Notes de l'auteur : Je poste le chapitre en avance et en coup de vent pour cause de départ en Bretagne ! Je ne serai donc pas du tout disponible pour dimanche prochain pour le poster comme prévu, donc le voici en avance !

Remerciements : Merci à Dupond et Dupont pour sa correction, ses retours et ses conseils sur ce chapitre. Ce qui ne devait faire qu'un seul chapitre en a fait deux grâce à elle !

Réponses aux reviews :

* Oswin Goldstein : Merci de continuer à suivre cette histoire, je suis contente qu'elle te plaise toujours ! Merci beaucoup pour ta review, j'espère que l'Observation sera à la hauteur de tes attentes.

* Lucye04 : Hey, premièrement merci pour ton autre review sur De griffes et de poils. Je n'ai pas eu l'occasion de te répondre là-bas. Et merci également pour cette review !

Bonne lecture !


Quatrième chapitre

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Lawrence, Kansas

« Je suis Castiel, pupille du gouvernement. Je suis venu pour l'Observation de Dean Winchester.

D'un mouvement brusque, Dean se leva – sa chaise roula jusqu'à percuter le mur derrière-lui. Le pupille et Garth tournèrent la tête vers lui. Question discrétion, il avait déjà fait mieux. Dean se racla la gorge.

– C'est moi. Dean. Je suis Dean. Dean Winchester.

Le pupille se rapprocha de lui, dans un mouvement mécanique et coordonné. L'agent pouvait sentir le poids de son regard bleu qui ne lâchait pas, scrutant la moindre parcelle de son visage. Bon sang, ce pupille était vraiment intimidant. Quand Dean proclamait que rien au monde ne lui donnerait plus la chair de poule que le regard des Bots, ce n'était pas franchement une invitation à lui prouver le contraire, ne put s'empêcher de penser l'agent tandis que deux prunelles bleues comme il n'en avait jamais vu dans toute sa courte vie le fixait avec une intensité glaçante. Et pour un observateur, le pupille ne semblait pas attentif au malaise qu'il créait en Dean, continuant d'avancer vers lui jusqu'à pénétrer son espace personnel. Et cela ne semblait pas le déranger, loin de là. Dean se racla à nouveau la gorge et recula d'un pas, avant de tendre sa main vers le jeune homme. Ce dernier pencha sa tête sur le côté – tout en continuant de le fixer intensément, bien évidemment – avant de porter finalement son attention vers la paume qui était tendue vers lui. Dean eut à peine le temps de souffler, que le pupille replongea aussitôt son regard dans le sien.

– Je suis Castiel. Votre observateur. Enchanté, Dean Winchester.

L'agent se gratta rapidement la nuque et en profita pour reculer discrètement d'un pas, feignant une maladresse de sa part. Et bordel, cette voix semblait venir d'une autre planète.

– Je crois que Jody voulait nous voir tous les deux, histoire que l'on se mette d'accord sur les prochains mois à venir. Si vous voulez bien me suivre, on va pouvoir se rendre à son bureau.

– Bien entendu, Dean. Je souhaite que tout se déroule pour le mieux et que chacun soit confortable avec cette situation.

Les yeux légèrement plissés, Castiel continuait d'étudier méticuleusement son visage. Dean se tourna, faisant dos au pupille, et relâcha légèrement la pression qui pesait de plus en plus sur ses épaules. Les pupilles étaient peut-être différents mais celui-là atteignait un tout autre niveau d'étrangeté.

– OK, donc, hm, suivez-moi. »

Six mois. Dean eu l'étrange pressentiment qu'il allait difficilement en venir à bout.

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« On ne peut pas laisser cette pauvre fille tranquille, à la fin ? pesta Dean, le poing serré sur le cuir cobalt de son volant.

Pour seule réponse, Castiel lui accorda son silence, le regard perdu dans le paysage qui défilait derrière le plexiglas. L'agent leva les yeux au ciel, agacé. Bordel, il détestait quand Castiel faisait ça. L'agent n'était déjà pas un grand fan des pupilles du gouvernement mais celui qu'il se coltinait sur le dos depuis désormais un mois se faisait apparemment une joie de lui donner raison. Dean avait même commencé à dresser, malgré-lui, une liste des raisons qui prouvaient que les mioches de l'état n'étaient que des abrutis.

Étrangement, Castiel était son exemple favori.

Pour commencer, il y avait cette foutue cravate bleue qu'il était incapable de nouer correctement. Ce n'était pourtant pas bien compliqué, non ? Et pourquoi s'évertuer à la mettre ? Ce n'est pas comme si elle était encore obligatoire. Et Dean n'évoquait même pas le trench-coat beigeasse qu'il trimballait toujours sur son dos, qu'il vente, qu'il pleuve, ou qu'il fasse une chaleur étouffante. Ce Castiel vivait décidément dans une autre époque.

Il y avait aussi cette manie fatigante de sans cesse l'ignorer, comme à cet instant précis. Les amas de maisons vétustes et ébréchées qui longeaient la route semblaient nettement plus intéressantes qu'il avait à dire, apparemment. Dean n'évoquait que l'enquête en cours, après tout. Rien de bien important. Mais surtout, il y avait l'Impala et les vieilles musiques de son père qu'il devait tenir éloigné de lui puisque Castiel était sans cesse fourré dans ses pattes. Et cela faisait bien trop longtemps qu'il n'avait pas pu prendre soin de son véhicule, la laissant entre les mains de son frère. Si cet abruti lui abîmait son bébé, il ne répondait plus de rien.

Dean se massa l'arête du nez, tentant de se détendre un tant soit peu. Plus que cinq mois. Il pouvait survivre, non ?

Malgré la présence de son observateur, tout reprenait peu à peu son cours. Dean et Sammy se découvraient à nouveau, récupérant leurs trois années d'absence, en mettant de côté les événements de ces dernières semaines. Bien sûr, son petit frère voulait savoir ce qu'il s'était passé à Topeka, le questionnant encore et encore. Que lui avait-on fait, là-bas ? Avait-il souffert ? Était-ce si horrible que ce qu'ils s'imaginaient, quand ils se racontaient des histoires lors de leurs veillées nocturnes ?

Il voulait être là pour lui. Dean le comprenait bien. Seulement, Sam ne semblait pas saisir que c'était son rôle à lui, le grand-frère, de le protéger de Topeka, des tortures. Sammy était son petit-frère, sa responsabilité. Ce n'était pas à lui de culpabiliser. Alors, Dean se taisait, se contentant de répondre avec un sourire que non, ce n'était pas si horrible que ça et qu'il avait même été déçu.

– Tes questions à répétitions sont bien pires que tout ce que j'ai pu subir là-bas, avait raillé une fois Dean.

Sammy n'avait rien répondu et s'était renfrogné, cessant ses questions. Pour l'instant, tout au moins.

S'il lui avouait tout, Sam ne serait pas capable de s'en remettre. Et un Winchester brisé suffit dans leur famille de bras-cassés. Pour rien au monde Dean ne lui infligerait de tels remords. Sam n'avait pas besoin de cela. Aucun des deux n'en avait besoin. Et Sam avait beau insister, Dean savait qu'il aurait le dernier mot.

L'agent arriva enfin à destination et gara l'automobile en un tour de main. Il venait d'arriver dans les frontières du centre-ville, dans un quartier qui ressemblait plus ou moins à celui où lui-même vivait avec Sam. Des maisons de l'ancienne époque cohabitaient avec les nouvelles structures de la Division, dans une harmonie douteuse. Des Bots s'activaient dans un capharnaüm étourdissant, restaurant les bâtisses afin d'ordonner et de régulariser le paysage.

Dean sortit de la voiture, vite imité par Castiel, à qui il jeta un regard froid. Le pupille ne lui avait toujours pas répondu. Pourquoi ne laissaient-ils pas Ava Wilson en paix ? Celle-ci avait assisté, impuissante, à l'arrestation de son partenaire, membre actif des Déviants. Il avait été emmené à Topeka quelques jours plus tôt, Rufus s'en était chargé. La femme était dévastée – comment ne pas la comprendre ? – et malgré tout, elle devait subir encore et encore des interrogatoires. Castiel ne voulait pas lâcher l'affaire : il tenait à vérifier qu'elle n'était pas complice de son concubin, terroriste comme lui.

Cinq fois. Il revenait la voir pour la cinquième fois. Cela relevait presque à du harcèlement et Dean n'en pouvait plus. Ce n'est pas pour cela qu'il avait signé. L'agent ne disait rien mais comprenait très bien quel était le message caché derrière tout ça. Oui, d'accord, la Haute Autorité était méfiante et s'assurait très bien que les civils ne fricotaient pas avec les Déviants. Oui, Dean était tout autant surveillé. Mais bordel, cela n'avait jamais fait parti de ses intentions et désormais une pauvre fille souffrait par sa faute.

– Vous savez que ce sont les ordres, Dean, répondit finalement Castiel avant de se diriger vers la maison. Nous devons nous assurer que l'on ne court aucun risque. Je ne suis pas sûr qu'elle soit si innocente que ça.

– Eh bien les ordres sont… commença l'agent d'un ton cassant, avant d'étouffer sa phrase dans un murmure inaudible.

Il n'avait pas le droit de dire que les ordres – ni même l'avis de Castiel lui-même, à vrai dire – étaient à chier. Jody lui avait formellement spécifié que le moindre écart de sa part pouvait lui valoir un aller simple pour Topeka. Et il absolument hors de question d'y retourner.

– Et je t'ai déjà dit de me tutoyer, ajouta Dean, rattrapant Castiel et changeant subtilement de sujet. Ça fait un mois que l'on se connaît maintenant, il serait peut-être temps, non ?

Castiel ne répondit pas.

Les interrogatoires étaient généralement une véritable torture et Dean ne savait pas qui de la jeune femme ou lui en souffrait le plus. Elle, avec les souvenirs de l'arrestation et de la trahison qui revenaient à la surface. Lui, avec cette culpabilité grandissante et étouffante. Castiel, quant à lui, restait souvent de marbre, écoutant les questions de Dean et les réponses d'Ava.

Quand la jeune femme leur ouvrit la porte, elle soupira. Dean lui lança un regard compatissant, s'attardant sur les yeux en amande de la jeune femme et sur les traits fatigués qui se dessinaient aux commissures de son regard éreinté, cerné par de longs cils de jais. Puis il entra dans la maison, talonné par Castiel toujours tendu comme un piquet dans son ridicule trench-coat bien trop grand pour lui.

Elle leur servit des verres d'eau tiède au sirop de café, accompagnés de pains de seigle. Dean les accepta avec un sourire et Castiel les refusa, sans égard pour la jeune femme. Dean ne cherchait plus à comprendre.

– Que voulez-vous savoir de plus ? soupira Ava une fois que Dean eut fini de boire son sirop.

– Juste nous assurer, encore une fois, des faits qui se sont déroulés durant la nuit du sept mars dernier, annonça l'agent à contre cœur.

– Je vous ai tout dit, lâcha la jeune femme dans un murmure.

– Je le sais bien, assura Dean, cependant puisque vous avez été vue en sa compagnie alors qu'il devait retrouver un de ses… collègues, nous devons nous assurer que votre version concorde bien avec celles des témoins.

– En quoi ce que je vais vous raconter aujourd'hui, qui sera identique mot pour mot à ce que j'ai dit les autres fois, va changer quelque chose ? Ça ne sert à rien. Je ne savais pas qu'Andrew était l'un des leurs. Je ne savais rien.

Oui, cela ne servait à rien. Rien du tout. Cela n'était qu'une mise en garde, un avertissement. De la fumée afin de prouver la présence du gouvernement dans la vie de Dean Winchester. Celui-ci s'apprêtait à présenter ses excuses à la jeune femme dont le visage s'abaissait peu à peu, s'effaçant derrière ses longs cheveux auburn, mais Castiel prit la parole, après s'être rapproché de la jeune femme, la tête penchée sur le côté.

– Ce n'est pas vous qui faites la loi, déclara le pupille de sa voix rauque. Il faut respecter les règles afin d'assurer la sécurité de tous. Souhaitez-vous mettre votre entourage en danger ? Approuvez-vous les actions des Déviants ?

– Non, bien sûr que non ! bafouilla la jeune femme, visiblement perturbée face à l'attitude de Castiel.

Puis le pupille se recula, laissant Dean prendre de nouveau les rênes de l'interrogatoire.

Ce ne fut pas le pire de tous, l'agent pouvait au moins admettre ça. Ava ne pleura qu'une seule fois en tout. Elle commençait à devenir plus forte. Elle leur assura, encore une fois, que sa visite au parc en compagnie d'Andrew Gallagher n'avait été qu'un pur hasard, qu'elle n'était pas au courant de tout le reste. Bien sûr qu'elle n'était pas au courant. Dean n'en doutait pas, contrairement à Castiel, contrairement au foutu gouvernement.

Après avoir salué Ava, les deux enquêteurs sortirent de la maison et montèrent dans la voiture de fonction de Dean. Il démarra aussitôt, s'assurant que le pupille ne se décide pas au dernier moment que, au final, l'interrogatoire devrait être un peu plus poussé. Ils roulèrent en silence dans les rues de Lawrence, se dirigeant vers la cellule tout en étant attentif au décor qui défilait devant leurs yeux, traquant chaque détail pouvant paraître suspect à leurs yeux avertis.

Quand Dean vit du coin de l'œil des cheveux châtains qu'il pouvait reconnaître entre tous, il se gara aussitôt. S'il y avait bien une chose que l'agent distinguait d'un seul regard, c'était bien la chevelure de Samantha. Et ce n'est pas leurs trois ans loin de l'autre qui allaient changer cela.

Sam et Bobby se trouvaient ensemble, assis sur un banc du centre-ville. Dean n'avait pas vu son ami depuis longtemps et le boulot pouvait attendre. L'agent décida que ce n'est pas une petite pause qui allait les déranger et sortit du véhicule. Castiel se tourna vers lui, surpris.

– Que faites-vous, Dean ?

– Juste passer le bonjour à mon frère et à un ami à moi… Ma famille en sommes, répondit l'agent. Tu verras, ils sont géniaux.

Dean lui lança un sourire – accompagné d'un clin d'œil – qui, étrangement, ne fut pas si hypocrite que ça. Et peut-être que le voir en compagnie de sa famille montrera à Castiel à quel point il ne méritait pas de retourner à Topeka. Puisqu'il avait du mal à contenir sa rancœur contre le Haute Autorité, il pouvait toujours tenter la carte « humanité » en laissant Castiel effleurer une partie de sa vie privée : sa famille. D'ailleurs, si Sammy pouvait leur gratifier d'un regard de chiot esseulé, Dean ne s'en porterait pas plus mal.

Sam et Bobby discutaient sérieusement et son jeune frère semblait contrarié. Ce dernier n'avait pas intérêt à se plaindre encore de leur dispute de la veille. Oui, Dean n'avait pas pris de laitue lors de la vente mensuelle de légumes et autres sales nourritures pour lapins. Oui, il avait également oublié de prendre du chou. Bon, à vrai dire, il avait oublié la moitié de la liste. Mais hey, il avait passé un mois à Topeka, il avait bien le droit de faire quelques écarts de ce type, ce n'était pas la peine d'en faire un drame !

Quand les deux hommes aperçurent Dean et Castiel, ils se redressèrent aussitôt. L'agent et le pupille ne firent que quelques pas seulement avant d'arriver à leur hauteur et un sourire se dessina sur les lèvres de Dean.

– Qu'est-ce que tu fais là ? demanda aussitôt Sam, les sourcils relevés.

– Je suis heureux de te voir aussi, Sammy, rétorqua l'aîné avant de frotter le crâne de son frère,le poing fermé.

– Dean, tu fais chier ! s'exclama le cadet.

Tandis que Sam remettait soigneusement ses cheveux en place. Dean ne put s'empêcher de rire. Bobby, quant à lui, leva les yeux au ciel, son expression énonçant clairement ce qu'il pensait des deux idiots. Bon, il n'avait sans doute pas tout à fait tort.

– Tu nous présentes ton ami ? demanda enfin Bobby.

Dean se tourna vers Castiel, avant de glisser une main dans son dos pour le pousser et le rapprocher de Sam et de Bobby.

– Voici Castiel, celui qui me supporte depuis plusieurs semaines maintenant, annonça l'aîné des Winchester en tapotant l'épaule de Castiel. On rentrait à la cellule, on a été–

Son jeune frère bondit littéralement du banc où il se trouvait, la main tendue vers le pupille et les yeux écarquillés.

– C'est un honneur, s'empressa de dire Sam, se souciant peu de ce que son frère racontait. Je me demandais quand j'allais enfin vous rencontrer !

Castiel, les bras collés le long de son corps, semblait de toute évidence perdu face à une telle réaction de la part du jeune Winchester, empli d'affection et de gratitude. Il observa longuement la main tendue vers lui, avant de se décider à la serrer. Sam lui offrit alors un sourire sincère et Dean résista à l'envie de prendre son frère dans ses bras. Il était peut-être chiant, mais il savait être génial quand il le fallait.

– Je ne vous remercierais jamais assez pour ce que vous avez fait pour mon frère, j'ai eu beau chercher encore et encore, je ne trouvais rien, débita le jeune homme. Sans vous il serait encore là-bas, sans vous je… Merci.

Bon, peut-être pas si parfait que ça le petit frère, au final. Dean et Castiel n'avaient jamais évoqué ce point, l'agent y avait soigneusement veillé. À vrai dire, il ne l'avait jamais même proprement remercié. Sans Castiel il subirait certainement toujours les tortures perverses d'Uriel, ou pire serait-il face à l'écran de l'ordinateur, torturant de nouveau Alastair, ressentant encore une fois cette pointe d'excitation à l'entente des hurlements de cet homme qu'il détestait.

– C'est naturel. Je n'ai fait que suivre les Lois, répondit Castiel, les yeux plissés, ne semblant pas comprendre la nature des émois de jeune fille que lui infligeait son frère.

Dean roula des yeux. Voilà pourquoi il n'avait rien dit à Castiel. Voilà pourquoi il ne ressentait même pas la moindre envie de le faire. Le pupille était imperméable aux sentiments et ramenait toujours tout aux saintes Lois. À croire qu'il n'était pas capable de penser par lui-même, ni même de prendre une seule décision de son propre chef. Le Commandant, l'Algorithme, la Haute Autorité, c'était tout ce qui comptait pour lui. Les Lois, les Lois et les Lois. À plusieurs reprises, Dean avait tenté de lui exprimer un peu de sa gratitude, un simple « merci », mais l'attitude fermée de Castiel l'avait toujours rebuté.

– Oui, mais je n'aurai jamais su qu'une telle Loi existait et sans votre aide personne ne l'aurait signalé, persista Sam.

Ce n'était pas non plus la peine d'insister ainsi, ne put s'empêcher de penser Dean tandis que son frère semblait être en totale fascination pour le pupille. Pourtant Castiel n'était qu'un membre du gouvernement foutu dans un trench-coat à la con, incapable de nouer sa propre cravate, doublé d'un incompétent en matière d'enquête et de relations humaines. Il n'y avait franchement pas de quoi en faire tout un cinéma.

Castiel ne répondit rien. Pour changer.

Dean plissa les yeux, s'attardant sur la bouche de son collègue. Il y avait ce petit quelque chose qui se dessinait aux commissures des lèvres gercées du pupille. Une sorte d'arc de cercle imperceptible, s'étirant et se courbant en ce qui semblait être un sourire. Sam sembla le remarquer aussi et ouvrit la bouche, s'apprêtant à parler mais Dean lui jeta un regard désapprobateur.

– On devrait retourner à la cellule pour faire notre rapport, Castiel, lâcha-t-il, afin de garder un minimum de contrôle sur la situation.

Sam afficha une mine déçue tandis que Bobby serra à son tour la main de Castiel, tout en lui adressant également sa gratitude, tout en sobriété, comme son ami savait si bien le faire. Dean lui en fut reconnaissant. Peut-être était-il temps qu'il remercie également le pupille.

Une fois dans la voiture, Dean sentit le regard de Castiel sur lui. Il enclencha le contact puis se tourna vers le pupille, cherchant à comprendre la raison de l'examen minutieux de son visage. Cela en devenait gênant.

– Oui ? finit par demander Dean, le ton sec.

Castiel détourna le regard et se concentra, encore une fois, sur le pare-brise, visiblement fasciné par la poubelle qui se tenait devant la voiture. Dean roula de nouveau des yeux et soupira, avant d'appuyer sur l'accélérateur.

– Ils ont l'air d'être des hommes bons, articula le jeune homme de sa voix rocailleuse.

Dean jeta un coup d'œil rapide au pupille. Ce dernier avait toujours le regard perdu dans le décor, où des structures de verres et de métal défilaient inlassablement.

– Tu as une bonne famille, Dean. Tu dois en être fier, continua-t-il.

L'agent remarqua aussitôt le changement de ton de la part de son observateur, chose qui se passait rarement. Voire même jamais. Sa voix était toujours aussi rauque et monotone, mais, à cet instant précis, elle semblait cacher une certaine nostalgie. Comme si ce dernier éprouvait des sentiments, lui qui ne semblait pourtant pas pouvoir contenir plus d'émotions qu'un Bot. Bizarre. Castiel serait-il un simple humain, lui, le pupille du gouvernement si fier de sa fonction ?

Et malgré tout ce qu'il s'était passé avec la fameuse Ruby et les Déviants, Sam restait un homme bon et généreux. Bobby, quant à lui, était comme un père pour eux. Il avait toujours été présent dans leur vie, s'occupant d'eux quand John s'évertuait à partir à la traque d'Azazel. Il avait été là, lorsque, quatre ans plus tôt, leur père était décédé. Alors, Dean n'avait aucune honte à l'avouer, il était fier de sa famille. Le pupille avait vu juste. Il n'était peut-être pas observateur pour rien, après tout.

– Je le suis Castiel, je le suis. »

Le silence régnait de nouveau au sein de l'automobile, mais Dean remarqua le coup d'œil rapide du pupille. Après tout, il n'y avait pas grand-chose à répondre. Pour une fois, le silence de Castiel ne le dérangeait pas. Et, pour une fois, Dean tolérait la présence de son observateur, là, à ses côtés. Ce dernier était parfois – souvent – étrange et jamais il ne remplacerait Victor, mais Dean commençait à se dire que les mois à venir n'allaient peut-être pas être si horribles qu'il se l'était imaginé.

Sur ce point, Dean ne se trompa pas. Les semaines se succédèrent les unes après les autres, en un claquement de doigt. Et il ne lui restait plus que trois mois d'Observation à présent. Quatre-vingt-dix jours et il serait lavé de tous soupçons. En attendant, il continuait à remplir ses fonctions d'agent, aux côtés de Cas.

Cas. Malgré leurs débuts, le pupille et l'agent étaient devenus un peu plus que des simples collègues. « Amis » n'était pas non plus le bon terme, mais cela s'y rapprochait tout de même. Bien plus qu'il ne l'aurait imaginé. Ce mec avait un sérieux problème avec la notion d'espace personnel, avait une tendance à apparaître de nulle part et était un peu trop fermé dans son statut de pupille, mais il n'en restait pas moins quelqu'un de sympathique. Dean s'était fait à sa présence.

Ils s'étaient embarqués dans une certaine forme de routine qui fonctionnait étonnamment bien. L'agent venait le chercher tous les matins à son appartement de fonction, dans le centre-ville. Ils passaient leur journée ensemble, enquêtant et traquant les Déviants. Puis Dean le ramenait, laissant le pupille faire il ne savait quoi chez lui, et retrouvait Sam dans leur maison. Et rien n'allait plus loin. Mais Dean se disait, par moment, que les trajets en voiture en sa compagnie n'étaient pas si désagréables, voire même parfois distrayant. Ils parlaient de tout et de rien. Cas lui décrivait les rouages au sein du gouvernement, se gardant pour autant d'évoquer son enfance en tant que pupille. Dean n'avait jamais osé l'interroger sur ce sujet. Lui-même lui parlait de Sam et de Bobby, lui racontant les divers souvenirs qui remontaient à la surface – Dean avait toujours une anecdote ridicule sur Sam à raconter, étrangement. Et Cas semblait les apprécier, vu les sourires qui étiraient ses lèvres à ces moments-là. Mais surtout, Cas ne l'ignorait plus et répondait à chacune de ses questions, même quand elles ne demandaient pas forcément de réponse. Surtout quand elles ne demandaient pas de réponse.

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« A toutes les unités, on a repéré Jake Talley au parc Stonegate. Demande de renfort immédiat.

– Ici Dean Winchester. Bien reçu. On arrive.

Dean jeta un coup d'œil à Cas puis démarra la voiture, décollant en trombe. Cela faisait trop longtemps que ce terroriste leur filait entre les pattes, il n'était pas question de le laisser s'échapper encore une fois. Dean pouvait y arriver. Il devait y arriver. Pour Victor. La course-poursuite qu'ils avaient menée contre le Déviant en Décembre dernier lui laissait un goût amer et persistant.

– Qui est cet homme ? demanda Cas.

– Un putain de Déviant, cracha Dean, les doigts fermement enserrés autour du volant. C'est la quatrième fois qu'on le repère dans Lawrence. Il nous a déjà échappé trois fois et… J'en fais un peu une vendetta personnelle. Victor et moi on le voulait vraiment, on était limite obsédés par lui. Il fallait qu'on le mette derrière les barreaux. On était à deux doigts de l'avoir la dernière fois mais j'ai connement trébuché, je l'ai perdu de vue si rapidement et après y'a eu Topeka et il avait complètement disparu de nos radars. Je pensais qu'il avait quitté Lawrence…Bref. Il faut qu'on le coince aujourd'hui.

– Tu peux compter sur moi, Dean.

L'agent détourna rapidement son regard de la route, adressant un coup d'œil à Cas, un sourire en coin.

– Merci Cas.

Le pupille n'était pas un agent, loin de là. Lui et ses semblables, les autres mioches de l'Etat, étaient plutôt voués à rester bien sagement dans leur bureau, ignorant les problèmes rencontrés sur le terrain. Et vu la manière dont Cas s'occupait des interrogatoires, c'était certainement bien mieux ainsi. Mais Cas montrait toujours une détermination sans faille à l'aider et à l'appuyer dans ses recherches.

Une fois arrivé, Dean se gara près d'une maison aux murs jaunis et effrités, avant de sortir immédiatement du véhicule, suivi de près par Cas. De nombreux Bots et collègues de Dean encerclaient une maison, pointant leur arme vers toutes les issues. Au loin, il pouvait discerner Rufus. Il discutait à travers son communicateur, aux côtés d'un robot.

L'agent s'approcha de son collègue, jetant par la même occasion un coup d'œil aux alentours. Le parc Stonegate avait été abandonné depuis de nombreuses années, au profit des autres qui bourgeonnaient dans le centre de la ville, entretenus à la brindille près. Après tout, ils étaient dans les anciens quartiers de Lawrence, où plus personne ne daignait se montrer, mis à part quelques Déviants imprudents. L'eau et l'électricité n'y étaient même plus distribuées. D'anciennes maisons délabrées encadraient le parc, laissant planer l'écho oublié des rires d'enfants qui venaient s'y amuser lors des journées ensoleillées. Maintenant, il n'y avait plus que les ordures et les amas de ferrailles – sans doute des restes de voitures désossées – qui osaient impunément fouler son herbe brûlée, oubliée par les Bots en charge de la propreté de la ville.

– Oui, ils étaient deux, marmonna Rufus. Dean et son observateur viennent d'arriver. Ouais. Y'en a qu'on a repéré dans une maison. Il est cerné. Faut que Garth nous fasse un compte-rendu de tous les mouvements qu'il y a eu dans le secteur. … C'est entendu.

Rufus porta une main à son oreille, coupant la communication. Il lorgna sur son bracelet, observant le plan du secteur.

– Jake est là-dedans Dean, commença l'agent en pointant négligemment du doigt la maison. On l'a vu avec quelqu'un d'autre que l'on n'a pas réussi à identifier. Les drones font un scan du périmètre en ce moment-même. Mais Jake est coincé, dans tous les cas. On va l'avoir.

– Vous êtes sûrs que c'est lui ? Qui l'a repéré ?

– C'est Isaac, il faisait une ronde dans le coin avec Tamara. Si tu veux mon avis, il cherchait plutôt un endroit tranquille pour… Tu sais. Ils ont eu l'autorisation cette année, ils peuvent enfin avoir un enfant. Des années qu'ils attendent ça. Enfin, dans tous les cas–

– Dean ? interrompit subitement Cas.

– Hey, je n'avais pas fini, cracha Rufus. Ce n'est pas parce que t'es un pupille et plus hautement placé que moi que tu peux–

– Dean, quelle est la description physique de Jake Talley ? demanda à nouveau Cas, se souciant peu de la remarque de Rufus.

Ce dernier serra les poings, blanchissant nerveusement ses phalanges. Dean interrogea du regard Cas mais son observateur fixait un tout autre point, les yeux perdus dans le parc.

– Cas, sérieux, ce n'est pas le moment de s'inquiéter sur les détails du rapport. Tu le verras bien tout à l'heure, on fera sa description ensemble. Attendons déjà qu'il soit capturé et– Hey, Cas, tu vas où comme ça ?!

Sans prévenir, Cas s'était mis à courir, son trench-coat claquant contre ses cuisses. Rufus lui lança un regard perplexe, se demandant certainement quelle mouche avait bien pu piquer le pupille. Et Dean n'en avait pas la moindre idée.

Quand il la vit. Cette forme. Cette ombre qui l'avait narguée en décembre dernier.

Jake Talley s'enfuyait. Comment était-il sorti de la maison ? Ils lui avaient pourtant assuré que le terroriste était coincé. Et Cas, cet abruti, ce fils de Bot, venait de se lancer à sa poursuite, seul. Il n'était pas formé pour cela, il n'avait même pas d'arme sur lui.

Et, lui, il restait là, planté aux côtés de Rufus. Bordel. Sans réfléchir une seconde de plus, il se mit à courir, tentant de rattraper au plus vite Cas qui était déjà bien devant. Il entendit Rufus aboyer aux autres que ce foutu Jake Talley était là-bas et non pas dans la maison, à courir entre les arbres prêt s'engouffrer dans les habitations qui longeaient l'autre extrémité du parc et à disparaître. Encore une fois.

Mais, devant-lui, Cas continuait de courir, toujours plus rapide. Il avait presque atteint Jake. Dean ne savait pas s'il devait s'en réjouir ou non. Ils avaient là une chance de l'attraper mais Cas n'était qu'un pupille. Et Dean en était persuadé : c'était bien une arme que Jake tenait au creux de sa main droite. S'il avait appris à Cas à en manier une, il n'en serait peut-être pas là, à s'inquiéter pour la vie de son observateur. Et ce n'était pas si compliqué que cela, juste des puces à calibrer, viser correctement et le jour était joué. Mais non, il n'avait pas jugé bon de le former et maintenant Cas se lançait dans la gueule du loup sans réfléchir.

Dean accéléra le pas, sortant sa propre arme, et tentant de viser le Déviant. Il tira une première fois – trop à gauche. Le manque de stabilité entraîné par sa course l'empêchait d'ajuster sa ligne de mire. Il tira une seconde fois – trop à droite. Décidément. Derrière-lui, ils pouvaient entendre les pas de ses collègues qui se pressaient pour atteindre le terroriste. Quelques puces fusèrent à ses côtés, loupant elles aussi leur cible.

Cas avait presque atteint la hauteur de Jake quand ce dernier se retourna, la poigne serré sur l'arme, prêt à le viser. Dean tira une troisième fois. Raté. Encore.

– Putain c'est pas vrai ! cracha Dean, hors de lui.

Quand, en quelques secondes, Cas saisi la main de Jake – son arme tomba durement sur la pelouse jaunie. Il lui tourna bras, le baissa avant de poser son coude sur celui du terroriste, le forçant à se plier malgré-lui. Cas plaqua le bras du Déviant contre son torse, écartant ses propres bras – son biceps gauche appuyait sur la jugulaire de Jake – avant de resserrer sa prise plus fermement, ramenant le bras du terroriste derrière son dos. Une grimace défigura son visage du Déviant qui serrait les dents, semblant lutter contre la douleur du geste. Et, d'un coup, Cas appuya fermement son genou contre les jambes de Jake, le pliant encore plus, jusqu'à ce qu'il tombe à terre. Un cri de douleur finit par s'échapper des lèvres du Déviant. Le visage fermé, Cas contrôlait complètement la situation, maîtrisant le moindre des mouvements du terroriste.

Dean s'était arrêté net. Qu'est-ce que ? Mais qu'est-ce qu'il venait de se passer ? Depuis quand Cas savait faire des choses comme cela ? Même Dean n'aurait pas pu le faire – pas si rapidement, du moins. Rufus le dépassa sur sa gauche, accompagné par d'autres agents et trois Bots. Ils encerclèrent le terroriste, pointant tous leurs armes sur l'homme à terre, et Cas se décida enfin à le lâcher, le visage fermé. Dean avait du mal à reconnaître le pupille tellement celui-ci semblait différent, en cet instant. Des agents lui firent des remarques admiratives auquel il répondit poliment, sans vraiment s'attarder dessus.

Dean n'avait toujours pas bougé et Cas fit quelques pas pour le rejoindre.

– Cet homme était-il bien Jake Talley ? demanda Cas, visiblement soucieux.

– Euh, ouais. Cas, c'était bien lui. Ouais. Mais qu'est-ce que c'était que ça ? Qu'est-ce que tu nous as fait là ?

Cas pencha la tête sur le côté, ne comprenant visiblement pas où voulait en venir Dean.

– Déjà depuis quand tu nous la joue SuperAgent ? continua Dean. Et t'étais pas armé, bordel. Il aurait pu t'arriver n'importe quoi. Je te signale que la dernière fois qu'un putain de Déviant s'est mis à tirer sur l'un d'entre nous, cette personne est morte. Morte, Cas.

– Ne voulais-tu pas que l'on arrête cet homme ? Si je n'avais pas couru après, il nous aurait échappé. Personne d'autre ne l'avait remarqué.

– Mais pas au prix de la vie d'un homme, bon sang !

Dean prit une longue inspiration, tentant de se calmer. Cas aurait pu mourir, comme Victor. Devant lui. Il s'était mis en danger inutilement, c'était, c'était… Et sa cravate s'était dénouée, avec toute cette connerie. Dean s'approcha de Cas et tenta de refaire proprement le nœud qui surplombait son sous-pull blanc, sans grand succès.

– Je ne suis pas mort, Dean, souligna Cas, les sourcils froncés tandis que l'agent pestait contre sa cravate.

– Ce n'est pas la question, Cas. C'était… C'était franchement stupide ce que tu viens de nous faire, c'était une mauvaise idée de te faire venir, je n'étais même pas capable de–

– Je ne suis pas un civil, Dean, lui signala sèchement Cas.

D'un mouvement brusque, il recula d'un pas, se dégageant des mains du Winchester.

– Tu n'es pas non plus un agent à ce que je sache, tu es juste un pupille, tu n'es pas–

– Un pupille qui t'a sorti de Topeka. Et qui peut très bien t'y renvoyer.

Dean déglutit, scrutant attentivement Cas. Ce dernier détourna le regard, les lèvres pincées en une fine ligne. Était-il sérieux avec sa menace ou simplement vexé par la réflexion qu'il venait de faire ? Cas le regarda à nouveau, ses yeux bleus s'attardant sur chaque parcelle de son visage sans une seule fois croiser les prunelles de Dean.

– Mes mots ont dépassé ma pensée, Dean. Je ne te renverrai pas à Topeka, du moins, je ne le ferai pas pour quelque chose d'aussi anecdotique. Mais je ne suis pas celui que tu crois, je ne suis pas faible. Lorsque nous sommes pupilles, nous recevons des formations d'auto-défense et de sports de combats. J'aimerai qu'un jour tu me fasses plus confiance, ainsi qu'en mes capacités.

Cas venait de murmurer sa dernière phrase et Dean cru y percevoir une pointe de déception, ou peut-être de tristesse. Il ne pensait pas qu'il était faible, mais Dean avait déjà perdu un partenaire, il ne pouvait pas se permettre de prendre de tels risques. Quand Cas allait-il comprendre que ce n'était pas contre lui, mais pour sa sécurité ?

– Eh vous deux, lança Rufus qui se rapprochait d'eux, quand vous aurez fini votre petite dispute conjugale, vous viendrez voir qui a été capturé par Isaac et Tamara, je suis sûr que ça va vous plaire.

– Ils ont attrapé l'autre Déviant ? demanda aussitôt Dean.

– L'autre Déviante, ouais.

Rufus se mit en marche vers Isaac qui tenait une jeune femme à l'aide de menottes, près de la première maison qu'ils avaient premièrement encerclés. Elle était de dos mais Dean pouvait deviner de qui il s'agissait. Il la sentait dans ses tripes, tortillant ses intestins, cette sensation dérange, ce malaise nauséeux. Était-ce son séjour à Topeka qui l'avait aveuglé ainsi ? Ou bien s'était-il simplement ramolli ?

Il avait été jusqu'à la défendre. Lui, Dean Winchester, fils du grand John Winchester, celui qui se faisait une joie d'envoyer les terroristes à Topeka, avait insisté pour que l'une d'entre elles soit laissée en paix. Quel imbécile.

Dean jeta un coup d'œil à Cas. Lui aussi avait compris. L'agent ne pouvait s'empêcher de tout de même espérer que ce n'était pas cela, que ce n'était pas elle. Que ce n'était pas Ava Wilson.

Presqu'arrivés à la hauteur du couple, ils pouvaient entendre Tamara discuter à travers son communicateur. Isaac ne lâchait pas sa prise, tenant fermement le poignet de la jeune femme. La tête baissée, elle était prise de légers soubresauts.

– C'est un malentendu, pleura-t-elle. Je vous l'assure, je– Ce n'est qu'une coïncidence.

Elle se retourna, leur faisant désormais face. Les lèvres de Dean s'émincèrent en une ligne étroite.

– Ava, soufflât-il simplement.

– Dean, Castiel. Vous le savez, non ? supplia la jeune femme. Vous le savez que ce n'est que l'œuvre du hasard, non ? Dites-leur !

Des traînées noires salissaient les joues d'Ava. Son maquillage avait certainement coulé avec ses larmes, comme lors de ses différents interrogatoires. Naïvement, Dean avait voulu croire en elle. La jeune femme était un peu comme lui, prise dans les sales pattes du gouvernement malgré elle, observée et épiée jusqu'aux moindres détails. Elle était une sorte d'alliée, quelqu'un qui pourrait le comprendre, même s'il n'avait jamais envisagé de lui dévoiler tous ses sentiments et ses craintes. Ce n'était pas son genre. Mais l'idée d'avoir cette présence avait été rassurante, dans un certain sens. Et maintenant, il était là, face à la preuve irréfutable de ses mensonges, de ses tromperies. De sa propre connerie.

– Dean ? implora une dernière fois Ava.

Elle étudia minutieusement son visage, les yeux brouillés de larme. Dean ne cilla pas, affrontant son regard. Alors, de sa main libre, Ava essuya ses yeux et ses joues, emportant une partie de son maquillage avec elle. Puis elle leva les yeux au ciel, avant de sourire.

– Bon, je vois que ça ne sert plus à rien de faire semblant, lâcha-t-elle dans un faux soupir.

Personne ne lui répondit. Cela ne servait à rien. Alors, elle laissa échapper un petit rire. Dean ne la lâchait pas du regard. Il pouvait sentir Cas à ses côtés mais la honte qui l'habitait était trop grande pour qu'il lui adresse ne serait-ce qu'un regard. Lui, il avait eu raison. Depuis le début.

– On l'emmène à la cellule, informa Rufus à Isaac. Et demain c'est aller simple pour Topeka. Jake est envoyé dès ce soir, l'Agence veut commencer au plus vite son interrogation.

– On emmènera Ava à Topeka, Cas et moi.

–D'accord, j'en parlerai à Jody dès mon retour à la cellule mais ça devrait être , Isaac, on y va. Tamara, tu nous suis ?

– J'arrive, répondit la jeune femme. Je suis en communication avec Jody, il lui prépare une cellule pour la nuit.

– Tu entends ça, Ava ? demanda Rufus. Un vrai petit lit douillet t'attend à la cellule. Mais ce n'est rien comparé au palace que t'offrira l'Agence à Topeka, ne t'en fais pas.

– Vous vous trompez, répondit simplement la Déviante. Vous vous trompez tous. Vous pensez que ce vous faites est la bonne chose, mais c'est faux. Ma cause est juste. Notre cause est juste. Et vous vous en rendrez compte tôt ou tard. Mais vous ne serez pas de notre côté, oh non. Et vous vous en mordrez les doigts.

Elle adressa un dernier regard à Dean et à Cas avant d'être traînée par Isaac, suivi de près par Rufus et Tamara.

Au loin, dans le parc, les autres agents accompagnaient Jake au véhicule qui venait d'arriver. C'était la dernière fois que le jeune homme verrait Lawrence de sa vie. Et peut-être même la lumière du jour.

– Dean ?

– Ouais, Cas ? répondit Dean, continuant d'observer la scène qui se déroulait devant lui

–Tu es sûr, pour demain ? Je croyais que tu ne voulais pas retourner à Topeka de sitôt.

– Je veux m'assurer qu'Ava soit envoyée à Topeka, j'ai besoin de le faire moi-même. Pour Jake… J'ai vu sa capture, je sais que ça va être bon. Mais elle, j'ai juste besoin de faire quelque chose de concret à son niveau, histoire d'oublier le fait que je l'ai défendue, à l'époque.

– Je comprends. Nous nous assurerons qu'elle soit bien remise en main propre au sein de l'Agence. Je serais à tes côtés.

– Merci, Cas. Allez viens, je te ramène chez toi, on en a fait suffisamment pour aujourd'hui je crois. »

Ils se rendirent en silence jusqu'au véhicule et, comme prévu, Dean déposa Cas devant l'immeuble de son appartement. Il le regarda franchir ses portes, avant de prendre la direction de sa maison.

A son retour, il trouva une maison vide. Sam était encore sorti. Son petit-frère était apparemment à la recherche d'un travail au sein de Lawrence, afin d'arrêter de passer ses journées à se morfondre. Il ne lui en avait pas dit plus. Dean n'avait pas posé plus de questions. Pour lui, cela en revenait au même : Sam ne sera jamais un agent comme lui, comme leur père. Alors, quand il retrouvait leur maison vide comme à cet instant, il ne demandait rien et se contentait de prendre une bière, ce qu'il fit aussitôt. Il la but en silence, sans même allumer la lumière de la cuisine. À quoi bon.

Dean se rendit ensuite dans sa chambre, frôlant la porte du garage de ses doigts lorsqu'il passa devant. Le soleil ne s'était pas encore couché mais Dean se déshabilla tout de même, gardant uniquement ses sous-vêtements sur lui, avant de se glisser sous la couette. Il soupira d'aise, appréciant la douceur des draps contre sa peau nue. Ses muscles commencèrent à se relâcher, petit à petit. La journée avait été éreintante, stressante, et même un peu étonnante. Quel genre d'éducation recevait les pupilles pour savoir effectuer de telles techniques de combat ? Il n'aurait jamais cru Cas capable d'une telle chose. Il était peut-être effectivement temps de lui accorder plus de crédit, de lui faire plus confiance. Peut-être.

Il reçut un appel de Jody. C'était décidé : lui et Cas irait le lendemain déposer Ava à l'Agence, à Topeka. Une fois la discussion terminée, il appela à son tour Cas pour lui en toucher un mot, l'informant sur les diverses étapes de la journée. Ils restèrent un peu plus longtemps que d'habitude en communication. Dean hésita plusieurs fois à s'excuser. Cas raccrocha avant que Dean n'en trouve le cran.

Des pensées obsédantes s'agitaient dans sa tête, ressassant sa journée en boucle, s'attardant sur tous ces détails qui avaient eu lieu pendant les interrogatoires d'Ava et qui auraient pu lui faire ouvrir les yeux. Qui auraient lui ouvrir les yeux. Son angoisse, glaciale et asphyxiante, ruisselait dans le creux de ses veines. Dean se tourna dans son lit, encore et encore. Son coussin était mal positionné. Son bras le gênait. Il avait trop chaud. Puis trop froid, maintenant que la couverture ne recouvrait plus entièrement son corps. Il n'arrivait pas à bien respirer, le nez plongé dans l'oreiller. Impossible de s'endormir.

Et demain allait être une longue, longue, journée.


À suivre


Notes de l'auteur : La suite de l'Observation, ça sera dans deux semaines ! J'espère que ce chapitre vous a plu. Concernant la seconde partie, j'ai bouclé trois chapitres pour le moment. J'essaie de ne pas trop perdre le rythme. Et merci à ceux et celles qui me laissent des reviews, ça me donne toujours des coup de boost pour l'écriture.

Allez, je dois désormais me préparer pour ma fuite en Bretagne. A bientôt !