Salut à tous !
Bill, pour répondre à ta question, Harry a donné une identité fictive pour se rendre plus difficile à repérer. Imaginons qu'il se soit présenté comme Ronald Weasley, et qu'un peu plus tard le chauffeur du bus croise Molly et lui dise "Tiens, au fait, votre fils Ron a pris le bus l'autre jour"... Pas terrible pour rester discret. La présence de Fudge au pub a ruiné sa stratégie, mais ça, Harry ne pouvait pas le prévoir.
Sytta, j'ai commencé à bosser son mon one-shot. :)
Et Joyeux Halloween à tous !
Chapitre 4 : le Chaudron Baveur
Harry s'habitua vite à sa liberté toute fraîche. Il se levait à n'importe quelle heure, pouvait manger ce qui lui plaisait, rôdait jusque tard le soir dans les rues du Chemin de Traverse… La seule contrainte qu'il se fixa fut de ne jamais mettre les pieds dans l'Allée des Embrumes. Harry savait qu'il était surveillé et ne tenait pas à accroître une réputation parfois équivoque, surtout auprès de Dumbledore, qui devait être informé de ses moindres faits et gestes. Aussi l'apprenti sorcier faisait-il très attention à suivre la même routine qui n'alerterait pas le directeur. Même si cela était parfois frustrant. Il se demandait si cette fameuse Main de la Gloire, qui offrait à son possesseur la possibilité d'avoir de la lumière tout en restant dissimulé dans l'ombre, était toujours en vente.
Chaque matin, Harry prenait donc son petit déjeuner dans la salle commune du Chaudron Baveur, toujours remplie d'une foule de clients tous plus originaux les uns que les autres. Il y avait des sorcières de la campagne qui venaient faire du shopping, habillées comme des hippies moldues, de vénérables vieux mages en robes brodées qui discutaient gravement des derniers articles du Mensuel de la Métamorphose, des nains qui tapaient trop fort sur le comptoir avec leurs chopes de bière et une fois, quelque chose qui ressemblait à une harpie, la tête enveloppée dans un passe-montagne (sans doute pour ne pas effrayer le reste de la clientèle), qui commanda une assiette de foie cru. L'endroit servant aussi de passage d'un monde à l'autre, Harry vit circuler un grand nombre d'individus. Un jour, ce fut un sorcier rabougri qui transportait au Service d'Analyse des Informations une pile de journaux moldus plus haute que lui ; une autre fois, ce fut une grande sorcière drapée dans un châle vert émeraude, l'allure majestueuse, qui traversa le pub, un panier rempli de sachets d'herbes sous le bras.
Après le petit déjeuner, Harry sortait dans l'arrière-cour et tapotait une certaine brique qui ouvrait le passage en arcade vers la rue commerçante. Il passait ses journées à explorer les boutiques, déjeunant au passage aux terrasses des cafés où les autres sorciers se montraient et commentaient leurs achats. Untel avait fait l'acquisition d'un chaudron pliable (Harry doutait de l'étanchéité de la chose), un autre s'inquiétait pour la sécurité de ses enfants et jurait de ne plus les laisser seuls dehors tant que Black serait en cavale. Malgré ces indications peu rassurantes, Harry n'avait jamais autant apprécié d'être dans la rue. Il allait faire ses devoirs chez Florian Fortarôme, le glacier, qui était très calé en histoire. Il servait des sundaes délicieux et des sorbets à tomber, ce qui n'aidait pas toujours la concentration.
Harry avait aussi rempli sa bourse de pièces d'or, d'argent et de bronze. Et il avait bien du mal à ne pas tout dépenser d'un seul coup. Il avait encore cinq années d'études à faire et devait se montrer économe. Mais Dieux que c'était dur ! Le jeu de bavboules en or, par exemple, l'avait beaucoup tenté. Jouer contre Malefoy et le voir couvert d'un liquide puant si jamais il perdait… Vision de rêve ! Harry fut aussi intéressé par une reproduction complète de la galaxie, mise sous verre, en 3D, dont les minuscules étoiles scintillantes exerçaient un effet presque hypnotique. Mais son prix était également astronomique… Il fit en revanche l'acquisition d'une intéressante étude sur les relations entre sorciers et dirigeants moldus au cours des siècles (apprenant au passage que le portrait d'Anne Boleyn, en dépit de sa réputation de sorcière, n'avait rien à faire à Poudlard. C'était plutôt celui de sa fille qui aurait dû orner les murs).
Cependant, sa volonté fut mise à rude épreuve par un objet très particulier.
Un matin, une grande foule se pressait devant le magasin d'accessoires de quidditch. Curieux, Harry alla voir de quoi il s'agissait. Se frayant un chemin parmi des sorciers très excités, il parvint à un podium où l'on présentait un magnifique balai étincelant.
- Ça vient de sortir, c'est un prototype, dit quelqu'un.
- C'est vrai que c'est le plus rapide du monde, Papa ? demanda un jeune garçon pendu au bras de son père.
- L'équipe d'Irlande vient de commander sept de ces merveilles, annonça le patron du magasin. Et ils partent favoris pour la Coupe du Monde !
- P***** ! C'est vrai qu'il est chouette…
- Marcus ? Qu'est-ce que tu fais là ?
- Salut, Potter ! Mon paternel a décidé que… hem ! Vu mes piètres résultats hors quidditch, je devais refaire ma septième année. Là, ça y est, je l'ai dit, ne le me fais pas répéter, hein !
- N'en fais pas un drame. Ça veut dire que tu restes avec nous pour étaler une fois de plus les valeureux Gryffondor. Attends… On peut lire la présentation !
Les deux compères se penchèrent vers un écriteau posé à côté du balai avec une expression gourmande.
L'ÉCLAIR DE FEU
Avec sa ligne aérodynamique et son manche en bois de frêne recouvert d'un vernis garanti inattaquable, ce balai de course représente le dernier cri en matière de technologie. Chaque modèle porte sur le manche un numéro de fabrication qui garantit sa qualité. Les branches de bouleau soigneusement sélectionnées ont été taillées une par une pour obtenir le meilleur coefficient de pénétration dans l'air, donnant à l'Éclair de Feu un équilibre et une précision insurpassables. Avec des accélérations de 0 à 240 km/h en dix secondes et un sortilège de freinage à toute épreuve, l'Éclair de Feu offre les meilleures performances et les meilleures conditions de sécurité actuellement disponibles sur le marché. Prix sur demande.
- Marcus… Avale ta salive.
- Gaaahhh… Merveille… Prix sur demande… J'ose même pas imaginer.
- Tu m'étonnes. Je viderais mon coffre si je voulais m'offrir ce balai.
- N'empêche… Toi là-dessus : tu ferais le tour du monde ! Et nous serions les rois.
- Tu l'as dit. Mais même si on ne peut pas l'acheter, je reviendrai le voir de temps en temps.
- Excellente résolution. Bon, je te laisse, j'ai encore des trucs à acheter.
Harry et Marcus se quittèrent donc là pour cette fois. Il y avait tant d'autres choses à acheter que les deux Serpentard n'avaient pas intérêt à traîner. Harry dut passer chez l'apothicaire et renouveler son stock d'ingrédients pour potions, puis il racheta des robes neuves et ses nouveaux manuels : Soins aux créatures magiques, Divination et étude des Runes.
Il eut une grosse surprise en voyant la vitrine de Fleury et Bott. Au lieu de la traditionnelle exposition de grimoires énormes recouverts de cuir épais incrusté de lettres d'or et parfois de pierreries se trouvait une grande cage de fer dans laquelle était enfermés environ cent exemplaires du Monstrueux Livre des Monstres. Des pages déchirées volaient dans tous les sens tandis que les livres se combattaient, s'agrippant par les « mâchoires » et claquant des couvertures. Harry sortit sa liste de livres et la lut en détail pour la première fois. Ces maudits bouquins étaient demandés pour le cours de Soin aux créatures magiques. Il fut reconnaissant à Hagrid de lui en avoir expédié un exemplaire. Le professeur qui avait eu l'idée de ces ouvrages était sans doute un vieil ami du garde-chasse… Quand Harry entra dans la boutique, le libraire lui sauta dessus.
- Élève de Poudlard ? Vous êtes venus chercher vos nouveaux livres ? demanda-t-il d'une voix quelque peu hystérique.
- Oui, j'ai besoin de…
- Écartez-vous, dit le libraire en soupirant.
Il enfila des gants épais et s'arma d'une grosse canne noueuse. Harry l'arrêta avant qu'il n'ouvre la porte de la cage.
- C'est bon. J'en ai déjà un.
- Ouf ! Tant mieux. Je me suis déjà fait mordre cinq fois depuis ce matin.
Un grand bruit de déchirure interrompit les plaintes du malheureux sorcier. Deux des livres venaient d'en attaquer un troisième et le mettaient en pièces avec méthode.
- Arrêtez ça ! hurla le libraire en leur donnant de grands coups de canne à travers les barreaux de la cage ! Je ne laisserai plus jamais de telles horreurs entrer dans ce magasin ! C'est devenue un asile de fous, ici ! JE N'EN PEUX PLUS ! Je croyais qu'on ne ferait jamais pire que le jour où nous avons acheté deux cents exemplaires du Livre invisible de l'Invisibilité… Ils nous ont coûté une fortune et on ne les a jamais retrouvés… gémit-il en conclusion.
Après bien des efforts, il renonça à calmer les livres enragés et se tourna vers Harry, qui se sentait un peu oublié.
- Qu'est-ce que vous auriez voulu, au fait ?
- Il me faudrait le livre de Cassandra Vablatsky : Lever le voile du Futur, dit Harry, un œil sur sa liste.
- Ah ! Vous allez étudier la divination, dit le libraire en conduisant Harry au fond du magasin, dans un coin consacré à la voyance.
Une petite table couverte d'une nappe brodée de signes bizarres croulait sous les ouvrages du genre : Prédire l'imprévisible : protégez-vous contre les chocs ou Cristal brisé : les mauvais coups du sort. Le libraire monta sur une échelle et attrapa un volume relié de noir.
- Lever le voile du Futur, excellent pour l'initiation aux méthodes complexes de la divination : chiromancie, boule de cristal, marc de café…
Harry prit le livre avant de jeter un œil aux autres livres. Il regarda avec inquiétude Présages de mort : que faire quand on sent venir le pire. L'illustration de couverture représentait un gros chien noir aux yeux flamboyants. Voilà qui ressemblait étrangement à la créature aperçue à Privet Drive. Enfin… Cela faisait déjà dix jours et Harry se sentait en pleine forme.
- Si j'étais vous, je ne lirais pas ce genre de littérature. Sinon, vous allez commencer à voir de mauvais présages partout et vous finirez par mourir de peur. Je connais hélas beaucoup de cas de sorciers trop influençables qui ont sombré dans la dépression pour une branche mal placée. Il vous faut autre chose ?
- Euh… Alors : Manuel du cours moyen de Métamorphose et le Livre des sorts et enchantements niveau 3, et aussi le Guide d'apprentissage des Runes.
Quelques minutes plus tard, Harry sortit de chez Fleury et Bott avec ses nombreux livres dans les bras. Il retourna au Chaudron Baveur se décharger de ses pesants achats. Cette histoire de présage de mort était totalement débile. Il avait déjà croisé des chiens noirs sans que rien de fâcheux lui arrivât. Cette bestiole devait être perdue. Ouais. Un chien errant et rien d'autre. Le libraire avait raison : Harry n'avait jamais été superstitieux, il n'allait pas commencer maintenant. Avant de ressortir, il essaya une dernière fois d'aplatir sa tignasse.
- Encore raté ! gloussa le miroir.
A mesure que le mois d'août passait, Harry rencontra de plus en plus de ses condisciples. Il trouva ainsi ses coéquipiers de l'équipe de Serpentard en extase devant la vitrine du magasin d'accessoires de quidditch. L'Éclair de Feu les faisait rêver. Une autre fois, ce fut Neville Londubat, toujours grondé par sa grand-mère pour avoir oublié Dieux savaient quoi. C'était l'un des rares Gryffondor aimables et Harry se fit un plaisir de s'entretenir avec lui. La vieille Mrs Londubat n'eut pas l'air d'apprécier. Aussi les deux garçons durent-ils interrompre leur bavardage. Harry se rattrapa quand il rencontra Sarah Cobbyte, tout juste rentrée d'Allemagne avec ses parents. Discret vint se frotter contre ses jambes, ayant apparemment soit tout oublié, soit rien compris, de l'incident survenu deux mois auparavant.
- HÉ ! HARRY !
- Sarah ! Tu vas bien ? Euh… Bonjour, monsieur. Madame…
- Harry, je te présente mes parents. Papa, Maman, voici Harry Potter, qui est élève dans ma classe à Poudlard. Et accessoirement, c'est lui qui a tué le Basilic qui m'avait pétrifiée.
- Oh. Je suis ravi de vous connaître, jeune homme. Nous étions morts d'inquiétude quand nous avons appris ces histoires de pétrifications.
- Euh… enchanté, Mr. Cobbyte. Euh, je…
Mrs Cobbyte le tira de son embarras.
- Ah, vous êtes plutôt timide. Sarah nous a dit que vous n'aimiez pas vous mettre en avant.
- Je crois que nous allons vous laisser, renchérit son mari. Sarah, tu veux bien me donner ta liste, nous allons chercher tes livres. Ah, merci.
Les parents de Sarah partirent alors en direction de chez Fleury et Bott, la liste à la main. Harry se rappela soudain de quelque chose d'important.
- Ah ! Euh… Au revoir ! Et, faites attention avec le livre des monstres, il est un peu… dur à maîtriser.
- Au revoir et merci ! Sarah, à toute à l'heure !
Harry les regarda s'éloigner comme Hypnotisé, avant que Sarah le rappelle sur Terre.
- Hé bien ! Ils ont l'air de t'avoir impressionné, mes parents !
- Disons que j'ai été un peu surpris… Mrs Weasley est terrible, mais prévisible.
- Ah, ça, un Cobbyte ne l'est jamais ! Et une Cobbyte encore moins. Enfin ! Ça fait du bien de te retrouver ici sur le chemin de Traverse. Je suppose que Pré-au-Lard ressemblera à ça, mais en plus grand...
- Oui, enfin si j'arrive à y aller ! Mon oncle n'a pas voulu signer le papier… Je vais être obligé de truander. Heureusement que j'ai pris un modèle de sa signature…
- Toi, imiter une signature ? Tu m'excuseras, mais tu as du mal à tracer deux lettres identiques…
- Ben il va falloir que je m'entraîne. Ou que je demande à quelqu'un, mais tu écris à peu près aussi bien que moi. Les jumeaux Weasley peut-être…
- Ou alors… Tu sais, j'ai une tante qui est une parfaite f… experte en calligraphie. Si tu as le papier et la signature, je peux lui demander de recopier.
- Elle ferait ça pour moi ?
- Y'a aucun problème pour ça. La famille et les amis, c'est à cela que ça sert…
- Merci. Ah, au fait, tu n'as pas de séquelles, pour la pétrification ? J'étais inquiet, à un moment…
- Non, ça va. Dommage par contre, je n'ai pas pu piquer un peu de potion. On aurait pu l'essayer sur mon ancêtre Petrolith Cobra le chasseur de Méduses…
- Un chasseur de… ? Décidément, un de ces quatre il faudra qu'on parle de ta famille en détail, car ça a l'air joyeux…
- Et t'as pas tout vu ! s'esclaffa Sarah. Ah, mes parents vont bientôt sortir de la librairie. Je vais devoir te laisser. Finalement, tu as cette signature ?
- Oui, laisse-moi deux minutes, je te l'apporte.
Après un bref passage au Chaudron Baveur, Harry rapporta bientôt à son amie l'autorisation de sortie et la copie de bon de commande. Sarah se rappela finalement qu'elle avait reçu des nouvelles de Ginny, qui ne pourrait venir faire ses achats avant un moment. Théodore, lui dit-elle aussi, ne reviendrait que pour prendre le train à King's Cross. Après ce qu'ils avaient vu de son père, il préférait sans doute prolonger son séjour chez ses oncles aussi longtemps que possible.
Le dernier jour des vacances, Harry se réveilla avec un sentiment de regret. Demain, la liberté serait envolée et il faudrait à nouveau subir les Gryffondor hargneux et la surveillance du directeur. En traînant les pieds, il se leva tout de même, prit son petit déjeuner et sortit dans la rue.
- Harry ! Eh Harry !
Ginny et ses deux frères lui faisaient de grands signes depuis l'apothicairerie. Harry se hâta de les rejoindre.
- Enfin ! On savait que tu étais au Chaudron Baveur, mais ça a été dur de te trouver, expliqua Fred en souriant.
- Comment vous êtes au courant ? s'étonna son collègue Serpentard.
- Papa, bien sûr. Grâce aux bruits de couloir du Ministère, nous sommes très vite au parfum de ce qui se passe en haut lieu. C'est vrai, ce qui est arrivé à ta tante ? s'enquit George.
- Ouais. Malheureusement. Je ne comprends vraiment pas ce qui a pu arriver.
- En tout cas, voilà qui nous donne des idées, dit Fred en clignant de l'œil.
- Du genre ? demanda Ginny.
- C'est à l'étude, sœurette. Tu verras d'ici quelques mois.
- Où sont vos autres frères ?
- Percy est au Chaudron avec les parents, Bill et Charlie toujours au travail, et Ron est à l'animalerie pour son rat. Il est mal en point, le pauvre vieux.
- A propos de bêtes, je crois que le libraire a failli piquer une crise de nerfs quand nous lui avons demandé des livres monstrueux. Au rayon livres, Hermione a pris toutes les options, tu le savais ? Elle me l'a écrit, précisa Ginny.
- Vraiment tout ?
- Oui monsieur, même Étude des Moldus, dit Ginny en levant les yeux au ciel.
- Tu plaisantes ? Pourquoi aurait-elle besoin de ça ? Elle vit chez les Moldus depuis sa naissance !
- Justement, répondit Harry, c'est pour étudier ce que les sorciers savent d'eux.
- « C'est pour les étudier du point de vue des sorciers », renchérit Ginny en imitant la voix docte d'Hermione. Je ne sais pas où elle compte caser les pauses pour manger et dormir. Et elle a aussi décidé de s'acheter un animal de compagnie.
- Ça, c'est nettement plus futé, commenta George. Je me demande quelle créature sera assez savante pour plaire à notre amie.
- Un perroquet fera l'affaire, décréta Harry.
- Un truc qui répète tout ce qu'il a appris et qui n'invente rien ? Elle va adorer, grommela Ginny. Tu sais, depuis qu'elle est rentrée avec un beau bronzage, Ron fait tout et n'importe quoi pour attirer son attention. Y compris travailler sérieusement. Je n'en reviens pas !
- C'est du sérieux, alors. Pauvre Théo ! Décidément, ce n'est pas la concurrence qui manque.
- Il a des avantages, quand même, objecta Fred. Un, il est pas mal fichu. Deux, il est riche.
- Et c'est un Serpentard. Ses chances de se marier en dehors de sa maison restent minces. Pour continuer sur les animaux, de quoi souffre Croûtard ?
- De son âge. Ça fait douze ans qu'il vit avec nous. Il a commencé à perdre du poids quand on était en Egypte. Juste après l'annonce de l'évasion de ce fameux Black. Je m'en souviens très bien.
- C'est la nervosité ambiante qui aura déteint sur lui. Ca ne fait jamais de bien aux animaux, d'avoir des maîtres anxieux.
- Peut-être… OH ! REGARDEZ !
Une petite boule de poils grisâtres venait de jaillir hors de l'animalerie. Se ruant à sa poursuite, le plus jeune fils Weasley dut remuer ciel et terre, ainsi que quelques poubelles, pour parvenir à récupérer le pauvre Croûtard, qui avait détalé de la boutique comme s'il avait tous les chats du monde à ses trousses.
- Hé Ron ! Qu'est-ce qui se passe ? cria George.
- Bonne question, ronchonna son frère en les rejoignant. Je ne sais pas à quelle espèce appartient ce fichu chat, mais dès qu'il a vu Croûtard, il lui a sauté dessus !
Harry ne se fatigua pas à saluer Ron. Il savait que celui-ci ne lui répondrait pas.
- Et moi qui venais de lui acheter du ratconfortant… Il va lui falloir la moitié du flacon pour s'en remettre.
- Pauvre bête ! dit Ginny en tapotant doucement la tête du rat.
Quelques instants plus tard, Hermione faisait son apparition. Elle n'avait pas acheté un hibou… mais un énorme chat à l'épaisse fourrure orangée, au faciès aplati, comme s'il avait été projeté contre un mur.
- Ne me dis pas que tu as acheté ce monstre ! glapit Ron.
Harry comprit que c'était ce félin qui avait coursé Croûtard.
- Il est magnifique, tu ne trouves pas ? dit Hermione, rayonnante.
Le chat ronronnait avec bonheur et laissa les autres jeunes le caresser.
- Hermione, cette chose m'a quasiment scalpé ! s'indigna Ron.
- Il ne l'a pas fait exprès, n'est-ce pas, Pattenrond ?
Harry eut l'impression d'entendre Hagrid vanter les mérites de son cher petit Norbert.
- Et pour Croûtard, il ne l'a pas fait exprès ? argumenta Ron en posant une main sur la bosse qui faisait le rat dans sa poche. Il a besoin de repos. Il n'aura jamais la paix avec ce machin dans la nature.
- Ça me fait penser que tu avais oublié ton tonique pour rats, dit Hermione en lui tendant un flacon rouge. Et cesse de te tourmenter. Pattenrond dormira dans le dortoir des filles et Croûtard avec toi. Je ne vois pas le problème. Cette sorcière m'a dit que le pauvre est resté une éternité dans la boutique. Personne ne voulait de lui.
- Oh ? fit Harry, faussement apitoyé.
- Oui, c'est très triste, fit Hermione sans noter le sourire en coin du Serpentard.
Ensemble, ils remontèrent la rue vers le Chaudron Baveur.
Mr Weasley était assis au bar et lisait la Gazette du Sorcier.
- Harry ! lança-t-il avec un grand sourire, qui n'était pas de commande. Comment vas-tu ?
- Très bien, merci. Dites-moi... Ce voyage en Égypte, ça vous a plu ?
- Oh ! C'était magnifique. Bill a vraiment de la chance de pouvoir y travailler toute l'année.
Harry avisa soudain la photo de Sirius Black qui ornait la une du journal. Ce visage ravagé par les privations et la souffrance le mettait toujours mal à l'aise.
- Il est toujours en fuite ?
- Hélas oui, répondit gravement Arthur Weasley. Nous sommes tous mobilisés pour le reprendre, mais nous n'avons pas encore réussi à lui mettre la main dessus.
- Est-ce qu'il y a une prime pour celui qui l'attrape ? demanda Ron. Ce serait bien de se faire un peu d'argent, avec la photo en plus…
- Ne sois pas stupide, coupa sèchement son père. Black ne va pas se faire avoir par un sorcier de treize ans. Il n'y a que les gardiens d'Azkaban qui pourront l'arrêter.
Ils ne purent discuter plus longuement du sujet car Mrs Weasley arriva dans le bar, les bras chargés de paquets, escortée par Percy, le troisième fils, qui allait entamer sa septième et heureusement dernière année à Poudlard. Ginny fit un petit coucou à sa mère. Les jumeaux se demandaient déjà comment faire des misères à leur aîné. Perceval se dirigea vers Harry et le salua avec pompe.
- Harry, très heureux de te voir, dit-il en lui serrant la main.
- Salut, Percy, répondit Harry en songeant que ce garçon était bien aimable depuis que le Serpentard avait sauvé sa sœur.
- J'espère que tu vas bien.
- PERCY ! beugla George. C'est fabuleux de te voir ici !
- C'est absolument magnifique, renchérit Fred en lui serrant la main à la briser.
- Ca suffit ! gronda leur mère.
- Maman ! C'est renversant de…
- J'ai dit : assez ! répéta Molly Weasley en posant ses achats sur une table. Bonjour, Harry. Je pense que tu es déjà au courant ?
Elle désigna Percy qui bomba le torse d'un air avantageux.
- Le deuxième préfet-en-chef de la famille, dit-elle avec orgueil.
- Et le dernier, marmonna Fred, tandis que son jumeau opinait vigoureusement.
- Ça, je n'en doute pas, dit sa mère avec humeur. J'ai remarqué qu'aucun de vous n'a été nommé préfet.
- Et pourquoi faudrait-il être nommé préfet ? s'indigna Fred, parfaitement révolté. La vie ne serait plus drôle du tout.
- Et puis, si les Weasley étaient la seule famille méritante de Gryffondor, il faudrait se faire du souci, ajouta Harry en souriant largement.
Ginny éclata de rire.
- Fred ! Tu pourrais donner un meilleur exemple à ta sœur ! s'emporta Molly Weasley.
- Ginny a d'autres frères qui peuvent lui servir d'exemple, dit Percy avec dignité. Si vous voulez bien m'excuser, je vais me changer pour dîner.
- On aurait bien voulu l'enfermer dans une pyramide, soupira George à l'oreille de Harry, mais Maman nous a vus…
Et Harry imagina sans peine la beuglante monstre que les jumeaux avaient dû subir.
Ce soir-là, Harry put dîner en compagnie. Trois tables avaient été mises bout à bout dans un des salons du Chaudron Baveur et toute la famille Weasley partagèrent avec Harry les plats délicieux mitonnés par le cuisinier. Il était encadré par les jumeaux et avait Ginny en vis-à-vis. Les trois rusés avaient ainsi réussi à l'isoler tant de la sollicitude de leur mère que des regards assassins de Ronald. Celui-ci n'était absolument pas reconnaissant du « service » rendu par Harry à sa famille et il préférait de loin se disputer avec ses frères plutôt que d'adresser la parole à un Serpentard.
- Comment on va à la gare, demain ? demanda Fred à brûle-pourpoint.
- Le ministère va nous prêter deux voitures, déclara son père en découpant une tranche de gâteau au chocolat.
- Pourquoi cela ? s'enquit Percy d'un ton ampoulé.
- C'est à cause de toi, Perce, dit George avec sérieux. Ils vont même mettre des petits drapeaux sur le capot avec les lettres P-e-C brodées dessus en lettres d'or.
- Ça veut dire Prétentieux et Crâneur, ajouta Fred et Harry se demanda si les jumeaux n'avaient pas appris la télépathie à leurs heures perdues.
Autour d'eux, les rires furent minces, car ni Percy, ni sa mère n'apprécièrent la plaisanterie.
- Plus sérieusement, pourquoi le ministère nous envoie-t-il des voitures, Papa ? demanda encore Percy.
- Eh bien, comme nous n'en avons plus que je travaille là-bas, ils ont décidé de me faire une fleur.
Harry sentit le regard noir de Ron peser sur ses épaules. Lui-même sentit ses joues se mettre à chauffer.
- Heureusement, disait Mrs Weasley. Tu te rends compte de tous les bagages qu'il faut transporter ? S'ils avaient dû passer dans le métro moldu… Je te demande un peu !
- D'ailleurs, Fred et George n'ont pas encore fini de ranger leurs affaires et Ron non plus. Il faudrait qu'il enlève ses habits de sur mon lit, fit Percy d'un ton chagrin.
Les trois personnes mentionnées lui jetèrent un regard écœuré.
A la fin du repas, les convives montèrent dans leur chambre pour préparer leurs valises. Harry eut quelques difficultés avec son livre en fourrure, qui s'était caché sous le lit. Il dut appâter le bouquin avec une chaussure et lui sauter dessus pour parvenir à le ranger dans sa malle. Pendant ce temps, Percy se disputait avec Ron sous prétexte que ce dernier aurait volé son insigne de préfet en chef. Ron se plaignit que le tonique pour Croûtard avait lui aussi disparu de la circulation.
Harry descendit voir si la bouteille rouge ne se trouvait pas dans le salon où ils avaient dîné. Alors qu'il arrivait à la porte, il entendit les échos d'une querelle opposant les époux Weasley. Et ils parlaient de lui… Il colla son oreille à la porte.
- C'est absurde de ne rien lui dire ! criait Mr Weasley. Harry a le droit de savoir. J'ai voulu en parler à Fudge et à Dumbledore, mais ils persistent à le traiter comme un gamin. ( Voilà qui n'est guère nouveau. ) Pourtant, à treize ans, il est quand même…
- Arthur ! coupa sa femme, presque hystérique. Si Harry apprend la vérité, il serait tout simplement terrifié ( Allons bon… ) ! Tu veux absolument qu'il retourne en classe avec cette menace sur la tête ?
- Il l'a bien fait l'année dernière et il a réussi ses examens, que je sache !
- Laisse-le donc tranquille ! Il est beaucoup plus heureux en ne sachant rien. ( Je vois que Dumbledore lui a bien fait la leçon. Ma main au feu qu'ils parlent encore de Black… )
- Je ne veux pas l'effrayer, je veux simplement le mettre en garde. Je sais que lui et ses amis multiplient les sorties interdites. Ils sont déjà allés dans la forêt trop souvent. Cette année, il ne doit surtout pas recommencer ce genre de fantaisies, ce serait trop dangereux ! Quand je pense qu'il s'est enfui de chez lui… J'ignore par quel miracle nous ne l'avons pas retrouvé mort ! ( Sans doute que Black n'était pas à Privet Drive ce soir-là. )
- Justement, il n'est pas mort, il est en bonne santé, alors pourquoi…
- Molly, on dit que Sirius Black est fou ( Gagné ! Décidément, il s'agite beaucoup pour moi, ce personnage… ) et c'est sans doute exact. Mais il est aussi intelligent, puisqu'il a réussi à s'évader d'Azkaban. Ça fait trois semaines qu'il est en fuite et personne ne sait où il se trouve en ce moment. Fudge peut dire tout ce qu'il veut pour rassurer le bon peuple, on ne l'attrapera pas avant que Merlin et Morgan eux-mêmes ne fassent une apparition dans ce bar pour commander une bière ! Tout ce dont on est sûr, c'est pourquoi Black est en cavale…
- Harry sera en sécurité à Poudlard, décréta fermement Mrs Weasley.
- Ouais. Azkaban aussi offrait toutes les conditions de sécurité. Si Black a pu en sortir, qu'est-ce qui l'empêchera d'entrer dans Poudlard ?
- Mais est-on vraiment certain qu'il en veut… ?
Un grand coup de poing fit tressauter la table.
- Molly ! Combien de fois faudra-t-il te le répéter ? Ils n'en ont pas parlé dans la presse parce que Fudge n'a rien dit, mais il était à Azkaban la nuit où Black s'est évadé et les gardiens lui ont dit que depuis un certain temps Black parlait en dormant et qu'il disait toujours : « Il est à Poudlard, il est à Poudlard ». ( En quoi ça prouve que c'est après moi qu'il en a ? Ca pourrait aussi bien être Malefoy que Dumbledore, au point où doit en être ce type… ) Il est dérangé, Molly. Il doit être persuadé que tuer Harry permettra de ramener Tu-sais-qui au pouvoir. Il a tout perdu le soir où Harry a mis un terme aux agissements de son maître et il a eu douze ans pour y songer. ( Un peu tiré par les cheveux, si vous voulez mon avis. )
Il y eut un bref silence. Harry vérifia que personne ne s'approchait de la porte et reprit son écoute.
- Fais ce que tu veux, Arthur, mais tu oublies un point essentiel : Albus Dumbledore ( Et voilà, le sauveur de la situation arrive ! ). Je ne pense pas qu'il puisse arriver quoi que ce soit à Harry avec Dumbledore à la tête de Poudlard ( Ouais, c'est vrai, j'ai juste failli m'écraser sur le gazon du stade de quidditch, Voldemort m'a envoyé à l'infirmerie, un elfe de maison taré m'a envoyé un cognard truqué, j'ai été mis à l'index par toute l'école et un basilic m'a fait un trou dans le bras qui est encore visible. A part ça, ma sécurité est bien assurée, en effet, merci de vous en inquiéter ! ). Il est au courant, bien sûr ?
- Évidemment ; il a fallu obtenir son autorisation pour poster des gardiens aux entrées du château. Il n'était vraiment pas content, mais il a cédé.
- Mécontent ? Qu'on réussisse à capturer Black ?
- Non, c'est à cause des gardiens. Il ne les aime pas plus que moi. Mais quand on a affaire à un fou dans le genre de Black…
- S'ils peuvent protéger Harry…
- Alors je ne dirai plus rien contre eux. Allons nous coucher, il se fait tard.
Harry courut se réfugier derrière le bar. Les époux Weasley montèrent l'escalier. Il retrouva la bouteille pour Croûtard sous la table du dîner. Il attendit quelques instants avant de monter à son tour et de donner la bouteille à Ron, qui daigna quand même le remercier. Il lui dit aussi de ne pas hésiter à mettre les jumeaux dehors s'ils lui montraient leur dernière invention. Devant l'air perplexe de Harry, Ron expliqua qu'ils avaient volé l'écusson de Percy et l'avaient enchanté pour lui faire dire Roquet-en-Chef. Harry leva les yeux au plafond devant tant de puérilité et regagna sa chambre.
En résumé, un malade mental voulait lui faire la peau et il ne devrait sans doute sa tranquillité qu'à un directeur dont il se méfiait comme de la peste et à des créatures dont personne n'osait dire le nom. Voilà qui expliquait l'indulgence de Fudge quant à sa fuite de chez les Dursley… sans parler de la langue de Marge. Cela expliquait aussi les deux voitures du ministère. Malgré tout cela, pourtant, il n'avait pas peur. Il avait réussi à vaincre Voldemort de façon consciente à deux reprises. Black n'avait pas trafiqué son corps et son âme pour les rendre virtuellement immortels et il ne devait pas être plus puissant que son maître. Ni plus timbré. Il était impossible d'être plus givré que Voldemort. Le gros souci de Harry, en fait, c'était les visites à Pré-au-Lard. On ne pouvait pas demander à un garçon de treize ans de renoncer à un petit privilège de ce genre. Les mesures de sécurité allaient lui compliquer la tâche, mais il savait déjà comment avoir sa signature, grâce à l'étrange famille de Sarah.
- J'ai l'intention de vivre vieux, dit-il d'un ton léger.
Un grognement étouffé lui répondit depuis sa valise. A priori, le Monstrueux Livre des Monstres était d'accord avec lui.
