CHAPITRE QUATRE

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J'ai mis beaucoup de temps pour écrire ce chapitre, et j'en suis désolée… La reprise des cours, le permis, toussa toussa… Mais il y a des soirs où vous êtes condamnés à écrire le nouveau chapitre d'une fanfiction en cours. Pas parce que des lecteurs vous pressent (enfin en partie, j'ai quand même envie de faire plaisir à mon lectorat, et merci, merci pour vos reviews, sans vous ma vie serai un désert, un puits sans fond, une terre sans arbres… enfin vous avez compris l'idée.) Brrreeeef, c'est le genre de soir où, après avoir mollement passé quelques heures futiles à regarder des séries (sur le seul ordi de la maison qui possède internet), la seule ambition sur le coup d'une heure du mat' est d'aller se pieuter sans autre forme de procès. Oui mais voilà, une fois arrivée dans ma chambre, que vois-je ? (suspense insoutenable) Une monstrueuse araignée noire, épaisse et velue, le genre qui s'est bien engraissée tout l'été et qui rapplique dans les maisons dès les premiers frimas, et qui dépasse à l'aise le diamètre de ma paume. Deux solutions : où bien aller dormir dans le canapé, où bien aller réveiller ma génitrice, déjà profondément endormie, qui se réveille six heures plus tard pour aller travailler. Parce que l'option « écraser le monstre » est impensable, même si elle a été envisagée (à grand renfort de couinements paniqués et de déplacements de meubles pour ne pas qu'elle aille se cacher dessous, la vicieuse). Je vous passe les péripéties (réveil, engueulade, pulvérisation au sens propre de la bête, aspirateur), tout cela me conduit dans mon lit, encore sous le coup de l'émotion, et incapable de dormir. Le dernier tome du « Trône de Fer » est posé un étage plus haut, trop la flemme d'y aller. Il ne reste que mon petit ordi au pied du lit qui me lorgne en ricanant « Aha, tu crois que je vais laisser la poussière s'accumuler sur moi ? Que nenni ma grande, tu vas me tapoter le ventre et pondre un nouveau chapitre ». Here we are, après cette tranche de vie d'un intérêt tout relatif. Voici la suite (et avant-dernier chapitre, je vous préviens, que le manque ne soit pas trop violent) des péripéties d'un rouquin et d'un blond, toujours du point de vue de Drago. Comme d'habitude, je remercie Froz qui a eu la générosité sans limite de me relire et de me signifier franchement quand c'est vraiment, vraiment pourri, je ne sais pas ce que je ferai sans elle. Et tous les personnages et références à un passé supérieur à trois ans ne m'appartiennent pas, tout est à JKR sauf la haute improbabilité de ce qui va suivre… Bonne lecture !

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Drago entendit le cliquetis particulier de la clé dans la serrure, et quitta du regard la plante qu'il était en train de soigner. Charlie apparut dans le salon, assez essoufflé d'avoir monté les escaliers avec ses énormes sacs de courses. Drago se fendit d'un bonsoir et d'un vague sourire et retourna à sa fougère anémique. Il entendait dans son dos le rouquin ranger ses achats.

-Une bièraubeurre ?, lança ce dernier.

-Yep, répondit Drago, lâchant ce qu'il était en train de faire pour aller s'affaler nonchalamment sur le canapé. Il gratouilla vaguement le cou d'Œdipe, qui squattait déjà l'endroit, triomphalement installé en travers des coussins. Charlie vint le rejoindre, une bouteille dans chaque mains, lui en tendit une et écarta le chat pour s'asseoir sur le tout petit espace que le félin daigna lui céder. Ils burent silencieusement leurs bières, savourant ce moment.

Ginny était partie la veille, retournant au Terrier. Ce qui avait été très difficile pour elle, et pour eux, même s'ils ne l'auraient avoué pour rien au monde. Elle avait réussi à débloquer une situation inextricable entre eux, elle avait été le liant qui leur avait permis de s'adapter l'un à l'autre. Depuis son départ, ils avaient tenté de rester dans la bonne humeur qui avait marqué son séjour parmi eux. Mais leurs efforts semblaient toujours un peu factices, forcés. L'un et l'autre savaient pertinemment que sous le vernis, brillant mais fragile, dormait une situation non résolue qui ne demandait qu'à se réveiller. Il y avait toujours beaucoup de gêne autour de cette fameuse nuit, et ils essayaient de camoufler cet embarras sous les blagues un peu graveleuses, les avances factices. Et le jeu leur plaisait bien plus qu'ils n'auraient voulu l'avouer.

Le silence se prolongeant, et commençant à se transformer en cette gêne qu'ils voulaient absolument éviter, Drago prit les devants. Il plongea ses yeux dans ceux de Charlie et lui fit un sourire ravageur, en glissant une caresse du bout des doigts le long de son bras. Il sentit très nettement le frisson du rouquin et en éprouvant intérieurement une grande satisfaction.

-Il y a comme quelque chose entre nous, susurra-t-il d'une voix langoureuse, sans le lâcher des yeux. Charlie se troubla, cherchant visiblement où était l'ironie. Drago laissa durer son embarras, prenant un plaisir coupable à comparer la couleur de ses joues avec celle de ses cheveux, puis baissa les yeux sur le chat entre eux. Sans prévenir, il mit fin au contact pour gratouiller le ventre blanc et ronronnant.

-Hein, mon Œdipe, que t'es bien entre nous, hein mon chaton, bêtifia-t-il en essayant de se convaincre que caresser le chat était plus amusant que de tripoter Charlie. Ce dernier lâcha un soupir de soulagement à peine perceptible, mais se détendit visiblement. Il poussa la complaisance jusqu'à lâcher un ricanement entendu, comme si il avait senti venir le coup de loin. Drago en fut légèrement déçu.

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Plus tard dans la soirée, après un échange assez trivial sur la quantité de linge à aller porter à la laverie automatique, un silence s'instaura à nouveau. Cette fois Charlie ne laissa pas à Drago le loisir de passer le premier à l'offensive.

-Ça vient d'où, Drago, comme prénom ?, demanda-t-il avec un air studieux. Ledit Drago ne voyait pas trop où il voulait en venir, mais décida de jouer le jeu.

-Bin… de Dragon je pense. Paraît que ce sont des bêtes très agressives et très belles, ça me correspond parfaitement, tu ne trouve pas ?

-J'aime les dragons, répliqua Charlie avec une expression très sérieuse. Drago ricana intérieurement. Trop facile. Il déclara gravement :

-Mais oui, je sais que tu m'aimes, mon grand fou. Maintenant va faire la vaisselle, t'es trop sexy avec les mains dans le liquide vaisselle.

Le « grand fou » éclata d'un rire entendu comme si c'était la meilleure blague du moment, mais s'exécuta sans les habituelles protestations (« C'est ton tour ! », « Les trois quarts des trucs sont à toi ! »). Quelques minutes plus tard, Drago se surpris lui-même à l'observer du coin de l'œil, les manches retroussées sur ses avants bras recouverts de tâches de rousseurs, le torchon humide glissé à la ceinture, sifflotant un air débile en frottant le fond d'une casserole.

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Quelques semaines s'étaient écoulées depuis le départ de Ginny, et ils étaient retournés à leur train-train habituel. Charlie se levait le plus tôt, expédiait la douche et le petit déjeuner en dix minutes et partait en courant. Drago se réveillait une heure plus tard et traînassait entre la cuisine et la salle de bain, son magasin n'ouvrant qu'à 10h30. Il rentrait le premier, en fin d'après-midi, et mettait des bièraubeurres au frais. Il lisait un magazine ou écoutait un CD jusqu'à ce que Charlie rentre, souvent très tard, après la visite quotidienne au Terrier. Ils buvaient leurs bières en silence puis se racontaient leurs journées ou des anecdotes futiles. Sur le coup de 22h, l'un ou l'autre allait réchauffer un truc tout préparé, qu'ils mangeaient sans quitter le petit canapé. Puis Charlie allait se coucher, exténué, pendant que Drago descendait à son bar habituel, draguait ou se faisait draguer, cédait ou faisait céder. Il ne ramenait plus que très rarement des conquêtes dans l'appartement. L'entente avec Charlie était toujours fragile et il ne voulait pas le pousser dans ses retranchements. Les petites provocations, c'était une chose, lui mettre sous le nez son dernier coup en était une autre. Le rouquin avait beau laisser croire qu'il n'était pas gêné et qu'il était parfaitement à l'aise avec la sexualité de Drago, ce dernier n'était pas vraiment dupe. Il se surprenait d'ailleurs à se soucier autant de quelqu'un d'autre. Autant d'altruisme n'était vraiment pas dans ses habitudes.

Un matin comme tous les autres, Drago se leva mollement et se dirigea au radar vers la salle de bain. Il poussa la porte et sursauta en découvrant Charlie se rasant à gestes précipités, qui sursauta également :

-Hey, tu m'as fait peur ! Je suis grave à la bourre, 'me suis rendormi…

-Ah ok, répondit Drago d'un ton vague avant de refermer la porte. Complètement éveillé à présent, il s'appuya contre le mur du salon, inexplicablement ému.

Il est curieux comme certains moments, aussi éphémères et futiles, peuvent se graver profondément, se ralentir et se rejouer à l'infini. Leur échange n'avait pas duré plus de quelques secondes, mais il se sentait complètement retourné, surpris, comme s'il venait de rater une marche. Il revoyait la porte s'ouvrir, Charlie de dos, torse nu, appliqué à se raser. Lui sursautant, le regard du rouquin dans le miroir, et son mouvement brusque de surprise. Le rasoir avait légèrement entaillé la ligne de sa mâchoire, et il revoyait la gouttelette de sang perler, glisser lentement le long de son cou et se perdre entre les clavicules pendant qu'il parlait. Les images se répétaient sans qu'il n'ait rien demandé. Il revoyait le dos nu, des tâches de rousseur parsemaient ses épaules et s'amenuisaient sur les omoplates. Il avait noué sa tignasse rousse avec un élastique, dans une sorte de chignon informe sur le haut de son crâne. La ligne de son épaule quand il s'était retourné. Puis à nouveau de dos, avec cette nuque dévoilée. La goutte de sang glissant le long du cou, le rouge sombre sur sa peau blanche. La ceinture de son jean, la ligne d'un caleçon plus foncé.

Drago se colla une gifle. Pas mentale, celle-là. Il ne comprenait pas pourquoi il réagissait comme ça, pourquoi son cerveau avait décidé de jouer avec ses nerfs et avec son désir. Car maintenant, la vérité lui avait sauté à la figure et ne voulait plus retourner d'où elle venait : Charlie lui inspirait un inexplicable et irrépressible désir. Son flot de pensées n'avait pas duré plus de quelques instants, et furent interrompues par leur objet, sortant en trombe de la salle de bain.

-On se voit ce soir, bonne journée !

Il entendit le bruit des clés, la porte s'ouvrir et se refermer, à nouveau les clés, puis les pas descendant l'escalier, s'étouffant progressivement, puis le silence.

Alors seulement, il se décolla du mur, retira son pyjama et pris une longue, très longue douche froide. Mais même après, ses réflexions étaient encore très floues, embrouillées, noyées par les images en boucles de la goutte de sang coulant de long du cou. Il argumenta à haute voix, prenant la cafetière à témoin.

-Tu débloque à plein régime mon grand. C'est même pas ton genre en plus ! Tu n'aime que les grands, bruns, bronzés, de préférences noirs. Il est blanc comme un cachet d'aspirine ! Il est carrément plus vieux que toi ! Un roux en plus ! Un Weasley !! Et merde…

La cafetière ne répondit rien, mais le liquide chaud qu'elle répandit un peu partout parla pour elle.

Après avoir tenté de se convaincre un long moment du chapitre « il est gonflant, il est pas beau, il est vieux, il est roux, il met des fringues crades, c'est un Weasley », voyant que ses efforts ne rapportait pas grand-chose, il laissa ses pensées vagabonder. Repoussant avec succès un vague sursaut de fierté, il s'imagina le contact de cette peau blanche sur la sienne, la fermeté de son épaule sous ses doigts, le goût salé du sang sur sa langue. Quand il retourna au réel, son café était froid.

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A partir de ce moment, Drago trouva de plus en plus difficile de jouer innocemment à leur petit jeu de provocation. Il n'y avait plus rien d'anodin dans ses piques, et il avait soif de ces contacts artificiels. Mais il ne laissait rien transparaître. On est un Malfoy ou on ne l'est pas. Charlie ne changea pas de comportement, il paraissait de plus en plus à l'aise, et son embarras semblait devenir un lointain souvenir. Souvent, quand l'un ou l'autre commençaient leurs habituelles blagues, Drago le poussait subtilement à continuer, pour voir jusqu'où il oserait aller. Charlie finissait toujours par se dérober par une excuse très plausible, une course à faire ou un hibou à envoyer, évitant soigneusement des contacts trop physiques.

Un soir pourtant, il poursuivit le jeu. Ils se trouvaient dans la cuisine, racontant des banalités, Charlie rangeant des courses et Drago le regardait faire, appuyé contre l'évier. Pour accéder au placard derrière ce dernier, plutôt que de lui demander de bouger, le rouquin se colla à lui pour ouvrir la porte. Puis il resta collé, alors que ce n'était absolument pas nécessaire, fixant Drago dans les yeux. Brusquement, il lui attrapa le visage et lui colla un baiser brutal sur les lèvres, puis s'écarta rapidement en poussant un hurlement de rire, pour montrer que tout ça, c'était absolument sans ambiguïté et vraiment hilarant. Drago se sentit inexplicablement blessé, et évacua immédiatement une partie de sa frustration :

-Pas étonnant que tu sois seul, si tu embrasses aussi mal, déclara-t-il d'un ton neutre. Il vit avec surprise le regard amer de Charlie. Son sourire s'évanouit et sa mâchoire se crispa.

-Ouais, c'est sûrement pour ça.

Et il lui tourna le dos pour clore la conversation.

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Ce soir là aussi Drago descendit à son bar habituel. A peine entré, un jeune type qu'il avait déjà repéré depuis quelques temps s'approcha et proposa de lui offrir un verre. Il accepta, par réflexe, s'assit avec lui et l'écouta un moment. Puis brutalement tout cela l'agaça profondément, il vida son verre d'un trait, s'excusa vaguement et sortit presque en courant.

L'appartement l'accueillit comme une étreinte familière. Il parcouru silencieusement le salon plongé dans la pénombre et jeta un coup d'œil par la porte ouverte de la chambre de Charlie. Il était profondément endormi, un léger ronflement soulevant à intervalles réguliers le tas de couvertures froissées qui recouvrait son dos. Un bras nu pendait mollement hors du lit, faisant une forme blanche dans le noir. Le sommeil détendait le pli soucieux qui barrait habituellement son front, il avait une expression sereine qui lui donnait l'air plus jeune. Drago eut du mal à s'arracher à sa contemplation. A partir de ce soir là, il alla régulièrement l'observer dormir. Une partie de son cerveau s'insurgeait violemment contre ces niaiseries fleur bleue qu'il méprisait si férocement chez les autres. L'autre partie, pas beaucoup plus grande mais bien plus convaincante, trouvait que ça ne faisait pas de mal si l'observé n'était pas au courant.

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Les jours passaient et se ressemblaient. Drago se surprenait lui-même. Il avait rarement fait autant attention à quelqu'un, et jamais à un tel degré. Toujours discrètement, il observait Charlie dans ses gestes les plus quotidiens, s'émouvant d'un air contrarié, bouleversé par son geste nerveux lorsqu'il fourrageait sa tignasse rousse, attendri par son sourire. Son désir presque viscéral de le toucher se contenait difficilement, et seuls ses yeux lui permettaient d'atténuer sa frustration. Il avait encore sur les lèvres le goût amer de ce baiser brutal, « pour rire », qui polluait ses fantasmes. Charlie lui, semblait avoir oublié l'incident, ou faisait mine de rien. Occupé par ses propres problèmes, ou trop fatigué pour faire attention à quoi que se soit, il n'avait pas remarqué la réserve un peu plus marquée de son colocataire. Ils continuaient leur petit jeu, mais le cœur de Drago n'y était plus. Il ne comprenait pas lui-même ce qui lui arrivait. Et surtout, il ne savait pas ce qu'il voulait, et cette indécision si inhabituelle chez lui le paralysait.

Alors qu'il avait jusque là soigneusement respecté l'intimité de la chambre de Charlie, il céda un jour à la curiosité et attendit d'être seul dans l'appartement. Il n'avait observé la chambre que la porte ouverte, dans le noir, et ne regardait alors que son occupant. Là, en plein jour, les proportions étaient différentes, elle semblait plus petite, très remplie. Des livres et des objets encombraient les différents meubles, un tas de vêtements prenait la poussière dans un coin. Il saisi un vieux T-shirt qu'il avait souvent vu porté, et respira son odeur imprégnée dans le tissu. Il ouvrit un livre au hasard, juste pour sentir la couverture sous ses doigts. Enfin, il s'assit sur le lit, au milieu des couvertures encore entortillées de la nuit, et passa la main sur l'oreiller. Et c'est là que son regard tomba sur la table de nuit, sur un détail qu'il n'avait jamais remarqué. Un petit cadre était posé près de la lampe. A l'intérieur, une photo moldue saisissait dans son immobilité une jeune et belle sorcière, métisse aux grands yeux verts, avec une cicatrice qui lui barrait une joue. Loin de l'abîmer, cette cicatrice lui donnait un air un peu sauvage qui achevait de la rendre irrésistible. Et qui acheva aussi Drago.

Il saisi le cadre du bout des doigts, incapable d'avoir une pensée cohérente dans le black out qu'était devenu son cerveau. Il senti quelque chose se tordre en lui, mais n'y prêta pas attention, se focalisant sur ce beau visage. Les pensées revinrent d'un coup, toutes en même temps, prenant un malin plaisir à enfoncer plus profondément en lui ce qu'il venait de découvrir. Un cadre photo, d'une jeune et belle sorcière, dont l'apparence démentait toute explication du genre « c'est sa cousine », placée à un endroit stratégique, où elle était la première chose que Charlie voyait en se levant, et la dernière en se couchant. Et surtout, une jeune femme dont il n'avait jamais entendu parler, et que son colocataire s'était bien gardé de ne jamais évoquer. Ce qui renforçait encore l'importance qu'elle devait avoir. Il n'arrivait pas à définir s'il se sentait blessé, déçu, en colère ou agacé contre lui-même, ou contre Charlie. Il reposa doucement le cadre, se leva et lissa machinalement la trace qu'il avait laissé sur le matelas, puis alla comme un automate prendre sa douche.

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Cette découverte avait remué Drago, mais il refoula toutes les pensées qui concernaient de près ou de loin le petit cadre sur la table de nuit. Il s'interdit d'y penser, et surtout de mettre les choses à plat avec Charlie. Pourtant, cette occasion lui fut apportée presque malgré lui, un soir semblable à tous les autres.

Charlie était revenu du Terrier encore plus déprimé que de coutume, et ne souhaita pas en expliquer les raisons. Pire, il refusa l'habituelle Bièraubeurre et alla se cloîtrer dans sa chambre. Le Drago normal n'aurait pas bougé de son canapé, mais l'espèce de loque vidée de volonté qu'il était devenu alla presque malgré lui doucement frapper à la porte. Aucune réponse ne lui parvenant, il l'ouvrit et trouva Charlie effondré sur son lit, la mine la plus sombre qu'il ne lui ait jamais vu. Il serrait nerveusement sa couette sous un bras et tenait dans le creux de son autre main le petit cadre. Il leva les yeux à son entrée.

-'scuse moi, marmonna-t-il, ayant manifestement du mal à desserrer les mâchoires. J'préfère rester seul ce soir. C'est ce que je fais de mieux manifestement.

Drago hésita sur le seuil. Il n'était pas doué pour ce genre de situations, mais en même temps, il ne l'aurait pour rien au monde laissé seul dans un état si piteux.

-T'es sûr ? Je peux rester un peu, si tu veux.

Le visage de Charlie resta sombre, avec un air impénétrable qui lui était inhabituel. Il le dévisagea posément, toujours avachi sur son matelas, puis sans trahir aucune émotion, il se décala légèrement pour laisser une place à côté de lui. Drago vint s'asseoir, sans le toucher, sans le regarder, et tout deux contemplèrent en silence le bout de moquette sale à leurs pieds.

Finalement, Charlie tendit la main vers lui et ouvrit les doigts, révélant le beau visage de la jeune femme.

-C'est Amy, articula-t-il, la voix assourdie. Je l'ai laissée en Roumanie. Elle m'aidait avec les dragons. Elle avait un don pour faire éclore les œufs. Je suis parti trop vite, on a pas eu le temps… de se dire des adieux… corrects, tu vois ? Ça fait presque six mois que je suis parti et j'ai même pas eu le courage de lui écrire une lettre. Elle doit me prendre pour le dernier des salauds, et même je suis sûr qu'elle a dût se consoler avec un autre des types de la réserve. Elle était très populaire…

Drago, la gorge nouée par cette tirade, osa enfin lever les yeux sur lui. Il découvrit ses joues striées de lignes luisantes, et comprit avec stupéfaction qu'il pleurait. Sans réfléchir, il l'attira doucement contre lui et l'enserra dans ses bras. Charlie ne résista pas, il se laissa aller, et Drago senti les larmes mouiller son cou et son épaule.

-Si tu savais comme elle me manque, murmura-t-il, noyé dans son cou.

Drago ne répondit rien. Il respirait profondément l'odeur de ses cheveux, serrait enfin ce corps chaud contre lui, le berçait avec tendresse. Insensiblement, ses contacts de réconfort devinrent autre chose, ses mains caressèrent lentement le dos, l'une descendit posément jusqu'à la taille et s'arrêta à la limite du t-shirt, en contact avec la peau nue. Son contact n'avait plus rien d'anodin, et Charlie s'en rendit compte. Sa respiration changea, et il se dégagea sans brutalité. Les mains de Drago toujours sur lui, il le regarda droit dans les yeux. Toujours terriblement inexpressifs, ses traits restaient brouillés par les larmes, mais son regard était froid.

-Arrête-ça tout de suite, murmura-t-il d'une voix sans timbre.

Un coup de poing n'aurait pas eu davantage de violence. Il n'y avait aucune haine, aucune colère, rien, absolument rien. Pas d'émotions, pas pour lui en tout cas. Drago se recula, et se leva, sans oser le regarder à nouveau, mortifié. Il atteignait la porte lorsqu'il reçu le coup de grâce.

-Je partirai demain.

Sans se retourner, sans penser, il sortit et referma la porte derrière lui.

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Voilà, c'est fini… pour aujourd'hui ! Il reste un épilogue… Je ne sais pas encore exactement quelle fin je vais donner à cette fic, je pense que vos reviews seront décisives pour m'aider dans ce choix… Admiration, colère, menaces de mort ou demande de canonisation, les reviews sont faites pour ça ! J'espère que ça vous a plu, et que vous pourrez patienter encore un peu pour connaître le fin mot de l'histoire… a bientôt !