Holà !

Et voilà le chapitre 4 !

Merci à Naoli, Mudy Judy et Donny Sean pour leurs p'tits commentaires, ça fait très plaisir !

Ce chapitre là est plutôt comique dans l'ensemble et on arrive finalement à Ka no Kuni !

Je suis aussi contente de vous annoncer que ce chapitre est l'avant dernier de l'arc introductif, on va pouvoir passer aux choses sérieuses ensuite !

En espérant que cela vous plaise !


Le lendemain de cette soirée fatidique vit le début du plus grand jeu du chat et de la souris que ce bateau n'ait jamais connu, figurant Shanks dans le rôle du chat et Anabelle, celui de la fuyante petite souris.

Sur le coup, Anabelle n'avait pas saisi l'ampleur de la menace que posait Shanks. Certes il faisait partie de l'équipage de Roger mais ce n'était encore qu'un enfant, un ado, sûrement il se lasserait vite.

C'est là que son raisonnement flancha. Shanks était justement encore un adolescent, il n'avait pas encore saisi tous les fondamentaux dans les relations humaines.

Elle comprit bien vite son erreur quand elle retrouva le roux, toujours une question ou une proclamation d'amitié au bord des lèvres, partout où elle allait.

Elle passait dans un couloir ? Shanks se trouvait à l'autre bout.

Le réfectoire ? A moins de cinq mètres d'elle.

Le soir quand elle faisait la vaisselle ? Il était assis au comptoir; elle avait dû demander à Ganji de le virer plus d'une fois pour avoir un peu de tranquillité.

La salle de bain ?

Bon peut-être qu'elle exagérait un peu sur ce coup-là, il avait pris ses affaires pour aller à la douche, c'était surtout une coïncidence.

Elle avait l'impression d'être de nouveau sur son île, à voir des têtes rouges partout. Même si, en l'occurrence, c'était toujours la même tête.

Résultat, elle réagit d'une façon tout-à-fait courageuse : elle prenait la fuite.

Mais il avait juste le talent de surgir de nulle part et surtout dans son dos, si bien qu'elle avait commencé à développer d'étranges réactions : elle utilisait des gens comme bouclier, elle regardait toutes les cinq minutes dans son dos. Elle dut aussi fortement diminuer son temps sur le pont à suivre Rayleigh -comme un poussin suit sa mère- en faveur de s'enfermer dans sa 'chambre'. Elle avait eu recours à Ganji à de maintes reprises, et quand finalement elle devait sortir de sa chambre, elle prenait toutes les précautions nécessaires; à savoir: se cacher derrière chaque obstacles qu'elle trouvait, humain compris, et fuir chaque fois qu'elle voyait un chapeau de paille, des cheveux rouges ou ce qui y ressemblait.

Tout ça sous les railleries du reste de l'équipage qui trouvaient qu'appeler Shanks quand elle était dans les parages était particulièrement drôle.

Peu importe ce qu'elle faisait, les efforts qu'elle mettait, il arrivait toujours à la surprendre.

Et puis, arriva ce qui devait arriver; elle perdit patience.


C'était le matin du quatrième jour de son calvaire; il lui restait seulement trois autres jours sur le bateau. Elle prenait l'air sur le pont, respirait les embruns à plein poumon pour enlever les odeurs de nourriture qui lui restait dans le nez depuis que Ganji, l'ayant séquestrée dans la cuisine deux heures plutôt, avait finalement consenti à la relâcher après qu'elle eut réussi à deviner tous les ingrédients de son plat.

Elle était fatiguée, suivre le débit de parole de Ganji l'avait mentalement lessivée et elle n'aspirait qu'au calme. C'était pour cela qu'elle se trouvait sur le pont. L'eau, et par conséquent la mer, avait toujours eu un effet apaisant. Dans l'eau, elle se sentait détendue, en sécurité, chez elle.

C'était son élément. Elle était en harmonie avec elle-même, calme.

Un Shanks tout souriant l'arracha à tout ça.

Le voile rouge n'eut même pas le temps de s'installer. Le coup partit tout seul, un crochet du droit bien placé et le roux se trouva à terre, les yeux écarquillés, le nez en sang.

« Mais arrêtes putain ! » Hurla-t'elle, « qu'est-ce que tu ne comprends pas dans 'Laisse-moi tranquille' ? C'est un vocabulaire trop élaboré pour toi ou quoi ? » et elle partit comme une furie.

Ce n'était que plus tard, quand elle prit pleinement conscience de ses actes et se rendit compte qu'elle avait frappé Shanks devant une bonne partie de l'équipage qu'elle décida de s'enfermer dans sa chambre et de ne refaire surface que lorsqu'ils atteindraient l'île pour ne pas avoir à croiser le regard d'une seule personne.

La culpabilité était la pire des émotions.


Son isolement imposé ne dura pas longtemps. Pas plus de huit heures. Elle avait besoin de sortir pour répondre à l'appel de la nature et c'était justement dans l'un de ses moments où elle était craintivement sortie de sa tanière que Rayleigh l'intercepta.


Le couloir était calme. Trop calme, songea Anabelle alors qu'elle zieutait une porte qui lui semblait suspicieuse. Elle jeta un coup d'oeil dans son dos.

Personne. Tant mieux.

Accroupie à l'intersection de couloirs, Anabelle jetait discrètement des coups d'oeil de chaque côté.

Vide.

Pour se repérer dans le bateau, elle avait opté pour compter le nombre de pas pour savoir où aller. Dans ce cas-là, A gauche, l'escalier est à vingt-quatre pas. Huit marches. Un palier de trois pas. Huit marches. A droite, quatre pas, la porte de droite. J'atteindrais ma destination: les toilettes.

Elle s'avança doucement, veillant à ne pas faire craquer le plancher plus que nécessaire et s'enfonça un peu plus dans le couloir.

Tout ira bien.

Pourtant, elle n'arrivait pas faire taire le pressentiment que quelque chose allait mal tourner.

Douze pas.

Les escaliers étaient en vue. Toujours personne.

Cinq pas.

Elle avait fait le plus difficile, elle touchait presque à son but.

Deux pa-

"Qu'est-ce que tu fais accroupie ?"

Anabelle jappa de peur, sortit spirituellement hors de sa peau et dans un mouvement de totale incohérence, se jeta en avant pour finalement se prendre un mur à mi- roulade. Ouch, mon dos. Au-dessus d'elle, un sourire amusée, se trouvait Rayleigh.

Ce n'est pas Shanks. Elle soupira de soulagement. Seulement Rayleigh. Merci Mérilna.

« Rayleigh, dieu merci ! Ce n'est que toi. » Elle essaya de sourire. Elle n'y arriva pas.

« Oh ? Tu t'attendais à voir qui ? »

« Bah, mon nouveau stalker, Shanks. » Toujours dans sa position de chandelle vautrée contre le mur, elle lui lança son meilleur 'Vraiment ? Qui d'autre ? Duh.' regard. En l'espace d'une seconde, il perdit un peu de son sourire, son regard se fit plus perçant, comme s'il observait les tréfonds de son âme et Anabelle se sentit étrangement fragile. Finalement, ce n'est peut-être pas si bien que cela. Elle cligna des yeux et il arborait de nouveau la même expression.

Etrange, j'aurais juré que-

« Shanks est sur le pont entrain de passer la serpillère. » Anabelle se détendit et d'une laborieuse roulade, retomba sur ses pieds. « Viens avec moi, Anabelle. » Il lui désigna la direction opposée d'où elle voulait aller. Elle regarda avec regret l'escalier-Si proche…- avant de le suivre.

Après avoir arpenté ce qui lui semblait être la moitié du bateau, il s'arrêta finalement devant une petite porte en bois, semblable en tout point aux autres portes. Mais ce qui se trouvait derrière était le trésor d'une vie : une salle remplie de cartes, de livres, d'arts et d'une odeur de tabac et de papier. La lumière provenant de deux petits hublots venait se réfléchir sur une multitude d'objets colorés, créant ainsi un patchwork de tâches de couleur un peu partout dans la salle. Au-dessus, des cartes, quelques bougies et d'étranges sculptures étaient soutenues par des cordes s'entrecroisant à divers endroits. C'était… à couper le souffle.

Anabelle n'était pas une historienne et n'avait jamais été très intéressé par ça non plus mais, dans cette pièce, elle sentit une sorte de frénésie l'envahir ; une certaine envie d'apprendre, de comprendre qu'elle n'avait pas ressenti depuis bien trop longtemps. Son souffle se coinça dans sa gorge.

Depuis combien temps mon cœur aspire-t'il de nouveau à comprendre ce qui m'entoure ?

Elle se tourna vers Rayleigh, qui avait pris place à un bureau dont elle n'avait pas remarqué l'existence tant elle était ébahie par ce lieu, une question aux lèvres. Savait-il qu'elle avait besoin de voir ce lieu ? Avait-il une réponse ?

Il l'observait avec beaucoup d'attention et un peu de surprise. Non. Elle réalisa. Il ne savait pas. Elle relâcha son souffle. Alors pourquoi m'a-t'il amenée ici ?

« Cet endroit… » Elle avala difficilement sa salive. Pourquoi avait-elle du mal à parler ? « Pourquoi m'avoir amené ici ? »

« Je voulais te parler. » Il tapota la chaise face à lui, une invitation silencieuse à venir s'asseoir. « De ce qu'il s'est passé ce matin. »

Anabelle se raidit. Puis elle se redressa, dos droit, et croisa ses bras. « Si c'est pour m'engueuler que tu m'as amenée ici, tu n'avais pas-»

« Tu n'es pas ici pour cela. » Anabelle referma sa bouche. « Cette pièce » Il désigna l'endroit d'un mouvement de bras. « est l'endroit où je passe le plus clair de mon temps. » Rayleigh est navigateur ? « C'est un peu mon sanctuaire. »

Son souffle se bloqua de nouveau dans sa gorge. Il vient juste… Elle n'arrivait pas à y croire. Pourquoi ? Elle recula jusqu'à ce qu'elle soit appuyée contre le mur. Pourquoi partager ça… avec moi ?

« Parce que tu avais l'air d'en avoir besoin. » Son regard qui fixait le plancher, rencontra celui de Rayleigh. « Il peut être le tien pour un temps. » Sa gorge se noua. « Personne ne t'en veux pour ce coup de poing. » Il soupira. « Shanks l'avait méri- Anabelle ? »

Eh ?

Elle apporta une main à son visage. Quand elle l'ôta, la larme coula le long de son majeur pour finalement faire le grand saut et tomber à terre avec un résonnant plock.

Pourquoi maintenant ?

Son cœur se serra légèrement et elle ramena ses mains à son visage pour étouffer un sanglot. Un douloureux hoquet déchira sa poitrine avant qu'elle ne ré-aspire l'air tout aussi rapidement. Elle se laissa glisser le long du mur pour finalement poser sa tête sur ses genoux, ses mains appuyant sur son torse. D'autres larmes coulèrent le long de ses joues et elle se concentra pour les ravaler. Elle tremblait de tout son corps.

J'ai mal.

« Je vois. »

Elle cligna des yeux et essaya de discerner Rayleigh au travers de ses larmes. Il s'était levé et l'approchait.

Je suis fatiguée.

Il lui tapotait le genou. « Lâche prise. »

Pourquoi moi ?

« Quoi ? » Un hoquet lui échappa.

« Laisse-toi aller, Anabelle. C'est l'endroit parfait. »

C'est vrai.

Elle pleura pour son ancien vie qu'elle avait stupidement gâchée. Elle pleura pour son île et toutes ses personnes qui n'avaient pas mérité un tel destin. Elle pleura pour elle, parce qu'elle était seule et perdue et coupable. Elle pleura longuement et pour chaque larme qu'elle étouffait dans la chemise de Rayleigh, le feu brûlant de douleur qui la ravageait diminuait en intensité jusqu'à ce qu'elle puisse, pour la première fois, respirer librement.

Elle ne s'endormit pas cette fois-ci, contrairement à la dernière fois, même si une part d'elle le souhaitait ardemment. Le silence qui était tombé sur le duo n'était pas gênant, comme elle s'y était attendue, mais plutôt confortable.

« Tu disais ? » Sa voix était enrouée et un peu douloureuse mais elle se força à former les mots.

« Hmm ? » Il l'avisa d'un regard.

« Avant que je ne t'interromps, tu parlais de Shanks. » Elle posait son menton sur ses genoux et tourna sa tête pour lui faire face.

« Ah. Shanks l'avait mérité ce coup-ci. Et j'aurais dû m'en rendre compte aussi. On ne force pas les gens à ce point. » Une pause. « Mais évites de refaire ça. Ça peut peut-être te surprendre mais… Anabelle -»

« Ana. » Il inclina sa tête dans sa direction. « Les gens que j'aime bien m'appelle Ana. » Il eut un léger sourire.

« Je disais, il ne pensait pas mal faire. » Elle fredonna en réponse. « Il faut que tu comprennes que Shanks n'essayait pas seulement de te forcer à devenir son ami. » Elle fronça ses sourcils, observant la pièce. Vraiment ? Je doute. « Il voulait aussi te changer les idées et je trouve que son idée a plutôt bien marché. »

« Pardon ? » Anabelle tourna vivement la tête. Une petite part d'elle se sentait indignée, le reste était juste trop fatigué pour s'en soucier.

« Tu as changé. Tu as dû sûrement t'en rendre compte. » Il gratta sa barbe. « Tu es plus animée, Ana. »

« Ce n'est pas forcément son œuvre. Tu minimises l'effet des autres et-»

« Certes, » Il l'interrompit. « mais il t'a forcé à sortir de ta coquille. Chose que tu n'aurais pas fait autrement. »

Elle renifla.

« Ça prouve que tu ne me connais pas alors, ça m'aurait pris du temps, mais je l'aurais fait. »

Mensonges, lui susurra une petite voix, tu n'aurais rien fait.

Tais-toi, satané voix.

« Et puis, je ne vois pas en quoi harceler quelqu'un aide beaucoup. Il-».

« Ne sois pas trop dur avec lui. Il a quatorze ans, il est encore jeune. » Il fronça des sourcils. Elle ouvrit la bouche pour l'interrompre, il continua quand même. « N'as-tu jamais fait ce genre d'erreur ? »

Elle croisa des bras, tourna sa tête et murmura « Je n'ai jamais harcelé personne… ».

"Tu chipotes…" Il se releva et lui tendit la main pour l'aider à se lever. "Shanks n'est pas tout blanc dans cette histoire mais-"

"Je ne le suis pas non plus, je suppose." Renchérit Anabelle, la mine abattue. C'est qu'elle n'aimait pas avouer ses fautes.

"Il y a de ça." Il la stabilisa d'une main alors qu'elle vacillait avant de lui saisir les épaules pour qu'elle le regarde. "Parles lui." Il interrompit ses couinements d'un regard. "Je ne te demande pas de le pardonner, juste de le laisser s'excuser."

Anabelle pinça ses lèvres avant de finalement accepter. L'heure du repas étant arrivé, il lui proposa d'aller rejoindre la cantine. Elle répondit négativement. Elle avait un tête à tête bien trop repoussé avec les toilettes.


Éloignée du reste, Anabelle observait les réjouissances de l'équipage. Ils mangeaient, ils buvaient, ils dansaient et ils chantaient stupidement sur le pont pour célébrer. Célébrer quoi, Anabelle en avait aucune idée et elle se doutait que les autres n'en savaient pas plus. On lui avait dit qu'ils célébraient la vie, elle n'avait aucune idée de ce que cela voulait dire, mais ils avaient l'air de sacrément s'amuser.

La scène de ce matin avait eu pour seul bénéfice qu'on la laissait plutôt tranquille. Personne pour venir la charrier sur l'obsession de Shanks ou autre. Roger ne lui avait même pas passé un savon. Dans l'ensemble, on faisait comme si rien ne s'était passé.

C'était étrange.

Chez elle, on lui avait toujours appris que chaque action avait une conséquence. Pourtant, rien de telle ne s'était passé. Tu ne lui as pas encore parlé. Attends donc avant de te prononcer.

Et qui es-tu, ma mère ?

La petite voix resta silencieuse.

Bon débarras.

Elle observa les lunes un instant. Ce soir, Kahra, Amentia et Tierra étaient de sorties. Hum, les sentiments, la logique et la bonne fortune… Qu'est-ce que vous essayez de me dire ? Par nature, Kahra, le feu, et Amentia, l'eau, avaient des significations opposées. Principalement, la passion, les sentiments et les vices de l'homme pour la première et la logique, le calme pour la seconde. Mais avec Tierra, la bonne fortune, l'aventure, comme médiateur, cela ne pouvait signifier, dans son cas, qu'une chose : La bonne fortune arrivera si j'explique mes sentiments calmement. Elle se mordit l'intérieur des joues. Restait plus qu'à savoir comment approcher Shanks.

D'ailleurs où il est ?

Son regard retomba sur un équipage joyeux et à moitié ivre mort, ses yeux s'arrêtant un instant sur Baggy et un membre de l'équipage quelconque faisant un concours de meilleur buveur de bière. Il avait quel âge déjà ? Peu importe. S'ils avaient tous commencé à cet âge-là (parce que si personne ne semblait ciller face à ce spectacle, ils devaient trouver ça normal ou quelque chose de la sorte), ça expliquerait le problème d'alcool apparent de l'équipage.

Mais revenons à nos moutons. Un mouton rouge qui devait bercer un nez tout aussi rouge, en l'occurrence.

C'est Roger qui lui indiqua d'un mouvement du menton où il se cachait, quand ils croisèrent le regard. Comment il sait ce que je cherche bordel ! Il lui fit un grand sourire…moqueur ? Il est dans ma tête, c'est ça ! Pour prouver sa théorie, elle insulta copieusement Shun dans sa tête. Il ne cilla pas. Elle alla même jusqu'à insulter sa famille mais toujours aucune réaction du capitaine. Mouais… Elle plissa des yeux avant de finalement, finalement !, cherchait l'endroit qu'il lui avait indiqué du regard.

Elle ne vit strictement rien puis, une ombre bougea et le profil de Shanks se découpa finalement dans la pénombre.

Allez ma vieille, elle inspira un grand coup, c'est maintenant ou jamais. Elle se leva.

Tu es pathétique.

Oh, ça va toi ! Je ne fais rien de mal.

Tu es pas censé me conseiller plutôt que de me juger ?

Je te conseille d'aller le voir. Trouillarde.

Ce n'est pas ce que je voulais entendre. Et si tu pouvais te calmer sur les surnoms…

Je vois ça. C'est pour cela que tu es encore cachée sous une table de la cuisine…

« C'était un repli stratégique. » murmura-t'elle sous son souffle.

Debout. Va le voir.

« Roh, ça va… mais c'est seulement parce que tu deviens ennuyante. »

Elle n'était même plus à l'abri dans sa propre tête. Je pense que je deviens folle… Avec un long soupir de douleur, elle se leva. Et sortit de la cuisine mais, prise d'un doute, elle pivota à mi-chemin pour chercher quelque chose dans le frigo.

Allez ma vieille, elle inspira un grand coup, cette fois, c'est la bonne.

Shanks, appuyé contre le bastingage, les jambes croisés, regardait les étoiles. Il arborait, de ce qu'elle pouvait voir, une étrange d'expression : les coins de la bouche tournés vers le bas, les sourcils froncés. Il semblait réfléchir ? Il ne souriait pas dans tous les cas, ce qui était troublant après avoir passé presque une semaine à n'être adressée qu'avec des sourires.

Tu peux le faire, ce n'est qu'un garçon. Rien de grave.

Elle se planta à ses côtés, prenant bien soin de ne pas croiser son regard et posa l'objet entre eux. Elle ne savait pas s'il allait le prendre. Elle ne savait même pas s'il allait comprendre son geste, mais la pauvre serviette humide et froide était son gage de paix.

Elle fixait la serviette en silence. Allait-il l'accepter ? Devait-elle s'expliquer ? S'excuser ? Raah ! Elle détestait ne pas savoir ! Que-

Il la prit pour la ramener à hauteur d'yeux. C'était bon signe, non ? Elle le regarda avec une certaine impatience. Allait-il la rejeter ? Puis il tourna son regard vers le sien en soulevant un sourcil et-

Si Pokémon lui avait bien appris un truc, c'était que croiser le regard de quelqu'un signifiait (le défier) interagir avec.

Merde, merde, merdemerdemer-

« C'est pour ton nez… » Elle regarda autour d'elle. Ne plus. Croiser. Le regard. « Devrait engourdir la douleur… ».

« Je vois. » Une pause puis « C'est gentil mais je n'ai pas particulièrement mal. »

Il parle déjà comme un vrai badass… Anabelle ne pouvait être que d'accord.

C'est drôle comme le temps semble ralentir quand on souhaite l'inverse. Anabelle éprouvait justement ce paradoxe. Le silence qui suivit fut particulièrement gênant. Et long. Si incroyablement long qu'Anabelle caresser l'idée de sauter du bateau.

Ugh… Assumer ses responsabilités n'était vraiment pas marrant.

Parles au lieu d'attendre comme une cruche !

Mais mais…

Pas de mais qui tienne !

« Shanks, je- »

« Ce que j'ai- »

Voilà une situation cocasse, s'interrompre mutuellement après un long silence. Anabelle leva timidement son regard vers le garçon en l'incitant à commencer par les gestes.

« Je suis désolé. Je ne pensais pas que cela te dérangerait… autant. » Il grimaça en prononçant le dernier mot. « Je ne voulais pas -»

« Rayleigh m'a expliquée. Et tandis que tu n'es pas tout blanc, j'ai aussi une certaine part de responsabilité. »

« Non ! Tu… ! » Il s'agita à côté d'elle, faisant de grands mouvements pour essayer de mieux exprimer sa pensée. « Tu es en deuil et j'ai été insensible… J'aur- ».

« Shanks ! Tu n'es pas le seul fautif et je t'ai frappé… Etant la plus vieille de nous deux, je suis censée être plus responsable et -»

« -mais- »

« Laisse-moi finir ! » Elle le fusilla du regard. Il ferma sa bouche. « Donc, je disais la plus responsable… J'aurais dû réagir avant, t'expliquer que ça me dérangeait car tu ne pouvais pas savoir. Alors, je suis aussi désolée. Et si…» Elle se mordilla la lèvre. Devrait-elle… ? Elle inspira un grand coup. « Et si on reprenait à zéro ? ».

Il tourna vivement sa tête pour la regarder avec de grands yeux. Il esquissa un sourire timide.


A partir de ce moment, le temps passé avec Shanks était consacré à l'instant présent. En sa présence, aucuns souvenirs d'une autre vie, d'un passé révolu, ne venait la troubler.

Shanks était un garçon étrange. Il cachait une fine intelligence et perspicacité derrière une façade joyeuse et une maladresse enfantine. Mais, et il n'y avait aucun doute là-dessus, il était un garçon très joyeux. Il n'avait, à aucun moment, tenté de mentir sur ses sentiments ou ses émotions.

Il était juste un étrange garçon sur un tout aussi étrange navire.

Anabelle pouvait apprécier ça.

Par contre, elle n'avait pas revu Baggy depuis; à croire qu'il l'évitait.


Ce fut un soir, après qu'elle ait réussi à terminer la plonge et à chasser Shanks et, étonnamment, le capitaine de la cuisine, qu'elle le revit. Et quand elle disait le, elle parlait du petit infirmier blond.

Une ombre parmi les ombres, le petit blond rasait les murs, la tête baissée.

Mmh… Pas très confiant le p'tit gars. Anabelle le regardait traverser le pont, trébuchant ci et là sur différents objets.

En même temps, quand on a le physique d'un lévrier maladif, on évite de se la ramener.

Tu es tout à fait méchante, petite voix. Mais elle n'avait pas tort et c'était probablement le pire. Il semblait être de frêle constitution, fin comme un bout de bois; Anabelle avait presque peur qu'il se casse devant ses yeux.

Il n'avait pas le profil d'un pirate. Alors pourquoi était-il sur l'Oro Jackson ?

Tu devrais lui parler.

Non merci, j'ai eu mon quota d'interaction aujourd'hui.

Même pas pour t'excuser ?

Pourquoi je devrais- Oh !

Il était vrai qu'elle n'avait pas été des plus agréables en sa présence, à toujours défaire sa perfusion, balancer ses repas par la fenêtre ou être généralement peu réceptive. Elle lui avait juste rendu la vie plus difficile.

« Hé, attends. » Elle le vit se raidir avant d'allonger le pas. « Petit blond, attends ! ». Il accéléra encore un peu.

Il couina quelque chose d'incompréhensible avant de se vautrer. Elle arriva à sa hauteur en trottinant. « Hey, ça va ? »

Il hocha vivement de la tête. « Oui, merci. » Elle dut se concentrer pour l'entendre.

Elle s'accroupit. « Hum, tant mieux alors. » Elle le détailla un instant. « Je suis Anabelle. Anabelle Lépicier. » Dit-elle en tendant une main.

Il s'en saisit, non sans piquer un fard avant de marmonner un rapide « Ren Takahashi. » Elle le releva.

Elle le regarda dans les yeux voulu dire quelque chose. Sans préambule ni préavis, son cerveau planta. Ce ne fut que lorsqu'il se racla la gorge, rouge pivoine qu'elle retourna à elle.

Deux adolescents embarrassés sont sur un bateau… Qui se jette à l'eau ?

« Hum, huummm… »

Excuse-toi, idiote !

« Oh oui ! Excuse-moi, au fait. Pour, tu sais,… ce que j'ai fait avant… ce n'était pas correct… enfin voilà. » Elle força un sourire. Son premier sourire.

Lâche-lui la main pendant que t'y es…

Qwa ?!

Son regard tomba sur leurs mains jointes, ses yeux s'arrondirent de surprise et son visage prit feu. Elle la relâcha vivement.

« Okaysalutàplus. »

Elle partit en courant.


Ils arriveraient demain, lui avait expliqué Setsu.

Il avait déjà envoyé une lettre à sa sœur, Setsuna -Setsu, Setsuna, vive l'originalité !-, pour lui expliquer la situation. Il ne doutait pas que sa sœur l'accepterait à bras ouverts, elle avait toujours voulu des enfants mais n'avait jamais pu trouver le mari qui lui en donnerait.

Ça avait calmé un peu son appréhension.

Mais maintenant qu'elle était de nouveau seule, ses doutes et ses peurs revenaient à la charge. Etait-ce vraiment une bonne idée ? Pourrait-elle guérir seule ? Et pas de Shanks à l'horizon pour l'ancrer dans le présent. Elle secoua ses mains pour enlever le surplus d'eau. Même la vaisselle n'arrivait plus à la distraire.

Elle observa les rides de ses doigts. Pourquoi la peau se fripe déjà ? Parce qu'elle se gorge d'eau ? Mais alors, le corps tout entier ne devrait-il pas être qu'un amas de plis une fois dans l'eau… Ugh… un amas de plis… C'est dégueu…J'ai des frissons rien que d'y penser. Alor-

« Ça va ? »

Elle sursauta. Pourquoi doit-il toujours apparaitre dans mon dos ? Elle agrippa un torchon et frappa avec. Shanks esquiva en riant.

« Tu ne veux pas prévenir quand tu arrives ? » Elle aimerait éviter l'arrêt cardiaque si elle le pouvait, merci beaucoup.

« Tu devrais faire plus attention plutôt. Tu te perds toujours dans tes pensées ! »

Anabelle, mains sur les hanches, lui lança son regard le plus blasé.

« Je ne fais peut-être pas suffisamment attention à ton goût mais tu es en retard et j'ai eu le temps de finir la vaisselle. »

Il fit la moue avant de proclamer haut et fort qu'il avait dû se reposer pour son tour de garde. « D'ailleurs, tu devrais venir avec nous ce soir. » Elle souleva un sourcil. « Tu verras ce sera fun. » Le deuxième sourcil vint rejoindre le premier.

Elle pinça ses lèvres. « C'est que tu ne m'as pas assez vue aujourd'hui que tu cherches à passer ta nuit avec moi. » Depuis qu'il avait su que ce serait son dernier jour à bord, il avait essayé de passer le plus de son temps à ses côtés au point où elle commençait à saturer. Elle titillait l'idée d'aller se coucher.

Dis non, dis non, dis non, dis non, dis no-

Elle fit l'erreur de le regarder dans les yeux. « Okay. »

Il rayonnait littéralement de joie et elle regrettait déjà sa décision. Mais, elle n'avait pu se résoudre à lui dire non. Il y avait eu de l'espoir, sincère et fervent, dans ses yeux qui l'avait profondément touché. Il veut passer son temps avec moi.

Monter dans le nid de pie se révéla bien plus facile que prévu. Elle provenait d'une île où l'on vivait dans les arbres, savoir monter aux cordes était donc une compétence nécessaire que tout bon Toshinois se devait d'avoir.

C'est plutôt qui elle retrouva dans le nid de pie qui manqua de la faire dégringoler de son perchoir : Baggy. Il affichait la même surprise qu'elle, ce qui ne manqua pas de faire rire Shanks.

« Toi ! » Il la montra du doigt. « Qu'est-ce que tu fais là, perverse ! ». Anabelle louchait tant son doigt était près de son visage.

Elle leva les yeux au ciel.

« Faudrait penser à passer à autre chose, Baggy. » Vraiment, le clown semblait être le seul à ne pas pouvoir se détacher de ce surnom. Certains membres de l'équipage aimaient encore la taquiner sur leur rencontre atypique mais, dans l'absolu, ils en avaient tous fait fi.

Il grommela une réponse qu'elle ne prit pas la peine d'écouter. Elle n'était pas là pour se mettre en rogne. Voyant qu'elle ne réagirait pas, Baggy croisa des bras avant de s'installer à l'opposé du nid, dos à elle.

Plus puéril, tu meurs…

Exactement !

Une sorte de silence pesant leur tombèrent dessus. Et même si Shanks essayait tant bien que mal de le dissiper en lançant une énième blague nulle, rien n'y faisait. Anabelle grinça des dents, elle regrettait déjà son moment de faiblesse.

Pourtant, alors que la soirée défilait, Anabelle ne pouvait s'empêcher de lancer des coups d'œil vers les deux camarades, passant l'air pincé de l'un au visage bougon de l'autre. N'était-ce pas elle qui avait fait la morale au roux quelques jours plus tôt ? Elle avait même utilisé sa maturité comme argument ! Et la voilà, à justement lui prouver le contraire. Elle soupira.

Elle jeta un regard vers le ciel, remarquant l'éclat jaunâtre d'une lune, avant d'exhaler un grand coup.

« Ah. » Elle fronça des sourcils. « Un malheur va s'abattre sur nous. »

Baggy couina alors que Shanks tourna sa tête vers elle.

« Ne dis pas ça, idiote ! » persifla le premier. « Tu vas nous attirer des ennuis. »

Alors que le deuxième préféra incliner légèrement sa tête, clairement dubitatif. « Et comment tu sais ça ? »


Une lune jaune cachée par quelques nuages.

Une main de fer empoignait douloureusement son bras, tel un étau, l'entraîna irrémédiablement vers le rivage, loin de sa famille. Anabelle se débattait comme un beau diable, grognant, pleurant, criant et frappant de son pauvre poing. Rien à faire, elle ne pouvait pas se libérer.

Une ombre fila au-dessus d'elle avant de fondre sur son agresseur.

Un battement de cœur. Un cri. Des éclaboussures de sang.

« Papa ! »


Elle se secoua la tête, se sortant de ce souvenir. Puis elle répondit simplement que c'était une croyance de son île. Elle ne mentionna pas que cette croyance s'était avérée vraie plus d'une fois.

« Mais comment tu sais ça ? » Insista-t'il en s'approchant prudemment.

Elle fredonna un instant.

« Tu vois la lune là-bas…» dit-elle en désignant d'un doigt cette dernière. « C'est Tierra, la déesse de la bonne fortune et accessoirement une lune. D'habitude, elle est de couleur crème. » Un regard blasé dans sa direction lui suffit pour se corriger. « Blanche. Elle est normalement blanche. Mais là, elle est jaunâtre, généralement un signe de maladie, ou dans ce cas, de mauvaise fortune. »

Il hocha vigoureusement de la tête avant de prendre un air penaud.

« Mais, vous avez nommé toutes les lunes ? »

Anabelle ricana. « Non, non, juste celle-là. Bien sûr qu'elle porte toutes des noms ! » Elle chercha un instant le ciel. La voilà. « Celle que tu vois là-bas. » Elle désigna une lune plus petite, qui se couchait. « C'est Irilna, la lune du crépuscule. »

Une pause, elle réfléchit si cela valait la peine d'être mentionné et puis : « On dit aussi que c'est la déesse des assassins. Mais ce n'est pas important. » Elle balaya sa phrase d'un revers de main. « Elle se lève au nord-ouest pour se coucher au sud-est. Exactement dans la direction où nous nous dirigeons. » D'un grand mouvement, elle traça le trajet de la lune. « Et comme elle se couche, ça implique qu'il doit être au moins vingt-deux heures. »

Généralement, on n'apercevait Irilna qu'à la moitié de son chemin, le soleil étant encore trop lumineux le reste du temps.

Shanks fit un bruit de gorge appréciatif tandis que Baggy… restait fidèle à lui-même et continuait de lui tourner le dos, même s'il avait stoppé de battre la mesure avec son pied.

Devant la mine intéressée du roux, Anabelle continua ses explications, l'abreuvant d'anecdotes sur ses lunes.

« … Mais dans l'ensemble, elles ont toutes le même trajet : elle passe au-dessus de GrandLine dans sa totalité. » Elle réfléchit un peu. « C'est probablement pour ça que la météo y est si instable. »

Sa remarque fit mouche. Elle surprit tellement Baggy qu'il se retourna vers elle, incrédule à souhait, avec un grand « Quoi ! ». Shanks aussi lui décocha un regard quelque peu surpris.

Sentant ses joues brûler, Anabelle croisa les bras avant de balbutier du mieux qu'elle pouvait une explication. Ce fut une tâche ardue. Après tout, le clown et le chapeau de paille n'avaient jamais entendu parler des forces gravitationnelles et les expliquer était quelque chose dont elle aurait voulu se passer.

Fort heureusement, Seagull vint l'interrompre dans sa tentative et ils retournèrent tous dans leurs quartiers.

Pourtant, sur le chemin, Anabelle ne pouvait se demander.

Bordel ! Est-ce qu'ils ont la même physique de ce monde, au moins ?


Setsuna – la trentaine, un nez brusqué proéminant, un kimono bleue marine, un chignon châtain terne et strict, l'air coincé – remonta ses lunettes d'un geste sec parfaitement agaçant en levant les yeux au ciel comme si la réaction d'Anabelle semblait être bien trop disproportionnée par rapport à la situation.

Elle est sérieuse là ?

Pour le coup, même sa petite voix semblait être d'accord avec elle.

La situation était pourtant on ne peut plus claire, les pirates et elle étaient arrivés la veille à bon port. La première journée sur l'île se déroula plus ou moins sans accro. Anabelle, fatiguée par la nuit trop courte qu'elle avait passée et quelque peu intimidée, n'avait pas protesté plus que cela quand Setsuna l'avait accueillie de quelques remarques pince-sans-rire sur son temps passé à bord d'un bateau rempli d'homme (y lire, sa petite vertu). Elle n'avait pas plus rechigné quand cette dernière, outrée qu'elle n'ait que des vêtements d'hommes, l'avait emmené dans le village pour une session de shopping forcée, à la fin de laquelle elle s'était retrouvée avec trois kimonos sur les bras.

Le soir, la cohabitation fut plus houleuse. De par leur trait de caractère très différent, l'une stricte et l'autre colérique, et de leur point de vue différent, l'un traditionnel et l'autre révolutionnaire, Setsuna n'avait eu de cesse de la reprendre et Anabelle, de grogner.

Ce qui nous ramène au lendemain, aujourd'hui, et par la même occasion, la veille du départ de nos amis les pirates.

Le début de journée s'était pourtant bien déroulé; Anabelle, ayant décidée de prendre un peu plus sur elle, et Setsuna, qui avait diminué le nombre de remarque, avaient pris leur petit déjeuner et déjeuner ensemble dans un calme relatif. Mais voilà qu'Anabelle, sachant que ses sauveurs allaient repartir, avait passé le reste de la journée avec eux dans un bar.

Et là, ce fut le drame.

A cause de son éducation traditionnelle, Setsuna lui avait clairement fait comprendre qu'elle ne tolérait pas ce comportement, parce que 1) passer son temps dehors n'était pas digne d'une femme, 2) Anabelle est un esprit libre et ce n'est pas un comportement de femme, 3) les femmes sont censées être des êtres doux et attentionnés et qu'elle ne se trouvera jamais de mari et 4)…

Elle vient clairement de sous-entendre que la place d'une femme est dans le foyer avec des enfants, non ?

J'y crois pas… Elle vit dans le passé ou quoi ?

Anabelle était livide. Elle tremblait de colère, les poings serrés. Jamais, Ô grand jamais, n'avait-on osé lui dire ça en face. Au-delà du fait que Setsuna venait de l'insulter, elle et une partie considérable des femmes sur cette terre, elle venait d'insulter la mémoire d'Izabelle Lépicier, la femme la plus forte qu'elle connaissait. Et personne n'insultait sa mère.

« Ce genre de comportement n'est pas approprié, Anabelle Lépicier. Toute ton éducation est à refaire ! » Elle leva les bras au ciel. « Tout ce que tu vas réussir à accomplir en passant ta journée dans un bar, c'est t'apporter une mauvaise réputation. »

Anabelle n'arrivait pas à croire ce qu'elle venait de dire. A quel point cette femme est déconnectée de la vie pour pouvoir dire ce genre de connerie ? Sans une once de remord en plus !

« Je fais cela pour notre bien. »

Elle voulait lui faire ravaler ses propos à coup de poing, probablement. Elle arrivait tout juste à discerner ses paroles à travers la brume de colère qui lui avait remplacé le cerveau. Elle était juste tellement en colère-

De quels droits ose-t-elle dire ça ! Notre bien ? Elle se fout de qui ? Son bien, plutôt !

« Et qui es-tu pour dire ça ? Notre bien ? Ramassis de connerie oui ! » Persifla-t'elle.

« Ecoutes Anab- Qu'est-ce que tu fais ?! » Ses yeux s'étaient agrandis de peur. Il y avait un couteau dans sa main et elle ne se rappelait même pas l'avoir saisi, elle n'était même pas sûre de la raison pour laquelle elle l'avait pris ou ce qu'elle comptait en faire. Elle l'enfonça dans la table avant de faire quelque chose de déraisonnable.

« Mon éducation ? A refaire ? Par une femme coincée et incapable de se trouver un mari comme toi ? Ne déshonore pas ma famille ainsi. » Cracha-t'elle avant de fuir de cette maison.

Elle dévalait l'Akasaka, la colline sur laquelle la maison était perchée, à toute allure, sa tête enfermée dans un brouillard rouge et sa poitrine comprimée par une lourde panique. Ce ne fut que quand elle arriva dans le village en contrebas qu'elle s'accorda une pause. La ville avait un charme apparent, des routes pavées, des maisons en pierre blanche pour la plupart ( une vérité générale était: qu'importe l'endroit, il y avait toujours ses anticonformistes qui possédaient des maisons colorées) et de la verdure souvent entretenue.

Jolie, charmant.

Ennuyant.

Les mains sur les genoux, elle s'appliquait à ne pas rendre son déjeuner sur la chaussée, le souffle haletant. Qu'est-ce qu'elle avait voulu faire ? Pourquoi avait-elle fait ça ? Elle s'était saisie d'un couteau. Elle avait voulu lui faire du mal, c'était indéniable. Mais de là à prendre un couteau ! Qu'est-ce qui n'allait pas avec elle ! Un couteau bordel de merde ! Et ce qu'elle avait ressenti, son envie de faire souffrir, l'avait terrifiée. Et si elle ne-

« Ma fille ? »

Anabelle se releva soudainement au son de sa voix.

Il ne manquait plus que ça.

...

à suivre ?


Soyez des personnes biens, ne soyez pas comme Shanks !

Comme je l'ai fait comprendre au travers d'Anabelle, son comportement n'est pas 'sain', ni viable et je ne l'excuse en aucun cas en laissant Anabelle le pardonner. Mais il ne faut aussi faire la différence entre cette attitude immature et celle d'un véritable stalker (qui s'apparente surtout à un véritable harceleur et dont les intentions ne sont pas vraiment... pures).

Le fait est que Shanks ne voulait pas faire de mal et surtout essayait de lui changer les idées, mais l'excitation du jeu (parce que, pour lui, c'était plus un jeu) et son immaturité (14 ans oblige) lui ont fait dépasser les bornes. Et il l'a compris maintenant !

Si ça intéresse, Baggy a 13 ans.

Donc, dans l'ensemble, Anabelle a 16 ans, Shanks 14 et Baggy, 13.

Ensuite, parlons un peu de la réaction d'Anabelle et du couteau. Je ne sais pas si ça vous ait déjà arrivé mais, quand je ressens de la colère, j'ai juste envie de faire mal. Donc je me suis basé sur ma propre expérience que j'ai extrapolé et le fait qu'Anabelle vit maintenant dans un monde violent (comme un peu partout) et ça a donné ça !

Enfin, une petite explication des noms ( d'après google traduction, ne me lynchez pas !):

- Toshi (闘志) signifie 'esprit combatif'/ 'esprit de combat' en japonnais.

- Mae, c'est 'Mama' en portugais.

-Akasaka signifie 'colline rouge' (赤(aka): rouge, 坂 (saka): colline) en japonnais. Elle est nommée ainsi parce qu'elle est jonchée de fleur rouge, de coquelicots.

Nous y voilà, Anabelle a atteint Ka no Kuni, le pays des fleurs. A la base, le chapitre devait se terminer plus tard mais j'ai finalement préféré gardé ça pour après. Le chapitre d'après, se nomme d'ailleurs, 'What a beautiful day to commit a homicide' vous en tirez les conclusions que vous voulez!

Bisous enflammés !