Vous ne vous êtes pas perdu en route ? Les événements suivent tranquillement le cours et y a peut-être moyen de croiser Ezarel au détour d'un couloir. J'aime bien le faire apparaître à intervalles réguliers histoire de maintenir la petite étincelle affamée de tout le monde. Puis même si je suis toujours inquiète à l'idée que ses répliques ne soient pas à la hauteur du caractère qu'on lui connaît, j'adore quand il clashe les autres. Bonne lecture !


Lilyn avait les yeux rivés sur sa fenêtre depuis de longues heures quand le ciel s'éclaircit enfin. Presque aussitôt, des pas cadencés résonnèrent dans le couloir au rythme des pas obsidiens en route pour patrouilles et entraînements. Prenant cela comme le signal qu'elle pouvait à son tour se lever, la jeune fille quitta son lit d'un bond, surexcitée par les nombreuses pensées qui se bousculaient dans sa tête et épuisée par un demi-sommeil rythmé de rêves confus et épuisants qui lui laissaient des réflexes brumeux.

Énumérant une liste mentale de ses projets pour la journée, elle s'aspergea le visage dans sa petite fontaine murale pour chasser les traces de fatigue et s'habilla d'une tunique simple et de ses habituelles chaussures de travail réglementaires adorées : cuir solide et semelles de plusieurs centimètres la grandissant légèrement en plus de protéger ses pieds des potions acides ou urticantes.

Elle réveilla son familier confortablement endormi sur ses vêtements de la veille, négligemment abandonnés près de son panier coûteux et l'envoya en exploration. L'animal ne lui avait jamais rien rapporté de réellement utile malgré sa chance, mais Purreru lui avait conseillé de ne pas le laisser s'empâter à ne rien faire.

Une fois le familier parti avec quelques grognements de protestation, elle se saisit avec impatience de la potion à l'abri dans son tiroir et s'installa à son bureau recouvert d'objets en tout genre, écartant d'un geste distrait les papiers froissés, carnets noircis de notes et Killer, sa plante animée perpétuellement de mauvaise humeur qui encombraient son espace de travail.

Sa chambre lui avait été offerte entièrement vide quand elle était entrée dans la garde quatre ans plus tôt, mise-à-part le strict minimum : lit, armoire et bureau. Les gardiens et gardiennes avaient pour habitude de la meubler au fur et à mesure de leur séjour avec l'argent des missions et Lilyn n'avait pas dérogé à cette règle, enthousiasmée par l'espace après les dortoirs collectifs du Refuge uniquement de quelques armoires et de lits superposés. La chambre était envahie de piles de livres presque plus hautes qu'elle, de bibelots sans valeur issus des explorations de Plume, d'expériences personnelles, de commandes en retard et de jouets pour familiers qui jonchaient le sol et sur lesquels elle ne pouvait pas s'empêcher de marcher en traversant sa chambre.

Lilyn fouilla quelques minutes dans le fatras et parvint à y dénicher un carnet comportant encore des pages vierges, un crayon de quelques centimètres et un coquillage à musique qu'elle s'empressa d'allumer. Alors enfin, elle déplia le feuillet et parcouru d'un regard impatient l'écriture empressée et brouillon.

Des lignes confuses et mal délimitées recouvraient la page dans tous les sens, recouvertes de commentaires absurdes parfois doublés de traits d'humour en complet décalage avec le niveau de difficulté de la potion. Les paragraphes raturés étaient recouverts de petits dessins colorés et chaque étape semblait écrite dans des langues anciennes et inconnues, voire même tournées sous forme d'énigmes.

Le texte n'était pas signé, preuve qu'il devait bien être issu du carnet de l'ancien chef de l'Absynthe - qui voudrait signer ses propres notes ? - mais la jeune fille ne pouvait pas réellement l'affirmer sans l'avis d'Ezarel ou de Miiko et c'était hors de question. Il faudrait prendre ce risque… Lilyn soupira. Elle n'avait jamais eu l'occasion d'étudier un texte aussi difficile et aussi confus, qui semblait avoir été écrit exprès pour faire tourner en bourrique celui ou celle qui voudrait le déchiffrer. Elle n'était ni Ykhar ou Nevra, plus aptes à décoder un texte de cette trempe mais elle ne se voyait pas aller le leur demander de l'aide, sans compter qu'ils étaient perpétuellement occupés.

L'absynthe secoua la tête et se saisit de son crayon afin de recopier la formule pour pouvoir écrire dessus sans risquer d'abîmer l'originale. Le recopiage était répétitif mais elle pouvait laisser son esprit vagabonder et comme à son habitude, elle pensa à son chef de garde. Grâce à lui, elle pouvait retranscrire le texte rapidement, car elle ne comptait plus les formules incompréhensibles qu'elle avait dû réécrire depuis son entrée dans l'Absynthe.

« C'est toujours comme ça pour les nouvelles recrues ! » lui avait-on dit, « Ezarel aime bien les taquiner un peu et se décharger d'un peu de boulot en prime ». Elle en avait déduit qu'elle était toujours considérée comme une nouvelle : au lieu de se voir confier des missions plus compliquées, avec des sortilèges et l'étude de vieux livres anciens, on lui donnait des textes de plus en plus compliqués allant de la liste de courses au remède vampirique. Mais recopier des signes auxquels elle ne comprenait rien était quasiment devenu sa spécialité et pourtant, la potion lui donnait du fil à retordre.

Elle entreprit de reproduire les dessins sur plusieurs copies en les séparant d'une manière qu'elle espérait judicieuse, comparant les signes avec ceux de nombreux dictionnaires malencontreusement oubliés dans sa chambre. Quand elle jugea qu'elle en avait assez, le ciel avait troqué sa couleur rose pour un bleu pâle qui annonçant une journée dégagée mais fraîche en ce début de printemps.

- Du chocolat ! Mais on aura tout vu ! s'exclama la petite faélienne à voix haute en dessinant un point d'interrogation dont elle recouvrait sa copie depuis de longues minutes.

Elle repoussa ses affaires passa une main dans ses cheveux. La fatigue et l'exaspération la rattrapait, sans compter les doutes et les questions qu'elle tentait vainement de repousser pour se concentrer sur ses recherches.

À quoi pensait-elle ? Que ferait-elle de cette satanée formule, si elle parvenait à la traduire après des mois de travail ? Aurait-elle le culot de rassembler ses ingrédients, les préparer, tester la potion sur elle-même ? Et après quoi, elle deviendrait une elfe ? Mais pour combien de temps et comment le contrôler ? L'idée qui lui était d'abord venue au cœur de la nuit était de simplement se rapprocher de son chef de garde. Mais elle savait si peu de choses sur lui et les membres de son espèce ! Et encore fallait-il qu'elle ose ouvrir la bouche pour dire quoi que ce soit !

Lilyn étouffa un gémissement. Elle avait toujours secrètement espéré qu'une telle opportunité s'offre à elle et maintenant qu'elle l'avait obtenue, elle n'osait pas s'en saisir. Elle se sentait minuscule face au poids de la décision qu'elle devait prendre et des épreuves à traverser pour en assumer les conséquences. Tant de choses pouvaient mal tourner ! Au fond, elle ne s'en sentait tout simplement pas capable.

La jeune fille secoua la tête et se leva. Il était encore trop tôt pour réfléchir à ça. Si elle se concentrait uniquement sur le travail de traduction pour le moment, elle pouvait prendre une décision plus tard ! Rien ne l'empêchait d'étudier innocemment une formule inconnue, cela faisait partie de ses affectations, après tout. Et si elle décidait finalement de rendre la potion à Ezarel, il ne trouverait rien à redire à ce qu'elle ait prit de l'avance dans son étude !

Un peu rassurée quant à la suite des événements, Lilyn rassembla ses affaires, décidée à prendre un solide petit déjeuner avant de poursuivre son travail dans la bibliothèque. Il était encore très tôt et elle savait que personne n'était debout dans le QG mise à part les obsidiens désignés pour l'entraînement matinal et les ombres de retour de missions nocturnes. Ykhar et Kéro qui travaillaient souvent très tard, ne rejoindraient pas la bibliothèque avant un certain temps et elle savait qu'elle aurait le temps de s'y installer seule un moment.

Comme prévu une fois sortie de sa chambre, elle constata que seuls des représentants de la garde Obsidienne se trouvaient dans le couloir menant des chambres, certains déjà de retour de leur session, les autres tout juste levés mais déjà près à en découdre. Chargés d'armes terrifiantes, dont certaines si complexes qu'elle en ignorait totalement l'utilité, ils discutaient entre eux et riaient forts, quoiqu'un peu moins que d'habitude comme s'ils ne souhaitaient pas réveiller les dormeurs. Ils ne lui prêtèrent aucune attention quand elle se glissa dans le couloir en leur jetant des regards craintifs.

Leur chef, Valkyon, était un jeune homme exigeant et travailleur, contraignant souvent ses recrues exemptées de mission à se lever aux aurores. Malgré son caractère facile et sa réputation débonnaire comparé aux autres chefs de garde, Lilyn ne lui avait jamais vraiment parlé. Son regard avait beau être doux et bienveillant, il était immense et bâtit comme un rocher. À ses côtés, Lilyn avait presque peur qu'il ne l'écrase par mégarde et son air sage lui donnait l'impression d'être une imbécile. Elle se contentait de l'observer de loin avec l'admiration qu'elle réservait à l'Étincelante et en particuliers aux trois capitaines.

Elle suivit la même direction que les obsidiens tout parés d'armures, minuscule parmi ces combattants flanqués d'énormes familiers de combat, entraînés aux voyages les plus longs et les plus rudes. Le spectacle de ce cortège de durs à cuir n'avait rien de rassurant. Lilyn pressa le pas en direction du réfectoire, de plus en plus mal à l'aise. Elle avait l'impression que son trouble crevait les yeux, que sa démarche raide trahissait son malaise. Sans s'en rendre compte, elle se rapprocha du mur, les yeux rivés sur ses pieds et entendit des rires dans son dos en entrant dans la salle des portes. Deux filles et un garçon qu'elle ne connaissait pas discutaient sur ses talons, croyant sans doute qu'elle n'entendrait pas aux milieux des voix fortes.

- Elle est vraiment minuscule.

- Moi je la trouve mignonne dans son genre.

Les oreilles de Lilyn devinrent écarlates et elle accéléra le pas. Peut-être ne parlait-on pas d'elle. Peut-être passait-elle réellement inaperçue.

- Imaginez-là un peu se battre dans l'obsidienne ?! Même les absynthes doivent la confondre avec une gamine.

Lilyn était la seule absynthe dans le couloir. Quand les deux filles éclatèrent de rire, elle changea brutalement de direction et s'engagea dans les escaliers menant à la bibliothèque en trébuchant, réveillant la douleur des livres sur ses jambes. Son petit déjeuner était totalement oublié. Elle craignait souvent que l'on se moque d'elle, mais cela n'arrivait que rarement en dehors des petites piques de son chef de garde et elle était profondément blessée. Alors qu'elle allait atteindre la porte de la bibliothèque presque à bout de souffle - seul endroit où elle était certaine de ne croiser personne à cette heure - une voix raisonna dans le hall.

- Eh bien, qu'est-ce que j'entends ? Quelqu'un d'autre que moi se permet de martyriser mes propres absynthes ?

Lilyn se figea face à la porte en se demandant comment elle avait pu ne pas le voir, sachant qu'elle le guettait presque tous les jours depuis plusieurs années. Ezarel était juché sur le palier de la salle d'alchimie, nonchalamment adossé à la rambarde qui surplombait la grande salle et entouré de sacs de voyages, de valises et de sous-fifres qu'il avait probablement réquisitionné pour les porter à sa place.

Les trois obsidiens qui s'étaient arrêtés à leur tour en entendant la voix du maître alchimiste, s'entre-regardèrent. Autour d'eux, d'autres gardiens et gardiennes faisaient de même, curieux.

- J'ai l'oreille fine, vous savez, poursuivit l'elfe. Et même sachant cela, je pense qu'il serait difficile de ne pas avoir entendu tant vous parlez fort à une heure où la plupart des membres d'une garde responsable de la vie de milliers de personnes, dorment encore.

Lilyn hésita à aller au bout de son idée, la main toujours sur la poignée de la porte de la bibliothèque, consciente que tous les regards se tournaient vers l'altercation dont elle était indirectement la cause. Parce qu'Ezarel semblait prendre sa défense alors qu'il se moquait encore d'elle la veille. Elle n'y comprenait plus rien.

- Ça va Ezarel, ce n'était qu'une plaisanterie ! lança une des filles en levant les yeux au ciel. Ça n'avait rien de méchant et pas de quoi en faire toute une histoire.

- Parce que c'est vous désormais, qui décidez ce qui blesse et ce qui ne blesse pas ? Répondit l'intéressé d'un air faussement surpris. Je croyais que c'était moi qui avait le droit de faire ça !

Les trois obsidiens s'entre-regardèrent de nouveau. Le chef de l'Absynthe n'était pas un tendre et ils le savaient. Lorsqu'un scandale éclatait, il y était rarement étranger. S'opposer à lui, c'était s'exposer à des représailles fourbes et douloureuses. Sans compter qu'il avait la plupart du temps Valkyon et surtout Nevra derrière lui. Mais les obsidiens étaient réputés pour leur témérité et leur répartie.

- Tu as raison, admit le garçon en haussant les épaules. C'est pas notre style de rire des autres avec méchanceté. Je suppose que tu veux rester le seul à être considéré comme un connard !

Un murmure se répandit dans le petit public qui s'accumulait à l'entrée de la cantine. Personne ne manquait ainsi de respect à un membre de l'Étincelante. La foule se scinda en deux, une partie encourageant le trio et l'autre désapprouvant leur comportement. Ezarel fit la moue d'un air blessé et baissa la tête.

- Oh par l'Oracle, quel méchanceté. Je crois que si j'en avais eu quelque chose à faire, j'aurais été très triste.

Lilyn plaqua ses deux mains sur sa bouche pour ne pas rire. Elle céda à la tentation et s'approcha du bord en évitant délibérément de regarder en direction de l'elfe, pour assister au spectacle. Les dernières traces de sa colère s'évaporaient, mais elle avait trop de fierté pour déjà se remettre à l'observer. Il s'était quand même ouvertement moqué d'elle et l'avait ignorée !

Dans la salle des portes, les trois jeunes gardiens poursuivaient leur joute verbale, indifférents à ce qui se passait autour d'eux. En fait, ils semblaient même avoir déjà oublié le sujet initial de la dispute. Dans leur dos, les obsidiens s'agitaient. Quelque uns finirent par quitter le groupe et disparurent dans le réfectoire d'où continuaient de surgir des curieux de plus en plus nombreux, mais aucun ne semblait vouloir se mêler à la conversation.

- La différence entre vous et moi, c'est que je suis chef de garde et donc que je décide. Et je décide que votre blague n'était pas drôle.

La seconde fille haussa un sourcil.

- C'est tout ce que tu as à nous donner comme argument ? fit-elle. C'est décevant venant d'une langue de vipère réputée comme toi. Je m'attendais à une raison valable pour laquelle tes provocations auraient des raisons d'être et pas les nôtres.

- Ah oui, j'oubliais. L'autre différence, c'est que je ne m'en prends jamais à quelqu'un de seul quand je ne le suis pas moi-même, assura l'elfe en s'appuyant un peu plus sur la rambarde avec un clin d'œil bleu-vert. Et surtout, je ne me moque jamais de quelqu'un dans son dos. Ainsi, tout un chacun à mille fois l'occasion de me répondre ce qui lui plaît.

Lilyn cessa de sourire. Étrangement, elle se sentait très concernée par cette phrase qui ne semblait pourtant adressée à personne d'autres qu'aux obsidiens. Sans s'en rendre compte, elle recommença à le regarder malgré ses résolutions. Son port de tête altier, sa posture nonchalante, son sourire en coin… La jeune fille focalisa à nouveau son attention sur le trio en contrebas en essayant désespérément de ralentir les battements de son corps.

- Tu es arrogant…

- Oui c'est vrai. Mais est-ce que c'est mal d'avoir confiance en soi-même et de le faire savoir ?

- Être chef de garde ne te donne pas tous les droits !

Il était rare que des soldats de la garde tiennent tête aussi rudement à un chef, même quelqu'un d'aussi acide et agaçant qu'Ezarel. Ce dernier pourtant, ne sembla ni troublé ni spécialement agacé et fit un signe impatient à ses porteurs qui attendaient derrière lui, écoutant attentivement l'échange.

- Du balais, pantouflards, gronda t-il avant de reporter son attention sur les trois soldats de la garde à ses pieds. Qu'avez-vous dit ? J'ai oublié d'écouter.

Il se pencha en avant et fit mine de tendre l'oreille mais à cet instant, la foule obsidienne s'écarta sur Valkyon et sa démarche impériale, l'air profondément remonté malgré son visage qui n'exprimait pas plus d'émotions que d'habitude. Mais il lança à son ami et collègue un long regard. Ezarel se redressa aussitôt.

- Oups ! dit-il. Je suis désolé, on dirait que l'on va devoir abréger notre petite conversation. Je viens de me souvenir que j'ai une mission de la plus haute importance sur le feu.

- C'est vrai qu'il a peur de Valkyon, le provoqua l'une des deux filles en faisant mine de s'éloigner.

Ezarel sembla se vexer pour la première fois et cessa de sourire. Il se redressa légèrement et appuya sa main sur sa hanche.

- C'était un coup bas… fit-il remarquer. Ça veux dire que j'ai le droit de faire de même ? Histoire que nous ne nous quittions pas sur une mauvaise impression…

Valkyon s'engagea dans l'escalier et ordonna prestement à ses subordonnés de s'écarter, mais l'elfe ne leur en laissa pas le temps. Il porta une main à sa ceinture où étaient entreposés les fioles d'urgence obligatoires des absynthes et se saisit sans hésiter de la rose. Avant que quiconque ne comprenne quoi que ce soit, il l'avait lâchée et elle se brisa à leurs pieds, répandant un nuage violet.

Entre temps, Valkyon avait gravit les marches. Il s'arrêta devant l'elfe et n'eut rien besoin de dire, ce dernier se tint immédiatement droit devant lui, les mains jointes dans le dos sans se départir de son sourire innocent. Valkyon lui glissa deux mots d'un air sévère et Ezarel s'engagea dans les escaliers à sa suite. Lilyn les suivit des yeux, oubliée sur sa rambarde. Lorsque Valkyon jeta un coup d'œil dans sa direction, elle recula hors de vue et se glissa dans la bibliothèque, le cœur battant.

Elle se précipita aussitôt vers la fenêtre et plaqua presque son nez contre la vitre. De là, elle pouvait voir les familiers destinés à la mission de l'elfe, attendant patiemment dans l'allée des arches. La plupart étaient chargés de sacs reflétant la lumière matinale. Lilyn savait qu'on se servait de ce type de tissu pour isoler leur contenu. Des alcôves avaient été aménagée dans la salle d'alchimie dans ce but, elles permettaient de conserver des potions dans l'état exact où elles avaient été préparée, comme figée dans le temps. C'était très pratique, sachant que la plupart perdaient leurs effets à l'air libre, parfois après seulement quelques minutes. Mais c'était aussi très cher et le budget de la garde d'Eel était très réduit depuis que le grand Cristal avait été brisé : la mission devait être importante.

Dans le cas présent et sachant qu'Ezarel se rendait dans une zone pandémique, Miiko avait probablement instauré ce système pour éviter une quelconque contamination… certainement un risque non négligeable pour en arriver à de tels extrêmes. La jeune fille frissonna. Elle pria de tout son cœur l'oracle qu'il n'arriverait rien à son elfe jusqu'à l'instant où il dépassa les grandes portes menant au-delà du Refuge. Après quoi, elle alla s'asseoir avec un soupir emprunt de mélancolie.

Elle ne fit rien pendant de longues minutes, absorbée par ses pensées et savourant le silence et l'immobilité apaisante de la bibliothèque vide. Mais son esprit était un océan furieux.

Ce qui venait de se produire l'avait profondément troublée. Au cours de la nuit, l'idée folle qui lui était venue qu'elle avait tenté de la chasser de son esprit s'imposa à elle. Un nombre stupéfiant de détails venaient s'ajouter à ce puzzle qui l'obsédait, le rendant de plus en plus tangible.

Se transformer en elfe. Même pour quelques heures, changer d'apparence et devenir pour Ezarel une parfaite inconnue d'une taille satisfaisante, sûre d'elle et doté de cet humour si particulier qui semblait lui faire défaut.

Lilyn secoua la tête. Après une telle altercation, son faible pour l'elfe connaissait un regain particulièrement douloureux. Il l'avait défendue quand une fois de plus, elle avait été incapable de le faire elle-même. Elle en était folle de joie mais sa propre lâcheté l'insupportait. Cela faisait si longtemps qu'elle se contentait de subir absolument tout et faire sagement ce qu'on lui demandait sans faire de vagues. Sortir des rails était presque contre nature… Mais il était temps qu'elle se rende compte que ce n'était pas la bonne méthode pour exister auprès du maître alchimiste comme elle l'espérait.

Cette potion pouvait exaucer tous ses vœux, mais à quel prix ? Mentir à tout le monde, pour commencer. Y compris à celui pour qui elle était prête à faire tout ça. Ensuite, c'était une entreprise risquée. Cela voudrait dire vivre deux vies différentes en même temps, à moins qu'elle ne découvre un moyen de rendre sa transformation permanente. Le risque d'être découvert était grand et avec lui, les chances de gagner le cœur de son elfe et même celui de toute la garde, pouvaient être définitivement réduites à néant.

La petite absynthe soupira et sorti la feuille de son sac. Elle avait eu beau la recopier de manière à ce qu'elle soit plus lisible sans gribouillis et petit commentaires moqueurs - l'humour de l'ancien mentor d'Ezarel expliquait beaucoup de choses - elle n'y comprenait toujours rien. Si elle se montrait incapable de traduire la formule, la question se réglerait d'elle-même.

Les langages étaient l'un des seuls domaines dans lequel la garde absynthe n'avait pas le quasi-monopole d'étude, privilégié par les ombres chargées des négociations et des communications en dehors de leur territoire ainsi que les étincelantes rattachées à la diplomatie. Lilyn soupira de nouveau. Elle pouvait toujours essayer de déchiffrer mot à mot les annotations de la recette, mais cela lui prendrait des semaines pour en comprendre le sens et il lui resterait encore à trouver les ingrédients et résoudre les satanées énigmes glissées un peu partout dans le texte sans s'empoisonner entre temps.

Soudain, un bruit sourd la fit sursauter et froisser la formule pour la énième fois. La bibliothèque était toujours vide et elle déglutit, oppressée par l'espace dans la grande pièce vide. Son regard se posa sur la porte toujours fermée, puis sur la pendule. Il n'était qu'à peine sept heures du matin et Ykhar et Kéro, bien que matinaux, ne se montreraient probablement pas avant encore quelques temps. D'où viens ce bruit, alors ?

Lilyn se leva avec prudence et fit quelques pas, quand à nouveau l'étrange choc retentit. Il semblait venir de la réserve et elle s'en approcha à pas lents. Le bruit se réitéra, accompagné d'un douloureux froissement de papier pour ses oreilles de musarose de bibliothèque. La petite absynthe réalisa que la porte de la réserve avait été fermée de force, malgré les livres qui recouvraient toujours le sol. Un petit tas avait été écarté du passage sans le moindre soin et la jeune fille grimaça en ramassant un ouvrage aux pages froissées. Se sentant un peu stupide, elle frappa à la porte. Aussitôt, les bruits cessèrent et elle entendit un chuchotement, trop bas pour être compréhensible.

- Qui est là ? demanda t-elle, un peu effrayée.

Un long silence lui répondit.

- Je sais qu'il y a quelqu'un, répéta t-elle tandis que son irritation prenait le pas sur sa timidité. Arrêtez d'abîmer les livres ! Ils sont précieux !

Cette fois, un léger rire traversa le bois de la porte, parfaitement reconnaissable. Lilyn leva les yeux au ciel en reconnaissant son propriétaire. La porte s'ouvrit sur un Nevra légèrement essoufflé, les cheveux décoiffés et l'écharpe portée disparue.

- C'est la première fois que je t'entends parler sur ce ton, petite fille ! dit-il en lui adressant un clin d'œil. C'est mignon, je dois dire.

Lilyn rougit un peu, puis devint écarlate quand une colonne de filles - et un garçon - apparu derrière le vampire. Ils défilèrent vers la sortie en gloussant. Nevra ne sembla pas particulièrement gêné, même quand l'une d'elle lui asséna une claque sur les fesses. La petite absynthe ne savait plus où se mettre et pendant une fraction de seconde, se cacher sous la table lui sembla l'option la plus envisageable.

- Pour tout avouer, expliqua le vampire distraitement, j'avais complètement oublié l'heure. C'était innovant d'avoir un matelas en papier, mais si Ykhar ou Kéro nous avaient trouvé, on ne s'en seraient pas sorti aussi bien qu'avec cette mignonne petite réprimande. Je t'en dois une.

La jeune fille grimaça en avisant le livre froissé qu'elle tenait toujours dans sa main et tous les autres, toujours au sol. Elle était plus ou moins responsable du massacre, mais quand elle imaginait ce que le chef de l'Ombre avait bien pu faire dans la pièce et malgré sa naïveté avouée, elle sentait ses oreilles devenir brûlantes. De colère et de gêne.

- Oh, mon écharpe !

Nevra semblait déjà l'avoir oubliée. Il fit demi-tour et ramassa la bande de tissu noire au milieu des livres, l'air très satisfait de lui-même.

- Si ça peut te rassurer, on a bien tout laissé très propre la-dedans, assura t-il en se dirigeant vers la porte. Au plaisir de te revoir, petite fille !

- Attends ! articula difficilement la jeune fille en le retenant par un bras.

Nevra s'arrêta et lui lança un regard interrogateur. Lilyn le dévisageait avec intensité, en proie à un profond conflit intérieur. Et pour cause ! Il étant le chef des ombres, il avait des relations dans de nombreux pays et un rôle diplomatique clé. Ses compétences en traductions étaient pour ainsi dire, vingt fois meilleures que les siennes. Au moins.

Mais d'un autre côté, il était probablement très occupé et elle ne pouvait s'empêcher de craindre qu'il ne découvre tout si elle le mettait dans la confidence… Le vampire pencha la tête sur le côté, trouvant visiblement la situation très amusante.

- Tu es toute rouge, observa t-il.

- Nevra ! s'écria t-elle d'une voix beaucoup plus aiguë que prévu. Je traduis un texte et vous êtes le chef des ombres alors vous devez être un expert en ce domaine ! Pourriez-vous m'aider à trouver la signification de certains mots ?!

Lilyn reprit son souffle, rouge d'embarras. Elle avait presque débité toute sa phrase d'une traite. L'intéressé eut un sourire amusé et s'approcha de son pas chaloupé.

- Naturellement, petite fille, dit-il avec un sourire plein de crocs. Tonton Nevra a un peu de temps avant d'aller dormir tel le chef concerné et sérieux qu'il est. De quelle langue s'agit-il, pour avoir besoin d'un traducteur, toi qui t'en sort si bien toute seule d'habitude ?

L'absynthe se détendit et tendit sagement sa copie fraîchement recopiée en remerciant silencieusement l'Oracle d'avoir pensé à la terminer avant de tomber sur le chef de l'Ombre. Nevra se saisit de la feuille et son sourire s'évanouit quand il réalisa la complexité de la formule qui y était inscrite. Lilyn l'observa pendant quelques secondes, le cœur battant, mais comme elle l'escomptait, il ne sembla pas remarquer la similarité avec le style de l'ancien chef de l'Absynthe qu'il n'avait probablement jamais eu sous les yeux.

- Ça fait beaucoup de travail, fit-il d'un air maussade en se grattant la tête. Et je n'ai qu'un œil alors ça me prendra deux fois plus de temps.

Il tenta de lui adresser un regard suppliant et Lilyn baissa la tête, se sentant soudainement coupable de lui demander une telle faveur. Mais avec ce mouvement, ses yeux se posèrent sur les livres ouverts et froissés sur le sol. Nevra était un personnage très occupé mais en même temps, cette potion était si importante pour elle…

- Heu… Kéro et Ykhar ne vont pas tarder, fit-elle remarquer en se balançant d'un pied sur l'autre.

Cette fois, son ami se mit à rire franchement.

- Non mais regardez-là avec son air innocent, s'exclama t-il en réajustant son écharpe. Elle cache bien son jeu ! Très bien, je vais voir ce que je peux faire, mais hors de question de rester une seconde de plus dans cette pièce ! Qui plus est, j'ai très faim. Que dirais-tu de débuter ce travail devant un bon petit déjeuner ?

Lilyn acquiesça et suivit le vampire en silence, esquissant un petit sourire de fierté. Elle venait de tenir tête à un chef de l'Étincelante ! Certes, Nevra avait cédé très vite et même, n'avait à aucun moment semblé réellement vouloir refuser. Ça n'était clairement pas une altercation volcanique comme pouvait les avoir Miiko quand elle défendait ses intérêts ou l'argumentation rigide du grand Valkyon, mais c'était un début ! Et elle avait eu le courage de le faire pour l'elfe de son cœur !

La jeune fille sentit une vague de joie la traverser tandis qu'ils pénétraient dans la cantine. Distraitement, elle balaya du regard les gardiens attablés et la dispute survenue un peu plus tôt lui revint en mémoire.

À cette heure, une véritable foule se trouvait dans le réfectoire. Entre les obsidiens retardataires ou dispensés d'entraînement ainsi que les absynthes et les ombres franchement levés ou rentrés de mission nocturne, il était difficile de trouver une place libre. Heureusement, Nevra avait droit à sa table attitrée en tant que chef de garde. Elle ne comportait que trois chaises mais Ezarel parti en mission et Valkyon avec les membres de sa propre garde pour l'entraînement, ils seraient seuls. Lilyn fut soulagée. Déjà mal à l'aise en compagnie du vampire, la présence des deux autres l'aurait terrorisée.

- Salut Karuto ! Qu'est-ce que tu as de bon pour un chef de garde affamé et une gardienne pleine d'énergie, de si bon matin ? l'interrogea Nevra en s'appuyant contre le comptoir d'un air décontracté.

Le cuisinier se redressa lentement, visiblement mécontent, mais se radoucit en voyant Lilyn à moitié dissimulée derrière le chef de l'Ombre. Il l'écarta sans ménagement.

- En fait, il ne reste plus grand-chose pour les retardataires dans ton style, Nevra ! répondit-il avec autorité. Et le fait que tu sois chef de garde n'y change rien, tu n'en fais pas plus que les jeunes recrues obsidiennes qui sont arrivées à l'heure, elles ! Il doit rester des tartines de miel quelque part vu qu'Ezarel n'était pas là pour se jeter dessus, l'Oracle soit loué. Lilyn, je t'ai fait une tarte aux fraises.

L'intéressée hocha la tête et prit l'assiette qu'il lui tendait en jetant un regard de regret aux tartines de miel dans lesquelles le vampire piochait allègrement. Elle n'avait jamais aimé ça. Elle trouvait cela poisseux et trop sucré. Ezarel en étant friand et elle avait stupidement tenté de s'y habituer en en prenant pendant une courte période, sans succès. Elle détestait toujours et même encore plus qu'avant.

- J'ai trouvé Karuto de particulièrement bonne humeur ce matin ! lui lança Nevra alors qu'ils s'asseyaient. Il t'adore, tu sais ?

Lilyn baissa la tête, gênée.

- Oui, dit-elle d'une petite voix.

Privilégiée au réfectoire, elle avait été souvent invitée à une tablée en simple faire-valoir quant à la quantité et la qualité de la nourriture. Et cette manie qu'il avait de lui parler comme à une enfant…

Nevra la contempla quelques secondes, attendant visiblement une réponse mais fini par détourner son attention vers son assiette d'un air un peu perplexe face au silence qu'elle luttait pour briser. Lilyn se sentit ridicule et furieuse. Avec son caractère si excentrique, ce n'était pas une potion de métamorphose elfique qu'il lui fallait mais une énorme cuite !

Après quelques minutes d'un repas dans un silence pesant et alors que la petite absynthe sentait le malaise devenir étouffant, Nevra repoussa sa fourchette et entreprit de disposer les différents feuillets sur la table avec sérieux.

- Tu as de quoi noter ? demanda-t-il gentiment. Je n'arriverais jamais à tout traduire aujourd'hui et probablement que je n'y arriverais jamais tout court. Mais qui ne tente rien n'a rien !

Lilyn hocha la tête en sortant fébrilement ses affaires.

- J-je ne connais pas du tout les langues auxquels les mots correspondent, avoua t-elle. Je ne comprends rien du tout…

- C'est ce que j'avais cru comprendre, répondit le vampire. Je n'en connais que quelques unes mais elles semblent avoir un point commun important : ce sont des langues anciennes, presque toutes disparues aujourd'hui. Certaines datent de l'époque terrestre, d'autres appartenaient à des peuples qui se sont éteints où dont les langues ont évoluées.

Lilyn nota fébrilement mot pour mot ce qu'il venait de lui dire.

- C'est déjà bien ! s'exclama t-elle. Cela réduit la quantité de dictionnaires que je vais devoir ouvrir !

- On dirait que le texte à été écrit tout particulièrement pour causer de la difficulté à son lecteur, poursuivit le vampire en désignant une ligne de couleur différente. Regarde par exemple, ceci est une plante nordique plutôt commune mais assez prisée, car elle a l'étrange particularité d'émettre un son considéré par beaucoup de peuples comme apaisant voire sacré. Mais cela parle d'une espèce « cramoisie »… Je ne suis pas absynthe mais les ombres sont des adeptes des poisons et j'ai dû faire beaucoup d'alchimie pour devenir chef. Pourtant, je n'en ai jamais entendu parler.

- C'était coloré en rouge de le texte. J'ai supposé que c'était important, répondit Lilyn.

Nevra se gratta la tête.

- Mais quelle est l'utilité de faire une telle chose ? demanda t-il d'un air perplexe.

Lilyn évita son regard et sentit la panique l'envahir. Mais c'était maintenant qu'il fallait qu'elle soit convaincante ou tout tomberait à l'eau !

- Je ne sais pas exactement, c'est ce que j'essaie de découvrir, bredouilla t-elle. Je ne suis pas sûre que ça soit très important, c'est... pour mon plaisir personnel.

- Tu es sûre que ça n'est pas un canular ? demanda Nevra. Enfin, ça te regarde après tout. Ça, ça représente la coquille vide d'un œuf de dragon mais, pour autant que je sache, ces ingrédients ne sont même pas autorisés dans le commerce… ils sont très rares. Et ça, c'est… du chocolat ?

Lilyn rougit.

- C'est une recette de potion assez, heu… spéciale, admit-elle. Mais j'ai de bonnes raisons de croire que je peux obtenir des résultats.

- Je te crois, répondit le vampire en haussant un sourcil. Mais… il y a un bonhomme qui fait un clin d'œil. Qu'est-ce que c'est que ce texte ?!

La petite absynthe devint écarlate en réalisant qu'elle avait machinalement reproduit l'un des petits personnages au milieu des signes normaux. Elle se mit à réfléchir à toute vitesse tandis que Nevra poursuivait son inventaire des ingrédients délirants sans beaucoup de succès. Il sembla rapidement totalement dépassé par l'ampleur du travail. Chaque phrase, chaque petit mot était un véritable pied de nez à son lecteur et l'ensemble ressemblait à une vaste blague uniquement inventée pour faire perdre son temps à quiconque chercherait à y comprendre quoi que ce soit.

- Ça c'est une noix korogu.

Lilyn et Nevra sursautèrent de concert. Valkyon toujours drapé de sa dignité intimidante, s'installa en face d'eux et désigna un symbole.

- Ceci, dit-il de sa voix profonde, est un symbole venu d'un pays éloigné du nôtre et désignant un type de fruit venue de là-bas.

Nevra lui lança un regard stupéfait avant de regarder de nouveau le point indiqué.

- Comment sais-tu ça, mon ami ? demanda t-il. Il faudra être un absynthe affilié aux missions en extérieur.

Valkyon haussa les épaules et posa son regard doré sur Lilyn qui se recroquevilla sur sa chaise, les yeux rivés sur son assiette où gisait sa part de tarte, oubliée. Quand elle osa enfin lever les yeux, il lui adressa un sourire amical auquel elle répondit timidement.

- Être renseigné dans les domaines qui nous correspondent suffit parfois. Notre meilleur ami est chef de la garde des alchimistes et nous sommes capitaines des nôtres, Nev. Par définition, nous nous devons d'être compétents dans un maximum de domaines et polyvalents. Si tu faisais au moins semblant de t'intéresser à son travail et au tien, tu le saurais. Nous sommes le lien permettant aux trois gardes de subsister ensembles.

Nevra habituellement si sûr de lui, fit une moue qui le fit pendant quelques instants, paraître beaucoup plus jeune. De mauvaise grâce, il déposa le feuillet dans la main tendue de Valkyon.

- Tu ne devrais pas être entrain de superviser l'entraînement de tes subordonnés ? fit-il remarquer.

- Pas cette fois. J'ai chargé Caméria de s'en occuper, expliqua le chef de l'Obsidienne. Avec Ewe, nous avons dû nous charger de trois gardiens recouverts d'une substance tellement gluante qu'ils glissaient sur absolument tout, et ne pouvaient même pas se lever ni recevoir de l'aide.

Nevra se mit à ricaner.

- Tiens ! Quelque chose me dit qu'un certain elfe n'y serait pas étranger. J'ai raison ?

- En effet ! répondit Valkyon en portant une coupe d'hydromel à ses lèvres d'un air las. Il a eu de la chance d'être partit avant qu'Eweleïn ne l'apprenne par les racontars, je crois qu'elle lui aurait arraché les oreilles. Nous avons dû accompagner mes soldats jusqu'aux jardins pour qu'ils puissent se nettoyer parce qu'ils étaient incapables de monter les escaliers menant aux douches communes. Et ils ont fait tout le trajet en rampant. D'ailleurs, comment as-tu pu passer à côté d'une telle information ?

Le vampire déglutit et jeta un regard discret, mais lourd de sens en direction de Lilyn avant d'offrir à son ami son sourire le plus innocent.

- Oh, eh bien… je travaillais avec cette jeune fille ici présente. Elle avait besoin d'aide à propos d'un texte intraduisible et vu que je suis le meilleur dans ce domaine… je me suis dit que je ne pouvais pas laisser une demoiselle dans le besoin.

Valkyon baissa les yeux sur l'intéressée qui eu l'impression de perdre plusieurs dizaines de centimètres rien que sous son regard inquisiteur.

- Je vois… marmonna t-il en baissant les yeux sur la potion.

Elle ne craignit un instant qu'il n'en devine l'origine, mais il ne fit pas de remarque et se contenta de rapidement la parcourir du regard, avant d'en pointer une phrase qui semblait particulièrement complexe.

- Ceci est le symbole chimique de verredragon, une matière solide et rare. Elle est utile pour certains type d'armes, mais il faut être un obsidien pour savoir cela ou s'appeler Ezarel. J'ai plutôt l'impression qu'il faut s'en servir comme outil plutôt que comme ingrédient, ici.

Cette fois, le vampire sembla profondément impressionné et siffla entre ses crocs.

- Tu viens de plus ou moins me prouver que ces gribouillis ne sont pas qu'un ramassis d'âneries sans le moindre sens. Mais comme tu dis, c'est complexe et surtout, très large. Lilyn, tu ne crois pas que tu devrais attendre le retour d'Ez pour avancer sur ces travaux ?

Lilyn pâlit. La feuille avait beau être très différente du reste du carnet et bien que les autres membres d'Eel n'en reconnaissait pas le style, Ezarel saurait certainement qu'elle émanait de celui qui avait été son mentor. Elle préférait terminer avant son retour, mais elle commençait à douter que cela soit possible. En fait, la simple idée de terminer un jour la potion sans aide lui semblait tout à coup très compliquée à elle seule. Mais comment faire autrement ?

- Je ne crois pas que ça soit une bonne idée… dit-elle d'un air dépité. Il a beaucoup de travail ! Je suis désolée de vous avoir importuné avec cela. Je verrais ce que je peux faire en travaillant sérieusement…

Valkyon et Nevra s'entre-regardèrent.

- Tu perdrais ton temps, lui glissa Valkyon en lui rendant la potion. Je ne doute pas que tu sois talentueuse et motivée, mais malgré tout cela, il faudrait probablement des années pour résoudre ces énigmes sans l'aide de personnes qualifiées. Si tu tiens vraiment à faire cette potion seule, spécialise toi dans ce domaine et peut-être que d'ici une dizaine d'années…

Le visage de la petite absynthe se décomposa et elle se mit à fixer les petits symboles d'un air dépité. Bon… Après tout, c'est peut-être mieux comme ça. Au moins, je ne prendrais pas le risque d'être découverte…

Pensif, le chef de l'Obsidienne qui avait remarqué sa déception, se tourna vers Nevra en réfléchissant.

- Qu'est-ce que tu en penses, mon ami ? demanda-t-il. À mon avis, il faudrait combien de temps pour résoudre ça ? Et combien de personnes ? Une garde entière, si tu veux mon avis.

Nevra, qui était resté silencieux jusqu'alors, eu soudainement un sourire éclatant.

- Comme tu dis, mon cher Valkyon. Il faudrait que tout le QG d'Eel s'y mette pour réussir à y comprendre quelque chose…


Merci beaucoup Nina, je m'applique et j'espère que je parviendrais à me maintenir ! :) En tout cas c'est gentil d'avoir prit la peine de laisser un commentaire x)

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C'est tout pour aujourd'hui et c'est techniquement déjà pas mal, je vois déjà mes chapitres s'allonger de plus en plus... Et Lilyn être de moins en moins sous contrôle.