RaR :

Cally : Je viens de m'apercevoir que je ne t'avais pas remercié pour ta lecture et ta review concernant le chapitre 2 ! Je suis désolée. Donc, merci à toi. J'espère que le suite te plaira tout autant ;)


Chapitre 4

Une semaine plus tard

La semaine avait été longue pour le jeune éditeur. Il lui avait fallu non seulement expliquer à son auteur les corrections sur le story-board qu'il avait emmené en week end et cela ne fut pas aisé, mais aussi supporter les appels incessants de sa mère lui rappelant plusieurs fois par jour qu'il avait intérêt d'être là le samedi suivant. De plus, une certaine quantité de travail s'était accumulée pour lui et pour Takano. Ils restèrent très tard au bureau les trois premiers jours de la semaine, se parlant à peine lors des journées. Parfois, il arrivait qu'ils passent la soirée et la nuit ensemble. Leur relation avait pris une tout autre tournure et finalement cela semblait convenir au cadet et Takano en était heureux.

Néanmoins, Ritsu ne cessait de penser à la visite de sa mère et à ce qu'elle lui avait dit. Cela le perturbait et savait que, même s'il ne disait rien, Masamune souffrait de cette situation. Il lui fallait régler le problème une fois pour toute, mais comment…

Le couple se trouvait dans le train qui les ramenait chez eux. Onodera était silencieux, bien plus qu'à l'accoutumée, et Takano l'observait du coin de l'oeil. Il savait que son amant se torturait les méninges concernant ses fiançailles, mais que pouvait-il lui dire ou faire pour l'aider ? Le jour fatidique était le lendemain, et Ritsu appréhendait de plus en plus. Enfin le train arriva à la station à laquelle ils descendaient. Ils prirent la direction de leurs appartements. Onodera marchait lentement, il pensait peut-être ainsi retarder l'échéance.

Chacun devant leur porte, ils glissèrent la clef dans la serrure. La main d'Onodera tremblait, de là où il était son amant pouvait le voir.

— Tout va bien, Onodera ? s'inquiéta t-il.

— Heu… ou…oui, bafouilla t-il.

— Tes mains tremblent !

— …

— Tu es inquiet pour demain, n'est-ce pas ?

Ritsu soupira et blêmit mais acquiesça d'un hochement de tête. Il savait qu'il n'avait qu'une chose à dire pour régler la situation mais sa famille risquait de ne pas apprécier. Il n'avait pas spécialement envie de se fâcher avec ses parents mais il ne voyait pas d'autre solution à son problème.

— Ta… Masamune, accepterais-tu de … de m'accompagner demain ? hésita à demander Onodera.

— Si tu penses que cela peut t'aider, alors c'est d'accord, répondit tendrement Takano.

— Merci, ajouta le cadet en baissant la tête.

L'éditeur en chef délaissa sa porte et s'approcha de son amant. Il l'enlaça pour lui montrer qu'il serait toujours là pour lui et qu'il le soutiendrait, même s'il ignorait ce qui se passerait pour Ritsu s'il continue de refuser ce mariage arbitrairement arrangé.

— Ne reste pas seul cette nuit, souffla Takano.

— Je… heu… je…, Onodera bafouillait.

— Laisse-moi entrer, reprit l'aîné toujours sur le même ton.

Afin d'appuyer sa demande, Masamune fit glisser sa langue avide le long du cou de son amant qui rougit instantanément, d'autant qu'ils étaient encore sur le palier. D'un coup, Ritsu se dégagea de l'étreinte de son amant et recula.

— Mais qu'est-ce que tu fous, Takano ? s'énerva le cadet.

— Hein ! Mais ça se voit non ! se défendit l'aîné.

— Au cas où tu n'aurais pas remarqué, on est sur le palier ! poursuivit le brun sur le même ton.

— Oui, je le sais, sourit Masamune. Mais te mettre en colère est une bonne technique pour te faire un peu réagir. Alors, tu ne fais entrer ? quémanda t-il presque.

Ritsu ouvrit la porte de son appartement, pénétra à l'intérieur, se déchaussa mais ne referma pas le panneau de bois. Takano y vit une discrète invitation. Il retourna chez lui pour refermer à clef son domicile et revint sur ses pas. La porte était encore ouverte. Il entra, ôta à son tour ses chaussures après avoir refermer derrière lui. Ils partagèrent un repas simple fait par Takano avec le peu d'ingrédients que son hôte avait dans son réfrigérateur.

Comme toujours, le silence les avait rejoint. Takano se demandait, tout en épiant son amant, pourquoi il lui avait demandé de l'accompagner chez ses parents. A sa façon, il appréhendait. Comment Ritsu allait justifier sa présence auprès de sa famille ? Avait-il une idée en tête ? Cela expliquerait sa mime déconfite mais cela ne le rassurait pas vraiment.

— Tu sais que tu peux me parler, fit remarquer Takano.

Ritsu releva enfin la tête de son assiette pour river ses émeraudes dans le regard inquiet de son amant. Le visage écarlate, le cadet resta muet.

— Ritsu ! Pourquoi fais-tu cette tête ?

Masamune était contrarié et cela se sentait dans sa voix pourtant Onodera ne trouvait pas la force de lui dire ce qu'il voulait faire. Il ne savait même pas comment s'y prendre avec ses parents alors comment pourrait-il en parler avec son vis-à-vis ?

— Je pense savoir ce qui va se passer demain, et j'aimerai me tromper, avoua le cadet.

— Tu ne me diras pas ce que tu comptes faire, n'est-ce pas ?

— Je ne … je ne préfère pas. Si tu ne veux pas venir, je … je comprendrais.

Takano allongea son bras vers son hôte et lui pris la main.

— Je ne te laisserais pas y aller seul ! dit-il simplement.

Chacun d'eux avait un peu de travail à terminer sur des story-boards. Masamune avait supervisé le manuscrit de son amant et tous deux se mirent d'accord sur les modifications à demander à l'auteur. Il était presque deux heures du matin. Ritsu avait dû mal à garder les yeux ouverts mais n'arrivait pas à se décider à aller se coucher.

L'éditeur en chef n'avait pas tout à fait terminé sa part de travail lorsque son amant vint le rejoindre dans le canapé. Onodera l'observa du coin de l'oeil, son coeur se mit à battre comme un força dans sa poitrine. Takano, concentré sur ses papiers, ne s'en rendit pas compte. Le cadet se souvint alors de leurs années de lycée, et surtout de leur premier week end ensemble. Ses paupières bien trop lourdes pour rester ouvertes, se fermèrent sans qu'il puisse y faire quoique ce soit. Sa tête vint se poser doucement sur l'épaule accueillante de son invité qui n'osa plus bouger de peur de le réveiller.

Masamune posa ses documents près de lui et délicatement essaya de récupérer son bras sur lequel le brun s'était calé. Onodera bougea légèrement faisant cesser tous mouvements de l'aîné. Ritsu se trouvait maintenant contre le torse de son amant qui passa son bras autour des épaules de son fardeau. Instinctivement, le cadet vint se blottir un peu plus vers l'amour de sa vie qui resserra son étreinte.

Un long moment, ils restèrent ainsi. Takano souhaitait simplement profiter de ce tendre instant et il ne s'en lassait pas. Cependant la fatigue le rattrapa à son tour. Du revers de sa main, Masamune effleura la joue de l'endormi pour le réveiller doucement. Onodera ouvrit difficilement les yeux, se demandant où il était. Puis, il sentit quelque chose bouger sous lui et se souvint. il s'était endormi contre son amant. Il releva la tête et vit que Masamune souriait tout en l'observant.

— Je… désolé de m'être endormi sur toi, murmura t-il.

Takano s'approcha de lui dangereusement et lui vola un baiser aérien.

— Ne t'excuses pas, t'avoir dans mes bras m'apaise, dit l'aîné. Il est temps d'aller au lit !

Le jeune éditeur acquiesça, se leva et se dirigea vers sa chambre. Constatant que son amant ne le suivait pas il s'arrêta.

— Tu… tu ne viens pas ? hésita t-il à demander sans se retourner.

— Ne t'inquiète pas. Je ne vais pas partir, j'aimerais juste ranger mes papiers avant de les oublier.

— D'ac…d'accord.

Onodera se sentit soulager car il ne souhaitait pas rester seul. Il savait que la rencontre avec ses parents, An et sa famille ne se ferait pas sans mal. Ce qu'il avait prévu de dire allait faire souffrir beaucoup de personnes qu'il aimait mais il n'avait plus le choix. Néanmoins, ce qui le perturbait autant c'était le fait que Masamune puisse souffrir également à cause de ce choix. Lui en voudrait-il ? Il le saura bien assez tôt !

Lorsque Masamune le rejoignit, il le vit allongé hors des draps. Il portait un bas de pyjama et était torse nu ; il semblait trembler. L'éditeur en chef déglutit difficilement. Pourquoi fallait-il que Ritsu lui fasse autant d'effet ? Se rendait-il compte qu'en cet instant il l'aguichait ? A son tour, Takano ôta ses vêtements, ne gardant que son boxer puis se coucha près de son amant en prenant soin de tirer les draps sur eux. Masamune enlaça son amour, et se cala au plus près de lui. Il voulait sentir son odeur, sa peau et calquer sa respiration sur la sienne. Le cadet put se réchauffer rapidement dans les bras de son premier amour et se rendormit assez vite. L'aîné ne tarda pas à le rejoindre dans les bras de Morphée.

Le réveil tira les deux hommes de leur sommeil. Il indiquait neuf heures. Dans quelques heures, tous deux seraient dans l'antre du diable. Takano sentait la tension dans le corps de son bel adonis. Il ne savait pas ce que Ritsu allait dire à ses parents pour qu'ils cessent de vouloir absolument lui faire épouser cette fille mais il savait une chose : cela le perturbait et le rendait malheureux.

Takano avait insisté pour prendre sa voiture. Il avait pensé que si cela tournait mal, il pourrait emmener Onodera loin de là pour lui changer les idées. Il se gara dans la rue, près de la maison de ses beaux-parents. Ritsu était loin d'être bien dans sa peau, il le sentait stressé par la situation.

— Tu es sûr que cela va aller et que je t'accompagne ? s'inquiéta l'aîné.

— Je ne sais pas si ça va aller mais je… te remercie d'être là, répondit Ritsu blême.

— Quoiqu'il se passe si tu veux partir, on part !

— Mer… merci, bafouilla le brun.

Onodera fit retentir la sonnette de la porte d'entrée et prit une profonde inspiration. Les dés étaient jetés. Le lourd panneau de bois se mit en mouvement et la mère de Ritsu apparut.

— Ha ! Tu es là ! Tu nous évites donc un second affront devant An et sa famille !

Ritsu ne répondit rien. Il baissa juste la tête, il ne voulait pas regarder sa mère tant la colère l'envahissait.

— Tu n'es pas venu seul ! Tu aurais pu prévenir !

— Désolé, oui je sais. Tu te souviens de lui n'est-ce pas ? l'interrogea le cadet.

— Oui, c'est ton patron. Pourquoi viens-tu avec lui ? le ton de madame Onodera était tout sauf amical.

— C'est aussi un ami ! répondit-il en haussant légèrement le ton surprenant ainsi sa mère.

— Très bien, entrez ! An et ses parents sont déjà là.

Takano commençait à comprendre pourquoi son amant ne voulait pas venir seul. Sa mère semblait vouloir diriger sa vie et Ritsu la respectait alors il se taisait. Masamune observa l'environnement dans lequel il se trouvait et dans lequel son tendre amour avait grandi. La maison était grande et lumineuse. L'escalier au fond de l'entrée montrait la présence d'un étage. La décoration était soignée, sans fioritures et assez classe.

Leur hôte les précéda dans la salle à manger et présenta Takano à l'assemblée. An fut surprise de le voir là et il s'en aperçu.

— Monsieur Takano est le patron de Ritsu, se sentit obligé d'ajouter Madame Onodera.

— Ritsu, est-ce vrai ? demanda son père stupéfait.

— Oui, mais c'est aussi un ami de longue date, précisa t-il.

Masamune riva ses billes noisettes écarquillées sur son amant. C'était la première fois qu'il le présentait ainsi. Son organe de vie palpita d'un coup, il se sentit plus amoureux encore. Dommage qu'en cet instant il ne puisse le remercier par un doux baiser.

— Bonjour Monsieur et Madame Kohinata, An, dit enfin le cadet.

— Bonjour Ritsu, répondirent ensemble An et ses parents.

— Enchanté de vous rencontrer, dit à tour Takano.

— Pourquoi être venu avec un ami ? interrogea enfin Monsieur Onodera à son fils.

Oui pourquoi ? Ca, c'était la question ! Ritsu espérait ne pas à avoir le dire tandis que Takano souhaiterait savoir, lui aussi.

— Après notre entrevue…. nous… nous devons nous rendre chez une auteur, mentit le brun.

— Comment ça ? Tu ne restes pas après le repas ? intervint sa mère à la limite de la colère. Nous allons avoir tant de chose à voir pour le mariage !

Ca y était ! La mère d'Onodera venait de lancer le sujet. An devint écarlate en une seconde, alors que Ritsu blêmit dans le même laps de temps. Takano se sentait mal pour lui-même mais aussi pour son amour.

— Je suis désolé Madame Onodera, c'est encore de ma faute. Nous devons retourner voir la même auteur que le week end dernier. C'est une personne qui a du mal à tenir ses délais. Nous nous devons donc de la surveiller de près. La réputation des éditions Emerald est en jeu.

— Pourquoi encore avec mon fils ? N'y a t-il pas d'autres éditeurs ? le ton de sa belle-mère était de plus en plus froid.

— Votre fils est l'éditeur en charge de cette auteur, personne ne peut donc y aller pour lui. Je l'accompagne pour qu'il n'ai pas a supporter les sautes-d'humeurs de l'auteur.

Masamune parlait haut et clair sans jamais vouloir manquer de respect à son hôte alors que Ritsu s'estomaqua de voir qu'il le défendait. La famille Kohinata, elle, ne disait rien mais la pauvre An se demandait comment allait se terminer cette rencontre.

— Soit ! dit Madame Onodera sèchement.

Un couvert fut ajouté pour l'invité de dernière minute et tous prirent place autour de la table. Naturellement, Takano s'installa auprès de son amant. Ritsu se trouvait près de sa mère, en face d'eux se trouvaient An et ses parents. En bout de table, siégeait Monsieur Onodera.

— Très bien, Ritsu quand souhaites-tu faire ta demande ? questionna la mère. Avant ou après le dîner ?

L'éditeur en chef serra les poings et les dents. Il eut à ce moment une furieuse envie de prendre son amant par la main et l'emmener loin de cette famille d'arriéré. Mais il se retint, pour Onodera.

— Je… heu … je…

— Ritsu, va falloir dire quelque chose car An a déjà acheté sa robe de mariée, tu sais ! insista sa mère.

La pauvre jeune fille se mit à rougir d'un coup, une nouvelle fois, et baissa la tête en direction de sa mère. Onodera écarquilla les yeux. Comment An avait-elle pu faire cet achat alors qu'il l'avait plusieurs fois repoussé ? Il sut en cet instant qu'il ne pouvait plus reculer. Masamune sentit sa poitrine le serrer comme jamais, s'il le pouvait il hurlerait son amour pour Ritsu devant tout le monde. Onodera observa son petit ami et remarqua son malaise. Il se leva brusquement et posa bruyamment ses mains à plats sur la table, faisant cesser toutes les conversations.

— Il… Il n'est pas question que j'épouse An, dit enfin Ritsu après avoir pris une profonde inspiration.

— Comment ? s'insurgea Monsieur Onodera.

— Allons calme toi Onodera, intervient Monsieur Kohinata. Ton fils doit avoir peur voilà tout.

— Ce n'est pas de la peur Monsieur Kohinata ! J'ai des sentiments pour votre fille, mais pas assez pour l'épouser. D'ailleurs je lui ai dit à plusieurs reprises.

Ritsu, qui habituellement avait du mal à aligner deux mots, semblait ne plus vouloir s'arrêter ce qui surpris fortement son amant.

— Je vais le redire une fois : je n'épouserais ni An ni personne d'autre d'ailleurs ! ajouta le jeune éditeur devant les mimes ébahies des toutes les personnes présentes.

— Comment oses-tu dire cela devant An ? Nous t'avons pourtant bien élevé il me semble ! Excuses-toi immédiatement ! grogna Madame Onodera.

— Mais enfin, Onodera je croyais que cette histoire était réglée ? intervint Monsieur Kohinata.

— Ne t'inquiètes pas, Kohinata ! Tout est réglé. Crois-moi ce mariage aura lieu ! s'emporta le père de Ritsu en fixant son fils.

Chacun de leur côté, tous les protagonistes se demandaient comment allait se terminer cette histoire. Takano ne souhaitait que partir. Onodera voyait son amant souffrir en silence. An pleurait et sa mère tentait de la consoler. Tandis que ses propres parents le toisaient sans vergogne.

— Vous allez m'écouter ! s'énerva Ritsu. Je vous l'ai dit, je n'épouserais pas An.

— Ca suffit, Ritsu ! dit le père.

— Laisses-moi finir ! Je ne l'épouserais pas car… je suis amoureux de quelqu'un d'autre, finit par avouer le brun.

Toute l'assemblée resta coite. Masamune ne comprenait pas vraiment. Il n'allait tout de même pas…

— Quoi ! Pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ? Et pourquoi ne pas nous l'avoir présenté ? demanda sa mère.

Onodera prit une profonde inspiration et riva son regard à celui de Takano qui comprit ce qu'avait son amour en tête.

— Onodera ! murmura Masamune.

Le jeune éditeur lui sourit presque discrètement puis regarda une à une toutes les personnes qui l'entouraient.

— En fait, j'étais amoureux de cette personne il y a dix ans. Nous avons rompu suite à un malentendu. Du moins, j'ai rompu. Chacun de notre côté en avons souffert.

— Si c'était il y a si longtemps, où est le problème ? intervint Madame Onodera.

— Nous nous sommes retrouvé complètement par hasard.

Masamune sentit son organe de vie s'emballer dans sa poitrine. Ritsu était sur le point de le présenter comme son petit ami devant sa famille, cette fille et ses parents. Le cadet était toujours debout les mains ballantes le long de son corps. L'aîné en profita pour glisser l'une de ses mains dans l'une de Ritsu, un peu comme pour le rassurer, l'encourager.

— Ha oui ! Et qui est cette jeune femme ? demanda Monsieur Kohinata.

Onodera déglutit difficilement et serra ses doigts autour de ceux de son amant.

— La personne dont je suis amoureux depuis dix ans et celle qui m'accompagne aujourd'hui. C'est Takano, avoua t-il enfin.

Le silence s'installa et l'incompréhension se lisait sur les visages. Takano plongea ses orbes dans les émeraudes de son amour. Il semblait décontenancé mais heureux. Ce n'était pas le cas pour les autres.

— Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Tu es donc prêt à mentir pour éviter de te marier ? gronda Monsieur Onodera.

— Ritsu ? l'interpella An.

— Je ne raconte pas d'histoire ! bafouilla le brun.

— Impossible ! Tu vas cesser cette mascarade et revenir à la raison ! Tu ne peux pas être gay ! s'énerva sa mère. Nous t'avons pourtant bien élevé !

— Mon fils partage sa vie avec un autre homme ! Je crois rêver ! relança Monsieur Onodera. Tu vas arrêter de raconter n'importe quoi ! Je ne veux plus que tu travailles chez Emerald. Tu vas donner ta démission et revenir travailler avec moi ! Est-ce clair ?

— Je.. je refuse !

—Tu n'as pas compris, Ritsu ! C'est une obligation ! ordonna le père de Ritsu en haussant le ton.

Le sang de Takano ne fit qu'un tour. Il se leva brusquement et plaqua ses mains sur la table. Toute l'assemblée dévisagea l'invité de dernière minute.

— Vous ne pensez pas que Ritsu a le droit de choisir sa propre vie ? dit Takano bien plus calmement qu'il ne l'aurait cru.

— Vous ! Je vous interdis d'intervenir dans cette discussion ! Vous n'êtes qu'un pervers qui a profité de mon fils ! intervint la mère du brun. Et vous n'avez aucun droit de nous parler de la sorte !

— Sortez d'ici, immédiatement ! reprit le père de Ritsu.

— S'il … s'il s'en va, je pars aussi ! annonça Ritsu.

Les Onodera dévisagèrent leur fils. Ils furent estomaqués de constater qu'il défendait ce dépravé qui l'accompagnait. Décidément, Takano ne reconnaissait plus son amant mais comprenait maintenant pourquoi il était si triste depuis quelques jours.

— Ose redire ça ! s'insurgea le père.

Onodera sentait tout son être le faire souffrir. Il devait choisir entre sa famille et son petit ami, sauf qu'il savait depuis longtemps que ce choix s'imposerait à lui un jour ou l'autre. En cet instant, il regretta que ses parents soient aussi arriérés que cela. Les grands-parents de Takano étaient bien plus compréhensifs et pourtant bien plus âgés. Il ferma ses yeux, respira profondément et prit la main de son amant. Ritsu avait pris sa décision même si elle n'avait pas été facile à prendre.

— Je vais répéter ce que je dis depuis tout à l'heure. Je n'épouserais pas An car je suis amoureux de Takano depuis longtemps. Et tant pis si vous n'acceptez pas !

— Tu pensais sérieusement que nous accepterions ça ! grogna la mère.

— Les grands-parents de Takano sont bien plus tolérants que vous et n'ont pas rejeté leur petit-fils pour autant !

— Je me fiche ce que pensent ou font les autres. Je n'accepte pas alors tu vas te reprendre et épouser…, Monsieur Onodera fut coupé.

— Désolé ! Mais je ne resterais pas plus longtemps si vous refusez de comprendre.

— Si tu pars, tu ne seras plus le bienvenu ! A moins que tu ne reviennes à la raison ! persifla le père.

— Tu ne vas pas le laisser faire, Onodera ! Nous avons prévu ce mariage depuis qu'ils sont gosses, et An est amoureuse de lui ! intervint Monsieur Kohinata.

La mort dans l'âme, Ritsu regarda sa famille puis riva ses émeraudes dans les noisettes de son amour.

— Tu es sûr ? l'interrogea tendrement Masamune qui comprit ce que voulait son amour.

Ritsu acquiesça d'un hochement de tête. Takano lui prit la main et tous deux prirent la direction de la porte d'entrée de la maison. Onodera se sentait vraiment mal, une perle d'eau salé glissa sur l'une de ses joues. Il aurait tant voulu que ses parents comprennent, mais ses espoirs furent vains.

— Rit' ! l'interpella An. J'ai toujours pensé que tu reviendrais sur ta décision mais il semble que je me sois trompée.

— An', je suis désolé mais je ne pourrais jamais t'aimer autrement que comme une soeur.

— J'ai vu comment vous vous regardez. Tu ne m'as jamais regardé ainsi. Je suis déçue et je suis triste mais je ne souhaite que ton bonheur. J'espérais juste que tu le trouves avec moi. Je vais essayer de convaincre nos parents d'annuler leurs accords. Je vous souhaite d'être heureux, dit An en pleurant.

— Merci, intervint l'aîné.

— An'…

— Ritsu ! Si tu franchis le seuil de cette maison n'espères pas y remettre les pieds un jour ! Monsieur Onodera était accompagné par son épouse.

Ritsu tourna les talons et quitta la maison familiale sous le regard ébahi de ses parents. Le couple monta en voiture qui démarra rapidement alors que les Onodera et les Kohinata tentèrent de comprendre ce qu'il venait de se passer. An essaya de leur expliquer qu'elle se remettrait de cette rupture avec Ritsu mais ceux-ci ne semblaient pas être d'accord.

Takano voyait son amour au plus mal néanmoins, il venait de lui faire la plus belle des déclarations d'amour en s'opposant à ses parents.

— Es-tu sûr de ne pas regretter ton choix ? s'inquiéta Masamune.

— J'aurai dû faire cela depuis longtemps. Je suis désolé de t'avoir mêlé à ça. Ils n'ont pas été tendre avec toi.

— Ne t'inquiètes pas pour cela. C'est toi le plus important, fit-il remarquer en posant sa main gauche sur la cuisse de son amant. Tu te rends compte que tu m'as fait une sacrée déclaration ? sourit-il.

Onodera se tourna vers lui, ses joues rougies par la gêne et les yeux écarquillés. Il n'avait pas vraiment réfléchit à ce qu'il disait. Mais maintenant que Masamune lui disait…

— Ritsu, je t'aime, déclara une fois de plus l'aîné. Je ne pensais pas que tu te fâcherais avec ta famille pour moi.

— A vrai dire, je ne pensais pas devoir en arriver là mais je ne regrette pas, avoua t-il.

— J'aimerais qu'on vive ensemble, déclara d'un coup Takano. Je sais que ce n'est pas le bon moment pour te demander ça mais après ce que tu as dit à tes parents ça m'est apparu comme une évidence.

Ritsu sentit son organe de vie cesser de battre. Masamune voulait qu'ils vivent ensemble et semblait tout à fait sérieux.

— Heu… je … je…

— Tu n'es pas obligé de me répondre de suite, tu sais. Mais promets moi d'y réfléchir !

Onodera ne lui dit pas de suite mais son coeur avait déjà accepté. Il se sentit heureux. Cela ne lui était pas arrivé depuis un moment. Cependant la dispute qu'il venait d'avoir avec ses parents l'attristait vraiment. Mais peut-être que dans quelques temps, ils accepteront sa relation avec Takano. Après tout, lui s'était pourtant bien juré de ne jamais retomber amoureux et encore moins de son premier amour.

Cela faisait maintenant plusieurs jours que Takano attendait la réponse à la question qu'il avait posé à son amant. Mais celui-ci ne semblait pas vouloir en reparler, peut-être à cause de ce qui c'était passé avec sa famille. Cela le rongeait plus qu'il ne l'admettait, de ça Masamune en était sûr.

Ce soir, le couple dînait chez Takano. Onodera était silencieux, comme souvent. Masamune était un bon cuisinier, Ritsu appréciait et reconnaissait qu'être ensemble lui apportait beaucoup. Il se leva de table et alla chercher quelques chose dans son sac.

— Tiens ! dit Onodera rougissant en tendant des papiers à son amant.

— Qu'est-ce c'est ? demanda Takano surpris.

— Re… regarde ! bafouilla le brun.

Masamune fut ébahi de ce qu'il voyait. Onodera venait de lui donner une liste d'appartements et de maisons.

— Ritsu ? ! Tu veux dire que …. que tu acceptes de vivre avec moi, bégaya presque l'aîné.

— Ou… oui, rougit le cadet.

Takano se leva d'un bond et vint enlacer son amant. Il était ému, heureux comme jamais. Un long baiser sensuel s'en suivi. A bout de souffle, les lèvres mutinent se séparèrent. Les deux hommes s'accrochèrent du regard. Masamune sourit.

— Je t'aime, Ritsu.

— Moi aussi, déclara le jeune éditeur.

Le dîner fut délaissé, les amants avaient envie d'autre chose. Ils avaient faim l'un de l'autre et comptaient bien se rassasier jusqu'à plus soif…

FIN