En espérant que ce quatrième chapitre plaira à ceux qui l'attendent. C'est pour vous que je le publie =)
Merci beaucoup à Shiro Association ; Lady-Black-Angel et Lay-Alice-Nightray pour leurs commentaires très encourageants =)
- Qu'est-ce que tu as entendu de ma discussion avec mon père ?
La pluie continuait de tomber. Le sol était humide, l'herbe fraîche .. Ada tremblait de froid dans ses vêtements trempés. Mais elle ne s'en rendait même pas compte. N'importe qui aurait soulevé le fait que la place d'une dame de son rang n'était pas par terre sous la pluie, mais elle n'en tînt pas compte.
Non, elle avait plus important à faire ! Elle fixait toujours Gilbert devant elle. Il s'était retourné et l'observait de ses iris dorés dans lesquels la surprise se lisait. Le visage de la Vessalius trahissait sa peur. Et si il l'avait entendu ? Est-ce que ça expliquerai pourquoi il est si froid ?
- Réponds-moi, Gilbert, s'il te plaît ..
- Ada ..
La jeune fille, à genoux sous la pluie, les vêtements trempés, sales, la détermination détruite, la volonté ébranlé, le doute omniprésent sur son visage .. Elle faisait vraiment peine à voir dans cet état. Le plus triste des spectacles. Elle paraissait si inoffensive, impuissante .. apeurée.
- Gil ..
Gilbert ne répondit pas, il ne soutînt pas le regard non plus. Non, il fuyait ses yeux de jades, pleurant, suppliant. Il ne supportait pas de la voir si attristée. Il voulait la voir sourire, de son visage de poupée de porcelaine, adorable comme tout, innocente et angélique. Pas dans un état aussi lamentable. Il lui tendit la main.
- Venez, rentrons.
- Gil ?
- Nous ferions mieux d'y aller, vous allez attraper froid.
Il ne la regardait même pas en lui parlant. Ada en fut plus que blessée, mais prit tout de même la main qu'il lui tendait, et se releva. Elle pleurait silencieusement, sous le chapeau noir qu'elle-même avait acheté à l'attention de cet homme devant elle. Elle avait la vue brouiller, et ne se fiait qu'à la main chaleureuse qu'il lui avait offert, pour se diriger. Elle pourrait se poser de nombreuses questions, comme "comment partir ?" ou "Où aller ?", mais aucune ne se prononça.
- En arrivant, j'ai demandé à votre cocher de bien vouloir attendre un peu, il nous ramènera à Réveil.
- D'accord.
Elle n'écoutait qu'à moitié. Gil ne l'observait que du coin de l'oeil. Bien sûr qu'il s'inquiètait ! Mais il ne jugeait pas en avoir le droit. Après tout, il aurait du l'empêcher de commettre cette bêtise inutile, si il avait deviné ses intentions ! Il aurait du le faire lorsqu'elle lui a parut si sure d'elle au manoir Rainsworth ! Et il n'a pu qu'arriver au dernier moment. Il s'en voulait. Il se considérait responsable des pleurs de la jeune fille.
Et en effet, il l'était quelque part. Et pourtant, Ada ne pouvait s'empêcher de s'aggriper à lui, à la main qu'il lui offrait, tout en tenant timidement mais fermement le chapeau noir de geai de son autre main, de peur que celui-ci ne s'envole avec le temps. Une véritable tempête, un paysage vraiment triste.
- Vous voilà !
Le cocher sourit en les voyant arriver. Après tout, il les avait attendu sous le vent et la pluie. C'était une assez délicate attention, d'ailleurs. Mais Ada ne l'entendit même pas. Gilbert le remercia par politesse et engagea la conversation avec lui. Pour ce qui était du choix de la destination, il s'était retourné vers la Vessalius, mais elle ne semblait plus apte à prendre des décisions.
- Pauvre enfant, prononça discrètement le cocher pour lui-même.
Gilbert ne répondit rien, mais n'en pensa pas moins. Elle était si courageuse, si optimiste ! Et la voilà dans le même état que son frère ! Pourquoi ses deux maîtres finissaient-ils ainsi l'un après l'autre ? Pourquoi ne parvenait-il pas à les protéger ? Gil enragea contre lui-même. D'un autre côté, ça ne servait à rien, il fallait penser à ce qu'il pouvait faire pour eux maintenant.
- Vous pouvez nous conduire à mon appartement, à Réveil ?
Ada revînt enfin sur terre à ces mots. Encore une fois, c'était à son bien qu'il avait pensé. Ni le manoir Vessalius et ses souvenirs, ni celui des Rainsworth et le visage désolé de son frère inquiet ne pourrait l'aider. Ça ne ferait que causer encore plus de tristesse et de chagrin ! Et elle était la cause de tout ça ! Elle était tellement désolée, mais ne pouvait rien dire ..
- Bien sûr, je connais l'adresse, ne vous en faîtes pas, Monsieur Nightray.
- Je vous remercie.
Le cocher addressa un sourire qui se voulait encourageant à la jeune fille, et elle s'en voulait de ne pouvoir répondre qu'avec un visage en larmes. Gilbert lui ouvrit la porte de la calèche et l'aida à monter avant de s'installer en face d'elle. Les chevaux démarrèrent.
- Dîtes, Ada ?
Gil voulait dire quelque chose de réconfortant, de chaleureux .. Mais lorsqu'il croisa le regard d'émeraude trahissant la douleur de la demoiselle, il ne parvînt quoi que ce soit. En fait, peut-être qu'il n'y avait rien à dire. Les larmes de la jeune fille glissaient silencieusement le long de ses joues pâles. Celle-ci tremblait plus encore.
Ce n'était pas étonnant après tout, ses vêtements étaient trempés par la pluie, le vent était glacial. Elle ne pouvait que trembler de froid. Mais elle ne disait rien, et s'enfermait dans le silence. Gilbert ne supporta pas plus de la voir se laisser mourir de froid. Il retira sa veste, alors qu'Ada observait sans comprendre, et la lui plaça sur les épaules.
- Gil ? Qu'est-ce que ..
- C'est pour éviter que vous n'attrapiez froid.
- Mais, et toi ?
- Cest bon, ne vous en faîtes pas pour moi.
Gil était à genoux devant la demoiselle, et ajustait sa veste pour elle. Lorsqu'il se releva pour retourner s'asseoir en face d'elle, Ada le retînt par la manche blanche de sa chemise. Le jeune homme ne comprit bien sûr pas vraiment. Mais Ada se leva ensuite et se colla à lui, s'aggripant à sa chemise, pleurant dans son dos.
- Ada ..
Gil murmurait pour lui-même. Il ne la voyait pas, bien sûr, mais il entendait ses sanglots et sentait les larmes couler. Il ne pouvait se permettre de briser cet instant, de peur de blesser la Vessalius. Mais après quelque minutes, il la prit par les mains, et se retourna pour la faire s'asseoir sur la banquette. Elle obéit sans rien dire, mais refusa de le lâcher. D'ailleurs, il ne le lui reprocha pas. Alors, il s'assit à ses côtés, simplement. Sa main droite alla caresser les cheveux d'or de la jeune fille, avant que celle-ci ne se blotisse réellement contre lui.
- Excuse-moi, Gil. Je ne tiendrais pas si tu me laisse ..
Sa voix était suppliante. Le Nightray posa sa tête sur celle d'Ada juste plus bas, et laissa sa main la tenir par les épaules. Il la réconforta, simplement, sous la douce mélodie dérangeante des gouttes de pluies qui tombaient sur le toit de la calèche.
-C'est bon, vous savez bien que je ne vous laisserais pas.
- Mais, pardon .. De t'infliger un tel fardeau ..
- Vous ne pouvez pas tout régler toute seule, et c'est à ça que sert un valet, non ? Vous n'allez pas me retirer la raison de mon existence ?
Ada releva la tête, choquée. Elle fixa Gilbert droit dans les yeux, elle était certaine de ne pas savoir si il mentait ou non si il détournait le regard, elle devait en avoir le coeur net ! Que voulait-il dire par cette phrase ? Est-ce qu'il accepterait de mourir si elle et Oz disparaissaient ? N'a-t-il aucune raison de vivre ? De sourire ? Son existence se résumait-elle uniquement à les servir et les protéger ? C'est une belle preuve de fidélité à l'éguard de son maître, c'est vrai, mais .. Il ne pensait pas une seconde à son propre bonheur ?
-Qu'est-ce que tu racontes, Gil ?
- Pardon ? Répondit-il sans comprendre.
- Tu veux dire que .. Tu considères que tu ne pourras vivre sans nous ?
Le brun comprit sur le coup qu'il l'avait blessé. Après tout, elle s'inquiètait toujours pour les gens, et il ne faisait pas exception à la règle. Il la rassura, sans fuir du regard, et se força à sourire de manière réconfortante. Mais il ne put se résoudre à mentir quand elle lui demanda à nouveau :
- Tu considères que ton existence ne se résume qu'à moi et Oz ?
- Je considère que vous êtes indispensable à ma vie, oui.
La phrase n'était pas la même. Non, celle-ci était .. Touchante. Du moins, elle avait touché Ada en pleins coeur, ses larmes se calmèrent presque instantanément. Mais elle se sentait un peu honteuse .. Alors, elle se cachait dans le col du brun aux yeux d'or. Il n'aurait jamais osé la repousser, et elle le savait. Il était trop gentil, surtout envers elle.
- Dis Gil, tu n'as pas répondu à ma question.
- Vous voulez parler de quelle question ?
- Quand tu es arrivé tout à l'heure à la chappelle, tu étais là avant d'arriver, les plumes de Raven était sur le sol avant que je ne discute avec mon père, alors ..
Gilbert n'eut pas à répondre, Ada comprit seule en s'écoutant elle-même parler. Les plumes de Raven étaient là avant la discussion, donc .. Gil aussi, forcément ! Il était là dès le début ! Mais, est-ce qu'il avait entendu la déclaration qu'elle avait faîte ? C'est ce qu'elle craignait le plus à l'heure actuelle !
- Je t'en prie, Gil, qu'est-ce que tu as entendu de ma discussion ?
Le Nightray parut hésiter à répondre. Après tout, il n'était pas très doué pour mentir. Finalement, le silence, c'est ce qu'il y a de plus simple, tellement plus simple. Mais Ada attendait une réponse, et il connaissait son caractère. Lorsqu'il s'agit de quelque chose d'important à ses yeux, elle peut être aussi tétû que son frère.
- Gil !
- Rien d'important.
Le regard doré du contractant se détourna vite de la jeune fille. Il fuyait encore, comme à son habitude. Il avait appris à manier le revolver, à la défendre vis à vis d'ennemis, mais .. Lorsqu'il s'agit de discussions, il était toujours aussi incertain que le Gilbert d'autrefois. C'est triste. Ada s'apprétait à reposer sa question, car elle savait qu'elle ne serait pas tranquille tant qu'elle n'aura pas eut la réponse.
- S'il te plaît, il faut que tu me répondes !
- Ada ..
La calèce se stoppa. Et la porte de celle-ci s'ouvrit sur le cocher. Il venait les prévenir qu'ils étaient arrivés à destination. Il hésita un moment en voyant la jeune Vessalius en pleure dans les bras du Nightray avec sa veste sur le dos, et ne dit rien, mais Gil sortit malgré tout en tendant la main à la jeune fille à sa suite. Ils n'allaient pas rester dans le véhicule éternellement, et bien sûr, il ne répondit pas à la question.
- Merci encore d'avoir attendu.
- Ce n'est rien.
Gilbert paya le cocher, tandis qu'Ada attendait en serrant le long manteau noir du valet. Puis, il la rejoint, et la prit par la main comme on guide un enfant perdu. Car oui, elle était redevenue la petite fille d'autrefois, et puis, elle ne connaissait absolument pas les lieux. Elle ne dit rien pendant un moment, et le silence, loin d'être rassurant, était plutôt gênant et inquiétant.
Ils montèrent jusqu'à l'appartement de Gilbert et celui-ci ouvrit. Ada restait près de la fenêtre dans le couloir, et observait les gouttes de pluie s'écraser lamentablement sur les vitres. Un spectacle bien triste s'offrait à elle. C'était tellement pitoyable.
- Ada ?
Elle se retourna vers la voix qui l'appelait. Le contractant s'inquiètait de la voir aussi pensive. C'est bien connu qu'il ne faut jamais laisser une personne souffrante s'enfermer dans ses pensées, et se torturer soi-même. Il faut lui ouvrir le coeur, pour l'aider à ré-apprendre à sourire. Et il n'attendait que ça ! Qu'elle sourit, de façon angélique, comme elle savait si bien le faire autrefois ..
- Désolé, j'arrive.
Elle rentra à son tour, sans se faire prier plus longtemps. Ada n'était jamais venue dans cet endroit, et elle fut pour le moins surprise. Tout était si différent du monde dans lequel elle fut élevée, ce monde où tout brille et scintille de mille feux .. Là, l'obscurité occupait grande part du lieu. Déjà parce-qu'il faisait nuit, mais également par la petite taille du lieu. C'était à la fois beau et triste.
- Vous pouvez aller prendre une douche, Ada. Je vous apportait des vêtements secs.
- D'accord.
Ada ne se fit pas prier, et se dirigea dans la pièce que Gilbert lui indiqua comme étant la salle de bain. Celle-ci aussi était étroite, surtout en comparaison avec celles des grands manoirs. Mais elle ne fit pas la difficile, elle avait vraiment besoin d'être seule. Elle commença par retirer la veste que lui avait prêté le valet plus tôt, et à la simple vue du vêtement, tout la scène lui revenait en mémoire. Il l'avait prise dans ses bras, l'avait rassuré, l'avait réconforté .. Alors pourquoi s'obstinait-il à ne pas répondre à une simple question ?
Elle s'effondra en larmes.
Elle profita du fait que Gilbert n'était pas dans la pièce pour se laisser aller sans craintes de l'inquiéter, même si il lui affirmait qu'elle avait entièrement le droit de pleurer. Même si il disait ça, la Vessalius le savait, ça lui faisait mal ! Elle rentra sous la douche, et alluma l'eau. D'abord surprise par la température froide, elle s'y adapta ensuite. C'était peut-être mieux, ses larmes se mélangeaient aux gouttes d'eau qui glissaient. Ça faisait du bien de quitter la sensation de boue, et d'eau de pluie dans ses cheveux, mais ça n'allégeait pas vraiment sa peine.
- Ada ?
Gilbert frappa à la porte. Après tout, celle-ci n'avait pas de vérou, et c'est à ce moment qu'Ada s'en rendit compte, se sentant assez gênée. Elle sortit donc de la douche, et s'efforça à ne rien laisser transparaître de ses larmes dans sa voix.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je t'apporte des vêtements secs, répondit Gil derrière la porte. Je peux ouvrir ?
- Ah, deux secondes !
Elle chercha des yeux dans la pièce, et trouva ensuite une serviette blanche qu'elle enroula autour du corps. Elle ouvrit ensuite pour apercevoir le jeune homme adossé au mur à attendre.
- Désolé, je n'avais pas de vêtements à ta taille, j'espère que ..
- Gil ?
Ada fixa le valet un peu étonné par sa voix, et put apercevoir qu'il tournait vivement la tête. En fait, c'est parce-qu'il se sentait rougir qu'il fuyait encore. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle sorte en serviette ! Quand Ada le comprit, elle râla, faussement énervée :
- Oh, c'est bon ! J'avais rien d'autres à me mettre !
- Désolé, s'excusa vivement le brun sans tourner la tête avant de lui tendre des vêtements. J'espère que ça t'ira pour la nuit. Je n'ai rien d'autres à te prêter, désolé.
- C'est bon, merci.
La jeune fille lui sourit, et prit les vêtements qu'il lui tendait. Un vrai sourire, enfin. Son sourire d'ange, reflétant la pureté elle-même. Puis, elle s'enferma à nouveau dans la salle de bain pour se changer, laissant un Gil complètement désemparé.
Derrière la porte, elle sourit. Pendant un moment, elle avait oublié ses pleurs, sans se forcer. Elle avait pu sourire, et parler normalement, comme si rien n'était arrivé pendant quelques secondes. Tout était redevenu à la normale pendant un temps. Et elle se retrouvait à nouveau seule maintenant.
- Bon !
Elle se ressaisit et se leva de suite ! Elle observa les vêtements que Gilbert lui avait apporté. C'étaient les siens. Après tout, c'était normal. Il n'y avait aucune raison pour qu'il ait des vêtements pour femmes chez lui. La tenue était des plus simples, une chemise blanche et un pantalon noir. Le soucis était dans la taille. Ada enfila le pantalon et quelques ourelets au bout suffirent, mais pour la chemise. Elle était bien trop grande, et la jeune Vessalius du faire un noeu à l'arrière pour qu'elle tienne, les manches dépassaient aussi.
Elle sortit ensuite, après s'être donné du courage. Gilbert l'attendait en préparant un thé au parfum de Rose des champs. Il en tendit une tasse à Ada, celle-ci étant profondément touché du fait qu'il se souvienne de son parfum favoris après tout ce temps. D'ailleurs, elle s'étonnait d'en voir ici, alors que Gilbert préférait de loin le café. Elle prit la tasse après hésitations.
- Merci, Gil.
- Il n'y a pas de quoi.
Ada s'assit sur le canapé, tandis que Gilbert restait debout en face, une tasse à la main. Le silence qui régnait était à la fois reposant, réconfortant, et vraiment très pesant. Gilbert finit par entamer la discussion trouvant l'ambiance trop dérangeante.
- Pour la nuit, vous pourrez aller dormir dans ma chambre, je serai dans le canapé.
- Heu, d'accord, mais ..
Ne comprenant pas la gêne de le jeune fille d'oser le déranger plus encore, Gil interprêta son hésitation de travers.
- C'est la pièce juste là. Si vous avez un problème, je ne serais pas loin.
- Bon.
Ada ne pouvait pas refuser, et le silence revînt à nouveau, toujours aussi pesant et lourd. Mais aucun des deux n'osaient le briser. Mais la fenêtre de la petite pièce s'ouvrit brutalement par le vent les faisant tous deux sursauter !
- Merde !
Gilbert alla la fermer afin d'éviter qu'il ne pleuve à l'intérieur, et s'arrangea pour qu'elle ne s'ouvre plus. Ce petit incident avait pu briser le gros blanc qui s'était installé par le rire cristallin de la jeune fille en voyant Gil revenir à sa place les cheveux et le visage trempés. Il râlait faussement :
- C'est pas drôle !
- Désolé, tu verrais ta tête !
- Pardon ?
- Non rien ..
Ce n'est pas seulement par la vision de Gil trempé qu'Ada riait, mais elle était contente que la situation soit redevenu amicale, et non plus froide comme tout à l'heure. Elle préférait de loin cette ambiance, et Gil aussi. Il s'essuya le visage dans une serviette dans la salle de bain, et revînt de suite après. En revenant, il se mit à fixer Ada de travers étrangement.
- Qu'est-ce qu'il y a, Gil ?
Ne répondant pas vraiment, le contractant s'approcha de la jeune fille, sa serviette sur les épaules, les cheveux toujours mouillés. Ses iris dorés ne la quittait pas des yeux, la Vessalius en fut rapidement intimidée.
- J'ai fait quelque chose qu'il ne fallait pas ?
- Non.
Pour Ada, Gil se comportait bizarrement. Et quand il fut finalement trop près d'elle à son goût, du moins, trop près pour qu'elle puisse s'empêcher de repenser à toute la soirée, et tous ces moments où il l'avait aidé, sans parler de son étreinte, elle ne put éviter de passer à une teinte rougie.
- Vous avez une feuille dans les cheveux.
- Hein ?
Gilbert tendit la main, et retira des longs cheveux blonds de la jeune fille une feuille morte qui était venue s'y glisser.
- Elle a dut entrer dans la pièce quand la fenêtre s'est ouverte. Il faut dire qu'il y a du vent, c'est une vraie tempête dehors. Ada ?
N'entendant pas de réponses de la part de la jeune fille Gilbert se retourna vers elle, pour voir qu'elle serrait le bout des manches trop longues dans ses doigts, tout en baissant la tête comme pour empêcher qui que ce soit de voir son visage.
- Ada, il y a un problème ?
Ada murmurait. Elle murmurait bien trop faiblement pour que Gilbert puisse entendre quoi que ce soit. Bien sûr, le Nightray ne comprit pas son comportement, et il s'accroupit en face d'elle, placant ses mains sur les poings fermés de la Vessalius. Ce contact la surprit, mais elle n'en montra rien, elle articula un peu sans pour autant monter la voix.
- Pourquoi ?
- Pardon ?
- Qu'est-ce que tu as entendu de ma discussion avec mon père ?
Et elle revenait à nouveau sur ce sujet. Après tout, elle avait deviné qu'elle n'aurait pas l'esprit tranquille tant qu'il ne lui aurait pas répondu. Elle savait que leur relation serait sans cesse douloureuse pour elle si elle ignorait ce qu'il savait de ses sentiments, elle l'avait compris ! Mais pas Gil, et il ne changea pas de réponses.
- Je n'ai rien entendu d'important, je vous l'assure.
- Menteur.
Cette fois, Ada releva les yeux et fixa ceux du contractant directement, sans fuir ou détourner le regard. Elle l'observait, les sourcils froncés, en se mordant les lèvres pour empêcher quelques perles salées de couler de ses yeux de jades observant le brun avec une colère non-dissimulée !
- Pourquoi est-ce que tu ne réponds pas à ma question ! Crétin !
Sans que le jeune homme n'est eut le temps de répliquer quoi que ce soit, ou de s'expliquer, la jeune héritière des Vessarius prit un oreiller sur le canapé et l'envoya en plein dans le visage de son interlocuteur !
- Stupide serviteur ! Tu n'es qu'un idiot !
Avant que Gilbert ne réalise ce qui venait de se passer tant le comportement d'Ada ne correspondait pas à son caractère habituel, celle-ci se leva, et entreprit de s'enfuir dans la chambre que le contractant de Raven lui avait désigné plus tôt ! Elle claqua la porte bruyament, réveillant ainsi le jeune homme.
- Ada, qu'est-ce qui vous prends ?
Gil se releva de suite, toujours surpris par le coup aussi inatendu que violent, et se précipita derrière la blonde. Mais comme tout le monde, il laissait les clés des portes des chambres dans la serrure, et Ada verrouilla la chambre de l'intérieur.
- Ada, qu'est-ce que vous faîtes ? Ouvrez moi ?
- Pas question !
- Allons, je peux savoir ce qui vous prends ?
- C'est ta faute aussi !
Gil se tut presque instantanément. Ada en fit de même. Elle s'en voulait d'avoir réagit de façon si infantile, elle s'en voulait de lui hurler dessus après tout ce qu'il avait fait pour elle, et surtout, elle avait peur qu'il ne l'abandonne après ça ! Le silence retomba en un claquement de doigts.
Un silence presque aussitôt brisé par les pleurs de la jeune fille. Car oui, elle sanglotait. Elle prenait l'oreiller posé sur le lit de la chambre et le serra dans ses bras le plus fort possible, comme si ce simple geste lui donnerai l'absolution. Elle finit par cacher son visage dans celui-ci et hurler de façon à ce que ses cris soient cachés par la présence du coussin. Elle se remit à sangloter ensuite.
Derrière la porte de bois verrouillée à double tour, Gilbert ne pouvait que l'entendre pleurer. Il ne pouvait rien faire pour elle si elle ne le laissait pas entrer. Et pourtant, à chacune de ses larmes, c'est comme si elle lui enfonçait un peu plus une lame dans la poitrine. C'est si douloureux ! Il tenta une approche plus douce, il toqua à la porte.
- Ada ..
- Laisse moi seule, Gil !
La jeune Vessalius avait beau dire ça, elle savait bien qu'elle n'en pensait rien. Elle ne voulait absolument pas qu'il ne la laisse, mais paradoxalement, elle avait peur plus encore qu'il ne vienne vers elle, car elle savait qu'elle craquerait et s'effondrerait en larmes. Elle ça, elle ne voulait pas. Non, ce qu'elle voulait, c'est que tout redevienne à la normal !
Un Oz joyeux et optimiste, une Gil inquiet pour eux et protecteur, et elle, toujours aussi insouciante ! Mais elle ne pourrait pas oublier faire comme si de rien était alors que Gil avait peut-être découvert ses sentiments ! Elle avait besoin de réponses !
- Pourquoi ?
Elle murmurait à travers la porte, toujours entre deux sanglots, et Gilbert l'écoutait du mieux qu'il pouvait. Si il pouvait faire quoi que ce soit pour elle, il le ferait ! Il ne supportait pas sa tristesse ! Il avait peur de ne plus jamais revoir son sourire. Alors il l'écoutait le plus silencieusement possible tant la voix de la jeune fille était faible.
- Pourquoi tu refuses de me répondre ? Quand je parlais avec mon père, tu n'étais pas loin, alors qu'est-ce que tu as entendu ? Dis-le moi, Gil !
Encore et toujours la même question .. Pour encore et toujours la même réponse. Ils n'avançaient pas.
- Je n'ai rien entendu, c'est vrai !
- Menteur !
- Je ne mens pas, Mademoiselle Ada ! Vous devez me croire !
- Mais les plumes de Raven étaient présentes dès le début de la discussion !
Ada venait d'hurler. L'orage venait de gronder. Et le silence retombait une fois de plus. Gilbert ne disait plus rien. Qu'est-ce qu'il pouvait dire ? Depuis le début, la réponse était là. Pourquoi est-ce qu'elle s'entêtait à reposer encore et encore la même question alors qu'elle avait la preuve de la réponse ? Parce-qu'elle esperait se tromper, sans pour autant parvenir à se mentir à elle-même suffisament bien.
- Si tu ne réponds pas, c'est que tu l'as entendu, Gilbert.
La voix d'Ada était vide d'émotions. Elle ne renfermait plus rien. Par le silence du valet, elle avait eut la réponse qu'elle cherchait à nier depuis le début. Elle souhaitait tant qu'il ne l'ai pas entendu ! Qu'ils rentrent tout simplement le lendemain au manoir Rainsworth, qu'avec le temps, Oz redeviendra lui-même, que les choses s'arrangeront d'elles-mêmes, et que tout redevienne comme avant !
Elle voulait qu'Oscar les taquine, elle voulait boire un thé avec Sharon, discuter avec Elliot malgré son mauvais caractère, écouter les paroles tordues de Vincent, elle voulait revenir sur sa décision et ne jamais être partie voir son père, ne jamais avoir tenter chose aussi inutile.
- Mais c'est fini, tu le sais maintenant.
- Mais de quoi vous parlez, Ada !
- Oh, c'est bon !
Elle criait en pleurs, et jeta une lampe de nuit près du lit où elle s'était agenouillé sur la porte de bois. Le bruit surpris le contractant, mais pas autant que ce qui suivit. Dans un excès de colère plus pour elle que pour le jeune homme, Ada hurla :
- Tu le sais pourtant ! Tu le sais que je t'aime ! Crétin !
