souvenirs qu'il en gardait de ses séjours passés. Il jeta un bref regard à sa mère qui fixait la bâtisse, le visage impassible, même si la raideur de ses épaules indiquait clairement que le retour en ces lieux ne la laissait pas aussi indifférente qu'elle voulait le laisser croire. Il inspira et reporta, lui aussi, son attention sur la construction qui se dressait devant eux. Le rez-de-chaussée avait été relativement préservé, et semblait même intact, contrairement à l'étage qui, sous le coup du sort funeste lancé par Voldemort, s'était presque entièrement effondré. Lily soupira.

« Allons-y. » murmura-t-elle.

Harry suivit sa mère, sans un mot, jusqu'au seuil de la porte d'entrée, arrachée de ses gonds près de seize ans plus tôt, puis jusqu'au salon, étudiant la pièce du regard. Tout y était resté en l'état, simplement recouvert par une épaisse couche de poussière.

L'adolescent frémit bien malgré lui, face à l'atmosphère étouffante qui régnait sur les lieux, et se figea sur le seuil, mal à l'aise, alors que sa mère traversait la pièce sans un mot, s'approchant résolument d'un commode ancienne qui occupait le coin le plus éloigné de la salle et sur laquelle étaient posés plusieurs cadres. Elle en prit un, qu'elle dépoussiéra prudemment et qu'elle contempla un instant. S'approchant, Harry sourit en apercevant le contenu du cadre : une photo de lui, bébé, chaudement emmitouflé, perché fièrement sur le dos d'un cerf dans le jardin couvert de neige. Lily se tenait près de l'animal, les bras tendus, prête à retenir le nourrisson au cas où il perdrait l'équilibre mais l'enfant gigotait en toute insouciance, les doigts agrippés au pelage brun du cerf sur lequel il était juché.

« Les premières neiges étaient tombées la veille au soir, observa soudainement Lily. Tu étais tout étonné, au début. »

Elle déposa le cadre et en pris un autre où, après avoir enlevé l'épaisse couche de poussière qui le recouvrait, il s'aperçu, assis à même le sol du salon, entre les jambes de sa mère, entouré de cadeaux et d'emballages froissés et déchirés. Il se vit tendre une peluche à son père, assis à côté d'eux, les jambes croisées. Remus et Sirius, eux, affichaient des expressions clairement amusées, alors que le dernier nommé, accroupi près de son meilleur ami, tendait déjà un nouveau paquet au nourrisson.

« Ton anniversaire, reprit Lily. On avait fait ça en petit comité, comme tu peux le voir. »

Harry acquiesça distraitement. Après avoir nettoyé d'un sort les différents objets exposés là, il se révéla que la plupart des cadres illustraient la vie des Potter après leur sortie de Poudlard, montrant soit le couple seul ou avec leurs amis soit divers moments de la courte période où il avait vécu avec ses parents. Pourtant, un cadre dénotait, souvenir d'un temps plus lointain encore. Sa mère s'attarda sur cette photo-là. Harry haussa les sourcils en l'apercevant. Après tout, il l'avait déjà vu et la connaissait par cœur. Il s'agissait d'une photo de groupe, prise dans la salle commune de Gryffondor, lors d'une fête organisée en l'honneur d'un élève, un certain Harry Calaway, arrivé en cours de scolarité, et qui devait, enfin, rentrer chez lui. L'adolescent sourit faiblement.

« Vous avez gardé cette photo ? » s'étonna-t-il, vaguement surpris de la trouver ainsi exposée, seul souvenir de leur scolarité parmi les cadres posés sur le meuble.

Lily sourit.

« Elle marquait mieux que n'importe quelle autre ce que nous a apporté notre scolarité à Poudlard. Et, il faut reconnaître qu'il s'est passé tant de choses durant cette dernière année, qu'elle est probablement la plus inoubliable, pour le meilleur comme pour le pire. »

Elle observa encore un moment la photo puis le retourna et, sous le regard surpris de son fils, en souleva le double fond, révélant une petite cavité à l'intérieur du cadre. Elle en sortit une petite clé en argent avant de remettre le cadre à sa place, tel qu'il l'était au préalable. Harry haussa les sourcils, intrigué, alors que sa mère s'approchait de l'âtre vide de la cheminée. Là, elle parcouru des doigts les pierres qui constituaient le manteau de la cheminée, effleurant le moindre interstice. Harry se surpris à repenser à leur séjour dans les sous-sols du repaire de Voldemort, au cours de son voyage temporel, où la situation avait été inversée, où c'était lui qui cherchait une ouverture quelconque sous le regard circonspect d'une Lily plus jeune.

Il s'arracha à ses réflexions en entendant soudain sa mère murmurer un bref sort. Il y eut un claquement sec et elle descella l'une des pierres, la posant précautionneusement près d'elle. La rejoignant, Harry aperçu, au fond de la cavité ainsi créée, une plaque en bois seulement percée par l'orifice destiné à accueillir la clé en argent. Un cliquetis à peine audible, malgré le silence environnant, se fit entendre lorsque Lily fit tourner la clé dans la serrure, faisant pivoter le battant en bois. Le garçon retenait inconsciemment son souffle, guettant l'instant où sa mère sortirait ce qu'elle avait ainsi caché. Cela devait être important pour qu'elle ait pris tant de précautions pour le dissimuler. Mais il fut vaguement déçu en découvrant ce qu'elle en sortit : un paquet de petite taille, grossièrement enveloppé. Un paquet qui…

Harry se figea, réalisant qu'il l'avait déjà vu…

Il sortit un paquet, de petite taille, grossièrement emballé de l'une des poches de sa robe.

« On m'a demandé de te donner ça, expliqua-t-il en lui confiant l'objet. Je ne sais pas ce que c'est mais on m'a chargé de te le remettre, alors je le fais. »

Lily haussa les sourcils, observant le paquet d'un air intrigué.

«- On ? Qui ça, on ?

- Oh, juste Dumbledore, répondit négligemment Harry.

- Dumbledore ? répéta la jeune fille, de plus en plus déconcertée. Pourquoi ? »

Harry secoua négativement la tête.

« Je n'en ai strictement aucune idée mais il semblait convaincu que cet objet devait t'être remis et que tu saurais le garder en lieu sûr jusqu'à ce que tu estimes venu le temps d'en faire 'bon usage'. » conclut Harry en esquissant un sourire sarcastique à ces derniers mots.

Le garçon revint à la réalité du moment, stupéfait. Ce pouvait-il que… ?

« Mais c'est… »

Sa mère glissa le paquet dans l'une de ses poches et referma soigneusement la cavité.

« Oui, c'est le paquet que Dumbledore t'avais chargé de me remettre, à Poudlard. »

Harry haussa les sourcils.

« Tu l'as gardé, tout ce temps ? »

Sa mère esquissa un sourire sombre.

« Apparemment… et disons que les circonstances ne m'ont pas vraiment aidé à le récupérer plus tôt, même si je l'avais voulu. »

Le garçon acquiesça distraitement.

«- Et…pourquoi maintenant ?

- Et pourquoi pas maintenant ? » rétorqua-t-elle simplement en lui adressant un sourire moqueur.

Harry s'apprêtait à répliquer mais se ravisa et garda le silence et se contenta de jeter un œil autour de lui, étudiant la pièce, recourant à ses maigres souvenirs, s'efforçant de l'imaginer telle qu'elle était, près de seize ans plus tôt. Désormais sombre et oppressant, le salon était loin de la pièce chaleureuse et accueillante dont il se rappelait.

« Ton père avait raison, c'était une erreur de revenir ici mais… Il le fallait. »

L'adolescent jeta un regard en coin à sa mère.

« On n'a qu'à rentrer, si tu n'as plus rien à récupérer ici. » suggéra-t-il.

La jeune femme acquiesça.

« Oui, rentrons. » approuva-t-elle.

Sur ces mots, elle se détourna et rejoignit le hall d'entrée, son fils à sa suite. Pourtant, alors qu'ils s'apprêtaient à quitter définitivement les lieux, l'adolescent se figea, les yeux rivés sur l'escalier.

« Harry ? »

Il se détourna brièvement, jetant un rapide regard à sa mère qui se tenait déjà près de la porte d'entrée et le fixait, incertaine. Il reporta son attention sur les marches devant lui. Pour avoir revu les évènements tragiques survenus en ces lieux bien des années auparavant, l'adolescent se sentait comme attiré vers l'étage, comme si une curiosité morbide l'incitait à monter, voir par lui-même l'endroit où son destin avait été scellé.

«- Alors, c'est là-haut que…

-Harry, je ne pense pas que..., commença-t-elle en s'avançant vers lui. Harry ! insista-t-elle alors qu'il s'avançait d'un pas, franchissant la première marche de l'escalier.

-Je reviens, assura-t-il. Je dois… vérifier quelque chose.

-Harry, non ! »

Il se retourna vers sa mère et haussa les sourcils en notant son expression angoissée. Si, jusque là, elle semblait plus pâle que de coutume, elle était désormais livide, les yeux dilatés par une émotion qu'il était bien incapable de définir en cet instant mais qui le troubla un bref instant. Il sentit sa volonté vaciller et secoua la tête, reprenant sa progression.

«- Je ne serais pas long, promit-il.

-Harry, s'il te plaît… »

Il se mordit les lèvres au ton, implorant, de sa mère. Quelque chose le poussait à aller voir à l'étage, il respecterait cette pulsion jusqu'au bout, même s'il était clair que sa mère, elle, ne tenait pas à être confronté, à ce point, à ses vieux démons.

« Je reviens vite… »

Il gravit rapidement les dernières marches, se figeant un instant dans le couloir obscure, songeant aux nombreuses fois où, lors de son séjour dans le passé, il avait monté ces marches, où il avait foulé l'épais tapis, qui disparaissait désormais sous l'épaisse couche de poussière qui recouvrait le sol du couloir lambrissé. Tout d'un coup, il hésita, mal à l'aise, troublé.

Un silence pesant régnait sur les lieux, rendant l'atmosphère, déjà lugubre, encore plus oppressante que jamais. Il inspira et s'avança lentement, le cœur battant la chamade, en direction de la zone la plus dévastée de la bâtisse, baignée par la lumière du jour, là où le toit et les murs s'étaient effondrés sous la violence du maléfice qui s'était retourné contre Voldemort, près de seize ans plus tôt. Apparemment, personne n'avait jamais pénétrer dans ces lieux depuis la mort de ses parents, à en croire le nuage de poussière que soulevait chacun de ses pas. La quantité de gravats qui gisait sur le sol ne cessait d'augmenter, l'incitant à redoubler de prudence.

Alors qu'il enjambait une poutre qui s'était écrasée en travers du couloir, Harry tendit, inconsciemment, l'oreille, guettant un bruit quelconque. Mais rien, pas même en provenance du rez-de-chaussée, ne semblait pouvoir briser le silence de plomb qui régnait ici. Même sa propre respiration lui paraissait à peine audible en cet instant.

Après ce qui lui parut avoir duré des heures mais qui, en réalité, ne lui avait pris que quelques minutes, il atteignit enfin le cœur de la zone sinistrée, à présent à ciel ouvert, tout en évitant de nouveaux débris.

« Avada Kedavra ! » lâcha le mage noir.

Une effroyable lueur verte éclaira la pièce, l'espace d'une seconde. James repoussa brutalement son épouse vers la chambre de son fils, avant d'être touché de plein fouet par le sort.

« JAMES ! NON ! » hurla la jeune femme, désespérée, en le voyant tomber au sol…mort, sous le rire glacial de Voldemort.

Harry se figea, réalisant avec horreur qu'il se trouvait là où son père était tombé, pour avoir donné sa vie dans une tentative inespérée de protéger sa famille. Il déglutit difficilement, la gorge sèche, prenant enfin conscience de ce qui avait pu pousser sa mère à rester loin de l'étage. Lui n'avait connu ces faits qu'au travers de souvenirs, étant trop jeune, à l'époque, pour prendre pleinement conscience de ce qu'il se passait. Alors qu'elle, elle les avait vécus. Elle avait vu son mari mourir sous ses yeux, de la main même de l'homme qui s'apprêtait à lui arracher, aussi, son fils.

L'adolescent ferma les yeux, secouant désespérément la tête. Pourtant, quelque chose l'incitait à poursuivre sa route, à franchir ce qu'il restait de la porte qui menait à sa chambre, ou, du moins, ce qui, à une époque, avait été sa chambre et qui, aujourd'hui, n'était plus que monceaux de bois, jouets et meubles brisés, tuiles et amas de pierres qui, par endroit, disparaissaient sous une végétation revenue à l'état sauvage. La nature avait, ici aussi, reprit ses droits dans cette pièce exposée aux éléments pendant tant d'années.

Harry hésita à nouveau, parcourant la pièce du regard.

« Tu ne me laisses pas le choix. Puisque c'est ce que tu veux, je te tuerai d'abord, avant d'éliminer ton fils… Avada Kedavra ! »

L'intense lueur verte éclaira la pièce et toucha de plein fouet la jeune femme dont le corps heurta le sol dans un bruit sourd, sous le regard innocent du nourrisson.

Sa mère s'était sacrifiée pour lui, ici, dans cette pièce… Il ferma à nouveau les yeux et, lorsqu'il les rouvrit, un éclat doré attira son regard au centre de la pièce.

« Qu'est-ce que… ? »

Il s'avança d'un pas, puis d'un autre, intrigué, les yeux rivés sur le sol. Il fronça les sourcils, en découvrant la médaille dorée qui traînait sur le sol, au milieu de débris divers. Il s'accroupit, ramassant machinalement l'objet, étudiant les deux anges finement ciselés, portant une fleur de lys au cœur de laquelle était sertie une petite émeraude. Il l'avait déjà vu, il en était sûr…

Le nourrisson gazouilla, simplement satisfait de se trouver dans les bras maternels, l'un de ses poings serré sur une mèche de ses cheveux auburn, lorsque son regard fut attiré sur un reflet brillant. Le bambin se désintéressa aussitôt des cheveux de sa mère et tendit la main vers le nouvel objet de sa curiosité. Ses doigts se refermèrent aussitôt sur la chaînette dorée qu'elle portait autour du cou, au plus grand amusement de la jeune femme.

« On dirait que je ne suis pas la seule à aimer ton cadeau, mon chéri. » commenta-t-elle.

Un cadeau ? Bien sûr, le collier que son père avait, entre autre, offert à sa mère, lors des fêtes de fin d'année, pendant leur séjour au manoir Potter, durant leur septième année de scolarité. Un collier qui…

James, livide, le visage déformé par l'angoisse dans l'infirmerie alors qu'Harry se remettait de son accident de Quidditch.

« Lily est en danger. » avait-il lâché en guise d'explication.

Une des nombreuses manifestations où leurs médailles respectives les avaient liés, tous les trois, lorsqu'il avait séjourné à leur époque.

Il fixa un instant, fasciné, l'étrange breloque, inaltérée, qui reposait désormais dans sa paume ouverte. Car il était évident pour lui que cette médaille s'était probablement détachée de sa chaîne, et était restée là, exposée aux éléments, depuis près de quinze ans, à l'insu de tous, et, pourtant, malgré le temps écoulé, elle paraissait comme neuve.

« Harry… »

Il sursauta, pris au dépourvu par cette intervention inattendue, refermant machinalement les doigts sur l'ornement, avant de se relever et de se retourner vers sa mère. Celle-ci, blafarde, les yeux rougis, se tenait sur le seuil, les bras croisés sur sa poitrine. Il éprouva aussitôt un pincement au cœur, regrettant d'avoir ainsi contraint sa mère à venir le chercher ici. Il baissa les yeux sur son poing serré et le fourra dans la poche de son jean, y glissant discrètement le bijou, songeant qu'il le lui rendrait plus tard, en d'autres circonstances.

« Je suis désolé, maman. Je ne voulais pas… » murmura-t-il en la rejoignant.

Elle lui répondit d'un faible sourire.

« Tu n'as rien à te reprocher, mon chéri, rétorqua-t-elle. Je… Je ne sais pas ce que j'espérais en venant ici, qui plus est avec toi, mais c'était une erreur. » ajouta-t-elle, en lui tendant la main.

L'adolescent esquissa, à son tour, un sourire incertain, et saisit la main ainsi offerte. La jeune femme resserra brièvement sa prise, d'une manière qui se voulait réconfortante alors que, en cet instant, elle devait se sentir encore plus mal que lui.

«- Certaines choses ne peuvent être oubliées, quelque soit le temps écoulé ou la distance qu'on prend avec ces évènements, commenta-t-elle à voix si basse qu'il se demanda s'il l'avait bien entendu.

-Pas forcément oublier, juste moins y penser, avec le temps, répliqua-t-il.

-Peut-être… Allez, rentrons. » trancha-t-elle en l'entraînant aussitôt hors de la pièce.

Harry se laissa faire sans protester, vaguement soulagé, lui aussi, de s'éloigner de ces lieux chargés de souvenirs tragiques.


« NON ! »

Elle se réveilla en sursaut, le souffle court. Aussitôt, des bras familiers se glissèrent autour de sa taille, l'attirant à lui.

«- James ?

-Je suis là, mon ange, murmura-t-il, resserrant sa prise. Tout va bien. Ce n'était qu'un mauvais rêve, rien de plus. » lui murmura-t-il, alors qu'elle se laissait aller contre lui, nichant son visage au creux de son épaule.

Lily soupira et ferma les yeux. Si seulement ce n'était qu'un mauvais rêve… Son cauchemar à elle avait déjà eu lieu, bien des années auparavant. Elle esquissa un faible sourire en le sentant déposer un bref baiser sur son front, rassurée de le savoir là, bien vivant, auprès d'elle.

«- Harry…

-Est assez grand pour venir nous trouver s'il en ressent le besoin, rétorqua-t-il posément. Vous n'auriez vraiment pas dû y retourner.

-Je sais, marmonna-t-elle. Je sais. »

Un bref silence s'instaura.

« Essaie de te rendormir, lui suggéra-t-il finalement. Tu en as bien besoin. »

Elle acquiesça faiblement, guère convaincue. Pourtant, quelques instants plus tard, elle sombrait à nouveau, blottit dans l'étreinte rassurante de son mari qui sourit légèrement à cette constatation.

« Fais de beaux rêves, ma Lily. » souffla-t-il, avant de fermer les yeux à son tour.


« Le moment tant redouté approche… Bientôt… Bientôt… »

Harry écarquilla les yeux, alors que la voix douce et envoûtante de ses songes semblait résonner, tel un écho, dans l'obscurité de sa chambre.

L'adolescent se passa la main sur le visage, cherchant à se remémorer le rêve qu'il venait de faire. Mais plus il cherchait à s'en souvenir, plus les détails semblaient lui échapper, tel de l'eau s'immisçant entre ses doigts, insaisissable. Il soupira, résigné.


Harry, planté sur le seuil du salon, fronça les sourcils, déconcerté. Deux jours s'étaient écoulés, depuis son rêve étrange et celui-ci ne lui laissait plus, désormais, qu'une étrange impression d'attente. Quelque chose semblait s'être éveillé en lui mais il était bien incapable de savoir quoi.

L'adolescent se passa la main sur la nuque, contrarié. Il s'était réveillé de bonne heure, d'étranges picotements parcourant sa cicatrice, et depuis, tout semblait aller de mal en pis. Le grimoire continuait à lui résister, il buttait sur le devoir de Potions qu'il devrait remettre au professeur Rogue à la rentrée et là, il venait de faire le tour de la bâtisse, à la recherche de ses parents, en vain.

« Désirez-vous quelque chose, maître Harry ? »

Le concerné sursauta, pris au dépourvu, et se retourna vers l'Elfe de maison qui se tenait derrière lui. Chacune des demeures appartenant aux Potter bénéficiait d'au moins deux de ces créatures magiques, pour l'entretenir, et cela même en l'absence de leurs maîtres, ce qui permettait de conserver ces vieilles bâtisses en état, même si toutes avaient été plus ou moins laissées à l'abandon ces dernières années.

Les créatures magiques avaient chaleureusement accueillit le retour de leurs maîtres et s'étaient fait une joie de leur être agréable, même s'ils avaient dû faire quelques concessions, étant donné que Lily avait tenue, exigée même, à se charger elle-même des repas. Lorsqu'il avait fait la connaissance des deux Elfes affectés à cette demeure, Harry s'était demandé ce qu'il était advenu de ceux qui, à une époque, veillaient au bon fonctionnement du manoir Potter. Après quelques recherches, il s'était révélé qu'à la mort de leurs maîtres, Maggy, la plus âgée, s'était laissée dépérir de chagrin, alors que les trois autres avaient trouvé refuge dans les deux autres propriétés familiales (celles où ils vivaient désormais et une autre située, à la plus grande surprise de l'adolescent, en France).

« Euh, tu n'aurais pas vu l'un de mes parents, par hasard ? »

L'Elfe s'agita nerveusement, ses oreilles s'abaissant brièvement.

« Vos parents avaient à faire avec Monsieur Sirius. »

Harry fronça les sourcils.

«- Ils sont sortis ? Sans même me prévenir ?

-Twiny m'appelle à l'étage, s'exclama soudain la petite créature. Veuillez m'excuser, maître Harry. »

Sans laisser le temps au garçon de protester, l'Elfe s'inclina et disparu aussitôt, laissant là un sorcier de plus en plus déconcerté, et de plus en plus contrarié.

Oh, évidemment, il aurait pu rappeler Andor ou Twinkle, surnommée Twiny, pour leur soutirer les informations qu'ils lui dissimulaient, mais il ne tenait pas vraiment à abuser de son « autorité » sur ces créatures déjà bien trop serviles pour leur propre bien.

Il soupira et se détourna, fourrant les mains dans ses poches, agacé. Apparemment, il lui faudrait attendre encore un peu pour savoir comment la sortie prévue quelques jours plus tard, à l'occasion du match de Quidditch, se déroulerait, ou pour avoir leur avis sur la meilleure façon d'orienter son devoir de Potions, sachant que Rogue attendrait, plus que jamais, la moindre occasion de le rabaisser.


Le couple Potter échangea un regard, observant sans un mot, leur fils pousser le contenu de son assiette du bout de la fourchette, sans toucher à son repas.

« Qu'est-ce qui te tracasse ? » demanda finalement James

Harry ne répondit pas, se contentant de hausser les épaules.

« Mais encore ? »

L'adolescent soupira et laissa tomber sa fourchette sur la table, repoussant son assiette.

« Vous aviez une réunion ? » s'enquit-il finalement.

Ses parents eurent, à nouveau, un regard entendu.

«- C'est ça qui te contrarie ?

-Non, ce n'était pas une réunion, intervint Lily. Nous ne pensions pas que cela s'éterniserait de la sorte, tu n'aurais même pas dû remarquer notre absence. »

Harry grimaça, conscient que ses parents lui cachaient des choses, contrarié par l'idée d'être tenu à l'écart des « affaires d'adultes ». Il pensait pourtant avoir fait ses preuves.

« Si ça concernait Voldemort, vous me le diriez ? »

Nouvel échange de regard entre les adultes.

« Ca n'avait aucun rapport avec lui, assura James, éludant ainsi sa question. Mais tu découvriras bien assez tôt ce qui nous a poussés à partir sans te prévenir… mais pas maintenant. »

L'adolescent se renfrogna, peu satisfait.

« Ceci étant dit, tu ferais mieux de manger. »


« Harry ! Eh, Harry ! »

Le concerné se retourna vivement, un large sourire aux lèvres, pour voir son meilleur ami venir vers lui, devançant largement le reste de sa famille.

«- Ron, s'exclama-t-il, lorsqu'il l'eut rejoint.

-Ca faisait un bail. Monsieur Potter…

-Je t'ai déjà dit de m'appeler James, c'est plus simple pour tout le monde, répliqua l'adulte, un sourire amusé aux lèvres.

-Dit surtout que ça te donne l'impression d'être plus jeune, plaisanta Harry, avant de s'écarter précipitamment, échappant ainsi à la claque derrière la tête dont son père voulu aussitôt le gratifier. Je plaisantais ! Eh ! s'indigna-t-il en se massant l'arrière du crâne, pris au dépourvu par sa deuxième tentative.

-J'ai joué au Quidditch avant toi, mon gars, rétorqua l'adulte, un sourire amusé aux lèvres. J'ai des réflexes très similaires aux tiens. »

Pour toute réponse, Harry lui tira la langue, mais n'eut guère l'occasion de protester d'avantage alors que les Weasley les rejoignaient.

« Et Hermione ? » s'enquit-il, reportant son attention sur son meilleur ami, une fois les salutations faites avec les jumeaux et leurs parents.

Ron haussa les épaules.

«- Quelque part dans ce bazar, commenta-t-il en désignant la foule environnante. La dernière fois que je l'ai vue, elle prévoyait de faire le tour des boutiques avec Ginny. D'ailleurs, et si on allait, nous aussi ? Il me faudrait une nouvelle paire de multiplettes, Fred et Georges s'en sont servis pour tester l'une de leurs dernières inventions et… bref, il vaut mieux en racheter si on ne veut rien rater du match.

-Pourquoi pas ? approuva aussitôt Harry, avant de penser à quelque chose. Au fait, papa, est-ce qu'on peut aller un tour, avec Ron ?

-Tu as ta baguette ?

-Evidemment, rétorqua l'adolescent en tapotant la poche de son jean.

-Dans ce cas, filez, tous les deux. Mais… restez prudents et, disons qu'on se retrouve dans une heure devant l'entrée principale, cela vous convient-il ?

-Nickel… mais… et toi ? »

James éclata de rire et ébouriffa affectueusement les cheveux de son fils qui protesta plus par habitude que par véritable gêne.

« Je suis un grand garçon, je me débrouillerai très bien sans toi, tu sais. Et…j'ai encore certaines choses à régler. Sans compter que je dois retrouver Remus et ta mère à l'aire de transplanage à l'ouest du parc sportif, dans… moins d'une demi-heure, ajouta-t-il en jetant un bref regard à l'immense horloge qui surplombait l'entrée principale du stade. Alors, j'ai de quoi faire, ne t'en fait pas. »

Harry s'apprêtait à répliquer, incertain. Son père se composa une expression plus sérieuse.

« J'ignore quand nous aurons à nouveau la possibilité de sortir ainsi, alors autant en profiter tant que nous en avons l'occasion, tu ne crois pas ? »

L'adolescent acquiesça machinalement.

« Alors, va ! Et profite ! » conclut l'adulte en souriant largement.


Les deux amis discutaient de tout et rien, tout en jetant un bref regard aux nombreux stands proposés par les vendeurs ambulants installés sur le site, protégé par une multitude de sortilèges, le masquant ainsi à la vue des Moldus et sécurisant aussi les lieux pour éviter toute perturbation. Le parc sportif avait été établit, pour l'occasion, dans un coin reculé du Pays de Galles, afin d'offrir les infrastructures idéales pour accueillir un match de Quidditch international. Malgré les épais nuages qui s'amoncelaient, annonciateurs du mauvais temps à venir, les spectateurs étaient venus en nombre pour soutenir leur équipe respective.

De toute évidence, le Ministère britannique avait tenu à marquer le coup, probablement pour impressionner leurs homologues français, en réalisant un tel ouvrage, et cela sur une surface bien supérieure à celle qu'ils avaient exploité à l'occasion de la finale de la Coupe du Monde, trois ans plus tôt. S'étendant sur plusieurs hectares, le parc incluait ainsi, en plus de la zone commerciale, réservée aux boutiques, où ils se trouvaient actuellement, un immense stade répondant aux normes imposées par l'association internationale de Quidditch, de plusieurs aires de transplanage qui desservaient les nombreux campings, exclusivement sorciers, désormais envahis par des milliers de supporters des deux pays mais aussi, d'un village sportif, où les joueurs étaient, selon les magazines spécialisés, hébergés, à l'abri des regards des curieux, depuis déjà plus de quinze jours et bénéficiaient d'installations derniers cris pour peaufiner leur entraînement.

Au gré de leurs déambulations, ils s'étaient tous deux achetés une paire de multiplettes, ainsi qu'une écharpe aux couleurs de l'Angleterre. Ron, lui, avait également opté pour un gant de supporter, qui déclamait l'hymne national dès qu'on le levait, ou profanait des injures hautes en couleur dès qu'on l'abaissait.

«- Tu es sûr que ça plaira à ta mère ?

-Certainement pas, mais je suis sûr que ça plaira à Fred et Georges, répliqua Ron en riant. D'ailleurs… »

Il s'interrompit alors qu'un groupe de jeunes sorcières, discutant avec animation et portant toutes les couleurs de l'équipe adverse, les dépassa.

« Oh, pardon ! s'exclama l'une d'elle, en français, en manquant de s'écraser contre Ron. Je ne… 'Arry ? »

Le concerné haussa les sourcils, en détaillant la jeune fille blonde qui, une écharpe tricolore autour du cou, le fixait, à présent, avec un enthousiasme non dissimulé. Ses camarades s'étaient arrêtées un peu plus loin, à son intervention et les observaient désormais avec curiosité.

« Oui, c'est ça ! s'exclama-t-elle, dans un anglais approximatif, avant d'interpeler ses amies dans une langue que les deux adolescents supposèrent être du français. Je ne sais pas si tu… te souviens de moi, on s'est vu à Poudlard, il y a trois ans. Je suis Gabrielle Delacour, la petite sœur de Fleur ! »

La sœur de Fleur, la championne de Beauxbâtons lors du Tournoi des trois sorciers qui avait eu lieu à Poudlard, au cours de leur quatrième année de scolarité. Harry la remis aussitôt, même si la jeune fille guillerette qui lui faisait désormais face n'avait plus rien à voir avec la fillette que Harry avait arrachée des profondeurs du lac au cours de la deuxième tâche.

Mais la jeune française ne lui laissa guère le temps de répondre, ni à Ron de lui rappeler sa présence, car elle enchaîna rapidement, en français à l'intention de ses deux amies, toutes deux brunes et, visiblement, bien plus âgées qu'elle, qui les avaient rejoints. Les autres avaient, de toute évidence, préférées rester en retrait, les observant de loin en discutant entre elles avec animation, en glissant occasionnellement des œillades guère discrètes dans leur direction.

« Les filles, c'est 'Arry Potter…

-Le 'Arry Potter ? » s'étonna l'une d'elle, l'air peu convaincu, en étudiant le concerné, sans même accorder le moindre regard au rouquin qui l'accompagnait.

Les filles échangèrent quelques mots, en français, entre elles, sous le regard déconcerté des deux adolescents.

«- Et, vous êtes ? s'enquit, finalement, Harry, qui commençait à trouver le temps long.

-Ah oui, j'oubliais, se reprit Gabrielle. Je vous présente Bleuenn et Gwenaëlle.

-Enchantée de te connaître, le salua la première nommée dans un anglais parfait. Nous avons souvent entendu parler de toi à Beauxbâtons depuis le… comment ça s'appelle déjà ? Ah oui, le Tournoi des trois sorciers. »

Harry haussa un sourcil, pris au dépourvu. Deux minutes plus tôt, elle s'exprimait dans un français des plus animés et, là, elle passait à l'anglais avec une aisance déconcertante.

« Tu as vécu en Grande Bretagne ? » demanda-t-il directement.

Elle eut un sourire moqueur.

« Non, même si je suis déjà allée en Australie et en Irlande. Ceci étant dit, mon père est français mais ma mère, elle, est anglaise. Elle travaille à l'ambassade, c'est pour cette raison que nous voyageons souvent et que j'ai une grande connaissance des langues étrangères. »

Ron renifla fort peu discrètement.

« Elle m'a tout l'air d'une parfaite Miss je sais tout. » marmonna-t-il.

Elle haussa un sourcil parfaitement épilé, alors que sa camarade plissait le nez, l'air dédaigneux.

« Je n'ai pas cette prétention, rouquin, rétorqua-t-elle froidement. Ravie d'avoir fait ta connaissance, Harry Potter. Peut-être nous reverrons-nous, conclut-elle en lui adressant un sourire entendu avant de se détourner sans plus de cérémonie, entraînant la dénommée Gwenaëlle à sa suite pour rejoindre le reste de leurs amies qui les observaient un peu plus loin, échangeant à voix basse des propos enthousiastes. Gaby, allons-y, on nous attend ! »

Gabrielle eut un sourire d'excuse.

«- Je dois y aller, commenta-t-elle. En tout cas, je suis contente de t'avoir revu, 'Arry.

-Euh, moi de même. »

La jeune fille le gratifia d'un large sourire et se détourna, pour rejoindre, à son tour, ses camarades. Les deux garçons la suivirent du regard, déconcertés. Gabrielle leur adressa un petit signe de la main avant de suivre ses amies.

Ron laissa entendre un reniflement dédaigneux.

« Sympa, ces françaises. »

Harry haussa les épaules.

«- Tu as encore d'autres choses à acheter ? demanda-t-il, changeant ainsi de sujet.

-Non… j'ai… ce qu'il me faut ! marmonna le rouquin, ses oreilles rougissant légèrement.

-Dans ce cas, on ferait mieux d'y aller, surtout qu'on doit encore retrouver Hermione et Ginny…

-Si on arrive à les retrouver dans cette foule, grommela Ron. Ce n'est pas gagné. »

Harry secoua la tête, amusé, et entraîna son ami à sa suite, bien décidé à retrouver les deux jeunes filles, même s'il savait pertinemment qu'elles rejoindraient obligatoirement les autres membres de la famille Weasley à un moment ou à un autre. Tous deux passèrent à côté d'un petit groupe de sorciers.


Un aboiement sonore les tira de l'observation d'un nouveau stand, proposant des photos dédicacées des joueurs. Les deux adolescents échangèrent un regard entendu, reconnaissant sans mal cet aboiement familier, et oublièrent aussitôt la reproduction d'Aline Beausoleil, la poursuiveuse principale française qui avait obtenu, pour la deuxième année consécutive, le titre de joueur la plus sexy.

« Tu savais qu'il allait venir ? » murrmura Ron.

Harry secoua négativement, et s'avança dans l'allée, sous la pluie battante qui s'était mise à tomber dix minutes plus tôt, guettant l'arrivée de Patmol. Celui-ci, trempé, émergea aussitôt d'un groupe de supporters anglais, parfaitement indifférent aux protestations qui s'élevaient sur son passage alors qu'il se glissait entre les sorciers, en bousculant certains ou en écrasant occasionnellement des orteils.

« Sniffle ! » s'exclama aussitôt Harry, agréablement surpris de le voir ici.

Le canidé voulu s'arrêter devant eux mais, emporté par son élan et glissant sur les graviers humides qui recouvraient l'allée, il dérapa et finit sa course dans un stand de souvenirs, sous le rire étouffé de Ron et les cris scandalisés du vendeur qui surgit aussitôt devant son étalage ainsi dévasté, alors que l'animal se dégageait tant bien que mal d'un amoncellement de chapeaux qui récitaient, d'une voix nasillarde, les noms des joueurs et de figurines diverses.

«- Excusez-le, monsieur, il nous a échappé, commenta le jeune Weasley, à l'attention du sorcier contrarié, alors que le chien noir rejoignait, la tête basse, les deux adolescents.

-Vous feriez mieux de lui mettre une laisse à votre animal, grogna l'homme, arrachant un jappement outragé au concerné, tout en remettant de l'ordre dans ses articles d'un mouvement de baguette.

-Et je crois que ceci est aussi à vous, ajouta Harry en détachant une écharpe tricolore, accrochée à la queue du canidé et en la tendant au vendeur qui la récupéra sans un mot. Et vraiment désolé, monsieur, ça ne se reproduira pas. »

L'homme marmonna des propos qu'ils ne purent saisir tout en réorganisant son étalage, se désintéressant totalement des deux garçons.

« On ferait mieux de partir, marmonna Ron en agrippant son meilleur ami par le bras. Avant qu'il ne change d'avis et décide de porter plainte, ou que quelqu'un réalise qui tu es. Inutile d'attirer d'avantage l'attention. » ajouta-t-il en désignant d'un signe de tête les quelques curieux, apparemment amusés, qui observaient la scène, en échangeant quelques mots.

Harry acquiesça et tourna les talons, faisant signe au chien de le suivre, ce que l'Animagus fit sans se faire prier, trottinant à leur suite, la tête basse, alors qu'ils s'efforçaient de s'éloigner le plus rapidement possible.

« Bravo pour la discrétion, ironisa Harry, au bout d'un moment. Dois-je te rappeler que nous ne sommes pas sensés nous faire remarquer ? »

Patmol s'ébroua, la mine penaude.

« Sans compter que tu avais l'air parfaitement grotesque, insista l'adolescent, sans pouvoir réprimer, cette fois, un sourire moqueur. Attend que je raconte ça à mon père ! »

L'animal se figea, redressant vivement la tête, gratifiant le garçon d'un regard indigné.

« Parce que tu croyais vraiment que je ne dirais rien ? » se moqua Harry.

Le chien jappa, l'air contrarié, et s'écarta légèrement des deux garçons, non sans leur accorder un dernier coup d'œil offensé et un reniflement dédaigneux. Ses manières faussement indignées provoquèrent aussitôt l'hilarité des deux sorciers.

« Ceci dit, nous ferions mieux de retourner au stade, ça va bientôt faire une heure, commenta finalement le jeune Potter en jetant un bref regard à sa montre. Et je ne dirais pas non à de bonnes places assises et au sec. »


« Parfait, tout est en ordre. »

L'un des deux Aurors postés devant la porte jeta un dernier regard aux billets et les rendit à Arthur qui les remercia d'un signe de tête.

« Vous pouvez y aller. Evidemment, une fois cette porte franchie, vous ne serez plus autorisé à circuler entre les différentes loges, et encore moins quitter l'étage, jusqu'à la fin du match. rappela l'homme, en parcourant du regard le groupe qui s'entassait devant lui dans le couloir menant aux loges, s'attardant brièvement sur le chien noir assis sagement aux pieds de Remus, la langue pendante. Et ces consignes s'appliquent aussi aux animaux. »

Sur ces dernières recommandations, il s'écarta, libérant enfin l'accès à la porte. Le petit groupe franchit la porte, s'engageant dans l'escalier étroit, recouvert d'un épais tapis rouge. Le battant se referma derrière eux dans un claquement sec.

«- Et bien, ça promet, marmonna Ron.

-Ils ne font que leur travail, rétorqua Hermione. Et on ne peut pas leur reprocher de tout faire pour assurer la sécurité de tous, surtout après ce qu'il s'est produit, lors de la finale de la Coupe du Monde, il y a quatre ans.

-Ouais mais, c'est quand même le quatrième poste de contrôle qu'on passe.

-Est-ce vraiment nécessaire de te rappeler que certains d'entre nous bénéficient de mesures de sécurité accrues ? » riposta la jeune fille en jetant un regard en coin vers Harry qui leva les yeux au ciel à cette remarque.

L'adolescent secoua la tête, vaguement agacé. Visiblement, le Ministère, tout comme Dumbledore, avait à cœur d'assurer sa protection, à un point tel que ça aurait presque pu être risible. C'était même à se demander qui des joueurs ou de ses proches et lui bénéficiaient des mesures de sécurité les plus importantes ?

Le vieux sorcier avait même exigé qu'ils recourent, par petit groupe, à des moyens de transport différent, à des heures et des endroits différents, pour se rendre sur les lieux. C'était d'ailleurs pour cette raison que Harry était arrivé sur les lieux, deux heures avant le début du match, avec son père, en recourant, bon gré mal gré, à un Portoloin, alors que sa mère et Remus (moins enthousiasmés par l'idée d'assister au match), eux, ne les avaient rejoints que plus tard, accompagnés de Patmol, en transplanant, conformément aux instructions données par Dumbledore. Systématiquement, des membres de l'Ordre les attendaient sur place pour vérifier leur identité avant de les autoriser à rejoindre le parc sportif.

Harry estimait ces mesures excessives et parfaitement inutiles. Après tout, si Voldemort décidait d'agir ce soir-là (ce dont le garçon doutait fortement), non seulement il n'aurait aucun scrupule à éliminer quiconque se trouverait sur son passage, mais en plus, il serait confronté à des protections poussées à l'extrême et à un personnel quasi-paranoïaque. Presque tous les Aurors avaient, ainsi, été affecté à la surveillance des lieux, sans parler des membres de l'Ordre que Dumbledore avait lui-même désignés pour appuyer les troupes du Ministère, le cas échéant.

Ayant atteint le sommet de l'escalier, le petit groupe franchit la seule porte de l'étage, qui donnait sur la loge principale. Se faufilant entre les deux jumeaux, Patmol trottina jusqu'à la rambarde, y posant ses pattes avant, pour avoir une meilleure vue sur le stade qui s'étendait en contrebas, observant ainsi les toiles qui s'étendaient magiquement au dessus des tribunes, pour protéger les spectateurs de la pluie qui commençait à tomber. De puissants projecteurs, magiquement amplifiés, éclairaient le terrain, au point qu'on aurait presque pu se croire en plein jour, malgré les épais nuages sombres qui masquaient désormais le ciel nocturne.

« Patmol, descend de là. » grogna Remus alors que le groupe de sorciers prenait place sur les sièges confortables qui occupaient, sur trois rangées, la salle.

Le canidé tourna la tête vers lui, la langue pendante.

« Viens ici tout de suite, ou je te jure que je te met une laisse. »

Les oreilles du chien se dressèrent aussitôt sur sa tête, mais, semblant estimer la menace suffisante, il se laissa retomber sur ses quatre pattes et rejoignit les sorciers, la mine bougonne.

« Tu auras tout le temps de voir le match tout à l'heure, mon vieux. » commenta James, amusé, en le gratouillant brièvement derrière les oreilles, lorsqu'il passa à sa hauteur.

L'Animagus grogna et se laissa tomber lourdement aux pieds de Remus, en soupirant profondément.

«- Bien, sur ce, j'y retourne, déclara finalement Arthur.

-Vous ne restez pas, Mr Weasley ? s'étonna Harry, en se retournant sur son siège.

-Malheureusement, non. Je suis de service, cette fois. Je devais veiller à ce que vous passiez tous les contrôles sans encombre et, maintenant que cela est fait, il ne me reste plus qu'à rejoindre mes collègues chargés d'assurer le bon déroulement de la manifestation. »

Sur ces mots, il prit congé du petit groupe et quitta la loge, la porte se refermant derrière lui.

«- Cette année, ils ont sollicités tous les services, pour couvrir l'évènement, commenta Molly, en surveillant du coin de l'œil les jumeaux qui complotaient à voix basse un peu plus loin.

-Et c'est payé double, murmura Ron à l'attention de son meilleur ami, ses oreilles rougissant légèrement, comme à chaque fois qu'il abordait un sujet qui l'embarrassait. Papa disait qu'il en profiterait pour emmener maman voir Charlie, quand on sera retourné à Poudlard. »

La porte s'ouvrit. Tous se retournant instinctivement dans cette direction, pour voir un autre employé du Ministère s'écarter pour laisser entrer…

Bleuenn adressa un sourire aimable à Harry, alors qu'elle s'avançait dans la pièce, en compagnie de son amie, la fameuse Gwenaëlle, d'un couple qui devait, sûrement, être ses parents, et d'un sorcier à l'air jovial.

«- Nous nous revoyons déjà, constata la française, une lueur amusée animant ses yeux bleus.

-Bleuenn, l'apostropha aussitôt la femme, brune, qui l'accompagnait. Où sont donc passées vos bonnes manières, jeune fille ? Ce n'est pas ainsi qu'on entre dans une pièce déjà occupée. »

La jeune fille leva les yeux au ciel mais finit par baisser légèrement la tête, se soumettant à la réprimande maternelle.

« Bonsoir, messieurs et mesdames. » lança-t-elle en se recomposant une expression plus solennelle.

Les autres occupants saluèrent les nouveaux venus de la même manière, très protocolaire.

« Bonsoir, Reynald Watson, responsable du Département des jeux et sports magiques, se présenta alors le sorcier qui accompagnait les français, en serrant la main de Remus, avant de faire de même pour l'ensemble du groupe. C'est un plaisir de vous avoir parmi nous, ce soir, ajouta-t-il à l'attention du couple Potter. Mais laissez-moi vous présenter Clara Delgrange, la représentante de l'Ambassade britannique en France, son mari, Raymond, leur fille, Bleuenn et leur nièce, Gwenaëlle, précisa-t-il, désignant chacun des quatre français qui saluèrent à leur tour le petit groupe. Vous avez déjà entendu parler de Harry Potter, il me semble ? » continua-t-il à leur attention.

La porte s'ouvrit à nouveau, coupant court à ces présentations, au plus grand soulagement du jeune Potter qui échappait ainsi aux habituels coups d'œil peu discrets à sa cicatrice, alors que celui qui avait succédé à Ludovic Verpey reportait son attention sur les arrivants.

«- Anita Campbell, murmura Ron à l'attention de son meilleur ami, en désignant la femme qui pénétra, à cet instant, dans la pièce. La responsable de la section britannique de la Coopération Internationale Magique. Derrière, c'est Rufus Scrimgeour, le…

-Ministre de la magie, je sais. » le coupa Harry.

L'ancien chef des Aurors avait été nommé Ministre de la magie après le retour de Voldemort, pour succéder à un Cornélius Fudge quelque peu dépassé par les évènements.

«- Et Pierre Dupont, le responsable de la Coopération Internationale Magique française, renchérit Hermione, en désignant le troisième arrivant. Il est, à ce jour, le plus jeune sorcier nommé à ce poste, et cela au niveau mondial. Je l'ai lu dans…

-Grand bien lui fasse. » marmonna Ron.

Harry vit ses parents échanger un regard amusé face à leur échange, puis reporta son attention sur les deux jeunes filles françaises alors qu'elles se glissaient jusqu'à la barrière, conversant en français, en ôtant négligemment leur veste, pour étudier le stade qui s'étendait devant elles d'un air critique. Dans le même temps, Reynald Watson faisait signe à ses invités de s'installer, les entraînant déjà vers des places libres au premier rang.

Les deux françaises arboraient un assortiment tricolore, portant toutes les deux un haut bleu, un pantalon blanc et des chaussures rouges. Le haut de Bleuenn, déjà assez court, remonta d'avantage lorsqu'elle s'accouda à la balustrade, dévoilant ainsi une partie de son dos, arrachant un sifflement admiratif de la part de Ron. Ce qui lui valut aussitôt un regard réprobateur de sa mère, un, moqueur, de son meilleur ami et un, indigné, d'Hermione qui le gratifia d'une claque derrière la tête.

« Eh ! protesta-t-il en se massant l'arrière du crâne. J'y peux rien si elle a une superbe chute de reins. » ajouta-t-il, à voix basse, en se penchant légèrement vers Harry.

Le brun se contenta de hausser les épaules.

« Bleuenn, Gwen, venez donc vous asseoir, les interpela, au même instant, Mrs Delgrange. Au lieu de vous exhibez ainsi… »

Les adolescents britanniques échangèrent un regard entendu, alors que les deux concernées rejoignaient docilement leur place, où elles se firent à nouveau sermonner, au sujet de leur tenue vestimentaire cette fois. Cette femme n'avait vraiment pas l'air facile à vivre. Un claquement sec, suivit d'une exclamation indignée, d'un éclat de rire aussitôt déguisé, plutôt maladroitement, en une fausse quinte de toux et d'un aboiement sonore, les détournèrent de leurs réflexions, alors que les plus jeunes se tournaient vers l'origine de l'agitation. Harry haussa un sourcil en voyant son père se frotter, lui aussi, l'arrière de la tête, sous le regard outré de sa mère.

«- Euh… Pourrait-on savoir ce qu'il s'est passé ?

-J'crois que ton père a juste fait remarqué à ta mère qu'apparemment, il existait quelqu'un d'encore moins commode qu'elle. » lui glissa, discrètement Ginny, assise derrière lui, en se penchant sur sa chaise.

Harry réprima un éclat de rire, mais personne n'eut l'occasion d'épiloguer d'avantage, alors que la porte s'ouvrait à nouveau, sur des spectateurs bien moins aimables.

« Ah zut, voilà les Malefoy, grinça Ron, en levant les yeux au ciel. Manquait plus qu'eux. J'aurais dû m'en douter, avec tous ces officiels, il fallait bien qu'ils viennent se faire mousser. »

Reynald Watson se leva aussitôt, se hâtant fébrilement à la rencontre des nouveaux venus, s'inclinant galamment devant Narcissa, qui le gratifia d'un regard hautain, avant de tendre la main à l'homme qui l'accompagnait

«- Ah, Lucius, heureux que vous ayez pu venir, lança-t-il avec bonne humeur.

-Je n'aurai manqué ça pour rien au monde, mon cher, rétorqua l'homme blond, en esquissant un sourire glacial, tout en serrant brièvement la main de l'employé du Ministère. Je vois que Monsieur le Ministre est déjà là et aussi… Oh, tiens donc, ajouta-t-il, alors que son regard se posait sur le groupe de sorciers déjà installés. Je vois que la fréquentation des loges réservées aux officiels laisse de plus en plus à désirer, murmura-t-il en esquissant une moue dédaigneuse, juste assez fort pour être entendu par les personnes visées mais pas par Reynald Watson qui s'était déjà lancé dans une description enthousiaste de l'évènement à venir. Drago, Narcissa, allons saluer le Ministre et ses invités.

-Toujours aussi aimables, ceux-là, marmonna James en les suivant du regard, alors qu'ils rejoignaient le premier rang. Et c'est sensé donner une image respectable des Sang-pur. »

La porte s'ouvrit à nouveau, attirant une fois de plus l'attention générale sur l'arrivant.

« Professeur Dumbledore ? » s'étonna Harry.

Vu les relations que le vieux sorcier entretenait, actuellement, avec ses parents, il était vraiment la dernière personne que l'adolescent s'attendait à voir ici. Patmol se leva d'un bond, les babines retroussées, mais abandonna aussitôt sa posture agressive sur un geste de Remus et se laissa à nouveau tomber sur le sol, non sans continuer à surveiller le directeur de Poudlard du coin de l'œil. Lily, elle, s'empara de la main de son mari, la serrant brièvement, pour l'inciter au calme, alors qu'une tension soudaine s'était abattue sur le groupe.

« Bonsoir. » les salua, très formellement, le vieil homme en leur accordant à peine un regard, avant de s'avancer sans plus de cérémonie, vers le premier rang, pour s'entretenir avec leurs visiteurs français, accordant un baisemain à Mrs Delgrange et les deux adolescentes, saluant respectueusement les envoyés ministériels des deux pays, et une vive poignée de main à Mr Delgrange. Les présentations faites, il se lança dans une discussion animée avec leurs visiteurs.

Ron et Harry échangèrent un regard entendu, face au comportement distant du vieux sorcier.

« Et bien… Je savais qu'il était contrarié mais à ce point… » marmonna le rouquin.

Harry grimaça, conscient d'être la cause des désaccords qui opposaient ses parents au directeur de Poudlard. Néanmoins, sa présence, bien qu'inattendue, avait au moins l'avantage de leur assurer une certaine tranquillité durant le match. Si, malgré tout, Voldemort avait envisagé une quelconque offensive, il ne s'y risquerait certainement pas sous le nez de son plus vieil adversaire.


Les deux Attrapeurs plongèrent dans un même mouvement, arrachant des cris enthousiastes aux supporters. Le match avait commencé cinq heures plus tôt, les joueurs des deux équipes se livrant une lutte acharnée, rendant coup sur coup, but sur but, et cela sous une pluie qui n'avait pas cessé s'intensifier au cours de la rencontre. Jouant désormais sous une pluie battante, les anglais, vêtus de robes bleues, profitaient d'une meilleure technique de jeu et de l'expérience de joueurs plus âgés que leurs adversaires, portant des robes blanches, qui, eux, faisaient preuve d'une audace et une vivacité impressionnantes, renforcées par les capacités défiant toute concurrence, de leurs balais.

Harry avait, deux semaines plus tôt, lu un bref article vantant les mérites d'un nouveau balai, la Foudre des Dieux, encore au stade expérimental, sur lequel travaillaient des spécialistes français et qui, selon sa fiche technique, se révèlerait bien plus performant que l'Eclair de feu, tout du moins sur le plan de la vitesse et de la réactivité. Mais rien dans cet article ne laissait présager, une mise en circulation immédiate, de sorte qu'il avait été plus que surpris lorsque Reynald Watson, chargé de commenter le match, avait annoncé que l'équipe adverse utiliserait des prototypes dudit balai durant la partie.

« Doyle n'a aucune chance en piqué. » s'exclama Ron, alors que l'Attrapeur français prenait, déjà, l'avantage sur son adversaire, le distançant aisément.

Un Cognard, envoyé par l'un des Batteurs anglais, coupa soudainement leur trajectoire, obligeant les deux joueurs à dévier, permettant ainsi à Jack Doyle de remonter, bénéficiant de la meilleure maniabilité de son Eclair de Feu, à l'inverse de son adversaire, contraint d'effectuer une courbe plus large avant de pouvoir revenir dans la course.

« La maniabilité est à revoir. » commenta Harry, en ajustant ses multiplettes, pour zoomer un peu plus sur les deux joueurs et, surtout, la petite balle d'or qu'ils traquaient.

Des acclamations s'élevèrent dans les tribunes françaises, annonçant l'égalisation obtenue grâce à un nouveau but d'Aline Beausoleil.

« Le Souaffle est remis en jeu, annonça le commentateur. Benson à l'attaque, alors que Doyle et Fontaine se livrent un duel acharné pour prendre l'avantage. »

Effectivement, le Vif d'or ne cessait de louvoyer entre les joueurs, modifiant sans cesse sa trajectoire, donnait du fil à retordre aux Attrapeurs, mais empêchant aussi Antoine Fontaine de tirer profit de la vitesse de son balai, au profit de l'attrapeur adversaire qui exploitait au mieux la maniabilité infaillible de son propre balai.

«- Deux Gallions sur Fontaine, murmura Fred.

-Tenu mais tu peux toujours rêver, riposta aussitôt Georges. En ligne droite, je ne dis pas, mais là… Doyle a clairement l'avantage et…

-THOMPSON MARQUE ! » hurla le commentateur, pour dominer la clameur qui s'était élevée dans les tribunes.

Au même instant, le vif d'or remonta en chandelle, rapidement imité par les deux Attrapeurs, face à la pluie battante. Un Cognard passa entre eux, manquant de peu l'Attrapeur britannique qui se plaqua sur son balai pour l'éviter, alors qu'il filait à la poursuite de la balle dorée, talonné par son adversaire qui, tirant enfin profit de la vitesse de son balai, rattrapait déjà les quelques fractions de secondes qu'il avait perdu dans le changement d'orientation de leur course.

« Beausoleil en possession du Souaffle, beugla la voix magiquement amplifiée de Watson, alors que, dans les gradins, tous les supporters s'étaient levés, hurlant, gesticulant, les yeux (ou, pour la plupart, les multiplettes) rivés sur les deux Attrapeurs. Et Fontaine prend l'avantage sur Doyle et… Fontaine a manqué le vif d'or ! » ajouta-t-il sous les hurlements indignés des français massés dans les tribunes.

Effectivement, dans une dernière accélération impressionnante, le joueur français, plaqué sur son balai, avait distancé son adversaire et, visiblement pris au dépourvu, par la puissance de son balai, avait dépassé la balle dorée.

« Quel idiot, murmura James. Il s'est laissé surprendre par la puissance de son balai. »

Mais, alors que l'Attrapeur anglais, tirant profit de cette erreur, allait refermer les doigts sur le vif d'or, celui-ci changea à nouveau de cap, bifurquant rapidement dans l'air, imité par le joueur à la robe bleue, alors que Fontaine piquait vivement dans l'intention de rectifier son erreur. La balle ailée filait, passant entre deux joueurs, le Souaffle passant au-dessus de la tête de Doyle, un Cognard manquant de peu l'Attrapeur français, sifflant à leurs oreilles, avant d'être écarté par l'un des Batteurs français, en direction de Herbert Thompson, alors en possession du Souaffle, qui se jeta de côté sur son balai, la balle rouge calée sous son bras, pour l'éviter, avant de lancer habillement le projectile écarlate à l'un de ses coéquipiers qui passa en dessous de lui, filant résolument vers les buts adverses.

« Fontaine et Doyle sont aux coudes à coudes, aucun d'eux ne veux céder le moindre pouce de terrain à l'autre. Le Vif d'or ne cesse de zigzaguer, les obligeant sans cesse à rectifier leur trajectoire… et non, il pique à nouveau, talonné par les deux Attrapeurs. Tous deux filent comme des flèches vers le sol. Doyle prend l'avantage. Non, Fontaine. Fontaine prend la tête, il tend la main et... oui, il l'a attrapé cette fois ! » cria le commentateur alors que l'arbitre sifflait la fin de la partie.

Des acclamations s'élevèrent parmi les supporters français, dominant l'annonce du score, de cent dix à deux cent cinquante points en faveur de l'équipe française, alors que Fontaine, le poing levé, retenant fermement le vif d'or, en un geste triomphal, alors qu'il remontait en chandelle, à la rencontre de ses coéquipiers qui l'entourèrent, euphoriques, alors que, dans les tribunes, les supporters français entonnaient leur hymne national, et que Fred se jetait sur son jumeau, lui réclamant son dû.

Dans la loge principale, les français partageaient la liesse générale, applaudissant chaleureusement leurs joueurs alors qu'ils se posaient, imités par leurs adversaires qui leur serrèrent, bons perdants, la main, les félicitant pour leur victoire.

« Vous feriez mieux de rentrer. »

Obnubilé par ce qu'il se passait sur le terrain, Harry sursauta, pris au dépourvu par l'intervention de Dumbledore. Abaissant ses multiplettes, l'adolescent se tourna vers le vieux sorcier. Celui-ci, ayant quitté sa place au premier rang, se tenait près de Remus.

« Autant éviter les mouvements de foules, ou d'attirer l'attention sur votre présence, ce qui ne manquera pas d'arriver lorsque les joueurs arriveront. »

Harry haussa les sourcils et se tourna vers ses parents, alors qu'ils échangeaient un regard entendu. Ron protesta vertement, contrarié de ne pas pouvoir voir les joueurs de près, avant de se faire rapidement rabrouer par sa mère. Le vieux sorcier esquissa un sourire indulgent.

« Rien ne vous empêche de rester là, profiter du spectacle, précisa le directeur de Poudlard. Je conseille fortement aux Potter de ne pas s'attarder plus que de raison. »

Harry fronça les sourcils, face à l'insistance du vieil homme et à la façon dont il évitait délibérément de s'adresser directement à ses parents. Remus se leva vivement, tout en faisant signe au gros chien noir debout à ses pieds de ne pas bouger.

«- Le professeur Dumbledore a raison, déclara posément le lycanthrope.

-Oui, il est sûrement plus raisonnable de rentrer dès à présent, maintenant que le match est terminé. » confirma Lily, en jetant un regard très significatif à son mari.

Celui-ci voulu protester mais se ravisa devant l'expression de son épouse. Harry se leva, anticipant déjà sur la suite des évènements.

«- Mais…, protesta Ron en le retenant par le bras.

-Tu me raconteras, lui glissa le brun. Nous, on doit rentrer. En tout cas, ça faisait plaisir de vous revoir, tous, ajouta-t-il à l'attention de ses deux amis.

-Nous ferions peut-être mieux de rentrer, nous aussi. » intervint Molly.

Sa proposition fut accueillie par des cris scandalisés de ses enfants, leur attirant l'attention des autres occupants de la loge. Face aux regards circonspects des dignitaires français et britanniques, Mrs Weasley ne pu que céder aux exigences de ses progénitures. Parcourant la pièce du regard, s'attendant à rencontrer des regards condescendants de certaines personnes, Harry plissa les yeux en notant l'absence des Malefoy… Ce qui expliquait l'absence de propos désobligeants et, très certainement, l'insistance du professeur Dumbledore pour qu'ils partent au plus vite.

«- Allons-y, dans ce cas, déclara soudain James, avant de saluer rapidement les autres sorciers présents dans la salle.

-On vient avec vous, annonça Remus, Patmol sur ses talons.

-Rien ne vous y oblige, protesta aussitôt James.

-On rentre avec vous, insista simplement le lycanthrope. Molly, professeur Dumbledore. » les salua-t-il brièvement.

Sirius, sous sa forme canine, jappa, s'attirant les regards perplexes des autres occupants de la loge.

« Filez, vite ! intima Dumbledore en jetant un regard perçant à l'animal qui ne broncha pas, apparemment indifférent aux réprimandes silencieuses du vieux sorcier. On vous escortera jusqu'à l'arrière du stade, et là, on vous fournira un Portoloin. Je me charge de justifier votre départ précipité auprès de nos visiteurs. »

Harry se hâta à la suite de Remus et Patmol, ses parents à sa suite, sentant peser sur lui le regard intense du directeur de Poudlard. Une fois à la porte, il se retourna un bref instant, en profitant pour adresser un rapide geste de la main à l'intention de ses amis qui lui répondirent de la même façon.

« Allez viens, rentrons, lui glissa son père, posant une main sur son épaule en le rejoignant. Tu les reverras bientôt, crois-moi. »

L'adolescent se laissa entraîner hors de la pièce, puis dans l'escalier. Ils furent brièvement interpelés par les Aurors postés de l'autre côté de la porte donnant accès au reste du stade, mais les employés du Ministère les laissèrent passer sans plus de cérémonie, leur souhaitant un bon retour. Un troisième Auror surgit alors d'un pas rapide dans le couloir, l'air solennel.

« Le professeur Dumbledore m'a chargé de vous conduire jusqu'à la sortie, annonça l'homme. Alexander Anderson, se présenta-t-il brièvement face aux mines circonspectes de ses interlocuteurs. Si vous voulez bien me suivre, nous ferions mieux de ne pas nous éterniser, les joueurs arrivent. »

Le petit groupe obtempéra, se laissant entraîner, sans un mot, jusqu'à une sortie de secours, donnant sur l'arrière du stade, d'où s'élevait toujours les cris enthousiastes des supporters acclamant la victoire de leurs joueurs, étouffant presque les commentaires de Reynald Watson, alors qu'il présentait les joueurs qui avaient désormais rejoint la loge principale.

« Le professeur Dumbledore m'a chargé de vous remettre ceci, reprit alors l'Auror en tirant une brosse à cheveux édentée de l'une de ses poches. Il s'activera dans… deux minutes, ajouta-t-il en jetant un bref regard à sa montre. Alors ne tardez pas. » précisa-t-il en tendant l'objet usé à Remus.

Tous échangèrent un bref regard, alors qu'Alexander reculait vers la porte, puis tendirent la main, pour toucher l'objet sensé les ramener chez eux, Patmol mordant précautionneusement le manche de la brosse, à l'instant où le sort se déclenchait, les entraînant loin du stade, de l'Auror trop sérieux, de la foule et du bruit.


Ils réapparurent sur un trottoir obscur, à la limite du périmètre protégé, pour quiconque ne serait pas dans le secret, par le sortilège de Fidélitas. Mais eux, voyait déjà devant eux le petit muret, couvert de mousse, qui entourait la propriété, de part et d'autre du portail en bois blanc, on ne peut plus anodin, qui donnait l'accès à la courte allée en graviers, entourée de parterres de fleurs soigneusement organisés, qui menait au cottage, simple et parfaitement ordinaire, semblable à tant d'autres dans le quartier. Même sans les nombreuses protections magiques qui l'entourait, rien n'aurait pu laisser deviner qu'une famille de sorciers traqués par un mage noir revanchard, vivait désormais en ces lieux. Un Moldus, ou quiconque ne partageant pas le secret, n'aurait vu, en passant sur le trottoir, qu'une vieille construction abandonnée, à moitié en ruine et envahie par la végétation, dans un état de dégradation trop avancé pour que quiconque se risque à s'en approcher tandis que les protections magiques finissaient de garder les plus curieux à distance, assurant une sécurité quasi-absolue à ses habitants… tant que le secret demeurait bien gardé, évidemment.

Patmol trottina jusqu'au portail, prenant appui avec ses pattes avant sur la barre supérieure pour ouvrir le portail et se tourna vers Lily, l'air interrogateur, la queue battante. La jeune femme leva les yeux au ciel.

« Si ça peut te faire plaisir ! soupira-t-elle, avant de sortir sa baguette et neutraliser brièvement les sorts qu'elle avait elle-même apposés sur le portail pour renforcer la protection de leur propriété en toutes circonstances. Satisfait ? »

Le chien noir aboya en réponse et saisit le verrou entre ses dents, ouvrant ainsi le portail. Cela fait, il se laissa retomber sur ses quatre pattes et poussa avec sa tête le battant qui pivota silencieusement sur ses gonds, libérant le passage. Satisfait, le chien noir jappa, et, jetant un coup d'œil entendu aux sorciers qui l'accompagnaient, il s'avança en trottinant dans le jardin, pénétrant dans l'enceinte protégé de la résidence secondaire où les Potter vivaient désormais, prenant la tête de leur petit groupe. Fermant la marche, Lily scella à nouveau le portail, réactivant ses sortilèges protecteurs avant de rejoindre son mari. Celui-ci passa un bras autour de ses épaules, l'embrassant brièvement sur le front, alors qu'ils rejoignaient tous la bâtisse.

«- Il ne se passera rien, murmura-t-il, de façon à n'être entendu que par elle. Monsieur je décide tout pour tout le monde a juste voulu être prudent, ajouta-t-il en levant les yeux au ciel, sarcastique.

-Oui sûrement, soupira-t-elle en reportant son attention sur leur fils qui riait, devant eux, au comportement, on ne peut plus canin, de Patmol qui bondissait autour de lui en aboyant bruyamment. Nous serons vite fixés, dans tous les cas, je suppose. Si sa cicatrice…

-Il ne se passera rien, Lily, rétorqua James. Je suis prêt à parier que l'autre cinglé ne tentera rien dans l'enceinte du stade…

-Mais les Malefoy…

-Ne sont partis dès la fin du match que parce qu'ils ne supportent pas la défaite et qu'ils espéraient tout simplement que l'Angleterre l'emporterait sur la France… Ils sortent tous de Serpentard, ce n'est pas pour rien. »

Malgré ses inquiétudes, Lily esquissa un sourire à cette remarque.

«- Supposons… Il n'empêche…

-Tu réfléchis trop, mon ange, la coupa-t-il alors qu'ils atteignaient le perron. Même si elle a été quelque peu abrégée, cette sortie a été agréable, et c'est tout ce qui compte, non ? ajouta-t-il en déposant un rapide baiser sur les lèvres de son épouse alors qu'ils rejoignaient les trois autres sur le seuil. Tu devrais pouvoir reprendre ton apparence humaine, maintenant, mon vieux. » reprit-il à l'attention de son meilleur ami.

Pour toute réponse, Patmol aboya et vint s'asseoir aux pieds de Remus, la langue pendante. Lily leva les yeux au ciel.

« Les poils, les puces et les pattes pleines de boue restent dehors, Sirius. » lui rappela-t-elle en le fixant d'un air sévère.

Le canidé noir la fixa d'un air indigné et disparu dans un claquement sec.

« Des puces, moi ? » riposta-t-il, scandalisé qu'elle ait pu émettre une telle possibilité, dès qu'il eut reprit sa forme humaine.

Lily se passa de tout commentaire, se contentant d'esquisser un sourire moqueur, avant d'ouvrir la porte d'entrée.

«- Je suis sûr que Véga et Hedwige ont plus de puces que moi, insista Sirius, en franchissant la porte à la suite du couple. Et pourtant, elles, elles peuvent rentrer…

-Faut-il vraiment te rappeler que ces chouettes ont une fonction réelle, elles ? » intervint Remus, entrant à la suite de Harry qui suivait, amusé, la discussion. Oh, très mature, se moqua-t-il alors que son ami lui tirait la langue en guise de réponse.

Un claquement sec coupa court à leur échange. A peine arrivée dans l'entrée, Twinkle s'inclina respectueusement devant le petit groupe.

« J'espère que vous avez passé un bon moment, Maîtres, lança-t-elle. Si vous voulez bien passer au salon, nous vous ferons servir un petit apéritif en attendant le dîner. »

James acquiesça machinalement, tout en verrouillant la porte d'entrée, renouvelant, à son tour, les sortilèges de protections qui y étaient apposés. Même si Harry était, lui aussi, parfaitement en mesure de neutraliser et de réactiver la plupart des enchantements auxquels recouraient ses parents, il les laissait généralement s'en charger eux-mêmes

« Très bien, nous y allons. Merci. » commenta le maître des lieux.

L'Elfe de maison s'inclina à nouveau et disparu aussi vite qu'elle était arrivée, alors que le petit groupe rejoignait la pièce voisine.


« Bon, ceci dit, plus sérieusement, comment ça se passe avec Harry ? » s'enquit Sirius en se penchant par-dessus la table basse du salon, un verre de Whisky pur feu à la main, en fixant avec gravité son meilleur ami.

Après le dîner, l'adolescent s'était rapidement excusé, prétextant la fatigue lorsque sa mère s'en était étonnée, et répliquant, avec une irritation évidente, qu'il ne leur cachait rien lorsque son père avait voulu s'assurer qu'il ne cherchait pas, ainsi, à leur masquer une quelconque réaction de sa cicatrice.

« Ne craignez-vous pas qu'il revienne.., discrètement dirons-nous, écouter notre discussion ? » tenta Remus en jetant un regard entendu en direction de la porte.

James esquissa un sourire amusé.

« Aucun risque, Twinkle a récupéré discrètement la cape d'invisibilité, à ma demande. Je doute même qu'il s'en soit rendu compte pour l'instant. Mais, dans tous les cas, je la lui rendrais à la rentrée, lorsqu'il retournera à Poudlard, il lui trouvera toujours un usage là-bas. »

Sirius eut un large sourire à ces mots, amplifié par le regard soupçonneux que Lily adressa aussitôt à son mari.

«- Plus sérieusement, tout va bien, il ne pose pas particulièrement de questions, en dehors des actions de Voldemort.

-Il n'y a que lui pour se soucier de ce genre de détails, qui plus est en ce moment, se moqua Sirius. Il en a vraiment oublié l'essentiel…

-C'est justement pour cette raison qu'il nous faut marquer le coup, répliqua Lily. Il n'a jamais pu profiter de ses vacances jusqu'à présent, d'ailleurs… »

Un claquement sourd à l'étage coupa court à la conversation.

« Qu'est-ce que… ? »

D'un même mouvement, tous les quatre se levèrent précipitamment, alors que l'adolescent, dévalant déjà les marches de l'escalier, sautait les quatre dernières et se réceptionnait adroitement dans l'entrée avant même que les adultes aient rejoint la porte du salon.

« Harry, mais…

-Hedwige… où est Hedwige ? » s'exclama le concerné.

Les adultes échangèrent un regard perplexe, surpris par cette requête et sa fébrilité soudaine.

« Elle chasse, avec Véga, à cette heure, mais… »

L'adolescent grimaça, se passant la main dans les cheveux d'un air agacé.

« La cheminée, réalisa-t-il alors.

-Harry, qu'est-ce qui s'est passé ? s'inquiéta Sirius en le retenant par les épaules lorsqu'il chercha à contourner les adultes pour se glisser dans le salon.

-Après, cingla le concerné en tentant de se dégager. Mais je dois… Il faut que j'en aie le cœur net… Lâche-moi ! »

Notant le froncement de sourcil de Remus et l'expression soucieuse de Sirius, James tendit la main, la posant sur le front de l'adolescent. Celui-ci tenta à nouveau de se dégager, réalisant ce que son père cherchait à faire mais c'était sans compter sur son parrain qui resserra d'autant plus sa prise. Mais sa réaction fut suffisante pour le trahir, d'autant plus lorsqu'il grimaça, bien malgré lui, quand les doigts paternels effleurèrent sa cicatrice.

«- Tu avais dit que tu ne nous cachais rien, s'indigna aussitôt l'adulte.

-Et c'était le cas, grogna l'adolescent. Ca vient juste de se produire… Je veux juste m'assurer que Ron et les autres soient sains et saufs.

-Je contacte le professeur Dumbledore, déclara aussitôt Remus, se ruant vers la porte d'entrée sans plus attendre, suivit par Lily. S'ils sont encore au stade, il doit sûrement être avec les Weasley. »

Une fois les sortilèges levés par la jeune femme, le lycanthrope envoya son Patronus aux nouvelles, sous le regard exaspéré de l'adolescent, qui se reprochait à voix basse de ne pas y avoir pensé lui-même.

Il se tut en notant le regard réprobateur des deux hommes restés près de lui et soupira.

« Ma cicatrice vient juste de se manifester, je ne sais rien de plus, je n'ai rien vu de ce qu'il s'est passé là-bas, je sais juste que Voldemort a fait quelque chose… Je te le jure. » ajouta-t-il en s'adressant tout particulièrement à son père.

Harry soutint sans mal le regard scrutateur de l'adulte, jusqu'à ce que Remus revienne, suivit par Lily, dès qu'elle eut renouveler les sortilèges de protections.

« Il ne reste plus qu'à attendre sa réponse, ça ne devrait pas être très long, déclara-t-il en les rejoignant. Mais on ferait mieux de s'asseoir, tous ensemble, en attendant. »

L'adolescent fronça les sourcils à ses mots, conscient qu'ils lui étaient tout particulièrement destinés, lui laissant entendre ainsi que les adultes ne le laisseraient pas s'en tirer aussi facilement.

«- Je ne vous ai rien caché, protesta-t-il, arrachant des sourires amusés aux adultes.

-Là n'est pas la question, mon chéri, rétorqua, posément, Lily en posant la main sur l'épaule de son fils. Il est juste préférable de rester tous ensemble en attendant la réponse du professeur Dumbledore, plutôt que de se morfondre chacun dans son coin. »

Harry leva les yeux au ciel mais se laissa entraîner par sa mère jusqu'au canapé.


Et voilà pour le deuxième chapitre. Au prochain, vous découvrirez, enfin, les actions de Voldemort et en quoi cela influencera la suite de la fic ^^

Bonne soirée à vous et peut-être au prochain chapitre…

Ccilia