- LES BÂTISSEURS -
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).
A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Andromeda, Steamboat Willie et Xenon.
IV : Enquête chez les Harpies
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
Septembre 1999 : Harry entre chez les Aurors
31 décembre 2001 : Mariage de Ron et Hermione
Septembre 2002 : Fiançailles de Harry et Ginny
Période couverte par le chapitre : 4 décembre 2002
C'était l'heure du déjeuner. La directrice invita Harry et sa collègue à la suivre vers le réfectoire. Les joueuses étaient en train de s'installer quand ils traversèrent la pièce. Leur arrivée fut amplement commentée et les chuchotements excités remplacèrent le joyeux brouhaha qui les avait accueillis. Celles qui avaient croisé Harry lors de la soirée à Holyhead le saluèrent de la tête et il répondit de même. Ses yeux cherchèrent Ginny qui ne sembla guère enchantée par sa présence. Il n'eut pas le temps de s'y attarder. La présidente les fit s'installer à sa table et leur présenta les autres convives :
— Voici Natacha Winckler, notre infirmière. C'est elle qui bichonne les joueuses, décide de leur régime et des soins qu'elles doivent recevoir.
C'était une femme très grande aux cheveux châtains coiffée d'une queue de cheval qui ne lui allait pas vraiment. Elle portait une blouse blanche sur sa robe de sorcière. Quand elle se pencha pour lui serrer la main, Harry sentit une odeur qui lui était familière. Il mit quelques secondes à l'identifier : c'était la fragrance des onguents qu'il avait l'habitude d'associer à l'infirmerie de Poudlard et à Madame Pomfresh.
— Vous aurez sans doute beaucoup de choses à vous dire avec Sophie Brush qui est notre magingénieur en balais, continua Isabel Redbird en leur désignant une femme assez musclée et dotée d'épais sourcils.
— Mon coéquipier habituel est un de vos fans, dit Davenport en lui serrant la main. Il dit que, même aujourd'hui, personne ne vous arrive à la cheville pour la roulade du paresseux[1].
— Oh, c'est très gentil de sa part.
Harry se demanda ce que ferait Ginny quand elle n'aurait plus l'âge de jouer en professionnelle. Il ne la voyait pas se convertir dans la technique. Comme entraîneuse, peut-être. Justement, la directrice leur présentait l'entraîneuse des Harpies, Atalante Gruber.
— J'ai entendu dire que vous étiez un très bon attrapeur, fit gentiment celle-ci à Harry.
— Seulement au niveau amateur, répondit-il modestement. Ginny me bat sans problème depuis que vous vous occupez d'elle.
Il se demanda un instant s'il avait bien fait d'évoquer ses liens avec une des joueuses, mais il décida que ne pas en parler était parfaitement hypocrite, étant donné qu'ils avaient fait la Une des journaux quelques semaines auparavant. D'ailleurs, il sentit que sa réponse n'avait pas déplu à Atalante qui se rengorgea :
— C'est une bonne recrue, lui confia-t-elle. C'est vous qui l'avez entraînée à Poudlard, n'est-ce pas ?
— À partir de sa cinquième année, précisa Harry. Avec son frère Ron Weasley comme gardien, cela nous a fait gagner la coupe.
— Charlie Weasley n'a-t-il pas joué aussi dans le temps ? demanda Sophie Brush, la spécialiste des balais. J'ai entendu dire que les Catapultes de Caerphilly ont tout fait pour l'avoir, mais qu'il a finalement choisi une autre voie.[2]
— Je savais que Charlie était excellent attrapeur, mais j'ignorais qu'il aurait pu faire une carrière professionnelle, s'étonna Harry.
— Cela avait été très commenté dans le milieu à l'époque, confirma l'infirmière. Que fait-il maintenant ?
— Il travaille dans une réserve de dragons, l'informa Harry. J'ai également joué avec les jumeaux Weasley qui faisaient une superbe équipe de batteurs. Selon les termes d'Olivier Dubois, ils étaient des cognards humains, se souvint-il avec nostalgie.
— Il y a des familles comme ça, fit remarquer Sophie Brush. Quand j'étais à Poudlard, c'était les frères Prewett qui faisaient un duo formidable. J'étais dans l'équipe de Poufsouffle et je peux vous dire qu'avec les Gryffondors, on s'est mutuellement chipé la coupe plusieurs années de suite !
— Vous jouez ? demanda l'entraîneuse Gruber à Janice Davenport.
— Non, je ne m'intéresse pas tellement aux compétitions de Quidditch, indiqua la partenaire de Harry. Je préfère les championnats de Duel.
— Seulement en spectatrice ? insista Sophie Brush.
— J'ai été vice-championne de la Ligue britannique de 76 à 78, leur révéla l'Auror. Maintenant, je me contente d'assister aux épreuves et de participer ponctuellement à l'entraînement des jeunes athlètes.
Durant le repas, ils se cantonnèrent à des sujets neutres. Quand ils se levèrent, Harry tenta de rencontrer le regard de sa fiancée, mais elle lui tournait le dos. Avec la magingénieur, Harry et sa partenaire repassèrent dans l'enceinte du Gymnasium et se rendirent dans l'édifice modeste qui se dressait près du Petit gymnase.
— Il n'y a que moi qui puisse pénétrer ici, précisa Sophie Brush en posant sa baguette sur la porte de l'atelier.
Son lieu de travail n'était composé que d'une seule pièce. Il y avait un large établi au centre de l'espace et de nombreux outils, soigneusement rangés sur des étagères ou suspendus à des crochets le long des murs. La netteté et l'ordre de l'endroit contrastaient fortement avec les pièces où les joueuses entreposaient leurs affaires.
Tout en fermant la porte, la spécialiste continuait à expliquer :
— Les sécurités ont été particulièrement renforcées il y a seize ans, quand Gwenog, qui venait d'arriver ici, s'est introduite dans l'atelier et a gonflé la propulsion de son balai. Elle a évidemment eu un accident et seule la chance a fait qu'elle s'en soit tirée sans dommage. Cette tête brûlée a failli mettre fin à sa carrière avant même qu'elle ne commence. Je faisais encore partie de l'équipe cette année-là et je peux vous dire que la directrice de l'époque nous a passé un sacré savon. Depuis, l'accès à l'atelier fait l'objet d'une sécurité particulière.
— Ça fait donc seize ans que mademoiselle Jones est active, nota Davenport. À quel âge est la retraite pour les joueurs de Quidditch ?
— On dépasse rarement trente ans dans ce métier, la renseigna Sophie Brush. Moi, j'ai arrêté à vingt-huit, quand j'ai eu mon premier enfant. Sachez que c'est un sujet tabou, à ne jamais aborder devant Gwenog. La dernière personne qui lui en a parlé a été changée en cloporte.
— Elle ne me fait pas peur, répliqua calmement Davenport.
— Bon, c'est à vous de voir. On murmure que c'est sans doute sa dernière année et qu'elle profitera de la Coupe du monde pour finir en beauté.
— Sa nomination est certaine ?
— Rien n'est sûr tant qu'on n'a pas les listes, mais ce serait étonnant qu'elle ne soit pas retenue. Il est cependant à craindre que, si le bruit se répand qu'on lui en veut, cela fasse réfléchir la fédération.
— Il y a beaucoup de monde au courant, souligna Harry. Toute l'équipe, par exemple.
— Personne ici n'a intérêt à ce que ça se sache, surtout tant qu'on ignore si ce genre de mésaventure ne va pas arriver à une autre.
— Il faudrait peut-être mettre en place des protections supplémentaires, remarqua Harry.
— Ce midi, Isabel a dû vérifier elle-même que tous les casiers ont bien été fermés et elle recommencera ce soir. Il est également prévu que demain matin je fasse une inspection générale des balais avant le début de l'entraînement.
— Les avez-vous examinés ce matin, après l'accident ? s'inquiéta Harry.
— Bien sûr. Ne vous en faites pas, celui de votre fiancée n'a pas été trafiqué.
— Avez-vous déterminé ce qui a cloché avec celui de mademoiselle Jones, recentra Davenport.
— Cela semble très artisanal. À première vue, toute une série de sorts a été jetée.
— Lesquels ?
— Plutôt courants et faciles à appliquer comme Tarrentella, Failamalle. J'ai aussi repéré des sortilèges de Confusion, Catapultage, vous voyez le genre. Je vous ai fait la liste la plus exhaustive possible.
Harry et Davenport la parcoururent. Aucun sort ne requérait un grand niveau de magie et certains étaient parfaitement incongrus.
— Folloreille !? s'exclama Harry.
— Ça a l'air drôle, comme ça, commenta la spécialiste, il affecte le sens de l'équilibre. Quand on est à une hauteur de vingt mètres, cela peut avoir de graves conséquences.
— Je suppose que les joueuses connaissent des sorts encore plus spécifiques, supputa Davenport.
— Elles lisent généralement des revues spécialisées, voire des livres de mécanique, pour avoir leur mot à dire quant aux réglages qu'on fait sur leur engin.
— Vous ne pensez pas que c'est l'œuvre d'une joueuse, alors, insista Davenport.
— C'est à vous de déterminer qui a fait ça, éluda la magingénieur. Moi je vous fais part ce que j'ai constaté sur ce balai.
— Quel sort auriez-vous utilisé pour faire perdre le contrôle à Gwenog ? demanda Harry.
— Propulso Limito, répondit-elle sans hésiter. C'est assez délicat à lancer mais j'aurais pu faire en sorte qu'il ne se déclenche qu'à haute altitude et être sûre de ne pas la rater. S'il avait été appliqué, cela aurait simplifié votre tâche : nous ne devons pas être plus de cinq personnes ici à pouvoir le faire. Par contre, Gwenog serait dans un sale état.
— Et vous seriez notre principale suspecte, signala Davenport.
La spécialiste haussa les épaules comme si elle ne prenait pas cette hypothèse au sérieux. Davenport, qui avait attentivement examiné sa réaction, demanda :
— Peut-on voir le balai accidenté ?
Brush se dirigea vers un placard et l'ouvrit, non sans murmurer un mot de passe. Elle récupéra le balai qui s'y trouvait et le posa sur la table de travail, avant de se pousser pour laisser les Aurors s'approcher. C'était un Walkyrie, un engin de compétition commercialisé par la société Friselune. Il était d'un bois précieux et les brindilles qui le composaient étaient parfaitement calibrées. Harry n'était pas un professionnel, mais il lui sembla que le vernis était d'une texture différente de celui des balais classiques.
— Il est magnifique, remarqua Harry.
— Oui, et Gwenog y tient beaucoup. Le grand Barbarella l'a fabriqué spécialement pour elle. Heureusement qu'il peut être réparé.
Sous le regard attentif de la magingénieur qui devait craindre pour ses délicats réglages, les deux Aurors le bombardèrent de révélateurs de sort, mais ils aboutirent au même résultat qu'elle : pas de magie noire ou de sorts complexes, juste une série de sortilèges simples et hétéroclites.
— Vous êtes-vous rendue dans le Gymnasium entre le moment où mademoiselle Jones a déposé son balai hier et celui où elle l'a repris ce matin ? demanda Davenport.
— Je suis restée après l'entraînement pour rééquilibrer le balai de Patty Patterson. Elle était avec moi et on s'est quittées ici. Elle est allée le ranger pendant que je remettais mes outils en place. Je suis ensuite revenue dans le bâtiment principal pour rentrer chez moi en cheminée. Quand je suis arrivée ce matin, les joueuses étaient déjà à l'échauffement.
— Avez-vous vu quelqu'un d'autre dans le périmètre du Gymnasium, hier soir ?
— Non, mais je n'ai pas tellement regardé non plus. Si une joueuse était en l'air, je ne l'aurais sans doute pas remarquée, car j'étais en train de me demander ce que j'allais faire pour le dîner. Pareil pour les personnes se trouvant dans le Petit gymnase.
— Je suppose que mademoiselle Patterson est actuellement occupée, avança Davenport.
Sophie Brush sortit de son atelier et regarda vers le stade.
— Elle ne vole pas. Vous devriez allez voir si elle n'est pas en train de faire sa préparation physique. Mais le plus rapide serait de demander à l'entraîneuse. Elle a déjà posé des questions aux filles pendant qu'Isabel emmenait Gwenog à l'hôpital. C'est celle qui porte la robe rouge près des buts, là-bas.
Harry et Davenport se tordirent le cou pour l'apercevoir.
— Vous voulez lui parler ? s'enquit la magingénieur d'une voix amusée.
— Si c'est possible, répondit Davenport.
La spécialiste s'appliqua un Sonorus et appela :
— Atalante, tu peux descendre ?
Même à cette distance, Harry vit que toutes les joueuses regardaient dans leur direction. L'entraîneuse prit le temps de donner des instructions avant de piquer vers eux.
— C'est mon tour ? demanda-t-elle avec un sourire chaleureux en se posant près d'eux.
— Il paraît que vous avez déjà enquêté pour déterminer qui était dans le coin quand on a trafiqué le balai de mademoiselle Jones, commença Davenport.
— À ce moment, je croyais encore à une simple farce qui avait mal tourné, précisa-t-elle. Désirez-vous qu'on aille dans mon bureau ? Il est dans le Petit gymnase.
Davenport accepta et ils s'y rendirent tous les trois. En fait de bureau, c'était une simple table casée dans un recoin de la salle de sport, isolée par une vitre qui faisait office de cloison. Atalante Gruber parvint à leur trouver deux tabourets où ils s'installèrent tant bien que mal.
— Il y a trois joueuses qui ont reconnu s'être retrouvées dans ce bâtiment après le départ de Gwenog. Patty Paterson, une de nos poursuiveuses remplaçantes, qui devait faire régler son balai et qui est venue le ranger ensuite. Il y a aussi Alpha McLoad, notre gardienne, qui a réparé son protège-genou et qui a donc pris sa douche après que les autres furent parties. Leah Maroon est restée pour attendre Alpha. Ces deux-là ne se sont pas quittées d'après leurs dires. En partant, elles ont vu Mary Linscott, qui venait faire le ménage.
Harry nota ces noms sur son carnet. Il savait que Leah Maroon était la batteuse qui faisait équipe avec Gwenog Jones.
— Où conservez-vous votre clé d'accès au Gymnasium ? demanda Davenport.
L'entraîneuse passa la main dans l'échancrure de sa robe et en sortit une chaînette à laquelle étaient suspendus un sifflet et deux clés. Harry n'en fut pas étonné. Ginny portait elle aussi un collier de ce genre. Elle le déposait sur sa table de nuit en se couchant avant de le remettre le lendemain matin après sa douche. Il lui arrivait une fois par mois de l'égarer et, avec l'aide blasée des elfes, elle lançait des Accio dans toutes les pièces de la maison pour le retrouver.
— Vous ne l'avez pas laissé traîner hier ? suggéra Davenport.
— Je n'ai pas pour habitude de la laisser sans surveillance, je ne la quitte jamais avant de rentrer chez moi. Mais je n'en dirais pas autant de mes filles.
Il était clair que c'était les joueuses qu'elle désignait sous ce vocable.
— Si vous saviez ! continua-t-elle en levant les yeux au ciel. Des fois, ce sont de vraies gamines. Elles oublieraient leur tête si elle n'était pas vissée sur leurs épaules.
Harry réprima un sourire, car c'était ce que disait régulièrement Molly à propos de Ginny.
— Pensez-vous qu'elles omettent parfois de fermer leur casier à balai ? demanda Davenport
Atalante Gruber les regarda pensivement.
— Avec elles, tout est possible. C'est vrai qu'elles prennent soin de leurs affaires de sport mais, quand on n'est pas en période de compétition, elles ont tendance à relâcher leur vigilance.
— Donc, il est imaginable que mademoiselle Jones n'ait pas verrouillé son casier.
— C'est possible, oui.
— Elle ne s'en serait pas rendu compte en l'ouvrant ce matin ?
— Pas nécessairement. Si elle l'a fermé sans le protéger, elle peut avoir posé sa baguette sur la porte et récité le mot de passe sans réaliser qu'il était inutile.
— Donc n'importe qui aurait pu y accéder.
— Dans l'enceinte du Gymnasium, rappela Atalante Gruber.
— On y revient toujours, je vois, sourit Davenport. Bien, nous n'allons pas vous retarder plus longtemps. Pouvons-nous parler à mademoiselle Patterson ?
Leur entretien avec la joueuse ne leur apporta pas de renseignements supplémentaires. Comme l'avait indiqué Sophie Brush, elle avait rangé son balai dans son casier après que la spécialiste en eut fini avec lui. Elle était passée rapidement par les vestiaires pour ôter sa robe d'entraînement ce qui lui permettait de confirmer la présence d'Alpha McLoad et Leah Maroon. Elle était partie avant ses camarades et avait tenu la porte à Mary Linscott en sortant du Gymnasium.
— Elle n'avait pas sa clé ? demanda Harry.
— Je ne me suis pas posé la question. C'était un geste de politesse, c'est tout. D'ailleurs, elle n'avait aucune raison de ne pas l'avoir. Elle vient fréquemment faire le ménage dans cette partie du domaine et je suppose qu'elle a le moyen d'y accéder.
Envoyées par leur entraîneuse, Alpha McLoad et Leah Maroon arrivèrent alors qu'ils remerciaient Patty Paterson pour sa collaboration. Ils les interrogèrent séparément et obtinrent la même version. Elles étaient restées ensemble après le départ des autres joueuses, avaient vu passer Patty Paterson puis Mary Linscott en train de balayer la salle de sport quand elles l'avaient traversée pour revenir au bâtiment principal.
Harry et sa partenaire parlèrent aussi à Gilda qui travaillait ses abdominaux dans la salle de Gymnastique. Elle avait quitté le Petit gymnase en même temps que la plupart de ses compagnes et était retournée avec elles au Foyer. Mary Spouse, la batteuse remplaçante qui se trouvait à proximité fut questionnée dans la foulée : elle était rapidement partie avec le premier peloton, puis était rentrée chez elle en cheminée.
Ne voulant pas désorganiser l'entraînement, les deux Aurors convinrent de ne pas obliger les joueuses qui volaient à descendre leur parler tout de suite. Ils décidèrent de retourner interroger Gwenog Jones. Comme Atalante Gruber les avait quittés pour s'occuper de ses troupes, ce fut Gilda qui les raccompagna jusqu'à la porte de communication après leur avoir expliqué qu'il fallait également la clé pour sortir du périmètre sécurisé.
— Cela ne vous pose pas de problème, quand vous perdez ou oubliez votre clé ? lui demanda Harry.
— C'est vrai que c'est pénible quand ça arrive, convint Gilda. Pour entrer, il faut aller chez la directrice pour qu'elle nous fasse traverser et on a toujours droit à un sermon. Ne lui répétez pas, mais moi je préfère voir l'infirmière, Natacha, pour la prier de me prêter son passe. Elle est beaucoup plus cool qu'Isabel.
— Et dans l'autre sens ? demanda Davenport. Si la dernière à rester a oublié sa clé ?
— Ça m'est arrivé une fois et j'ai attendu qu'une des femmes de ménage me délivre. Sinon, on a une sonnette reliée chez Isabel et au Foyer. Mais on évite parce qu'Isabel est rarement dans son bureau en fin de journée et obliger Mrs Norris à venir jusqu'ici vous expose à un quart d'heure de récriminations et à des remarques désagréables pendant des jours !
Avant de partir pour l'hôpital, ils s'arrêtèrent au bureau de la directrice pour lui faire savoir qu'ils quittaient les lieux.
— J'ai quelque chose pour vous, leur indiqua-t-elle. Je suis passée dans la chambre de Gwenog, tout à l'heure, et j'ai retrouvé la dernière lettre de menace qu'elle a reçue. Elle m'a dit ce matin qu'elle s'était débarrassée de toutes les autres.
Les deux Aurors examinèrent la missive. Elle avait pour support un parchemin bon marché, comme on en trouve dans toutes les papeteries. L'encre était noire, sans signe particulier. L'adresse et le texte étaient inscrits en lettres capitales ce qui, Harry le savait, compliquait la reconnaissance des écritures.
TU TE CROIS MALIGNE, MAIS ÇA NE DURERA PAS, proclamait la missive. TOUT SE PAYE, GARCE !
— On comprend qu'elle n'ait pas pris ces menaces au sérieux, commenta Davenport. C'est assez puéril, comme style.
— J'aurais quand même préféré qu'on en parle avant, regretta la directrice. J'aurais été plus vigilante.
Ils remercièrent Isabel Redbird puis empruntèrent la cheminée pour retourner à Ste-Mangouste. Sur son lit d'hôpital, la batteuse vedette avait l'air de s'ennuyer ferme derrière son magazine de Quidditch. Elle les accueillit avec plaisir :
— Ah enfin, quelqu'un se souvient de moi ! Dis donc, tu as une drôle de bouille comme ça, fit-elle à Harry qui s'était métamorphosé de nouveau pour ne pas être reconnu dans les couloirs.
— C'est ma tête de rechange, sourit-il.
— Tu en as une pour chaque jour de la semaine ? plaisanta Gwenog. Ginny doit avoir l'impression de voir du pays !
Harry rit avec elle. Ses manières directes étaient loin de lui déplaire. Il avait rarement des rapports aussi naturels avec les personnes qui ne faisaient pas partie de ses proches.
— Hum ! fit Davenport. Si nous en venions à la raison de notre visite ?
Gewnog grimaça comme une élève prise en faute par un professeur et soupira exagérément :
— Je vous écoute.
— Votre directrice nous a confié cette lettre. Avez-vous reçu d'autres menaces ces derniers temps ? Les avez-vous encore ?
— On a dû m'en envoyer une ou deux du même tonneau avant, mais je ne les ai pas gardées. Vous savez, on écope régulièrement des trucs pas clairs, indiqua la joueuse. La plupart du temps, on les jette parce qu'on n'a pas de temps à perdre avec ça. Entre les mégères jalouses de voir leur mec nous reluquer, les supporters des autres clubs, les traditionalistes qui trouvent anormal que des femmes se donnent en spectacle au lieu de se marier et d'élever une nichée de mouflets, des lettres désagréables on en reçoit au moins une par semaine.
— Il y a une différence entre des injures et des menaces, fit remarquer Harry.
— C'est vrai que c'est plus rare, surtout que je n'ai pas la réputation de me laisser faire, convint Gwenog. Comme elles ne me font pas peur, je n'y prête pas vraiment attention.
— Avez-vous fait l'objet d'autres formes d'attaque ? demanda Harry. Des affaires détruites, abîmées ou déplacées, par exemple.
— Détruites ou abîmées, non, jamais. Déplacées, je ne peux pas vous dire. Je ne me souviens jamais où je les pose.
— Quand avez-vous reçu cette série de lettres ?
— Je crois que ça a commencé cet été. On était en plein championnat et j'avais d'autres cognards à battre. J'ai eu celle-ci il y a trois jours.
— Comment vous est-elle parvenue ?
— Par hibou, je suppose.
Elle prit le temps de la réflexion et dit :
— C'était samedi dernier et j'étais dans ma chambre quand il est arrivé. C'est pour ça que j'ai toujours la lettre. Si j'avais été dans le salon, je l'aurais jetée au feu tout de suite. Il me semble que c'était un hibou postal... Oui, j'en suis sûre. Je les préfère aux autres, parce qu'ils n'attendent pas qu'on leur donne quelque chose à manger, contrairement à ceux des particuliers qui ont l'habitude qu'on les gâte. Celui-là est reparti rapidement sans faire d'histoire.
— À quelle heure est-il arrivé ? s'enquit Davenport.
— Vers trois heures de l'après-midi, je crois.
L'Auror calcula :
— On est à cinq heures de vol de Pré-au-Lard en hibou normal. Ce n'était pas un express ?
— Non, juste une chouette hulotte.
— Posté samedi à dix heures du matin environ alors. Il faut qu'on vérifie qu'il n'y a pas eu de tempête qui l'aurait dérouté et aurait rallongé le temps de délivrance. Bien, autre chose : l'écriture du billet vous était-elle familière ? Toutes les lettres de menace que vous avez reçues ces dernières semaines sont-elles de la même main ?
— Je crois, mais je n'en mettrais pas mon balai au feu.
Davenport tapota pensivement son carnet avec sa plume.
— On va passer tout de suite à la poste, décida-t-elle. Quand devez-vous sortir ?
— On ne me l'a pas dit, mais j'espère que c'est pour bientôt. Je vais devenir folle si je reste ici plus longtemps !
Ils prirent congé puis cheminèrent vers la poste de Pré-au-Lard. Pour aller plus vite, Davenport demanda à voir directement le directeur du site. Elle lui exposa la situation. Ce n'était pas la première fois qu'il collaborait dans le cadre d'une enquête et il savait parfaitement ce qu'on attendait de lui.
Il les mena à l'arrière. Il y avait une large pièce avec des casiers tout le long des murs et de grandes tables sur lesquelles des employés triaient les parchemins qu'ils prenaient dans un énorme panier.
— Qui était aux envois samedi dernier ? demanda le directeur.
— Moi, se désigna un des préposés.
— Ces messieurs-dames du bureau des Aurors veulent te poser des questions, lui indiqua son supérieur.
L'homme parut impressionné, manifestement plus habitué à être en contact avec la police magique qu'avec l'élite. Harry se félicita d'avoir conservé sa métamorphose pour simplifier leurs démarches. Le jeune Auror donna au postier tous les éléments dont ils disposaient. Celui-ci leur demanda de le suivre dans le bureau des envois.
La pièce était nettement plus petite et donnait directement sur la volière de l'établissement. Pendant que leur indicateur feuilletait dans un gros cahier, Harry observa les centaines d'oiseaux alignés sur les perchoirs. Il se souvint l'avoir visitée du temps où il était à Poudlard, lors d'une des sorties qu'il avait été autorisé à faire.
— J'ai trouvé, annonça l'employé. J'ai seulement trois envois qui correspondent pour samedi matin. Chouette hulotte revenue vers huit heures du soir. Le temps était clair et vent modéré dans le sud, il n'y a donc pas de cause de retard ce jour-là dans cette direction. Le problème, c'est que j'ai bien fait une vingtaine de départs ce matin-là, alors je ne me souviens pas de tout le monde.
Pour lui rendre la mémoire, Davenport lui mit sous le nez l'enveloppe de la lettre reçue par Gwenog. L'homme haussa les épaules en la déchiffrant :
— Des comme ça, j'en envoie trente par jours. Je suis désolé, mais je ne peux pas vous aider. Si vous me montrez quelqu'un, je peux vous dire si je l'ai vu dernièrement, mais je ne peux pas vous décrire tous ceux qui défilent ici. Surtout que ça fait quatre jours, maintenant.
— Bien, nous vous remercions de votre coopération, soupira Davenport. Voici mon nom, si quelque chose vous revient, n'hésitez pas à m'envoyer un mot au ministère.
Ils reprirent la cheminée publique de la poste centrale et revinrent chez les Harpies. La directrice les avait enregistrés quand ils étaient arrivés le matin pour qu'ils puissent à leur guise accéder au domaine par le réseau de cheminette.
— On n'a toujours pas parlé à Mary Linscott, fit remarquer Davenport une fois sur place. Il serait peut-être temps de le faire puisqu'elle se trouvait dans le Gymnasium hier soir, selon plusieurs témoignages.
Ils explorèrent le bâtiment principal et découvrirent la personne qu'ils recherchaient dans la cuisine en train d'éplucher des légumes. Elle ressemblait beaucoup à la femme qu'ils avaient rencontrée dans le réfectoire le matin : très brune avec la peau claire.
— Bonjour. Pouvons-nous vous interroger ? lui demanda Davenport.
Leur témoin confirma la version qu'on leur avait donnée. Elle était venue à 17 heures récupérer la clé du Gymnasium auprès de Mrs Norris et la lui avait rendue une heure et demie plus tard. Patty Paterson lui avait tenu la porte quand elle était passée de l'autre côté et elle avait vu Alpha McLoad et Leah Maroon sortir de leur vestiaire alors qu'elle était en train de nettoyer la salle de sport.
— Nous avons remarqué une femme qui vous ressemblait dans le réfectoire ce matin, demanda finalement Davenport. Lui êtes-vous apparentée ?
— Oui, c'est ma cousine. Quand notre grand-père est décédé, on s'est rendu compte qu'il nous avait fortement endettés et nous avons dû trouver rapidement du travail. Esther a été engagée la première, il y a cinq ans et elle m'a recommandée auprès de Madame Redbird.
— Vous aimez ce travail ?
— Je préférerais être chez moi, bien sûr. Mais ce n'est pas trop dur, les demoiselles sont gentilles avec nous même si elles ne sont pas des modèles d'ordre. Miss Jones a très aimablement signé des autographes pour mon petit garçon, l'année dernière et elle lui a aussi donné une affiche. Je pense que je préfère être ici que chez un particulier.
— Vous aimez bien mademoiselle Jones, alors.
— Tout le monde l'aime bien, affirma Mary Linscott. Elle est parfois abrupte dans sa façon de parler, mais elle a le cœur sur la main.
Ce fut ensuite au cuisinier de répondre à leurs questions. Il s'appelait Joey Petrucci et avait un fort accent italien. Avant de leur répondre, il essuya ses mains sur son tablier déjà douteux et insista pour qu'ils goûtent aux petits gâteaux qu'il avait préparés pour le thé des joueuses.
— Ce n'est pas facile de les gâter tout en obéissant au régime draconien que leur impose Madame l'infirmière, se plaignit-il. Mais quand elles viennent me voir avec leur chagrin d'amour ou démoralisées par un entraînement un peu dur, je ne vais pas leur donner de la salade ! J'ai toujours des douceurs pour faire passer leur vilain cafard.
— Elles ont souvent des contrariétés ? s'enquit Davenport.
— Comme toutes les jeunes filles, vous savez ce que c'est !
— Est-ce qu'elles se disputent parfois entre elles ?
— Ça arrive, mais si vous voulez savoir si l'une d'elles en voulait à Gwenog, ça non ! D'ailleurs aucune d'elles n'irait jusqu'à lui abîmer son balai. Elles respectent les balais, ça oui.
Le cuisinier affirma ensuite avoir quitté le domaine à 16 heures 30 et n'être revenu que le lendemain matin.
— Deux fois par semaine, je pars de mon travail plus tôt, expliqua-t-il. Je prépare le thé et le dîner et Esther ou Mary les servent aux demoiselles.
En tout état de cause, il n'avait pas les clés du Gymnasium et n'y allait jamais, n'ayant rien à y faire. Ils se firent indiquer le chemin de l'infirmerie et y retrouvèrent Natacha Winckler qui les accueillit avec un grand sourire.
— Bienvenue dans mon royaume ! J'espère que ce n'est pas pour un bobo !
— Non, nous voudrions savoir si vous vous êtes rendue dans le Gymnasium hier soir ou ce matin.
— Je n'ai pas eu à intervenir sur une joueuse ces jours-ci.
— Vous étiez là quand même ?
— Oui, bien sûr, je dois toujours être disponible. Je n'ai pas quitté mon infirmerie de l'après-midi, hier.
— À quelle heure êtes-vous rentrée chez vous ?
— À 18 heures.
— Vous n'avez vu personne qui n'aurait rien eu à faire dans cette partie du bâtiment ?
— Je ne joue pas aux concierges. Je suis généralement occupée à faire les menus, prévoir les échauffements personnalisés des filles, prendre soin des diverses foulures et élongations qui nécessitent plusieurs semaines de rééducation, j'ai un programme bien chargé.
Elle portait la clé du Gymnasium ainsi que celle défendant son armoire à potions dans une aumônière attachée à sa ceinture qui n'avait, selon ses dires, pas quitté sa place l'après-midi précédent. Quand les Aurors en eurent terminé avec elle, il était tard et Davenport décida de repartir au QG pour mettre au propre et analyser ce qu'ils avaient déjà engrangé comme informations. Ils travaillèrent ainsi durant une heure à faire un compte rendu succinct à Faucett de tous leurs interrogatoires. Après qu'ils aient déterminé leur programme du lendemain, Harry put enfin rentrer chez lui.
Ginny était déjà au Square Grimmaurd quand il y arriva.
— Tu as fait comme si tu ne me connaissais pas au club, remarqua Harry pendant qu'ils se mettaient à table. Tout le monde sait que nous sommes fiancés !
— Je pensais qu'on avait passé l'âge de s'embrasser dans les couloirs, s'étonna Ginny.
— Tu n'es pas obligée de me sauter au cou, mais tu peux quand même me sourire, répliqua-t-il.
— Tu as cru que j'étais fâchée ?
— Oui, je me demandais ce que j'avais fait. Je n'ai pas cherché à avoir cette enquête, tu sais. C'est Gwenog qui a estimé que j'étais un des rares mâles qu'elle pouvait supporter.
— C'est vrai que Gwenog a des préjugés un peu tranchés sur les hommes.
— Elle ne les aime pas du tout ? interrogea Harry.
— Je n'ai pas dit ça. Elle a plein de petits copains.
— Elle en a beaucoup ?
— Disons qu'elle agit de manière assez masculine en la matière : juste pour avoir du bon temps et quand elle en a assez, elle passe au suivant.
— Tous les garçons ne sont pas comme ça, protesta Harry.
— C'est vrai. Mais ceux qui le sont sont bien vus, alors que les filles qui font pareil sont des gourgandines.
— C'est ce que tu penses de Gwenog ?
— Bien sûr que non. Mais ceux qui sont étroits d'esprit n'ont pas intérêt à lui reprocher son mode de vie, s'ils espèrent rester dans le règne des mammifères. Peut-être un petit copain délaissé qui s'est vengé lâchement.
— Cela me paraît une méthode bien compliquée pour une personne extérieure, réfléchit Harry.
— Tu crois que c'est l'une de nous ? réalisa Ginny.
— Qu'en penses-tu ? lui retourna Harry.
— Il y a deux mois, je t'aurais dit que ce n'était pas possible. Mais depuis qu'on m'a abîmé des affaires, je ne jurerais plus de rien. Tu as parlé de ce qui m'est arrivé avec ta partenaire ?
— Je préfère éviter pour ne pas te mêler inutilement à ça. J'ai plutôt l'impression que ce sont deux modes opératoires distincts. Dans un cas, cela semble être un mouvement de colère ponctuel et dans l'autre, cela a exigé un minimum de réflexion. En plus, j'ai demandé à Gwenog si elle avait eu la même mésaventure que toi, et elle m'a répondu que non.
Ils mangèrent un moment en silence, puis Harry reprit ses questions :
— Avec son caractère, Gwenog doit quand même avoir des ennemis, non ?
— C'est vrai que, soit on l'adore, soit on ne la supporte pas, reconnut Ginny. Celles qui ne se sont pas entendues avec elle sont parties jouer dans d'autres clubs.
— Donc ce ne serait pas une joueuse. Et le personnel ?
— Dans la tête de Gwenog, y'a les joueurs de Quidditch et les autres. Elle a infiniment moins d'égards pour la seconde catégorie même si elle peut se montrer sympa avec eux quand elle est bien lunée. Il est parfaitement possible qu'elle se soit fait des ennemis dont elle n'a pas conscience. Au fait, ta partenaire a fait sensation avec son bandeau, lui apprit Ginny. Qu'est-ce que cela aurait été si elle avait porté un œil magique, comme le professeur Maugrey ? Pourquoi n'en porte-t-elle pas d'ailleurs ? Ça doit rendre des services dans votre métier.
— Aucune idée. Mais je te laisse le lui demander !
[1] Figure de Quidditch qui consiste à faire un rouleau sur soi-même (Le Quidditch à travers les âges).
[2] Cette histoire est racontée dans Charlie à tout prix, d'Owlie Wood.
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24/01/2009 :
Précision : lorsque Harry dit qu'il a entraîné Ginny à partir de sa cinquième année, cela correspond au tome 6 (Ginny a un an de moins que Harry).
Coup de coeur et reconnaissance éternelle :
Un énorme merci également à Lilou_Black qui a mis à ma disposition son talent pour caractériser les personnages du club des Harpies.
La carrière potentielle de Quidditch de Charlie, les magingénieur et autres détails sur le Noble Sport ont été pompés sans vergogne chez Owlie Wood qui est une spécialiste dans ce domaine. Lire en particulier Charlie à tout prix, une (longue et savoureuse) nouvelle qui se trouve dans son recueil Dieux du Stade et qui raconte ce qu'à fait le club des Catapultes de Caerphilly pour l'engager.
Vos devoir de la semaine consisteront à aller jeter un coup d'oeil sur le travail de ces deux auteures, plus si affinités. Tous les liens sont dans mes favoris.
Quant à moi, je vous dis à samedi prochain.
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