« Nous ne sommes plus très loin maintenant. Dans moins d'une semaine, vous pourrez mettre pied à terre. »
Ces mots, prononcés sur un ton neutre, purement informatif, étaient la seule chose qu'il avait trouvé à lui dire. Elle se tenait debout, près de la proue, le dos tourné. Elle scrutait l'horizon d'un regard vide. Jack s'approcha d'elle et s'accouda au bastingage du Glory. Martha le regarda, lui lançant un sourire triste, puis baissa les yeux humblement. La métamorphose était saisissante : elle qui avait été si hautaine, si sûre d'elle, si détestable, elle en était presque devenue touchante. Au fond, Jack éprouvait une certaine fierté car ce changement n'était dû qu'à ses méthodes, même si elles n'étaient pas si louables que cela. Mais au fond, la fin justifiait les moyens et il n'allait pas s'en plaindre maintenant.
« Ce voyage se sera déroulé plus vite que je ne l'ai pensé.
-Je sais à quoi vous pensez, chérie, mais toutes les bonnes choses ont une fin. Ne vous inquiétez pas, vous me manquerez aussi ! » lui répondit-il, moqueur.
Elle reporta son regard amusé sur lui et le fixa droit dans les yeux.
«Quel baratineur ! Je suis persuadée que vous dites cela à toutes les jeunes femmes qui mettent le pied sur votre navire.
-Voyez cela comme une marque d'affection. Avouez que vous préférez cela à nos altercations passées.
-Oui, vous avez sûrement raison, concéda-t-elle en mordillant malicieusement sa lèvre inférieure. Malheureusement pour vous, je ne succomberai pas à votre charme, capitaine Smith.
-Ne fait-il pas déjà effet sur vous ? » susurra-t-il tout en s'approchant dangereusement de la jeune fille.
Celle-ci, habilement, se retourna vers le point qu'elle avait fixé auparavant, arborant toujours un léger sourire rusé. Elle devait fuir cette situation qui devenait de plus en plus embarrassante, mais une part en elle prenait du plaisir à s'amuser du capitaine. Elle ne saurait dire pourquoi ce jeu la passionnait, elle n'avait jamais réellement pris conscience de ce pouvoir charmeur auparavant mais elle sentait qu'il pourrait devenir une arme puissante dans cette nouvelle vie et Jack représentait un bon moyen pour l'aiguiser.
Quant à ce dernier, il ne se découragea pas le moins du monde. Du haut de ses vingt-cinq ans, il pouvait se vanter d'avoir eu de nombreuses conquêtes et parmi elles, certaines étaient plus réticentes que d'autres. Une simple question de temps ! Il savait qu'il devait respecter certaines limites concernant cette victime. Il ne pouvait pas gâcher son avenir en mettant dans son lit la fille de l'homme le plus influent des Caraïbes. Il n'aurait même pas dû essayer de la séduire. Que voulez-vous, on ne le changera pas !
Tout en la scrutant attentivement, il se remémora toutes les rumeurs la concernant, une beauté à se damner, qu'on lui disait. Puis ce fut sa déception lors de leur première rencontre qui lui revint à l'esprit, ce regard si distant, si hautain, cette moue provocatrice. Cette Martha avait disparue et il prenait conscience de sa beauté réelle, celle que les ivrognes des tavernes de Portsmouth ne pourraient jamais voir. La légère teinte rosée que prenait ses joues, son air mutin lorsqu'elle le défiait doucement, tout ces traits qui l'animaient formaient son charme.
Martha sentait le poids de son regard examinateur se poser sur elle et gênée, elle essaya de se concentrer autant qu'elle le pouvait sur une ombre difforme qui se profilait au loin. Pourtant, cela ne suffisait pas, il lui fallait détourner l'attention de cette évaluation qui lui rappelait leur première rencontre et qu'elle tentait absolument d'oublier, tout honteuse qu'elle était de son comportement.
« -Que comptez-vous faire après cette traversée ? Avez-vous quelque projet qui vous tienne à cœur ?
-Cela vous intéresse vraiment ? répliqua-t-il, sceptique.
-Si je vous pose la question, c'est que cela doit être sûrement le cas, lança-t-elle en se retournant vers lui.
-Et bien, j'aimerais bien travailler pour la Compagnie des Indes. Avoir une carrière brillante, peut-être même une place au soleil, ça, ça me conviendrait parfaitement.
-Je ne vous imaginais pas du tout comme cela.
-Ah bon ? Je peux savoir comment vous m'imaginiez ?
-Vous êtes un roublard, un aventurier. Je ne vous vois pas du tout mener une vie calme, je pense que vous vous en lasserez très vite et il ne fait aucun doute que l'habit de corsaire vous irait beaucoup mieux, ajouta-t-elle, amusée.
-Ca ne m'intéresse pas » répondit-il sur un ton catégorique.
Un silence pesant s'installa entre eux. Jack affichait une mine renfrognée que Martha peinait à déchiffrer. Elle avait encore réussi à tout gâcher mais comment pouvait-elle se rattraper ? Elle ne comprenait même pas pourquoi cette suggestion l'avait tant blessé. Ce n'était quand même pas sa faute s'il avait ses humeurs, il ne pouvait pas l'accuser d'avoir essayer de ranimer les tensions.
« Je ne vous vois pas la bague au doigt, déclara-t-il. Vous êtes le genre de femme qui aime beaucoup trop sa liberté pour aller s'enchaîner à un homme qu'elle n'aimera pas.
-Je suis avant tout le genre de femme qui apprécie son confort et si cela implique le mariage, alors je me marierai. Vous voulez à tout prix que je sois différente mais je suis on ne peut plus banale. Je ne ressemble en aucun point à ces vulgaires femmes qui attendent désespérément que quelque chose leur arrive pour pimenter leur vie. J'aime la mienne comme elle est.
-Alors vous comptez suivre le chemin qu'on a tracé pour vous ? Vous me décevez énormément », se moqua-t-il.
Piquée, elle se retourna vers lui et approcha son visage du sien. Elle n'avait jamais dit qu'elle n'était qu'une femme passive au fond d'elle-même, elle voulait rester maîtresse de sa vie. Mais était-ce mal d'apprécier sa vie telle qu'elle s'annonçait ? Elle ne pensait pas cela de cette façon et elle allait lui montrer, à cet homme qui pensait tout savoir, qu'elle aussi pouvait être surprenante. Les yeux fermés, sa bouche délicieusement entrouverte, elle se rapprochait dangereusement de Jack. Celui-ci la prit par la taille et, affichant un sourire satisfait, la rapprocha un peu plus de lui.
Ils n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre lorsque que le cri de l'homme de vigie les surprit.
« Un navire ennemi à tribord ! »
Martha, qui s'était brusquement défaite de l'étreinte de Jack, se tourna vers le navire qui se trouvait en face d'elle. Il se rapprochait de plus en plus rapidement du Glory et son pavillon ne laissait aucun doute sur ses propriétaires. Jack suivit le regard de la jeune femme et grommela :
« Des pirates ! »
Il la prit par les épaules et, rapidement mais calmement, déclara :
« Martha, retournez dans votre cabine. Enfermez-vous et n'en sortez sous aucun prétexte. »
Paniquée et ayant perdu l'usage de la parole, elle hocha la tête rapidement. D'un pas rapide, elle lui obéit et s'enferma, le cœur rempli d'angoisse. Cela fut terrible pour elle, d'entendre les hurlements de Jack pour réveiller les membres de l'équipage, leurs grognements puis leurs cris lorsqu'ils aperçurent le navire qui se tenait à une si courte distance du Glory, les tirs aux canons, sans savoir ce qui se passait sur le pont.
Au cœur du combat, la tension se faisait de plus en plus palpable. Les tirs se répondaient de plus en plus rapidement, faisant voler dans leur passage des éclats de bois de toutes parts. Les hurlements des pirates, terribles, éclataient dans la nuit sombre et donnaient un aspect abominable à la scène. Les hommes tombaient de plus en plus au fur et à mesure que le combat se prolongeait. Le Glory était en proie à la plus horrible des apocalypses.
Après une demi-heure de coups de canon échangés, le navire eût à subir une terrible et violente secousse. Des éclats de voix hargneux, qu'elle n'avait pas entendus auparavant, s'étaient mêlés à ceux des marins du navire de Jack. L'abordage venait de commencer. Elle commença à pester contre le capitaine : il aurait pu lui laisser au moins une arme pour se défendre. Certes, elle ne savait pas se battre mais cela l'aurait rassurée d'être dans la capacité de se protéger. Elle parcourut rapidement sa cabine dans l'espoir de trouver un objet qui pourrait lui servir. Son choix se porta sur un chandelier en or. Cela ne lui serait sûrement d'aucune utilité si l'un des pirates venait à se présenter devant elle mais elle ne se sentait plus si impuissante.
Des bruits de pas s'approchèrent de la porte latérale, celle qui reliait la cabine de Martha avec celle de sa domestique. Persuadée que cela ne pouvait être qu'Alice et qu'elle voulait la prévenir du danger, elle ne se mit pas tout de suite sur la défensive. Au lieu de cela, elle essaya de garder son calme en respirant doucement et profondément afin de ne pas l'alarmer et de la garantir de leur sécurité. Mais elle fut obligée d'admettre qu'elle avait tort de penser que le nouvel arrivant ne fut que sa femme de chambre. Les pas se firent de plus en plus lourd et s'accompagnèrent d'éclats de rire gras. La porte s'ouvrit à la volée et laissa entrer un homme sans âge, la peau salie par le manque d'hygiène et la poudre, les cheveux noirs emmêlés, une flamme brûlant dans ses yeux rougis par la démence et l'alcool. Il s'approcha, son visage illuminé par un sourire qui révélait de nombreuses dents en or.
« Et voilà la petite Norrington, on ne m'avait pas trompée. Tu sais que tu vas me rapporter beaucoup, toi ?
-N'avancez pas, sinon…, menaça-t-elle, brandissant son chandelier.
-Sinon quoi ? Tu penses m'avoir avec ton bout de ferraille, petite ? »
Il saisit le poignet qui tenait l'arme et le tordit violemment, la forçant à lâcher l'objet. Face à la douleur, des larmes lui montèrent aux yeux. La seule chose qui lui vint à l'esprit pour l'aider à sortir des griffes du pirate était de hurler, appeler au secours, appeler Jack. Il la saisissait par les bras et lui dit dans un grand éclat de rire :
« Ca ne sert à rien de crier. Personne ne peut t'entendre.
-En es-tu sûr, Bart ? »
Le dénommé Bart se tourna vers Jack qui venait d'entrer dans la pièce, ruisselant de sang et de sueur mais qui semblait sain et sauf. À la vision du nouvel arrivant, Bart laissa échapper à nouveau un rire tonitruant :
« Mais qui voilà ? Le petit Jackie ! Ça fait longtemps, dis, depuis que tu as été jugé par le Conseil. Alors comme ça, on est devenu le béni oui-oui de la Couronne ? T'es vraiment la honte de la piraterie, mon gars !
-Tu ferais mieux de la lâcher parce que tu vois, je suis peut-être la honte de la piraterie, mais je me bats à armes égales, renchérit-il calmement.
-Ce n'est pas un vermisseau de ton espèce qui va m'expliquer comment je dois agir », s'écria-t-il, repoussant violemment Martha et dégainant son épée.
Projetée contre le mur, elle resta pendant quelques instants complètement sonnée. Mais en réalité, son esprit était embrouillé depuis le début de la bataille. Elle ne s'était même pas étonnée lorsque le pirate avait reconnu Jack. Pourtant elle ne s'évanouit pas, elle resta consciente durant tout le combat. Les lames s'entrechoquaient violemment, laissant peu de répit aux adversaires, et au-dehors les cris des hommes luttant contre ces rustres et les détonations des pistolets formaient une symphonie infernale. Elle ne put suivre le duel avec attention, son crâne lui causant un mal fou. Elle le tâta pour constater les dégâts et ramena des doigts couverts de sang dans son champ de vision. Elle leva son regard vers Jack. Lui aussi avait compris la gravité de sa blessure et lutta avec plus de rage. Mais la colère ne mène pas toujours à la victoire et il en fit le douloureux apprentissage. Alors qu'il portait des coups véhéments envers le pirate, celui-ci effectua une botte qui causa une blessure profonde à l'épaule gauche du jeune homme. Dans la douleur, il lâcha son épée et porta sa main gauche à sa plaie. Il savait qu'il était à la merci du flibustier. Martha, consciente du danger qu'encourait son sauveur, pensa qu'il était temps maintenant pour elle de prendre les initiatives. Elle se leva tant bien que mal et lança au forban :
« Il est hors d'état de nuire maintenant, le tuer ne vous sera d'aucune utilité. Prenez-moi et faites de moi ce que vous voulez, que m'importe.
-Que c'est touchant ! s'exclama le capitaine Bart. Tu as de la chance, Jackie, d'avoir une donzelle aussi courageuse. Il faut dire que ça n'a jamais été ton fort. Mais toi, répliqua-t-il en se tournant vers Martha, qui te dit que je te prendrais sans même savoir de quoi tu es capable ? »
En disant cela, il s'était avancé vers la jeune femme apeurée. Elle cherchait un moyen de se débarrasser de lui, mais en vain. De toute façon, son poignet douloureux lui rappelait qu'elle n'était pas de taille à pouvoir l'affronter. Il la coinça contre le mur et plaqua son corps souillé contre le sien, tentant de défaire sa robe de ses mains grossières. Elle essaya de se dégager de l'emprise du pirate mais cela aussi fut peine perdue. Ses cris ne l'aidèrent pas plus. Elle ne pouvait plus rien contre lui. Face à elle se tenait ce visage dégoûtant où les yeux rouges exprimaient l'envie et dont le sourire carnassier l'effrayait. Tout cela fut rapide mais la peur lui déformait toute notion du temps. Au bout de quelques minutes, alors qu'elle pensait que tout était perdu pour elle, elle entendit la détonation proche d'un pistolet. L'expression perverse du flibustier se figea, puis son corps entier s'écroula sur le sol de la cabine, laissant s'échapper de la poitrine une mare de sang.
« Du courage ? De la stupidité, oui ! » marmonna Jack, l'arme à feu à la main, dans un râle.
Martha ne put s'empêcher de sourire et se précipita vers lui. Au dehors, le brouhaha guerrier s'était apaisé. À la place, des cris de joie éclataient sur le pont. Inquiet par ce changement d'ambiance, il se redressa et retira le loquet de la porte.
« Où allez-vous ?, s'alarma Martha.
-Je vais voir ce qui se passe dehors.
-Ce n'est pas sérieux, vous êtes blessé…
-Ecoutez, ma belle, soit on les a vaincu et je reviens dans quelques instants, soit ils ont remporté la bataille et dans ce cas, peu importe que je sois guéri, je finirais par baigner dans mon propre sang. Cela vous va ? »
Elle ne dit mot mais ne put s'empêcher de craindre le voir quitter la cabine, grimaçant, d'un œil anxieux.
La vision altérée par la souffrance et l'obscurité, Jack ne connut pas tout de suite le résultat de la bataille. Ce ne fut que lorsque son second se dirigea vers lui qu'il put pousser un réel soupir de soulagement. Ils avaient réussi !
« Capitaine, nous avons…, s'écria le marin.
-Oui, oui, j'ai noté. Des survivants ?
-Ils sont là-bas ! »
Jack s'avança et aperçut les derniers pirates encerclés par ses hommes qui les tenaient en joue.
« Que décidez-vous, capitaine ?
-Mettez-les aux fers. On les livrera aux autorités de Montserrat. Quant au rafiot, envoyez-le par le fond ! »
Cette réponse entraîna l'unanimité des marins. Une moitié saisit les rescapés et les emmena dans les cachots du navire tout en les humiliant. D'autres se postèrent près des canons et firent feu, détruisant le navire de Bart. Satisfait, Jack se tourna vers son second et lui lança :
« Il faudra vraiment que tu me racontes comment vous avez réussi ce coup de force.
-Je dois vous avouer que je n'ai moi-même pas trop compris comment on a fait ça. Ça devait faire des jours qu'ils étaient en train de nous guetter et faut dire que, vu comment ils se battaient, ils nous attendaient avec impatience. Ils n'étaient pas nombreux mais ils se battaient comme cinq bons gaillards. Peut-être que ça les a épuisé plus vite…
-Tu m'en diras tant, marmonna-t-il entre ses dents serrés par la douleur. Je serais enchanté d'écouter tes imprécisions plus longtemps mais j'ai quelques petits détails à régler.
-Bien, capitaine » répliqua le second respectueusement.
Il retourna auprès de Martha lui révéler l'issue de la bataille. Celle-ci était rongée par l'inquiétude. Il lui semblait qu'il s'était passé une éternité depuis le départ de Jack. Voyant qu'il ne revenait pas, elle avait commencé à se préparer à se faire capturer par l'un des hommes de Bart. Mais tout était fini et pouvait reprendre son cours. Une fois qu'il eut fini de lui annoncer la bonne nouvelle, elle lui ordonna de s'asseoir. Le capitaine ne voyait pas l'intérêt de cette injonction mais il n'émit aucune objection et obéit. Elle lui retira alors doucement sa chemise, découvrant son torse.
« Je sais que tout cela vous a chamboulé mais pensez-vous réellement que c'est le bon moment pour faire ça ? continua-t-il de grogner.
-Je tente de vous soigner alors cessez de vous plaindre et laissez-moi faire. »
Elle examina la plaie et, à sa grande satisfaction, elle se rendit compte qu'elle n'était pas si profonde. Dans peu de temps, il manierait de nouveau le sabre avec adresse, elle en était persuadée. Un simple bandage allait suffire. Elle prit le drap fin du lit à baldaquin et en arracha un morceau qu'elle entreprit d'enrouler autour de l'épaule du blessé.
« Ce n'est pas parfait mais ce sera suffisant jusqu'à notre arrivée à Montserrat. Une fois là-bas, vous avez tout intérêt à aller consulter un vrai médecin.
-Je vous remercie, ma belle.
-Ce n'est rien, comparé à ce que vous avez fait pour moi. Vous m'avez sauvé la vie.
-Ce vieux Bart avait raison. Vous faites beaucoup trop dans les sentiments. »
Au nom de Bart, Martha se retourna vers son cadavre et se souvint des paroles échangées entre les deux hommes peu avant leur duel. Sur le coup, elle n'y avait prêté aucune attention mais, son calme revenu, elles se retrouvaient intactes dans son esprit.
« Vous vous connaissiez ? l'interrogea-t-elle.
-Sommes-nous réellement obligés d'évoquer ça maintenant ?
-Vous ne pouvez pas me laisser avec des doutes, vu l'importance du sujet.
-Vous avez sûrement raison, soupira-t-il. Oui, nous nous connaissions. Bart était un vieil ami de mon père. Cela vous va ?
-Vous êtes un pirate, n'est-ce pas ? s'enquit-elle.
-J'étais, rectifia-t-il. On m'a banni et puis je n'avais plus rien à faire avec cette bande de canailles, encore moins avec mon père.
-Et votre exclusion ?
-Non-respect du Code. Il faut dire que pour ce coup-là, j'y suis allé fort. J'ai craché dessus, ajouta-t-il avec fierté face au regard inquisiteur de Martha. Et encore j'ai eu de la chance, j'aurais très bien pu être tué. »
Martha était tout à fait déboussolée. L'homme en qui elle avait commencé à placer sa confiance, celui qui lui avait sauvé la vie, était le fils d'un hors-la-loi, sûrement de la même trempe que celui qui les avait attaqués. Jack avait perçu dans son regard cette confusion qui le menaçait. Il ne pouvait pas voir ses plans s'effondrer tout ça parce que ce loqueteux de Bart avait fait irruption ici. Il en était hors de question.
« Je peux comprendre que votre esprit soit un peu embrouillé, chérie. Mais je ne suis pas l'un d'entre eux. Le crachat, vous vous en souvenez ? En signe de reconnaissance, s'il-vous-plaît, n'en parlez à personne. »
Elle sembla réfléchir quelques instants puis, avec un sourire complice, lui répondit :
« Que puis-je refuser à mon sauveur ?
-Vous êtes un ange. Mais maintenant, vous devriez jeter un œil à votre vilaine plaie.
-Ne vous inquiétez pas, je m'en occupe tout de suite. Pourriez-vous me fournir un peu d'alcool ? demanda-t-elle.
-C'est bien parce que c'est vous », soupira-t-il en se relevant.
Il revint quelques instants plus tard, une bouteille de rhum à la main. Sous le regard noir de Jack, elle imbiba de ce liquide ambré un second morceau de tissu qu'elle posa sur sa blessure. Dans son cas, ce n'était rien non plus de très grave, juste un peu de sang. Elle se réjouissait de la fin de cette histoire. Le navire des pirates avait été coulé, Bart avait rendu l'âme. Tout ceci s'était bien terminé. Et puis n'avait-elle pas eu ce qu'elle voulait ?
