Installation dans les cachots. 4

Snape se rendit dans son laboratoire sans perdre une seconde de plus, il en avait assez perdu comme ça, pensa-t-il en parcourant les couloirs des cachots. La porte claqua derrière son dos et il se précipita vers l'armoire aux ingrédients, cherchant rapidement ce qu'il lui faudra pour élaborer la potion qui pourra rendre à Potter une partie de ses sens.

La concoction allait contenir un peu de magie noire mais il fallait bien ça pour contrer les effets que Voldemort avait fait naître en Potter, comme la surdité et la vue qui s'était bien affaiblie, et le langage. Le Lord voulait isoler le garçon pour mieux le déstabiliser et endormir sa résistance, lui donnant la possibilité de faire de lui ce qu'il voudra.

Seulement maintenant il fallait compter avec lui, Severus Snape, maître redoutable en potions et en magie noire, qui allait se faire un plaisir de parer quelque peu les desseins de Voldemort. Le Seigneur des Ténèbres n'avait rien à lui apprendre de ce côté-là !

L'homme mit son chaudron d'argent à chauffer et commença à tailler, ciseler, écraser, mélanger, et le tout prit plus de deux heures pour un résultat plus qu'impressionnant. La fiole miroitait à la lumière, le liquide dessinait des arabesques et c'était fascinant de les voir évoluer dans la petite bouteille de verre. Le Serpentard ressortit de son laboratoire et remonta à l'infirmerie, Potter devait la boire dans l'heure, il n'avait pas le temps de remettre de l'ordre, il le fera plus tard quand le gamin ira mieux, enfin si l'on pouvait dire ça !

-Calmez-vous, Harry, paniqua Pomfresh en voyant le jeune sorcier se débattre dans son lit. Je ne vous veux aucun mal !

-Ne le touchez pas, gronda sourdement le maître des potions en entrant dans la chambre aseptisée et sombre. Il n'aime pas ça, il me semble vous l'avoir déjà signifié tout à l'heure, ajouta-t-il en se précipitant vers le Gryffondor. Quand écouterez-vous ce que l'on vous dit, femme !

Harry s'en voulait de réagir ainsi, il se sentait si mal quand la femme le touchait. Il ressentait d'horribles brûlures sur son corps, et sa magie qui se rebellait furieusement n'arrangeait rien. Il se sentait mal là, ses sens lui manquaient, il était égaré dans un monde ouaté et c'était flippant de ne rien savoir, de ne rien voir et de ne rien entendre. Il voulait que ça cesse et que tout revienne à la normale, comme avant.

Partir loin, partir dans un monde meilleur où plus rien n'avait d'importance. Un monde blanc où la souffrance n'existait pas. Quelle aberration étrange de penser qu'un tel monde existait vraiment, il devait perdre la tête, oui , c'est ça, il perdait peu à peu les derniers neurones intacts qui lui restait.

Snape attira le garçon vers lui après avoir repoussé l'infirmière loin d'eux, et sortit la fiole de sa poche.

L'homme était là, soupira soulagé le jeune sorcier en oubliant sur le champ ses pensées morbides. Il reconnut son odeur et de suite il enfouit son nez dans les robes qui sentaient les potions, et ses doigts s'accrochèrent aux manches, les triturant et les chiffonnant pour se rassurer, pour toucher quelque chose de tangible pour lui.

Le professeur secoua la tête. Potter et ses excentricités ! Vraiment !

L'homme s'étonna encore que le survivant ait trouvé une certaine sécurité en lui, le maître des potions irascible et éternellement ronchon qui l'avait rejeté. C'est vrai qu'ils n'étaient plus à couteaux tirés mais bon ils n'étaient pas franchement amis ni même ennemis depuis qu'ils s'étaient parlés la dernière fois même s'ils avaient été beaucoup plus loin qu'une simple amitié. Cela ne le dérangeait pas outre mesure d'être là, le gamin était dans un sale état et il fallait bien que quelqu'un se dévoue, renifla l'homme de mauvaise foi alors qu'il en était tout autrement et qu'il n'aurait voulu être nulle part ailleurs que dans cette chambre près de Harry. De son Harry.

Du pouce le professeur fit sauter le bouchon de la petite fiole, et porta le goulot aux lèvres du possédé tout en psalmodiant des paroles à voix très basse. Le jeune homme but sans protester l'étrange mixture jusqu'à la dernière goutte. Severus Snape ne s'alarma pas quand il vit le Gryffondor tomber à la renverse sur le lit et se tordre de douleur, l'homme savait que l'esprit de Voldemort allait lutter et s'acharner, mais avec la potion qu'il venait de faire ingurgiter au survivant aucune chance qu'il y arrive, ce sale serpent !

Potter réentendra de nouveau et sa vue sera parfaite, quant au langage, idem, il devait lui donner une chance de s'en sortir et de se battre contre l'intrusion du Lord Noir.

Le jeune sorcier finit par s'apaiser et il entendit distinctement une voix grave le rassurer et une main le tenir contre un torse chaud, un torse aux senteurs d'herbes et de plantes.

Snape ! Se ressaisit Harry au bout d'un long moment de félicité. Merde ! La voix appartenait à Snape. Donc le torse aussi ? Ce torse si….

-Potter !...vous m'entendez, Potter ? Insista le professeur en écartant le jeune sorcier de son corps pour voir si celui-ci avait recouvré tous ses esprits.

-Oui, répondit une voix faible. Je vous entends, monsieur, chuchota Harry en se reculant légèrement de l'homme tout en clignant des yeux derrière son bandeau.

-Très bien ! Nous allons pouvoir passer à l'étape suivante, grogna l'homme et….

-Qu'est-ce qui m'arrive, professeur ? Je sais que ma question peut vous paraître insensé mais je ne sais plus où j'en suis là ! C'est comme si j'étais ailleurs, je…il se passe quelque chose avec moi, n'est-ce pas ?

-Plus tard les questions, Potter, je vais vous emmener dans mes appartements et là je vous expliquerai tout ce que vous avez besoin de savoir.

-Vous ne me cacherez rien ?

-Rien, vous avez le droit de savoir, il s'agit de votre vie après tout !

-Sommes-nous à Poudlard ?

-Oui, répondit Snape en aidant Harry à se lever de son lit tout en recouvrant pudiquement son corps nu de sa cape, nonobstant les pansements, pour lui faire traverser les couloirs de l'école.

Harry poussa un soupir de soulagement, Poudlard ! Sa maison, son chez lui, là où il se sentait le mieux.

-Draco ? demanda à voix basse Harry, plus porté que soutenu par un professeur attentif à marcher doucement pour lui éviter de se fatiguer et de se faire mal.

-Sain et sauf, Potter, maintenant arrêtez avec vos questions, j'y répondrais plus tard… arriverez-vous à tenir sur vos jambes ou dois-je vous porter carrément ? Je vous rappelle qu'il est inutile de rouvrir vos blessures.

-Oui, monsieur, je peux, je crois, sourit Harry de savoir que Dray allait bien et qu'il avait échappé à la mort.

-Lucius Malfoy ?

-Potter !

-Je veux savoir, s'excusa le jeune homme d'un air contrit.

-Il va bien lui aussi, ça vous va là ?

-Oui, ça me rassure pour vous.

-Vous ne me demandez pas si vos amis, Granger et Weasley, vont bien, eux ?

-Non, monsieur.

-Pourquoi ?

Harry garda le silence et tâtonna pour avancer dans la pièce.

-D'accord, ne répondez pas, ce n'est pas nécessaire, Potter.

-Ils m'ont abandonné quand j'avais le plus besoin d'eux, fut la réponse du survivant.

-N'avez-vous pas pensé qu'ils avaient peut-être peur de perdre la vie ? Chacun réagit différemment devant le danger, monsieur Potter.

-Je sais, mais je pensais que nous étions des amis…n'en parlons plus, de toute façon ils avaient raison, c'était entre Voldemort et moi cette histoire.

- Non, certainement pas, le Lord en s'en prenant à vous ne voulait qu'asservir le monde sorcier. C'était un fou avide de pouvoir. Maintenant tenez moi mieux, je vais vous guider jusqu'aux cachots, vous y serez plus en sécurité et à l'abri de l'infirmière.

Harry avança pas à pas, trébuchant parfois. Sa peau lui tirait abominablement sur les bras et le dos malgré ses bandages, il la sentait même craquer par moment mais il resta stoïque, ce n'était certainement pas ça qui allait le faire paniquer. Mais plutôt pourquoi Snape l'emmenait dans ses appartements ? Oui, ça c'était inhabituel comme proposition même s'il aurait accueilli cette nouvelle avec joie il y avait des mois de cela.

La porte s'ouvrit sous un geste de la baguette du maître des potions qui prononça en même temps un informulé. Les deux hommes entrèrent et Snape amena Harry directement sur un lit qu'il avait installé dans son salon qu'il avait transformé en chambre pour l'occasion.

-Je suis où ? interrogea le jeune homme en s'asseyant sur les couvertures en chancelant quelque peu.

-Dans mon salon, Potter.

-Pourquoi m'amener ici ? Je veux dire pour quelle raison je ne peux pas retourner dans ma tour ?

-Je pense que vous en avez une petite idée, non ?

Harry ne répondit pas, il s'allongea sans penser que les questions qu'il voulait poser ne l'intéressaient plus vraiment. En fait il se demandait si…..oh ! Et puis non, il savait très bien que quelque chose le perturbait. Il savait, il sentait, il devinait qu'un ennui allait arriver et qu'il n'allait pas pouvoir y échapper.

-Comment allez-vous ? Avez-vous mal quelque part ? S'inquiéta Snape en voyant le garçon faire une grimace de douleur et se prendre subitement la tête entre les mains.

-Mal à la tête, c'est insupportable, j'ai l'affreuse impression qu'on me déchire de l'intérieur, haleta-t-il en essayant de fermer ses yeux le plus fort possible sous son bandeau.

Snape regarda si le tissu noir était toujours en place, et rassuré il se leva et alla chercher une potion antidouleur dans l'armoire dans sa réserve personnelle qui se situait dans sa chambre.

-Buvez, ça vous soulagera, je vous suggère ensuite de vous reposer ensuite et de garder le bandeau, vous êtes très réceptif à la lumière, faites attention de ne pas l'ôter, Potter, pas encore, nous essayerons demain.

-Je sais, j'avais deviné, souffla le jeune homme en se rallongeant docilement entre les draps et en fermant les yeux, épuisé émotionnellement et physiquement.

Snape en profita pour nettoyer son labo et envoyer un parchemin à Lucius pour l'avertir que le gamin était en sécurité dans ses quartiers et qu'il pouvait les rejoindre quand il le désirera. Le professeur lui donna aussi le mot de passe de ses appartements qu'il avait changé pour plus de prudence et l'avertit aussi que Draco prendra sa place quelque temps comme maître des potions.

En fait Albus Dumbledore avait déjà contacté Draco Malfoy qui avait accepté le poste avec grand plaisir. Le Serpentard avait quand même dans l'idée de rendre visite à Severus car les explications du vieux barbon ne lui avaient pas parues tenir la route.

Ben oui, depuis quand Severus prenait des congés une veille de rentrée pour, soi-disant, rendre visite à des parents ? Severus Snape, des parents ! Et depuis quand ? Non il y avait anguille sous roche, ou alors Dumbledore avait évité de lui donner des explications sur un parchemin, il saura la vérité une fois qu'il sera à Poudlard, oui, ça c'était plus plausible comme explication.

Ouais ! Un petit éclaircissement s'imposait et comme il savait que son père devait se rendre à Poudlard après-demain il allait se faire un plaisir de l'accompagner. Et puis il voulait revoir Harry, maintenant qu'il était sorti de son coma le Gryffondor allait avoir besoin d'un ami pour lui redonner le courage de se relever de cette épreuve. Severus ne fera plus barrage, enfin il espérait que le Serpentard serait moins possessif avec le survivant que ces derniers mois même s'il avait pu l'apercevoir deux fois.

Le blond ricana, qui aurait pensé que Severus serait si…..attaché à Harry ? Qu'il n'ose même pas lui dire le contraire, il avait bien vu comment il le regardait, comment il le couvait pendant que son ami aux sublimes yeux verts était endormi, même son père avait vu le regain d'intérêt de Severus.

Harry se réveilla quand il entendit nettement dans sa tête une voix qui n'était pas la sienne le houspiller. Il sembla égaré un moment puis il finit par comprendre que ses craintes étaient justifiées, il était bien en train de perdre la boule. Voilà qu'il entendait clairement Voldemort lui parler et même l'insulter, il devenait fou ! À croire que la bataille lui avait laissée de graves séquelles.

-Surpris, Harry ? Croyais-tu vraiment en avoir fini avec moi, espèce d'avorton ! Croyais-tu qu'il aurait été si facile que ça de m'éliminer ? Ricana le Lord Noir d'une manière hystérique.

-Dégagez de ma tête espèce de fou ! Vous n'êtes pas là, vous n'êtes qu'un résidu de ma pensée et….je vous emmerde !

-Tu peux penser ce que tu veux, petite ordure ! Maintenant il va falloir compter avec moi et ne crois pas que je vais être gentil, tu vas souffrir Gryffondor de pacotille, tu n'imagines même pas ce qui t'attend, se gaussa le Seigneur des Ténèbres.

Harry grinça des dents, maintenant il savait ce qui l'attendait, au fond de lui-même il l'avait toujours su mais là il en avait la confirmation. Une sueur froide coula le long de son dos et il frissonna des pieds à la tête.

-Je ne sais pas pourquoi vous avez arrangé ma vue si je dois porter un bandeau jour et nuit, grogna le Gryffondor deux jours plus tard en trébuchant pour la vingtième fois sur la table basse. Mes genoux doivent ressembler à des aubergines à force de prendre des coups !

-Vous savez très bien pourquoi, vous avez besoin de jours supplémentaires, votre vue paraît plus longue à revenir, alors arrêtez de faire le morveux et de rouspéter, ronchonna Snape en tendant une potion vers Harry, la mettant entre ses doigts afin qu'il ne la fasse pas tomber. Avalez ça, ça le calmera !

Harry sursauta et tourna la tête vers la voix de Snape.

-Vous savez qu'il est là ? Couina-t-il apeuré.

-Bien sûr, qu'est-ce que vous croyez ! Que je ne sais pas reconnaître un sorcier quand il est possédé ?

-Qui d'autres ? se tendit Harry.

-Albus et Lucius Malfoy, Potter, et je ne veux rien entendre de désagréable sur Lucius.

-Vous auriez pu en parler à quelqu'un d'autre, non ? Pourquoi lui d'ailleurs et pas Draco ? Ce n'est pas parce que j'ai demandé des nouvelles du dédaigneux Lucius que je suis intime avec lui ! pesta Harry avec jalousie.

-Lucius est un Serpentard, il tiendra sa langue tout comme Draco si celui-ci vient à l'apprendre, convenez-en ! Et puis Lucius est imbattable en magie noire, il me sera d'une aide précieuse pour la suite de votre séjour ici.

-Ouais, bougonna le Gryffondor. Vous n'avez pas tort, Malfoy est quelqu'un de parole je sais bien, mais n'empêche !

-Eh bien pour une fois nous sommes d'accord sur un point, monsieur Potter !

-Oh ! Pas la peine de pavoiser, Snape, faut pas croire que je serais toujours de votre avis.

-M'aurait étonné venant de vous, ricana le maître des potions. Et je dois dire que vos piques venimeuses me manquaient beaucoup trop.

-Tout comme les vôtres, rétorqua Harry en esquissant un sourire en coin.

-Potter…..j'aimerais savoir à quel degré le Seigneur des Ténèbres envahit votre esprit et votre corps ?

-A part m'occasionner des maux de tête quand je regarde la lumière et m'avertir de sa présence de temps en temps, je ne ressens rien d'autre pour l'instant.

-Ce n'est que le début donc, souffla l'ancien mangemort.

-Je le crains, oui, tel que je le connais Tom va manifester sa présence en fanfare assez tôt, je crois même qu'il va s'escrimer à me pourrir la vie avec délectation, ce salaud, ce fils de pute !

-Je suis de votre avis, avec Lucius nous cherchons une solution mais cela prendra du temps et…

-Et ?

-Cela ne sera pas facile pour vous, Potter, admit Snape en regardant le survivant qui avait pâli. Il va vous falloir des nerfs d'acier, à la moindre panique l'effet sur vous sera catastrophique. Il va essayer de prendre le pouvoir sur vous sans aucun doute, il va vous mener aux portes de l'enfer ou de sa folie. Pourrez-vous résister ? Pourrez-vous contrer sa malédiction et garder la tête hors de l'eau ?

-J'en ai aucune idée, je ferai l'impossible pour lutter, mais vous savez comme moi que rien n'est facile et qu'on a pas toujours ce qu'on veut.

-Je ne le sais que trop bien, monsieur Potter, oui, je le sais, soupira le maître des potions en fermant les yeux quelques secondes avant de reprendre une contenance qu'il était loin d'éprouver.

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Pardon pour les réponses des reviews, mais vraiment je n'ai pas eu le temps. Je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année 2012.