Note : voici le chapitre 4. J'aimerais faire un grand merci à ma chère Diri-Chan pour ses encouragements et son soutien ! C'est marrant d'écrire nos histoires en parallèle^^ D'ailleurs, je vous invite à aller lire sa fanfiction Twilight intitulée « Paul », qui est vraiment géniale !

Gianna ou l'apprentissage de la liberté

- Chapitre 4 -

Il se dirigeait vers la chambre de Gianna. Il n'y était jamais allé auparavant. Quand il voulait la voir, il la faisait toujours venir. Mais là, c'était différent. Il se demanda pourquoi il avait décidé de ne pas le faire dans ses appartements. Ç'avait été une impulsion de venir ici. Il chassa, agacé, cette pensée de son esprit. Tout ce qu'il devait garder en tête, c'était la cohésion de son clan. Il arriva devant la porte. A cette heure, elle devait dormir. Quelle perte de temps. Non, être humain ne lui manquait pas. Il inspira profondément et entra, résolu.

Il faisait nuit dans la chambre mais il y voyait comme en plein jour. Elle était endormie, serrant son duvet contre elle. Il laissa son regard errer sur le corps légèrement vêtu, glisser le long de la jambe qu'un mouvement avait laissé exposée. Oui, elle était belle. Dès qu'il était entré dans la chambre, cette odeur si particulière, l'odeur de sa peau mêlée au parfum de son sang, l'avait accueilli. Il ne devait pas se laisser aller à ce parfum enivrant. Il ne devait pas hésiter. Il avait pris une décision, et il allait la tenir.

Il s'approcha du lit et se pencha sur elle. L'odeur devint plus forte. Il ne devait pas se laisser enivrer. Il se repaîtrait de ce sang dont l'odeur l'excitait tant puis ce serait fini. Il pourrait passer à autre chose. Il toucha la peau de ses lèvres, juste dans le creux du cou où la peau est si douce. Un violent désir monta en lui, le désir de la prendre, là, tout de suite. Son corps l'enivrait. Peut-être que c'était ce qu'il allait faire. Il allait la tuer. Il pouvait abuser de son corps s'il le voulait. Les humains n'étaient rien. D'un geste brutal, il arracha le peu de tissu qui cachait son corps. Elle s'éveilla en sursaut, et cria de peur.

Il avait posé ses mains sur son corps, se mains glacées, ses mains de pierre. Elle sentit la caresse de ses cheveux longs comme il se penchait sur elle. Elle sut tout de suite que c'était lui. Aro. Et qu'il était devenu fou. Elle eut vraiment peur, comme jamais auparavant. Une véritable terreur qui lui hurlait de fuir et l'empêchait de penser à quoi que ce soit d'autre que de sauver sa peau.

Il la sentit tenter de se dégager. Il pouvait sentir sa peur, comme un voile gluant qui lui collait à la peau. D'habitude, il aimait sentir la peur sur les humains. Ça le galvanisait. Il aimait se sentir puissant, il aimait dominer. Et c'est toujours par la peur qu'on domine les autres. Mais là, c'était différent. Au sentiment d'extase que lui apportait la peur de sa proie se mêlait une envie de tout cesser, de la protéger. Il n'avait jamais ressenti ça auparavant. Quelle était cette faiblesse ? Il secoua la tête et feula comme une bête, pour que ses instincts reprennent le dessus. Il se jeta sur ce corps nu qui le troublait tant et mordit la chair à la base du cou. Le sang chaud lui emplit la bouche, il lui monta à la tête comme un alcool. Il retrouva dans le goût du sang ce parfum délicat qui l'avait tant attiré chez elle. Mais là, dans le sang, il était amplifié, il lui tournait la tête, décuplant son envie d'elle, de son corps et de son sang. Gianna hurla de douleur.

Il allait la tuer. Il avait pris sa décision, et ce n'était pas l'immortalité qu'il avait choisie pour elle. Comme la douleur la traversait comme une lame, Gianna se dit que c'était la fin. Que sa vie absurde, qui n'avait jamais eu de sens, se terminait ici, sous les mains glacées de cet homme qui n'en était plus un. Elle ferma les yeux et se prépara à partir. Elle aurait préféré une mort douce, de celles qu'on ne voit pas venir et qui nous cueille dans le sommeil, mais il n'en serait pas ainsi. Croire qu'elle avait été spéciale aux yeux d'Aro avait été une douce folie.

Il la sentit couler. Il voyait parfois cela chez ses proies. A un certain point, ils cessaient de se battre, ils acceptaient leur mort. Elle avait accepté sa décision, elle le laisserait prendre sa vie sans résister. Il préférait quand ses proies se défendaient jusqu'au bout. C'était plus amusant. Mais avec Gianna, il n'avait pas envie de jouer. Il se sentait pris d'une frénésie désespérée, d'une violente envie que ça soit fini, et en même temps que l'avoir ainsi dans ses bras, à sa merci, dure éternellement. Il resserra son étreinte, laissant glisser se mains sur son corps nu, et planta de nouveau ses crocs dans la chair.

Une nouvelle vague de douleur la traversa alors que les mains de l'homme glissaient sur son corps sans aucune retenue. Elle n'était plus rien pour lui, rien qu'un corps dont il pouvait abuser et qu'il pouvait détruire. Des larmes lui montèrent aux yeux. Plus que la douleur physique, c'était la douleur de comprendre qu'il ne ressentait finalement rien pour elle qui lui brûlait l'âme. Elle avait cru qu'elle était différente. Elle s'était fourvoyée.

Une nouvelle vague de douleur la traversa. Elle se sentit partir. Elle ne pourrait pas résister longtemps à ses assauts. Elle plaqua ses mains sur ses épaules dans un effort machinal pour le repousser. Et puis, tout à coup, elle se dit qu'elle ne voulait pas mourir. Toute sa vie, elle s'était demandée pourquoi elle était sur terre. Ce vide qu'elle ressentait au fond d'elle lui avait souvent fait imaginer la mort comme une solution, une échappatoire. Et maintenant qu'elle était au seuil de la mort, elle se rendait compte, comme une évidence, qu'elle voulait vivre. Elle se débattit. Mais il avait beaucoup plus de force qu'elle, elle ne pouvait pas lutter contre lui. Alors, elle fit la seule chose qui pouvait peut-être la sauver. Elle le supplia.

Il sentit son sursaut, son envie de vivre. Cela le surprit. Par le passé, quand ses proies se résignaient, c'était définitif. Elles cessaient de se battre et se laissaient mourir. Gianna était différente. Elle avait changé d'avis. Il l'entendit murmurer son nom. Aro. Elle ne dit rien d'autre. Il fut distrait, l'espace d'un instant, par sa voix douce qui murmurait son nom. D'habitude, ses victimes ne connaissaient pas son nom. Et c'était la première fois qu'elle le prononçait. Depuis qu'elle vivait ici, elle l'avait toujours appelé maître, parce qu'il le lui avait ordonné. Parce que cela flattait son ego. Entendre son nom dans la bouche de cette femme le troubla. Ce fut à ce moment-là que les pensées le percutèrent de plein fouet.

Elle n'avait plus la force de parler. La douleur était trop forte. Mais elle voulait vivre. Alors elle mit les dernières forces qui lui restaient pour projeter ses pensées vers lui. Elle savait que ce n'était pas ainsi que ça fonctionnait. Lui seul décidait quand il voulait écouter les pensées d'un autre. Mais elle devait essayer. Il ne lui restait plus que ça. Alors elle rassembla ce qui lui restait de force et lui envoya son nom sous forme de pensée, avec tout ce qu'elle ressentait pour lui. Elle était trop épuisée pour construire des phrases, pour lui expliquer. Elle envoya des images, des émotions. Elle chargea les lettres de son nom, Aro, de tout ce qu'il lui inspirait. Elle mit son âme à nu. Et elle pria pour qu'il l'entende.

Il l'entendit. C'était la première fois qu'un être vivant lui envoyait une pensée. Il avait toujours été maître de son don. C'était toujours lui qui choisissait s'il souhaitait entrer dans la tête des gens, et ce qu'il voulait entendre en particulier. Jamais on n'avait auparavant forcé une pensée dans sa tête. Elle avait dit son nom. Aro. Elle l'avait dit sans le prononcer. Elle l'avait dit dans sa tête. Et mêlé à son nom, il vit, ou plutôt ressentit, tout ce qu'il suscitait chez elle. Il vit les images qu'elle avait gardées de lui, la façon dont elle percevait sa voix, ce qu'elle ressentait quand elle était en sa présence. La tendresse, même, qu'elle avait pour lui. Jamais personne ne lui avait fait ressentir ça. Jamais personne ne l'avait vu ainsi. Ce fut un choc, comme une grande claque qui le rejeta en arrière. Il se redressa et la contempla avec stupeur. Elle ne bougeait plus, ses yeux étaient fermés, elle semblait à bout de force. En se redressant, il avait brisé le contact. Lentement, il tendit la main et la posa sur sa peau. Mais c'était fini, elle ne lui envoyait plus rien. Ça avait dû lui demander un effort colossal. Il retira sa main et se leva, lentement.

Il avait encore le goût de son sang dans la bouche. Il avait encore le désir de son corps dans son ventre. Résister à ses envies, il n'en avait pas l'habitude. Mais il ne pouvait pas la détruire. Il fallait qu'elle vive. Il ne pouvait pas perdre ce qu'elle lui avait offert. Il hurla sa frustration, dans un grondement animal, et, se retournant brusquement, il frappa devant lui, de toutes ses forces. L'armoire vola en éclats. Puis il se retourna vers elle, et la souleva délicatement. Elle avait perdu connaissance.

Avec douceur, il la porta le long des couloirs glacials jusqu'à sa propre chambre. Là, il l'étendit sur le lit, et essaya de comprimer la plaie pour qu'elle ne perde pas trop de sang. En la mordant, il avait mis le poison dans ses veines. Elle ne pouvait pas survivre. Le poison allait la transformer, ou elle en mourrait. Il espérait qu'elle serait assez forte pour ne pas se laisser emporter. Il avait vu sa soif de vivre. Il fallait qu'elle y arrive. Il soupira, il ne pouvait plus rien faire qu'attendre.

Alors il se releva et glissa aux poignets et aux chevilles de la jeune femme des liens qui la maintiendraient prisonnière. Il savait qu'elle allait bientôt reprendre ses esprits, et qu'elle lutterait contre le poison. Ce serait brutal, affreusement douloureux. Il ne voulait pas qu'elle se mette à errer dans le château. Puis il partit chasser. Il avait trop besoin de sang.

Gianna ou l'apprentissage de la liberté [Twilight]