Bonne lecture

Chapitre 4 :

Le soir venu il fallut toute la diplomatie et la patiente dont Hermione disposait pour qu'enfin Harry accepte d'aller à l'infirmerie. Et une fois sur place ce fut un véritable désastre :

- Il va bien falloir que je vous touche si vous voulez que je vous ausculte !
- J'ai rien demandé moi !

- Mr Potter arrêtez de faire l'enfant et approchez donc !

Réticent, regardant l'infirmière d'un œil méchant, Harry se rapprocha doucement. Il savait qu'il agissait comme un gosse capricieux. Et il savait aussi qu'il devait penser à l'enfant qu'il portait. Mais c'était plus fort que lui. Le moindre contact lui donnait une sensation de brûlure. Mme Pomfresh remarqua ce détail mais ne fit aucun commentaire. Cependant elle garda ça en mémoire, au cas où. Il était aussi de son devoir de s'enquérir de l'état psychologique de ses patients. Surtout si, comme dans le cas du Gryffondor, ça pouvait agir sur l'état physique.

Elle se dépêcha de finir tout en faisant des examens supplémentaires, histoire de ne pas faire revenir Harry pour rien. Elle sentait que ça serait compliqué. Et c'était une source de stress en moins pour le jeune sorcier.

- Bien Mr Potter. Vous pouvez y aller. Je vous tiendrai informé de la suite. Avez-vous pris une décision pour votre enfant ?

Harry détourna le regard. Il ne savait toujours pas quoi répondre.

- Bien. Tenez-moi quand même informé.

- Cela me semblait évident, grogna Harry.

Quand l'infirmière le laissa enfin sortir, il ne se fit pas prier. Surtout qu'il devait encore passer voir Snape.

Il eut tout le temps de réfléchir sur le chemin, il n'avait pas envie de se presser.

Que faire à présent ?

Garder ce petit être qui grandissait à l'intérieur de lui ? Avorter ? Accoucher puis le laisser à l'adoption ?

Dans le premier cas il ne savait pas du tout comment faire. Il devrait mettre ses études en pause un moment. Se cacher du regard extérieur. Avec l'argent laissé par ses parents ce n'était pas vraiment un problème. Puis après ? Reprendre ses cours avec un bébé dans les bras ? Cela n'était pas faisable. Et engager une nounou à plein temps n'était pas son style. Lui qui n'avait pas eu de parents avait toujours rêvé d'avoir des enfants qu'il verrait grandir à chaque minute. Et puis devoir se cacher, se terrer dans l'espoir que personne ne viendrait poser des questions. Et si tous les sorciers réagissaient comment Draco ? Il serait persécuté, exhibé comme un phénomène. Il en tremblait par avance.

Avorter ? Harry n'avait jamais vraiment pensé à cette pratique. En tant qu'homosexuel, il ne se sentait pas concerné. Il avait toujours pensé que c'était au cas par cas et qu'on ne pouvait décider à la place de quelqu'un d'autre. Mais voilà qu'il y était à cette place. Et là, tout de suite, il ne voulait pas ôter le droit d'exister à son enfant. Il voulait lui laisser une chance de vivre, de découvrir le monde. Et cet enfant était celui qu'il avait conçu avec Draco, l'homme qu'il aimait. Mais aussi l'homme qui l'avait brisé. Qui l'avait rejeté. Et même si personne ne lui avait dit clairement, il savait bien que garder l'enfant à terme pouvait être dangereux pour lui. Il pouvait y rester. Mais est-ce que l'enfant aurait une chance de vivre ?

Et dans ce cas il y avait l'adoption. Et s'il tombait sur un couple comme les Dursley qui maltraitait les enfants ? Ou qu'il était malheureux ? Ou qu'il se balade de foyer en foyer, comme on voyait dans les séries et qu'il ne réussisse pas à trouver sa place ? Ou peut-être au contraire qu'il allait tomber avec des parents qui sauraient l'aimer comme il le méritait et qui serait bien meilleur qu'Harry ne le serait jamais. Cependant, dans son cas, il ne pouvait vivre avec cette incertitude. S'il vivait…

Au final il arriva devant la porte de la salle de classe de Snape sans avoir pris de décision. En toquant à la porte, il espérait que son professeur n'était pas là et qu'il pourrait reporter cette discussion. Mais comme d'habitude sa chance l'avait abandonné et il entendit nettement la voix glaciale lui disant d'entrer. Tête basse il pénétra dans l'antre de la terreur des cachots et s'assit devant le bureau.

- Miss Granger m'a informé en quelques mots de ce qui s'est passé avec Mr Malfoy, annonça directement Snape.

- Ah…

Lui qui ne voulait pas y penser, qui avait essayé d'occulter Draco de son esprit, venait d'y replonger d'un coup. Y'a pas à dire, son professeur avait le don de choisir ses entrées en matière.

- Que comptez-vous faire à présent ?

- A propos ?

- Ne jouez pas à l'imbécile. Vous attendez un enfant, vous n'avez pas fini vos études. Comptez-vous le garder ou pas déjà ?

- Oui.

C'est marrant comme le dire rendait ça plus envisageable. A cet instant Harry était sûr de lui. Il allait le garder. Il ne pouvait envisager une autre solution.

- Sans vouloir vous influencer, il faut que vous soyez sûr de vous. Et que vous compreniez bien toutes les implications. Et si vous devez avoir une relation avec un autre homme et que ça devient sérieux entre vous ? Comment ferez-vous pour justifier votre enfant ? Puis je n'ai pas encore effectué tous les tests. Rien ne garantit que cette potion ne soit pas permanente. Vous pourriez avoir d'autre enfants à l'avenir et…

- Je n'aurais plus jamais de relation, le coupa Harry. Avec aucun homme. Personne. Je n'aimerai plus jamais.

Severus préféra ne pas insister sur ce point, il comprenait tout à fait les motivations du jeune sorcier. Puis il avait le temps de changer d'avis. S'il rencontrait les bonnes personnes.

- Et comment ferez-vous pour l'élever ? Un enfant coûte de l'argent et vous n'avez pas de travail.

Snape ignorait tout de l'argent laissé par les parents d'Harry.

- Je me débrouillerai.

- Et pour poursuivre vos études ? Pour devenir Auror ? Je vous rappelle que ce sera encore un dortoir dans le premier temps. Et qui s'occupera de votre enfant ?

- Euh…

- Je ne veux pas décider pour vous Mr Potter. Mais je veux juste être sûr que vous vous posez toutes les questions avant de prendre une décision. Un enfant ne peut être pris à la légère.

- Je comprends monsieur. Et je vous remercie.

Il se retint d'ajouter « Même si sans vous et vos créations je n'en serais pas là ». Ce n'était pas le moment de se mettre à dos Snape en plus.

- Je ne saurai trop vous conseillez d'y réfléchir sérieusement, d'en parler à quelqu'un. Je suis persuadé que Mme Pomfresh se fera une joie de vous aider.

Harry le remercia de nouveau et sortit du bureau. Il s'appuya contre un mur pour respirer et faire le point. Lui qui était sûr il y a quelques minutes à peine commençait déjà à douter. Pouvait-il assurer le bonheur futur de son enfant ?

Pendant plusieurs jours Harry ne fit que changer d'avis. Il discutait avec Mme Pomfresh, avec Ron et Hermione et une fois encore avec Snape. Il essayait aussi d'aller en cours mais était souvent trop fatigué. Et ses nausées avaient repris de plus belle, la potion censée calmer ça, perdant de son efficacité avec le métabolisme résistant du Gryffondor.

Il finit par se décider à avorter, ou du moins rencontrer un spécialiste à l'hôpital pour en parler, sans forcément agir à l'instant. Snape lui trouva encore un prétexte pour justifier son absence. C'était surprenant comme, même un an et demi après l'excuse de problème de santé suite au combat avec Voldemort marchait encore. Seul Dumbledore n'avait pas l'air dupe cependant il ne faisait aucune remarque.

C'est ainsi qu'un matin Harry arriva dans le hall de St-Mangouste. Des gens couraient dans tous les sens, des petites notes volaient à travers les services, des infirmières semblaient débordées. Il avisa la plaque résumant les différents services mais rien qui ne l'aidait vraiment. Il retourna alors à l'accueil et demanda à la sorcière blonde qui se tenait là :

- Pouvez-vous m'indiquer le service des grossesses et des avortements ?

Si elle sembla surprise de voir le Survivant, seul qui plus est, en train de demander un tel service, elle n'en montra rien.

- Premier étage. C'est sur la gauche en arrivant.

Harry la remercia et prit les escaliers. En haut des marches il se tassa un peu, espérant ne pas être remarqué et, tête basse, alla vers la gauche. Il ne voulait pas avoir à se justifier. Il arriva dans un couloir éclairé par des boules lumineuses qui flottaient au plafond. Il n'y avait qu'une seule femme, assise, souriante, enceinte et presque à terme à en juger par son ventre proéminent. Elle avait un autre enfant avec elle qui hurlait en jouant avec des petits soldats qui bougeaient tout seul. Au bout du couloir il y avait plusieurs portes. Les murs étaient neutres. Il faisait plutôt froid dans cette partie. Une infirmière passa et bouscula le jeune sorcier. Si elle s'excusa, celui-ci ne l'entendit pas.

Il resta planté là pendant plusieurs minutes, qui semblèrent durer des heures. Une autre femme entra, les cheveux longs qui cachaient son visage. Elle semblait avoir pleuré peu de temps avant. Son mari la soutenait par le bras et la couvait du regard. Ils s'assirent à côté de la première. L'enfant hurlait toujours. Puis encore un couple, ni heureux ni en larme, neutre, ne regardant pas les autres.

Il y eut un bruit dans les escaliers à côté. Une urgence apparemment. Des éclats de voix. Des personnes qui courent dans tous les sens.

Harry commençait à avoir la tête qui tournait. Il ne voulait pas être là. Il n'aurait jamais dû venir, même pour discuter. Il voulait partir. Il posa la main sur son ventre. Il allait le garder. Jamais il ne se séparerait de son enfant. Et même si c'était dangereux, il survivrait à tout. Hors de question de rester là plus longtemps. Alors qu'il allait faire demi-tour et partir, le monde chavira. Et tout devint noir.

Quand il reprit connaissance il se fit la remarque qu'il n'avait pas mangé le matin même, trop stressé par cette visite à l'hôpital. Et comme il mangeait peu aussi ces derniers jours.

- Tout va bien Mr ?

Harry se tourna vers la voix. Il voyait totalement flou et il comprit que ses lunettes étaient tombées.

- Oui… Je crois…

Il se redressa, tâtonnant pour ne pas percuter quelqu'un. Une personne lui mit ses lunettes dans la main. Une fois sa vue retrouvée le Gryffondor constata un véritable attroupement autour de lui. Il regretta de ne pas avoir modifié son apparence. Il ne faudrait pas longtemps avant que sa venue et surtout son malaise ne soient le sujet de rumeurs. Les joies de la célébrité…

- Vous aviez rendez-vous avec quelqu'un ?

Un guérisseur était agenouillé à côté de lui. Il devait avoir une trentaine d'années et portait le même type de lunettes que le Sauveur.

- Non, du tout… Absolument pas ! Je crois que je me suis trompé d'étage.

Il se releva vite ce qui était une très mauvaise idée car sa tête tourna de nouveau. Le guérisseur le soutint par le bras :

- Vous devriez rester ici. Quelqu'un va vous ausculter.

- Non ! … Non c'est bon, ça ira.

- J'insiste !

- Et moi j'insiste pour partir ! Bonne journée.

Ayant repris un peu d'aplomb, Harry partit sans leur laisser le temps de les retenir.

Il repartit pour l'école. Une fois arrivé il fit un petit détour par les cuisines où les elfes se firent un plaisir de lui donner de quoi manger puis il retourna dans le dortoir. Il irait aux cours de l'après-midi mais en attendant il comptait bien se reposer pour ne pas faire un autre malaise.

XXX

- Je vais le tuer.

- Non, Ron s'il te plait…

- Attends ! C'est juste un salopard de bas étage ! Il ne mérite rien d'autre ! Je ne comprends pas pourquoi tu le défends encore !

Harry baissa la tête et détourna le regard. Le trio des Gryffondors était dans les escaliers menant au septième étage.

- Ce n'était pas sa faute, marmonna le brun.

- Bien sûr que si ! Il t'a insulté et frappé !

- Il ne m'a pas frappé, je suis juste tombé.

- Parce qu'il t'a poussé, ne crois pas que je ne l'ai pas remarqué.

Un peu en retrait Hermione attendait que le rouquin se calme avant de pouvoir parler.

Le brun avait pu aller en cours l'après-midi. Ils sortaient tous les trois du cours de Botanique quand ils étaient tombés sur Draco. Harry avait essayé de s'approcher pour lui parler mais à peine avait-il fait deux pas que le Serpentard s'était énervé et l'avait effectivement poussé tout en lui déversant les pires horreurs. Même les autres élèves verts et argent avaient été choqués. Puis Draco s'était détourné sans un regard. Et depuis Ron ne cessait d'énumérer en hurlant les supplices qu'il voulait faire subir à l'aristocrate. Et sûrement que s'il n'avait pas son meilleur ami à soutenir il serait déjà parti commencer la torture. Harry était au bord des larmes et faisait tout pour les contenir. Il pleurait déjà bien assez tous les soirs en regardant la carte du Maraudeur. Il avait pris l'habitude de suivre les déplacements de Draco, comme un moyen d'être encore proche de lui. De fait il n'avait pas mis longtemps avant de le voir disparaître, lui et d'autres garçons dans le couloir du septième étage où se trouvait la salle sur demande. Et il n'avait pas été long non plus à comprendre la signification. Cependant il continuait tous les soirs à regarder. C'était comme une drogue. Et toutes les nuits il pleurait sans bruit pour l'homme qu'il aimait encore.

- Si je le recroise, je lui dirais ma façon de penser…

Voyant que les choses se tassaient, Hermione se mit entre les deux garçons.

- Bon, et si on oubliait cette affaire pour penser à des choses plus heureuses ?

- Parce que tu as une idée toi ? grommela Ron.

- Oui, ce sont bientôt les vacances et…

- Encore trois semaines je te ferais dire

- Ron, tu commences à m'énerver ! J'essaye de remonter le moral à Harry et tu n'aides absolument pas !

- Mais Mione…

- Non, tu m'écoutes à présent, parce que moi j'en ai marre de t'entendre ! A partir de maintenant tu vas arrêter de critiquer Draco. Tu ne parles plus de lui ! Il est invisible ! Il n'existe plus ! Parce que savoir qu'il t'énerve lui fait sûrement bien plaisir. Et crois-moi c'est bien le dernier homme vivant sur terre à qui j'ai envie de faire plaisir en ce moment !

Si voir Ron se recroqueviller devant une Hermione en colère aurait fait rire Harry quelques mois auparavant, cela eut au moins le mérite de le faire sourire à cet instant. Il se permit d'intervenir avant que son meilleur ami ne se fasse dévorer :

- C'est gentil Hermione mais ce n'est pas utile. Ça ne me gêne pas qu'on parle de lui.

- Ne me prends pas pour une naïve, je vois bien dans quel état tu te mets ! Tu es déprimé ! Et ne crois pas que je vais te laisser t'enfermer comme ça ! Donc à partir de maintenant, on ne parle plus du tout de cet aristo en manque et puis c'est tout.

- Mione… Quand tu es comme ça tu me rappelles ma mère, fit remarquer Ron après un court silence. C'est flippant. Ne recommence jamais.

Pour seule réponse la jeune sorcière donna un bon coup de poing sur l'épaule de son ami.

- Tiens, et si on allait voir Hagrid ce soir ? proposa-t-elle. Ça fait longtemps et il va penser que nous le délaissons !

- Sans moi, dit Harry. Je vais voir Snape ce soir.

- Oh… Une prochaine fois.

Elle se pencha pour murmurer quelque chose à l'oreille de Ron mais Harry entendit très nettement la phrase « si tu tiens vraiment ton programme de torture, c'est avec joie que je participe ». Le brun espéra que Draco n'aurait pas à subir les foudres de ses deux amis.

Le soir il se retrouva encore dans le bureau de son professeur de potions.

- Vous n'avez vraiment aucune solution pour moi ?

- Mr Potter, je suis professeur de potions, pas un magicien de conte de fées. Je vous ai envoyé voir des guérisseurs, vous n'avez pas voulu, c'est votre choix, mais je ne peux pas faire grand-chose de plus.

Harry baissa les yeux. Il aurait dû être énervé, hurler contre son ainé, exiger qu'il l'aide plus encore. Qu'il règle entièrement le problème. Cependant il n'en avait pas l'énergie. Ni l'envie en fin de compte. A quoi bon ? Ce n'était pas lui le véritable fautif.

- Avez-vous essayé de parler à Draco ?

- Je crains qu'il ne m'écoute plus du tout. Et je ne saurais trop vous conseiller de vous détacher au plus vite de Mr Malfoy. Vous n'en tirerez rien de bon.

- Je sais… Mais c'est plus fort que moi.

Severus s'en était bien rendu compte. Il avait parfaitement remarqué les regards désespérés que lançaient le Gryffondor à Draco pendant les cours de potions. Déjà qu'il n'était pas doué mais là on frôlait la catastrophe vu comme il était déconcentré. Quand encore il n'avait pas de nausées à cause des effluves de potion. Les cours étaient devenus un enfer pour le professeur. Et avoir parlé au fils de son meilleur ami n'était pas non plus un bon souvenir. Il avait dû se retenir de gifler l'insolent ou de lui jeter un sort. Seule l'amitié avec Lucius l'avait retenu.

- Mettons ce problème de côté et réfléchissons à quelque chose de plus important : vous ne pouvez rester à l'école durant votre grossesse. Pour le moment ça va aller mais d'ici quelques semaines votre état va se remarquer. Et je pense que vous ne voulez pas de cette publicité en plus.

- En effet…

- Je crois qu'actuellement vous n'avez pas tellement de choix. Il faudrait que vous retourniez à Londres, au Square Grimmaud.

- Avec Sirius vous voulez dire ?

- Avec qui d'autre ? Vous devriez l'informer de ce qui s'est passé. Il est votre famille.

- Vous ne pouvez pas le faire ? couina Harry. J'ai peur qu'il ne soit pas trop d'accord.

- De quoi ? D'avoir été en couple avec un Serpentard ? Je crois qu'il ne peut pas vraiment vous blâmer pour ça au vu de sa situation. Et encore moins vous rejeter pour être homosexuel…

- Oui vu comme ça… Mais il s'agit quand même de votre potion. Je pense que vous devriez en parler avant avec lui.

Severus se figea un instant. Il n'avait pas réfléchi à ça. Sa surprise était tout bonnement gâchée. Cependant il fallait bien en passer par là puisqu'il s'agissait quand même de la santé de son élève.

- Bien, je lui parlerai. Mais ce sera la seule et unique fois que je serai votre messager, est-ce clair ?

- Oui monsieur. Merci.

- Maintenant retournez à votre dortoir. En plus il me semble que vous avez vos devoirs de préfet à effectuer.

Harry haussa les épaules pour bien montrer tout l'intérêt qu'il portait à cette tâche et sortit, la tête basse.

Severus se passa la main sur le visage. Il se sentait fatigué. Il ne l'aurait jamais avoué, pas même à Sirius mais il était véritablement inquiet pour le jeune Gryffondor. Il n'arrêtait pas de se sentir responsable et se remémorait chaque détail de ces derniers mois pour tenter de comprendre ce qui s'était passé. Il avait d'ailleurs renforcé la sécurité de son laboratoire depuis.

Et cette affaire avec Draco le minait. Il hésitait à dire à Lucius le comportement de son fils. Il était le seul héritier des Malfoys et rien ne garantissait que son père n'agisse contre lui. Surtout pas si Narcissa était là pour l'en empêcher.

Le professeur soupira et retourna dans son appartement privé. Là il se servit une bonne rasade de Whisky Pur-Feu qu'il avala d'une seule traite, posa le verre et prit une poignée de poudre de cheminette. Il avait obtenu une dérogation de la part de Dumbledore et sa cheminée était connectée avec celle du salon du Square Grimmaud. Seulement celle-ci.

Une fois arrivé dans le vieux salon de la maison Black, un peu plus habitable qu'il y a deux ans, Severus vérifia qu'il n'avait rien dérangé à son arrivée. De nouveaux canapés avaient pris place, d'autres fenêtres aussi, ce qui éclairait d'avantage la pièce et la rendait un peu plus chaleureuse. Le reste de la maison avait connu à peu près le même changement. Le moderne côtoyait agréablement l'ancien. Cerise sur le gâteau, il n'y avait plus aucune bestiole nuisible, ni même le portait de la mère de Sirius. En tout cas il n'y avait pas la moindre trace de poussière ou même quoi que ce soit qui aurait pu faire penser que quelqu'un venait d'arriver. Et le feu ronronnait toujours dans la cheminée derrière lui.

Ne voyant aucune trace de son amant dans le salon, Severus grimpa au premier éta ge. A côté de leur chambre l'ancien maraudeur s'était aménagé un bureau pour travailler au calme et plus efficacement. Il était soit là soit dans la bibliothèque du deuxième étage.

Ce fut le bureau. Sirius était assis sur sa chaise, derrière un lourd meuble en bois, le dos au mur. Il ne releva pas la tête en entendant la porte s'ouvrir.

- Sev ?

- Oui.

- J'en ai pour cinq minutes à finir, j'arrive. Je te rejoins dans la chambre.

- Je propose plutôt le salon…

- Monsieur est joueur ce soir, le coupa le journaliste. Pourquoi pas.

On sentait le sourire dans sa voix.

- Malheureusement il ne s'agit pas de ça. Il faut que l'on parle.

La plume s'arrêta net sur le parchemin. Sirius se retourna, son sourire ayant totalement disparu.

- Que se passe-t-il ? Un problème ?

- Je préfère qu'on en parle en bas. Finis ce que tu as à faire, je t'attends.

Il repartit sans attendre. Sirius se repencha sur son article mais fut incapable d'écrire. Il finit par jurer et laissa tout en plan pour descendre rejoindre son ancienne Némésis. Il le retrouva assis sur le canapé face à la porte.

- Alors ? C'est quoi le problème ?

- Tu veux boire quelque chose ?

- Non. Je commence un peu à flipper alors si tu pouvais me dire ce qu'il y a, ça m'arrangerait.

- Ça concerne Harry.

- Quoi ! Il va bien ? Il est blessé ? Malade ? Pourquoi l'école ne m'a pas prévenu s'il y avait un problème ? Il a encore fini à l'infirmerie c'est ça ?

- Sirius… Si tu me laissais en placer une, je pourrais peut-être t'expliquer.

Il attendit un peu pour être sûr que son interlocuteur ne recommence pas à s'affoler et poursuivit.

- Faut que je commence par le début. Il a quelques mois, presque six à présent, tu m'as fait part de ton envie d'avoir un enfant malgré le fait que tu sois homosexuel…

- Oui mais je ne vois pas en quoi ça concerne Harry ?

- Ne m'interromps pas, je déteste ça ! J'y viens !

Il prit une grande inspiration pour ne pas s'énerver. Ce n'était pas le moment. Et la fatigue due à l'heure tardive ne l'aidait pas vraiment à rester calme.

- Il se trouve que j'ai réussi à créer une potion pour ça il y a maintenant deux mois.

Sirius retint un hoquet de surprise. Il avait envie de sauter au cou de son amant, heureux de voir qu'il s'était donné tant de mal pour lui. Cependant il appréhendait la suite à présent.

- Et, sans que personne ne sache pourquoi, une de mes fioles a disparu et c'est Harry qui a ingurgité la potion.

- Tu veux dire qu'il peut être enceint s'il couche avec un homme maintenant ? Il suffit juste de faire attention non ?

Severus ne fit aucune remarque sur le fait que Sirius l'ait encore coupé. Il allait arriver à la partie la plus compliquée.

- Le problème c'est qu'Harry était à ce moment en couple avec un homme et n'avait aucune idée de ce qu'il avait bu. On lui a fait boire à son insu selon toute vraisemblance. Et il n'était pas au-dessus au moment de la relation.

- Attends… Tu veux dire que… mon filleul… attend un enfant ?

- C'est ça oui.

Une fois passé le choc de cette nouvelle, et ayant retrouvé un semblant de souffle, Sirius se redressa d'un bond et se mit à hurler :

- Mais tu es complètement malade ! Il n'a que 17 ans ! Comment tu as pu laisser faire une chose pareille ?

- Je n'étais pas au courant qu'une de mes fioles avait disparu,, je m'en suis aperçu trop tard. Et même maintenant nous n'avons aucune idée de comment il a pu boire ça.

- Ah bah bravo ! L'ancien bras droit de Mangemort qui se fait voler dans son propre labo. Je croyais qu'il était bien protégé ! Preuve que non.

- C'est impossible d'entrer si on n'a pas le bon mot de passe, les sécurités se mettent en marche.

- Preuve que non ! Et à cause de ton incompétence, mon filleul va traverser des mois d'enfers. C'est la première fois de toute l'Histoire qu'une telle chose arrive ! On ne sait même pas s'il va y survivre ! Tu te rends compte de ce que tu as fait ?

Severus se leva à son tour :

- Bien sur que oui je m'en rends compte ! Tu ne crois pas que je ne me sens pas déjà assez coupable comme ça ? J'ai cherché une solution pour lui, sans résultat. Et je l'ai envoyé voir les guérisseurs de St-Mangouste mais il n'a pas voulu. Il tient à garder l'enfant.

- Tu lui as dit d'avorter ? Sans m'en parler avant ?

- Je crois qu'Harry est adulte à présent et peut faire ses propres choix, ne t'en déplaise. Ce n'est plus un enfant et à l'heure actuelle il va devenir père dans quelques mois. Nous en avons discuté longtemps lui et moi et il n'a pas l'air de vouloir changer d'avis. Je ne lui ai rien imposé.

- Oh par Merlin ! Est-ce qu'au moins il se rend compte des conséquences ? Il peut y rester merde !

Epuisé, Sirius se laissa tomber dans le canapé et prit sa tête entre ses mains. Severus se rassit doucement à côté de lui, sans bruit. L'ancien maraudeur finit par percuter un détail. Il releva la tête :

- Attends… Tu as dit qu'il « était » en couple avec un homme ? Ce n'est plus le cas ?

Le Serpentard se rendit alors compte qu'en effet Sirius n'avait eu aucune réaction particulière à l'annonce de l'homosexualité de son filleul. Même s'il n'y avait pas trop à s'en faire à ce sujet, c'était déjà une bonne chose.

- Oui. Et Harry lui a dit qu'il attendait son enfant. Et… disons que ça ne s'est pas aussi bien passé que prévu.

- Severus… Ne me cache rien.

- Il a rejeté Harry. Il l'a insulté et ne veut plus en entendre parler.

Il n'allait pas dire que Draco avait en plus frappé Harry. Pas besoin d'en rajouter non plus.

- Apparemment il n'aimait pas ton filleul alors que celui-ci oui.

- Mon dieu ! Harry doit être dévasté…

- Je te le confirme…

- Dis-moi qui c'est !

- Sirius, je ne crois pas que…

- DIS-MOI ! De suite ! Je vais le faire souffrir ce bâtard ! Je vais le livrer en pâture à Remus, l'écarteler, le faire bouillir vif dans un chaudron, l'éviscérer puis faire macérer ! Ou Buck peut avoir faim ! Quoique non ça le rendrait malade ! Je sais ! Hagrid se fera une joie de le donner à ses animaux bizarres !

Il s'était relevé et marchait de long en large dans le salon, accompagnant chacune de ses menaces par des gestes très explicites de la main. Il finit par se retourner vers son amant :

- Donne-moi son nom !

- Et après ? Tu veux lui faire du mal ? Mais dans ce cas c'est surtout à Harry que tu feras mal ! Parce que lui est encore amoureux de cet homme et il ne supporterait pas que tu le touches.

- Qu'est-ce que tu en sais ? Tu le connais mieux que moi peut-être ?

- Certainement ! J'ai été son professeur pendant près de 7 ans ! Toi tu n'es véritablement dans sa vie que depuis deux ans à peu près ! Alors ne commence pas à critiquer ! Je sais ce que j'ai vu durant les cours ! Je sais ce qu'il m'a dit !

- Comme si Harry avait pu te prendre comme confident ! Tu n'as jamais été objectif avec lui ! Tu le hais et c'est réciproque ! Tu dois bien te réjouir de ce qui lui arrive tiens ! Tu rigoles bien j'espère !

- Je ne te permets pas !

Avant même de se rendre compte de ce qu'il faisait, Severus s'était relevé et pointait sa baguette juste devant le nez de Sirius qui eut un mouvement de recul.

- Tu veux me jeter un sort ? Vas-y je t'en prie !

Il écarta les bras et attendit. Le Serpentard rangea sa baguette, honteux de s'être laissé emporté. Sirius fit demi-tour et partit en claquant la porte.

Ce fut au tour de Severus de se sentir vraiment fatigué et il se rassit convenablement sur le canapé. Cela ne servait à rien de suivre son compagnon pour le moment, il était bien trop énervé pour entendre raison. Et Severus ne pouvait que le comprendre. Combien de fois ne s'était-il pas accusé de la même manière ? Combien de fois n'avait-il pas voulu se taper la tête contre un mur en pierre pour sa négligence ? Et maintenant il devait faire avec et tenter d'arranger tout au mieux. Tout en sachant très bien que cela pouvait conduire à la mort du symbole du monde magique. Mais il ne pouvait décemment pas faire avorter son élève de force ! Ce n'était pas à lui de décider.

Il finit par s'endormir sur le canapé.

A l'étage Sirius était retourné devant son article à écrire. Cependant il était incapable d'aligner plus de deux mots cohérents. Sa plume restait dans le vide et ses pensées n'arrivaient pas à se fixer. Il finit par arrêter et se mettre en arrière sur sa chaise. Tant pis pour son responsable, il trouverait une excuse à lui sortir.

C'était impensable de travailler alors que son unique filleul, le fils de son meilleur ami, de son frère, était en train de risquer sa vie. Avait-il été bien prévenu au moins de cet état de fait ? S'il s'était écouté il aurait étripé Severus. Mais comment on pouvait créer un truc pareil et le laisser sans surveillance ? Et qui lui avait demandé de créer ça ?

Sirius se savait de mauvaise foi sur ce coup là. Il savait pourtant très bien que le seul but de son amant était de faire plaisir et il en était touché tout au fond de lui. Mais il n'avait rien demandé ! Et il n'en voulait pas, surtout à présent que son filleul était la victime de cette potion de malheur.

Il réfléchit à l'avenir. Harry ne pouvait rester à l'école dans son état. Il devrait donc l'accueillir ici. A partir des vacances de Noël peut-être puisqu'il avait de toute façon prévu de revenir les passer au Square Grimmaud. Il devrait le voir aussi avant, en discuter. Il restait encore un peu de temps avant ces fameuses vacances et Harry devait être au plus mal.

Ne tenant plus assis il se mit à faire les cents pas dans la petite pièce. Il devait aussi réfléchir plus loin. Une fois l'enfant arrivé, si les deux y survivaient, il faudrait un endroit pour vivre. Sirius pensa à sa propre demeure. Après tout elle était bien assez grande pour deux personnes de plus. Et Harry devrait être entouré de toutes les attentions possibles. Il ne faudrait surtout pas qu'il se fatigue, ni même qu'il s'inquiète. Son parrain allait tout prendre en charge pour lui.

Fort de cette décision, Sirius se décida à redescendre. Pas qu'il pardonne déjà à Severus mais il devait lui parler. Il le trouva toujours endormi sur le canapé. Il s'était laissé tomber sur le côté et respirait doucement, sa poitrine se soulevant à peine. L'ancien maraudeur s'arrêta un instant pour le regarder. Il n'y avait qu'ici ou dans les appartements de Poudlard qu'il dormait aussi bien. Ils avaient essayé de partir en voyage mais Severus se réveillait au moindre bruit, tous les sens en alerte, et refusait de se séparer de sa baguette un seul instant. Alors forcément il revenait bien plus fatigué qu'en partant.

Il décida de le laisser dormir ici. Par contre avant de partir pour aller se coucher à son tour, il fit apparaître une couverture pour son amant. Les nuits se faisaient de plus en plus fraîches.

Il lui faudrait un moment pour pardonner à Severus. Il devrait aussi se faire pardonner car il savait qu'il avait dit des choses qui avaient dépassé sa pensée. Et le Serpentard pouvait être très rancunier. Sirius était même étonné, encore maintenant, qu'ils arrivent à former un couple à présent, quand on pensait à leur scolarité mouvementée.

Il demanda à Kreattur, travaillant toujours dans la demeure familiale de préparer un encas léger à Severus le lendemain matin. Puis il alla se coucher. Et malgré l'heure très tardive, il mit un long moment avant de trouver le sommeil.

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