Interlude Episode 4:
Twisted Tapestry Part Two
by Ruth M. King
Auteur: Ruth M. King
Traducteur : Aybarra
SPOILERS : Tout jusqu'à la fin de la saison 8.
SEASON / SEQUEL : Se déroule pendant les saisons 6 et 8
RATING : 13+
PAIRING : Sam/Jack
Résumé : un briefing de routine éveille les souvenirs d'événements oubliés et déchaîne une réaction en chaîne qui menace le tissu même de la réalité.
DISCLAIMER : Stargate SG-1 and its characters are the property of Showtime/Viacom, MGM/UA, Double Secret Productions, and Gekko Productions. We have written this story for entertainment purposes only and no money whatsoever has exchanged hands. No copyright infringement is intended. The original characters, situations, and story are the property of the authors. Not to be archived without permission of the authors.
Note de l'auteur : Voici l'Episode Quatre ! Chaleureux remerciements à Jo et à Ruthie pour leurs soutien et encouragement indéfectibles. Cette fic est longue. Le premier et le dernier chapitre se déroulent après la fin de la saison 8 tandis que le reste de l'histoire se déroule durant la saison 6. Pour ceux qui seraient intéressés, il y a Janet et Jonas !
Pour Simon. J'aurais souhaité que tu sois resté assez longtemps pour la lire.
Note du traducteur : rien à dire sinon que c'est superbe... comme d'hab avec Ruth !
Un grand remerciement à Sam star et Bibiche pour leur aide.
Bonne lecture et bonne année !
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Chapitre Douze
La collection de notes et d'artéfacts du Dr. Jackson valait l'importance de celle d'un petit musée. Même avec eux trois qui fouillaient dedans, Daniel ne savait pas s'ils trouveraient un jour l'information qu'ils cherchaient. Tout un paquet d'expressions lui vint à l'esprit... une aiguille dans une botte de foin étant l'une d'elles. Jack aurait détesté cela. Pensant à son ami, Daniel espérait qu'il était en sécurité, où qu'ils soient allés, lui et le Major Carter. Daniel n'était pas sûr que s'enfuir était le meilleur des plans. Il aurait souhaité qu'ils appellent ou restent en contact.
Jacob Carter était assis en face de lui. Si l'homme était un tant soi peu inquiet pour sa fille, il le cachait comme un pro. Ou peut-être était-ce le symbiote ? Daniel n'avait jamais été aussi près d'un Goa'uld auparavant... d'un Tok'ra ?... peu importe. Il n'était pas entièrement sûr de la différence, mais tout le monde semblait simplement faire confiance à Jacob... même le Général Bauer. Lequel, soit dit en passant, semblait être la seule personne qui pensait que Daniel devrait être mort. Ce qui était sympa, vraiment. Il commençait à être malade qu'on le regarde à deux fois et des coups d'œil surpris... sans mentionner cette infirmière qui s'était enfuie en larmes.
Maintenant, au moins, il était de nouveau sur un terrain familier. Aller sur d'autres planètes n'était pas trop son truc. La recherche, en revanche, il connaissait. Daniel admettait prendre un certain plaisir à passer d'une information à une autre. Ceci était son domaine d'expertise. Personne d'autre ici ne pouvait faire cela... personne d'autre ne pouvait déchiffrer l'écriture de son double. Il y avait tant de choses ici, tant de détails fascinants qu'il devait faire attention à ne pas se laisser distraire. Son compagnon ne semblait pas avoir le même problème. Jacob s'acquittait de sa pile de notes plus vite que Daniel ne l'aurait pensé possible. Remarquez, étant donné que la fille de l'homme était un génie reconnu, il supposait qu'elle devait le tenir de quelque part.
« Vous voulez encore du café ? » offrit Daniel.
« Non merci. Selmak n'aime pas trop ça, » répondit Jacob.
« Autre chose ? »
« Non, je suis bien, merci. »
« D'accord. »
Peu importe, Daniel avait besoin de café. Il était certain qu'il avait une cafetière dans son bureau... mais il devinait que c'était une autre de ces choses qui avaient changé.
Se rendre au mess n'était pas aussi facile qu'auparavant. Un couloir avait été à présent bloqué, à cause de l'incident dans les toilettes hommes. Daniel devait monter d'un niveau, marcher jusqu'au prochain ascenseur et puis descendre. Il espérait néanmoins que la marche lui éclaircirait un peu l'esprit. Il fallait qu'il se concentre. Il devait rester concentré. Il devait...
Foutre le camp de là !
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et Daniel se retrouva face à face avec une escouade de Jaffas. Il poussa un glapissement et frappa violemment le bouton de fermeture des portes. Son cœur battait à tout rompre alors qu'il faisait descendre la cabine dans les niveaux inférieurs. Que faisaient des Jaffas dans la base ? Il n'y avait pas eu d'activation non autorisée de la Porte. Daniel avait peut-être été absorbé par son travail, mais il n'avait jamais manqué d'entendre les alarmes. Il hyperventilait lorsqu'il sortit de l'ascenseur au niveau 28 et courut jusqu'au bureau du Général Bauer. Après coup, il s'était dit qu'il aurait peut-être été mieux de s'arrêter et d'utiliser le téléphone, mais voir soudain un groupe de guerriers Jaffas armés et hautement dangereux avait tendance à écarter les pensées logiques. Naturellement, le Général parut un peu agacé lorsque Daniel fit irruption dans la salle de briefing.
« Jaffas, Niveau 16, » haleta-t-il.
A son crédit, Bauer ne discuta pas. Probablement parce que les klaxons venaient de se mettre en marche juste au moment où Daniel fit son annonce et que la voix de Walter Harriman résonnait dans les haut-parleurs.
« Alerte intrus, Alerte intrus... »
« Je veux un groupe là-haut tout de suite ! » ordonna Bauer, « Et que quelqu'un avertisse Teal'c. Dr. Jackson, êtes-vous sûr que c'était des Jaffas ? »
« Euh... leur armure couvrant tout les trahit. »
« Fermez la base ! »
Okay, ne pas les laisser atteindre la surface état probablement une bonne idée, mais cela signifiait qu'ils ne pourraient pas sortir non plus, pas avec la Porte des étoiles en panne.
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Les Jaffas ne s'avérèrent pas être une menace digne de ce nom. Désorientés par le changement d'environnement, de l'avis de Teal'c, ils se battirent lamentablement. Les guerriers de la Tau'ri auraient pu les maîtriser sans son aide. Cela donna néanmoins à Teal'c l'excuse dont il avait besoin pour quitter l'infirmerie. Il savait que le Dr. Fraiser n'avait pas voulu le mettre dans l'embarras, mais son séjour prolongé avait été un affront à son statut de guerrier. La blessure par balle n'état pas sérieuse au point de l'empêcher d'accomplir son devoir. Son symbiote guérissait la blessure à une vitesse adéquate... même si ce n'était pas aussi rapide qu'il l'aurait souhaité. Tout ce qu'il lui fallait maintenant était de faire un rapport au Général Bauer. Si ce n'était le fait que le Colonel O'Neill lui avait clairement ordonné de rester au SGC, Teal'c serait parti pour un monde Jaffa. Il avait peu de respect pour ce Général.
Teal'c n'était pas le seul à attendre pour faire son rapport à Bauer. On aurait dit que la moitié du SGC était entassée dans la salle de briefing. Le Général avait finalement admis qu'ils avaient un problème. C'était une honte que O'Neill ne soit pas là pour en être témoin. Il aurait pu savourer l'humiliation de son adversaire. Non pas que Bauer semblât particulièrement confus. Il questionnait à tout va un McKay qui, comme il convenait, semblait mal à l'aise.
« Il doit y avoir une explication ! » s'exclama McKay.
« Sam semblait très convaincue, » dit le Dr. Jackson.
« Oui, eh bien... si vous allez me citer le Lieutenant Carter, nous pourrions aussi bien rentrer chez nous. »
« Elle a généralement raison sur ces sujets, » ajouta Teal'c.
« Elle est dangereuse. Ses théories n'ont aucun mérite. »
« Eh bien, il semblerait qu'elle ait raison cette fois, » interrompit Bauer. « A moins que vous ne pouviez fournir une autre raison à l'apparition soudaine de Jaffas dans la base ? »
McKay n'eut rien à dire. Bauer hocha la tête et se tourna vers le reste de l'assemblée.
« Colonel Reynolds, avez-vous une idée de l'endroit où se trouve Samantha Carter ? » demanda-t-il.
« Non, monsieur, » répondit Reynolds, « Ils sont partis de là si vite que nous n'avions pas une chance. »
Teal'c fut effectivement soulagé que ses amis aient pu s'échapper. Cependant, il restait inquiet que personne ne puisse les informer des récents événements. Ils auraient à attendre jusqu'à ce que O'Neill et le Major Carter décident de prendre contact.
« Appelez la police, faites-les arrêter, » suggéra McKay.
« Non, nous ne ferons rien. Ils reviendront, n'est-ce pas, Teal'c ? » dit Bauer.
« Je le pense. »
« Alors tout ce que nous avons à faire est d'attendre et de contenir la situation à la base. Dr. Jackson, je suggère que vous continuiez votre recherche. »
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Jacob Carter avait un sentiment mitigé lorsqu'il se prépara à partir. D'un côté, il avait le sentiment qu'il avait un devoir envers son peuple. D'un autre côté... il était très probable qu'il ne reverrait plus jamais sa fille. Une fois de plus, il restait avec le sentiment inconfortable que ses dernières paroles pour elle avaient été des mots de colère. Il y avait tant de choses qu'il voulait lui dire. Jacob avait suivi la carrière de sa fille au cours des dernières années et était immensément fier d'elle, mais il avait l'impression, qu'à un certain niveau, elle ratait quelque chose. Au moins, où qu'elle soit, elle était avec Jack. Il était un bon supérieur et semblait avoir à cœur les meilleurs intérêts de Sam. Même si elle était une femme adulte et un officier capable, Jacob s'inquiétait toujours pour elle. Appelez cela le privilège d'un père.
Il se tenait devant la Porte des étoiles, attendant que le sergent de service fasse la connexion. Jacob savait qu'ils avaient des problèmes et il espérait que ça ne prendrait pas trop longtemps. Le temps était précieux, sinon il aurait pris le vaisseau.
« Je parie que vous souhaitez que Sam soit là maintenant, » dit-il au sergent, pour ne recevoir qu'un froncement de sourcils. Susceptible, décida Jacob, se demandant s'il devrait noter le nom de l'homme, mais décida rapidement que ça n'en valait pas la peine. Il supposait qu'il serait, lui aussi, au bord de la crise de nerfs si la plus importante technologie de la planète avait soudain un pépin... et que toutes les personnes qui auraient pu, soi-disant, la réparer s'étaient évanouies en fumée d'une manière ou d'une autre.
Il vit l'homme se détendre visiblement lorsque la Porte finalement explosa à la vie. Jacob lui fit un signe de la tête signifiant beau boulot, avant de descendre en vitesse dans la salle d'embarquement... et il n'y avait rien là. Pas de Porte des étoiles, pas de rampe, rien qu'une pièce vide en béton.
« Sergent ! » hurla-t-il.
« Ce n'était pas ma faute ! » répondit l'homme stressé. « Ce n'était pas ma faute ! » Jacob s'avança, agitant ses mains devant lui... juste au cas où la Porte des étoiles était brusquement devenue invisible. Ce n'était pas une idée si cinglée que cela. Quel dommage que cela ne se goupille pas comme il l'aurait souhaité. Il n'y avait vraiment plus rien dans la pièce. Là-haut, les gens paniquaient et Jacob ne pouvait pas vraiment les blâmer. Il avait, cependant, toujours une mission à finir.
« Général, je vais avoir besoin d'un véhicule pour Peterson, » informa-t-il Bauer quand il retourna dans la salle de contrôle.
« Quoi ? » interrogea le Général.
« Mon vaisseau est sur la piste, occulté. »
« Je suis désolé, Jacob, je ne peux pas vous laisser faire ça. »
« Pardon ? »
« Sans la Porte des étoiles, ce vaisseau est le seul moyen de quitter la planète. SG-1 va en avoir besoin. »
« Vous présumez beaucoup. »
« Je sais. »
« Je pars. »
« Non. »
« Et vous allez m'en empêcher ? »
Bauer fit un geste vers les deux SF, qui se positionnèrent à ses côtés. Jacob n'arrivait pas à croire ce qu'il voyait.
« Escortez le Général Carter aux quartiers VIP, » ordonna Bauer. « Assurez-vous qu'il y reste là jusqu'à ce qu'il soit convoqué. »
C'était forcément une plaisanterie aux dépens de Jacob. Pas possible que cela soit réel. Dire qu'il s'était disputé avec Sam quand elle avait été mise aux arrêts...
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Jack O'Neill était assis à l'extérieur de la chambre du motel, regardant les étoiles. Il avait pesé les chances que quelqu'un le reconnaisse avec l'inconfort personnel à rester à l'intérieur, et il avait décidé qu'il était mieux où il se trouvait. Carter travaillait encore et jusqu'à ce qu'elle ait fini, il n'y avait pas grand-chose qu'il pouvait faire. Il ne pouvait même pas regarder la télé parce qu'elle l'avait démontée. Un jour avait passé, tranquille et sans incidents. Personne n'avait tenté de lui tirer dessus depuis plus de vingt quatre heures, ce qui était plutôt relaxant. Bien sûr, le mauvais côté était que Carter avait travaillé tout ce temps. Jack ne savait pas comment elle y arrivait. Si elle avait dormi, ça devait être pendant la demi-heure, plus ou moins, qu'il avait passé sous la douche. Il faisait des paris avec lui-même sur le temps pendant lequel elle pourrait continuer ainsi, et c'était l'une de ces rares occasions où il ne pouvait pas intervenir pour l'en empêcher. Les enjeux étaient tout simplement trop importants.
Il jeta un coup d'œil à sa montre. Il était presque l'heure pour lui d'aller chercher une nouvelle fois de la nourriture. Appeler pour se faire livrer était hors de question puisque Carter avait aussi démonté le téléphone. Son estomac se barbouilla à l'idée d'un autre repas plein de graisses. Contrairement à l'opinion populaire, il ne mangeait pas toujours des cochonneries.
Jack était sur le point de se lever quand il remarqua une silhouette s'approcher à travers l'obscurité.
« Hé, » sourit-il quand il reconnut les cheveux blonds, « vous faites une pause ? »
« Je n'arrive plus à réfléchir, » confia Carter.
Elle s'assit à côté de lui, un doux soupir s'échappant de ses lèvres. Jack tenta de ne pas trahir sa surprise. Ce n'était pas souvent que Carter se permettait de montrer sa frustration, sa fatigue... sa vulnérabilité.
« Pourquoi n'allez-vous pas dormir un peu ? » suggéra-t-il.
« Je ne suis pas sûr d'y arriver. Trop de caféine. »
Carter roula ses épaules, les frottant distraitement. Pendant une folle seconde, Jack pensa à l'aider, mais il se retint. Sans parler, restant immobile, presque anormalement. Ne pas savoir quoi dire n'était pas vraiment inhabituel pour lui. Du moins, Carter ne s'attendait pas à des mots profonds. Elle semblait assez contente de simplement s'asseoir là pendant un moment et ne rien faire.
« Parlez-moi des étoiles, mon Colonel, » dit-elle.
« Quoi ? Moi ? » demanda-t-il, troublé par sa demande.
« Je passe tant de temps à les analyser que je ne regarde jamais vraiment le ciel nocturne. Je ne suis même pas sûr de connaître les constellations. »
« Sérieusement ? »
« Eh bien, peut-être quelques unes, mais parlez m'en. »
« Okay... euh... il y a la Grande Ourse et juste au-dessus c'est La Petite Ourse et l'Etoile Polaire. Venus s'est couchée donc nous ne pouvons pas la voir... Mars est par là et... »
Jack s'arrêta, ses yeux cherchant le ciel. Il crut s'être trompé.
« Monsieur ? » interrogea-t-elle.
« Je n'arrive pas à trouver Jupiter, » lui dit-il.
« Peut-être que ce n'est pas la bonne période de l'année ? »
« Non. J'étais en train de le regarder l'autre nuit. Il devrait être juste là. »
La zone du ciel qu'il montrait du doigt était vide de toute étoile. A côté de lui, Carter se crispa, sa main serrant son bras.
« C'est pour ça que la Porte des étoiles ne fonctionnait pas correctement, » haleta-t-elle, « les planètes où nous tentions de nous rendre ne sont pas nécessairement là dans la réalité à travers laquelle le vortex passe. »
« Ce qui veut dire ? »
« L'effet n'est pas localisé et nous avons moins de temps que je ne le pensais. »
« Je ne sais pas pourquoi, je savais que vous alliez dire ça. En clair ? »
« Quelques semaines... un mois au plus. »
« Merde. »
« Je dois y aller. Je dois retourner travailler. » Et Jack n'eut pas le cœur de la retenir.
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Sam s'éloigna à contrecoeur du Colonel. Autant elle aurait aimé rester là... autant elle avait trop de choses à faire. Elle retourna dans la chambre, presque dégoûtée par la pagaille qu'elle y trouva. Qu'avait-elle fait ? Rien de cela n'avait de sens. Pensait-elle vraiment qu'elle pourrait recréer les recherches d'une race tellement avancée qu'ils laissaient les humains loin derrière ? Elle pouvait très bien imaginer ce que son père dirait de cela. Assez étrangement, penser à son père la calma un peu. La dernière chose qu'elle voulait était de prouver qu'il avait eu raison. Ses mots lui revinrent... Les Carter n'abandonnent pas. Elle souhaitait juste savoir où commencer.
Plus elle y regardait, plus Sam était convaincue que cela n'allait pas marcher, et qu'elle devait recommencer depuis le début. Elle était en train de tout démonter quand le Colonel O'Neill entra. Il ne fit pas de commentaire, lui dit simplement qu'il allait chercher des côtelettes et du chou cru. Le temps que l'appareil soit réduit à ses composants de base, Sam se demanda si elle n'aurait pas dû suivre son conseil et tenter de dormir un peu. L'overdose de caféine avait été une simple excuse. Sam ne voulait pas fermer les yeux au cas où elle se réveillerait dans un tout autre endroit. Au cours des dernières heures, elle s'était retrouvée à se demander si elle était encore la même personne qu'elle était quand tout ceci avait débuté. Etait-elle encore proche de la même réalité ? Et le Colonel ? Trop de réflexion, pas assez d'action. Elle ramassa un tournevis et se mit au travail.
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Le ciel était pourpre, et Jonas souffla un soupir de soulagement. Il était de retour. Après que Fraiser lui ait donné un sédatif, il avait cru perdre son chemin, sa conscience dans les limbes... ni éveillé ni endormi. Un endroit sombre. Froid. Jonas s'était demandé s'il était allé trop loin en un endroit au-delà des rêves. Mais maintenant le soleil pourpre réchauffait son dos alors qu'il faisait l'ascension de la tour.
A l'intérieur, ce fut une autre histoire. Les torches étaient presque consumées et crépitaient alors qu'il se hâtait de descendre dans le grand hall. Aussi irrationnel que cela paraissait, Jonas ne voulait pas se retrouver là dans le noir. Il ne pouvait s'empêcher d'avoir l'impression, aussi fou que cela puisse paraître, que sa sortie du pays des rêves était affectée par les événements dans l'univers réel. Il fut quelque peu soulagé de trouver Daniel debout devant l'une des fenêtres, regardant le paysage pourpre.
« Je suis revenu, » dit Jonas.
« Ah, » répondit l'autre homme.
« Est-ce trop tard ? »
« Non, non, non. »
Jonas commençait à avoir un mauvais pressentiment à propos de tout ceci. Etait-ce son imagination ou est-ce que Daniel semblait un peu... euh... fou ?
« Et elle tisse nuit et jour,
Un tissage magique de couleurs joyeuses,
Elle a entendu un murmure dire,
Une malédiction est sur elle si elle reste... »
Il s'arrêta et marcha vers Jonas, « Comprenez-vous ? » demanda Daniel.
« Non, pas vraiment. »
« Et tout ceci ? »
Jonas secoua la tête. Il n'avait franchement aucune idée de ce dont Daniel parlait. S'il voulait l'aider pourquoi était-il si obscur ?
« Allez, Jonas, ce n'est pas si dur ! Regardez autour de vous ! »
« Je suis dans un château. »
« Et comment y êtes-vous entré ? Par la porte ? »
« Contes de fées ? Des histoires ? »
Daniel lui fit une ovation. Ses mots par la suite furent dits si bas que Jonas dut tendre l'oreille pour l'entendre.
« C'est là qu'il peut être trouvé. Dans les histoires, les légendes, les contes que vous lisez aux enfants avant qu'ils s'endorment. Vous les effrayez avec la belle-mère, la méchante sorcière, le troll qui vit sous le pont. Vous ne pensez pas un instant que tout cela puisse être vrai. »
« Qu'est-ce qui pourrait être vrai ? » se risqua Jonas.
« Ecoutez, Jonas ! J'essaie de vous le dire !
Dehors vole la toile et flotte au loin,
Le miroir est craquelé d'un bord à l'autre.
'La malédiction est sur moi,' s'écria-t-elle. »
« Est-ce un poème ? »
« Vous savez, je souhaiterais vraiment, vraiment que Teal'c soit ici maintenant. Ou Sam, elle aurait compris. »
'Super', pensa Jonas, même son imagination ne pensait pas qu'il était digne d'être membre de SG-1.
« Eh bien vous avez de la chance que ce ne soit pas le Colonel O'Neill, » lui rappela Jonas.
« C'est vrai. Bien que Jack cache bien des choses. Vous devriez vous rappeler de cela. »
« Pas de problème. »
« Jonas, tout ce dont vous avez besoin est là, dans les rimes, les histoires, dans les poèmes. 'Sous le brillant amas étoilé, les comètes, les étoiles filantes.' »
Et Jonas prit conscience alors exactement de ce que Daniel lui donnait. Une référence astronomique. S'ils avaient une référence, ils pourraient trouver le système solaire. L'exultation le balaya.
« Merci, » dit-il à Daniel.
« Pas de problème, rappelez-vous simplement de parler à Teal'c. »
« Je le ferai. »
« Et c'est probablement une bonne idée que vous ne disiez à personne que vous m'avez vu. Ils pourraient penser que vous êtes... »
« Fou ? »
« Ca aussi. »
« Au revoir. »
Jonas resta là. Okay, alors comment était-il censé sortir de là ?
Chapitre Treize
Walter Harriman n'avait rien à faire. Une fois que la Porte des étoiles eût disparu, il était resté assis sur son fauteuil pendant un moment, espérant qu'elle réapparaîtrait simplement. Puis il était descendu dans la salle d'embarquement et avait regardé les scientifiques qui tentaient de découvrir exactement ce qui s'était passé. Il n'arrivait pas à décider s'ils lui rappelaient des poulets sans tête ou des abeilles qui avaient perdu leur reine. Sa patience avait une limite et il ne pouvait pas rester là cent sept ans à regarder. Personne ne lui demanda s'il avait une idée. Personne ne remarqua même qu'il était là. Pourquoi le devraient-ils ? Il n'était là que depuis le commencement. Il avait assisté à tant de choses avec la Porte des étoiles, des bonnes comme des mauvaises. Maintenant, elle avait disparu. Et avec elle, sa raison d'être là.
Les couloirs paraissaient étranges, inconnus. Walter tenta de se rappeler la dernière fois qu'il avait pris le temps de se promener dans le SGC. Habituellement, il arrivait et se rendait directement à la salle de contrôle. Il y restait jusqu'à ce qu'il soit l'heure de rentrer chez lui. Maintenant... maintenant, il ne savait pas quoi faire. On ne lui avait donné aucun ordre. Le Général paraissait plus concerné par l'endroit où se trouvait en ce moment le Major Carter. Comme si elle allait se précipiter ici et résoudre tous leurs problèmes ! Elle n'était pas la seule qui soit futée ici. Il y avait Siler, par exemple... mais il avait disparu aussi. Combien d'autres ? Tout ce qu'il connaissait changeait, se transformant en quelque chose qu'il ne reconnaissait plus. Ce n'était plus sa base.
Quelque chose en Walter changea, se modifia alors que la chimie de son cerveau était perturbée au niveau moléculaire. Toute la colère, la frustration des derniers jours montèrent comme des bulles à la surface. Soudain il sut que tout le monde ici était contre lui, tout le monde le détestait. Ce fut une révélation, une certitude inébranlable et il devait faire quelque chose. Il montrerait à ces gens qu'on ne se frottait pas à Walter Harriman.
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« C'est une histoire, » annonça Jonas.
« Quoi ? » demanda Daniel.
Le jeune homme était arrivé dix minutes plus tôt, portant toujours les frusques de l'infirmerie, soutenu par le Dr. Fraiser, mais il y avait un air de triomphe en lui que Daniel trouva un peu déconcertant. Le docteur l'avait rapidement installé sur une chaise tout près d'où il avait commencé à leur raconter... Jonas ne voulait pas dire comment il était arrivé à cette folle théorie, mais elle ne semblait se baser sur aucun fait. Daniel jeta un coup d'œil à Janet et à Teal'c, qui paraissaient tout aussi incrédules.
« Quelle histoire ? » demanda Daniel.
« C'est à propos d'un miroir qui est craquelé, de constellations, un météore à barbe... »
« Une comète ? »
« Ca se pourrait... et Teal'c, Teal'c la connaît. »
« Teal'c ? »
Teal'c ne paraissait pas en avoir la moindre idée. Comment le pourrait-il ? Jonas disait n'importe quoi. Fraiser devrait le ramener à l'infirmerie et lui donner un truc ou quelque chose comme ça.
« D'où ça vient ? » demanda Janet.
Jonas ne répondit pas tout de suite. Il paraissait un peu mal à l'aise qu'on lui ait posé cette question. Remarquez, peut-être qu'il y avait quelque chose de familier à propos de cette vague description. Il y avait certainement assez de littératures à propos de miroir. Ce n'était pas totalement déplacé de penser que certaines puissent être basées sur la réalité.
« Pouvez-vous vous rappelez des mots exacts ? » demanda Daniel.
« Euh... Dehors vole la toile et flotte au loin,
Le miroir est craquelé d'un bord à l'autre.
'La malédiction est sur moi,' s'écria-t-elle, » cita Jonas.
« La Dame de Shallot ! »
« Daniel Jackson et moi avions discuté de cette histoire il y a de cela des années, » ajouta Teal'c.
« Il y a des références, » poursuivit Jonas.
« Assez pour trouver une planète ? » demanda Daniel.
« Je ne sais pas. »
S'avançant jusqu'aux rayons de livres, Daniel prit une vieille édition des poèmes de Tennyson. Bizarre, c'était au même endroit que chez lui. Sa main était allée directement au volume délabré. Il feuilleta à travers les pages usées, parcourant impatiemment les strophes. Il y avait une lune, une comète, un groupe d'étoiles dans la galaxie d'or...
« Ca ne suffit pas, » dit Daniel.
« Quoi ? » demanda Jonas.
« Ca ne suffit pas. Nous ne pouvons pas la trouver à partir de ça. »
Il jeta le livre inutile à travers la pièce, ne se préoccupant pas que les pages s'éparpillent par terre. Il n'arrivait à y croire. Ils étaient de nouveau au point de départ.
« Peut-être que ce n'est pas le bon ? » se risqua Jonas.
« Où alors ? » demanda Daniel.
« A la lumière de la lune rouge, où l'étoile voilée se bat avec les ailes de l'oiseau-mouche... » dit Teal'c.
« Quoi ? »
« C'est un verset Jaffa, qui raconte une histoire similaire. »
« C'est quoi un oiseau-mouche ? » demanda Jonas.
« Une espèce proche du colibri. »
« Je ne vois pas comment ça nous aide, » dit Janet.
« Une étoile voilée se bat... Ca doit vouloir dire quelque chose, » dit Daniel. « Qui saurait ? »
« Sam. »
« Super. Je suppose qu'aucun d'entre eux n'a pensé à prendre un portable ? »
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Quelqu'un la secouait. Sam donna un coup aux mains qui l'embêtaient avant de se rendre compte que le Colonel tentait de la réveiller. Le ciel était gris et, pour ajouter à sa consternation, elle avait bavé sur l'oreiller. Oreiller ? Elle lui jeta un regard noir, ne voulant pas demander combien de temps elle avait dormi.
« Vous étiez endormie quand je suis revenu, » dit-il pour sa défense.
« Vous auriez pu me réveiller ! » protesta-t-elle.
« Je viens de le faire. T est au téléphone. »
Ce n'était pas fini, décida-t-elle en lui prenant le portable des mains.
« Teal'c, qu'y a-t-il ? » demanda-t-elle.
« Nous avons besoin de votre assistance, » répondit-il. « Jonas Quinn pense qu'il connaît la localisation du monde que nous recherchons. »
« Et comment puis-je aider ? »
« Que signifie une 'étoile voilée se bat avec les ailes d'un oiseau-mouche, à une largeur de main dans le ciel' ? »
« A quelle vitesse les ailes d'un oiseau-mouche battent-elles ? »
« Entre quatre et cinq cents fois par minute. »
« Très bien, je pense que ce que vous venez de décrire est un pulsar caché dans un reste de supernova. Il semblerait qu'il domine le ciel nocturne sur cette planète. »
« En effet. Et comment pourrions-nous trouver ce pulsar ? »
« Il y a un website, son nom est 'Australian Pulsar Database'. Je l'ai mis dans mes favoris sur mon PC. Demandez à un des physiciens si vous avez besoin d'un coup de main, mais c'est facile à trouver. »
« Merci, Major Carter. »
Il fit une petite pause, et Sam put reconnaître la voix de quelqu'un d'autre en arrière-fond. Ca ressemblait à celle du Dr. Jackson, mais c'était difficile à dire alors qu'elle essayait de chasser le sommeil de son esprit.
« Je souhaiterais parler avec O'Neill, » dit-il finalement.
« Pas de problème. »
Sam tendit le téléphone avant que Teal'c ne puisse lui demander comment son propre travail progressait. On aurait dit qu'ils s'en sortaient bien mieux qu'elle. O'Neill parla à Teal'c quelques minutes, mais Sam n'arriva pas à glaner grand-chose de la conversation.
Le destin de l'univers était entre ses mains et que faisait-elle ? Une sieste. Mais elle n'allait pas paniquer. Elle allait approcher le problème calmement et rationnellement. Sam se retrouva à observer le Colonel alors qu'il nettoyait les restes de leur dernier repas. Il semblait mal à l'aise à propos de quelque chose. Il n'était pas du genre à nettoyer.
« Qu'est-ce que Teal'c avait à vous dire, mon Colonel ? » demanda-t-elle.
Un sourire résigné passa brièvement sur son visage.
« Nous avons un autre problème. La Porte des étoiles a disparu. »
« Disparu ? Comment ? »
« D'après T, elle s'est juste volatilisée. »
« Merde. »
« Ouais, pareil ici. » Il ne semblait pas y avoir grand-chose de mieux à dire. La perte de la Porte des étoiles était un coup dur, mais rien ne garantissait que la planète qu'ils recherchaient en possédait une de toute façon. Ils allaient devoir le faire à l'ancienne.
« Au moins, nous avons toujours le vaisseau de Papa, » dit-elle.
« Pour le moment... vous voulez de ça ? » demanda-t-il, son attention revenue à la nourriture.
« Non, merci, » répondit-elle.
Il haussa les épaules et commença à manger. Sam ne pouvait pas faire face à la nourriture maintenant, surtout pas un repas qui semblait consister en une graisse compacte et froide. Cela ne sembla pas gêner le Colonel, cependant, et il ne semblait jamais prendre de poids non plus... bon sang !
Retournant au tas de composants sur l'autre lit, elle les passa en revue, essayant de trouver ce qui pourrait avoir une utilité. Le Colonel O'Neill avait sans doute dormi par terre la nuit dernière et, effectivement, il y avait un oreiller et un tas de couvertures dans le petit espace devant la salle de bain. Se rappelant ses pensées de la nuit dernière, cette preuve était plus qu'assez pour convaincre Sam qu'il était toujours son Jack O'Neill. Pour une raison ou une autre, cette pensée était rassurante, même si elle ne le dirait jamais.
Tout ce dont elle avait besoin maintenant, était un four à micro-ondes, un tube de cire pour les jambes... et une autre télé.
ooo
C'était un lance-flamme. D'où il était sorti ou pourquoi il y en avait eu un sur la base, Rodney McKay n'attendit pas assez longtemps pour le découvrir. Il était trop occupé à tenter de ne pas se faire roussir les fesses. Il avait déjà vu l'homme qui le maniait, quelque part cheveux gris, des lunettes et ce qui ressemblait à un gilet de combat. Pas le type d'homme que vous associeriez avec le grabuge. Et où étaient les militaires quand vous aviez besoin d'eux ? Ne pas tenter de stopper ce psychopathe, cela était certain. McKay ne savait pas quelle distance il avait couru, mais c'était sacrément plus qu'il n'en avait l'habitude. Il manquait sérieusement d'entraînement physique... soit cela, soit il allait avoir une crise cardiaque.
Il n'y avait visiblement aucun moyen de s'échapper. Chaque ascenseur qu'il passait avait les portes fermées et le lance-flamme était bien trop près pour que McKay s'arrête et attende. Tout ce qu'il pouvait faire était de continuer de courir jusqu'à ce qu'il s'effondre d'épuisement. L'homme derrière lui ne montrait aucun signe de fatigue. Qu'y avait-il donc avec les gens ici ? Etait-il la seule personne saine d'esprit qui restait ? Le comportement récent du Général donnait certainement raison à McKay de mettre en doute l'état mental de l'homme. Tout le monde savait que l'avis du Lieutenant Carter ne valait rien.
Il risqua un coup d'œil en arrière. L'homme gagnait du terrain. Dans son impatience à voir son poursuivant, McKay oublia de tourner le coin et il rentra droit dans le mur. Il glissa sur la surface, incapable de se relever. Ce n'était pas bon, il ne pouvait pas aller plus loin. L'autre homme s'arrêta, un sourire féroce éclairant ses traits. Il cracha un jet de flamme, incitant McKay à se recroqueviller. C'était suffisamment près pour sentir la chaleur, mais pas assez pour brûler... pas encore.
« S'il vous plait, s'il vous plait, » souffla-t-il.
« Savez-vous qui je suis ? » demanda l'homme.
« Quoi ? »
« Dites mon nom ! »
« Je ne sais pas. »
« Dites-le ! »
« Ne me faites pas de mal ! »
McKay savait qu'il pleurnichait, mais il s'en fichait. Il n'avait jamais prétendu être un héros. C'était pour les moins intellectuels les gens qui étaient trop bêtes pour réaliser que leur temps était compté. Il ferma étroitement ses yeux et attendit.
... Et attendit.
« Rodney, vous pouvez vous relever maintenant. »
C'était le Dr. Fraiser. Elle l'aida à se remettre sur ses pieds.
« Où est-il ? Où est-il parti ? » haleta McKay en se rendant compte qu'il n'y avait personne d'autre dans le couloir.
« Qui ? » demanda Fraiser.
« Euh... » McKay réalisait, maintenant que tout était fini, qu'en fait il n'arrivait pas à se rappeler à quoi ressemblait l'homme... à part le lance-flamme.
« Si vous allez bien, nous pourrions avoir besoin de votre aide, » poursuivit-elle.
« Bien sûr, tout de suite, tout ce que vous voulez. » N'importe quoi qui l'emmènerait loin d'ici. Docilement, il suivit le bon docteur jusqu'au labo de physique où Daniel Jackson les attendait. Il leva la tête de l'ordinateur qu'il était en train d'utiliser... ou disons qu'il tentait d'utiliser.
« Vous l'avez trouvé, bien, » marmotta Jackson. « Je n'arrive pas à trouver de sens à ça. »
« C'est parce que vous êtes un archéologue, poussez-vous de là, » répondit McKay.
Jackson se leva de sa chaise et McKay s'installa derrière le clavier. Il reconnut immédiatement le programme une base de données astronomiques.
« Alors, qu'est-ce que vous recherchez ? » demanda-t-il.
« Un pulsar, » répondit Jackson. « Ca devrait nous conduire à la planète... »
« Quel pulsar, il y en a un paquets. »
« Euh, qu'a dit Teal'c ? »
« Une étoile voilée... entre quatre cents et cinq cents pulsation par minutes, » dit Janet tout de suite.
« Okay. »
Amateurs, pensa McKay pour lui-même en navigant dans la base de données. Il y avait quatre possibilités.
« Vous allez devoir m'en dire plus... à moins que vous ne vouliez partir à la chasse à travers toute la galaxie... »
« Euh... où sont-ils ? » demanda Daniel.
« Vous en avez un dans le Sagittaire, un dans le Taureau, un dans le Centaure, » répondit McKay.
« Et le quatrième ? »
« Eh bien en fait, celui-là est sujet à discussion. Il est à la limite de SNR, il n'est donc pas nécessairement associé avec. »
« Okay, alors on élimine celui-là, » dit Janet. « Et les autres ? Daniel ? »
Jackson marmonnait entre ses dents. Cela ressemblait à de la poésie.
« 'Un arc surgit de sa tour de garde,' Sagittaire ! Ca doit être ça. »
« Super... dans ce cas, vous parlez de PSR J1930+1852, distant de 16000 années lumière... » dit-il. « Bien sûr, vous présumez que la planète en question est aussi en ligne de vue du pulsar... »
« Pouvons nous y aller ? » demanda Daniel.
« Si vous avez un vaisseau qui peut sauter dans l'hyperespace. »
« Oui, nous en avons un, merci. »
Et voilà. Ils laissèrent McKay seul, qui se sentait plus qu'un peu renfrogné, mais pas assez pour courir après eux pour s'en plaindre. En fait, le seul mouvement qu'il fit fut d'aller à la porte et de la verrouiller.
Chapitre Quatorze
C'était fini. Sam ne savait pas comment ni pourquoi, mais le miroir était achevé... du moins aussi achevé que possible dans la limite de ses capacités. Le problème était que sans un réacteur à Naquadah pour l'alimenter, elle n'avait aucun moyen de savoir s'il fonctionnait ou pas. Les réacteurs à Naquadah étaient assez rares dans cette partie de Colorado Springs. Ils allaient devoir retourner à la base et espérer que personne n'avait donné l'ordre de leur tirer à vue. L'allégresse d'avoir terminé le projet avait chassé son épuisement. Elle était impatiente de retourner au SGC et de tester ce truc... bien qu'elle ne savait pas trop bien comment elle allait l'installer à l'arrière de sa moto. Le miroir était plus petit que celui qu'ils avaient trouvé sur 233, mais il était un peu plus volumineux. A en juger par la réaction du Colonel à sa première balade sur la Kawasaki, il préférerait probablement qu'ils trouvent un autre moyen de transport. En fait, Sam se retrouva à rire au souvenir de son expression terrifiée.
Il était tard. Un autre jour avait passé, mais cette fois, il se terminait en triomphe et non en dépression. Sam était tellement passionnée par le métier qu'elle avait choisi que les hauts compensaient toujours les bas.
« Mon Colonel ! » appela-t-elle.
Le Colonel sortit de la salle de bain, ses cheveux encore mouillés de la douche. Sam lui fit un grand sourire.
« Pas trop tôt ! » lui sourit-il en réponse à son sourire, pris par son enthousiasme communicatif.
« J'espère juste que ça va marcher. Il n'y a aucun moyen de le tester jusqu'à ce que nous soyons de retour à la base. »
« Et pourquoi attendons-nous ? »
Sam secoua la tête et éclata de rire.
« Cette fois, je conduis, » ajouta Jack.
« Tout ce que vous voulez, mon Colonel. »
Il leur prit en fait un peu plus de temps pour rassembler leurs affaires et partir. Sam empaqueta le miroir sous plusieurs couches de draps et de couvertures, espérant le protéger pour la durée du trajet. Jack sortit et loua un pick-up. Du moins, elle espérait qu'il l'avait loué. Sam décida qu'il valait mieux ne pas poser trop de questions. Avec le destin du monde en jeu, ce n'était pas comme si l'un ou l'autre allait s'inquiéter pour un petit vol, bien que Sam laissa quand même un bon pourboire pour compenser la pagaille qu'elle avait mise dans la chambre. Passé juste minuit, ils étaient prêts à partir.
Sam ne put s'empêcher de jeter un œil au ciel en grimpant dans le véhicule. Il était nuageux, aussi elle ne pouvait pas dire si les étoiles avaient encore changé. Un vent vif et froid s'était levé de quelque part et Sam sentit la fraîcheur malgré sa veste en cuir. Si elle ne savait pas que c'était la mi-juin, elle aurait dit que la neige n'était pas loin. Et ce n'était pas seulement le temps, quelque chose n'était pas normal. Le Colonel parut le sentir aussi. Il était étrangement sombre lorsqu'ils commencèrent leur voyage à travers les rues assombries.
Ils n'eurent pas à attendre très longtemps pour que tombe la neige. Avant qu'ils aient parcouru deux kilomètres, les premiers flocons avaient commencé à dériver du ciel menaçant. Deux minutes plus tard, la visibilité était quasi nulle. Sam jeta un coup d'œil sur O'Neill.
« Détendez-vous, » lui dit-il, « j'ai appris à conduire sous des temps pires que ça. »
« Bien, » marmonna-t-elle.
C'était la perturbation du climat de la Terre qui l'ennuyait, plus que la neige. Elle espérait que c'était limité à Colorado Springs. Les silhouettes des bâtiments étaient à présents adoucies par la couverture blanche et en d'autres circonstances, elle aurait pu trouver le changement attrayant... Si elle avait été à l'intérieur, assise près d'un feu ronflant, pas en train de se précipiter vers le SGC dans une tentative pour sauver le monde. La neige s'installait avec force et ne ferait qu'empirer lorsqu'ils s'approcheraient de la montagne.
« Je suppose que vous n'avez pas pensé à voler un chasse-neige ? » dit-elle.
« Voler ? C'est un mot tellement vilain, Carter. »
« Alors vous avez demandé d'abord ? »
Une voiture fit une embardée devant eux, faisant jurer Jack lorsqu'il fut forcé de freiner. Le pick-up dérapa légèrement et Sam se retrouva à agripper le bord de son siège.
« Connard, » cria le Colonel, quand il eut repris le contrôle du véhicule.
Sam tendit le cou en arrière pour s'assurer que le miroir était toujours solidement amarré sur la plateforme du véhicule alors que O'Neill ramenait le 4x4 sur la route. Il y avait plus de trafic à présent. Les gens savaient que quelque chose n'allait pas... comment ne le pourraient-ils pas ? La panique était une réaction naturelle à des conditions climatiques inhabituelles. Et voilà pour la capacité de réaction rationnelle, pensa Sam en remarquant la ligne qui se formait à une station essence tout près. Avec l'augmentation du trafic, leur vitesse moyenne ralentit sérieusement. Apparemment, les gens ne savaient pas conduire sous la neige. Ils semblaient croire que freiner à tout bout de champ était la solution pour gérer les surfaces glissantes, surtout dans les collines.
Plus ils étaient sur la route, plus la neige devenait épaisse et plus Sam s'inquiétait. Elle se retrouvait à regarder vers l'est, souhaitant l'arrivée de l'aube. Le ciel était légèrement gris dans cette direction. Au début, elle crut que c'était simplement l'éclat des lumières de la ville.
... Et puis le soleil se leva.
Le Colonel arrêta le pick-up de lui-même. Comme beaucoup d'autres qui sortaient de leurs véhicules pour regarder le lever du soleil. C'était mauvais, ô combien mauvais. Il était 2 heures 30 du matin et le soleil se levait. Pâle, gonflé, une vision que Sam ne s'était jamais attendue à voir, pas ici, pas sur Terre.
« Ca ne devrait pas arriver, » marmonna-t-elle.
« Je sais, » répondit le Colonel. Et il le savait effectivement, alors que la plupart de ces gens ne le savaient probablement pas. C'était un soleil âgé, un qui arrivait à la fin de sa vie. Il voulait brûler, détruire. La neige fondit. Les gens se mirent à crier. Sam sentit une main s'accrocher à son bras. Au début, elle tenta de s'écarter avant de se rendre compte que c'était O'Neill qui la traînait vers le 4x4. Une fois qu'ils furent à l'intérieur, il verrouilla les portières. Le 4x4 trembla lorsque les gens se bousculèrent en le dépassant. Le Colonel, remarqua-t-elle, avait sorti son pistolet. Sam souhaita pouvoir faire de même.
« Baissez-vous, » conseilla-t-il et elle se retrouva accroupie à côté de lui dans le petit espace. Quelqu'un brisa violemment une des vitres latérales, les couvrant d'éclats de verre. Sam leva la tête au mauvais moment et sentit quelque chose frapper sa joue. Elle toucha l'endroit et vit qu'elle saignait. Rouge, comme le ciel, comme le soleil. Malgré toute son expérience du combat, elle se sentit mal.
Soudain, le Colonel se leva et tira un coup de feu à travers la vitre arrière. Quelqu'un avait tenté de grimper sur le pick-up. Se retournant, il jeta son portable dans sa direction.
« Appelez votre Père, » ordonna-t-il. « Nous allons avoir besoin d'un petit coup de main pour nous tirer de là. »
ooo
« Pas trop tôt, » fut tout ce que Jacob Carter avait à dire quand il entendit la voix de sa fille.
Ce qu'il entendit aussi ce furent les coups de feu en fond sonore, ce qui fut suffisant pour lui faire oublier tout autre commentaire qu'il aurait pu faire.
« Est-ce que vous allez bien ? » demanda-t-il.
« Non, » répondit-elle, « tout est en train de devenir l'enfer ici. Nous avons le miroir, mais nous ne pouvons pas vous l'amener. »
« Tiens bon, j'arrive. »
« Et apporte un réacteur à Naquadah. »
C'était juste comme la fois où elle l'avait appelé pour la secourir de son premier petit ami... quel était son nom ? Bobby quelque chose ? Peu importe, c'était un nul. Jacob sortit du lit et se mit à frapper la porte de ses poings. Le soldat à l'extérieur répondit rapidement, mais parut un peu inquiet de relayer la demande de Jacob. Un ordre était un ordre, cependant, et l'homme était suffisamment malin pour obéir. Il était l'heure de faire entendre raison à cet abruti de Bauer. La vérité était qu'il avait été presque heureux d'avoir une excuse pour ne pas retourner chez les Tok'ra. Bien que la loyauté de Selmak allait à son peuple, Jacob n'avait vraiment pas voulu quitter sa fille dans les circonstances actuelles. Le vaisseau était là prêt à les aider, si seulement il pouvait persuader Bauer de le laisser faire cela.
« Pas trop tôt, » marmotta-t-il quand enfin le Général apparut.
« Jacob, ce n'est pas un bon... » commença l'homme.
« Au diable avec ça ! Je viens d'avoir un appel de Sam. J'ai besoin de mon vaisseau pour aller la chercher. »
« Où est-elle ? »
« Sur la route, quelque part. »
Le Général parut hésiter un instant.
« Pensez-vous que j'essaierais de vous mentir alors que la vie de ma fille est en jeu ? » demanda Jacob. « On aurait dit qu'il y avait une émeute là-bas. »
« Ca corrobore les rapports que nous recevons, » confia Bauer.
« Alors laissez-moi sortir d'ici. »
Bauer se recula et fit un geste vers la porte. Il suivit lorsque Jacob se mit à descendre le couloir. L'idée de Jacob avait été d'aller directement à son vaisseau, mais le Général, visiblement, avait d'autres idées.
« J'ai parlé à Jackson. Il dit qu'il est presque sûr d'avoir trouvé la bonne localisation. »
« Presque sûr ? » interrogea Jacob.
« C'est le mieux que nous avons pour le moment. »
« Okay, dites-lui de m'envoyer les coordonnées. »
« Lui et Teal'c vous rencontreront là-bas. »
« Quoi ? »
« Jackson a insisté. »
« Et vous avez accepté ? »
« Il refusait de me donner l'information à moins que je ne le laisse partir. Qu'étais-je censé faire ? Le descendre ? »
« Ne me tentez pas. » Jacob n'avait pas besoin de parasites et c'était exactement ce qu'il pensait de ce nouveau Daniel Jackson. L'ancien, cela ne l'aurait pas trop dérangé et Teal'c était toujours le bienvenu, mais il n'y avait vraiment pas le temps de débattre du sujet. Il devait aller chercher Sam.
ooo
« Cassandra ? »
Janet fut un peu surprise d'entendre la voix de sa fille. Elle savait que c'était l'aube. Cassandra aurait dû être sous les couvertures, en sécurité... à moins qu'elle n'ait profité de l'absence de sa mère et invité son petit ami.
« Qu'y a-t-il, ma chérie ? »
Il fut difficile de déchiffrer au premier abord les mots de Cassandra.
« Maman, il y a des gens à l'extérieur de la maison ! » pleura Cassie.
« As-tu appelé la police ? »
« Il n'y a pas de réponse. C'est le soleil, Maman. »
« Le Soleil ? »
« Il est levé... et il est trop gros. Les gens deviennent fous. Maman, j'ai peur. »
« Okay, verrouille les portes. Je serai là dès que possible. »
« S'il te plaît, dépêche-toi. » Cassandra avait maintenant dix sept ans et il n'y avait plus grand-chose où elle avait besoin de sa mère. La panique dans la voix de sa fille était suffisamment perceptible, et Janet n'allait pas l'ignorer. Bien sûr, il y avait le pistolet dans l'armoire, mais moins Cassandra en savait, mieux c'était. Le fait que Chester, le chien de Cassie, ait réussi à l'extirper de sous le lit de Janet l'avait convaincue de garder l'arme déchargée. Entre Cassie et le Colonel O'Neill, l'animal avait été pourri gâté au-delà des limites. Pour ajouter au malaise de Janet, Chester passait la nuit à la clinique vétérinaire. Sinon, elle n'aurait peut-être pas été aussi inquiète. C'était un petit chien, mais très protecteur envers sa jeune maîtresse.
Se débarrassant de sa blouse blanche, Janet se hâta à travers l'infirmerie, aussi vite que ses talons lui permettaient. Elle avait presque réussi à atteindre la porte avant de réaliser que quelque chose n'allait pas. Jonas Quinn était en train de s'habiller.
Elle s'arrêta le temps nécessaire pour lui crier, « Pas question, Jonas. »
« Je suis membre de SG-1, je dois y aller, » protesta-t-il.
« Vous avez eu une sérieuse commotion cérébrale. »
« Ca n'a pas d'importance. »
« Ma fille a des problèmes. Je n'ai pas le temps de me disputer avec vous sur ça. Franchissez cette porte en vous rappelant juste que je ne serai pas là pour vous ramasser cette fois. »
« Bien. »
Malgré le fait qu'il n'était qu'à moitié habillé, il sortit de l'infirmerie. De là où elle se tenait, Janet entendit le bruit sourd d'un corps heurtant le sol. Elle suivit et se tint au-dessus de lui.
« Qu'avais-je dit ? » demanda-t-elle.
« Okay, okay, » haleta-t-il en réponse.
« Infirmière ! »
Janet enjamba le corps allongé de Jonas. Elle n'allait pas l'aider. Le truc pour que l'on vous prenne au sérieux, c'était d'exécuter vos menaces. L'infirmière de service aiderait Jonas. Elle avait le béguin pour lui, donc elle allait probablement y prendre plaisir. Janet avait des choses plus importantes à faire.
ooo
Les bougies avaient brûlé presque jusqu'au bout, les flammes s'agitant sous un courant d'air inexistant. Teal'c ouvrit les yeux.
Quelque chose n'allait pas. Il regarda les murs gris, le lit, les photos sur le mur et il sut qu'il n'était pas là où il aurait dû être.
Une sonnerie aiguë avait perturbé son Kelnorim.
Il remonta le bruit agaçant jusqu'à l'appareil de communication sur la table près du lit.
« Teal'c ? » interrogea une voix.
« C'est moi, » répondit-il. « A qui ai-je affaire ? »
« C'est Daniel. Nous, euh... sortons. Je vous rejoins à vos quartiers. »
La voix était nerveuse, incertaine. Teal'c regarda vers la porte, se demandant si la personne allait la franchir en trombe. Il reposa l'instrument sur son support. Son armure n'était nulle part en vue, et sa robe avait été remplacée par des vêtements verts et noirs, lesquels n'étaient pas très confortables. Le tissu du haut était doux et élastique, le pantalon irritait un peu, ainsi que les sous-vêtements. Pourquoi portait-il des sous-vêtements ? Il n'était pas habitué à être serré de cette façon. Il y avait un miroir sur le mur, et Teal'c se retrouva à se regarder dedans, tentant de noter les autres différences dans son apparence. Sa tête était toujours rasée, le tatouage en or était toujours sur son front. Alors pourquoi était-il dans cet étrange endroit ? Avait-il été capturé par un Grand Maître rival ? Il tenta la porte de la pièce. Elle s'ouvrit facilement. Teal'c n'était donc pas prisonnier.
Passant la tête à l'extérieur, il tenta de glaner un peu plus d'informations. Sa chambre s'ouvrait sur un couloir gris, de forme circulaire avec des tuyaux exposés tout du long. Ce n'était pas un endroit dont il se rappelait avoir visité, mais il avait été dans tant de mondes au service de son maître. Il était possible qu'il se trompe. Il y avait des gens qui passaient. Pas des Jaffas, aucun d'eux n'avait de tatouage au front et leurs vêtements ressemblaient à ceux qu'il portait lui-même. Il retourna dans sa chambre et une fois de plus se regarda dans le miroir. Jusqu'à ce qu'il découvre exactement où il était et ce qu'il était censé faire ici, il devait rester discret. Fouillant la pièce, il trouva un feutre de laine. Il le mit, couvrant son tatouage.
Et pas une seconde trop tôt.
Il y eut un coup à la porte. Teal'c l'ouvrit pour trouver un homme debout à l'extérieur. Il présuma correctement que c'était le Daniel avec qui il avait parlé dans l'appareil de communication.
« Vous êtes prêt, » dit l'homme.
« Je le suis, » acquiesça Teal'c.
ooo
Jack fit de nouveau feu, priant Dieu qu'il n'avait pas touché pour de bon quelqu'un. Il ne visait pas pour blesser, mais avec la foule en colère autour d'eux, il ne pouvait pas être certain que quelqu'un ne se retrouverait pas dans la trajectoire de la balle. D'un côté, il était content d'être presque à court de munition, d'un autre... il ne savait pas exactement combien de temps encore il pourrait retenir la cohue. Le miroir empaqueté à l'arrière du 4x4 ne ressemblait pas trop à de la nourriture ou de l'eau, mais personne autour d'eux n'était capable de penser logiquement. Jack ne pouvait pas vraiment les blâmer. La vue du soleil lui avait fichu une sacrée trouille et il savait ce qui se passait. Du moins, il pensait le savoir.
« Carter, est-ce que ce truc va s'empirer ? » demanda-t-il.
« Quoi ? » lui répondit-elle en criant.
« Le soleil ? »
« Je ne sais pas. Il n'aurait pas dû atteindre le stade d'une géante rouge avant encore deux milliards d'années. Il pourrait rester ainsi ou... »
« Ou quoi ? »
« Il pourrait encore s'étendre et avaler la Terre. »
« Super. Aucune chance que nous sautions directement au stade de naine blanche ? »
« On peut espérer. Bien que ça n'aidera pas beaucoup. La température chutera et la Terre gèlera. »
« Sacré choix. »
Le véhicule trembla lorsque quelque chose, ou disons plutôt quelqu'un, entra en collision sur son flanc. Jack jeta un œil vers Carter, accroupie au pied du siège passager. Bon sang, où était Jacob ? Il pouvait sentir la chaleur du soleil gonflé. La sueur coulait sur son dos et semblait s'accumuler dans son pantalon. Ca n'aidait pas que Carter sue autant que lui et qu'ils soient entassés tous les deux dans un très petit espace. La sueur de Carter commençait à sentir vraiment bon. Ce qui n'était pas bon. Jack se risqua à lever la tête, espérant voir la silhouette d'un vaisseau de transport Goa'uld. Non pas qu'il aurait été capable de le voir car Jacob utiliserait l'occultation.
Deux corps atterrirent sur le capot, s'écrasant contre le pare-brise. Une craquelure se forma, mais il ne se brisa pas. Jack se demanda s'il devrait leur tirer dessus, mais ils roulèrent hors du 4x4 avant qu'il ne soit forcé d'agir. Juste quand il se demandait s'ils ne devraient pas filer, son téléphone sonna. Carter le prit dans sa poche et répondit avant que Jack n'ait le temps de réfléchir. Etant donné qu'il était soudain occupé avec deux types qui semblaient avoir l'intention d'arracher la portière, il ne s'en préoccupa pas.
« Dites-moi qu'il est en route ! » cria Jack en tirant ses dernières balles.
« Ils viennent de quitter la base. »
« Merci mon Dieu. »
« Il y a juste un problème. »
« Pourquoi ça ne me surprend pas ? »
« Il nous faut être en contact avec le miroir pour qu'il puisse nous transférer avec les anneaux de transport. »
« Et vous me dites ça après que je sois à court de munition ? » Il regarda la foule qui les entourait. S'ils bougeaient vite et en silence, peut-être que personne ne remarquerait.
« Okay, à mon signal... go ! » ordonna Jack.
Carter ouvrit son côté, pendant que Jack en faisait de même, puis ils roulèrent tous les deux sur l'asphalte. 'Et voilà, adieu à mon super look de petit garçon,' pensa-t-il pour lui-même lorsque quelqu'un lui marcha sur la tête. Des petits bouts de graviers s'accrochèrent à sa peau lorsque, qui qu'il soit avança. Heureusement, ils ne semblaient pas avoir l'intention de faire plus de dégâts. La tête de Jack s'était juste trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Devinant qu'être par terre n'était pas l'endroit le plus sûr, il rampa jusqu'à l'arrière du pick-up. Carter était déjà sur la plateforme. Elle lui offrit sa main pour l'aider à monter.
S'accroupissant, ils levèrent tous les deux les yeux vers le ciel. Le vaisseau était peut-être occulté, mais ils ne pouvaient pas manquer la chaleur des moteurs au-dessus de leurs têtes. Jack l'observa chatoyer en devenant visible pendant que Jacob faisait demi-tour pour un autre passage. Carter se saisit de sa main, les tirant tous les deux vers le miroir. Jack fut soudain conscient du fait que Carter et lui étaient en contact, proches. Très proches. Il pouvait sentir la chaleur de son corps sous le sien, plus chaud que le soleil... et il n'était pas vraiment à l'aise.
Puis il y eut un whoosh, un déplacement d'air et Jack sentit la chaleur du soleil remplacée par l'air frais du vaisseau de transport. Il se détendit, mais juste quelques secondes. Quelqu'un toussait bruyamment quelque part au-dessus de lui et il se rendit compte qu'il était toujours couché sur Carter, et que son père était dans les parages. Il s'écarta d'elle tant bien que mal et se leva, rabaissant son sweat-shirt dans le même temps.
« Jacob, bonjour, » dit-il avec un grand sourire.
« C'est ça ? » demanda Jacob, montrant du doigt l'objet que Carter protégeait encore.
« Oui, Papa, » répondit-elle. « As-tu le réacteur à Naquadah ? »
Pas étonnant qu'elle ne l'ait pas vu, étant donné la quantité d'équipements empilés dans la cale. Il y avait assez de matériel pour envahir un petit pays d'Amérique du Sud. « A l'arrière, nous ne savions pas trop ce dont tu pourrais avoir besoin en dehors du réacteur, » expliqua Jacob.
« Je veux tester et faire fonctionner ce truc. Ca aidera peut-être à stabiliser la perturbation, » dit-elle.
« Est-ce que ce n'est pas le moment pour vous de faire une pause ? » demanda Jack. Un commentaire que Carter ignora.
Non pas qu'il s'était attendu à ce qu'elle l'écoute. Il n'était que son supérieur, après tout. Ce n'était pas comme si son père offrait un soutien verbal quelconque. Papa l'aidait en fait à déplacer le miroir en direction, pensait-il, de la salle des machines. Jack décida qu'il ne voulait pas être là et alla à l'avant d'un pas débonnaire. Teal'c pilotait. Ils étaient apparemment partis en hâte car il n'avait pas eu le temps d'ôter son chapeau. Jackson occupait la position de co-pilote. Il paraissait un peu vert, comme si le voyage spatial n'était vraiment pas pour lui, mais il était là et Jack tira un peu de réconfort de ce fait. Pour la première fois depuis que Daniel était mort, on aurait dit que SG-1 était à nouveau au complet.
Chapitre Quinze
L'espace était grand. Vraiment, vraiment grand. Daniel n'en revenait pas de son immensité. Peu importe que le soleil ait gonflé à cent fois sa taille normale, pour une raison ou une autre, ce fait était amoindri par l'immensité qui s'étendait devant lui. Ils quittèrent le système solaire, volant près de Jupiter, Saturne... Daniel pouvait à peine croire ses yeux alors qu'il visualisait la complexité majestueuse des anneaux de la planète. Puis il cligna des yeux et ils n'étaient plus là. Il commençait à comprendre pourquoi son homologue avait choisi cette vie. Toute cette... trame complexe de nouvelles expériences... c'était comme une drogue. Daniel se retrouva à vouloir prendre les commandes du vaisseau et voler pour toujours. A part le fait qu'il n'avait aucune idée de la manière de piloter quoi que ce soit, encore moins un vaisseau spatiale, c'était un super plan. Hé, un homme avait le droit de rêver.
Jack se tenait derrière lui, tout aussi captivé. C'était à des moments comme celui-ci que son ami adoptait son attitude la plus enfantine, dans cet univers comme dans celui de Daniel. Daniel l'avait souvent vu excité par une nouvelle mission, une nouvelle technologie, bien qu'il faisait toujours attention à maintenir sa façade d'indifférence devant la majorité du personnel scientifique.
« On ne s'en lasse jamais, » marmonna Jack comme ils quittaient le système solaire. Ils avaient eu un bref aperçu de Pluton avant que Teal'c n'enclenche le moteur hyperespace et que les étoiles se transforment en une masse indistincte.
« Combien de temps cela va-t-il prendre ? » demanda Daniel.
« Est-ce que je ressemble à Carter ? » répondit-il, leur bref instant de complicité semblant brisé.
« Non... Non, je... cet endroit où nous allons est à 16 000 années lumière et je me demandais... »
« 16 000 années lumière ? »
« Plus ou moins. »
« Et vous avez découvert ça ? »
« J'ai eu un peu d'aide, Jonas, Sam, Rodney... »
« Bon boulot. »
« Merci. »
Daniel décida de prendre le compliment dans l'esprit où c'était dit, même si Jack refusait de rencontrer ses yeux. Il avait bien fait et c'était tout ce qui importait. Ils savaient où ils allaient et, pour autant que le miroir de Sam fonctionnât, ils avaient une chance. Parfois, c'était tout ce dont vous aviez besoin.
« Mon Colonel, j'y suis presque, » appela Sam en passant la tête par la cloison.
« Ce fut rapide, » commenta Jack.
« Je n'ai eu besoin que de connecter l'alimentation et... »
« Ah ! Ne commencez pas ! Pourquoi est-ce que je ne viendrais pas simplement voir ? »
« D'accord. »
Daniel traîna derrière eux, se disant qu'il était inclus dans l'invitation. Le miroir n'était pas exactement ce à quoi il s'attendait. Il pouvait juste deviner la surface réfléchissante, presque obscurcie par la masse de fils qui semblait être enroulés autour. Et est-ce que c'était une pince à cheveux ? Jacob se tenait là, regardant sa fille travailler.
« Voilà, » dit Sam et elle alluma le réacteur.
Rien ne se passa. Bien que Daniel ne savait pas exactement à quoi s'attendre, il s'était attendu à un signe visible, quel qu'il soit, indiquant que le miroir avait été activé. Sûrement qu'un flash de lumière n'était pas trop demander ? Apparemment Sam le pensait aussi car elle prit un tournevis et se mit à serrer les diverses connexions.
« Woah ! »
Une intense lumière bleutée illumina la pièce. Sam vola à travers la pièce contre le mur tout près lorsque le miroir se déchargea à travers son corps. Jack, remarqua Daniel, poussa Jacob de son chemin dans son effort pour l'atteindre. La lumière diminua et Daniel se retrouva en train de regarder dans... dans quoi ? Il s'approcha plus près, écartant les fils comme il tentait de comprendre la vue réfléchie dans la surface argentée. Ce n'était pas l'intérieur du vaisseau cargo, de cela il en était certain.
Il y eut un gémissement provenant de quelque part et Daniel se tourna pour voir Sam être aidée à se relever sur ses pieds. Marchant d'un pas un peu chancelant, elle vint le rejoindre.
« Il marche ! » s'exclama-t-elle.
« Comment peux-tu le dire ? » demanda Jacob.
« Regarde, Papa, c'est un autre monde. »
Daniel décida qu'il devrait la croire sur parole. L'image était sombre, comme un vieux film en noir et blanc, pas tout à fait nette. Alors qu'il plissait les yeux en le regardant, il crut pouvoir voir un paysage se former arbres, maisons, lumières dans le ciel. Puis il cligna des yeux et l'image sembla s'évanouir pour être remplacée par une masse tourbillonnante de ce qui apparaissait être de l'eau.
« Pourquoi est-ce ça ne cesse de changer ? » demanda Jack.
« Nous n'avons aucun contrôle sur les réalités auxquelles le miroir se connecte. Il passe d'une réalité à une autre, au hasard, » répondit Sam.
« Est-ce que c'est important ? » demanda Daniel.
« Je ne le pense pas. »
« Ce n'est pas comme si nous allions l'utiliser, » ajouta Jacob.
« Papa a raison. Il fonctionne. Cela devrait être suffisant. Nous avons gagné un peu de temps. »
ooo
Daniel Jackson n'essaya pas fuir, il n'essaya pas de se cacher. En vérité, il n'y avait nulle part où aller. Les Autres pourraient toujours le retrouver. Il n'allait pas faire de difficultés. S'ils voulaient le punir d'avoir aidé ses amis, alors ainsi soit-il. Que pourraient-ils lui faire de pire ? L'abandonner sur une planète déserte comme ils avaient fait avec Orlin ? Pour une raison ou une autre, cela semblait un petit prix à payer. De plus, ce n'était pas comme s'il avait aidé ses amis à construire des armes comme l'autre Ancien avait fait. Daniel les avait juste guidés dans la bonne direction, rien de plus.
Il la sentit arriver. Oma était près de lui.
« Vous êtes naïf, » dit-elle, « Si vous pensez qu'ils se retiendront de vous punir. »
« Je n'ai fait rien de mal, » dit Daniel.
Il le croyait fermement.
« Etes-vous prêt ? » demanda-t-elle.
« A quoi ? »
« Votre procès. Venez, ils vous attendent. »
« Je vais avoir un procès ? »
« Il vous sera permis d'avouer votre culpabilité. »
« Pardon ? Ca doit être une définition du terme 'procès' que je ne connaissais pas. Je suis déjà coupable ? »
« Vous vous attendiez à ce que la vie soit juste ? »
Daniel ne savait pas exactement à quoi il s'était attendu. Certainement pas à ceci. Est-ce que les êtres ascensionnés n'étaient pas censés être bons et omniscients ?
« Où allons-nous ? » demanda-t-il.
« Un lieu qui vous coupera le souffle. »
« Présumant que je respire toujours. » Et puis ils furent quelque part ailleurs. Malgré lui, Daniel sentit le souffle lui manquer. C'était... c'était la plus belle chose qu'il avait jamais vue. Il se tenait sur une plateforme, dans un espace ouvert. Cela devait être aux franges de la galaxie car une élégante spirale dominait le ciel. Alors qu'il regardait un trio d'étoiles filantes traverser les cieux, les traînées étincelantes s'entremêlant les unes dans les autres en une danse complexe et élaborée. Près de l'horizon, une étoile explosa, des vagues de gaz s'étendant jusqu'à ce qu'elles semblent couvrir le ciel entier.
« Où suis-je ? » souffla Daniel. « Quel est cet endroit ? »
Oma lui sourit.
« Bienvenue à la création. »
ooo
Jacob Carter se retrouva à regarder sa fille dormir. C'était quelque chose qu'il avait fait depuis qu'elle était tout bébé. Il se rappelait se tenir au-dessus de son berceau, incapable de quitter ce petit miracle que sa femme et lui avaient créé. Sam ne s'en souviendrait jamais, mais il l'avait observée la nuit où sa mère avait été tuée, juste au cas où elle aurait besoin de lui. Ce ne fut pas le cas. Cette nuit-là, Sam avait dormi sans se réveiller, épuisée par toutes les larmes qu'elle avait versées. Sam n'avait plus jamais eu besoin de lui, en tout cas c'est ce qu'il semblait. Même maintenant, quand elle était aussi proche de l'épuisement qu'il ne l'avait jamais vue, Sam ne saurait jamais que c'était Jacob qui avait enveloppé une couverture autour d'elle... et écarté ses cheveux de son front. Il n'y avait pas grand-chose d'autre qu'il pouvait faire. Il se demandait parfois si sa fille aurait jamais besoin de quelqu'un. Bien qu'il y avait peut-être une exception...
« Pas trop tôt, » marmonna Jack en entrant dans la cale et voyant Sam dormir.
« Ne devriez-vous pas faire la même chose ? » suggéra Jacob.
Jack lui jeta un regard noir. Pas de problème à faire des commentaires sur la tendance de sa fille à trop travailler, mais que Dieu lui vienne en aide si quelqu'un disait la même chose du Colonel O'Neill.
« Je vais le faire, » répliqua-t-il sèchement.
« Vous savez, ça aurait aidé si Sam avait pu travailler au SGC, » dit Jacob.
« Et à qui la faute ? »
« Sam a toujours été un peu soupe au lait. »
« Vous auriez pu la soutenir un peu plus. »
« Pardon ? »
« Au lieu de vous en prendre à elle comme vous l'avez fait, pourquoi diable ne vous en êtes vous pas pris à ce connard de Général ? »
« Et lui dire quoi ? Est-ce que vous pensez vraiment que ce que j'aurais pu dire aurait aidé ? Il m'a mis en détention ! »
« Quoi ? » Il y eut un petit sourire en coin sur le visage de Jack, ce qui donna à Jacob l'envie de le frapper... et pas pour la première fois. L'homme était un exaspérant monsieur-je-sais-tout, mais il avait aussi raison. Jacob savait qu'il n'aurait pas dû crier sur Sam, mais parfois il ne pouvait s'en empêcher. Il était toujours son père. Il avait toujours l'impression qu'il devait la guider et la conseiller. Sam, cependant, avait une idée très claire de ce qu'elle voulait et cela conduisait naturellement à des frictions entre eux. La triste vérité était qu'ils étaient bien trop semblables de bien des manières.
« Ouais, eh bien... nous faisons tous des erreurs, » marmonna Jacob.
« Oui, nous le faisons, » admit Jack.
Ils restèrent assis en silence quelques instants, observant, attendant. En fait ce fut Jacob qui fut enclin à parler.
« Je ne veux pas que son dernier souvenir de moi soit un mauvais souvenir, » dit-il. « Je ne veux pas que nos derniers mots soient des mots de colère. »
« Elle ne pensera jamais ça, » répondit Jack.
« Je souhaiterais avoir votre foi. »
« Peut-être que vous ne connaissez pas votre fille aussi bien que vous le pensiez. »
« Peut-être. »
Jacob s'autorisa un bref sourire. Une image de Sam lorsqu'elle était enfant lui traversa soudain l'esprit.
« Je me souviens quand Sam était enfant, » commença-t-il.
« Carter enfant ? Ca devait être quelque chose ! » dit Jack.
« Il y avait une grande colline derrière la maison. Tous les dimanches, nous y allions. Ma femme préparait un pique-nique... vous imaginez les grandes lignes ? Sam adorait descendre la colline en courant. Elle courait avec ses bras et ses jambes battant l'air, puis avant d'atteindre le bas, elle tombait par terre. Chaque fois sans exception. »
« Et dire que je pensais que Carter était celle qui était maligne. »
« Je lui disais, 'tu ne peux pas descendre cette colline en courant, Sammie,' mais elle n'écoutait jamais. Elle se relevait simplement et brossait la poussière de son pantalon et recommençait. »
« Que c'est mignon. »
« Là où je veux en venir, c'est qu'elle n'a jamais écouté son Père et je devrais le savoir depuis le temps. Pourquoi n'allez-vous pas dormir un peu ? Teal'c et moi devrions pouvoir gérer les choses pendant quelque temps. Je promets de vous réveiller si les choses deviennent intéressantes. »
« Promis ? »
Avec cette promesse, Jack s'installa dans un autre coin de la cale, et Jacob fut laissé seul à son observation.
ooo
« Cassandra ! Cassandra ! Décroche, chérie, » hurla Janet dans son portable. Bon sang, c'était encore le répondeur ! D'un côté cela pouvait être une bonne chose et Cassandra s'était cachée... d'un autre côté... Janet ne voulait même pas y penser. La jeune fille n'était peut-être pas le produit de l'ADN du docteur, mais cela ne signifiait pas qu'elle n'aimait pas sa fille adoptive pour autant.
Elle se rappelait très nettement le jour où Sam lui avait demandé de s'occuper de l'enfant. Les deux femmes ne se connaissaient pas très bien alors, mais la détresse de Sam à l'éventualité que Cassandra soit envoyée au loin avait été si palpable que Janet n'avait pas pu se résoudre à faire autrement. Il y avait eu des moments au cours des années qui avaient suivi où elle s'était interrogée sur sa décision, pas regretté, jamais regretté sa décision, mais elle s'était demandée ce que sa vie aurait pu être sans sa fille. A cet instant, alors qu'elle bataillait ferme pour se frayer un chemin dans le trafic, il n'y avait aucun doute dans son esprit. Elle plaqua sa main sur le klaxon en traversant une autre intersection. Les feux étaient rouges, mais ce n'était pas comme si quelqu'un allait dire quelque chose.
Janet tentait d'ignorer le soleil, mais c'était difficile. On aurait presque pu croire que le monde était à sa fin, mais SG-1 s'en sortait toujours... du moins c'était ce qu'elle se répétait sans cesse à elle-même lorsqu'elle dut freiner brutalement. Un groupe de personnes traversa devant elle : hommes, femmes, enfants, tous tentant de fuir la cité bien que personne ne savait où ils allaient aller. Ce n'était pas comme si vous pouviez fuir le soleil.
La maternité avait fait ressortir un aspect de sa personnalité que Janet n'avait jamais soupçonné. Elle aimait prendre soin des gens, cela n'était pas une surprise. Sinon, jamais elle n'aurait pu résister à la corvée de l'école de médecine, sans parler de l'entraînement de l'Air Force. Les enfants n'étaient jamais entrés dans ses plans de vie, surtout après sa séparation avec son mari. Elle n'avait jamais ressenti cette farouche dévotion pour personne. C'était à ces moments-là qu'elle pouvait vraiment compatir avec le Colonel O'Neill. Si quelque chose arrivait à Cassandra, elle ne savait pas ce qu'elle ferait. Janet se rappelait encore de sa réaction quand Nirrti avait menacé la vie de sa fille. Elle aurait descendu le Goa'uld, aucun doute sur cela, et elle n'en aurait pas été désolée. Janet s'était souvent demandée à quel point la relation entre Sam et Cassandra avait été intime, mais c'était elle qui, à la fin, était allée pourchasser Nirrti avec le fusil. Sam avait peut-être été l'amie de Cassandra et, dans certaines situations, sa confidente, mais elle n'était pas la mère de l'enfant.
La route devant la maison de Janet était remplie de voitures. On aurait dit que tout le monde avait tenté de sortir de sa maison en même temps. Il y avait des gens qui se disputaient, résultant en des bagarres pas étonnant que Cassandra avait peur. Janet fut forcée d'abandonner sa voiture au bout de la rue et de couvrir les derniers mètres à pieds. Elle aurait probablement regimbé à cette idée si elle n'avait pas pensée à prendre un P90 de l'armurerie en quittant la base.
Beaucoup de ses voisins savaient qu'elle était médecin, un officier de l'Air Force, et certains d'eux se tournèrent vers elle alors qu'elle s'efforçait de se frayer un chemin jusqu'à sa maison. En l'absence de toute annonce officielle, Janet représentait une figure d'autorité. Ils ne la voyaient pas comme une mère qui tentait désespérément de rejoindre sa fille.
« Que se passe-t-il ? »
« Est-ce que ce sont les extra-terrestres ? »
« Le soleil ! Avez-vous vu le soleil ? »
Les voix criaient dans sa direction, un babillage sans queue ni tête. Janet n'avait pas d'autre choix que de répondre.
« Rentrez tous chez vous ! » cria-t-elle. « Vous serez en sécurité si vous restez simplement chez vous. »
Certains l'écoutèrent et commencèrent à se disperser, mais le reste se rassembla autour d'elle, pas satisfait par ses mots. Elle n'eut pas d'autre choix. Janet leva son P90 et tira au-dessus de leurs têtes. Le choc fut suffisant pour les figer un instant et lui permettre d'atteindre son propre porche.
La maison était sombre et silencieuse. Si Janet ne savait pas le contraire, elle aurait juré qu'il n'y avait personne. Le téléphone était dans l'entrée, la diode rouge clignotant frénétiquement, preuve du nombre de messages que Janet avait laissés.
« Cassie ? » appela-t-elle.
Il n'y eut pas de réponse.
« Cassandra ! »
Bon, où se serait cachée sa fille ? La maison n'avait pas de cave, donc après avoir cherché le rez-de-chaussée, Janet monta les marches. Il n'y avait que deux pièces avec verrous, l'une d'elles étant la salle de bain et l'autre la chambre de Cassandra. En bas, Janet pouvait entendre les gens frapper à sa porte d'entrée.
« Cassie ? C'est moi ! » appela à nouveau Janet, cette fois avec un peu plus d'insistance. Elle ne voulait pas être là si les voisins entraient de force. La chambre de Cassandra n'était pas fermée à clé et il n'y avait aucun signe de la jeune fille.
« Maman ? »
Janet leva la tête. Un visage blanc de peur la regardait à travers l'ouverture menant au grenier. Cassie descendit tant bien que mal l'échelle et se précipita dans les bras de sa mère. Elle sentit les larmes de soulagement piquer ses yeux, mais ce n'était pas le moment. Lorsqu'une fenêtre vola en éclats quelque part dans la maison, Janet sut qu'elles devaient partir.
« Viens, il faut partir, » dit-elle.
ooo
Jack O'Neill s'était toujours enorgueilli de sa capacité à dormir n'importe quand, n'importe où. C'était l'une des choses qu'il faisait le mieux... même si personne ne reconnaissait cela comme un don. Cette fois ne faillit pas à la règle. Ou cela ne l'aurait pas été si quelque chose ne le titillait pas au fond de son esprit, interrompant ses rêves. Il se réveilla bien avant l'heure prévue, certain que quelque chose clochait.
Tout semblait pourtant normal. Carter dormait toujours paisiblement dans un coin. Teal'c s'était immergé dans son Kelnorim. Daniel ronflait. Jack avait oublié que Daniel ronflait. Il y avait quelque chose de très bizarre à propos de cela. S'arrachant à son introspection, Jack se leva prudemment, tentant d'ignorer la raideur de ses genoux et de son dos. Ils faisaient toujours mal quand il se levait le matin. Une fois qu'il était debout et s'activait, ce n'était pas trop mal. Pour étirer ses jambes, il décida d'aller voir Jacob qui s'était installé au siège du pilote.
« Je pensais que vous dormiez, » le salua Jacob.
« Ouais... eh bien, c'est surfait, demandez à Carter, » répondit Jack.
L'homme ricana.
« Quand y serons-nous ? » demanda Jack.
« Encore deux heures, puis on s'arrêtera pour jeter un œil aux alentours. »
« Jeter un œil aux alentours ? »
« Nous avons le bon secteur. Tout ce que nous devons faire maintenant c'est de trouver le bon système. »
« Oh. »
« Vous ne pensiez pas que nous allions juste tomber dessus, n'est-ce pas ? »
« J'espérais que si. » Jacob éclata de rire et Jack ne put s'empêcher de se sentir légèrement agacé. Parfois, il souhaiterait avoir connu Jacob avant que l'homme ne devienne un Tok'ra. Jack avait un rêve futile que, juste peut-être, l'absence du symbiote aurait rendu Jacob un peu moins direct dans ses opinions... bien qu'il en doutât. Au moins quand Carter le corrigeait, elle ne lui riait pas au visage.
Redirigeant son regard vers la vue extérieure, Jack tenta de se perdre dans la turbulence de l'hyperespace, mais il ne put écarter son malaise. Au cours des années, il avait appris à faire confiance à son instinct et cela l'avait rarement desservi. Mais comment était-il censé expliquer à Jacob que quelque chose ne semblait pas normal ? Il souhaitait que Carter ou Jackson se réveille, ou que Teal'c sorte de son Kelnorim.
Attends une seconde.
Teal'c n'avait pas été capable de méditer depuis que toute cette pagaille avait commencé. Pourquoi maintenant ? Et pourquoi portait-il encore son chapeau ?
« Jacob, » dit-il à voix basse.
« Quoi ? »
« Ce n'est pas Teal'c. »
Jacob jeta un œil en arrière par-dessus son épaule.
« Il lui ressemble, » murmura-t-il.
« Croyez-moi, ce n'est pas lui. »
Bougeant prudemment, Jack se mit à avancer vers l'homme qui ressemblait tant à son ami. Malgré le fait qu'il paraissait être en profonde méditation, Teal'c ne serait pas totalement inconscient de ce qui l'entourait. Jack ne pensait pas que Jacob et lui avait été entendu, mais il ne pouvait en être certain. Il tendit la main et arracha brusquement le chapeau de la tête de l'homme. Teal'c réagit instantanément, sa main vive comme l'éclair saisit Jack par la gorge. Bien que rapide, sa réaction fut trop tardive. Le tatouage sur son front était là, visible à tous : les ailes de corbeau de Cronos, pas le serpent d'Apophis.
« Teal'c ! »
Le cri de Jacob sauva probablement la vie de Jack. Plutôt que de briser son cou, Teal'c le lança contre une cloison proche. Carter et Jackson, perturbés par le bruit, se réveillèrent immédiatement. L'un d'eux avec un pistolet dans la main et l'autre avec un cri. Jack resta couché là, le souffle coupé, incapable de bouger lorsque Teal'c se leva, s'avançant d'un air menaçant vers Jacob.
« Tok'ra, tu vas sortir ce vaisseau de l'hyperespace, » ordonna-t-il.
« Euh... jamais de la vie ! » répondit Jacob. « Et au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, ma fille a un pistolet pointé sur vous et elle tire très bien. » Ce qui, comme il s'avéra, n'était pas du tout ce qu'il fallait dire. En un mouvement fluide, Teal'c s'était tourné vers Carter. Jack se hissa sur ses pieds, mais il ne fut pas assez rapide. Le pistolet tomba par terre lorsque Teal'c l'ôta de la main de Sam. Elle n'avait hésité qu'une microseconde de trop. Il saisit sa main, la tirant derrière lui comme un enfant avec son ours en peluche.
« Jack, faites quelque chose ! » cria Jackson.
Jack regarda Jacob et acquiesça. Ils se détendirent et se détournèrent.
« Je vais la tuer ! » gronda Teal'c.
« Qu'est-ce que vous faites ? » demanda Jackson.
Il paraissait hystérique, mais il ne connaissait pas Carter aussi bien que Jack. Il pouvait à présent entendre sa voix, « Je vous en prie, ne me faites pas de mal. S'il vous plaît... s'il vous plaît... »
Elle suppliait Teal'c, sa voix haut perchée et forcée. Jack resta le dos tourné, espérant que Jacob faisait de même. Pour que cela marche, ils devaient prétendre se ficher de ce qui arriverait à Carter et compter sur elle pour faire le reste. Jack croisa les bras devant lui, s'efforçant de ne pas agir comme son instinct l'exigeait. Il y eut un crac et le bruit écoeurant d'un corps tombant au sol. Jack retint son souffle.
« Euh, Papa, mon Colonel, est-ce que vous pouvez me donner un coup de main ? »
Il se retourna pour voir Sam couchée sur Teal'c, mais son poids léger ne se comparait pas à sa corpulence et le Jaffa menaçait de la balancer. Ne perdant pas de temps, Jack se jeta sur les jambes de Teal'c, pendant que Jacob s'occupait de restreindre les bras de l'homme. Juste pour faire bonne mesure, Daniel s'assit sur la tête de Teal'c.
« Je n'arrive pas à y croire, » dit Jackson en secouant la tête.
« Teal'c m'a appris ce coup-là lui-même, » répondit Carter avec un grand sourire, en se mettant sur ses pieds et prenant un Zat.
« Poussez-vous ! » dit-elle et les trois hommes s'écartèrent en roulant du corps de Teal'c alors qu'elle tirait une fois.
Chapitre Seize
« Il a été vu la dernière fois au niveau 16, » dit le Colonel Reynolds à ses hommes. « Nous ne savons pas grand-chose de la réserve de fuel qu'il a, il doit donc être considéré armé et dangereux. »
Walter rit pour lui-même en entendant leurs mots. Ils n'avaient aucune idée, aucune idée du tout. Il était assez proche d'eux pour les sentir. Ce serait tellement facile d'en terminer maintenir. Brûler leurs uniformes et leur faire voir qu'il était plus que simplement le type qui entrait l'adresse des Portes. Ils passèrent à côté de sa cachette, les deux autres membres de SG-3 en grande conversation.
« Alors son nom est Davis ou Harriman ? » demanda Peterson.
« Je pensais que c'était Hooper ? » interrogea Bosco.
« C'est l'un d'entre eux en tout cas. »
« Alors qu'est-il arrivé à l'autre type ? Simmons ? Vous vous souvenez ? »
« Celui qui en pinçait pour le Major Carter ? »
« C'est ça. Est-ce qu'il est mort ? »
« Encore en vie la dernière fois que j'ai entendu parler de lui. Je crois que le Colonel O'Neill l'a fait muter. »
Ils étaient pathétiques, tous autant qu'ils étaient. La rumeur était tout ce qui intéressait ces hommes. La Porte des étoiles, sa belle Porte des étoiles, ne signifiait rien pour eux. Ils ne restaient pas assis là heure après heure, jour après jour, à la regarder, à l'attendre, à l'écouter chanter... et maintenant, elle était partie. Walter sentit des larmes sur son visage. Quelqu'un devait payer pour l'avoir prise. Le cri vint du fond de sa poitrine lorsqu'il se précipita hors de sa cachette. SG-3 se retourna, la surprise gravée sur leurs visages pathétiques. Ils ne pensaient pas qu'il pouvait faire cela. Ils pensaient qu'il était faible... mais c'était dur de penser quand vous brûliez.
Il hurla de rire alors qu'il mettait le feu à leurs uniformes, qu'il les regardait se rouler par terre dans leurs tentatives d'éteindre les flammes. Mais il ne pouvait pas rester pour regarder. Il y avait d'autres endroits où aller, d'autres personnes qui méritaient d'être punies. Walter se mit à courir.
« Arrêtez-vous ou je vais tirer ! »
La voix était mortellement sérieuse et Walter jura. Le dernier membre de SG-3 bloquait son chemin.
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« Teal'c avait raison à propos d'une chose, » dit Jacob Carter.
« Et c'était quoi ? » demanda Sam.
« Il faut qu'on arrête ça rapidement. »
Sam jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour regarder Teal'c qu'ils avaient ficelé aussi serré qu'ils avaient pu. Maintenant que la poussée d'adrénaline se dissipait, elle se sentait légèrement nauséeuse. Ce n'était pas facile de se retourner contre l'un d'entre vous, même une version altérée et démente. Ceci s'était forcément passé avant leur départ de la Terre, raisonna-t-elle, avant qu'elle ait activé le miroir... et cela aurait pu être n'importe lequel d'entre eux. Bien qu'il était douteux que les conséquences fussent aussi perturbantes. Sam surprit le Colonel tenter de parler à Teal'c, mais ses efforts avaient été vains. Qui qu'il soit, cet homme n'allait pas les écouter. Ils avaient décidé de le garder inconscient. C'était plus sûr de cette façon-là.
« Mon Colonel ! Dr. Jackson ! » appela Sam, alertant les deux hommes.
« Très bien, voyons voir exactement où nous sommes, » marmonna Jacob.
Le vaisseau trembla et les étoiles réapparurent.
« Alors, où sommes-nous ? » demanda Jack.
Sam retint sa respiration comme Jacob faisait un lent 360°. Là, elle était là. La nébuleuse. Le reste de la supernova. Elle ne pensait pas avoir jamais vu quelque chose d'aussi beau que le nuage de gaz rayonnant, et là, en son cœur, il y avait le pulsar.
« Papa, pouvons-nous l'entendre ? » demanda-t-elle.
Comme demandé, son père alluma le communicateur, le réglant à la bonne fréquence. Le vaisseau fut soudain empli du claquement de l'étoile. O'Neill, remarqua-t-elle, couvrit les oreilles, mais pour Sam c'était un son merveilleux. Même dans ses rêves les plus fous, jamais elle n'avait pensé qu'elle en approcherait un de si près. Incapable de résister à l'envie enfantine, Sam tendit la main, posant la pointe de ses doigts contre la vitre. Elle voulait le toucher, même si elle savait qu'il était encore à plusieurs années lumières. Puis elle réalisa que tout le monde la regardait et elle retira vivement sa main.
« Peux-tu scanner autour de l'endroit pour un système planétaire viable ? » demanda-t-elle à son père.
« Déjà fait, » répondit-il. « Nous avons deux candidats possibles. »
« Comment pouvez-vous le dire ? » demanda le Colonel.
« La nébuleuse est censée s'étendre de l'épaisseur d'une main à travers le ciel, » dit Daniel.
« Et alors ? »
« C'est environ 3° en terme astronomique, » ajouta Sam.
« Je le sais. »
« Et nous savons la taille de la nébuleuse, donc nous pouvons déduire à quelle distance elle est du système solaire en question. »
« Cool. »
« Lequel voulez-vous vérifier en premier ? » demanda Jacob.
D'un geste théâtral, le Colonel se baissa plus près de l'écran, fixant les informations que Jacob avait fait apparaître. Puis il pointa son doigt.
« Eenie, meani... » commença-t-il. « Merde ! »
L'autre vaisseau apparut avant que le scanner du vaisseau Cargo ait le temps d'enregistrer sa présence. Même si elle savait que c'était impossible, Sam put presque entendre le bruit lorsque le vaisseau-mère sortit de l'hyperespace.
« Jacob, sortez-nous de là ! » ordonna O'Neill.
Mais avant que son père put obéir, l'autre vaisseau fit feu, touchant le moteur à hyperespace avec une précision troublante. Le vaisseau trembla sous leurs pieds, et Sam fut très contente d'être assise. Ni le Dr. Jackson, ni le Colonel ne fut aussi chanceux. Elle les entendit jurer lorsque leurs corps entrèrent violemment en contact avec le mur derrière eux.
« Jacob ! » cria de nouveau le Colonel.
« Il n'y a rien que je puisse faire, » protesta-t-il.
Devant eux, le vaisseau-mère était suspendu dans l'espace. Attendant, observant. Pourquoi ? Sam ne comprenait pas. Il n'y avait nulle part où aller. Ils étaient une proie facile.
« Tau'ri ! » le ton guttural, discordant du Goa'uld se répercuta par les haut-parleurs, submergeant la musique du pulsar.
« J'espère que c'est juste un coup de chance ? » questionna le Dr. Jackson.
« Votre Dieu, Cronos, attend ! »
« Oh, je vous en prie ! » marmonna le Colonel. « Est-ce que quelqu'un ne commence pas à en avoir un peu marre de ça ? »
« Est-ce que Cronos n'est pas mort ? » demanda Jacob.
« Visiblement pas dans cet univers. »
Derrière eux, les anneaux de transport s'activèrent. Sam n'eut pas à regarder pour savoir qu'il y avait des bâtons goa'uld pointés sur son dos. Elle était trop occupée avec le panneau de contrôle devant elle. Le Colonel, remarqua-t-elle, bougea légèrement d'un côté, la masquant. Leurs yeux se rencontrèrent une seconde, et puis il se détourna. Sam tira sur le panneau devant elle, soulagée quand il glissa. L'espace derrière n'était pas grand. Etant donné que la technologie goa'uld était basée sur les cristaux et non des fils, il n'y avait pas beaucoup de place et elle devait y loger. Ce qu'elle fit, avec un cristal entrant dans son dos et un autre coincé contre son oreille, ce n'était pas vraiment confortable, mais elle était cachée.
Dès que Sam entendit les anneaux de transport s'activer, elle tenta de sortir du petit espace où elle avait réussi, tant bien que mal, à se caser. Ce fut plus difficile qu'elle ne s'y attendait. Le cristal qui s'enfonçait dans son dos avait, elle ne savait comment, réussi à se glisser sous son T-shirt. Elle n'eut pas d'autre choix que d'arracher le tissu pour se dégager. S'étirant afin de soulager les muscles endoloris de son dos, elle se leva et regarda autour d'elle la cabine silencieuse. Devant elle, le vaisseau de Cronos était toujours suspendu dans l'espace, menaçant. Au moins le Colonel et les autres étaient près. Il ne semblait pas y avoir de dégâts supplémentaires aux contrôles, mais le miroir était la principale inquiétude de Sam. Elle se hâta vers la salle des machines, espérant qu'il n'avait pas été endommagé quand le vaisseau avait été touché. L'atmosphère était âcre. Le système de recyclage de l'air avait apparemment des difficultés à évacuer la fumée. Sam se retrouva à tousser et à s'étouffer. A son soulagement, le miroir était toujours là et il fonctionnait toujours.
Le moteur hyperespace, c'était une autre histoire. Sam faillit abandonner de désespoir quand elle vit le nombre de cristaux noircis. Il n'y avait pas d'autre moyen de sortir d'ici, à moins qu'elle ne veuille risquer l'utilisation des anneaux de transport ou les nacelles. Les premiers ne l'amèneraient que sur le vaisseau de Cronos et puisqu'ils n'étaient pas en orbite d'une planète habitable, elle devait tenter de réparer le moteur hyperespace.
Il y avait plein de cristaux à bord. Le problème était que Sam n'était pas complètement sûre de ce que quoi faisait quoi. Elle serait dans le pétrin si elle retirait quelque chose qui contrôlait la gravité artificielle... ou pire, le système de vie. Sam ne savait pas combien de temps elle avait. La lenteur et la prudence pourraient ne pas être la meilleure façon de procéder. Une certaine quantité de redondance avait été créée dans le système. Cela au moins elle le savait. Elle devait compter sur son instinct et sa capacité à voir au-delà de la logique, des lois et des équations. Pour citer le Colonel O'Neill, elle devait 'sortir une bonne idée de ses fesses'. Sam savait qu'elle avait tout un univers à sauver, mais quel bien cela ferait-il si ses amis mouraient ? Sombrement, elle se mit au travail.
Changer les cristaux ne fut pas facile. Certains avaient fondu, et elle devait recourir à la force brute et à l'ignorance. Très rapidement, ses mains étaient abîmées et endolories, sans mentionner brûlées. Ce même instinct lui fit engager le moteur hyperespace dès qu'elle eut inséré le dernier cristal. Un brillant éclair de lumière l'enveloppa et la plongea dans les ténèbres.
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Daniel tenta de ne pas regarder Sam disparaître derrière le panneau de contrôle, mais il n'eut pas tellement le temps de s'en inquiéter. Le groupe de Jaffas qui venait de monter à bord par les anneaux fournissait suffisamment de distraction.
« Je parie que la prochaine chose que vous allez dire est 'Kree', » dit Jack, ce qui incita Daniel à le fixa avec des yeux horrifiés. Il n'avait jamais été off-wolrd avec son Jack, aussi il n'avait jamais vraiment été exposé à cet aspect de sa personnalité. Que pouvait-il espérer gagner en aliénant ces gens ?
« Kree ! » cria l'un des Jaffas.
« Je vous l'avais dit, » répliqua Jack.
On ne pouvait pas faire d'erreur quant aux gestes que les Jaffas faisaient. 'Venez avec nous ou vous mourrez d'une mort douloureuse' était assez facile à comprendre dans n'importe quel langage. Levant les mains au-dessus de leurs têtes, les trois hommes firent ce qu'on leur avait ordonné. Le dernier à suivre, Daniel referma le panneau d'un petit coup de pied. Aucun d'eux ne paraissait inquiet de laisser Sam derrière. Etant donné la façon dont elle s'en était sortie avec Teal'c, Daniel ne pouvait pas vraiment les blâmer. Il y avait encore une chance qu'elle puisse, peut-être, compléter leur mission.
Deux des Jaffas avaient réussi à extraire Teal'c de ses liens soulevant l'homme inconscient avec quelque difficulté. Utilisant une télécommande, l'un d'eux activa les anneaux qui les transportèrent sur le vaisseau-mère. Daniel se retrouva à regarder autour de lui avec intérêt alors qu'ils marchaient à travers les couloirs. Les hiéroglyphes sur les murs étaient fascinants. Il y en avait tellement... mais il n'eut le temps d'en traduire aucun. Ils marchaient trop vite et Daniel eut l'impression que demander de s'arrêter ne serait pas une bonne idée. Une petite pause pipi était probablement hors de question.
La salle où ils furent emmenés se trouvait au sommet de la pyramide. Elle devait être une sorte de salle de contrôle, devina Daniel, à en juger par le nombre de Jaffas qui étaient là et le trône plutôt tape-à-l'œil qui dominait la pièce. Le trône était drapé de fourrure et entouré de colonnes. Une inclinaison à la personnification du dieu grec Cronos, réalisa Daniel.
« Agenouillez-vous devant votre Dieu ! » cracha l'un des Jaffas.
« Je savais que vous alliez dire ça, » marmotta Jack alors que, avec un grognement de douleur, il fut forcé sur ses genoux. Daniel tomba sur les siens de son plein gré, ainsi que Jacob. Jack donnait peut-être l'impression à tous d'avoir déjà fait tout cela avant, mais son action ne calma en rien les nerfs de Daniel. Il ne savait pas à quoi s'attendre quand Cronos fit son entrée.
Vêtu dans un style grec, le Goa'uld était un homme bâti puissamment, des cheveux gris acier cascadaient en bouclant sur ses épaules... quelque chose que Daniel aurait trouvé amusant si ce n'était l'expression à faire froid dans le dos sur le visage de l'homme. Teal'c vint à ses côtés.
« Les Tau'ri, mon Seigneur ! » s'inclina le Jaffa.
« Attendez ! » s'exclama Teal'c.
« Qu'y a-t-il ? » demanda Cronos.
« Il en manque un. Où est celle que vous appelez Carter ? »
« Je ne sais pas de qui vous voulez parler, » répondit Jack, son visage impassible.
« Ne me mentez pas ! »
Prenant un bâton goa'uld, Teal'c frappa Jack sur le côté de sa tête. L'homme s'écroula au sol et resta immobile.
« Où est-elle ? » demanda Cronos.
« Je ne sais pas, » bredouilla Daniel.
Le Goa'uld ouvrit sa main, révélant un cristal qui brillait. Puis il y eut la douleur... comme Daniel n'en avait jamais ressentie auparavant. Il avait l'impression que son cerveau allait fondre. Il pouvait vaguement entendre quelqu'un crier, mais il ne reconnut pas la voix comme étant la sienne.
« Elle a dû rester sur le vaisseau, » annonça Teal'c.
Puis le feu disparut. Cronos s'était détourné, son regard à présent concentré sur le vaisseau abandonné.
« Détruisez-le ! » ordonna-t-il.
Cette fois, le cri de Daniel fut accompagné par celui de Jacob. Le Tok'ra tenta de se relever bien que ce qu'il espérait accomplir fut un mystère. Il fut immédiatement remis sur ses genoux. Les deux hommes n'eurent pas d'autre choix que de regarder le vaisseau cargo disparaître devant leurs yeux.
ooo
« Maman, ils brûlent la voiture ! » cria Cassie.
Essayant de ne pas paniquer, Janet regarda par-dessus la clôture qui séparait le jardin de la rue. Quelqu'un, qui ressemblait à Mme. Carmichael, la voisine de 90 ans de l'autre côté de la rue, jetait de l'essence sur le capot. Quelqu'un d'autre se tenait prêt avec une boîte d'allumettes.
« Baisse-toi ! » ordonna Janet.
Elle saisit Cassandra et la força au sol. L'air trembla lorsque le réservoir explosa et des éclats de métaux tombèrent en pluie. Sachant qu'ils devaient profiter du chaos, Janet sauta sur ses pieds.
« Cours ! » hurla-t-elle.
A son crédit, Cassie ne discuta pas. Elle s'élança à une vitesse qui aurait fait la fierté de Carl Lewis. Janet courut après elle, contente d'avoir suivi ses propres recommandations concernant la condition physique. A tout autre moment, elle aurait été fière d'elle d'avoir pu se tenir à la hauteur de sa fille bien plus jeune. Ce n'est que lorsqu'elles furent plusieurs blocs plus loin qu'elles osèrent s'arrêter pour reprendre leur souffle. La rue résidentielle était, comparativement, calme. Plus important, il y avait plusieurs véhicules abandonnés sur la route.
« Alors Cassandra, » haleta Janet, « une préférence ? »
« Pour ? » haleta sa fille.
« Le transport ? J'incline pour une décapotable. »
« Maman ! »
« Tu ne t'attendais pas à ce que nous courrions jusqu'au SGC, n'est-ce pas ? »
« Maman, tu ne peux pas ! »
« Eh bien, si, je peux. »
Elle utilisa la crosse de son P90 pour fracasser la vitre de la voiture la plus proche. Une alarme se mit à brailler, mais Janet l'ignora. En quelques mouvements rapides, elle ouvrit le capot et déconnecta l'alarme. Pendant que Cassandra se tenait là bouche bée, Janet fit démarrer la voiture en faisant toucher les fils de contact.
« Allons-y, » dit-elle.
« Je n'arrive pas à croire que tu aies fait ça, » dit Cassandra en s'installant dans le siège passager.
« Un vestige de ma folle jeunesse. »
« Je ne suis pas sûre de te croire. »
« Eh bien, je ne suis pas la meilleure amie de Sam pour rien, tu sais. Mets ta ceinture, chérie. »
Cassie commençait à retrouver un peu de son assurance alors qu'elles roulaient vers le SGC. Bien que la jeune fille avait vécu bien des choses dans sa vie, Janet se demandait parfois s'ils ne s'attendaient pas à ce qu'elle gère trop de choses. A quel point était-elle forte ? La même chose pouvait être dite pour n'importe lequel d'entre d'eux. Tous ses amis sans exception avaient traversé tant de choses, renoncé à tant de choses, que c'était un miracle qu'ils soient tous sain d'esprit. Et Janet avait l'horrible sentiment qu'un jour ce serait son rôle de dire à Cassie que l'un des ses parents adoptifs n'allait pas revenir à la maison. Combien de temps encore la chance de SG-1 pourrait-elle durer ?
Mais Janet eut une surprise de plus lorsque Cassandra et elle passèrent la sécurité du SGC.
« Dr. Fraiser, pouvez-vous me dire ce qui diable se passe ici ? »
En de rares occasions Janet fut tentée de serrer dans ses bras son supérieur. Cet instant se classait parmi celles-là. Elle ne se rappelait pas la dernière fois qu'elle avait été aussi contente de voir quelqu'un.
« C'est bon de vous revoir, monsieur, » lui sourit-elle.
« Je n'étais pas conscient que j'avais été ailleurs, » grommela-t-il. « Un instant j'étais en briefing avec SG-1 et l'instant d'après j'étais au lit chez moi. »
« Si c'est une consolation, je crois que c'est l'univers entier qui a changé. »
« Je ne vais pas prétendre comprendre ce que vous êtes en train de me dire. Qu'est-ce qui est arrivé à SG-1 ? »
« Ils sauvent le monde, monsieur. »
« Vous pourrez me briefer pendant la descente. »
ooo
Le fait que sa tête lui fasse mal était un rappel bienvenu que Jack était toujours vivant... même s'il aurait pu souhaiter le contraire. Il était revenu à lui il y a environ dix minutes pour trouver un Daniel s'affairant au-dessus de lui comme une sorte de hamster dément dans ce qui était l'idée de Cronos d'une prison de luxe. Il n'avait pas chaud, il n'était pas confortablement installé et, dans l'échelle des prisons, celle-ci se classait tout en bas de la liste. Littéralement. La cellule faisait deux mètres carrés et on aurait dit qu'elle avait été creusée dans la roche elle-même. Il n'y avait pas de plafond, juste un trou rond quatre mètres au-dessus de lui. A en juger par les meurtrissures sur certaines parties de son corps qu'il préférait ne pas mentionner, Jack arriva à la conclusion qu'ils avaient probablement été jetés dans le trou. Il fit une tentative futile de sortir en sautant, mais cela n'eut pour résultat que d'accentuer son mal de tête, et il soupçonnait que Daniel se moquait de lui. Le seul autre trait de la cellule était un courant d'eau dans un coin. Eau à boire, devina-t-il... sans mentionner les autres choses. C'était une bonne chose qu'elle coule vite.
Un jour très lointain, dans l'improbabilité où il réussirait à prendre sa retraite, Jack jura d'écrire un livre décrivant toutes les prisons où il s'était retrouvé. Ou une thèse, peut-être ? Merde, cela lui vaudrait probablement un de ces doctorats.
Il était donc là. Dans une fosse. Dans une fosse avec Daniel.
« Est-ce que vous allez bien ? » demanda Jack.
« Je crois que oui. Cronos m'a frappé avec quelque chose, une sorte de cristal brillant ? »
« Arme de poing. Ne vous inquiétez pas. Daniel avait toujours droit à ce traitement. En fait, je crois qu'il aimait ça. »
« Ca fait mal. »
« Ouais, eh bien... il avait des goûts spéciaux. »
Daniel le regarda avec surprise, mais Jack continua.
« Qu'est-il arrivé à Jacob ? » dit-il.
« On l'a emmené devant Cronos, » dit Daniel. « Apparemment notre hôte s'intéresse particulièrement à lui. »
« Pas étonnant. Le symbiote de Jacob, Selmak, est assez haut placé parmi les Tok'ra. »
Jack resta là silencieux pendant un moment, écoutant l'eau couler, levant les yeux au ciel. Il tenta de déduire quelle heure de la journée il était. Le ciel était gris, sans aucun signe visible d'un soleil, aussi sa meilleure estimation était qu'il faisait jour. Un vent froid sembla souffler directement sur son visage et Jack se recroquevilla pour rester chaud. Cela allait devenir très ennuyeux, très vite.
« C'est une bonne chose que Carter soit toujours là-haut pour venir sauver nos fesses, » commenta-t-il.
L'autre homme tressaillit. Jack le regarda. Même pour Daniel... ou un Daniel, la réaction était étrange.
« Daniel ? » interrogea-t-il.
« Ce n'est rien, » répondit Daniel.
« Qu'est-il arrivé à Carter ? »
Chaque syllabe fut énoncée clairement. Jack ne voulait laisser aucun doute dans l'esprit de Daniel que mentir n'était pas une option. Il n'était pas si terriblement blessé qu'on doive le ménager.
« Cronos a détruit le vaisseau. Teal'c s'est rendu compte que Sam était toujours à bord et il l'a simplement fait exploser. »
« Quoi ? »
« Jack, je l'ai vu arriver. Il n'y aucune possibilité qu'elle ait pu s'en tirer. »
« Carter aura trouvé un moyen. Elle trouve toujours un moyen. »
« Jack... ? »
Mais il se détourna. Carter n'était pas morte, elle ne pouvait pas être morte. Jack savait qu'il pouvait être entêté, mais là ce n'était pas le cas. Il ne croirait jamais que l'un des membres de son équipe soit mort jusqu'à ce qu'il voit le corps lui-même... et peut-être même pas alors. Daniel ne comprenait simplement pas. Carter était là, quelque part, avec son miroir. Le cœur de Jack ne lui laisserait pas croire autrement.
Chapitre Dix-sept
Teal'c était en bonne grâce auprès de son maître. Les Tau'ri, c'était avec eux qu'il s'était retrouvé, avaient été depuis longtemps une épine dans le pied des Grands Maîtres. Apophis, Heru'ur, Hathor : aucun d'eux n'avait été capable d'attraper la légendaire SG-1. Mais Teal'c avait réussi là où les autres avaient échoué, même si, à la vérité, il ne comprenait pas comment il s'était retrouvé dans leur monde et dans leur confidence. Il avait tous les droits de jubiler, ce qui était la raison pour laquelle il s'approchait de la cellule où Daniel Jackson et O'Neill avaient été placés.
Baissant les yeux sur eux, ils présentaient une image pathétique. Cette planète avait été sélectionnée pour sa position stratégique et non pour son hospitalité. Les jours étaient longs et les nuits froides. Beaucoup de prisonniers avaient été brisés après quelques heures sous ces conditions. Teal'c n'en était pas si certain concernant ces personnes, O'Neill en particulier. I y avait quelque chose dans ses yeux qui disait qu'il connaissait la douleur, la torture. Il serait un adversaire digne de ce nom, décida Teal'c. Il prendrait beaucoup de plaisir à apprendre à cet homme à supplier.
Cela ne fut pas long avant qu'il soit remarqué. O'Neill leva la tête et agita la main.
« Salut, T ! » cria-t-il.
« Jack, » entendit-il Daniel Jackson murmurer, « Ce n'est peut-être pas le meilleur moment pour s'en faire un ennemi. »
« Taisez-vous, Daniel. »
« Je pense juste que... »
« Eh bien, cessez. » Leur désaccord serait leur perte, pensa Teal'c. Etait-ce ainsi avec tous les Tau'ri ? Est-ce qu'ils se battaient plus les uns contre les autres que contre un ennemi commun ? C'était une faiblesse qu'il exploiterait.
« Alors, Teal'c, que diriez-vous de trahir votre 'dieu' et de nous sortir de là ? » cria O'Neill.
« Vous perdez votre temps, Tau'ri, » éclata de rire Teal'c.
« Eh bien, ça a déjà marché, » marmonna l'homme pour lui-même.
« Préparez-vous. Mon dieu vous appellera bientôt et vous souhaiterez être mort ici. »
« Bah, vous voulez connaître un truc sur ce vieux Cronos ? »
Teal'c se mit à s'éloigner. Il s'était lassé de ces jeux de mots. Le Tau'ri n'était plus amusant. Il ne s'éloigna cependant pas assez vite pour éviter d'entendre les derniers mots de O'Neill.
« Il a tué votre père ! »
Teal'c s'arrêta.
« Ouais, je parie qu'il ne vous a pas dit qu'il était mort ? Il ne vous a pas dit qu'il a arraché le symbiote de votre père et l'a laissé mourir. »
Il voulut bloquer ses oreilles à cette tirade de mots.
« La prochaine fois que vous ramperez devant lui, pourquoi ne pas lui demander ? Demandez-lui de vous dire la vérité ! »
Incapable de supporter davantage, Teal'c se mit à courir. Ceci n'était pas vrai. La racaille Tau'ri essayait de l'embrouiller avec ses mensonges. Cronos était un dieu. Il ne tromperait pas ses guerriers.
N'est-ce pas ?
ooo
Il devait y avoir un moyen de sortir d'ici.
Jack savait qu'il ennuyait Daniel, mais il ne supportait pas de rester assis là et accepter son destin. Il continuait de se dire qu'il s'était sorti de lieux pires que celui-ci avec SG-1. Le problème était qu'il n'arrivait pas à se rappeler comment exactement.
Il regarda autour de lui, encore. Les murs étaient lisses, pas de solution de ce côté là. L'ouverture en l'air était plus haute que leurs tailles combinées. Il ne pouvait pas sauter aussi haut, bien qu'il avait tenté et s'était presque disloqué un genou. Et puis il y avait l'eau... bon sang, rien que d'entendre cette eau courante lui donnait envie de pisser dix fois par heure.
Ayant été inconscient pendant un temps inconnu, Jack ne savait pas depuis combien de temps ils étaient là. Quelqu'un avait pris sa montre dans une tentative de le désorienter. Et cela avait marché, ne serait-ce que parce que deux de ses coéquipiers manquaient. Jacob ne leur avait pas été retourné et Carter... Le ciel s'était assombri au cours de la période où ils avaient été emprisonnés, mais il y avait encore une épaisse couverture nuageuse, et donc aucune étoile n'était visible. Il ne faisait pas froid, ce qui était un soulagement. Jack ne pouvait s'imaginer se blottir avec Daniel pour avoir chaud. Ils avaient été nourris. Du pain avait été lâché du trou dans le toit. Il se trouvait là où il était tombé par terre. Dans quelques heures, Jack serait heureux de le manger, mais il n'était pas encore à ce stade. La même chose pouvait être dite de leur provision d'eau. La dysenterie ne serait pas agréable. Surtout quand on était enfermé dans un très petit espace avec une autre personne.
Il doutait qu'il y eût le moindre espoir que Teal'c se montre et les libère.
Jack se rendait compte qu'il avait probablement poussé l'homme trop loin. L'inciter à questionner ses croyances était une chose, mais ôter les fondations de sa vie en était une autre. S'il croyait les mots de Jack, Teal'c allait probablement chercher à se venger. Il serait soit tué par Cronos, soit par les Jaffas loyaux à Cronos, c'était donc une action vouée à l'échec. Non, s'ils allaient sortir d'ici, ils allaient devoir le faire par eux-mêmes.
Daniel prétendait être endormi, mais Jack se laissa tomber à côté de lui.
« Si vous avez une idée quelconque, sentez-vous libre de parler, » dit-il. « N'importe quoi. » L'autre homme ouvrit un œil et puis le referma.
« Je prends ça comme un non, » grommela Jack.
« Qu'espériez-vous de moi, Jack ? Peut-être que votre Daniel pouvait sortir d'ici simplement en volant, mais pas moi. »
« Je ne faisais que demander. »
« Très bien. »
Silence. Et Jack se rappela exactement combien il détestait se disputer avec Daniel.
« Comment faites-vous pour vous habituer à ça ? » dit soudain Daniel, juste au moment où Jack pensait dormir un peu.
« Quoi ? »
« Ca. Le fait de ne pas savoir ce qui va se passer. La possibilité que vous ne retournerez pas chez vous ? »
Jack y réfléchit pendant un instant. Y avait-il une réponse ? Ce n'était pas la première fois qu'on lui avait posé cette question et ce ne serait probablement pas la dernière. Il faisait simplement ce qu'il avait à faire.
Remarquez, il n'y avait rien vers quoi retourner. Presque toutes les personnes qui comptaient pour lui étaient là.
« Est-ce qu'on ne pourrait pas fermer cette fichue eau ? » demanda-t-il.
« Je ne sais pas. Peut-être que nous pourrions bloquer l'évacuation ou quelque chose comme ça ? »
« Et puis ? Se noyer ? Ou sortir à la nage ? »
« Jack ? »
« Quoi ? »
« Ôtez vos vêtements. »
« Pardon ? »
« C'est ça. Nous bloquons l'évacuation. Cet endroit se remplit d'eau et nous pourrons atteindre la surface ! »
« Daniel, nous ne savons pas combien de temps ça prendra pour remplir la cellule. Nous pourrions patauger dans l'eau pendant un sacré bout de temps. »
« Avez-vous une meilleure idée ? »
« Non. »
« Ben voilà. »
Reconnaissant que Daniel avait raison, Jack commença à ôter sa veste.
ooo
Sam se réveilla en toussant. Elle déglutit, tentant d'effacer la sècheresse dans sa gorge. Que s'était-il passé exactement ? Le moteur hyperespace était silencieux, ses cristaux sombres. L'avait-il emmenée quelque part ? Se redressant comme elle put, Sam alla à l'avant pour regarder par le cockpit. Les étoiles avaient changé, et les restes de la supernova étaient fichtrement plus proches. Un petit saut donc, juste assez pour la dérober au Goa'uld. Elle avait eu de la chance que le moteur hyperespace ait cramé sinon elle serait probablement à l'autre moitié de la galaxie à l'heure qu'il était.
Et maintenant, où ? fut la question qu'elle se posa à elle-même. Les moteurs sub-luminiques semblaient encore en assez bon état, elle devrait donc être capable d'aller quelque part. En assumant qu'il y avait un système planétaire quelque part tout près. Sam devait trouver la base de Cronos. Quel que soit le trouble dans lequel se trouvait l'univers, elle n'allait pas laisser ses amis, ou son père, croupir là-bas. Le système interne devrait pouvoir lui dire, une fois qu'elle aurait trouvé un moyen de les faire fonctionner. Sam s'était toujours fiée à son père ou à Teal'c pour ces choses-là, mais à présent, c'était à elle de jouer. Néanmoins, elle n'avait pas encore rencontré de système informatique qui lui résistât. C'était à des moments comme celui-là qu'elle avait vraiment besoin des souvenirs que Jolinar lui avait laissés, mais elle ne pouvait s'en servir à sa guise. Ils lui donnaient des indices et des images, rendaient le chemin plus facile, mais il fallut quand même une heure avant qu'elle commence à comprendre comment cela marchait.
Piloter le vaisseau était un autre problème. La seule fois qu'elle avait été près de ce type de technologie, elle avait pris le siège du copilote à côté du Colonel O'Neill. Elle se fit une note mentale de prendre des cours si elle rentrait. Quand elle rentrerait. Bon sang. Les pensées négatives n'aidaient vraiment pas en ce moment. Timidement, elle tenta de faire avancer le vaisseau. Les moteurs calèrent. Prenant une profonde inspiration, elle réessaya, pour se retrouver à faire un bon en avant, puis en arrière... et Sam fut vraiment contente d'être toute seule. Elle pouvait facilement imaginer les plaisanteries à propos des femmes au volant. Ceci était bien plus difficile qu'il ne paraissait. Cela demandait du doigté. Les mouvements qu'elle devait faire étaient minuscules. Sam découvrit rapidement qu'elle avait juste à plier ses doigts pour faire changer de direction au vaisseau.
Ce n'était pas le type de secours auquel elle était habituée. Habituellement, c'était le Colonel O'Neill qui jouait les héros de films d'action, se précipitant comme Bruce Willis... mais sans la veste. La contribution de Sam était généralement dans un registre plus cérébral non pas qu'elle ne se délectait pas de les arracher aux dents de la mort. Comme le Colonel l'avait découvert, Sam était une accros à l'adrénaline et elle pouvait commencer à en sentir les effets. Bien sûr, voler dans la forteresse de Cronos dans un vaisseau non armé était plutôt dément, mais cela ne l'avait jamais arrêtée auparavant. Pendant un rare moment dans sa vie, Sam cessa de réfléchir sur ce qu'elle était sur le point de faire. Elle le fit simplement. Et la sensation était formidable.
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Daniel avait appris à nager de la pire des façons. Il avait cinq ans et Jamie Morgan l'avait poussé dans la piscine à la fête d'anniversaire de Jon King. Il avait donc en conséquence appris très rapidement, et avait tenté d'éviter de le faire depuis. Bien sûr, de temps en temps, quand il décidait qu'il devait améliorer sa forme physique, il faisait quelques longueurs dans la piscine locale, mais rien ne l'avait vraiment préparé à cela. Ils avaient pataugé dans l'eau pendant une heure au moins. Il ne sentait plus ses jambes ni ses bras. L'eau, qui était assez chaude quand elle s'écoulait autour de ses chevilles, était maintenant glacée et aspirait la chaleur de son corps. Il leva les yeux. La tâche noire du ciel qui représentait la sortie de leur prison était encore inatteignable. Jack ne semblait pas du tout se fatiguer.
Ils s'étaient déshabillés, ne gardant que leurs sous-vêtements et pantalons. Ce qui était l'une des raisons qui faisaient que cela prenait autant de temps. Davantage de vêtements auraient fourni un meilleur barrage, mais comme Jack l'avait fort justement souligné, une fois qu'ils se seraient échappés, ils ne voudraient pas affronter un Jaffa à poil. Cela aurait été bien trop embarrassant. Apparemment Jack avait vu 'Piège de cristal' un peu trop de fois pour vouloir s'échapper pieds nus. Maintenant elles étaient un poids autour de son cou, le tirant vers le bas. Ce serait tellement facile de cesser de se battre, de renoncer simplement et de se laisser sombrer.
« Plus très long, » dit Jack.
« C'est facile à dire pour vous, » haleta Daniel.
Il n'avait pas assez d'énergie pour parler. Daniel s'enfonça un peu et ses bras et jambes battirent l'air comme il luttait pour rester à flot.
« Détendez-vous, » lui dit Jack.
« Jack, je ne sais pas si je peux faire ça. »
« Si, vous pouvez. »
« Laissez-moi ici. »
« C'est ça, comme si j'allais faire ça ! Je sais que ça fait mal, mais vous devez tenir encore un peu. »
Daniel sentit ses yeux se fermer pour être réveillé par une gifle soudaine.
« Ne vous avisez pas de faire ça, » lui dit-il d'un ton sans réplique. « Regardez. » Jack sauta vers le haut et réussit à attraper le bord du trou. Avec effort, il se hissa par-dessus. Daniel regarda ses jambes disparaître. Tout d'un coup, une main lui fut offerte et il fut tiré en l'air et hors de l'eau. Il se retrouva étendu sur le sol dur, fixant le ciel. Jack était affalé à côté de lui. De le voir s'efforcer de reprendre son souffle consola un peu Daniel.
« Désolé, » dit-il.
« Ne vous en faites pas, » répondit Jack.
Ils devraient bouger, pensa Daniel, mais tant que Jack voudrait rester couché là, il ne se sentit pas trop coupable de reprendre son propre souffle. De quelque part, un vent se mit à souffler, gelant leurs vêtements détrempés. Levant les yeux, Daniel remarqua les nuages qui commençaient à disparaître et il put voir les étoiles. Sa première vision d'un ciel alien. Et il était là. Le reste de la supernova, brillant au-dessus d'eux comme un œil menaçant. Jack leva sa main, mesurant la largeur sur le ciel.
« Daniel, » souffla-t-il, « c'est ici. »
« Ici ? Sur cette planète ? Ca semble peu probable. »
« Dans ce système planétaire. »
Daniel ne savait pas s'il devait être content ou pas. Quoi qu'il en soit, la découverte semblait certainement avoir revigoré Jack. Il était sur ses pieds et incitait Daniel à en faire de même.
« Nous devons trouver un moyen de sortir d'ici, » dit-il.
« Pour quoi faire ? Même si vous avez raison, le miroir est détruit avec Sam. »
Soudain Jack fut immobile et Daniel sut qu'il avait dit ce qu'il ne devait absolument pas dire. Jack n'allait jamais accepter le fait que Sam était morte, et c'est à cet instant qu'il réalisa à quel point il connaissait peu cet homme. Quel que soit le lien qu'il y avait entre ces deux êtres, il allait bien au-delà de ce que Daniel avait vu dans son propre monde. Sans dire un autre mot, Jack se mit à marcher.
Même s'ils avaient pris leurs bottes avec eux, le cuir était toujours trempé. Jack ne sembla pas remarquer le sol inégal, mais Daniel se retrouva à trébucher. Le paysage qu'ils traversèrent était lugubre... comment pouvait-il en être autrement ? Cela fit frissonner Daniel comme il réalisait que leur cellule n'était pas la seule. Ils durent serpenter entre les fosses, tentant de ne pas glisser et tomber. Cédant à la morbide tentation, il s'arrêta pour regarder en bas. Il y avait quelque chose qui bougeait dans l'obscurité. Quelque chose qui n'était en aucun cas humain... bien qu'il soupçonnât qu'il l'avait peut-être été autrefois. Un cri s'éleva des profondeurs. Daniel sentit la bile monter dans sa gorge alors qu'il se dépêchait d'avancer. Il savait maintenant pourquoi Jack marchait avec une telle détermination. Ils ne pouvaient pas se permettre de s'arrêter, de ressentir la pitié.
« Jack ! » appela Daniel. « Jack ! »
« Quoi que vous ayez à dire..., » commença Jack.
« Et Jacob ? »
Jack s'arrêta.
« Très bien, on secourt Jacob. Ensuite, on se tire d'ici. »
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Jacob Carter avait déjà été torturé, en personne et dans ses souvenirs. Il savait que c'était la force de Selmak qui l'empêchait de se mettre à table. Sa carrière avec l'Air Force ne l'avait pas préparé à cela. Il n'avait jamais été fait pour les Opérations Spéciales. Jacob n'était pas Jack O'Neill. Avec l'aide de Selmak, Jacob avait été capable de faire face à la cruauté du Goa'uld. Ce n'était pas un aveu facile, à savoir qu'il était intrinsèquement plus faible que sa fille. Sam était dans ses pensées alors qu'il était traîné hors du Sarcophage. Une partie de lui était heureux qu'elle soit morte, qu'elle n'ait pas à vivre cela. Jacob était toujours son père jamais il n'aurait souhaité que quelque chose de mal arrive à sa fille.
Selmak avait violemment protesté à l'idée du Sarcophage. Jacob avait senti le symbiote se tortiller de douleur et de peur. Il savait ce que le fait de ramener un homme de la mort faisait à son âme. Cela n'était pas censé arriver. Quand vous étiez mort, vous étiez mort... Il ne s'était jamais attendu à avoir peur de la mort, pourtant le cancer l'avait dépouillé de tout son courage. Ce n'était pas ainsi qu'il avait voulu mourir. Il avait vu ce que cela faisait aux gens, les transformant en une pâle copie d'eux-mêmes. Il avait été aux hospices, là où les infirmières se réfèrent à vous en tant que 'ils' ou 'il', jamais par votre nom. Il n'avait pas voulu cela, il avait donc pris le symbiote.
Il avait pris le symbiote... et s'était retrouvé dans un monde au-delà de ses rêves les plus fous. Seulement, maintenant que Jacob Carter n'avait plus peur de la mort, c'était la seule chose qui lui était refusée. Lorsque Teal'c commença à l'emmener vers la salle du trône de Cronos, Jacob ut que cela ne finirait pas. A moins qu'il ne parle. Il se détesta de, ne serait-ce que penser à cette possibilité.
« Vous vous amusez ? » demanda-t-il à l'homme silencieux.
« Vous ne gagnerez rien à me railler, » répondit Teal'c.
« Ca valait bien un essai. »
« Non, cela n'en valait pas la peine, comme je l'ai déjà dit à O'Neill. »
Alors Jack était en vie et suffisamment en forme pour se mettre à dos quiconque venait en contact avec lui. Jacob savait qu'il aurait dû être rassuré par ce fait, mais le Colonel était quelque peu imprévisible. Il viendrait soit à la rescousse soit les ferait tous tuer.
« Que vous a dit Jack ? » demanda Jacob, sa curiosité piquée.
« Des mensonges. »
« A propos de quoi ? »
« De mon Dieu. »
« Il vous a parlé de votre père ? »
Teal'c cessa de marcher. Apparemment, Jacob avait deviné juste.
« Est-ce vrai ? » demanda Teal'c.
« Oui. »
« Vous mentez. » L'accord momentané fut rompu et Jacob se retrouva à se demander comment il pourrait atteindre l'homme. Il commençait vraiment à être trop vieux pour ces joutes psychologiques. Si Jack avait tenté et échoué...
« Très bien, alors je mens, » acquiesça-t-il. « Mais si vous en êtes si sûr, pourquoi avez-vous demandé ? »
« Je ne sais pas. Tout cela est étrange pour moi. Pourquoi étais-je dans votre monde ? »
Maintenant, c'était au tour de Jacob d'hésiter. Il devait décider jusqu'à quel point exactement il faisait confiance à cet homme. Tout ce qu'il dirait pourrait être rapporté à Cronos. Remarquez, qu'avait-il à perdre ? Le pire que le Goa'uld pouvait faire était de le tuer, encore.
« Teal'c, ce que vous avez expérimenté était une fuite d'une réalité alternative. Ce que nous tentons de faire est de réparer cela... et ne me dites pas que je mens encore. Ecoutez. A moins que nous ne fassions cela, l'univers se terminera. Il n'y aura plus rien. Rien à gouverner pour votre Dieu ! »
« Je... »
« Ecoutez-moi. Vous devez nous laisser partir. Vous devez nous permettre de mettre fin à cela. Autrement, ce sera le chaos. »
La passion dans la voix de Jacob eut l'effet désiré. Il pouvait voir que Teal'c hésitait.
« Cronos me punira, » dit Teal'c.
« Et vous avez peur. »
« Non, je n'ai pas peur. »
« Eh bien, j'en ai bien l'impression. »
Jacob se tendit en préparation du coup qui ne vint jamais. Il avait défié l'honneur de Teal'c, le moins qu'il attendait était un sérieux passage à tabac.
« Aidez-nous, » fut tout ce que Jacob eut besoin de dire. « Vengez votre père, sauvez votre Dieu, mais... je vous en prie. »
« Je vous emmènerai là où vos amis sont retenus. »
Chapitre Dix-huit
Teal'c n'était pas sûr que ce qu'il faisait était ce qu'il fallait faire. Comment le pourrait-il ? Ceci était tellement au-delà de son expérience. Sa vie avec Cronos avait été simple. On ne lui demandait pas vraiment de réfléchir, juste de suivre les ordres. Depuis qu'il s'était retrouvé dans cet étrange endroit, son monde avait subi un changement dramatique. C'était ce qui rendait l'histoire de ce Tok'ra si plausible.
Mais si Cronos le découvrait...
Il devait se rappeler qu'il faisait cela pour son dieu, aussi mécontent qu'il puisse être des agissements de son Primat. Teal'c se soumettrait à n'importe quelle punition. Il ne se permettrait pas d'être la proie de la peur que les mots du Tok'ra avaient suscitée.
En un sens il avait de la chance. Il n'avait pas à libérer les hommes de la Tau'ri de leur emprisonnement car il apparaissait qu'ils s'étaient débrouillés par eux-mêmes.
« Jacob ! »
Le cri venait de O'Neill. L'instinct lui fit brandir sa lance, mais il réussit à se retenir de tirer. Les deux hommes s'avancèrent devant eux, trempés.
« Teal'c ? » interrogea O'Neill.
« Il est avec nous, » répondit Jacob Carter.
« Super. »
Ceci était définitivement étrange. Teal'c n'eut rien d'autre à prouver à O'Neill. L'homme semblait parfaitement heureux d'accepter les mots du Tok'ra. La confiance n'était pas un concept très répandu parmi les Jaffas.
« Pouvez-nous procurer un vaisseau ? » demanda O'Neill.
« Oui, » répondit Teal'c.
« Alors allons-y. » Teal'c était le seul armé, aussi il était logique qu'il prenne la tête. Cependant, il aurait été plus facile si Daniel Jackson n'avait pas été à ses côtés, le distrayant avec ses questions.
« J'ai vécu ici toute ma vie, » répondit-il en réponse à une question.
« Alors vous connaissez bien ce système planétaire ? » continua Jackson.
« Oui. Quel est le but de cette interrogation ? »
« Est-ce qu'il y a une planète ici qui, je ne sais pas... a une étrange histoire associée avec elle ? »
« Non. »
« Interdite, peut-être ? »
« Il n'y a rien d'interdit pour un dieu. »
Pour une raison ou une autre, Teal'c avait l'impression que Daniel Jackson avait envie de fracasser sa tête contre le mur le plus proche.
« Okay, y a-t-il une planète dans ce système solaire qui n'est pas sous le domaine de Cronos ? »
« Il n'y a rien... »
« Ah... »
« Il y a un monde. »
L'aveu était difficile. Il ne voulait pas dire à ces gens qu'il y avait un lieu que les Jaffas avaient peur de fouler. Un lieu hors du contrôle de son Dieu.
« Allez-y, » incita Jackson.
« Il y a une lune qui tourne autour de la cinquième planète. Aucun Jaffa ne peut l'approcher sans devenir fou. »
« Pourquoi ? »
« Il y a une forme de vie, nous les appelons Erinyes. »
Il ne voulait pas en dire davantage, choisissant de s'éloigner à grandes enjambées de Daniel Jackson et de ses questions délicates. Le Tau'ri ne pourrait jamais comprendre la peur que ce mot instillait dans le cœur et l'âme d'un Jaffa. La punition des Erinyes était terrible. Rien ne pouvait protéger contre la folie qu'elles provoquaient. Teal'c connaissait des guerriers qui leur avaient tout offert : prière, sacrifices, larmes. Ce n'était pas un endroit où aller, encore moins les faibles Tau'ri. Ils mourraient.
Cela importait peu à Teal'c. En tout cas c'est ce qu'il voulait croire. Ils étaient près du hangar et sa participation était presque terminée. Il serait content d'être débarrassé de ces hommes et de leurs questions troublantes. S'arrêtant un instant, il fit signe aux autres de reculer. O'Neill, cependant, vint à ses côtés.
« Un problème ? » demanda-t-il.
« Les vaisseaux de patrouilles seront gardés, et je suis le seul à être armé, » répondit Teal'c.
« Y a-t-il des zats quelque part ? »
« De quoi parlez-vous ? »
« Zat'nikatel, mais zat est bien plus facile à dire, vous ne trouvez pas? »
« L'armurerie n'est pas tout près. Nous risquons d'être découvert. »
« Très bien... euh... pourquoi ne pas prétendre que nous sommes vos prisonniers et nous faire marcher jusqu'au vaisseau ? Vous êtes le Primat de Cronos. Personne ne va vous questionner. »
« En effet. Ceci est un plan valable. »
« C'est le plus vieux de la liste. » Teal'c haussa un sourcil.
« Je suppose que vous n'avez pas lu la liste. »
« Non, je n'ai pas lu votre liste. »
« Ca marchera, croyez-moi. »
Teal'c n'était pas sûr que la supercherie réussirait, mais il devait avouer qu'ils n'avaient rien à gagner à délayer. Plus ils restaient, plus les chances d'être découverts étaient grandes. Tentant de cacher son malaise, Teal'c abaissa sa lance et leur indiqua qu'ils devaient le précéder dans le hangar. Les Jaffas se mirent immédiatement au garde à vous lorsque Teal'c entra dans la pièce. Il leur fit un signe de tête, comme ils l'escomptaient, mais se retint de faire tout commentaire.
Même avec une flotte complète d'appareils, le hangar était vaste. Sachant qu'on ne devait pas le voir hésiter, Teal'c choisit un Tel'tak et se dirigea vers celui-ci.
« Teal'c ! Kree ! »
Ils s'arrêtèrent tous. Teal'c connaissait le Jaffa qui avait parlé, l'un des gardes personnels de Cronos.
« Cronos exige ta présence, » poursuivit-il.
« Je me présenterai à lui dès que j'aurais exécuté ses ordres, » répondit Teal'c.
« Il était très insistant. Je ramènerai les prisonniers dans leurs cellules. »
Cette fois Teal'c hésita. La logique lui disait de lui remettre ces personnes et de retourner vers son Dieu. Pourquoi ne le faisait-il pas alors ? Les autres Jaffas le remarquèrent. Il pouvait voir les lances être pointées vers eux. Teal'c décida d'agir le premier.
« Courez ! » cria-t-il en tirant.
Jacob Carter saisit Daniel Jackson et fit ce que Teal'c avait ordonné, mais O'Neill arracha la lance d'un Jaffa tout près et se tint à ses côtés. Le courage de l'homme était louable, même si déplacé. Aucun simple humain ne pouvait espérer se mesurer à un Jaffa hautement entraîné.
« Attention ! » cria O'Neill.
L'avertissement vint une milliseconde trop tard. Teal'c nota le mouvement derrière eux, mais l'armure qu'il portait était lourde et il ne put se retourner à temps. La salve toucha son ventre et il tomba durement au sol. Il resta étendu là, incapable de comprendre ce qui arrivait. O'Neill se tenait au-dessus de lui, tirant toujours.
« Laissez-moi, » haleta Teal'c.
« Pas question. »
Il y avait de la colère dans la voix de O'Neill. S'il ne voulait pas le laisser, alors Teal'c aurait à le forcer. Ignorant la douleur, il s'efforça de se mettre sur ses pieds. Ses mains serrées sur la blessure, il se mit à chanceler vers le vaisseau le plus proche. Comme il s'y attendait, O'Neill commença à suivre, pour n'être distrait que par une silhouette qui apparut derrière eux. Il changea immédiatement de direction, traînant Teal'c avec lui. Daniel Jackson et Jacob Carter apparurent, fournissant un feu de couverture alors qu'ils trébuchaient vers le vaisseau. Bien que sa vision baissait, Teal'c put voir un éclair de cheveux blond.
« Je le savais ! » s'exclama O'Neill.
ooo
Sam avait eu de la chance que l'occultation eût survécu à l'attaque, et qu'elle fonctionnât encore alors qu'elle descendait le vaisseau de son orbite. Il n'y avait qu'un seul groupe de bâtiments. La grande structure grecque était au sommet d'un bâtiment qui faisait penser au Parthénon. Sam suivit un autre Tel'tak au sol et n'ôta l'occultation qu'une fois le vaisseau en sécurité dans le hangar. A moins que quelqu'un n'y regarde de très près, il était peu probable qu'il remarque un vaisseau de plus parmi tant d'autres.
Elle voulait trouver les autres, pas de doute là-dessus, mais il y avait une chose que Sam devait d'abord faire. Le fait que le vaisseau l'ait amenée aussi loin était quelque peu un miracle. Elle ne pouvait pas garantir que les moteurs redémarreraient, ni même que le vaisseau volerait à nouveau. Elle devait déplacer le miroir et autant d'équipements qu'elle pourrait dans un autre vaisseau plus fiable. Sam rationalisa sa décision en déduisant qu'elle pourrait déambuler dans cet endroit pendant longtemps et ne pas trouver ses amis. S'ils s'échappaient, ils voudraient un moyen de quitter la planète.
Des tirs d'armes l'alertèrent sur le fait que le Colonel n'avait pas eu besoin de tellement d'aides après tout. Trouvant leurs armes, elle ouvrit le vaisseau pour voir son Père et Daniel courir vers elle, O'Neill et Teal'c couvrant leur fuite. Teal'c tomba à terre et l'air fut soudain rempli de la puanteur de chair brûlée. Sam ne pouvait dire si c'était grave, mais il bougeait encore. Ses membres convulsèrent lorsqu'il s'efforça de se lever. Le Colonel criait, incapable de partir.
« Papa ! » cria Sam, lui signalant sa présence.
Il s'arrêta net, la regardant comme s'il avait vu un fantôme.
« Quoi ? » demanda-t-elle.
« Nous pensions que tu étais morte, » répondit-il.
Sam leur tendit des zats. Il y aurait un temps pour les explications, plus tard. Du moins elle l'espérait.
Sam leva son P90. A des moments comme celui-ci, elle préférait son poids ferme. D'une manière ou d'une autre, Teal'c avait réussi à se redresser. Le Colonel O'Neill l'aidait et les deux hommes coururent vers elle. Sam tira, heureuse de voir les Jaffas s'arrêter à la vue et au son de l'arme inconnue. Le répit fut de courte de durée. Ils étaient trop bien entraînés pour ne pas répliquer, mais le tir constant fut suffisant pour les ralentir. Teal'c trébucha près d'elle, suivi par le Colonel puis Daniel et son Père. Sam garda sa position, présumant qu'elle devait leur donner du temps pour rendre le vaisseau opérationnel. Au moins c'était son idée jusqu'à ce qu'une main la saisisse par le col et la traîne à l'intérieur. La porte se referma derrière elle et le Tel'tak s'éleva dans l'air.
Soudain, Sam se retrouva dans une rude étreinte.
« Vous êtes mouillé, » dit-elle à O'Neill.
« Vous êtes en vie, » répondit-il.
Elle lui fit un grand sourire, puis son expression se fit grave.
« Comment va Teal'c ? » demanda-t-elle.
« Pas très bien, » répondit Daniel.
Teal'c était avachi contre la cloison, sa respiration sifflante. Donnant son P90 au Colonel, Sam s'avança vers le guerrier blessé. Son entraînement médical était au mieux basique. Il y avait très peu qu'elle pouvait faire, sinon le mettre à l'aise. Le coup de lance avait tué son symbiote. Le Colonel s'accroupit à côté d'eux, alors que Teal'c saisissait son bras.
« Pourquoi ? » siffla-t-il. « Vous auriez pu me laisser mourir. »
« Nous ne faisons pas cela, » répondit O'Neill.
« Mais je ne suis pas l'un d'entre vous. »
« Si vous l'êtes, vous ne le saviez pas, c'est tout. »
Teal'c hocha la tête, trop faible pour répondre. Sam se recula, étreignant ses genoux en le regardant. Le Colonel, remarqua-t-elle, tint la main de Teal'c jusqu'au bout.
A l'aide des anneaux, ils confièrent son corps à l'espace. Pas même son père ne se plaignit d'abaisser le camouflage pendant quelques secondes. Les larmes coulaient sur son visage et elle ne fit pas un geste pour les essuyer. La mort et la douleur étaient une part intégrale de la vie qu'elle avait choisie. Pour une fois, elle se fichait que son père regarde. Ce bref moment de chagrin était tout ce qu'ils pouvaient s'offrir. Elle savait que ce n'était pas leur Teal'c, mais cela ne semblait pas important.
« L'une des lunes de la cinquième planète, » disait Daniel.
« Ca ne devrait pas prendre très longtemps, » répondit son père en tournant le vaisseau dans la bonne direction.
Sam fixait encore l'endroit où le corps de Teal'c s'était trouvé. Elle sentit le Colonel venir se tenir près d'elle.
« Ca va ? » demanda-t-il.
« Oui, » lui dit-elle.
C'était un mensonge. Il le savait et elle le savait.
« Alors Carter, » continua-t-il, « c'est quoi exactement un pulsar ? »
ooo
« Alors Jonas, comment trouves-tu la Terre jusqu'à maintenant ? »
Cassandra semblait visiblement avoir surmonté sa peur, se dit Janet lorsqu'elle entendit la voix de sa fille. Elle s'arrêta dans son examen et passa un œil à travers les rideaux. Cassie n'était pas tout à fait assise sur le lit du jeune homme, mais elle n'en était pas loin.
« Ce que je veux dire, c'est que si tu as besoin de quoi que ce soit, quelqu'un pour te montrer..., » poursuivit l'adolescente.
Janet avait envie de renvoyer Cassandra, mais il n'y avait nulle part aller pour elle. Du moins, ici, elle pouvait garder un œil sur elle. Retournant à son patient, elle feuilleta une fois de plus ses notes. Le Général Hammond attendait son rapport d'un instant à l'autre et ce serait bien si elle savait de quoi elle parlait. A savoir pourquoi le Sergent Walter Harriman avait soudainement commencé à faire démonstration de violence ?
Il était la dernière personne que Janet se serait attendue à devoir mettre sous tranquillisant et à attacher au lit. Elle vérifia ses signes vitaux une fois de plus avant d'écarter les rideaux.
« Cass, je vais monter voir le Général Hammond. Reste ici, » ordonna-t-elle.
« Ma'an ! Je pensais que Jonas et moi pourrions aller au mess, » se plaignit Cassie.
« Et qu'a dit Jonas ? » Le jeune homme se contenta de lui faire un sourire coupable. Janet céda. Elle n'avait pas l'énergie de discuter.
« Très bien, peu importe, mais je vous veux tous les deux ici quand je reviendrais. »
Ses notes en mains, elle se rendit au bureau du Général. Hammond était toujours là, ce qui était rassurant.
« Walter montre un niveau bas en sérotonine et un niveau élevé en dopamine, » commença-t-elle, « ce type de changement est lié avec les comportements violents. Il fait partie de la catégorie B. »
« Ce qui signifie ? »
« Les personnes avec une biochimie de type B sont connues pour de fréquents comportements agressifs et montrent peu ou pas de remords pour leurs actions. Le problème est, Général, qu'il n'était pas ainsi auparavant. »
« Vous pensez que c'est un autre effet du miroir quantique ? »
« J'en suis certaine, monsieur. A en juger par ce que j'ai vu à l'extérieur, il pourrait ne pas être le seul... et avant que vous ne demandiez, je n'ai aucune idée de la façon d'arrêter cela. Tout ce que nous pouvons faire est de surveiller et d'attendre. »
« Vous ne me donnez pas beaucoup d'options, docteur. »
« Je suis désolée. » Pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontré, le Général Hammond paraissait un vieil homme prêt à prendre sa retraite. Et il n'y avait rien qu'elle puisse faire pour le rassurer. Emplie d'un sentiment d'échec, Janet jeta un coup d'œil à la porte, espérant être congédiée. Le Général fut interrompu par un appel téléphonique, cependant il lui indiqua de rester là où elle était. Elle tourna la tête, essayant de ne pas écouter.
« M. le Président ? Oui, monsieur... Désolé, monsieur... Etes-vous certain ? Avec tout mon respect... Bien... Monsieur. »
Il raccrocha.
« Est-ce que tout va bien ? » demanda Janet.
« Le Président vient juste de m'ordonner de passer la base en Defcon 2. »
ooo
Daniel Jackson essaya de ne pas montrer sa nervosité comme il traversait le vaste espace. Oma l'avait quitté, le laissant faire face au tribunal seul. Il pensait qu'il devrait être en colère, mais à cet instant il avait d'autres choses à l'esprit. Par exemple, pourquoi il lui fallait si longtemps pour atteindre sa destination ? S'ils essayaient de l'intimider en le faisant marcher ainsi, c'était raté. Du moins c'est ce qu'il se disait à lui-même.
Ils étaient trois à l'attendre. Ses juges deux femmes, un homme... si on pouvait dire que les êtres ascensionnés avaient un sexe. Un débat interne à propos de sa sexualité actuelle n'était pas ce dont il voulait pour le moment. Daniel n'arrivait pas vraiment à les décrire. L'homme était beau, les femmes belles. Il n'avait encore jamais rencontré d'Ascensionné qui ne paraissait pas conserver une forme de perfection physique. Daniel l'avait remarqué sur lui-même. Quand il avait regardé la première fois sous son pull, il avait été surpris de découvrir que la cicatrice de son appendicite avait disparu.
Daniel leur sourit de manière, espérait-il, rassurante et totalement innocente.
« Bonjour, » dit-il.
« Vous êtes Daniel Jackson ? » demanda l'homme.
« Oui. »
« Humain ? »
« Je l'étais. »
« De la planète Terre, » ajouta l'une des femmes.
« Ah, oui, » répondit l'homme, « il y a beaucoup d'humains dans la galaxie. J'avais oublié. » Et Daniel eut soudain un aperçut de l'insignifiance des êtres de chair pour les Ascensionnés. Comme des fourmis à un pique-nique, elles pouvaient être embêtantes si vous les excitiez, et certaines pouvaient piquer. Assez pour provoquer une distraction, mais rien de plus.
« Avez-vous des noms ? » demanda Daniel.
« Vous pouvez m'appelez Peter, » dit l'homme.
« Mary. »
« Elizabeth. »
Leur donner des noms humains était troublant, mais Daniel tenta de cacher son malaise.
« Et vous êtes ici pour... ? » demanda-t-il.
« Rendre un jugement, » dit Peter.
« En ce qui me concerne ? »
« Les humains de la Terre. »
Daniel se rappela soudain du monde de Orlin. Comment il avait été anéanti en punition à son ingérence. Orlin avait donné à ces gens des armes. Le crime de Daniel pâlissait en comparaison... ou c'était ce qu'il pensait. Et s'ils ne faisaient pas de différence ? Est-ce que son intervention avait condamné la Terre au même destin ?
Chapitre Dix-neuf
Cassandra sentit son visage pâlir lorsque les lumières sur les murs changèrent. Jonas, remarqua-t-elle, continuait de manger, complètement inconscient du soudain changement d'atmosphère dans le mess. Cassie n'était pas une enfant de la guerre froide. Elle avait peut-être passé sa petite enfance sur une autre planète, mais elle avait encore une peur saine d'une guerre nucléaire. Comme tant d'autres, elle avait regardé avec une fascination horrifiée les tours jumelles s'écrouler. Au ralenti, en accéléré, encore et encore alors que la nation s'efforçait d'accepter l'attaque. Et elle l'avait fait seule. Sa mère avait été au travail et la base avait été mise en alerte. Au moins, cette fois, raisonna Cassie, elle était avec les gens qui tenaient à elle.
Elle savait qu'elle était en sécurité ici. Pas de voie d'entrée, pas de voie de sortie. Avec la Porte des étoiles partie, ils étaient coincés. Cassie avait été la dernière survivante de son monde. Elle n'avait aucun désir de revivre l'expérience. Personne ici ne pouvait savoir réellement ce que c'était que de se tenir là et de regarder mourir tout le monde. C'était quelque chose qui serait à jamais gravé dans sa mémoire. Les gens étaient tombés malades, d'abord quelques uns, puis davantage, puis tout le monde. Cassie avait regardé, ne comprenant pas pourquoi elle était toujours en bonne santé. Puis un jour elle s'était retrouvée toute seule. Flirter avec Jonas avait soudain perdu son attrait.
« Cassie, est-ce que tu vas bien ? » demanda Jonas.
« Pas vraiment, » avoua-t-elle.
« Tu veux retourner voir ta Mère ? »
« S'il te plaît. » A tout autre moment, Cassie aurait été horrifiée par le ton enfantin de sa voix, mais à cet instant elle voulait juste sa Mère. Comme toute autre adolescente de dix-sept ans, elle aimait penser à elle-même comme à une adulte. Maintenant, elle voulait être de nouveau une petite fille, assez petite pour monter sur les genoux de quelqu'un et être tenue serrée. Comme Sam l'avait tenue quand elles étaient descendues ensemble dans le bunker.
Il y avait eu des moments où Cassie avait été très en colère que Sam ne soit pas celle à s'occuper d'elle. En grandissant, elle avait essayé d'accepter les raisons, mais parfois cela faisait encore mal. Sam était partie maintenant et personne ne savait si elle reviendrait un jour. Cassie regretta chaque sentiment mal placé, chaque mot de colère. Elle pria pour que Sam, d'une manière ou d'une autre, la sauve de ce long calvaire. Ils allaient tous mourir ici, sous terre. A la fin, tout le monde vieillirait et Cassie serait à nouveau seule.
Il s'avéra qu'ils n'eurent pas à aller jusqu'à l'infirmerie. Janet était venue chercher sa fille. Cassie tourna un coin, la vit et courut dans ses bras.
« C'est okay, » apaisa Janet. « Tout ira bien. »
« Que se passe-t-il ? » sanglota Cassie.
« Quelque chose d'autre à voir avec la perturbation ? » demanda Jonas.
« Nous le pensons. Cela affecte l'esprit des gens. Les faisant agir de façon... eh bien, disons juste de manière qui ne leur ressemble pas, » répondit Janet.
« Suffisamment pour provoquer la fin du monde ? » demanda Cassie.
« Ca n'arrivera pas. »
« Nous sommes en Defcon 2. Force de préparation accrue. Ce n'est arrivé qu'une fois dans l'histoire, pendant la Crise des Missiles de Cuba. Nous l'avons étudiée en histoire, Maman. Je sais ce que ça veut dire. »
« Le Général Hammond est en train de parler aux Chefs d'Etat Major. Il tente d'expliquer la situation et comment il serait mal avisé que les Etats-Unis répondent à la menace. »
« Est-ce qu'ils écouteront ? » voulut savoir Jonas.
« Bien sûr. »
Elle mentait. Cassie n'eut même pas à regarder son visage pour savoir. Jonas, par contre, parut rassuré. Levant la tête, Cassie regarda droit dans les yeux de sa Mère.
« Alors, je suppose que Sam a intérêt à se dépêcher. »
ooo
« C'est là, » annonça Jacob.
La cinquième planète, une géante gazeuse, était suspendue au-dessous d'eux. Jack avait été près de Jupiter, mais la géante du système solaire faisait pâle figure à côté de celle-ci. La surface était une cacophonie de couleurs. Carter aurait probablement pu décrire les réactions chimiques qui expliquaient les bleus, verts et rouges, mais Jack ne voulait pas savoir. Il était simplement satisfait de regarder et de s'émerveiller.
« Laquelle est-ce ? » demanda-t-il. « Quelle lune ? »
« Choisissez-en une, il y en a quarante six, » répondit Jacob.
« En fait la plupart d'entre elles ne sont que de petits corps rocheux, nous pouvons les écarter, » ajouta Carter.
« Alors est-ce que Teal'c a dit quelque chose à propos de ces erin truc ? » demanda Jack.
« Pas vraiment, » répondit Daniel.
« Mais vous savez quelque chose, n'est-ce pas ? » C'était évident. Daniel faisait son cinéma avec ses lunettes. Parfois, il les portait sur la tête, parfois elles pendouillaient dans sa main. S'il les portaient effectivement sur les yeux, il était continuellement en train de les remonter sur le nez.
« Alors ? » insista Jack.
« D'après la mythologie, les Erinyes furent créées quand Cronos castra son père Uranus. »
« Sympa. »
« Le flot de sang qui se déversa fut reçu par Tellus et elle donna naissance aux Erinyes. Elles sont censées être les détectrices et les vengeresses des crimes et de la méchanceté. Les déesses de la vengeance qui sont prêtes à transpercer de peur le cœur des mortels. On dit qu'elles rendaient leurs victimes folles. »
« Super. » La folie. Il était plus qu'un peu fou déjà et qu'est-ce que c'était qu'un peu plus de folie entre amis ?
« Jack, vous ne comprenez pas. Elles jouent sur vos peurs, votre culpabilité. »
« De quoi ai-je à me sentir coupable ? »
Daniel se contenta de le regarder. Merde. Comment cet homme pouvait-il connaître tant de choses sur lui ? Il jeta un coup d'œil à ses autres compagnons. Ce n'était pas comme si l'un d'eux était libre. Les mots de Daniel le firent s'interroger dans quoi exactement ils se fourraient. S'il y avait une chose dont Jack avait peur, c'était l'idée de perdre son esprit. Il avait déjà suivi cette voie, la première fois en Irak, puis quand son fils était mort... qu'il soit damné s'il revivait cela.
« Mon Colonel, nous avons trouvé quelque chose, » annonça Carter.
« Où ? » demanda-t-il.
« La troisième lune. Nous recevons des données énergétiques assez étranges juste sous la surface. »
« Souterrains ? »
« Je pense que oui. Il y a une atmosphère respirable, quelques bâtiments... il y a peut-être une voie pour descendre. »
« Il doit forcément y en avoir une, non ? »
« Oui, mon Colonel. »
« Okay, Jacob, faites-nous descendre. »
La descente fut plus facile qu'il ne l'avait espérée. Jack s'attendait à ce que quelqu'un ou quelque chose tente de les arrêter. Ils étaient occultés, ce qui aurait pu expliquer cela, mais il ne réussit pas à s'en convaincre. Ce n'était pas normal. Il aurait dû être soulagé quand Jacob posa le vaisseau avec à peine une secousse. Carter, remarqua-t-il, se dirigea immédiatement vers son précieux miroir. Comment diable allaient-ils transporter ce truc, il n'en savait rien. Elle parut le démonter.
« Que faites-vous ? » demanda-t-il.
« Nous ne pouvons pas le transporter ainsi. »
« Mais je pensais que le fait qu'il fonctionne stabilisait l'univers ? »
« C'est le cas, mon Colonel, mais il nous faudra simplement prendre le risque. » Elle avait raison. Rien que pour le réacteur à Naquadah, il faudrait deux d'entre eux. Jack regarda les mains de Carter, fortes et sûres. Il mettait beaucoup de confiance en ces doigts agiles. Tous autant qu'ils étaient. Il tenta de sentir un changement lorsque la lumière de la surface du miroir s'éteignit, mais il ne le put. Tout semblait pareil. « Très bien, les enfants, allons-y ! » ordonna-t-il.
Jacob ouvrit la porte, coupant le système de recyclage d'air. Jack prit une profonde respiration. Ca semblait okay. Il passa sa tête par l'ouverture. La vue devant lui était spectaculaire. Ils avaient atterri dans une prairie de fleurs bleues, s'étendant jusqu'aux arbres qui couvraient les contreforts. Les montagnes au-delà ne ressemblaient à aucune qu'il avait vue sur terre. Leurs sommets rocheux semblaient embrasser le ciel.
« Wow ! » souffla Carter. « Regardez l'océan. »
Jack lui jeta un coup d'œil. L'océan ?
« Jack nous devons fouiller ces ruines, » dit Daniel avec enthousiasme.
« Jacob ? » demanda Jack.
« Quoi ? » répondit l'autre homme.
« Allez-vous vous joindre à nous ? »
« Pardon ? »
« Que voyez-vous là ? »
« Pareil que vous. »
« Faites-moi plaisir. »
« Très bien, une cité, je vois une cité. »
« Bien. » Déterminé à trouver la vérité, Jack sortit.
ooo
Daniel Jackson passa la porte et entra en enfer. Dans ses rêves, il avait été sur Langara, marché à travers les scènes de destruction... mais ceci n'était pas un rêve.
Il pouvait sentir la chair brûlée.
Entendre les hurlements.
Sentir la chaleur de la boule de feu déclinante.
Ses sens étaient assaillis de tous côtés. Il voulait se recroqueviller en boule et pleurer. Il voulait s'enfuir en courant. Il voulait que quelqu'un l'emmène loin de cet endroit cauchemardesque.
Au milieu de tout ceci, il y avait Jack O'Neill. En dépit de la combinaison anti-radiation, la silhouette était reconnaissable entre mille. Avec reconnaissance, Daniel se dirigea vers lui. Jack le sortirait de là. Il avait foi en son ami. Comme il s'approchait, Daniel put voir que Jack était penché sur quelque chose... quelqu'un. Une forme chiffonnée, qu'on ne pouvait identifier. De cette distance, on aurait dit que la personne était morte. Jack tentait de fourrer le corps dans une combinaison, et il ne semblait pas prêt à renoncer de si tôt.
« Venez m'aidez, » marmonnait-il. « Dieu, je vous en prie ! »
Daniel posa sa main sur l'épaule de son ami.
« C'est trop tard, venez, » dit-il.
A sa surprise, Jack se retourna vers lui, le visage tordu par la colère. Non préparé à l'attaque physique, Daniel se retrouva incapable de faire quoi que ce soit sinon de protéger sa tête aux coups qui plurent.
« Jack, s'il vous plait, » haleta Daniel face à l'assaut. A son intense soulagement, l'autre homme s'arrêta.
« Vous n'avez jamais été malade. Vous êtes juste un foutu lâche, » cracha-t-il.
« Je ne pouvais pas le faire ! »
« Alors vous l'avez laissée y aller à votre place. Regardez-la, regardez-la maintenant, Daniel ! »
Daniel fut hissé sur ses pieds et forcé à regarder le corps partiellement introduit dans la combinaison. Maintenant qu'il était plus près, il put voir qu'elle bougeait, bien que faiblement. Un faible murmure de douleur sortit de ses lèvres.
« Ca va aller, Samantha, » disait Jack. « Je vais vous ramener à la maison. »
Samantha, le corps était Samantha. Elle était revenue avec d'horribles blessures. Il s'en souvenait maintenant... mais Daniel ne s'était jamais donné la peine de découvrir à quel point elles l'étaient. Elle allait vivre. Il avait saisi cette information et s'y était accroché pour apaiser sa conscience tourmentée. « Mais vous ne l'appréciiez même pas ! » protesta Daniel.
« Je ne voulais pas qu'elle meure ! »
Trébuchant en arrière, Daniel se retrouva assis sur un tas de gravats, regardant Jack réussir finalement à mettre la combinaison sur Samantha. Il la souleva dans ses bras et se mit à se diriger vers la lointaine Porte des étoiles.
« Jack, laissez-moi aider ! » cria Daniel en se dépêchant derrière eux.
Il ne voulait pas être laissé seul dans cet endroit.
« Eloignez-vous d'elle, » rétorqua Jack.
« Il n'y a rien que j'aurais pu faire ! »
« Vous auriez pu être là. »
« Et mourir ? »
« Ca aussi. »
« Jack ? »
« A partir de maintenant, vous et moi, c'est fini. »
Daniel s'arrêta. La scène était étrange, mais les mots étaient familiers. A son retour de Langara, Jack avait brutalement mis fin à leur amitié. Ils s'étaient rarement parlés depuis.
Devant lui, la Porte des étoiles explosa à la vie. Jack porta Samantha à travers sans un regard en arrière. Se précipitant en avant, Daniel voulut les suivre mais le vortex se ferma juste avant qu'il ne le traverse. Il se retourna à la recherche du DHD. Jack avait réussi à entrer l'adresse, il devait donc être quelque part. Daniel se rendit compte alors de quelque chose d'autre. Il n'avait pas de GDO. Il n'y avait aucun moyen de rentrer à la maison.
Il était coincé ici pour toujours.
ooo
Elle avait déjà été là. Prisonnière de son propre corps, de son propre esprit. Incapable de crier, d'hurler. La chose était en elle. Sam pouvait encore sentir, c'était le truc bizarre. Ses sens semblaient fonctionner correctement, mais elle ne pouvait pas réagir aux stimuli. Chaque fois que l'Entité forçait son corps à accomplir sa volonté cela faisait mal. Dieu que cela faisait mal. Elle n'avait jamais eu autant mal...
Elle marchait vite. L'Entité fuyait Jack. Sam le détestait presque pour ce qu'il avait fait, pourquoi il l'avait fait. Elle souffrait à cause de lui. Il l'avait laissée toucher l'ordinateur parce qu'il avait foi en elle. Il tenait à elle. Quel que soit l'effort qu'ils faisaient pour les ignorer, leurs sentiments influençaient leur relation de travail. Elle s'était bernée en croyant le contraire. Rien n'avait été laissé dans cette pièce.
Il la suivait maintenant. Elle savait qu'on ne permettrait jamais à l'Entité de quitter la base. Ils atteignirent une intersection en T. Son chemin était bloqué dans deux directions par les SF et par Jack. Il prépara son zat. Quelque chose se passa. L'Entité leva ses bras et Sam se sentit soudain délocalisée.
Jack tira une fois.
Sam savait qu'il allait le refaire... et l'Entité aussi. Elle fit à peine une pause, puis leva de nouveau ses bras. Une fois de plus Sam sentit un violent mouvement de torsion et elle se retrouva ailleurs. Elle ne savait pas comment ni pourquoi, mais elle baissait les yeux sur son corps... juste au moment où Jack tirait une deuxième fois. Son corps s'écroula au sol. En tas. Mort.
Elle n'arrivait pas à croire qu'il l'avait tuée. Voilà. Elle était morte. Sam ne se demanda pas pourquoi elle était encore consciente. Pourquoi elle pouvait encore penser. Cela lui prit quelque temps pour prendre conscience que ses pensées étaient assez puissantes pour contrôler le réseau d'ordinateurs. Puis elle réalisa où et ce qu'elle était. Le corps de Sam était à l'infirmerie. Janet l'avait branchée à une machine pour aider son corps à continuer de fonctionner. Ses poumons respiraient toujours. Son cœur battait toujours, mais c'était une vie artificielle qu'elle vivait maintenant.
Et Jack.
Il était assis là et regardait. Sam ne l'avait jamais vu si perdu, si seul. Il devait y avoir un moyen de lui montrer qu'elle était toujours là. Elle ne pouvait pas le quitter. Elle...
Janet entra.
« Je ne sais pas si elle vous l'a dit, mais Sam avait fait une demande de son vivant, » dit-elle.
« Oui, elle me l'avait dit, » répondit Jack.
« Je pense qu'il est peut-être temps de la laisser partir. »
« Oui. »
Et ils éteignirent la machine.
ooo
Il n'y avait rien qu'il pouvait faire. Jacob Carter avait perdu sa femme et maintenant il avait perdu sa fille aussi. Ils avaient réussi à ouvrir la porte. Trop tard. Les corps avaient été refoulés dans le couloir. La mort par noyade ne laissait aucune paix, aucune sérénité. Ils avaient lutté pour leur vie et le combat était visible sur leur visage. A la fin, ils avaient dû s'accrocher l'un à l'autre sous l'eau, leurs bras et jambes étaient emmêlés dans une étreinte d'amants. Jacob avait fermé ses oreilles quand George avait gentiment tenté de le prévenir des sentiments qu'éprouvaient les deux officiers l'un pour l'autre. Il ne pensait pas que Sam aurait mis en péril sa carrière pour personne, et jamais pour Jack O'Neill.
Avec l'aide du Major Davis, Jacob les sépara. Il voulait tenir sa petite fille une dernière fois.
Ses yeux étaient fermés, leur bleu éclatant caché à jamais. Mais ce n'était pas seulement sa beauté qu'il pleurait. Son esprit, son exubérante intelligence, son humour. Jacob souhaitait pouvoir se vanter pour ce qu'elle était devenue et tout ce qu'elle avait accompli, mais il avait été un piètre père. Après avoir fusionné avec Selmak, il avait espéré être capable de rattraper le temps perdu. Maintenant, il était trop tard.
« Nous devrions partir, » dit doucement Davis.
Le sous-marin les attendait.
« Non, » répondit Jacob.
« Nous pouvons les emmener avec nous. »
Jacob baissa les yeux sur son corps et écarta les cheveux de son visage. Quand elle était enfant, Sam avait eu les plus beaux cheveux : longs, épais, d'un blond d'or. Un été, elle les avait coupés. Jacob n'avait jamais su pourquoi.
« Jacob. »
Davis avait raison. Il était l'heure de partir. Jacob hissa Sam dans ses bras. Il ne savait pas comment le Major allait s'occuper du corps de Jack, mais il s'en fichait.
Sam était morte. Rien d'autre n'avait d'importance. Il la ramènerait à la maison et s'assurerait qu'elle soit enterrée avec les honneurs qu'elle méritait. Puis il irait à San Diego voir Mark et les enfants. Une dernière fois. Et puis...
Et puis...
ooo
« Tout le monde sur Terre ? » interrogea Daniel Jackson. Il devait s'en assurer. Il devait découvrir exactement ce qu'ils prévoyaient et les arrêter s'il pouvait. Les arrêter. Lui. Daniel supposait qu'ils avaient tous des pouvoirs égaux, mais il était seul.
« C'est le peuple que vous représentez, » dit Mary. « Ce sont les gens à qui vous avez choisi de changer la vie. »
« Nous ne savons pas cela, pas encore, » protesta Daniel.
« Non pertinent, » répondit Peter.
« Vous avez fait la tentative, » dit Elizabeth.
Okay, cela était la vérité, mais ce n'était pas juste la Terre qu'il avait tenté de sauver. Ces gens se fichaient peut-être du plan physique de l'existence, mais pouvaient-ils exister sans ce plan ? Daniel ne savait pas.
« Et tous les autres ? » demanda-t-il.
« Que voulez-vous dire ? » s'enquit Peter.
« L'erreur n'affecte pas uniquement le peuple de la Terre. Si vous ne laissez pas Sam corriger son erreur, alors tout... tout dans l'univers cessera d'exister. »
« Vous ne savez pas cela, » dit Elizabeth.
« Sam semblait en être quasiment certaine. »
« Vous vous basez encore sur ce que ces mortels disent ? »
Daniel refoula une riposte. Se mettre en colère n'allait pas aider son cas. Il devait rester calme, rester concentré. Oui, il avait encore beaucoup de foi en Sam, en Jack, et tous les autres.
« Mais et si elle avait raison ? » suggéra-t-il, « Si tout se terminait, qu'en sera-t-il nous ? Pouvez-vous être certains que nous continuerons d'exister sans un univers dans lequel vivre ? Ce que je veux dire, c'est qu'il y a des limitations à notre pouvoir, n'est-ce pas ? »
Les trois Autres se regardèrent, apparemment troublés par les mots de Daniel. Il sentit une poussée irrationnelle de plaisir.
« Nous allons nous retirer pour méditer sur vos paroles, » dit Peter.
« Faites donc ça, » répondit Daniel avec un grand sourire.
Alors qu'ils s'effaçaient de sa vue, Daniel se rendit compte qu'Oma était de retour à ses côtés.
« Vous n'avez pas gagné, » lui dit-elle.
« Je n'en serais pas si sûr, » répondit-il.
« Ils trouveront un moyen de vous punir. »
Chapitre Vingt
Jack savait que ce n'était pas réel. Il ne savait pas comment ni pourquoi, mais lorsqu'il s'avança dans cette salle d'urgence, il se rendit compte que quelque chose n'allait pas. Il se rappelait être dans le vaisseau cargo, et tout le monde voyait un extérieur différent. Il était impossible qu'il soit dans un hôpital à Denver en train de regarder Charlie mourir à nouveau. Jack s'avança jusqu'aux côtés de son fils. Il regarda le visage pâle.
« Désolé, fils, je dois aller sauver l'univers, » dit-il en souriant.
Charlie cligna ses yeux. Se baissant, Jack déposa un baiser sur le front de son fils puis il se détourna. Il entendait Sara crier après lui comme il s'éloignait, mais il continua de marcher. Ceci était son passé. Cela n'avait pas de rapport avec ce qu'il avait à faire maintenant. Il poussa la porte de la salle d'urgence et retourna sur la lune.
Il n'y avait pas de montagnes, pas de champs, pas d'océan, rien que de la roche rouge. Il y avait une Porte des étoiles au loin. Jack regarda ses amis autour de lui. Daniel était accroupi par terre, se berçant d'avant en arrière en un mouvement ressemblant étrangement à celui d'un métronome. Pas très loin, Carter était couchée, ses yeux dans le vague, inconscients. Derrière lui, Jacob Carter était debout, un P90 pointé sur sa tête.
« Jacob, non ! » cria Jack en se précipitant.
Il arracha l'arme des doigts amorphes de Jacob et la jeta aussi loin qu'il put. L'homme tomba sur ses genoux.
« Pourquoi ? Pourquoi avez-vous fait ça ? » sanglota-t-il.
« Faites-moi confiance, ça n'en valait pas la peine, » lui dit Jack.
« Sam est morte ! »
« Non, elle n'est pas morte. »
« Tout ceci est ma faute. » Jack pouvait dire qu'il n'arrivait pas à raisonner l'homme. Quel que soit ce qui contrôlait leurs esprits avait une prise ferme. Il alla jusqu'à Sam. S'il pouvait la sortir de sa transe, alors elle pourrait peut-être atteindre Jacob. S'accroupissant près d'elle, Jack la roula doucement sur le dos. Ses yeux fixaient toujours droit devant elle. Il n'y avait rien en eux, pas de vie, pas d'étincelle d'intelligence, pas une once d'humour. Jack la gifla.
« Carter ! Carter ! Réveillez-vous, » insista-t-il.
Toujours celle à suivre un ordre, elle s'efforça de s'asseoir, son visage tordu et terrifié.
« Vous m'avez tuée. » En d'autres circonstances, l'affirmation aurait pu être drôle.
« Non, non, je ne vous ai pas tuée, Carter. Vous êtes vivante. Vous êtes vivante et vous devez aider votre Père. »
« Vous m'avez tuée. »
« Non, Carter... Sam, jamais je ne vous ferais du mal. »
« Je suis morte. » Jack la prit dans ses bras.
« Sentez cela, Sam, sentez-moi. Vous êtes en vie. Vous êtes en vie. »
Lentement, ses yeux commencèrent à reprendre vie. Elle regarda avec émerveillement, sa main venant instinctivement toucher son visage.
« Jack ? » murmura-t-elle.
Pour autant que cela le blessa de le faire, Jack sut qu'il était de sa responsabilité de la ramener à la réalité.
« Jack ? » interrogea-t-il.
« Je suis désolée, mon Colonel. »
Ils se séparèrent en hâte. Carter se releva tant bien que mal sur ses pieds et regarda autour d'elle.
« Où sommes-nous ? » demanda-t-elle.
« Juste là où nous avons atterri. Venez, votre Père a besoin de vous. Il pense que vous êtes morte. »
Laissant Carter parler doucement à Jacob, Jack tourna son attention sur Daniel. L'homme se balançait toujours. Son rythme n'avait pas changé, n'avait pas faibli. Il marmottait pour lui-même, mais les mots étaient indéchiffrables. Qui savait quel démon personnel il faisait face ? Une fois encore, Jack fut frappé par le fait que ce n'était pas le Daniel qu'il connaissait. Pendant un instant il avait été capable d'oublier.
« Très bien, Danny boy, debout, » gronda-t-il.
L'homme ne répondit pas.
« Daniel ! » cria sèchement Jack.
Pendant un instant, Jack songea à laisser Daniel là où il était. Il n'était pas une menace pour personne, pas même à lui-même, et cela ne serait-il pas plus facile avec un élément de hasard en moins ? Mais, autant il pouvait aimer l'idée, abandonner Daniel n'était pas une option.
« Daniel allez-vous venir avec nous ou allez-vous rester là ? » demanda-t-il. « J'attends. »
« Vous n'allez pas m'abandonner ? » demanda Daniel, paraissant surpris.
« Non ! »
« Vraiment ? »
« Vraiment. Maintenant bougez vos fesses et saisissez-vous de ce réacteur à Naquadah. »
Jack saisit l'autre côté, laissant à Carter et Jacob le soin de s'occuper du miroir.
« Alors Carter, de quel côté ? » demanda-t-il.
« Les données venaient de cette direction, mon Colonel. »
Elle indiqua un affleurement rocheux tout près. Au moins, pensa Jack, ce n'était pas loin. Il était loin de faire confiance à cet endroit. Pour l'instant, ils semblaient tous voir la même réalité, mais cela n'était pas garanti. Alors qu'ils marchaient d'un pas lourd sur le sol nu, il ne cessait de regarder autour d'eux. Appelez-le paranoïaque, mais il ne pouvait s'empêcher le sentiment que quelqu'un ou quelque chose les épiait.
ooo
Quelqu'un les observait. Sam était trop loin du Colonel pour partager ses soupçons et ce n'était pas quelque chose dont elle était à l'aise pour parler avec son Père. Il penserait qu'elle était paranoïaque. Inconsciemment, elle accéléra leur cadence. Ils devaient atteindre l'affleurement rocheux avant...
Sam ne savait pas.
La première ligne de défense était les illusions, c'était forcément cela. Ils étaient censés être dans leur vaisseau, handicapés par la force des faux souvenirs. S'il n'y avait pas eu le Colonel, ils le seraient. Inutile de dire que Sam était un peu gênée par son comportement. Elle avait toujours été fière de sa force d'esprit, mais c'était O'Neill qui l'avait secourue. Au moins son Père avait été handicapé, mais ce n'était qu'un petit réconfort. Ce qui la perturbait le plus était sa réaction envers Jack... le Colonel. Au moins son Père avait été en dehors du coup et n'avait pas été le témoin de la petite entorse au protocole.
« Est-ce mon imagination ou est-ce qu'il y a quelque chose qui se déplace par là ? » demanda le Colonel en criant par-dessus son épaule.
Sam plissa les yeux en regardant l'horizon. Il pouvait s'agir d'un vent de poussière, mais il n'y avait pas de vent. La charge d'un troupeau d'animaux ? En dépit de l'atmosphère respirable, la lune était déserte de vie.
« Je ne sais pas, mon Colonel, » répondit Sam.
O'Neill et Daniel posèrent le réacteur à Naquadah, le premier levant son P90. Faisant signe à son Père, Sam fit de même. Quoi que ce fût, cela s'approchait, pas de doute. Sam pouvait voir les formes sombres dans la poussière. Des créatures vivantes.
« Mon Colonel ? » commença-t-elle nerveusement.
« Ouais... Avançons, les enfants, » ordonna-t-il.
Ils soulevèrent leurs fardeaux une fois de plus et se dirigèrent vers l'affleurement rocheux, bien que quelle protection il offrirait, Sam ne pouvait le dire. C'était déjà assez difficile de courir sans parler des trente ou quarante kilos du miroir quantique. Elle savait qu'ils n'allaient jamais réussir à atteindre le couvert.
C'étaient des femelles. D'une façon dévoyée certes, mais la nature de leur sexe était évidente. Noir, si noir que la lumière semblait simplement disparaître. Leurs yeux étaient rouges. Leurs cheveux se tortillaient sur leurs têtes comme des serpents. Elles avaient des ailes... du moins Sam le pensait, cela aurait pu être leurs robes, mais elle ne voulait pas les regarder assez longtemps pour le découvrir. Le Colonel était devant elle et Sam se concentra sur ses fesses, plutôt que ce qui gagnait rapidement du terrain sur eux. Cela faillit marcher, jusqu'au moment où le Colonel et Daniel disparurent. Ils étaient juste devant elle et Sam s'était risquée à regarder derrière elle pendant une seconde. Quand elle s'était retournée, ils étaient partis.
« Papa ? » interrogea-t-elle.
« Par là, » cria-t-il en réponse.
Sam n'arrivait pas à comprendre où il voulait dire et elle ne ralentit pas assez pour le découvrir. Elle pouvait les sentir à présent. Une chaleur torride, brûlante sur son dos et son cou. Comme si sentant qu'elles s'avançaient pour la curée, les créatures se mirent à hurler. Incapable de s'en empêcher, Sam lâcha son côté du miroir et tomba sur ses genoux. Elle claqua ses mains sur ses oreilles, tentant de bloquer l'horrible son. Pour la première de sa vie, elle souhaita être sourde. Près d'elle, son Père se tortillait sur le sol.
« Carter ! Carter ! » La voix du Colonel était affaiblie et pâle en comparaison du son qui assaillait ses sens. Tout était affecté : odeur, toucher, vue... Le son allait les rendre fous.
« Ce sont les Erinyes, » s'écria Daniel.
« Il doit bien y avoir quelque chose que nous pouvons faire, » cria O'Neill en réponse.
« Je ne sais pas. »
« Vous disiez qu'il y avait des légendes. Il doit bien y avoir quelque chose ! » Le débat était futile. Sam ne voulait rien de plus que de s'abandonner aux ténèbres. Le claquement des coups de feu fournit un bref répit. Incapable de faire autre chose, le Colonel leur tirait dessus. Son P90 était inefficace. Sam ne pouvait dire si les balles rebondissaient simplement sur elles ou étaient absorbées par l'obscurité.
« Oreste, » hurla Daniel.
« Quoi ? » demanda son Père, comment pouvait-il trouver l'énergie de parler, Sam n'en avait aucune idée.
« Quand il devint fou, il se mordit son propre doigt. Il vit les Erinyes sous un nouveau jour. »
« Ca c'est ce que j'appelle de l'aide, Daniel ! » ajouta Jack.
Mais c'était ça. Sam sut comment ils pouvaient s'échapper. Elle devait juste trouver la force de le dire.
« Lunettes de vision, » cria-t-elle. « Les lunettes de vision de nuit. Différente longueur d'onde ! »
Elle chercha les siennes, s'efforçant de les tirer de son sac à dos. Une fois que ses yeux furent couverts, les cris moururent et elle osa lever la tête. Au lieu du noir, elle vit du blanc. Aveuglant, terrible, mais Sam sentit que son esprit était de nouveau le sien.
« Il y a une caverne, » dit le Colonel.
Il fit un geste de la main vers les rochers. Sam pouvait voir dans la structure la fente briller. Il y avait une source de chaleur derrière.
« En avant, » ordonna-t-il.
Sam reprit le miroir. Daniel partagea le fardeau avec elle cette fois, laissant le Colonel et son Père couvrir leurs arrières. Poumons haletants, muscles brûlants, elle s'élança dans l'ouverture. C'était étroit. Sam réussit à passer de justesse, Dieu seul savait comment les hommes allaient y arriver. Elle tira le miroir derrière elle, suivi de près par Daniel. Le contact avec la roche avait laissé des égratignures et des contusions sur sa peau. Le son était étouffé ici, mais Sam pouvait entendre le P90 du Colonel et le zat de son Père. Le zat cessa de tirer. S'il n'y avait pas eu Daniel pour la retenir, Sam aurait quitté la sécurité de la caverne. Elle lutta avec lui, mais à sa surprise, il était plus fort qu'elle.
« Papa ! » cria-t-elle, sachant qu'il ne pourrait pas entendre. « Daniel, lâchez-moi ! »
« Non ! »
« Daniel ! Je jure que je... »
Mais Sam n'eut jamais la chance de dire à Daniel quelle méthode imaginative elle allait utiliser pour le castrer. Le visage de son Père apparut, rapidement suivi par le reste de son corps alors que le Colonel le fourrait dans la caverne.
« Couchez-vous ! » ordonna-t-il.
Il sortait du C4 de son sac et Sam n'allait pas discuter avec lui. Daniel et elle traînèrent Jacob en sécurité. Elle pouvait voir les Erinyes à l'entrée de la caverne. Des mains griffues grattant le rocher alors qu'elles tentaient de creuser leur chemin à l'intérieur. Soudain le Colonel O'Neill se précipita vers elle.
« Tirez dans le trou ! » cria-t-il en plongeant à terre.
Et Sam eut juste le temps de couvrir ses oreilles.
ooo
Jacob n'avait pas vu cela venir. Il pouvait mettre cela sur le compte de son âge et peut-être à ses réflexes diminués, mais il savait qu'il avait été plus intéressé de mettre Sam en sécurité que de sauver sa propre peau. Ayant failli la perdre une fois aujourd'hui, il n'était pas trop enclin à revivre cela une seconde fois. Il avait perdu sa concentration quand Daniel et elle avaient disparu de sa vue. Cela ne prit qu'un bref instant, mais elles parurent le sentir. Brusquement, il ressentit une douleur. Puis tout ce qu'il entendit fut le toit qui tombait.
Lorsque la poussière diminua, Jacob tenta de bouger pour découvrir Sam qui le maintenait au sol.
« Ne bouge pas, Papa, » avertit-elle.
Il baissa les yeux sur son épaule, voyant l'endroit où la griffe l'avait transpercée. Elle avait apparemment passé à travers. Sam faisait de son mieux pour arrêter le flot de sang, mais les bandages qu'elle appliquait étaient rapidement détrempés. Jacob savait que Selmak avait de meilleures de chances de le guérir qu'elle. Il repoussa ses mains.
« Beau boulot, » dit-il à Jack.
L'entrée de la caverne était complètement bloquée. Il est vrai que rien n'allait les atteindre, d'un autre côté...
« Et comment exactement sommes-nous censés sortir ? » poursuivit Jacob.
Jack lui jeta un regarda noir.
« Nous n'aurons peut-être pas à le faire, » dit Daniel.
Il s'était légèrement écarté des autres et scrutait les recoins de la caverne.
« Ceci semble faire demi-tour, » ajouta-t-il.
« Les émissions énergétiques venaient d'ici, » acquiesça Sam.
« Okay, alors nous explorons un peu, » dit Jack.
Autant il aurait aimé aller avec eux, Jacob savait qu'il n'allait pas bouger de si tôt. Cette blessure prendrait à Selmak un certain temps.
« L'un d'entre nous ferait bien de rester ici et s'assurer que cette barrière tienne, » dit-il.
Il savait qu'il ne trompait personne, mais Jacob voulait s'épargner toute discussion.
« Je resterai avec toi, » se proposa-t-elle immédiatement.
« Non, tu ne peux pas. Tu es la seule qui sache comment faire fonctionner le miroir, » argumenta Jacob.
« Je reste ici. »
Ce n'était pas le meilleur des moments pour que Sam démontre son entêtement. Il n'était que son Père. Elle n'allait pas l'écouter.
« Carter, faites ce que vous dit votre Père, » dit Jack, sa voix lasse au-delà de la raison.
Il y avait bien des façons de donner des ordres et celle-ci était la plus subtile des ordres de Jack. Jacob savait que n'importe quel ordre donné sur un ton plus fort aurait résulté en une désobéissance de Sam. De cette façon, elle céda avec à peine une protestation. Sam étreignit Jacob une dernière fois, puis rejoignit Daniel. Jacob regarda Jack, hochant la tête à l'homme.
« Nous reviendrons vous chercher, » promit Jack, que ce soit par égard pour lui ou pour Sam, il ne put le dire. Il espérait juste que c'était vrai.
ooo
Ils étaient de retour. Daniel une fois de plus se retrouva debout devant les trois Autres, tentant de deviner les pensées derrière leurs expressions impassibles.
« Nous avons étudié vos paroles, » dit Mary.
Daniel ne répondit pas. Il les fixa juste, aussi mystérieux que n'importe quel Ancien. S'ils pensaient qu'ils pouvaient le surpasser, ils se trompaient grandement.
« Votre argument a son mérite, » continua Elizabeth.
« Pourquoi ? » demanda Daniel.
« Si vous n'aviez pas interféré, les humains de la Terre auraient été effacés. Ils continueront d'exister grâce à vous, » répondit Peter.
« Et le reste de l'univers ? Est-ce que tout le monde mérite de mourir ? »
« Bien que les gens de la Terre ait causé la perturbation, vous avez été très arrogant en supposant qu'ils étaient les seuls à pouvoir fournir un remède. Il y a bien des races qui sont également capables, sinon plus. »
« Et si personne ne l'avait remarquée ? »
« Alors tel aurait été le destin de l'univers. »
Daniel tentait de garder un sévère contrôle de ses émotions. Il tenta, mais échoua. Et c'est eux qui l'appelaient arrogant ? Il n'était pas celui qui était là à attendre tranquillement que toutes choses finissent.
« Ne voulez pas vous vivre ? » leur demanda-t-il. « Est-ce qu'il n'y a rien qui vaut la peine de se battre à vos yeux ? Ou votre vie est-elle si ennuyeuse que vous désirez que tout se termine ? »
Ils ne répondirent pas.
« Bon sang ! Ils pourraient ne pas réussir. Dans ce cas, vous aurez ce que vous vouliez et ce sera la fin de tout. Avez-vous pensé à ça ? »
« Nous allons discuter de votre punition, » dit Elizabeth, ignorant sa question.
« Attendez ! » l'arrêta Mary.
Se levant, elle s'approcha de lui. Daniel soutint son regard, n'osant pas parler ou bouger. Il retint sa respiration inexistante. Un par un, les Autres suivirent et Daniel eut une impression soudaine, claire de ce qu'un animal au zoo devait ressentir. Pas un gros chat ou un éléphant... Quelque chose de primitif et d'amusant. Un singe. Etait-ce pourquoi Oma avait voulu qu'il fasse l'ascension ? Pour donner aux Autres quelque chose sur quoi pointer leurs doigts et rire ?
« Alors pourquoi ne pas attendre et voir ? » suggéra Daniel. « S'ils réussissent, alors vous pourrez me punir... et moi seul. Le crime était mien donc je devrais en payer le prix. »
« Et laisser votre peuple tranquille ? » demanda Mary.
« Oui. »
« Je suis d'accord. »
« Moi aussi, » dit Peter. « Elizabeth ? »
L'autre femme resta silencieuse, mais elle aussi hocha la tête. Daniel ferma ses yeux et souffla une prière silencieuse. Il avait gagné à ses amis, et à son peuple, un peu plus de temps.
Chapitre Vingt et Un
« Monsieur, je pense que cette caverne pourrait bien être artificielle. »
Jack n'avait pas besoin d'entendre les mots de Carter. Il en était arrivé à la même conclusion quelques minutes plus tôt, mais décida de la laisser avoir son moment. Ses mots furent suffisants pour inciter Daniel à l'action car il devint soudain très intéressé par les murs du tunnel. Jack dut l'en écarter.
« Vous pourrez y regarder plus tard, » dit-il.
Le chemin qu'ils suivaient se mit à descendre, ce qui n'était pas inhabituel pour des structures construites par les Anciens. Cela paraissait logique qu'ils aient voulu protéger l'endroit... même en addition de ce qui rôdait à l'extérieur. D'après son look, l'installation avait été abandonnée depuis longtemps. Le sol, autrefois lisse, était à présent couvert de poussière et de gravats. Levant la tête au plafond, Jack put voir les restes de ce qui auraient pu avoir été des lampes. Leurs lunettes à vision nocturne n'avaient plus grande utilité, aussi ils les remplacèrent par leurs lampes torches.
« Ca ne devrait plus être très loin, » dit Sam.
Elle avait raison, comme c'était le cas sur bien des choses. Le passage se termina et ils se retrouvèrent dans un hall aux miroirs. Jack promena lentement sa torche autour de lui, la lumière créant une myriade de réflexions. Les miroirs étaient enfoncés dans les murs de la caverne. Comme si leur présence avait été détectée, la lumière s'alluma.
« Mon Dieu, tout cet endroit doit être fait de Naquadah, » souffla Sam.
« Jack, regardez ! » s'exclama Daniel.
Là, comme une dent manquante, il y avait un trou dans le cercle de miroirs.
« Mon Colonel ! » Carter ramena son attention sur les autres surfaces réfléchissantes.
Elle fixait l'une d'entre elles, donnant l'impression qu'elle essayait de donner un sens à l'image au-delà. Jack s'avança derrière elle.
« C'est nous, » souffla-t-elle.
Ca l'était, mais pas leurs réflexions. Le miroir montrait Carter et lui-même. Elle était en uniforme et il y avait des étoiles de Général sur sa chemise. Un univers alternatif, où le miroir quantique était dans un entrepôt au SGC. Un entrepôt où la porte fut rapidement fermée et le couple s'enlaça en une étreinte passionnée. Carter se recula, directement dans les pieds de Jack. Il étouffa son cri de douleur en clopinant sur le côté et se retrouva debout devant un autre miroir. Dans celui-ci, il pouvait se voir sur une autre planète. Un monde pastoral. Quelqu'un courait vers lui, une petite fille avec ses cheveux nattés. Le Jack du miroir ouvrit ses bras, soulevant l'enfant et la faisant virevolter. Il se sentit sourire à la vision. C'était un acte familier, un qu'il jouait avec Charlie.
Il y avait quelque chose qui ressemblait à de l'accoutumance dans le fait de regarder ces versions alternatives de lui-même. Dans le suivant, il tenait deux bébés, des jumeaux d'après leurs tenues identiques. Jusqu'à un autre miroir où il se vit mourir. Carter était à nouveau à ses côtés. Elle pleurait aussi fort qu'il l'avait jamais vue le faire. Jack ressentit l'envie de passer la main à travers la vitre et de la réconforter.
« Je pense que cet endroit doit être une sorte d'observatoire, » dit Carter.
Jack se retourna pour saisir un éclair d'une image d'elle avec Martouf, avant qu'elle se tienne devant la surface réfléchissante et ne bloque la vue.
« Observatoire de quoi ? » demanda-t-il.
« Pensez-y, vous pourriez regarder votre propre vie et vous empêcher de faire des erreurs. »
« Super. »
« Ou d'observer des civilisations... n'importe quoi. »
« Je ne vois pas comment. »
« Il doit y avoir un moyen de le contrôler. »
« Jack ! Sam ! »
La voix de Daniel interrompit leur discussion. L'homme montrait du doigt un autre miroir, son excitation évidente.
« Je pense que ceci est ma réalité, » dit-il avec un grand sourire.
« Comment pouvez-vous le dire ? » demanda Jack.
« Je le sais, c'est tout. »
« Okay, installons ce truc pour que nous puissions vous renvoyer chez vous... Carter ? »
Elle ne répondit pas. Jack se retourna, Carter n'était nulle part dans la salle.
« Restez ici et ne touchez à rien, » avertit Jack.
Il refit le chemin par où ils étaient venus, criant son nom. Leurs empreintes de pieds étaient visibles dans la poussière... Trois paires entrant dans la salle. Il n'y avait aucun autre chemin.
Carter était partie. Comme si elle n'avait jamais existé. Jack ferma les yeux. Ils devaient le faire, avec ou sans elle... ils n'avaient pas le choix.
« Daniel, vous avez une idée de ce que nous devons faire avec ce truc ? » demanda Jack en retournant dans la caverne.
« Non... et vous ? »
« Non. »
Ils se regardèrent puis le miroir. Jack toucha le réacteur à Naquadah sans conviction. Ceci ne pouvait pas être si difficile que ça. Ils avaient juste à connecter le réacteur au miroir et...
« Je pense que ça va là, » dit Daniel obligeamment, plaçant sa main dans l'espace vide.
Quelle que soit la réplique que Jack aurait pu faire mourut sur ses lèvres. Une note basse remplit la salle à un niveau qui cessa d'être un son pour n'être qu'une vibration. Jack sentit le plombage de ses dents bouger alors que le volume augmentait. D'où cela venait, il n'en avait aucune idée, mais elle remplissait toute la pièce. L'air devant eux bougeait, prenant forme et substance. Jack éloigna Daniel du centre de la chambre. La lumière se courbait, prenant la forme de quelque chose de véritablement terrible.
« J'ai un mauvais sentiment, » marmonna Daniel.
« Vous croyez ? »
La créature ressemblait vaguement à un centaure. A partir de la taille, c'était une femme, avec de longs cheveux sombres encadrant un visage qui aurait presque pu être décrit comme magnifique. Au-dessous, son corps couvert d'écailles se divisait en un millier de jambes, se tortillant comme une fosse à serpent. Jack refoula l'envie de vomir comme il les regardait, visqueux, jamais immobiles. Elle se tourna vers eux et cria. Levant son P90, Jack vida son chargeur dans son corps immonde. Les balles semblèrent glisser sur la surface comme si elle était couverte de Naquadah. Elle pouvait l'être, pour tout ce qu'il en savait. Peut-être que les Anciens l'avait faite ainsi. Irritée, l'une de ses jambes s'élança vers lui, mais Jack réussit à l'esquiver par-dessous.
« Daniel ! » cria-t-il.
« Je n'ai pas d'arme ! »
« Le miroir ! »
Si Jack pouvait l'occuper suffisamment, alors peut-être auraient-ils une chance, peut-être. Une seconde jambe le frappa par derrière, l'envoyant au sol.
ooo
George Hammond était assis à son bureau, et fixait le téléphone rouge. Il n'y avait rien d'autre qu'il pouvait faire. Il avait parlé jusqu'à en avoir mal à la gorge. D'abord aux Chefs d'Etat Major, puis au Président, aucun ne voulait croire que ceci était le résultat d'une erreur, une incompréhension. Autant il détestait l'admettre, George pouvait comprendre leur point de vue. S'il fallait croire la prédiction du Major Carter, alors cela n'aurait de toute façon pas d'importance. Les lancements de missiles avaient été détectés et les USA n'avaient pas d'autre choix que de riposter.
Il pouvait voir tout cela dans son esprit.
Accélération : 3-4 minutes.
Trajet : 25 minutes.
Acquisition : 2 minutes.
Au moins, pour beaucoup, cela serait rapide. Pour les autres... avec un peu de chance, l'univers arriverait d'abord à sa fin.
Après la fin de la Guerre Froide, George avait espéré que la menace d'une guerre nucléaire avait diminué. Il se demandait maintenant si cela avait jamais été le cas. Bien sûr, les Etats-Unis et l'ancienne Union Soviétique avaient diminué leur arsenal, mais ils n'étaient pas les seuls joueurs, loin de là. Ironiquement, cela n'avait rien à voir avec la race humaine. C'était la faute d'une race si avancée, si lointaine, qu'elle avait choisi de quitter la galaxie. Leurs artéfacts jonchaient leurs anciens mondes comme des jouets dont ils s'étaient débarrassés prêts à faire trébucher les plus petits.
George décida d'aller faire un tour.
Plus que tout, il voulait décrocher le téléphone et appeler ses petites-filles. Dans un monde normal, c'était l'heure à laquelle elles rentreraient à la maison. Pas de doute que Kayla aurait plein d'histoires à raconter sur sa journée d'école. Elle commençait à devenir une sacrée comédienne. Tessa aurait un autre 20 à accrocher sur le réfrigérateur. George avait le secret espoir qu'elle suivrait son grand-père dans l'USAF. Cela pouvait encore arriver... si SG-1 réussissait. Il jeta un œil à sa montre. Ils avaient un peu moins de quinze minutes pour cela.
Il n'avait jamais été plus fier des hommes et des femmes sous son commandement. Ils étaient tous à leurs postes, travaillant avec la tranquille efficacité qui était un témoignage de leur entraînement et de leur dévouement.
ooo
Daniel regarda avec horreur Jack tomber et ne pas se relever immédiatement. La créature, sentant qu'elle avait abattu sa proie, se pencha sur son corps couché face contre terre, le poussant d'une de ses jambes. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne tourne son attention vers Daniel. Son corps bloquait la seule voie de sortie, il n'y avait donc nulle part par où s'enfuir. Non pas qu'il l'aurait fait. Il ne pouvait pas bouger. Le miroir était à quelques centimètres de sa main, mais il était paralysé par la peur.
Jack avait raison. Il était un lâche.
C'était ainsi que cela s'était passé dans sa réalité, quand on lui avait demandé d'aller sur une mission avec SG-1. En cette occasion, la terreur avait été imaginaire. Maintenant, elle se tenait devant lui, pire que n'importe quel cauchemar. Daniel savait ce que c'était et la légende qu'elle avait engendrée. Kampe. Gardienne des Tartares jusqu'à ce que Zeus la tue de ses éclairs. Etant donné que Daniel n'était le réceptacle d'aucun pouvoir divin, il était pour ainsi dire fini.
Toutes ces poussées semblèrent avoir réveillé Jack, car soudain il s'efforça de se remettre sur ses pieds et s'éloigna de Kampe. Elle le laissa aller le regardant se déplacer avec des yeux curieux. Daniel avait le sentiment qu'elle jouait avec lui... avant d'avancer pour la curée.
« Daniel ! » cria encore Jack.
« Je ne peux pas, » répondit Daniel.
« Si vous le pouvez ! »
La tête de Kampe virevolta et elle hurla lorsque son attention se tourna vers Daniel. Sa queue frappa, l'empalant sur la pointe. Pendant quelques instants, il resta en l'air avant qu'elle le relâche d'une secousse dédaigneuse. Le feu coula à flots dans ses veines lorsque le poison fit son effet. Jack criait, tentant de ramener l'attention sur lui, mais Daniel connaissait déjà le pire. Il était en train de mourir.
Le poison de scorpion était une neurotoxine et celui de Kampe ne semblait pas être une exception. Daniel pouvait déjà sentir un engourdissement graduel s'étendre à travers son corps. Quelque chose changea. L'inévitabilité de sa mort annihila sa peur. Elle avait simplement cessé d'agir. Il concentra son attention sur le miroir. Sur des jambes qui défaillaient, il rampa vers celui-ci. Rien ne semblait plus important et l'échec ne semblait pas une chose si terrible. Pourquoi devrait-il s'en faire s'il n'y arrivait pas ? Il n'y avait rien de personnel en jeu. Que pouvait-il perdre d'autre ?
Il ne sut pas comment il réussit à manœuvrer le miroir en position. Cela prit plus de force qu'il ne pensait avoir. Le temps qu'il finisse, ses jambes ne supportaient plus son poids. De l'autre côté de la salle, Jack bougeait toujours, toujours un coup d'avance sur Kampe, mais il fatiguait. Il devait l'être. Daniel retourna son attention sur sa tâche.
Un réacteur à Naquadah. Sûrement que cela ne pouvait pas être plus difficile que de sauter d'une voiture en marche.
Il n'y avait que trois fils à choisir et fort heureusement, ils étaient de couleur. C'était les doigts de Daniel qui étaient le problème. Les fourmillements étaient si intenses que les fils ne cessaient de glisser de sa prise. Il pleurait presque de frustration. Serrant sa main gauche autour des doigts de sa droite, Daniel réussit à saisir un fil et à l'enrouler autour de la connexion sur le miroir. Il voulait s'arrêter, mais il savait qu'il n'en avait pas le temps.
Il pourrait se reposer quand il serait mort.
Le second fil fut connecté. A la périphérie de sa vision, Daniel vit Jack glisser, tomber et rouler hors de portée de la queue de Kampe. Rien que le troisième... rien que le troisième... mais sa vision diminuait. Daniel ne put dire s'il avait réussi à connecté le troisième fil ou pas. Il ne voyait plus, ne sentait plus. La dernière chose qu'il entendit fut Jack qui criait son nom.
Chapitre Vingt deux
« Daniel ! »
Et l'univers fut plongé dans les ténèbres. Cela ne dura qu'une microseconde, mais Jack sentit chaque étoile sans exception s'éteindre. Quand elles flamboyèrent une fois de plus, il sut que quelque chose était différent. L'univers avait fait un pas de côté et s'était engagé sur une nouvelle voie. Et Jack était seul dans le hall aux miroirs. La bête, quoi qu'elle fût, s'était évanouie, rappelée à son antre... ou c'est ce qu'il espérait. Son corps douloureux était la seule preuve qu'elle avait jamais existé.
Le miroir de Carter avait été accepté dans le cercle. Il était à présent enfoncé dans le mur, le Naquadah l'ayant environné comme une sorte d'organisme vivant. La dernière fois que le miroir avait été activé, l'image avait changé continuellement. Il n'y avait pas de contrôle. A présent, lorsque Jack y regarda, l'univers que le miroir montrait était stable. Il pouvait voir Daniel. Il y avait des gens à ses côtés, certains que Jack reconnaissait, et d'autres pas. Mais il recevait des soins médicaux, pour tout le bien que cela pouvait faire. Jack se vit lui-même, juste un instant. Il apparut juste au moment où Daniel était emmené précipitamment sur un chariot.
Il était l'heure de rentrer à la maison. Ignorant les vues qui apparaissaient dans les autres miroirs, Jack s'avança lentement vers la sortie. Ses muscles commençaient déjà à s'ankyloser et il espérait vraiment que la Porte des étoiles était opérationnelle. Il avait de nouveau ces images de l'infirmerie. L'idée d'un long voyage vers la Terre uniquement en compagnie de Jacob n'était pas du goût de Jack. Il tentait de ne pas penser à Carter et où elle pouvait se trouver à cet instant. Et Teal'c ? Est-ce que son ami était revenu dans cet univers où était-il toujours quelque part ailleurs ? Etait-il mort ? Trop réfléchir n'était habituellement pas le problème de Jack, excepté en des moments comme celui-ci. A la fin, quand il n'y avait plus rien à combattre et que l'adrénaline ne le nourrissait plus. C'était à des moments comme celui-là qu'il se demandait s'il ne commençait pas à être trop vieux pour cela ? S'il n'était pas l'heure de prendre sa retraite, de se caser avec une blonde et une jolie clôture blanche ?
Jack plaça davantage de C4 à l'entrée de la salle. Juste pour décourager tout visiteur futur. L'explosion réveilla Jacob. Il était sur ses pieds et attendait lorsque Jack arriva à l'entrée en courant.
« J'espère vraiment que ce n'était pas notre seule voie de sortie, » grommela-t-il.
« C'est une voie sans issue, » expliqua Jack.
« Eh bien, maintenant ça l'est. »
« Nous allons juste devoir creuser pour sortir d'ici. »
« Super. » Ignorant Jacob, Jack se mit à observer le tas de rocs bloquant leur sortie, tentant de trouver le meilleur endroit pour commencer.
« Où est Sam ? »
C'était la question que Jack avait redoutée.
« Jack ? »
« Je ne sais pas, » répondit-il.
Il garda son dos vers Jacob, ne désirant pas qu'il voie la vive émotion dans ses yeux. Jack était trop fatigué pour tenter de cacher cela maintenant.
« Quoi ? » cracha Jacob.
« Je ne sais pas, » répéta Jack, « elle était là un instant et partie l'instant d'après. Comme Teal'c, comme Siler... Merde ! »
Un morceau de rocher assez gros s'était détaché et était tombé en plein sur son pied.
« Ecoutez, pouvons-nous ne pas avoir cette conversation maintenant ? Je dois retourner au SGC. Elle pourrait être là-bas. »
« Elle a intérêt, » fut la réponse sombre de Jacob.
Jack ne dit rien. Rien n'apaiserait Jacob sinon de voir Sam. Certainement pas des mots. Certains pourraient dire que la vie d'une femme est un petit prix à payer... mais Jack ne serait jamais de ceux-là. Il n'était jamais acceptable de perdre une vie.
Creuser leur chemin pour sortir ne fut pas aisé. Quand Jack faisait sauter quelque chose, il faisait généralement du bon boulot. Il leur fallut deux heures pour faire un trou suffisamment large pour eux deux et se tortiller à travers. La surface de la lune était silencieuse. Pour le moment, quel que soit ce qui protégeait cet endroit était parti. Jack ne prévoyait pas de rester ici assez longtemps pour découvrir si elles allaient revenir. Il avait le sentiment que le répit ne serait que temporaire. L'univers n'était pas si généreux.
« Vous venez ? » demanda-t-il à Jacob.
« Je vais prendre le vaisseau, » dit l'homme. « Les Tok'ra n'en ont pas tant que ça, ils ne peuvent se permettre de les laisser derrière. Dites à Sam de m'appeler. »
« Je le ferai. » Les deux hommes se serrèrent la main avant d'aller chacun leur chemin.
ooo
Walter Harriman regarda la Porte des étoiles s'activer avec une certaine fierté.
« Activation extérieure non programmée ! » annonça-t-il.
L'iris se ferma. Le Général Hammond apparut derrière lui.
« Nous recevons le signal de SG-1, » lui dit Harriman.
« Ouvrez l'iris, » ordonna Hammond et il quitta la salle de contrôle pour aller accueillir le Colonel O'Neill.
Et Walter fit cela, avec la certitude d'un travail bien fait. Tout marchait comme il devrait. Il pourrait peut-être même prendre une pause et aller chercher un café... bien qu'en y réfléchissant, c'était peut-être trop risqué. Avec toute cette bizarrerie dans la base, cela ne serait pas bon pour Walter si on découvrait qu'il avait quitté son poste. Le fantôme d'un souvenir flotta au fond de son esprit, un qu'il tentait de supprimer. Il devait y avoir une raison pour qu'il se réveille attaché à un lit dans l'infirmerie. Il se rappelait être très, très en colère à propos de quelque chose, mais c'était tout. Rien d'autre. Le Dr. Fraiser avait été très réticente à le laisser sortir et certainement pas sans médecin, lequel montait actuellement la garde avec une très grosse seringue.
Quel que soit ce qui s'était passé, SG-1 avait dû être au centre de cela, à en juger par l'état du Colonel O'Neill. Au moins il était encore sur ses pieds, bien qu'à peine. Au milieu de ses protestations, il s'assit soudain au bas de la rampe. Au signe de tête du Général Hammond, Walter appela l'infirmerie. Les infirmières arrivèrent rapidement, malgré le grand détour à cause du couloir toujours bloqué pour empêcher l'accès aux toilettes des hommes. O'Neill fut forcé d'aller avec elles en dépit de ses protestations très vocales.
La salle d'embarquement se vida et Walter fut laissé à sa contemplation du centre de son existence, uniquement perturbé par la voix du Sergent Siler.
« Est-ce que quelqu'un a vu ma clé à molette ? »
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Mis à part les habituels surmenages, entorses et contusions, il n'y avait rien qu'un peu de repos ne pût guérir le Colonel O'Neill. Janet aurait aimé le garder à l'infirmerie pendant quelques jours, mais la triste vérité était que tous ses lits étaient occupés. Les dernières vingt-quatre heures avaient vu un nombre extraordinairement élevé de blessures mineures. Puisque O'Neill était mobile, il pouvait probablement s'occuper de lui-même. Bien que sa forme de thérapie consisterait sans doute en une pizza et trop de bières, Janet n'avait pas vraiment d'appréhension à le renvoyer chez lui. Sinon le fait qu'il ne semblait pas vouloir partir.
« Je vous ai dit que je n'ai pas vu Sam depuis un moment maintenant, » dit-elle en se déplaçant pour examiner son patient suivant. Les brûlures du Colonel Reynolds n'étaient pas critiques, mais il était moins que confortable. Jonas Quinn était presque guéri, ce qui était un soulagement. Il recevait bien trop d'attention des infirmières.
« Est-elle rentrée chez elle ou... ? » insista O'Neill.
« Colonel, je ne sais vraiment pas. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser. »
Mais il ne partit toujours pas. Il resta là, paraissant un peu perdu.
« Vous devriez peut-être vérifier avec Teal'c ? » suggéra Janet.
« Il est là ? »
« Euh... oui. Je l'ai vu dix minutes avant votre arrivée. Il venait de partir faire son kelnorim. Si vous vous dépêchez, vous pourriez l'attraper avant qu'il n'y soit trop profondément plongé. »
« Merci, doc. »
Secouant la tête, Janet regarda le Colonel partir avec allant. Pourquoi pensait-il que Teal'c serait ailleurs était un mystère, mais un qu'elle était disposée à ignorer pour l'instant. Elle avait bien trop à faire pour s'inquiéter de Jack O'Neill.
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« Ca a marché. Ils ont réussi, » s'écria Daniel, trouvant difficile de ne pas montrer son exultation dans sa voix. Il avait envie de faire la danse de la victoire et faire un doigt d'honneur aux Autres, mais il décida que cela n'aiderait pas sa cause. Ils le puniraient, mais Daniel n'en avait vraiment rien à faire. Ses amis étaient en sécurité. Une fois encore, SG-1 avait déjoué le sort.
« Vos amis ont bien travaillé, » dit Elizabeth.
« Bien sûr, » sourit Daniel.
« Nos remerciements sont sans fondement, » répondit Peter.
« Ils ne le sauront jamais, » ajouta Mary.
Et soudain Daniel eut un mauvais sentiment concernant toute cette affaire. Il n'aimait pas la façon dont les Autres lui souriaient.
« Quoi ? Qu'allez-vous faire ? » demanda-t-il.
« Votre punition a été décidée, » annonça Mary.
« Très bien, punissez-moi. »
« Nous le ferons. »
« Faire quoi ? » Daniel eut l'envie illogique de s'examiner lui-même, juste pour s'assurer que tout était à la bonne place.
« Qu'allez-vous faire ? » demanda-t-il.
« La connaissance que vos amis possèdent est dangereuse aux mains des mortels. Elle doit être ôtée, » dit Peter.
« Vous ne pouvez pas faire cela. »
« Nous le pouvons. Nous le devons. »
« Et moi ? Je suis celui qui devrait être puni. »
« C'est vous qui accomplirez cela. »
« Non. »
« Alors votre planète sera effacée, » dit Elizabeth avec un sourire.
ooo
Le soleil se levait. Une étoile jaune de taille moyenne s'élevait au-dessus de l'horizon. Les nuages, le ciel étaient de toutes les teintes de roses, rouges et oranges... et tout était comme il devrait être. Sam ne pouvait se rappeler la dernière fois qu'elle avait pris autant de plaisir à regarder le lever du soleil. Assise là, au sommet de la montagne, c'était l'un de ces moments où elle se rappelait combien la Terre pouvait être belle. Elle s'étendit, ignorant l'herbe humide, prenant de profondes respirations d'air froid.
« Carter ! »
La voix du Colonel brisa la paix du matin. Sam savait qu'elle devait répondre.
« Par ici, mon Colonel ! » répondit-elle.
Elle ne se leva pas. Restant là où elle était alors que ses pas se rapprochaient de plus en plus, prenant un plaisir puéril à le faire chercher. Finalement son ombre se dessina au-dessus d'elle et Sam se redressa.
« Vous voilà, » grommela-t-il, « Je vous ai cherchée partout. »
« Je pensais que je ferais bien de vérifier le soleil, monsieur, » répondit-elle.
« Ouais, eh bien, il est normal et tout. » Avec un grognement, il s'assit à côté d'elle, croisant ses bras sur sa poitrine. Il y avait quelque chose d'étrange à sa façon de se comporter. Comme s'il voulait la toucher, mais ne pouvait se résoudre à le faire.
« Est-ce que tout va bien, mon Colonel ? » demanda Sam.
« Vous vous souvenez, n'est-ce pas ? »
« Me souvenir de quoi ? »
« D'être sur cette lune ? Le hall aux miroirs ? Vous étiez là et puis vous étiez partie. »
« Je suis désolée. »
« Je pensais que je vous avais perdue. » Sa voix était lourde de cette émotion qu'elle n'avait pas entendue depuis le test Zaytarc, mais Sam lui répondit d'une voix légère.
« Eh bien, vous ne m'aviez pas perdue. J'ai été là tout le temps. »
« Oui, je suppose. »
Ils restèrent assis quelque temps, regardant le soleil monter plus haut dans le ciel et commencer à diffuser sa chaleur au monde. Sam se coucha à nouveau, et le Colonel s'étendit à côté d'elle.
« Le miroir a marché, » dit O'Neill.
« C'est vrai ? »
« Vous semblez surprise ? »
Il la taquinait, mais Sam devait avouer qu'elle était souvent étonnée que ses solutions marchent.
« Nous avons encore sauvé le monde ? » demanda-t-elle.
« Oui. »
« Vous n'en semblez pas trop content. »
« C'est juste que je... vous savez. »
Le sourire du Colonel fut aussi las que ses mots et Sam se demanda s'il était vraiment fatigué de tout ceci. Il donnait toujours l'impression d'être un grand gamin, mais à cet instant, à la lumière du soleil levant, il semblait soudain lessivé. Encore combien de temps pourraient-ils, tous autant qu'ils étaient, continuer, se demanda-t-elle. Parfois, Sam se regardait dans le miroir et s'interrogeait sur la personne qu'elle était devenue. Ce n'était pas qu'elle n'aimait pas sa vie, mais... et c'était cela. Ses choix. Elle était couchée là à côté de lui, mais elle ne pouvait le toucher, elle ne pouvait le tenir... elle détestait cela.
« Mon Colonel ? » commença-t-elle.
Le nœud dans sa gorge était si gros qu'elle put à peine parler.
« Oui ? » demanda-t-il.
« Je réfléchissais. »
« Vraiment ? »
Elle rit, elle ne put se retenir. Son visage s'illumina quand il la fit rire. Elle n'avait jamais remarqué cela auparavant.
« A quoi ? » demanda-t-il.
« Je ne sais pas... à tout ça. »
Elle se mit à faire un geste entre eux, puis laissa retomber sa main.
« Je suis désolée, » marmonna-t-elle, « je suis juste fatiguée, je crois. »
« Nous devrions partir d'ici. »
« Non... non... C'est agréable. »
Si elle rentrait chez elle, elle aurait à être seule et Sam ne voulait pas cela maintenant. Elle ferma les yeux et laissa la chaleur du soleil l'endormir. Et quelque part, dans cette région entre le sommeil et l'éveil, Sam sentit quelqu'un tenir sa main.
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Il se tenait au-dessus d'eux, regardant ses amis endormis sous le soleil. Se tenant la main comme les enfants, ils semblaient si jeunes, si innocents. C'était drôle, Sam et Jack, ils étaient endurcis et avaient de l'expérience, mais à cet instant, c'était Daniel qui se sentait vieux.
Et les Autres étaient là.
Il savait qu'il devait le faire. Eux, ses plus proches amis, étaient les derniers.
Doucement, il caressa le front de Sam et celui de Jack.
Fermant les yeux, il courba l'espace autour d'eux, les séparant. L'un se réveillerait chez lui tandis que l'autre se réveillerait dans ses quartiers... ne sachant jamais à quel point ils s'étaient rapprochés.
« C'est fait, » dit-il.
Et les Autres s'en allèrent. Il savait qu'ils avaient été indulgents. Il devrait être heureux, mais il était conscient qu'à toute autre tentative d'ingérence, la race humaine ferait face à la plus sévère des conséquences. Seul le temps dirait si Daniel pouvait vivre avec cela.
Chapitre Vingt-trois : Epilogue
« Et c'est pour ça que vous refusiez de me tirer du petit palace de plaisir de Baal ? » demanda Jack.
Daniel acquiesça, se préparant à la colère de son ami. Il remarqua la main de Sam bouger soudain sur la cuisse de Jack, le distrayant, le réfrénant. Poussant un soupir de soulagement, Daniel continua.
« Mais quand il s'est agi d'Abydos, je ne pouvais pas rester là plus longtemps à ne rien faire, et vous savez le reste de l'histoire. »
« En effet, » répondit Teal'c. « Je dois réfléchir à vos mots, Daniel Jackson. »
« Ne me dites pas que vous n'auriez pas fait de même ? »
« Je ne peux pas vous dire ce que je ne sais pas. »
Regardant ses amis, Daniel vit des expressions similaires dans leurs yeux. Il les avait trahis et il doutait qu'ils comprennent un jour ses raisons. Comment le pourraient-ils ? Il était le seul qui avait fait l'ascension, qui savait... la main de Sarah se glissa dans la sienne. Daniel lui sourit, heureux de son soutien.
« Ecoutez, nous devrions partir, » dit Sam en se levant.
« Ouais, » acquiesça Jack, « Je dois retourner à la base et sortir cette fichue lune de la base de données. J'espère juste que Balinsky ne viendra pas pleurnicher. »
« Jack... » commença Daniel.
« Non. Daniel, vous êtes mon meilleur ami, et je vous pardonnerai. Vous m'avez sauvé les fesses trop de fois pour qu'il en soit autrement. Pour l'instant, je suis fatigué et je suis très, très grincheux. »
« D'accord. »
« Bien. Je vous verrai dans quelques jours. »
Jack sortit avec raideur, suivi de Teal'c... ce qui ne laissa que Sam. Elle semblait toute aussi déçue par lui et, d'une certaine façon, c'était pire que la colère de Jack et la retenue de Teal'c. Daniel ne savait pas quoi dire. Il avait le sentiment qu'elle avait été plus affectée que les autres, mais il n'arrivait pas à en comprendre la raison. Bien sûr, elle avait fait quelque chose d'incroyable, quelque chose qui ne serait jamais reconnu par le monde, mais il ne pensait pas que c'était cela. Sam n'était ce genre de personne qui recherchait les félicitations. La plupart de ses accomplissements scientifiques étaient des secrets d'états. Ceci était plus personnel. Elle ne dit rien en suivant les autres.
Sarah et lui se regardèrent.
« Cela aurait pu être pire ? » offrit-elle.
« Je ne sais pas. Je pense que j'aurais préféré si Jack m'avait hurlé dessus. »
« Peut-être qu'il s'amollit avec l'âge ? »
« Ou s'il m'avait frappé. »
« Daniel... »
« Il aurait dû me frapper. »
« Daniel, tu dois arrêter ça. Tu as fait ce que tu pensais être bien. Trop dommage s'ils ne l'apprécient pas. »
Daniel fixa Sarah, surpris par la force dans sa voix. Il avait été tellement pris à s'occuper d'elle qu'il n'avait pas remarqué qu'elle était redevenue elle-même. Elle mit ses bras autour de lui et Daniel lui rendit son étreinte, s'autorisant à être réconforté par elle.
« Viens, » dit-elle au bout d'un moment, « retournons au lit. »
« C'est presque le matin ! » protesta-t-il.
« Jack t'a donné deux jours de congés. Je suggère que tu en profites. »
Il n'eut pas vraiment le choix en la matière car elle le guida vers l'escalier. Daniel savait que Jack ne voulait pas le voir pendant quelque temps. Ce n'était pas simplement une générosité inhabituelle. Et après cela... ils seraient okay.
Comme toujours.
ooo
Sam tint la main de Jack lorsqu'il la ramena jusqu'à sa porte d'entrée. Il n'y avait pas de raison pour cela, juste qu'elle ressentait le besoin d'un petit geste romantique. Le soleil était bel et bien levé depuis plusieurs heures. 'Faire un saut à la base' s'était transformé en un petit incident diplomatique et un dangereux artéfact d'origine inconnu. Mais ils étaient enfin à la maison. Jack suivit Sam à l'intérieur, désirant un peu de café avant de commencer la dernière étape de son voyage. Ceci devait être le plus long premier rendez-vous de l'histoire.
« Vous pensez à Daniel ? » demanda Jack en lui tendant un mug de thé.
« Un peu, » avoua Sam. « Certaines des choses qu'il a dites... je ne sais pas pourquoi ça m'ennuie. »
« Mais c'est le cas. »
« Oui. »
Il s'assit à côté d'elle sur le canapé, passant un bras autour de ses épaules.
« Vous voulez me dire ce que c'est exactement ? » offrit-il.
Il n'y avait aucun humour dans ses yeux. Il prenait cela sérieusement, mais elle ne savait pas s'il ressentirait la même chose quand il découvrirait ce qui l'ennuyait exactement. Ce n'était pas ce qu'ils avaient fait. C'était ce que Daniel avait pris.
« Ces dernières années ont été si dures. Nous avons perdu tant de gens, lutté si fort. Janet... mon Père... Je ne peux m'empêcher de me dire que cela aurait été bien plus facile si... »
« Si ? »
« Si nous avions eu cela plus tôt. »
Sam le sentit la serrer plus fort, et elle posa sa tête sur son épaule.
« Vous pensez que nous étions prêts ? » demanda-t-il d'une voix douce.
« On dirait bien, » répondit Sam.
Il resta silencieux pendant un moment, jouant distraitement avec ses cheveux alors qu'il réfléchissait sur ce qu'elle avait dit.
« J'ai fait beaucoup d'erreurs, Jack, » poursuivit-elle.
« Oh, je ne sais pas, » sourit-il.
« Pete ? Je l'ai traité si mal. »
Le corps de Jack se contracta en dessous du sien, mais tout ce qu'il dit fut, « Peut-être. »
« Vous détestiez cela, n'est-ce pas ? »
Elle ne s'en était jamais rendue compte. Pas la vérité. Maintenant, sentant le corps de Jack contre le sien, elle sut exactement ce qu'il avait ressenti. Tous ses mots, tous ses encouragements... c'était sans aucun doute le plus grand travail d'acteur de tous les temps.
« Cela me déchirait de l'intérieur, » murmura-t-il.
« Dans ce cas, pourquoi n'avez-vous rien dit ? »
« Parce qu'il vous rendait heureuse. Vous ne vous en êtes jamais rendue compte, mais vous étinceliez. Je ne pouvais pas vous ôter cela. Et il était un type bien, vous savez. C'était assez difficile de le détester. Nous avons à vivre avec nos erreurs, Sam. C'est l'une des choses que Daniel a réussi à m'enseigner. »
Sam hocha la tête. Jack avait raison, mais il passerait du temps avant qu'elle ne cesse de s'interroger. Ils finirent leurs boissons en silence. Sam aurait pu passer le reste de la journée là, blottie contre lui. Elle aurait dormi bien mieux que dans son propre lit. Jack, cependant, devait partir. Il déposa un baiser dans ses cheveux avant de se lever à contrecoeur.
« Allez dormir un peu, » ordonna-t-il. « Je vous appellerai plus tard. »
« Vous avez intérêt. Vous me devez toujours un dîner, » l'avertit-elle.
« Demain soir, promis. »
Et il fut parti.
The end
