Chapitre 4 : Dans l'antre du démon

À l'intérieur du Hell's Gate, je retrouvais bien entendu Matsumoto et Renji. En me voyant arriver avec les mecs de la onzième, la belle rousse ne cacha pas sa surprise et me gratifia d'un sourire amusé.

- Eh bien, tu te dévergonde ma Lina chérie ! s'esclaffa-t-elle.

Même le grand tatoué ne put s'empêcher de me taquiner.

- J'aurais pas cru qu'Ikkaku t'avait tapé dans l'oeil, vu comme tu as disparu subitement lors de notre dernière soirée...

Ignorant son commentaire, j'entrepris d'expliquer à mes amis la raison pour laquelle je me trouvais avec les hommes de Kenpachi ce soir.

- Je vois, fit ma meilleure amie en penchant la tête sur le côté. Vient avec moi, ajouta-t-elle en m'attrapant par le bras.

- Eh, Matsumoto, tu vas pas nous enlever Lina maintenant, on vient juste d'arriver ! protesta le grand au crâne rasé.

- Vous en faites pas les gars, on va juste parler de trucs de filles quelques minutes et je la ramène ! répondit la rousse avant de m'entraîner hors du bar.

Dehors, elle se fraya un chemin à travers la foule toujours en me traînant par le bras et nous allâmes nous asseoir dans l'herbe à l'écart des gens. Puis, elle me regarda en plissant les yeux, semblant attendre quelque chose. Sachant très bien ce qu'elle me voulait, je me fis toute petite sous son regard, les yeux baissés vers les brins d'herbe verte sous nos pieds, comme si c'était la chose la plus intéressante à voir dans le coin.

- Je sais, je m'excuse, fis-je d'une toute petite voix, sincèrement désolée.

- Et ?

- Et j'ai une raison valable pour être partie sans rien dire l'autre soir, ajoutais-je en espérant qu'elle ne s'apercevrait pas que mes joues rosissaient dans la nuit.

- Y a plutôt intérêt, sinon je botte ton joli petit cul !

Je souriais à mon amie, sachant pertinemment qu'elle était plus inquiète que fâchée. Elle avait tendance à se montrer un poil trop protectrice envers moi.

- Pour faire court, j'avais vraiment besoin de décompresser après ma première journée de travail en tant que vice-capitaine et j'ai pas fait attention au nombre de verres que j'ai bu, expliquais-je. Du coup j'ai fini par me sentir mal et vu que vous sembliez tous bien vous amuser, j'ai préféré rentrer seule pour ne pas vous déranger...

C'était plus ou moins la vérité, si on oubliais le passage croustillant du baiser dans les toilettes que j'avais donné à Kenpachi avant qu'il ne me plante comme une chaussette puante.

- Tu aurais au moins pu nous prévenir que tu rentrais, surtout si tu ne te sentais pas bien ! me gronda Matsumoto en fronçant les sourcils.

- Ouais, je sais, c'est pour ça que je me suis excusée.

Lui faisant mes plus beaux yeux de chaton, je vis la rousse perdre peu à peu son sérieux avant qu'elle ne se mette carrément à rire.

- Ok, c'est bon, t'es pardonnée. Mais la prochaine fois, évite de m'abandonner seule avec autant de mecs autour de moi, surtout quand j'ai autant bu.

- Pourquoi, il s'est passé quelque chose de grave ? demandais-je soudain honteuse de ne pas avoir pensé à sa sécurité à elle.

- Bien sûr que non, Renji était avec moi de toute façon, me rassura-t-elle avec un sourire farceur.

Oh. Elle avait donc dit ça uniquement pour me faire culpabiliser. Je la frappais doucement à l'épaule pour me venger.

- Au fait, du coup, tu es rentrée avec Ikkaku ? l'interrogeais-je, curieuse. Tu avais l'air de le trouver à ton goût.

- Non, c'est Renji qui m'a raccompagné chez moi, j'étais complètement morte... avoua-t-elle. Et puis, je n'avais pas l'air d'être son genre de fille, il n'a pas arrêté d'esquiver mes avances pendant la soirée.

J'admirais beaucoup le je je-m'en-foutisme profond dont ma meilleure amie pouvais faire preuve dans ce genre de cas. Moi, si je draguais un mec toute la soirée et qu'il me faisait comprendre que je ne l'intéressais pas, je ferais tout pour éviter de le voir le lendemain et même pendant encore un bon moment après, le temps d'oublier ma honte.

- Bon, on va rejoindre les gars ? Qui sais, tu es peut-être plus le genre d'Ikkaku ! me dit-elle sournoisement.

Et voilà, elle essayait de nouveau de me caser. Je me relevais en secouant la tête, désespérée. Elle éclata de rire en me voyant faire et nous retournâmes à l'intérieur du bar.

La soirée fut bien arrosée, je fis attention à ne boire qu'une gorgée à la fois pour éviter de boire plus d'un verre, et ce fut plutôt convivial. Mes nouveaux collègues chantèrent en mon honneur, bien que vu les paroles des chansons, je ne su pas vraiment si je devais les remercier ou les engueuler.

A un moment donné, je surpris Ikkaku fixer Matsumoto avec un grand sourire, alors qu'elle plaisantait avec Renji. Je ne pu m'empêcher de lui glisser un commentaire.

- Alors, je croyais qu'elle ne t'intéressait pas, fis-je en faisant un signe de tête vers la belle rousse.

Il parut surpris et secoua la tête en gardant son sourire.

- Je ne me permettrais jamais de marcher sur les plates-bandes d'un ami, dit-il sans avoir l'air déçu d'une quelconque façon.

Il me montra discrètement le grand tatoué en disant cela et je compris que le rouquin avait peut-être confié quelque chose que je soupçonnais depuis longtemps à son ami ici présent. Je lui rendis son sourire pour lui faire comprendre que j'étais également au courant.

- Espérons que Matsumoto ne le fasse pas tourner en bourrique trop longtemps, soupirais-je avec compassion.

Le crâne rasé acquiesça silencieusement et nous changeâmes de sujet rapidement. Finalement, la belle rousse finit complètement ivre et je laissais les garçons finir la soirée entre eux pour pouvoir la raccompagner. Après avoir bordé mon amie et être resté auprès d'elle jusqu'à ce qu'elle se soit endormie (oui, elle avait besoin d'un doudou humain pour ça), je rentrais chez moi.

Pour une fois depuis quelques jours, je n'étais pas mécontente de ma journée. Ça s'était plutôt bien passé, même si je n'avais pas eu grand chose à faire aujourd'hui puisque Kenpachi n'avait pas quitté son bureau de la journée. Au souvenir du grand guerrier en train de remplir des papiers l'air renfrogné, je me mis à rire toute seule. Après une douche bien chaude, je ne mis pas longtemps à trouver le sommeil, qui fut plutôt paisible.

Le lendemain, je me rendis directement sur mon nouveau lieu de travail et fus saluée chaleureusement par mes collègues. Ils étaient tellement amicaux avec moi que j'avais du mal à garder mon sérieux.

L'ambiance était clairement différente ici qu'au sein de la quatrième division, on aurait pu se croire dans une cour de récréation plutôt qu'une cour d'entraînement ! Sauf bien sûr quand le loup sortait de son antre... Il n'avait besoin que de jeter un léger coup d'œil à ses hommes pour que ces derniers reprennent l'entraînement un peu plus sérieusement lorsqu'ils se relâchaient. Pour ma part, je n'eu pas le droit à un seul regard sa part, mais je m'en moquais bien sûr. Au moins, il ne me cassait pas les pieds.

L'après-midi, Kenpachi partit en patrouille avec une unité, je quittais donc discrètement la cour à leur suite et les suivis pendant leur sortie dans le monde réel. Il ne se passa pas grand chose de bien exaltant, l'unité ne rencontrant que des hollows ordinaire et un menos grande que le démon pourfendit d'un seul coup d'épée. Lorsqu'ils prirent le chemin du retour, je me débrouillais pour être revenue avant eux, histoire de ne pas éveiller les soupçons.

Finalement, le capitaine décida de se joindre à l'entraînement en fin de journée. Malgré moi, j'eus bien du mal à détacher mes yeux de lui. Comme s'il n'attirait pas déjà suffisamment l'attention, il s'était mis torse nu, ne laissant qu'un bandage autour de sa taille, ce qui ne masquait absolument rien de son corps délicieusement parfait. Je laissais échapper un léger soupir, profitant du fait que personne ne me regardait pour mater sans vergogne. On pouvait bien se faire un petit plaisir de temps en temps, non ?

Le guerrier semblait s'amuser comme un petit fou, il faisait danser son épée autour de lui en arborant un sourire de gamin. À vrai dire, c'était la première fois que je le voyais sourire comme ça. Il semblait différent, insouciant, même joyeux je dirais. Ça changeait grandement du Kenpachi renfrogné et sadique que je connaissais. Je me pris à penser qu'il serait tellement plus facile à vivre s'il était toujours ainsi... Il me paraissait presque mignon, pensais-je en gloussant à cette pensée.

Bizarrement, le démon parut m'entendre malgré la distance qui nous séparait car il s'arrêta de combattre et me fixa brusquement du regard. Signifiant à ses hommes de continuer l'entraînement, il fondit sur moi à grandes enjambées tandis que je me figeais comme un lapin surpris en pleins phares. Mon cœur se mit à battre à cent à l'heure tandis que j'essayais de me ressaisir. Arrivé devant moi, le géant me dit simplement de le suivre.

Pestant intérieurement de devoir obtempérer sans savoir ce qui m'attendait, je le suivis jusqu'à son bureau. Il s'assit confortablement dans son siège avant de me prêter de nouveau attention. Pendant quelques secondes, il joua avec mes nerfs en faisant durer le silence.

- Alors, tu t'es bien rincé l'œil ma petite Lina ? finit-il par me dire, l'air amusé.

Ne me dites pas qu'il m'avait amenée là juste pour me dire ça ! Je rougis malgré tout car c'était la stricte vérité, même s'il était hors de question que je l'avoue.

- Si tu n'as que ça à me dire, je vais retourner travailler, si tu le permets ! lançais-je avec effronterie.

- À vrai dire, c'est exactement pour ça que je t'ai fait venir ici, répondit-il plus sérieusement en enlevant son bandage.

Sous la bande de tissu blanche, je vis apparaître une grande estafilade qui parcourait son flanc droit. M'approchant pour mieux voir, je vis que la blessure était profonde et avait commencé à s'infecter.

- Comment t'es-tu fait ça ? questionnais-je le guerrier en le foudroyant du regard.

Comment avait-il pu ne pas m'en parler plus tôt ?! Cette blessure était vraiment grave, il n'aurait même pas dû participer à l'entraînement avec ça, encore moins partir en patrouille !

- En patrouille aujourd'hui, mentit le guerrier l'air de rien.

Je le regardais en levant un sourcil. Je ne pouvais pas l'accuser de me mentir sans lui faire savoir que je l'avais suivi, donc, à part lui passer un savon, je ne pouvais rien dire. Je ne m'en privais pas.

- Tu peux m'expliquer comment un shinigami de ton niveau peut être aussi gravement blessé lors d'une simple patrouille ?! J'ai compris que tu aimais le danger et bla bla bla, mais tu sais quand même esquiver une attaque, bordel ! Tu es capitaine, tu es sensé montrer l'exemple à tes subordonnés. Tu crois que foncer tête baissée vers le danger est une bonne idée quand ils te regardent ?!

Son regard s'assombrit dangereusement et je me dis que j'aurais peut-être dû lui dire ça sur un autre ton, mais bon. Il y avait des sujets sur lesquels il ne fallait pas plaisanter avec moi, comme la santé de mes patients. Je lui rendis son regard et soupirais.

- La blessure est déjà infectée, fis-je en me penchant pour l'inspecter de mes doigts. Ça va prendre un peu plus de temps que d'ordinaire pour la soigner.

Ma colère retomba tandis que je m'installais face à lui pour me mettre à l'oeuvre. Je fis de tout possible pour éviter de trop toucher la plaie, mais chaque fois que je le fis, je sentis le corps de Kenpachi se tendre sous mes doigts. Une fine pellicule de sueur le recouvrait et je mis ma main sur son front pour confirmer mes doutes. Il était brûlant.

Le guerrier m'observa faire en silence, mais son regard était toujours aussi mécontent. Au moins il se laissait faire sans rechigner, c'était déjà ça. Avisant un lit de camp dans un coin que je n'avais pas remarqué la première fois que j'étais venue, je lui demandais de s'y allonger. Je pris place dans son fauteuil et me plaçais près de lui, puis je pu commencer à le soigner.

Même concentrée ainsi sur mon travail, je ne pu m'empêcher de m'interroger. Quand avait-il bien pu se blesser ainsi ? Il portait toujours un bandage sous son uniforme, donc je ne pouvais pas le deviner à ça. La veille, je ne l'avais pas soigné, mais vu l'état d'infection de la blessure, elle devait dater d'encore avant. Donc, il avait du faire une escapade nocturne après que je l'aie soigné la dernière fois à la quatrième division. Cela m'inquiéta.

Le surveiller la journée était plutôt facile, mais je ne pouvais pas le surveiller également la nuit, j'avais besoin de dormir ! Il faudrait que je fasse part de cela à Unohana dès que possible. Je m'aperçu à sa respiration régulière que mon patient s'était endormi. Une fois que j'eu terminé de le soigner, je passais de nouveau ma main sur son front pour vérifier sa température. Il n'avait plus de fièvre.

Je laissais ma main glisser sur sa joue, caressant légèrement la cicatrice qui la parcourait, observant son air paisible. Quand je m'aperçu de ce que j'étais en train de faire, je me traitais d'idiote et me relevais précipitamment. Qu'est-ce que j'étais en train de faire, bon sang ? Ne trouvant pas d'explication plausible à mon geste, je m'enfuis de la pièce avant de recommencer à tripoter mon patient. Sérieusement, il me manquait une case.

Avant de sortir, je prévins Yachiru que Kenpachi dormait et que ne voulais pas qu'il soit dérangé. Il avait vraiment besoin de se reposer.

- Tu prends ton travail à cœur, binoclarde ! me dit-elle avec son sourire d'ange.

Je crois que cette gamine pourrait bien me traiter de tous les noms, je la trouverais toujours aussi craquante. Comme un petit chaton : même quand il mordait, on ne lui en voulait pas parce qu'il était trop mignon. Ça me donna une idée, puisqu'elle ne se gênait pas pour donner des surnoms ridicules aux autres...

- Merci mon petit chat ! fis-je en lui ébouriffant le sommet du crâne.

La tête qu'elle fit en valait vraiment le coup ! J'éclatais de rire et sortais sans demander mon reste. Je soignais ensuite le reste des blessés de la onzième division avant de partir faire mon rapport à Unohana. Quand je lui appris que Kenpachi avais reçu une blessure sérieuse et qu'il m'avait menti quant à son origine, elle fronça les sourcils et secoua la tête.

- Cet homme est vraiment impossible.

- On ne peut pas déjà en déduire qu'il s'est rendu dans le Hueco Mundo, admis-je, mais ça prouve en tout cas qu'il cache des choses. Je parie que ça l'arrange bien que je sois à sa disposition pour le soigner, ça lui évite qu'on lui pose trop de questions sur l'origine de ses blessures.

- C'est vrai, mais tu n'aurais pas pu savoir qu'il t'avait menti si tu ne l'avais pas suivi, me rassura le capitaine. Quant au fait de pouvoir surveiller le capitaine Zaraki la nuit, je vais voir ça avec Soi Fon. Je suppose qu'un de ses agents pourrait s'en charger, mais s'il le voit effectivement partir en excursion nocturne, il devra venir te chercher pour que tu puisse le suivre. Cela ne serait pas utile que ça ne soit pas un soigneur qui le suive.

- Je comprend, fis-je malgré le fait que je n'avais pas vraiment envie de me faire réveiller en pleine nuit pour aller courir après le démon.

Je saluais ma supérieure avant de me rendre à la salle d'entraînement de la cinquième division. Voir le sourire de Momo me remonta le moral.

- Toujours des soucis à ton travail ? me demanda-t-elle avec perspicacité.

Je grimaçais. Ouaip, un gros tas même ! Pendant notre entraînement, je lui racontais que j'étais désormais la soigneuse attitrée de la onzième division, ce qui n'était pas de tout repos. La petite brune me sourit affectueusement.

- Décidément tu ne tiens pas en place. La cinquième, la quatrième et maintenant la onzième ? Tu as décidé de toutes les faire ou quoi ? plaisanta-t-elle.

- Je n'ai rien décidé du tout cette fois-ci.

Enfin, j'aurais pu refuser la mission que m'avait confiée Unohana. Mais je l'avais accepté, donc, d'une certaine façon, j'avais choisi ce qui m'arrivait.

- Ça n'est pas si terrible que ça, avouais-je à ma sœur de cœur. En fait, la plupart du temps, c'est même plutôt drôle. Les mecs de la onzième sont des chouettes types.

- Euh... Zaraki Kenpachi en fait partie et on ne m'a jamais dit de lui que c'était un "chouette type", me fit judicieusement remarquer la brunette.

On en revenait toujours à lui. Le revoyant couché sur son lit en train de dormir paisiblement, je me demandais s'il s'était réveillé depuis. Ça aurait été mieux qu'il passe la nuit dans un vrai lit.

- Kenpachi n'est pas si terrible quand on commence à le connaître, me surpris-je à le défendre. Il est simplement... lunatique ?

Moi-même je n'étais pas sûre du terme à employer pour décrire le caractère de cet enquiquineur. Un coup il s'amusait avec moi, un coup il me criait dessus, un coup il m'assassinait du regard sans rien dire... Il était vraiment difficile à suivre ! Momo m'observait avec un sourire étrange.

- Quoi ? lui demandais-je intriguée.

- Tu l'aimes bien on dirait.

- Que... Quoi ?! Qu'est-ce qui te fait dire ça ? balbutiais-je en rougissant.

- À l'instant, quand j'ai prononcé son nom, tu as pensé à lui, pas vrai ?

Je hochais la tête, attendant la suite.

- Ton visage est devenu très doux quand tu as pensé à lui.

Vraiment ?! Je regardais la petite brune avec un air gêné. Elle avait un don pour reconnaître les émotions des gens, donc je ne mettais pas en doute son analyse. Mais ça me perturbait de me rendre compte, surtout par le biais d'une autre personne, que j'avais commencé à m'attacher à Kenpachi.

- Je... Peut-être que tu as raison, fis-je, penaude. C'est peut-être un tyran avec moi, mais ses hommes l'admirent et il est plutôt cool avec eux, donc je suppose que c'est un bon capitaine.

Malgré ce que je lui avais dit un peu plus tôt. Me rendant compte subitement que j'avais été vraiment dure avec lui alors qu'il n'allait pas bien, j'eus envie d'aller le voir. Juste pour vérifier qu'il n'était pas resté dormir dans son bureau, me dis-je intérieurement, comme pour m'en convaincre moi-même.

Je pris congé de mon amie qui me laissa partir sans aucun commentaire, ce dont je lui su gré. Arrivée devant le bâtiment de la onzième division, j'eus l'impression d'entrer par effraction, tellement le silence qui y régnait était imposant. La nuit venait de tomber et tout le monde était déjà parti.

Me faufilant jusqu'au bureau de Kenpachi, je frappais un coup léger avant de tourner doucement la poignée. Refermant la porte derrière moi, j'avançais silencieusement jusqu'au lit de camp où je retrouvais mon patient dans la même position que je l'avais laissé.

Que faire ? En tant que soigneuse, je l'aurais bien réveillé pour qu'il aille se coucher chez lui. Mais en tant que Lina, je savais très bien que c'était une mauvaise idée. Seule dans une pièce avec le démon en pleine nuit ? Qui plus est, le démon à moitié à poil... Ouais, clairement, ça risquait d'être légèrement tendu.

Alors que j'étais en pleine réflexion, l'objet de mes pensées me saisit le poignet. Je m'aperçu qu'il était réveillé et, malgré l'obscurité, il avait toujours l'air en pétard contre moi. Autant pour moi et ma sollicitude.

- Qu'est-ce que tu fous là ?

C'était la seconde fois qu'il me posait cette question en deux jours, il pourrait changer de disque un peu.

- Je t'ai soigné, lui rappelais-je. Tu avais la fièvre et tu t'es endormi.

- Je le sais très bien, idiote, fit-il en plissant le regard. Ce que je veux savoir, c'est pourquoi tu es revenue !

- Comment sais-tu que je suis partie ?

- Je me suis réveillé il y a environ une heure, et tu n'étais pas là, répondit-il.

Donc, il s'était rendormi ici au lieu de rentrer chez lui. J'avais bien fait de revenir voir !

- Je suis revenue pour te dire d'aller dormir dans ton lit, dis-je en prenant mon ton de soigneuse autoritaire. Je t'ai peut-être soigné, mais l'infection et la fièvre ont affaibli ton corps, tu as besoin de te reposer correctement.

Comme il ne faisait pas mine de bouger, j'essayais de dégager mon poignet. Il resserra un peu plus sa poigne en se redressant.

- Et tu crois qu'après ce que tu m'as dit plus tôt je vais te laisser repartir tranquillement chez toi sans te punir de ton insolence ?

Son ton était devenu menaçant et il avait de nouveau cet air sauvage, presque bestial. Comme toujours, ça n'eut pas vraiment pour effet de m'effrayer. J'arrivais à garder le contrôle de mes sensations grâce à la douleur dans mon poignet.

- À ce propos, je suis également venue pour m'excuser. Je n'aurais pas dû te dire tout ça tout à l'heure, ça n'était pas professionnel de ma part. C'est juste que... Je m'inquiète pour toi, Kenpachi, fis-je, décidant d'être honnête. Et j'ai mal au poignet.

Il faisait trop sombre pour que je puisse voir sa réaction à mes paroles, mais au moins, il desserra son emprise et la douleur dans mon poignet parti, laissant la place libre à mes hormones. Le guerrier n'avait toujours pas lâché mon poignet et ça commençait à devenir bizarre.

- Je... Hum, tu pourrais me lâcher ? S'il te plaît ?

J'avais essayé d'être polie pour voir si ça marchait, on ne sait jamais. Étonnamment, il me lâcha. Eh bien, s'il suffisait d'un peu de politesse pour mater le démon, j'avoue que j'aurais bien aimé le savoir plus tôt ! Posant ses jambes à terre, il saisit son uniforme et l'enfila rapidement avant de se lever.

- Accompagne-moi jusqu'à chez moi, fit-il en se dirigeant vers la porte sans plus de cérémonie.

Que... Quoi ?! Après être restée sonnée par sa dernière phrase, je sortis à sa suite, totalement chamboulée. Il m'attendait devant l'entrée du bâtiment, adossé au battant de la porte. Le voyant ainsi, je me demandais s'il m'avait demandé de l'accompagner uniquement parce qu'il était encore fatigué ou s'il avait une autre idée derrière la tête.

Ma première réaction avait été de refuser catégoriquement mais en y repensant... C'était tout de même moi qui était venue le réveiller pour qu'il aille se coucher dans son lit. Je pouvais faire l'effort de le ramener chez lui, surtout dans son état. En tant que soigneuse, j'avais même le devoir de le faire. Mais j'étais sûre que sa proposition n'était pas totalement innocente. Sauf que bien entendu, cette pensée me donnait encore plus envie de le raccompagner.

Je finis par le suivre, fébrile. Ah là là, il faudrait vraiment pas que je vienne me plaindre ensuite ! Comme quoi, même sobre, j'arrivais à me foutre dans des situations vraiment compliquées. Nous marchâmes silencieusement côte à côte, même si je devais presser un peu plus le pas que lui pour rester à sa hauteur.

Une dizaine de minutes plus tard, il s'arrêta devant une porte et se tourna vers moi après l'avoir ouverte.

- Tu voulais que j'aille me coucher dans mon lit ? dit-il en se rapprochant son visage du mien. Alors viens me border. C'est ta punition pour avoir été vilaine.

Sa voix était douce et chaude, mais son visage demeurait sérieux. Pas la moindre trace de son sourire sadique habituel quand il me faisait ce genre de proposition - euh, il m'avais déjà fait ce genre de proposition, non ? Bref, déjà que ça allait pas très bien dans mon cerveau, là je disjonctais complètement ! Je finis par hocher la tête. Après tout, au mieux, j'allais le coucher et il s'endormirait rapidement parce qu'il était encore crevé, au pire... Au pire il me ferait en vrai ce que je rêvais qu'il me fasse.

Un sourire furtif passa sur le visage de Kenpachi avant qu'il n'entre, me laissant libre de le suivre. Je pénétrais alors dans l'antre du démon, une boule dans l'estomac. Je refermais la porte derrière moi, priant pour ne pas m'en mordre les doigts.

Fin du chapitre 4

Et la question à trois cent mille euros : qu'est-ce qui va se passer ? Croyez-vous sincèrement que Lina va se laisser aller à faire des choses pas catholiques avec Ken-chan ? Ou pensez-vous que Ken-chan la fait juste tourner en bourrique, comme d'habitude ?

Bisous de chat 3