Et quelqu'un d'autre finira par le piétiner...

La pluie ruisselle sur nos deux visages. Le mien bouleversé et le sien, furieux.

- C'est pour ton bien, je répète pour ce qui me semble être la centième fois.

- Tu l'a déjà dit, cingle t-elle.

Je soupire et la contemple. Son corps entier, moulé dans le sari que je lui ai imposé de revêtir, est parcouru de tremblements nerveux. Ses yeux me fusillent du regard et sa mâchoire est contractée. Je ne l'ai jamais vu si en colère, et savoir que tout cela est dirigé contre moi me brise littéralement le cœur. Mais je sais que je fais ça pour elle.

- Je suis désolée, je murmure.

- Tu es désolée !

Sa personne entière respire la rage. Pourtant, elle est magnifique. Ses cheveux que j'ai brossé ce matin descendent en cascade sur ses épaules nues que je meurs d'envie d'embrasser. Il y a si longtemps que je n'ai pas sentis ses lèvres pressées contre les miennes. Sa peau brune resplendit sous les gouttes d'eau qui y sont accrochées. Quand à ses yeux, ils ont beau ne plus être aussi naïfs que lorsque je l'ai rencontré, le feu qui y brûle est irrésistible. Je tremble en pensant que tout cela était mien autrefois, et que maintenant ce corps m'est quasiment étranger. Il me semble impossible qu'il en soit désormais autrement.

- Tu m'envoie à l'asile, Pansy ! crie t-elle. Et tu penses que tes minables excuses rendront cette décision moins déchirante ?

- J'ai fait ça pour toi ! je répond, les larmes dévalant mes joues.

- Je n'aurai jamais dû te confier ce qui me détruisait !

- Je veux t'aider, Parvati.

- Non, tu m'isoles ! Tu te débarrasses de moi !

- Ce n'est pas vrai ! je hurle. Tu sais bien que je ferais tout pour te garder auprès de moi ! Me séparer de toi est la chose la plus dure qu'il m'ait été donner de faire dans toute ma maudite vie !

- Alors pourquoi l'avoir fait ?

Je baisse les yeux, plus pathétique que jamais.

- Car je suis impuissante à te soigner.

- Je te hais ! hurle t-elle.

Elle se jette sur moi et me projette à terre, avant de se mettre à califourchon sur moi et de me ruer de coups. Je n'ose pas me défendre, de peur de la blesser elle, alors je ferme les yeux et laisse ses ongles me griffer le visage jusqu'au sang. Je sens soudain que son poids s'éloigne et ouvre les paupières pour voir deux garde de l'asile la saisir sous les aisselles et l'emporter de force.

- Je te hais ! continue t-elle. Je te hais ! Je te hais !

Les grilles de fer se referment derrières eux mais Parvati continue sa litanie. Le sang qui coule des griffures qu'elle m'a infligés se mêle à mes larmes et aux gouttes de pluie qui ruisselle sur mon visage. Je reste debout devant les grilles jusqu'à ce que la voix de Parvati s'évanouisse dans le lointain. Pourtant, elle résonne encore dans ma tête. Je fixe l'endroit où elle a disparut, brisée.

- Mais moi, je t'aime...