3. HOME SWEET HOME


La tête de Tommy tomba dans un bruit sourd sur le volant, ses yeux écarquillés et ses lèvres ouvertes dans un cri muet. Le couteau était fermement planté dans son lobe frontal, sur le côté de son crâne, laissant son sang se répandre jusqu'à ses pieds. Carla observait maintenant son petit-ami se vider de son sang. Elle pleurait tellement à présent que sa vue était obstruée, sa poitrine se soulevait à un rythme incessant et son corps frémissait de la tête aux pieds. Néanmoins, elle possédait encore un instinct de survie très développé et elle se jeta vers Tommy dans le but de sortir par la portière côté conducteur.

Hannibal ne lui en laissa pas le temps et attraper une des couettes. La jeune femme hurla et gémit en essayant de faire lâcher prise à son tortionnaire. Ses yeux larmoyants étaient fixés vers la portière qui serait son salut. Elle était dans un état de terreur sans nom, et même si elle faisait tout pour s'enfuir, son corps tremblait totalement. Elle préférait s'arracher les cheveux plutôt que ce monstre parvienne à l'attirer vers lui. Malheureusement pour elle, le psychiatre tira brutalement et Carla fut soudainement déséquilibrée vers la fenêtre ouverte. Hannibal sortit un couteau, posa la lame glacée sur le cou pâle de la jeune femme et l'égorgea d'un geste qui démontra une grande expérience.

Will se contenta de ranger son revolver, ne sachant que faire d'autre. Il n'était qu'à peine horrifié par la scène sanglante face à lui. Sa main gauche tremblait et ses yeux ne pouvaient se détourner du spectacle morbide – presque magnifique. Les corps encore chauds d'un pauvre couple qui n'avait cherché qu'à se rendre utile. Tommy reposait toujours contre le volant, sa tête ne faisant que glisser davantage à chaque minute. Carla avait le dos plaqué contre la portière mais ses jambes s'apprêtaient à enjamber son petit-ami pour fuir. Une seule de ses couettes tenait fébrilement tandis que l'autre était complètement défaite. Sa gorge ouverte laissait s'écouler une épaisse mare de sang sur son corps frêle.

Will s'apprêta à articuler un mot lorsqu'il finit par se retourner vers Hannibal. Face à sa vue, il referma ses lèvres silencieusement. Ce dernier avait encore le couteau ensanglanté dans sa main, elle-même recouverte de sang. Son poignet était entrelacé de traînées sanglantes. La différence entre la neige immaculée et le rouge du sang était frappante. Des flocons se perdaient dans ses cheveux cendrés et ainsi, Hannibal ressemblait à un ange vengeur. Will ne pouvait s'empêcher de détacher ses yeux d'Hannibal, magnifié par le sang qui recouvrait son manteau.

Les yeux havanes se braquèrent dans ceux du profiler et ne les quittèrent plus. Une forte odeur de cuivre se dégageait, emplissant leurs narines. Elle était entêtante, et la tête de Will semblait tourner comme dans une douce folie. Des frissons remontèrent l'échine de Will et son cœur battit sous le regard scrutateur du Dr Lecter. Lorsque Will analysa toutes ses réactions physiques, il en vint à une seule et même conclusion horrifiante : il adorait ce qu'il voyait, ce qu'il ressentait. Le parfum envahissant du sang, les cadavres chauds et Hannibal à ses côtés. Il aimait ça. Ce constat l'épouvanta. Il aimait ça.

Le brun ferma un instant ses paupières, souffla et reprit un calme précaire. Il devait réfléchir intelligemment. Ce double homicide n'était pas inclus dans leur plan et ils leurs fallait songer à comment dissimuler les corps. Ils n'avaient pas emmené de pelles, et de toute manière, la terre était gelée. Creuser aurait été plus qu'ardue surtout avec leurs blessures. Laisser les cadavres dans la forêt serait le plus logique mais… quelqu'un pourrait les découvrir même si les randonneurs se faisaient rares en hiver. Will commença à respirer avec peine, comme si un étau lui enserrait les poumons.

- Will. Calme-toi, murmura doucement Hannibal en posant sa main sur son épaule avant de la serrer gentiment.

Le psychiatre la retira mais Will sentit encore longtemps la traînée brûlante de ses doigts sur son épaule.

- Qu'est-ce qu'on fait des corps ? demanda Will, semblant plus rasséréné à présent.

- Dans le coffre. C'est la meilleure solution. Personne ne trouvera de corps, nous aurons le temps de fuir et ensuite nous abandonnerons ce véhicule.

Will acquiesça.

Le moteur ronronnait et les feux étaient encore allumés. Will espéra qu'aucune autre voiture ne passerait par là. Il avait constaté que la route n'était pas bien fréquentée, surtout en pleine nuit.

Will ouvrit le coffre du 4x4. Ce dernier était heureusement spacieux et entièrement vide. Puis avec l'aide d'Hannibal, Will déplaça les corps avec lenteur, handicapés par leurs blessures. Ils finirent par se débarrasser de leurs manteaux souillés de sang en les jetant sur les cadavres. Will alla ensuite fouiller à l'arrière et trouva un sac en bandoulière vert, quelques cintres, une veste d'aviateur, des serviettes éponges ainsi qu'un kit de sécurité routière. Le profiler s'empara du blouson en cuir et l'enfila. Ensuite, il recouvrit les sièges avant avec les serviettes pour qu'ils n'aient pas à s'asseoir sur le sang.

Lecter décida rapidement qu'il allait conduire car Will semblait exténué par la situation. Ses yeux vitreux, son teint pâle et ses lèvres tremblantes n'avaient pas échappés au psychiatre qui l'observait d'un œil depuis le meurtre du couple. Hannibal avait l'horrible sensation que Will allait l'abandonner au moindre problème. Surtout qu'il savait que Will n'était pas encore à l'aise avec le fait qu'il appréciait tout ça.

Pendant qu'Hannibal conduisait, Will fouilla rapidement le sac, espérant que quelque chose d'utile s'y trouvait. Il ne contenait que les téléphones respectifs du couple que Will s'empressa de jeter par la fenêtre, un énorme paquet de chips au poulet, quelques canettes et une carte de la région. Peut-être que Carla et Tommy s'apprêtaient à partir en randonnée… Ça, Will ne le saura jamais. Ce dernier grignota plusieurs chips et en enfourna quelques-unes dans la bouche de son homme.

Ils devaient se rendre chez Hannibal – une décision dangereuse mais nécessaire. Là-bas, il fallait récupérer de l'argent et des papiers pour quitter le pays. C'était clairement la meilleure solution à prendre, et ils ne pouvaient rester sur le continent américain plus longtemps au risque de se faire arrêter. Ils en discutèrent longuement, songeant au possible agents du FBI surveillant la demeure.

Will commençait à fatiguer, son corps et son cerveau se ramollissant petit à petit. Hannibal lui adressa quelques mots mais Will n'en comprit pas le sens. Il entendait juste le son agréable des syllabes roulant sous la langue du psychiatre. L'adrénaline qui l'avait aidé à transporter les cadavres, à supporter la fatigue et son état émotionnel instable n'était plus… Le profiler colla son front brûlant à la fenêtre glaciale, ferma les yeux et sombra dans un sommeil sans rêves.

Rentrer chez Hannibal fut plus facile que Will l'aurait cru. Il s'était au moins attendu à une dizaine d'agents mais il n'en n'était rien. Une simple voiture de police était stationnée devant la maison, et Hannibal et Will garèrent le 4x4 plus loin avant d'entrer par derrière. Deux agents parlaient dans la cuisine, un rire gras retentit et ils entendirent les bribes d'une discussion enflammée à propos de la femme d'un certain John.

Will ne pouvait pas utiliser son revolver. Le bruit d'un tir était beaucoup trop bruyant. Hannibal lui tendit un couteau mais Will refusa d'un hochement de la tête. Il n'était pas comme lui, il n'était pas un tueur de sang-froid et ne pouvait se convaincre d'arracher la vie à quelqu'un.

- Je me débrouillerai, murmura Will.

Hannibal sembla sceptique mais ne pipa pas mot sur son refus, acceptant simplement.

- Je m'occupe de la cuisine, Will.

- Je vais vérifier s'il y a d'autres agents.

Hannibal se dirigea vers la cuisine mais Will le retint par le bras :

- Fais attention, Hannibal.

En réponse, Lecter sourit.

Will partit à son tour et marcha silencieusement dans les couloirs sur le qui-vive. Après plusieurs minutes de recherches, il s'arrêta en voyant un autre agent du FBI. Ce dernier s'était arrêté près d'un tableau et le regarda avec attention tout en sifflotant, la tête penchée vers la droite et les sourcils froncés. Will y vit sa chance et avança. Il plaqua brusquement sa main sur sa bouche. L'officier se débattit immédiatement mais Will serra de toutes ses forces et, avec son bras encercla le torse de l'homme fermement. L'agent suffoqua et eut un soubresaut. Son corps trembla, ses mains essayaient en vain d'attraper son pistolet à sa ceinture et ses yeux se révulsèrent. Après quelques minutes, son corps se détendit d'un seul coup entre les bras de Will. Ce dernier le relâcha et sa dépouille tomba doucement au sol. Il prit son pouls et se rendit compte que l'homme était mort. Il ne voulait pas le tuer mais ce constat ne l'épouvanta pas. Etrangement, il ne ressentait aucune culpabilité. Sa mort avait juste été un dommage collatéral de plus. Will avait l'impression d'aller toujours plus loin – et intérieurement, il s'en délectait. La liste des meurtres s'allongeait et pourtant il semblait de plus en plus à l'aise avec tout ça.

Un hurlement de douleur résonna dans la maison, et Will se rua vers la cuisine, inquiet pour Hannibal. Lecter avait réussi à trancher la gorge à l'un des hommes et se battait avec l'autre. Will vint à son aide en ceinturant rapidement le policier. Ce dernier fut surpris, ne se doutant pas qu'Hannibal avait un complice. Profitant de la faiblesse de l'agent, Hannibal lui enfonça brutalement son couteau dans la carotide. Son corps chuta dans un bruit sourd. Il essaya d'attraper l'une des chaussures de Will dans un geste de désespoir mais eut un râle de souffrance avant de s'éteindre.

- Merci Will, murmura Hannibal avec un petit sourire aux lèvres.

Hannibal se retourna et se dirigea vers sa chambre. Will ne le vit pas mais le psychiatre eut une grimace de souffrance et serra les dents. Ce n'était pas le moment pour souffler. Ils avaient peu de temps devant eux, il ne fallait pas traîner ici plus que nécessaire. En montant les escaliers, le souffle d'Hannibal se coupa et il se stoppa dans sa marche.

Il passa une main sur son ventre. Du sang s'écoulait de sa blessure, formant une tâche sombre sur son pull rouge. Will, derrière lui, arriva à sa hauteur. Il remarqua la main d'Hannibal fermement enserrée contre le tissu et la mine du profiler se fit inquiète. Ce dernier posa sa main sur la sienne. Ses doigts caressèrent le dos de la main d'Hannibal dans un geste de réconfort.

- Qu'est-ce qui se passe, Hannibal ? Tu as mal ?

- Je…

Hannibal prit une pause, le visage figé par la douleur.

- Je pense que ma blessure s'est ouverte, Will.

Le brun épaula Hannibal presque instinctivement et l'aida à monter. Hannibal s'appuya contre Will, et ce dernier pouvait sentir avec aisance sa fragrance masculine. Hannibal dégageait une odeur envoûtante et, le doux parfum du sang se fondait avec le sien dans un mélange obsédant. Will guida le psychiatre à sa chambre.

Cette dernière était d'une beauté sans précédent. Les murs étaient recouverts de papier peint beige et de luxueux lustres éclairaient l'immense chambre. Des meubles du 18ème siècle trônaient dans la pièce : des commodes en bois de chêne, un lit à baldaquin aux draps soyeux et des tapis couleur taupe. Des tableaux de grands maîtres étaient accrochés aux murs, et de lourds rideaux carmin en velours étaient suspendus aux larges fenêtres. Will déposa Hannibal sur les draps, et ce dernier eut un gémissement de douleur. Le souffle d'Hannibal était entrecoupé et irrégulier.

- Tu vas devoir m'aider, Will. Je ne crains de pouvoir me soigner seul. J'ai du matériel dans la salle de bain. Porte du fond.

Will s'y dirigea et entra dans une pièce tout aussi luxueuse. Il ne l'observa qu'à peine et fouilla pour trouver ce qu'il cherchait. Après avoir récupéré la trousse, à l'image d'Hannibal, élégante et gravée avec ses initiales, il revint auprès de lui. Hannibal, assit sur le rebord du lit, avait le visage tendu. Will s'agenouilla entre ses jambes écartées. Il sortit une paire de ciseaux, des compresses, un antiseptique et du fil de suture. Will retira le pull d'Hannibal et fut surpris en constatant qu'il n'avait rien en dessous. Son torse apparut devant ses yeux. Le voir d'aussi près était déroutant. Ses pectoraux, ses abdominaux, ses flancs, ses tétons bruns : toute sa musculature était impressionnante. Le souffle chaud de Will se répercuta contre ses poils grisonnants. Le sang sur son ventre venait achever la vision du corps d'Hannibal dans toute sa splendeur. La blessure s'était effectivement réouverte, et les points de suture ne fermaient qu'à moitié la plaie.

Will ne put s'empêcher de sentir ses joues s'enflammer. La différence entre la couleur chair de son torse large et le sang carmin était frappante. Ses poils, ses muscles dessinés et tout ce sang attiraient indéniablement Will. La constatation de son analyse le frappa de plein fouet : Hannibal était sexy.

Wil Graham désirait Hannibal Lecter.

Soudain, il sentit une chaleur envahir ses reins et ressentit une gêne au niveau de son bas-ventre. Will baissa les yeux vers la source du problème avant de les relever immédiatement. Il avait une érection... Il n'en revenait pas ! Il se mordit les lèvres violemment, presque qu'au sang.

Il n'arrivait pas à se contrôler et en était mortifié… Il avala sa salive précipitamment, espérant qu'Hannibal n'avait pas perçu la raison de son trouble :

- Tu vas devoir me guider à présent, Hannibal…

Les lèvres d'Hannibal se plissèrent dans un sourire moqueur, et Will sut que son regard avait dérivé tout autant que le sien.

- Ça ne me déplaît pas Will, mais je n'ai pas assez de force pour m'occuper de toi actuellement, murmura suavement Hannibal en ne répondant pas à la question posée.

- Je… Non, c'est rien… bégaya Will, incertain.

- Ce n'est pas ce que montre ton pantalon, Will.

Will se referma sur lui-même et Hannibal comprit qu'il n'en n'obtiendrait plus rien. Le psychiatre finit par soupirer et indiqua les étapes pour qu'il le soigne avec brio – ce que fit ce dernier avec maladresse mais avec un certain soin.

- Merci Will. Je vais nettoyer tout ce sang.

Il abandonna son pull rouge sur la literie. Avant de s'engouffrer dans la salle de bain, Hannibal se retourna et dit :

- Cet endroit va me manquer, Will. Nous y passions beaucoup de temps ensemble…

- Allô ? Oui c'est moi… Un corps ? Où ça ? Très bien, j'arrive. Ne touchez à rien.

Jack enfila son pardessus et quitta rapidement son domicile. Il arriva sur place, sortit de son véhicule et gravit rapidement la pente menant à la maisonnée. Le shérif du comté l'avait contacté. Tous les meurtres des alentours devaient lui être signalés en priorité.

Hannibal et Will étaient morts mais Jack devait en avoir la certitude. Et s'ils avaient survécu ? Il avait déjà prévenu Alana et Bedelia que leurs dépouilles n'avaient pas été retrouvées. Il avait tout de même conseillé au Dr Du Maurier de se tenir fin prête à quitter le pays si jamais ils refaisaient surface. Alana elle, était déjà en sécurité avec Margot et leur fils, Morgan.

Jack était partagé. Avoir une piste sur eux signifiait que Will était vivant, et cela indiquait aussi qu'Hannibal était en vie ET en liberté. Les derniers mois qu'il avait passé enfermer n'avait pas dût arranger son état mental et son désir de tuer.

C'était un psychopathe, cannibale et infiniment dangereux. Ne valait-il pas mieux qu'il est péri avec Will ?

Murdock, shérif depuis vingt-cinq ans attendait Jack de pied ferme. En l'apercevant, il tira une dernière latte sur sa cigarette et la jeta. Il le salua en retirant son chapeau vert assorti à son blouson de policier.

M. Hank Parker est à l'intérieur. C'est le frère de la victime. Je l'ai interrogé brièvement. Il a appelé la police dès qu'il a compris qu'il s'agissait de son frère Ed en creusant.

- En creusant ? Pardon ?

- Oui. Vous avez bien entendu. Il m'a l'air un peu louche. Je ne suis pas sûr qu'il y'ai un quelconque rapport avec votre affaire en cours. Il s'agit du tueur du Grand Dragon Rouge c'est ça ?

- Qu'est ce qui s'est passé ?

Murdock se racla la gorge voyant que Jack n'était pas ouvert au dialogue et poursuivit :

- Il est venu ici car il n'avait pas de nouvelles d'Ed depuis plusieurs jours. Apparemment, ce n'est pas dans ses habitudes. Quand il part chasser, tous les soirs il appelle Hank pour savoir comment va leur père malade. En arrivant, il a remarqué de suite qu'il manquait certains objets et d'autres avaient été déplacés. Encore une fois, chose qu'Ed ne ferait pas. On devrait lui faire cracher le morceau, je suis sûr qu'il est lié à la disparition de son frère. J'ai le flair pour ressentir ces choses-là. Il a fait le tour de la maison et a constaté que la terre avait été fraichement retournée. Il a creusé.

- Et ?

- Ça ne vous parait pas suspect ? Une personne censée n'irait pas creuser alors qu'elle recherche un membre de sa famille.

- Peu importe ! Continuez bon sang !

- Très bien, très bien. Il a découvert une main avec une bague, celle d'Ed. Il a arrêté après cela et nous a contactés.

- Cela ne signifie pas qu'il s'agisse de son frère. Je vais appeler la scientifique. En attendant, je vais le questionner.

Jack passa près d'une demi-heure avec l'homme bourru qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à son frère. Il n'y avait pas encore de certitude qu'il s'agisse de Will et d'Hannibal mais la ou les personnes qui étaient venu ici, étaient clairement en fuite. L'inventaire des objets disparus que Hank lui annonça confirma son hypothèse.

Entre temps, Brian et Jimmy arrivèrent et commencèrent leurs prélèvements. Très vite, ils passèrent la maison au peigne fin et découvrirent, grâce aux lampes ultraviolettes, du sang dans le salon et la cuisine.

- Quelqu'un est mort ici, indiqua Jimmy dans une déconcertante tranquillité.

Hank se raidit, pensant qu'il s'agissait sûrement de son défunt frère. Une certaine tristesse s'empara de lui. Ils étaient proches et avaient toujours vécu ensemble. Il disait souvent à Ed que c'était une mauvaise idée de partir seul, loin de lui. Il regrettera pour le reste de sa vie de ne pas l'avoir accompagné dans les bois.

Brian récupéra des lambeaux de tissus, détruits dans la cheminée. Il devait en déterminé l'origine mais il opta pour des vêtements. Jimmy fit le pari avec lui qu'il s'agissait plutôt de restes de serviettes et de draps brulés.

Décidément, ces deux compères avaient de drôles de loisirs.

Leur meilleur indice se trouva dans le bac à douche de la salle de bain. Coincées dans le siphon, Jimmy préleva à l'aide d'un coton-tige, quelques mèches bouclées d'une chevelure noire. Du sang s'était mêlé à la touffe de cheveux.

Jack rentra brutalement et héla ses deux collègues.

- Venez ! J'ai trouvé du sang qui descend un peu plus bas vers la plage. Vous ! dit-il en désignant le shérif. Restez ici avec M. Parker, nous revenons.

Malheureusement pour eux, les traces ne durèrent pas longtemps et s'effaçaient près du rivage.

- Ils ont dû remonter jusqu'à la maison pour se soigner, supposa Jack. S'il s'agit d'eux évidemment mais j'ai de plus en plus de confirmation à ce sujet messieurs. Vous voyez, d'ici on aperçoit la maison d'Hannibal sur les hauteurs. Ils ont sauté ou sont tombés de la falaise et débarqués ici.

- Au moins ils sont blessés, cela les ralentira quelque peu, indiqua Jimmy.

- Hum, vous avez oublié qu'il s'agissait d'Hannibal, reprit Jack.

- Ce n'est peut-être que Will, dit Brian.

- Will ? Tout seul ? Will nous aurait prévenus, poursuivit Jack. C'est soit Lecter, soit ils sont ensemble.

Jack fronça les sourcils, il ne voulait toujours pas y croire. Will ne l'aurait pas trahi, pas après tout ce qu'Hannibal lui avait fait endurer. C'était-il autant trompé sur le profiler ? S'il avait fui avec le psychiatre, il avait donc embrassé sa folie meurtrière. Cela ne signifiait qu'une chose : toutes ses années, il avait refoulé ses véritables sentiments et penchants morbides. Il devait poursuivre son enquête et trouver d'autres preuves menant aux fugitifs et prouver que Graham n'y était pour rien. Il devait continuer à croire en son ami. Il pria les deux scientifiques de terminer leurs prélèvements à l'intérieur de la demeure, de prendre les coordonnées de M. Parker et d'établir rapidement à qui appartenait le sang et les cheveux. La journée allait être très longue pour les deux légistes.

Il contacta la patrouille du FBI présente dans la maison principale d'Hannibal, là où se trouvait son cabinet. Il devait les prévenir de rester vigilants. Personne ne répondait, c'était très mauvais signe. Il se rua dans sa voiture et démarra en trombe.

A la nuit tombée, Jack arriva sur place. Il se rappela les nombreux diners qu'il avait passé ici en compagnie de sa femme Bella… Elle lui manquait terriblement. Le moindre son, la moindre odeur, le moindre lieu lui rappelait son souvenir. Il n'avait eu aucuns soupçons sur Hannibal pendant longtemps. Il se remémora également leur combat dans la cuisine. D'un coup, sa cicatrice à la main le tirailla et lui évoqua de très mauvaises pensées.

Il frappa violemment à l'entrée. Personne ne vint ouvrir. La voiture de police était toujours stationnée devant la maison. La porte était blindée, impossible de la défoncer sans bélier. Il décida de faire le tour et découvrit un peu plus loin un 4x4 noir. Il scruta l'intérieur et distingua, sur les places avant, deux serviettes en boule gorgées de sang. La portière n'était pas verrouillée. Il continua d'inspecter le véhicule et trouva deux corps allongés dans le coffre. Il recula en respirant l'odeur nauséabonde. Les cadavres baignaient dans une mare de sang séchée. Plus de doutes. Il devait rapidement contrôler la demeure et s'assurer que les policiers allaient bien. Néanmoins, l'absence de réponse lui laissait craindre le pire. Il devait rester prudent. Hannibal était un puissant adversaire. Jack connaissait la porte de derrière. Le Dr Lecter l'avait invité par-là une seule fois. A l'époque, le psychiatre ne se doutait pas qu'il deviendrait fugitif et que Jack et les autorités seraient à sa poursuite.

C'était ouvert… Il dégaina son arme et marcha le plus silencieusement possible. Il fut obligé d'allumer sa petite lampe torche car l'habitation d'Hannibal était plongée dans un noir profond.

Il sentit son téléphone vibrer dans sa poche mais impossible pour le moment de décrocher : il devait examiner les lieux. Son cœur s'accéléra, espérant que personne n'ai entendu la vibration.

- Mon dieu… Non…

Il découvrit du sang dans la cuisine puis dans le couloir. A l'étage, rien à signaler. La dernière pièce qu'il lui restait à vérifier était le cabinet du psychiatre. Là-bas, il trouva le summum de l'horreur. Hannibal n'était décidément qu'un grand malade psychotique avec un penchant pour la mise en scène. Les deux corps positionnés dans les sofas, jambes croisées pour l'un, étaient respectivement patient et médecin. Jack eu un flashback et ces postures lui rappela sans nul doute, le Dr Lecter et Will lors de leurs conversations passées. Le troisième cadavre, assit au bureau d'Hannibal, un livre ouvert, simulait une lecture passionnante.

« Will ? Que t'est-il arrivé ? Es-tu réellement avec Hannibal ou t'as t-il assassiné ? Es-tu capable de faire de telles atrocités ? » Son portable vibra de nouveau et le sortit de ses pensées. C'était Brian. Il lui confirma que les preuves récupérées dans la maison du chasseur appartenaient à Will et Hannibal. Jack abrégea, l'informant de sa découverte. Il lui ordonna de venir sur place rapidement avec Jimmy et des équipes de scientifiques et coroners.

Jack attendit les renforts. Il réfléchit de nouveau. Il était extrêmement déçu et en colère. Déçu, il avait dû les louper de peu. En colère contre le profiler. Il se souvint de cette fois où Will lui avait suggéré qu'il aurait pu fuir avec Hannibal, pourquoi ne l'avait-il pas pris au sérieux ?

Les légistes envahirent les lieux. Ils trouvèrent deux jeux d'empreintes et un coffre vide, contenant sûrement passeports et argent liquide. A l'étage, des vêtements et des sacs avaient disparus.

Jack devait les retrouver avant qu'ils ne s'échappent et disparaissent définitivement. Il fallait arrêter Hannibal mais aussi comprendre pourquoi Wil avait agi ainsi. Tant de questions parcouraient son esprit.

Il contacta Alana :

- Es-tu sûre d'être en sécurité ?

- Je le suis Jack. Ils sont vivants c'est ça ? Jamais je ne pourrais être tranquille et oublier ce fichu passé ! Hannibal est comme un animal, féroce et imbattable. Je ne veux plus que l'on soit en contact Jack, sauf pour me confirmer qu'il est mort ou que vous l'avez enfermé pour de bon ! Personne ne doit savoir où l'on se trouve. Je ne suis plus seule, je dois protéger ma famille.

Elle raccrocha brusquement.

Il ne lui restait plus qu'à contacter le Dr Du Maurier. Elle aussi aurait pu fuir loin de tout ça. Elle pensait être à l'abri et qu'Hannibal n'était qu'un lointain souvenir. Jack voyait beaucoup de similitudes entre elle et Hannibal : elle aussi adorait son confort et son train de vie. Bedelia avait préféré reprendre sa vie telle qu'elle l'avait laissé avant de partir avec le Dr Lecter. Oui partir, car selon elle, elle était sa prisonnière à Florence. Néanmoins Jack savait la vérité… Et il voyait Will prendre le même chemin. Hannibal avait ce pouvoir sur les gens. Un magnétisme hors du commun et une classe incommensurable pour un prédateur et un cannibale. Il se rappela soudain pourquoi tant d'années s'étaient écoulées avant qu'il soit jugé coupable. Il avait l'attitude d'un homme de valeurs et aux manières impeccables à qui on ferait confiance sans sourcilier.

- Bedelia, c'est Jack. J'ai eu confirmation qu'ils étaient vivants. Attendez-moi, je viendrais demain matin à la première heure et je vous accompagnerais à l'aéroport avec une patrouille de police.

Bedelia raccrocha, laissant tomber le téléphone sur son lit. Son cœur s'emballa. Elle devait disparaitre et cette fois pour de bon. Elle pensait réellement qu'ils avaient péri mais Hannibal faisait partie de ces personnes survivant même à la mort.

Elle devait recommencer à zéro mais cela était préférable à une mort imminente. Elle sortit ses bagages de son dressing et les posa sur son lit. Tout était déjà prêt. Elle éteignit la lumière de sa chambre et se dirigea dans la salle de bain. Elle récupéra tous ses bijoux et produits de beauté. Elle se retourna pour sortir mais laissa échapper sa trousse de toilette Chanel au sol. Plusieurs parfums et eaux de Cologne haut de gamme se fracassèrent et libérèrent leurs délicates fragrances. Hannibal venait d'apparaitre dans l'encadrure de la porte tel un démon. Dans la pénombre, seul son regard glacial était distinctif.

- Hannibal… Je t'en supplie.

Elle recula, les yeux fixés sur le prédateur. Elle ne voyait et n'entendait rien d'autre. Elle aurait dû se méfier et faire attention à la porte de la douche à l'italienne qui venait de s'ouvrir. Soudain, une main se posa sur son épaule. Bedelia eu tout juste le temps de faire volte-face et d'y découvrir Will lui plantant une seringue dans le cou.