Chapitre 4 :
"C'était Charlie, pas vrai?" Demande Dr. Okoro une fois que Dean s'est interrompu.
Dean relâche ses poings du haut de ses genoux. "Ouais. Chuck Patton."
"Tu ne l'aimes pas?" Elle réfléchit.
"C'est pas que je ne l'aime pas," Dean hausse les épaules. "'C'est juste que," j'aimerais qu'il soit mort, "je ne l'apprécie pas autant que Sam." Son ton contient une note de finalité qui montre qu'il n'en dira pas plus sur le sujet de Charlie Gros Con Patton.
"Hm." Dr. Okoro acquiesce, inscrit quelque chose sur son bloc-notes. "Est ce que je peux te poser une question?"
"Dites toujours." Dean s'adosse contre le canapé et remonte ses pieds, changeant de position jusqu'à ce qu'il soit confortable.
"A quand remonte ta dernière relation amoureuse?"
Dean la regarde, les yeux perçants. "Qu'est ce que vous voulez dire par 'relation amoureuse' ?"
"Et bien." Elle y pense pendant un moment, posant le menton dans la paume de sa main et son coude sur son genou, bougeant un de ses pieds. "Plus longue que trois mois."
Dean tousse. "Je n'en ai jamais eu. Ce qui s'en rapproche le plus serait Cassie Robinson, je suppose. On est sorti ensemble pendant un mois, à peu près."
Dr. Okoro hoche la tête. "Qu'est ce qui t'a attiré chez Cassie?"
"Le sexe était bien." Dean hausse les épaules. "Je ne sais pas, elle était drôle et elle savait conduire. Elle aimait le journalisme et tout. Elle était cool."
"Pourquoi est ce que ça n'a pas fonctionné à ton avis?"
"Eh," Dean hausse les épaules à nouveau, se décale pour s'enfoncer plus profondément dans le cuir crème du canapé. "Elle a dit qu'on n'avait pas de connexion à part le sexe. Apparemment on ne parlait pas assez. Un manque de communication, c'est ce qu'elle a dit. Ça et le fait que l'on ne sortait jamais sauf s'il y avait la promesse d'enlever nos vêtements en rentrant. Mais, peu importe, c'est pas comme si j'avais honte d'être vu en public avec elle ou quoi. C'est juste que…"
"Juste que quoi?" Le pousse Dr. Okoro.
"Je ne sais pas." Il se déplace plus perceptiblement cette fois, le malaise enroulé fermement dans ses muscles afin qu'aucune position ne soit confortable. "Parfois je sors avec mes amis, je passe un bon moment, mais…" Il s'arrête, frustré, et essaie de choisir les bons mots. "C'est juste que– si je veux rester avec quelqu'un, j'ai Sam. Je n'ai pas besoin de sortir pour trouver des gens avec qui manger, parce que je peux tout simplement aller dans l'entrée et dire à Sam de mettre ses chaussures. Je n'ai pas besoin de demander à des amis du boulot ou à des filles d'aller au cinéma ou quoi."
Les bracelets de émettent un son métallique lorsqu'elle écrit quelque chose d'autre et Dean à l'impression d'avoir donné la mauvaise réponse pour une quelconque raison.
"Alors, ce que tu dis, c'est que ta relation n'a pas marché parce que tu préfères passer du temps avec ton frère plutôt qu'avec les autres?"
"Quoi? Non." Proteste Dean. "C'est juste que, je ne vois pas pourquoi je devrais me forcer à me faire des amis alors que j'en ai déjà un."
"D'accord, d'accord," lui accorde-t-elle, en remarquant le ton défensif de Dean. "Et Sam alors, qu'est ce que tu en penses? Est ce qu'il a besoin de sortir avec d'autres personnes?"
Dean grince les dents.
L'été va et vient, Sam reprend un peu de couleur sur ses joues et lentement, très lentement, les choses reviennent à la normale. John n'enlève pas le verrou sur l'armoire à pharmacie et ne réinstalle pas les bouchons dans les baignoires après qu'il ne les ait arrachés, mais tout le monde retrouve une routine.
Dean et John travaillent tous les deux au garage de sept heures du matin à quatre heures de l'après-midi. Mary aide à la garderie lorsqu'elle n'est pas trop occupée à enseigner à la maternelle. Sam va à l'école de six heures à seize heures, va chez la psychologue deux fois par semaine, et passe la plupart de son temps à éviter les gens du lycée en étudiant et en recherchant des universités à l'autre bout du pays.
Il y a des choses courantes de la vie avec lesquelles Dean vit de jour en jour: à sept heures, il est définitivement trop tôt pour se réveiller et devoir fonctionner rapidement, les petites vieilles dames vont inévitablement draguer effrontément le mécanicien remplaçant leurs freins, et Sam veut coucher avec lui.
Ce n'était pas parfait, mais ça marchait pour eux.
Et puis Sam a du tout foutre en l'air.
Dean sait, lorsqu'il passe à travers la porte arrière et qu'il retire ses bottes boueuses que quelque chose est différent, qu'il y a quelque chose qui cloche, parce que Sam a fait asseoir leurs deux parents sur le canapé et il y a un garçon avec des cheveux cuivrés et lumineux, et des yeux couleur caramel qui se tient à côté de son frère. Il sourit timidement lorsque Dean arrive devant la porte et Dean ressent une étincelle de reconnaissance tout au fond de son esprit, comme s'il était censé savoir qui diable était le gosse à côté de son frère.
"Qu'est ce qu'il se passe?" demande Dean.
"Sam a quelque chose à nous dire," explique doucement Mary, serrant ses mains l'une contre l'autre sur ses genoux.
Sam s'agite nerveusement, ses yeux regardant dans toutes les directions comme s'il était sur le point de partir en courant. Le gosse s'étend, pose une main sur sa nuque et Sam se calme.
Les sourcils de Dean se lèvent jusqu'à ses cheveux.
"Papa, Maman," dit Sam, sans regarder Dean, "C'est Charlie, mon…" il s'arrête, relève son menton, et fonce, "mon petit-ami."
"Oh," dit Mary après un bref moment de silence.
Si ce n'était pas la réaction à laquelle Sam s'attendait, il n'a pas l'air surpris.
Dean à l'impression que le tapis glisse sous ses pieds et qu'il recule en titubant pour essayer de retrouver une position correcte dans l'univers.
Peut-être qu'il ne devrait pas se sentir aussi pris au dépourvu parce que, techniquement, il savait déjà cette petite information sur son frère. Sam peut regarder un garçon et penser: 'Je le veux'. Oui. Cool. Génial. Ça ne signifie pas qu'il peut sortir et avoir un putain de petit-ami. Sam ne connaît pas ce gamin. Plus important encore, ce gamin ne connaît pas Sam. L'audace de ce garçon, de penser qu'il a le droit de garder sa main sur la nuque de Sam, de rester là, au milieu de leur salon et de lui donner un soutien inébranlable comme si c'était son boulot ou un truc dans le genre.
Dean regarde désespérément John, parce que si quelqu'un va mettre un terme à cette putain de mascarade, ce sera lui.
Toutefois, John reste juste debout, aussi grand et intimidant qu'il l'a été toute sa vie et Charlie avale sa salive, se rapproche un peu de Sam lorsque John s'avance vers lui. Il dissimule à peine un tressaillement lorsque John lui tend la main.
Pendant quelques secondes, Charlie fixe la main comme s'il elle allait le mordre et John fixe Charlie comme s'il était déficient mental avant que Charlie ne se rende compte qu'il est censé serrer la main tendue.
"Oh," dit-il, la voix élevée et haletante, et se rue pour serrer la main de John avec enthousiasme.
"Ravi de te rencontrer, mon grand." La voix de John est un grondement sourd et sombre comme les nuages lors d'un orage. Charlie grimace lorsque John saisit sa main avec force, une poignée de main qui est à la fois un sérieux avertissement et une sombre menace. John le lâche en premier et Charlie berce doucement sa main contre sa poitrine.
"Oui, monsieur, vous aussi," balbutie Charlie et Dean aimerait pouvoir le frapper parce que personne ne laissant John percevoir sa crainte est assez bien pour Sam. Indépendamment du fait qu'ils n'aient jamais rencontré quelqu'un qui n'avait pas au moins un peu peur de John Winchester.
Sam lance un regard à son père et John recule vers le canapé. Mary, se rendant apparemment compte qu'elle n'a fait que les regarder pendant au moins cinq bonnes minutes, se lève avec un sourire qui est un peu trop éclatant pour ne pas être un peu frénétique, et prend aussi la main de Charlie avant de l'étouffer dans une étreinte.
"Ravie de te rencontrer," lui dit-elle chaleureusement.
"J'ai entendu beaucoup de choses à votre sujet, Mme. Winchester," Charlie sourit, plein de bonnes manières et de politesse des gens du Sud.
"Appelle-moi Mary, chéri." Elle recule et lui sourit, avec un peu moins de folie dans les yeux cette fois-ci.
Il lui sourit timidement en retour.
Dean est toujours en train de fixer Sam lorsque tout le monde semble réaliser au même moment qu'il n'a pas encore dit un mot de tout ça. Soudainement, tous les yeux sont rivés sur Dean.
"Euh," bredouille Dean. "Euh. Salut, Charlie. Je t'ai déjà vu au lycée, non? Tu es une classe au-dessus de Sam.."
"Ouais, je suis en première," acquiesce Charlie. "J'étais dans l'équipe de natation avec Sam."
Dean plisse les yeux vers lui et se rend compte que si on lui mettait un bonnet blanc sur la tête et le déshabillait à un slip de bain rouge, Dean pourrait le reconnaître des compétitions de natation. Il se souvient de lui en train d'aider Sam à sortir du bassin et de le féliciter. Il fronce les sourcils lorsqu'il se rend compte qu'il sait à quoi le torse de ce garçon ressemble lorsqu'il est humide avec l'eau de la piscine et pressé contre Sam dans une étreinte de victoire.
"Dean," dit Sam.
"Oh euh, ouais," Dean se racle la gorge. "Ravie de te rencontrer, Chuck." Il ne fait pas le geste d'étendre sa main et Charlie ne cesse de bouger sur ses jambes.
"Est ce que tu restes pour le dîner, Charlie?" demande Mary, et Dean lui lance un regard réprobateur.
"Non, ma maman s'attend à ce que je sois bientôt rentré à la maison," répond timidement Charlie en frottant sa chaussure contre le sol. "Je suppose que je voulais juste être là quand Sam vous l'annoncerait pour le soutenir moralement et tout." Il jette un regard vers Sam et lui lance un doux sourire.
Dean a la nausée.
Le sourire de Sam est un peu forcé lorsqu'il jette un coup d'œil à Dean, mais cette fermeté disparaît lorsqu'il se retourne pour reconduire Charlie vers le hall d'entrée.
Dean se dirige vers la porte de derrière avant que Mary ou John ne puisse dire quoi que ce soit et contourne la maison, ses chaussettes s'enfonçant dans la boue et l'herbe humide de la cour latérale, et il arrive à l'avant, juste à temps pour voir Charlie appuyez ses lèvres sur le front de Sam et lui dire, "Tu étais super, Sam. Je suis tellement fier de toi."
Sam lui fait un sourire radieux et Charlie le pousse affectueusement vers la porte d'entrée.
C'est évident, d'après la forte inspiration étranglée qui sort de la gorge de Charlie lorsqu'il se retourne, qu'il ne s'attendait pas à voir Dean appuyé contre la portière de sa voiture.
"Oh putain!" Il place une de ses mains contre son torse. "Tu m'as foutu la trouille!"
"Écoute, Chuck," l'arrête Dean parce qu'il n'en a absolument rien à foutre si Charlie est effectivement en train d'avoir une intense crise de panique ou non. "J'aime penser que je suis une personne plutôt calme et rationnelle, mais je vais être un peu directe avec toi. Tu fais quelque chose à mon frère? Je te tue."
Charlie commence à rire nerveusement du commentaire avant de remarquer l'acier dur et glacial dont sont maintenant constitués les yeux de Dean et il avale difficilement sa salive . "Euh, ouais, ouais, bien sûr, mec. Je ne lui ferai jamais– c'est hors de question. J'adore Sam." Il balbutie rapidement. "Je l'aime beaucoup."
Dean plisse les yeux.
"Je ne vois pas pourquoi tu t'inquiètes," Charlie lui envoie un sourire qui attendrirait probablement la plupart des gens. "Je ne ferais jamais de mal à Sam intentionnellement. Je sais que cette année n'a pas été facile pour lui," les jointures de Dean se raidissent, "mais je n'essaie pas de profiter de lui, vraiment!" dit-il sérieusement avant de regarder le sol avec un petit sourire nostalgique. "A vrai dire, ça faisait un moment que je craquais pour lui."
S'il pense attendrir Dean, il se trompe royalement.
Dean s'en va, laisse Charlie se rendre à sa voiture. Il ne lui fait pas de signe en retour lorsque Charlie lève la main en descendant la rue, mais il regarde dans sa direction pendant un très long moment avant de se retourner et de marcher jusqu'à la porte d'entrée. Des empreintes de chaussettes boueuses le suivent sur tout le chemin.
Sam flâne près de la porte lorsqu'il passe à travers celle-ci et se penche pour retirer ses chaussettes sales.
"Quoi?" Demande Dean avec mépris, en apercevant un bout de Sam en train de le regarder avec un regard étrange sur son visage dans sa vision.
"Rien," dit Sam d'une voix traînante. "Je… Rien."
John arrive dans le hall d'entrée et Dean et lui observe Sam monter les marches à toute allure.
John rit doucement dans sa barbe. "Je leur donne une semaine."
Il se trompe d'environ deux ans.
Peut-être que ça agace Dean plus que ça ne le devrait ; ça lui prend sérieusement la tête, le démangeant constamment dans le fond de son crâne.
Sam a un petit-ami.
Sam a un petit-ami qui est une tapette, mais même en omettant ce fait, Sam a un petit-ami.
Sam a un petit-ami et Dean ne sait pas ce que ça signifie. Est ce que Sam va … 'mieux'? Est ce que Sam est 'guéri'? Est ce qu'il regarde Dean sans penser 'Putain, j'aimerais bien me le faire'? Est ce qu'il est—normal?
Cette pensée s'accroche à la langue de Dean, donne un drôle de goût à sa bouche d'une manière qui l'oblige à se lécher les lèvres et à faire claquer sa langue contre son palet en un agacement continuel.
Si Sam n'aspire plus à avoir une tranche de Dean, pourquoi est ce que les choses ne sont pas redevenues comme avant, alors? Pourquoi est ce que Sam ne vient plus le voir lorsqu'il a des problèmes ou lorsqu'il a besoin d'aide? Pourquoi ne parlent-ils pas plus souvent? Pourquoi est ce que Dean ne peut plus s'asseoir sur le canapé et mettre Les Sept Mercenaires avec un bras jeté en arrière sur le bord du canapé en s'attendant à ce que Sam remplisse cet espace et se blottisse contre lui?
Si Sam a vraiment tiré un trait sur cette chose, pourquoi est ce qu'ils ne sont pas encore eux-mêmes?
Dean n'est pourtant pas du genre à 'broyer du noir' à cause de ces questions pendant qu'il jardine dans la cour en 'ratissant agressivement tout en réfléchissant à sa relation avec son frère.'
"T'as une dent contre moi?" lui demande John d'une voix rauque à côté de lui, la voix colorée par l'amusement.
"Je ne vois pas de quoi tu parles," souffle Dean et resserre ses mains autour du bois brut et inégal du vieux râteau. Ses doigts sont nus et raides pendant qu'un vent d'automne perce ses mains, alors il ne peut pas sentir les cloques qui se forment dans ses paumes lorsqu'il recommence à enlever chaque foutue feuille de la cour.
Sam n'est pas Dean-sexuel. Dean le sait, Dean le comprend très bien.
Il ne comprend pas pourquoi ça le dérange tant.
Sam a un petit-ami.
Sam a un petit-ami qui ne ressemble même pas à Dean, et à quoi est ce que ça rime? Si Sam est tellement fou de lui qu'il serait capable de tirer un trait sur sa vie pour s'en débarrasser, ne devrait-il pas désirer des gens qui ressemble à son frère?
Et si Sam était juste gay depuis le début? Et s'il avait juste vu Dean comme un garçon et s'était dit 'regarde-moi ça' plutôt que de le voir comme son frère?
Dean est vraiment sexy, il en est conscient. Sam avait pour habitude de se dévaloriser, de se soucier de son apparence, préoccupé par chaque détail de son corps et se plaignant d'être trop grassouillet un jour et trop dégingandé le suivant, mais Dean n'a jamais eu ce problème. Il a une mâchoire taillée dans le granite. Ses paupières sont attirantes. De la courbure de ses jambes aux taches de rousseur sur ses épaules, Dean Winchester est un vrai canon. Il n'a pas eu une seule fois dans sa vie, d'insécurités au sujet de son apparence, parce que, même s'il ne pouvait pas le voir de lui-même, les gens font presque la queue jusqu'en bas de la rue pour constamment lui rappeler qu'il est un superbe spécimen masculin. Il a les yeux de sa maman et la mâchoire de son papa et c'est une bonne combinaison. Les gens le veulent. Les gens voudraient être lui. Ce n'est même plus une flatterie désormais, c'est un fait de sa vie.
Il est irrésistible putain.
Alors peut-être que Sam ne désire que ça– sa beauté masculine , et non pas sa beauté en temps que son frère ? Et s'il ne voulait que le corps de Dean et pas Dean?
Et si Sam s'était presque suicidé pour absolument rien?
"Putain!" hurle Dean lorsque la peau de sa paume se déchire et il jette le râteau violemment dans le tas de feuilles.
"Hey, hey," John se trouve à nouveau derrière lui, sortant ses mains de la grotte qu'il essaie de creuser dans son ventre. "Laisse-moi voir."
Dean fait un bruit mécontent, à travers des dents serrées et ouvre sa main afin que son père puisse inspecter les ampoules déchirées et la peau rompue. Du sang et un sérum salé s'écoule dans la coupe de sa paume, débordant entre ses doigts et dégoulinant sur ses jointures.
John fait un bruit de sympathie. "Ouais, d'accord. Vas à l'intérieur, je vais tout finir moi-même. Demande à Sam de te mette un peu de peroxyde dessus et d'y mettre un bandage. "
Et juste comme cela, Dean est libéré de ses obligations et peut retourner dans la maison.
La chaleur du foyer pique ses joues brûlées par le vent et le bout de ses oreilles à la seconde à laquelle il rentre dans la maison et se tape les pieds afin d'enlever les taches de mousse et de feuilles mortes au bout de ses bottes. Il se rend vers l'armoire à pharmacie, avec l'intention de faire le nécessaire tout seul.
Sam est assis sur le canapé, un devoir de maths en équilibre sur un des ses genoux, et il fait cette chose qui consiste à faire balancer son stylo dans le creux entre son pouce et son index avant de le faire tourner dans une chorégraphie que Dean trouve trop compliquée à suivre, mais que Sam trouve apparemment futile, parce qu'il ne fait pas attention à son stylo ou à ses devoirs; il regarde attentivement Star Wars : L'Empire contre-attaque.
Dean s'arrête au milieu de la cuisine, son sang coulant goûte par goûte sur les carreaux lavés, et regarde au dessus de l'épaule de Sam. Han et Leia marchent ensemble à travers la base de Hoth, leurs foulées larges et agressives pendant qu'ils s'énervent, en niant et s'accusant de leurs sentiments.
Dean se souvient de la première fois que Sam et lui ont regardés ce film ensemble, étendus sur le canapé avec les pieds de Dean sur les genoux de Sam et un gros bol de pop-corn coincé entre ses jambes. C'est le moment où Dean est supposé intervenir avec la blague : "Han va devoir rester Solo s'il ne peut pas se ressaisir," si prévisible avec la même bonne vieille phrase qu'il a trouvé lorsqu'il avait douze ans et il a du expliquer à son petit frère de huit ans qu'il faisait pratiquement partie des impressions ressenties en regardant ce film maintenant.
Le moment arrive et Dean peut sentir les mots bouillonner dans sa gorge, il a l'impression qu'il lui manque un repère dans sa vie en ne disant pas la même vieille blague.
Sam attend que la scène soit finie, rit légèrement sous son souffle, même si rien de drôle ne s'est passé à l'écran.
Dean avale sa salive et change de pied, des bandes rouges s'écoulent de son bras à son coude avant de dégouliner, de tomber sur le sol en faisant des petits flocs distinctifs. Peut-être que Sam entend le crépitement des petites gouttes de sang ou peut-être qu'au bout de quinze ans, il a acquit une sorte de radar à Dean qui vibre lorsque son grand frère se rapproche, mais Sam se retourne alors, voit Dean menaçant de tomber.
"Qu'est ce qu'il s'est passé?" Sam se lève d'un coup du canapé, ses devoirs se répandant sur le sol alors qu'il se précipite pour prendre les mains de Dean doucement dans les siennes. "Oh mon dieu, vite." Il tire Dean vers l'évier, lève la poignée avec son coude et amène leurs mains sous l'eau.
Dean observe le visage de Sam pendant que Sam fronce les sourcils et nettoie la plaie dans sa paume, la frottant fermement et efficacement avec ses propres pouces. Les yeux de Sam restent concentrés sur le travail qu'il est en train d'effectuer, le front plissé en son milieu, ses dents s'enfonçant fortement dans sa lèvre inférieure pendant qu'il se concentre. Il est si près que Dean peut le sentir, sait qu'il a volé son après-rasage parce qu'il vient tout juste de découvrir les joies du rasage et n'en a pas encore un à lui. Dean n'avait pas l'intention de se sentir un peu fier qu'il y ait 'une barrière de Dean' distincte entre Sam et l'odeur de Charlie qui empiète toujours sur tout ce que Sam possède.
Les mains de Sam sont stables dans ses soins, le bout de ses pouces creusant dans le coagulant épais, frottant jusqu'à ce qu'il ne reste que la tendre, chair déchirée et Dean grimace.
"Désolé," murmure Sam plus par reflex que par réelle sincérité pendant qu'il coupe l'eau et traîne Dean jusqu'à l'armoire, cherchant les gros pansements que personne n'utilise jamais parce qu'il y en a des milliers de tailles normales qui marchent tout aussi bien si on les superpose, et sort un peu de bétadine. "Remets-toi au-dessus de l'évier," lui ordonne Sam et Dean se rend enfin compte à quel point c'était stupide que Sam l'ait traîné jusqu'à l'armoire dans un premier temps, mais la main de Sam est encore ferme et robuste autour de celle de Dean, ses doigts striés par le sang de Dean aussi maintenant.
Il y a quelque chose d'étrangement intime dans tout ça, pense Dean. Avoir le sang de quelqu'un d'autre sur ses mains.
Il laisse Sam l'emmener à nouveau jusqu'à l'évier, se contentant de rester en retrait afin de pouvoir regarder Sam révéler ses dents en sympathie lorsqu'il arrose la paume de Dean avec la bétadine nauséabonde. "Ouais, je sais," il glousse lorsque Dean grogne alors que l'antiseptique le fait retirer sa main.
La bétadine éclabousse bruyamment la porcelaine propre et elle tache leurs mains d'un jaune maladif brillant que Sam nettoie avec un gant de toilette. Dean est quand même content que Sam ait laissé tombé le peroxyde d'hydrogène en faveur de la bétadine, parce qu'au moins la bétadine ne mousse et ne craquelle pas.
"La table," commande Sam, tirant Dean par la main pour l'asseoir dans une des quatre chaises en bois rigide installées autours de la table de la cuisine avant de prendre place à côté de lui, les pieds des sièges crissant et résonnant contre les carreaux lorsqu'il enlève la chaise de sous la table et la fait pivoter sur un pied afin de pouvoir avoir accès à Dean. Leurs genoux se heurtent lorsque Sam s'assied.
"Mince, j'ai oublié la crème. Attends deux secondes," s'excuse Sam rapidement, en mettant la main de Dean entourée du torchon sur la nappe au motif cachemire avec précaution avant de se hâter vers l'armoire et de fouiller la seule trousse de premiers soins qu'ils possèdent sans verrou dans la maison. Dean regarde le mouvement des épaules de Sam alors qu'il sort des rouleaux de bandages et de la gaze et sent le faible battement de son cœur dans sa main. Sam remet tout à l'intérieur et ferme l'armoire avec désinvolture et un crucifix est cloué au mur au-dessus du four de tel sorte que, Jésus y étant épinglé peut superviser la cuisine de Mary qui saute légèrement avec les réverbérations.
Sam revient, triomphant, leurs genoux se cognent lorsqu'il s'assied et pendant un petit moment, les mains de Sam ont du mal à dévisser le bouchon de la crème. Il s'embrouille mais récupère rapidement, se raclant la gorge et levant les yeux vers Dean sous sa frange pour voir s'il a remarqué quelque chose.
Dean feint l'innocence.
Au lieu de presser la pâte claire dans la paume de Dean, Sam en prend un peu sur le bout de ses doigts et la tapote sur la plaie de Dean. Son visage se déforme dans la concentration et Dean commence à se redemander à quoi pensait Sam lorsque leurs genoux se sont touchés.
L'adhésif sur le papier mince enveloppant le pansement fait un bruit de déchirure aiguë lorsque Sam l'ouvre avec des doigts plein de crème. Il le lisse doucement sur la main de Dean et pour une quelconque raison, ça rappelle à Dean le jour où Ellie Hinders enfourchait ses hanches lorsqu'il était étendu sur son duvet bleu pale, des yeux perçants la fixant pendant qu'il l'aidait à enlever son tee-shirt et qu'elle lui avait retourné la faveur. Elle avait tracé une ligne de baisers et de caresses sur son sternum, sur ses côtes, sur son ventre, en descendant et en le touchant avec une telle douceur qui était presque respectueuse dans sa nature. Elle semblait plus le vénérer qu'autre chose.
"Et voilà," Sam lui sourit fièrement et se rassied pour observer son travail, tenant toujours la main de Dean délicatement dans la sienne.
Il relève les yeux et remarque l'expression confuse de Dean, et que Dieu lui vienne en aide, Dean a besoin de savoir si Sam a fait ça pour Dean ou pour son joli petit cul.
Il va déjà en enfer, si cet endroit existe réellement, alors merde.
Dean se mord la lèvre. Sensuellement. Raclant ses dents, faisant sortir sa langue, se mordant les lèvres assez fort pour les marquer. Le type de morsure de lèvres qui l'ont aidé plus d'une fois au fil des années, qui font s'évanouir les filles et font tomber leurs sous-vêtements. C'est sa stratégie habituelle pour séduire, la première étape d'une danse qui est par dessus tout de l'improvisation, cette technique et testée et approuvée, et si elle ne fonctionne pas sur Sam, alors il sera fixé. Si ça ne fonctionne pas, alors Sam est juste un putain d'idiot et Dean va lui botter le cul. Si ça ne fonctionne pas, les choses redeviendront comme elles l'étaient avant.
Les mains de Sam arrêtent leurs caresses enthousiastes sur celles de Dean et ses yeux suivent le mouvement des dents de Dean sombrant dans le gonflement de sa lèvre inférieure. Le bout de ses oreilles devient rouge, mais ce n'est pas avant qu'il ne lève la tête et croise le regard de Dean que l'ensemble de son visage rougit jusqu'à ses clavicules.
Ils se regardent dans les yeux, et peut-être que Sam est en train de regarder Dean, mais Dean essaye de le regarder aussi et il ne voit rien d'autre que la peur dans les yeux de Sam, qu'il est terrifié. Il ne regarde pas le cul de Dean, ou ses lèvres faites-pour-le péché, ou sa mâchoire en putain d'acier. Il ne regarde aucune partie de Dean. Il regarde Dean.
Un petit crie aigu de Carrie Fisher rompt la magie de ce moment. Ils se tournent tous les deux rapidement dans leurs sièges, juste à temps pour voir Leia lancer quelque chose de dérisoire à Han, s'arrêter comme si elle prenait une décision judicieuse avant de se pencher et d'embrasser Luc en plein sur la bouche.
Sam laisse tomber la main de Dean comme si elle l'avait brûlé et renverse presque sa chaise en se levant.
"Euh," balbutie Sam, les mains tendues loin de son corps comme s'il avait touché quelque chose de corrosif et de dégoûtant et ne voulait pas risquer d'en mettre partout sur ses vêtements. "Je dois- J'dois-" Ses yeux s'éloignent de Dean pour se diriger sur le mur derrière lui, sur le crucifix. Il s'en va en courant.
Dean reste assis, absolument abasourdi par la révélation.
