Merci à Camhyoga pour sa relecture avisée, ainsi qu'aux personnes qui prennent le temps de lire et de reviewer ma fic. :)

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Mafia Blue - Chapitre 4

Dokho retint le bras d'Egidio et déclara :

« Va chercher Aldé, je reste ici. »

L'italien préféra ne rien dire et sortit après avoir jeté un regard meurtrier à l'homme qui se tordait de douleur par terre. Les deux clandestins s'étaient rejoints et se tenaient serrés l'un contre l'autre. Le plus jeune avait les larmes aux yeux et son aîné lui caressait doucement le dos dans l'espoir de l'apaiser. Dokho fronça les sourcils et se reprocha son inadvertance : l'enfant n'aurait pas été enlevé s'il avait été plus vigilant. Les visages blêmes des deux hommes attisaient sa colère. Aldébaran surgit soudain dans la pièce, l'air grave et agacé.

« C'est qui ça ? grogna-t-il.

-L'un des trois hommes qui a essayé d'enlever les clandestins. L'un d'eux nous a échappé et a emmené le jeune garçon avec lui » répondit Dokho.

Le brésilien s'approcha de l'homme et s'accroupit près de lui.

« Tu vas répondre à mes questions où Egidio s'occupera de toi ! »

L'italien esquissa un sourire mauvais, faisant trembler le blessé qui acquiesça.

« Bien. Qui t'envoie ?

-Ha… Hadès, balbutia l'homme.

-Pourquoi Hadès veut-il récupérer ces trois hommes ?

-Je… je ne sais pas.

-Egidio, viens ici.

-Non ! Je vous jure que je n'en sais rien ! cria le blessé en voyant l'italien approcher. Je ne suis qu'un homme de main, on nous donne les ordres et on obéit, c'est tout !

-Qui donne les ordres ?

-Je ne connais pas son nom. Tout ce que je sais c'est que c'est un étranger.

-Quel renseignement pertinent ! railla Egidio. Je suis italien, mon chef est brésilien, mon meilleur ami est espagnol et mon coéquipier est chinois. Tu te fous de nous ou quoi ?

-Non, je le jure !

-Où est-ce qu'on vous donne les ordres ? reprit Aldébaran.

-Il vient directement chez nous et nous donne un papier, bégaya l'homme.

-Et le payement ?

-En liquide, chez nous aussi, dans une enveloppe, une fois que la mission a bien été remplie. Pitié ! »

Aldébaran se redressa et soupira :

« Je pense qu'on ne pourra rien en tirer de plus. Egidio, embarque-moi ça en cellule le temps qu'une ambulance arrive.

-On a vraiment besoin d'une ambulance ? Le plus charitable serait de l'achever, remarqua l'italien sur un ton docte.

-Attendez ! Attendez ! Je connais le nom d'un proche d'Hadès ! cria le blessé en s'agitant.

-Un proche ?

-L'amant d'un des juges, je connais son nom ! »

Le brésilien haussa un sourcil intéressé.

« On t'écoute. »

L'homme n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche qu'il émit un râle et s'écroula. Une petite tache rouge commença à s'étendre sur sa tempe.

« Merde, un tireur planqué ! grogna Egidio en se précipitant à la fenêtre juste à temps pour voir une silhouette fine s'éloigner.

-Trop tard, il est mort, soupira Aldébaran avant de se redresser. Les gars, on a une chance inestimable d'attraper Hadès une fois pour toute.

-Tu veux te servir d'eux comme appâts ? comprit Dokho.

-Le moment venu, oui. Mais pour l'instant, il faut qu'on mette au point un plan solide et faire en sorte que ces deux là soient en sécurité. Dokho, Egidio, vous vous en chargerez personnellement.

-Quoi ? Garde du corps pour un mec qui pige pas un mot de ce que je peux raconter ? s'écria l'italien. Je suis un ancien tireur d'élite, pas une nourrice !

-C'est justement parce que tu es un tireur exceptionnel que tu vas te charger de la protection d'un de ces deux clandestins ! » riposta Aldébaran.

Les deux hommes se jaugèrent du regard. Finalement, Egidio leva les yeux au plafond en soupirant :

« D'accord, je m'en occuperai.

-Vous les emmènerez chez vous, ce sera plus sûr. Je vais prévenir Milo et Shura. Moins nous serons nombreux à savoir que vous les avez en charge, mieux ce sera. En attendant, il faut remettre un peu d'ordre dans le commissariat… »

Dokho contempla les débris de verre et de bois qui trainaient par terre, ainsi que les traces noires étalées sur les murs. Remettre de l'ordre ? Quel doux euphémisme… Apparemment du même avis que lui, Egidio ricana :

« Une armée de femmes de ménage n'en viendrait pas à bout, vu l'état dans lequel il est !

-Si tu ne veux pas louper le foot qui passe ce soir, je te conseille de venir nous filer un coup de main ! le prévint Milo. Plus vite on aura fini, mieux ce sera !

-Pas la peine de s'énerver, j'arrive.

-L'appel du ballon est toujours le plus fort, fit pensivement Aldébaran.

-Tu peux parler, t'es brésilien, riposta Egidio.

-Et alors ?

-Et alors tous les brésiliens sont fans de foot. C'est comme les espagnols, reprit l'italien.

-On parle de moi, là, intervint Shura, qui transportait des gravats.

-Non, de foot.

-Taisez-vous un peu, grommela Dokho.

-Il est grognon parce qu'il y comprend rien » expliqua Egidio avec un sourire moqueur.

Dokho préféra ne rien répondre, tandis que ses collègues entamaient une conversation passionnée sur les équipes qui joueraient à la télé le soir même.

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Perdu dans ses pensées, Eaque n'entendit pas tout de suite qu'on toquait à la porte de son bureau. Ce ne fut que lorsqu'elle s'ouvrit qu'il se tourna vers le nouveau-venu, arraché abruptement à ses réflexions.

« Kagaho ! fit le juge. Tu rentres juste de la mission que je t'avais confiée, on dirait. »

Le jeune homme acquiesça sans rien dire. De taille moyenne, les cheveux coupés courts et d'un noir rivalisant avec de l'encre de chine, les yeux d'une belle couleur améthyste et le corps sculpté par la vie en plein air, l'égyptien était un combattant hors pair. Capable de se camoufler avec rien et d'accomplir la mission la plus dangereuse sans avoir une égratignure, Kagaho était devenu l'assassin attitré d'Hadès en quelques jours à peine. C'était Eaque qui lui donnait ses ordres, par un accord tacite avec Minos et Rhadamanthe. Kagaho ne l'avait jamais déçu. Il se dégageait de lui comme une aura de bestialité à l'état pur. Oui, Kagaho était un animal sauvage qui n'attendait qu'un faux mouvement pour tuer avec sauvagerie. Restait à le maintenir bridé, et ce rôle plaisait au népalais.

« Alors ? demanda-t-il.

-Ils n'ont récupéré que le jeune garçon, déclara l'égyptien d'un ton neutre.

-Les deux autres ?

-Toujours au commissariat, mais je pense qu'ils les mettront en sécurité après ce qu'il vient de se passer.

-Je vois… Rien d'autre ? »

Le jeune homme hésita un instant, mais finit par lâcher :

« Un homme a failli donner un nom. Je l'ai abattu avant.

-Parfait. Sais-tu qui il avait l'intention de dénoncer ?

-Kanon Gemini. »

Eaque haussa un sourcil, agacé. L'amant de Rhadamanthe avait le chic pour être là où il ne devrait pas. Et pourtant… Le népalais eut un sourire. La relation tumultueuse entre l'anglais et le grec était tombée à point nommée. Ils devaient beaucoup à Kanon.

« Tu as bien travaillé. Rentre te reposer, nous aurons certainement encore besoin de toi. »

Kagaho hocha la tête et tourna les talons. Eaque releva les yeux et ajouta :

« Au fait, si jamais tu croises Rhadamanthe et Minos, dis-leur de venir me voir. »

L'égyptien referma la porte sans répondre. Eaque haussa les épaules : tant qu'il faisait son boulot, il n'allait pas se plaindre du mutisme de son assassin. Il eut à peine le temps de reprendre la lecture d'un papier que la porte s'ouvrit de nouveau. Minos et Rhadamanthe apparurent, le premier vêtu d'une ample chemise écrue et d'un pantalon en cuir tandis que le second, avec son costume trois-pièces, faisait beaucoup plus sérieux.

« Je vois que Kagaho vous a vite trouvés.

-J'allais partir, grommela Minos. Qu'est-ce que tu veux ?

-Tes hommes se sont fait descendre, dont l'un d'eux par Kagaho.

-Ce fils de chien a tué un de mes hommes ? répéta le norvégien en plissant les yeux.

-Sans lui, les flics auraient tous le nom de Kanon à la bouche, rétorqua Eaque avec un brin d'humeur. Et même si son lien avec nous est ténu, il existe. La piste aurait été longue à remonter, mais connaissant Aldébaran Constelação de réputation, il n'est pas homme à lâcher l'affaire. »

Rhadamanthe cligna des yeux. Si Minos ne le remarqua pas, cela n'échappa pas à Eaque. Ainsi, l'anglais craignait pour Kanon ? Ou bien avait-il peur pour lui-même ?

« On devrait vite avoir des nouvelles du seul survivant de l'équipe qui a réussi à récupérer le gosse, reprit le népalais. Tu t'en chargeras, Rhadamanthe ?

-Pas de soucis. Il parlera très vite, je te le garantis !

-Même si ça te semble ridicule, moi vivant, tu ne battras aucun enfant que nous séquestrons ! siffla Minos. Les tenir enfermés est déjà suffisant, je le sais mieux que personne ! »

Minos détourna les yeux, un peu gêné et agacé. Seuls Rhadamanthe et Eaque savaient ce qu'il avait vécu. Eux seuls savaient la raison pour laquelle il ne supportait pas de dormir sans lumière allumée. Eux seuls savaient pourquoi il ne pouvait trouver le sommeil que lorsque quelqu'un était à côté de lui.

« Pardon Minos, reprit Rhadmanthe un ton plus bas. Je n'en parlerais plus.

-J'espère que ce sera suffisant pour qu'ils viennent à nous, fit lentement le norvégien.

-D'après ce que je sais de leur peuple, ils sont très attachés aux enfants. Ce n'est qu'une question de temps, avant qu'ils ne nous rejoignent d'eux-mêmes » répondit le népalais.

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« Et pourquoi est-ce qu'on devrait tirer à la courte paille en cassant une de mes cigarettes ?* » s'écria Egidio.

Dokho leva les yeux au plafond et répondit en soupirant :

« Parce qu'on a que ça sous la main ! Bon, le grand côté pour l'aîné, le petit pour le cadet. A toi l'honneur… »

L'italien poussa un grognement et tira un morceau de cigarette.

« Bon, je prends l'aîné, déclara Dokho. Tu as bien mon numéro au cas où ?

-C'est bon, je sais encore comment accueillir quelqu'un chez moi, grommela Egidio.

-On sait jamais. Aldé, on s'en va ! »

Le brésilien leur fit signe de la main tandis que les deux coéquipiers, chacun accompagné par le clandestin dont ils avaient la charge, rejoignaient leur voiture. Le passager qui suivait Dokho gardait un calme exemplaire, qui étonna le chinois. Il se racla la gorge et grommela :

« Ça fait un peu Tarzan et Jane mais bon… Moi, Dokho » dit-il distinctement en pointant sa poitrine.

L'homme le regarda droit dans les yeux, une étincelle amusée dans le regard. Puis, prit au jeu, il répéta :

« Dokho.

-Bonne prononciation. Toi ? ajouta le chinois en pointant son hôte.

-Shion.

-Ok. Au moins, je peux t'appeler par ton prénom, soupira Dokho en mettant le moteur en marche. Je me demande si c'est pareil pour Egidio… »

En s'engageant sur la route, le chinois jeta un coup d'œil à son passager. Quelque chose n'allait pas, il aurait pu en jurer. Shion était trop calme, et pourtant il semblait toujours en alerte. Comme s'il attendait - espérait ?- quelque chose. Dokho secoua la tête : il n'avait pas envie de devenir aussi parano qu'Egidio. Il était juste sur les nerfs. Qui ne le serait pas à sa place, après tout ? Ils venaient d'essuyer une attaque à main armée en règle, ils avaient sous la main deux hommes recherchés par Hadès, il allait endosser une nouvelle fois son rôle de garde du corps…

Et à ses côtés, Shion était imperturbable. Alors que l'enfant qui les accompagnaient, lui et son camarade, venait de se faire enlever. Alors qu'il avait eu un canon de pistolet braqué sur lui.

Un sentiment désagréable s'empara de Dokho : celui d'être manipulé, mais sans savoir par quoi et par qui.

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*j'aurais bien aimé avoir l'idée, mais non... elle vient du film "Hercule et Sherlock" que je vous conseille fortement lors des soirées déprime : ça vous remonte le moral en 5 min chrono ! ;)