Chapitre 4 : Le retour des utopies
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Quelques jours passèrent et je repris le chemin du travail. Ce qu'il faisait bon d'être ailleurs que dans une maison remplie de loups-garous surprotecteurs! Bien sûr je remarquais sans peine Kelly qui me surveillait du coin de l'oeil comme du lait sur le feu à la jardinerie. Comme si on allait m'attaquer en plein jour parmi des dizaines de temoins!
Bref je me résignais avec une bienveillance forcée à ce petit jeu pénible. Si Mercy était capable de le supporter je le pouvais aussi. Et pour ma part il s'agissait d'une surveillance momentanée qui ne s'arrêterait que lorsque la sorcière noire serait capturée. Et certainement éxécutée. On ne pouvait se permettre d'avoir une créature aussi dangereuse en ville.
Vendredi matin je me préparais avec attention pour sortir. J'osais des chaussures racées avec un talon moyen alliées à un pantacourt en toile bleu marine, un polo rayé bleu et blanc et une veste de costard blanche. Le tout donnait l'impression que j'allais à une journée yacht plutôt qu'à la galerie marchande du coin. J'attachais mes cheveux en un chignon romantique. Jesse essaya de m'amadouer pour je la laisse me maquiller sous le regard sympathisant de Mercy. Je cherchais de l'aide auprès d'Adam qui se contenta de continuer à lire un article sur son ordinateur.
- Bande de traître, murmurais-je entre mes dents.
Je connaissais l'engouement des américaines pour le maquillage épais. Je refusais tout net, me contentant d'un peu de mascara et d'une teinte légèrement corail d'un rouge à lèvre que je déposais en tapotant sur mes yeux et sur mes lèvres.
Lorsque la sonnette de l'entrée retentit je me précipitais, attrapais mon sac et ouvris à la volée à Ben.
- Salut! Tout le monde t'adore mais on doit y aller vite avant que Jesse ne me remette la main dessus.
Je fermais la porte derrière moi et poussais Ben jusqu'à sa voiture. Le salaud marcha d'un pas délibérément lent. Finalement dans la voiture je poussais un soupir digne de Chewbacca tandis que Ben mettait le moteur en route.
- On devrait lancer Jesse sur la sorcière noire. Elle est absolument terrifiante quand elle se décide à faire quelque chose.
- Pas sûr que notre chef vénéré apprécie.
Je croisais les pieds en allongeant du mieux que je pouvais mes jambes et un sourire émergea sur mon visage.
- Merci d'avoir bien voulu m'accompagner. Prêt à faire des trucs de filles?
Il émit un semblant de vomissement ce qui me fit rire.
- Ce n'est pas comme si j'avais eu mon foutu mot à dire, continua-t-il.
- Je croyais que tu t'étais proposé?
- Ces enfoirés ont utilisés des méthodes de ces foutus enculés de fée. Il m'ont tendu un piège.
- Si ça te dérange on peut annuler.
- C'est trop tard pour ça.
Un silence prit forme dans l'habitacle.
- Tu comptes bouder toute la journée? murmurais-je en me penchant vers lui, mes seins lui effleurant sans le vouloir le bras.
Il pila net et je me retins au tableau de bord en faisant déraper mes ongles dessus. Heureusement que l'on arrivait à un feu rouge et qu'il n'y avait personne derrière nous. Je levais les yeux et vis sur le visage de mon conducteur une expression que je ne pus déchiffrer. Je bâtis en retraite. En levant mes mains en l'air.
- Ok, ok, plus de blagues de ce genre, désolé. C'est juste que je n'ai pas l'habitude que tu fermes ta grande gueule aussi longtemps. Tu aurais presque l'air civilisé.
- Espèce de...
- Le feu est vert.
Il ferma son caquet et recommença à conduire. Nous finîmes par nous garer sur un grand parking afin de continuer à pied. Il me suivit sans un bruit et je regrettais presque les insultes inventives qu'il proférait à tout va.
Finalement je choisis de continuer mon shopping en oubliant mon garde du corps. Je dus lui paraître étrange à voler de magasin en magasin comme une pie le ferait avec des objets brillant. Je m'arrêtais enfin devant une vitrine qui me hurlait "fae" au visage et y entrait. Le petit bonhomme y vendait toutes sortes d'armes, des plus simples aux plus customisées et sur commande. Il s'agissait d'un gobelin sous son glamour.
Le visage du gobelin s'illumina quand il me reconnu.
- Bienvenue madame! J'ai votre commande, je vous l'apporte tout de suite!
Ben choisit ce moment pour sortir de son silence.
- Tu as commandé quelque chose à un fae?
- Oui, répondis-je sans lui faire face. Un arc en bois d'if.
- Tu sais tirer à l'arc toi?
- En quoi je ne pourrais pas savoir me servir d'une arme?
Malgré mon ton patient je le sentais s'échauffer. Heureusement le fae revînt rapidement avec son paquet.
- Il restait des chutes alors j'ai pu faire des flèches en plus, me dit-il en me tendant la marchandise. Gratuitement bien entendu.
Je déballais le tout et inspectais minutieusement le travail effectué. Même les flèches. Je continuais tout en entendant le loup dans mon dos piaffer comme un enfant auquel on aurait refusé un jouet. J'allais pouvoir imprégner mon arc et les flèches de ma magie. L'if était un arbre noble souvent utilisé pour repousser le mal.
- C'est du beau travail.
- Je suis heureux que cela vous plaise Madame.
Une fois le tout remballé et payé je sortis du magasin, Ben sur les talons. Je me tournais finalement vers lui.
- Ben. Est ce que je peux savoir ce que j'ai fait de mal pour que tu sois aussi en colère contre moi? Si c'est parce que je t'ai surpris dans la voiture, je m'en excuse. Ça ne se reproduira pas. Si c'est ma compagnie qui te dérange, même topo, ça ne se reproduira pas.
Il me regarda dans les yeux avant de dérober son regard. Intéressant.
- Par les couilles du vieux crapaud de ma grand-mère! s'exclama-t-il bruyamment, s'attirant les regards noirs des gens les plus proches. Tu n'as rien fait de mal. C'est ma faute, ok? Ma putain de faute. Alors arrête de me regarder avec tes grands yeux de biche larmoyant.
- Larmoyant? Espèce de drama-queen va.
La tension dans l'air c'était dissipée et on se souriait férocement l'un l'autre à présent.
- Et si on allait manger? proposais-je.
- C'est la meilleure idée que tu ais eue depuis ce matin.
- Hé!
Le reste de la journée se déroula sans autre incident, Ben marchant à mes côtés plutôt que boudeur à l'arrière. Il pouvait être d'excellente compagnie quand il le souhaitait. Avec un soupçon de gros mots en moins en plus. Il me ramena chez Adam par la suite. Ce dernier l'invita à dîner avec nous mais Ben refusa prétextant quelque chose comme quoi je l'avais épuisé avec toutes mes conneries.
A table Jesse tenta de me sortir les vers du nez mais je ne racontais que le strict nécessaire. Je dus montrer à tous mon arc en if. Adam me suggéra de l'essayer dans le jardin.
- Bien qu'il soit d'excellent qualité, je préférerais d'abord l'imprégner de magie avant de m'en servir.
- Tu vas en faire une arme magique? Trop cool! s'exclama Jesse.
- Je vais juste poser des sorts pour éviter une détérioration du bois et une meilleures prise en main. L'if repousse naturellement le mal je peux donc booster cette capacité là en l'accordant avec les flèches.
- Tu vas en faire un arc saint? dit Mercy.
- En quelque sorte. Je ne fais que renforcer une capacité naturelle. Tout comme le fait de devenir un loup-garou accentue notre personnalité. Parfois dans l'excès.
Nous continuâmes de débattre sur la question avec Mercy pendant que nous débarrassions et faisions la vaisselle. Un bâillement déchirant fini par passer mes lèvres et je m'excusais pour la nuit. Mon coussin finit par me terrasser à peine posais-je ma tête dessus.
La semaine d'après je retournais au travail. La charge de travail s'alourdit lorsque deux de mes collègues partirent en congés maternité. Je me retrouvais à tirer la langue très vite, tout le monde étant occupé dans leur propre rayon. Je ne pus souffler que la semaine d'après, ayant prit le rythme.
Ce fus un soir peu avant la fermeture du magasin que je fus appelée pour aider au chargement pour une cliente. Je me rendis donc sur le parking avec un autre collègue. La jeune femme avait acheté un érable conséquent qu'il fallait faire basculer dans sa voiture. Le problème fut rapidement maîtrisé et la cliente repartit tranquillement. Je me proposais de ranger le caddie dans l'un des parking dédié à ça, mon collègue retournant dans le magasin.
Une voix frêle me fit sursauter et je me retournais, contrôlant un grognement. Je dus me forcer pour ne pas porter mes mains à mon nez lorsque son odeur me frappa.
La sorcière noire.
Devant moi. A peine plus vieille qu'une collégienne, ses cheveux décolorés dans un bleu ciel et son maquillage digne d'un cosplay, elle empestait cette odeur de putréfaction lié à la pratique de la magie noire. Elle esquissa un sourire tout mignon contrastant avec ses occupations magique.
- Pauvre petite louve blanche.
- Qu'est-ce que tu veux sorcière?
- Toi.
- Tu auras beau me tuer la meute est déjà à tes trousses. Va t'en.
Elle rit en rejetant la tête en arrière. Je sentis la fluctuation dans la magie ambiante mais je ne réagit que trop tard lorsque l'éclair de magie me frappa, m'envoyant taper la tête sur le rebord du trottoir le plus proche. Je perdis connaissance sans autre forme de procès.
