CHAPITRE IV

Ils restèrent un moment à regarder leurs patrons, stoïques. Ils ne savaient pas quoi penser, ni quoi faire. Se jouaient-ils d'eux? Pourquoi ne répondaient-ils pas franchement à leurs questions? Foreman connaissait bien les deux personnes et savait, que l'un comme l'autre, ils ne savaient pas faire autrement que refouler leurs sentiments. Ils avaient peur de s'abandonner, encore plus de souffrir. Il le savait, le comprenait. C'est pour cela qu'il convint ses collègues de laisser tomber. Il savait qu'il y avait une petite chance pour que ce week-end les rapproche, et il ne voulait surtout pas la gâcher.

Ils étaient dans l'eau, seuls, depuis un moment déjà. Après leur bataille, ils avaient avancé, allant où l'eau était plus profonde. Il était plus facile pour House de nager que de marcher. Ils restèrent l'un près de l'autre. Sans un mot. Puis il la prit dans ses bras, lui faisant faire la planche. Ils profitaient de ce moment de complicité, oubliant leurs statuts professionnels. Cuddy avait passé ses bras autour de son cou, se laissant entrainer vers des eaux plus profondes. Elle avait un peu peur d'aller où elle n'avait pas pieds. Il le savait et l'agrippa un peu plus, voulant lui montrer qu'elle pouvait avoir confiance en lui.

Taub, Foreman et Thirteen en avaient marre de rester sur la plage, à regarder leurs supérieurs s'amuser. Au début, ils avaient décidé de leur laisser un peu d'intimité. Mais là, ça faisait bien une heure, et ils en avaient ras le bol. D'un commun accord, ils partirent les rejoindre. Des vagues commençaient à apparaître, troublant le calme de l'Atlantique. Ils nagèrent rapidement jusqu'au couple.

Lisa les vit arriver et voulu se séparer de l'étreinte de House. Ils s'étaient déjà assez donné en spectacle pour la journée. Elle le lâcha, battit des pieds pour rester à la surface. Jusqu'à ce qu'une vague arrive et lui plonge la tête sous l'eau. Elle sentit les mains fermes du diagnostic la recueillir et s'accrocha à son cou comme si sa vie en dépendait. Oui, en fait, sa vie en dépendait. Elle était terrorisée. Il la sentit se tendre sous son étreinte. L'océan se déchainait. Ils ne pouvaient pas rester là.

« Ca va, Dr Cuddy? » demanda Thirteen. Elle avait remarquait le visage effrayée de sa directrice.

« C'est juste que je ne me sens pas à l'aise où je n'ai pas pieds. » Elle resserra son étreinte autour de House. « Et avec les vagues qui arrivent...Heureusement que House à pieds! » ajouta-t-elle, comme pour justifier sa fâcheuse position.

« Oui, ben ça, ça ne va pas durer longtemps. La mer monte. On va se rapprocher du bord. » dit le concerné. Il le regretta aussitôt en voyant le visage déconfit de sa protégée. Il n'attendit pas une minute de plus en la guida vers la plage. L'intensité et la fréquence des vagues ne cessaient d'augmenter, rendant leur progression difficile.

« Lisa, il va falloir nager. » Murmura-t-il dans l'oreille de la jeune femme. Elle le regarda, ses yeux brillants à cause de la peur. Il passa sa main dans son dos, espérant la réconforter. A ce moment-là, il ne fallait vraiment pas qu'elle panique.

« Vous avez déjà fait du surf? » A son regard interrogateur, il put deviner que non. « A la prochaine vague, vous plongez et vous vous laissez porter. Le plus loin possible. » Il ne lui laissa pas le temps de répondre, lui montrant la vague qui arriver. « Inspirer! » et ils se lancèrent.

La vague était puissante, les portant presque jusqu'à la plage. Elle se releva et toussa. Toussa et toussa encore. Elle avait bu la tasse. Avait eu la frayeur de sa vie. Elle plongea son regard dans celui de House. Ô House, salopard au verbe acerbe. Mais toujours là. Pour elle. Depuis plus de 20ans. Elle savait qu'elle l'aimait, qu'elle ne pouvait se passer de lui. Et ça lui faisait peur. Mais pas autant que l'idée de mourir noyée qu'elle venait juste d'expérimenter. Elle avait besoin de lui, de son réconfort. De cette intimité qu'ils partageaient.

Son regard était suppliant. Il savait qu'elle avait eu vraiment très peur. Elle avait toujours détesté l'eau, même à la piscine. Il se souvenait lui avoir plongé la tête sous l'eau dans leur jeune temps. Elle était devenue hystérique, avait pleurée tout le restant de l'après-midi. Il savait que sous son apparence de femme forte, elle cachait de nombreuses blessures. Et ça la rendait d'autant plus intéressante à ses yeux. Vingt ans qu'elle était un mystère pour lui. Certes, il avait réussi à résoudre quelques unes de ses énigmes mais elle en avait su en créer de nouvelles. Remettant les compteurs à zéro. Il l'aimait. Il en était persuadé. Son assurance, son intelligence, sa beauté et cette toute petite part de fragilité. Il n'avait pas cessé de la regarder. Il pouvait dire qu'elle était au bord des larmes. Il voulait l'apaiser. La rassurer. Il la guida sur la plage, une fois leurs pieds solidement amarrés dans le sable, il la prit dans ses bras, la serrant fort contre sa poitrine.

Les jeunes gens avaient rejoints leurs ainés. Les MNS avaient hissé le drapeau orange. La mer était vraiment trop dangereuse. Ils s'installèrent près d'eux, sur les chaises longues. Personne ne parla pendant un long moment. L'ambiance était étrange. Une mer agitée, une brise légère et un soleil de plomb. Cuddy, allongée sur le ventre, visage enfouie dans ses bras, se releva. Elle attrapa un flacon dans son sac et le tendit à sa consœur.

« Dr Hadley, vous pouvez m'aider s'il vous plait? » dit-il, en rougissant légèrement.

« Appelez-moi Rémi, on n'est pas au boulot là. » elle voulait détendre l'atmosphère. Elle avait vu la terreur de son ainée et, avec encore plus de choc, avait vu House la réconforter. Le geste lui avait paru insensé de la part de cet homme. Mais tellement naturel. Elle commençait à croire que les insinuations de House pouvaient être fondées. Elle prit le tube, l'ouvrit et en versa dans le creux de sa main.

« Je n'aurais jamais cru voir ça! » s'écria House. « Cuddy se faire masser par une autre femme. Trop sexy. » il devait redevenir le salop que tout le monde connaissait. Il avait une réputation à préserver! Et il ne pouvait pas s'empêcher d'admirer le spectacle qui s'offrait à lui. Puis, une idée lui vint. Qu'y avait-il de plus sexy que de voir Cuddy se faire toucher par une autre femme? La toucher lui même! Il se leva d'un bond, prit le tube des mains de son employée.

« House, qu'est ce que vous faites? » s'écria Cuddy, en se retournant légèrement. Elle aurait du s'y attendre. De la crème solaire, House, ça n'allait pas bien finir tout ça. Elle mourait d'envie de sentir ses mains se poser sur son corps. Partout sur son corps. Mais pas en public. Et certainement pas à l'occasion d'un étalage de pommade. Mais ça pouvait être marrant, finit-elle par s'accorder. S'il voulait jouer à ce petit jeu, elle allait jouer à fond. Elle se tourna alors vers l'autre femme. « Si ça peut lui faire plaisir. » dit-elle en levant les yeux au ciel. « Et puis, avec le monde qu'il y a, je suis sure qu'il ne va pas faire quoi que soit d'imbécile, n'est ce pas House. » elle le regardait à présent.

« Bah, moi? J'oserais pas. » dit-il d'un air faussement innocent. Et avec ça, il dégrafa le haut de son maillot. « Quoi? Vous ne voulez pas avoir la trace du maillot? C'est pas sexy! » ajouta-t-il pour justifier son geste. Lisa se félicita d'avoir opter pour un tour du cou, elle pourrait le remettre plus rapidement et sans trahir sa pudeur.

House mit une noisette de crème dans le creux de sa main. De l'autre, il écarta les boucles brunes, les coinçant sur l'épaule de la jeune femme. Il fit chauffer la crème en se frottant les mains et les appliqua fermement sur son bas de reins. Il remonta, toujours aussi fermement jusqu'en haut du dos. Il pouvait sentir ça et là de nombreux muscles noués. Avec ses pouces, il traça la ligne de sa nuque. Un soupir se fit entendre, le motivant d'avantage. Il rattrapa le tube et, cette fois, laissa tomber le liquide directement sur le dos de Cuddy. Elle ne put réprimer un petit cris de surprise mais ne broncha pas. Avec sa palme, il étala la crème dans d'infinis mouvements circulaires. Remontant des fesses jusqu'aux épaules. Il replaça ses mains sur l'élastique du slip et entreprit de détendre ses muscles. Un pouce de chaque cote de sa colonne, il remontait. Lentement. Mais fermement. Arrivé au premier nœud, il appuya dessus, légèrement. Puis fit un long mouvement de rotation autour de celui-ci, jusqu'à ce qu'il disparaisse totalement. Lisa laissa échapper un soupir de contentement. Il continua son ascension, travaillant de même sur chaque nœud. Arrivé au niveau de ses épaules, il la vit lever la tête. Son regard emplit de désir, le fit chavirer. Il ferma les yeux, pensa à Wilson, très fort. Il devait limiter l'affut de sang dans une certaine partie de son anatomie.

« Vous me passez de la crème ou vous me faites un massage? » il l'entendu lui dire. Sa voix était plus rauque qu'à l'accoutumée. Plus suave, plus bestiale. Il devait arrêter de penser à ça. Et vite.

« Ça dépend de vous. Mais, moi, je dirais que vous êtes une directrice stressée et que vous ne passez pas assez de temps à vous faire dorloter! » quel con, pensa-t-il aussitôt. Pourquoi avait-il dit cela. Au regard de ses collègues, il n'était pas le seul à s'interroger. Il le pensait vraiment, mais de là à le dire. Et devant témoins. Le soleil commençait à vraiment lui taper sur le caillou! Changer de sujets, vite. Ne pas lui laisser le temps de répondre. « Resto et karaoké ce soir? ». Sa proposition fut accueillie avec enthousiasme. Il finit d'étaler la crème sur le dos et les jambes de la jeune femme et regagna son siège.

Pourquoi avait-il dit cela? Il n'avait pas tord cela dit. Elle était stressée, par son boulot, par lui majoritairement. Son nouveau statut de mère n'avait pas non plus arrangé les choses. Elle ne prenait pas soin d'elle. Le strict minimum. Une fois par mois chez l'esthéticienne pour chasser les poils disgracieux, chez le coiffeur à la même fréquence. Elle faisait ce qu'elle avait à faire. Plusieurs fois elle avait été tenté d'accepter un soin du corps, un massage même. Mais l'idée d'avoir les mains d'une inconnue sur son corps la gênait. Mais avec House c'était différent. C'était doux, agréable. Vraiment délassent. S'il n'avait rien dit, elle était pratiquement sure qu'elle se serait endormie sous son touché. Il fallait qu'elle trouve le moyen de le faire recommencer.

Le reste de l'après-midi passa vite. Taub, Foreman et Thirteen firent une partie de beach volley. House resta assis sur son siège, observant alternativement la mer et Cuddy. Déjà, le soleil descendait sur l'océan, la brise se faisait plus fraiche. Il allait être l'heure pour eux de rentrer et de se préparer.

« Lisa, Lisa, réveillez-vous! » la secoua doucement House, qui s'était assis sur le bord de son siège.

« mmmhh? C'est qu'elle heure? » demanda-t-elle, ensommeillée.

« 18h30. Réveillez-vous, si vous voulez un jour venir au restaurent avec nous. » il continuait de la secouer, un peu plus fort cette fois.

« c'est bon, c'est bon. » grommela-t-elle, en ce tournant. Elle sentit la main de House saisir quelque chose dans son dos, et la plaquer à plat ventre.

« Vous ne voudriez pas les laisser à la vue de tout le monde. Les jumelles, elles sont à moi! » dit-il en reclipsant son maillot de bain. Elle se retourna, sentit la chaleur monter à ses joues et balbutia un merci.

« Mais vous avez attrapez la myxomatose ma parole! Et vous êtes rouge comme une tomate! » il était à deux doigts d'éclater de rire. Elle porta les mains à son visage, sentant aussitôt l'immense chaleur se dégager de sa peau.

« Merde! » grogna-t-elle en ramassant ses affaires. Seule consolation, il ne l'avait pas vu piquer un fard à ses précédentes paroles et actions.

Lisa et Remy partirent faire un peu de shopping. Un peu contrainte. L'ainée des deux avaient définitivement besoin de lunettes de soleil et de biafine! La directrice se sentait à l'aise avec sa cadette. Elle était franche, rigolote bien qu'un peu bizarre. Mais ça ne la dérangeait pas. Elle la préférait de loin à la précédente collaboratrice de House. D'accord, le fait qu'elle soit en couple avec Foreman aidait peut-être un peu.

« Lisa, je peux vous appelez Lisa? » commença-t-elle. Elle eut droit à un hochement de tête. « Lisa, qu'y-a-t-il vraiment entre House et vous? Ce tatouage, cette complicité, ne me dites pas rien! » prévint-elle.

« Oh, c'est une longue histoire. » dit la plus brune des deux, en laissant échapper un rire.

« Ça tombe. On a plein de temps devant nous! » répondit Thirteen en souriant.

« House et moi, on se connait depuis très longtemps. Une vingtaine d'années je dirais. » elle savait pertinemment depuis combien de temps exactement, 22ans pour être précis, mais elle ne voulait pas paraître trop.. bizarre. « On était à la fac ensemble. »

« Wow. » dit Thirteen. 20 ans qu'elle le connaissait, et elle trainait toujours avec lui. Soit cette femme était folle, soit elle était vraiment amoureuse. Dans les deux cas, elle avait un sérieux problème. « Et vous sortiez ensemble, à l'époque? » Elle n'osa pas trop s'aventurer sur le présent. Elle savait qu'elle avait plus de chances d'avoir une réponse sur des faits anciens.

« Ha, c'est la grande question! » dit Cuddy avec un large sourire. « Franchement, je ne sais pas. Vous savez, avec House, les choses ne sont pas si simples, ni si formelles. » se contenta-t-elle de répondre. Elle était experte en langue de bois.

« Vous l'embrassiez? » sourire et hochement de tête. « Vous couchiez avec lui? »

« Plus ou moins » répondit la directrice, regardant alors attentivement les lunettes de soleil. Elle voulait cacher son embarras.

« Comment ça plus ou moins? On ne peut pas coucher plus ou moins avec quelqu'un! Soit il a introduit son pénis dans votre vagin, soit non. Il n'y a pas de place à l'erreur! » lui dit Hadley, hallucinée par la réponse qu'elle venait d'avoir. Elle vit quelques clients la regarder et leur sourit poliment. La directrice riait, elle aussi, mais nerveusement.

« Bon ben dans ce cas, on va dire oui. Vous aimez ces lunettes? » dit-elle, espérant changer de conversation au plus vite. Ça devenait franchement gênant.

« Oh, laissez tomber les lunettes cinq minutes. » Remy les lui prit des mains. « alors, résumons. Vous l'embrassiez, vous couchiez avec lui. Je dirais donc que vous sortiez ensemble. Ça me semble confirmait par cet étrange tatouage que vous avez tous les deux. Ça représente quoi d'abord? » finit-elle par demander. Cuddy sentit bien qu'Hadley était aussi maligne que son patron. Ça la rendait d'autant plus sympathique. Elle choisit de laisser tomber le langue de bois et de parler franchement.

« C'est un espèce de caducée. C'était son cadeau de diplôme en quelque sorte. On était saoul, enfin moi surtout. On voulait marquer ce jour et quoi de mieux qu'un tatouage pour ça? » répondit honnêtement la doyenne.

« Vous avez fait ça comme ça? Pour le fun? » s'étonna Thirteen.

« Non, j'ai fait ça parce que j'étais bourrée et que House m'a entrainée la dedans. Le tatouage c'était son idée, le motif la mienne. On avait besoin de se prouver qu'on serait toujours là l'un pour l'autre, enfin je sais pas. C'était une bêtise. » finit-elle en baissant la tête.

« Si c'était une bêtise, pourquoi en pas l'avoir fait enlever? » demanda la jeune femme.

« Parce que je trouve ça trop sexy. » dit-elle avec un sourire en coin. « Et ça me rappelle un passé, notre passé. Et j'aime assez y repenser quand je sors de la douche. » elle souriait pleinement. Un lueur était apparue dans ses yeux.

« Vous aimeriez revivre ce passé? » s'aventura Hadley.

« Le passé c'est le passé. Et House c'est House. Entre nous, ce n'est pas possible. On a pas les mêmes attentes et l'un de nous finirait blessé. Et je suis pratiquement sure que ce serait moi. » avoua-t-elle défaitiste. Elle aurait aimé un présent et un futur avec cet homme aussi exceptionnel mais elle avait trop peur. Elle n'avait pas le courage de lui avouer ses sentiments, même si elle était quasi certaine qu'ils étaient réciproque.

« Vous n'avez pas envie d'essayer? Parce que vu votre comportement, je dirais plutôt le contraire. »

« Essayer, à quoi bon? On sait déjà comment ça se terminerait. Pas de Happy endind pour nous. » dit Cuddy avec un faible sourire.

« Alors pourquoi ce comportement? Pourquoi l'aguicher? » l'interrogea-t-elle.

« Le fait que je veuille pas d'une relation avec House, ne signifie pas que je n'ai pas envie de jouer avec lui. Ou que je n'ai pas envie de coucher avec lui... »